Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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samedi 4 avril 2026

Petit billet # 3 : Au revoir

Le Fou a dit : « Ne le laisse pas se fermer à toi. Tu devrais savoir, depuis le temps, combien il est facile de perdre quelqu’un simplement en ne le retenant pas ».


Est-ce vrai ?


Il a perdu Molly en ne lui disant pas la vérité. Il ne lui a pas dit qu’il était de sang royal, le fils d’un prince. Il ne lui a pas dit ce qu’il faisait réellement au château. Quand il l’a fait, il ne l’a même pas fait volontairement. Il l’a fait (deux fois)  en étant au pied du mur : quand Molly est venue chercher de l’aide après avoir perdu sa boutique et quand Molly a dit qu’elle devait  partir (car elle était enceinte). Pourtant, Molly n’a eu de cesse de lui répéter que leur amour était impossible.


Burrich, aussi, est parti. Son départ a été sale. Fitz s’est mis en colère et a prononcé des paroles extrêmement méchantes, déplaisantes. Il a détruit tout ce que Burrich avait construit, tout rabaissé. En gros, il lui a hurlé dessus que Burrich avait gâché deux vies : celle de Burrich et celle de Fitz. Pourtant, Burrich voulait juste aider, et il est parti…


Enfin, il y a la magnifique Astérie qui ne demandait qu’à passer du temps avec lui, qu’à être estimée et pouvoir vivre publiquement sa passion. Fitz lui a refusé tout cela. Et elle aussi est partie.

lundi 30 décembre 2024

Molly et son père

Une personne peut influencer le destin de centaines d’autres, changer le cours de son époque. C’est un des thèmes majeurs développé par Robin Hobb avec ses concepts de Prophète et Catalyseur. Mais, un homme peut aussi marquer une autre : c’est le cas du père de Molly, cet alcoolique violent qui a durablement influencé sa fille.


La première fois que le lecteur rencontre un personnage est importante car elle lui donne une première impression qui durera et un premier avis sur lui. Très vite, on comprend que le père de Molly est un individu ingrat, gratuitement méchant, violent. Son attitude laisse peu de place au doute (« il s’est réveillé presque dessaoulé il y a une heure et il s’est mis à te traiter de tous les noms en voyant que tu avais disparu et que le feu était éteint »). La composante alcoolique apparait également.

Molly est une enfant battue. Son père la frappe et il abuse d’elle verbalement. Il emploie des mots qui la rabaissent et, pire, qui la font culpabiliser. Il se moque que Molly soit avec des amis ou qu’elle ait simplement envie de jouer, il faut qu’il la blesse : « encore à voler dans les fumoirs, je parie, et à me faire honte ! Essaye seulement de te sauver et t’en auras deux fois plus que je t’aurais attrapée ». Que peut faire Molly ? Pas grand-chose puisque sa mère est morte. Sans son père, elle n’aurait pas de toit à vivre. Elle s’accroche donc à lui tant bien que mal, faute de mieux.

Lorsque Fitz attaque son père en mélangeant le Vif et l’Art et le fait perdre connaissance, Molly est terrifiée. Elle culpabilise. Elle n’est plus la victime mais, en quelque sorte, la responsable de tout le malheur. Son ton et ses mots employés laissent peu de place au doute. Elle sanglote, elle pleure : «  je t’en prie, ne meurs pas, je regrette d’avoir été méchante ! Ne meurs pas ! Je serai sage, je te le promets ! »… La seule chose qu’elle a fait est d’avoir été jouée après de longs jours de travail ; elle est seule à s’occuper de la boutique de bougies puisque son père n’est plus capable de rien de bon.


L’inutilité du père semble être répandue à Bourg-de-Castelcerf, comme son alcoolisme. Le voir vivre mort ne choque personne (« les rares passants que nous croisèrent ne nous prêtèrent aucune attention. Je supposai que le spectacle de Molly ramenant son papa à la maison n’avait rien d’original à leurs yeux »). L’alcool ingurgite jour après jour a des conséquences : il devient une épave. Sa faiblesse est apparente et Fitz dresse un pronostic négatif : « de maigre, il était devenu squelettique (…) je regardai les ongles et les lèvres de l’homme et je sus, malgré la distance qui nous séparait, qu’il n’en avait plus pour longtemps à vivre ».


Fitz assiste à la relation entre Molly et son père. Il ne comprend pas pourquoi son amie est si passive, pourquoi elle laisse faire. Fitz perçoit que Molly est maltraitée (« elle portait souvent les marques des coups qui lui donnait son père ») mais il voit aussi qu’elle reste là à subir et lui trouver des excuses (« elle persistait à s’occuper de lui malgré sa cruauté. Cela, je ne l’ai jamais compris »). On peut supposer que les deux se sont rattachés l’un à l’autre après la mort de la mère et qu’ils ont été peu à peu pris dans une dynamique toxique. Molly n’avait que lui pour survivre à oins de vivre dans la rue.

D’ailleurs, on en a une preuve quand le père meurt. Molly perd tout et manque de se retrouver à la rue (« mon père est mort en ne me laissant que des dettes et les créanciers m’ont pris la boutique »). L’héritage du père de Molly est donc aussi néfaste que sa vie.


Même mort, le père influence encore Molly. Quand un Fitz affaibli revient des Montagnes, elle a du mal à croire ce qu’il dit. Elle l’accuse de proférer des mensonges comme le ferait son père : « tu es comme père. Il était toujours persuadé que je mentais parce qu’il mentait sans arrêt. Comme toi ». Pour ne rien arranger, Molly est durablement touchée par des paroles répétées encore et encore durant sa jeunesse. Tous ceux qui la connaissaient lui promettaient un avenir sombre.  Elle ne pouvait devenir qu’une vaurienne car « j’étais la fille d’un ivrogne, j’épouserais un ivrogne et j’aurais beaucoup de petits ivrognes ». Pour une jeune fille, ce sont des mots durs à entendre, comme les moqueries qui accompagnent les paroles.


mardi 10 septembre 2024

Voyeurisme ?

L’amour physique est présent dans la saga de l’Assassin royal. Fitz étant le narrateur pendant une bonne partie des romans, c’est à travers ses yeux que nous vivons les choses. Mais, au-delà d’assister aux ébats de Fitz avec des femmes, dont Molly, le lecteur a aussi à certaines scènes cocasses, des moments plus légers, presque drôles, parfois déplaisants. Ce n’est pas la sexualité en elle-même qui produit ce genre de réactions mais le côté voyeur de la chose.


Molly est la femme que Fitz a désirée. Son statut de sang royal l’empêchait de la convoiter, de l’aborder. Si il a passé quelques temps à l’espionner, cela a fini ne par lui suffire. Fitz avait besoin de plus ; il a fini par rêver de Molly de façon intense. Or, Fitz a une particularité : il maîtrise plus ou moins bien la magie de l’Art, c’est-à-dire que certaines de ses pensées peuvent lui échapper. Cela lui arrive une fois alors qu’il est tranquillement perdu dans son songe nocturne. Un Vérité amusé et grognon de ne pas assez dormir le convoque. Il lui explique que Fitz lui impose ses pensées assez coquines (« et moi, j’ai besoin de dormir, pas de me réveiller en sursaut enfiévré par ton… admiration pour cette jeune fille »). Bien entendu, la situation dérange Fitz. Il a honte d’être surpris comme ça. Et pour ne rien arranger, Vérité le titille, le fait tourner en bourrique quand il lui laisse croire que Molly a pu surprendre ses fantasmes (« et prie pour que ta dame Jupe-Rouges n’ait pas le don de l’Art, car sinon elle n’a pas dû manquer de t’entendre pendant toutes ces nuits »). Pour Fitz, l’humiliation est totale et sa réaction ne laisse pas de place au doute : « je ne me serais pas senti plus gêné si je m’étais présenté tout nu devant la cour »).


La situation inverse produit. Quand Kettricken lance une chasse aux forgisés et réveille la fierté de son peuple, elle enflamme également le désir de Vérité. Ce dernier ne voit plus en elle une jeune femme fragile qu’il faut protéger, mais une reine, sa femme, la femme qu’il désire et celle qui doit porter son héritier. S’ensuit alors une nuit de passion à laquelle Fitz assiste bien involontairement. Tout enfiévré par son désir, Vérité abaisse sans le vouloir ses murailles. Témoin, Fitz se sent pris par du désir pour Kettricken : « j’espérais être le seul à avoir ainsi tout perçu ; alors, nul mal n’en sortirait tant que je n’en parlerais pas. Tant que je parviendrais à effacer de mon souvenir la fraîcheur des lèvres de Kettricken et la douceur de sa peau blanche ». La chose est claire : Fitz sait que son voyeurisme, bien involontaire, est mal. Il en a honte. Mais, on sent pointer aussi une autre chose : une passion de Fitz pour Kettricken. C’est quelque chose qui se répètera plusieurs fois dans le récit et qui sera accentué par Oeil-de-Nuit qui estime énormément la Montagnarde.


Bien plus tard, Fitz finira par céder aux avances d’Astérie. La ménestrelle n’a cessé de le draguer, de mettre en avant son intérêt. Alors que Vérité est prêt à éveiller son dragon pour combattre les Pirates Rouges, Astérie et Fitz s’isolent pour partager un moment intime. Mais, Fitz n’est jamais seul car Oeil-de-Nuit est avec lui, liés qu’ils sont par le Vif. Ainsi, même si la distance les sépare, une connexion émotionnelle, sensorielle les lie. On a donc un moment assez amusant quand Astérie voit le loup agir comme si il avait participé aux ébats (« le loup, en s’étirant, s’inclina profondément devant elle. La ménestrelle se retourna vers moi, les yeux écarquillés »). Astérie est donc surprise. Toutefois, sa réaction laisse songeur car la ménestrelle savait le lien entre les deux (« voilà qui éclaire d’une façon tout à lait nouveau le fait de lui gratter les oreilles »)…


La passion entre Fitz et Molly a traversé les âges. Après avoir sauvé les Six-Duchés des Pirates Rouges, après avoir sauvé Devoir des Pie puis de la Femme Pâle, Fitz a enfin pu vivre une vie de couple avec Molly, son amour d’enfance. Et ils en ont profité pour rattraper le temps perdu, passant beaucoup de temps l’un avec l’autre, de façon intime et peu importe l’endroit. Persévérance rapporte qu’il fallait « toujours frapper deux fois à leur porte (…) puis attendre un peu et frapper à nouveau ». Car leur appétit sexuel était bien connu : « on n’entre jamais sans y avoir été invités : on ne sait jamais quand ils vont se sauter dessus ». On peut supposer que quelques serviteurs sont tombés sur le couple en train de faire l’amour.


Enfin, il faut finir sur une note plus négative, plus déplaisante et qui concerne Dwalia. Même si elle est celle qui a enlevé Abeille, il est triste de la voir subir les assauts d’un capitaine d’un navire qui la prend pour un autre. Dwalia n’a pas d’autre choix que coucher avec lui si elle veut maintenir l’illusion. Abeille entend ce qui se passe sans comprendre ce qui se passe (« j’entendais des coups rythmés en provenance de la cabine, et je caressais l’espoir que c’était sa tête qui cognait contre la cloison (…) Elle poussait à présent de petits cris aigus, à peine audibles à travers le solide panneau de bois »). La description laisse peu de place au doute : Dwalia est en train de coucher avec le capitaine.

samedi 30 décembre 2023

Burrich et les femmes

Burrich est souvent associé aux chiens, chevaux et autres animaux dont il s’occupe. Il passe tout son temps avec eux, à s’assurer de leur bien-être, à les soigner. Il est le maître des écuries. Il est aussi un homme qui participe aux chasses de la cour ou qui a pris sa part lors de combat, notamment aux côtés de Chevalerie. Quand l’histoire se met en place, Burrich est célibataire ; on ne lui connait pas de vie de couple. Physiquement, c’est un homme robuste et musclé, en bonne santé, si ce n’est sa blessure à la jambe.


Il ne fait pas de doute que Burrich a été un homme séduisant. Toute son activité physique a contribué à modeler son corps. Il est un homme de parole, un homme sur qui on peut compter. Mais, le sort a décidé d’infliger de mauvais tours à Burrich : il a été blessé physiquement et l’abdication de Chevalerie lui a porté un coup au moral. Dès lors, il n’est plus que l’ombre de lui-même : « le vieux Burrich n’était plus l’homme qu’il avait été. Il y avait eu un temps où les femmes de la forteresse ne pressaient pas le pas en le croisant ; attirer son regard, c’était susciter la jalousie de tout ce qui portait jupon ».  Autrement dit, Burrich était un bon parti, un des hommes les plus convoités de Castelcerf.

C’est Molly qui nous en apprendra un peu plus sur la façon dont les femmes voient Burrich. En étant servante, Molly participe aux rumeurs et confidences. Elle entend des choses qui ne sont pas secrètes mais qui ne sont pas non plus parvenues aux oreilles de Fitz. D’ailleurs, elle dit à ce dernier que « à la cour des lavandières, certains disaient que, depuis Burrich, tu étais ce que les écuries avaient connu de mieux ». On a donc là une autre preuve que Burrich a plu. 

Molly développe alors ce qui attire tant chez Burrich (« il est impressionnant avec sa mauvaise humeur, mais j’en connais plus d’une qui seraient prêtes à essayer de l’égayer »). Burrich pourrait donc être un défi à relever. Il est aussi un homme qui procure des fantasmes. Des histoires circulent à son sujet et attirent la curiosité. Molly résume la chose en répétant des propos d’une femme : « à vivre au milieu des étalons, il connait tous leurs trucs » et « j’ai gardé la marque de ses dents sur ses épaules pendant toute une semaine ». Il faut toutefois préciser que Burrich n’a pas une vie sexuelle développée, il ne recherche pas une compagne et ne fréquente pas les prostituées. Si il a couché avec cette lavandière, c’est parce que sa raison était obscurcie par une forte quantité d’alcool.


Burrich vit-il mal son célibat ? La question peut se poser. Au fur et à mesure que l’intrigue avance, on finit par comprendre que Burrich a aimé Patience. Elle aurait pu devenir sa femme, celle avec qui il partage sa vie. Cela n’a pas été le cas. 


Quand Fitz lui pose des questions sur comment se comporter avec Molly, on sent une certaine rancoeur dans ses propos. Il est amer : « tu t’adresses à moi, je suppose, parce que tu as remarqué le brillant succès que j’ai eu à me trouver une femme aimante et à lui faire de nombreux enfants ? ». Le ton est piquant, on perçoit presque de la douleur dans la voix du maître des écuries.


Burrich a donc aimé Patience.  Fille d’un noble, Patience aurait bien voulu faire sa vie avec Burrich mais il a refusé. Patience a fini par se mettre avec Chevalerie, l’homme que Burrich admire tant. C’est donc une relation complexe qui s’est dessinée. Et pour ne rien arranger, l’amour de la boisson et de la bagarre a contribué à forger une piètre image ; Patience a même en partie blâmé Burrich quant à la disgrâce de son mari. Il n’est donc pas étonnant de voir Patience dure et méchante avec Burrich quand elle revient à Castelcerf. Fitz entend des mots qui le choquent : « Cet homme est un ivrogne et un débauché et il a cultivé en vous de semblables traits. Il ravale toujours ceux qui l’entourent à son niveau ».


Comme souvent, Fitz ne comprend pas ce qui se passe. C’est une nouvelle fois Molly qui l’éclaire (« Patience a d’abord aimé Burrich (…) mais il ne voulait pas l’épouser »). L’attitude de Patience trouve donc son origine dans ce rejet. La mort de Chevalerie a sans doute ravivé sa rancœur. Heureusement, avec le temps et les événements ( la perfidie de Royal), elle parvient à dépasser cela. Lorsque Burrich revient blessé après avoir accompagné Vérité dans sa quête des Anciens, on voit qu’elle a tourné la page. Elle est prévenante et gentille, attentionnée : « avec une familiarité qui me laissa pantois, Patience passa sa main sur son front, puis lui palpa la gorge ». Burrich accepte ce geste attentionné alors qu’il n’aurait jamais laissé le guérisseur du château faire ça. Il conserve donc de l’affection pour Patience.

D’ailleurs, on peut penser, qu’à sa façon, il conserve encore des sentiments pour Patience. Burrich est un homme fidèle. Il l’a été au service de Chevalerie (en étant un ami, en lui donnant de l’énergie pour artiser), il l’a été en amour. C’est ce qu’il dit avec conviction à Fitz : « je ne suis pas un homme volage. Si je l’aimais, je l’aimerais encore (…) Patience refusait de comprendre que c’était impossible ; l’un de nous devait mettre fin à ses tourments ».


Bien entendu, Burrich regarde les femmes. Il repère très tôt les charmes physiques de Molly, notamment son fessier (« elle a une belle croupe bien large. Elle mettre bas sans problème »). C’est sans doute là que commence l’intérêt de Burrich pour Molly. Bien entendu, il n’entreprend rien tant que Molly et Fitz sont en couple. Il se contente d’être un ami présent, une personne qui écoute les peines et les douleurs de Molly. 

Une fois Fitz déclaré mort, il décide de tenter sa chance, d’autant plus que Fitz lui dit avoir tourné la page. Il ne va pas voir Molly pour lui déclarer son amour, il désire juste lui apporter son soutien. Il n’ose pas dire ouvertement à Fitz que c’est Molly qu’il rejoint, mais une femme qu’il peut aider (« j’ai une amie qui est seule. Un homme solide lui serait bien utile : son toit a besoin de réparations, et il faut planter, aussi. J’irai chez elle quelques temps »). Burrich a bien conscience de ses qualités, de ce qu’il peut apporter à une femme. Il est un homme fiable, efficace.  


A ce sujet, il semble mieux cerner les gens que Fitz. Fitz a appris que Burrich a rejoint Molly et qu’il l’aide. Il ne voit pas en cela un danger, il pense que c’est une simple relation amicale. C’est en tout cas qu’il dit à Astérie qui se moque de sa naïveté. En entendant la façon dont est décrit Burrich, Astérie se montre tout de suite intéressée : « il est ferme comme un roc, on peut compter sur lui et il est délicat ? Et il traite bien les femmes ? Vous savez à quel point de tels homme sont rares ? Dites moi qui c’est, je le veux pour moi ! ». 


Ce sont donc bien les attitudes et les actes de Burrich qui séduisent les femmes. On en a la confirmation lorsque Molly décide de confronter Burrich. Molly est claire dans ce qui lui plait : « vous ne m’entretenez jamais d’amour. Vous ne m’avez jamais effleurée, ni sous l’effet de la colère ni sous le coup du désir ; cependant, votre silence et votre regard me parlent davantage d’amour ».


dimanche 28 mai 2023

Quelques réactions suite à la mort de Fitz

Fitz est mort. Il a été battu, torturé à mort pas les sbires de Royal. Ce dernier voyait en lui un obstacle à son ascension au trône. Royal a fait croire que Fitz a tué Subtil et en a profité pour justifier sa mise à mort. Il aurait bien voulu prouver officiellement qu'il avait le Vif, l’infâme magie des bêtes, la souillure du sang des Loinvoyant. Mais, Fitz l'a déçu : Fitz a décidé de cesser de vivre et son esprit a quitté l'enveloppe corporelle. Grâce à sa pratique du Vif, Fitz a rejoint, temporairement, le corps d'Oeil-de-Nuit. Mort, Fitz n'offre plus aucune importance aux yeux de Royal : « en mourant trop tôt, je l'avais frustré du spectacle de ma pendaison et de ma crémation ; privé de sa vengeance complète, Royal s'était simplement désintéressé de mon sort ».

Si Royal chasse Fitz de ses idées et se plonge dans ses plaisirs et la recherche de son frère Vérité, ce n'est pas le cas de tous. Certains ont aimé Fitz et pleurent sa disparition. Patience est une de ses personnes. Sa relation avec Fitz avait mal démarré mais elle a toujours montré un réel attachement pour le bâtard de son mari. Elle le considérait même comme son réel fils. Il n'est donc pas étonnant de la voir touchée par la mort de Fitz. Elle a perdu un enfant, la seule personne pour qui elle était prête à plonger dans les intrigues de la cour. Elle rend donc hommage à Fitz en l'enterrant et en lui rendant une certaine dignité (« pour des raisons connues d'elle seule, la maladroite, l’excentrique dame Patience nettoya mes blessures et les banda aussi soigneusement que si j'eusse été vivant (…) elle me pleura quand tous les autres, par peur ou par dégoût de mon crime m'avaient abandonné »). Patience a eu le courage d'affirmer sa position publiquement. Elle n'avait pas peur des conséquences de ses actes, d'être ostracisée ou montrée du doigt. Dame Grâce a agi de la même façon.

Pour d'autres, parce qu'ils n'ont pas autant de pouvoir ou d'influence, il faut agir prudemment. C'est le cas de Molly. La jeune femme ne peut pas permettre qu'on se rende compte qu'elle pleure Fitz car elle ferait une proie trop facile. On comprend qu'elle s'est rendue discrètement sur la tombe de Fitz quand Burrich dit que « quelqu'un avait fait brûler une bougie sur ta tombe, on avait dégagé la neige, et il restait le moignon de cire quand je suis venu te déterrer ».

Le peuple des Six-Duchés est plus circonspect. Ceux qui l'ont côtoyé de près ou de loin semblent attachés à son souvenir. Quelques uns pensent qu'il a réellement tué le vieux roi Subtil alors que beaucoup plus craignent qu'il ait réellement eu le Vif. Pire, cela lui aurait permis de revenir à la vie afin de traquer le nouveau roi (Royal). Burrich prévient Fitz : il ne doit rien attendre de la population. Peu importe en réalité ce qu'ils pensent de lui, le voir vivant prouverait qu'il a usé d'une terrible et odieuse magie. Il signerait une nouvelle fois sa mise à mort : « on te pendrait au-dessus de l'eau et on brûlera ton cadavre, ou bien on le démembrera ; en tout cas, les gens veilleront à ce que tu sois mort pour de bon et que tu le restes, cette fois ».

Pognes est un bon exemple de cette peur. Quand Fitz le croise à Gué-de-Négoce, son ancien ami est choqué et craintif (« je m'attendais, je crois, à ce qu'il éclate de rire et me fasse signe de passer ; mais il continua de me dévisager, en blêmissant de plus en plus, au point que je pensais le voir défaillir »). Cette réaction est révélatrice du sentiment de peur puisque Pognes et Fitz ont été très proches. Ils ont partagé ensemble des moments compliqués (le deuil de Renarde, l'empoisonnement de Fitz dans les Montagnes) et, malgré tout, Pognes rejette Fitz. Il ne peut accepter sa survie. Fitz vit cela comme une énorme déception. Il est atteint car tous leurs liens sont effacés : « toutes nos années d'amitié, la longue routine du travail accompli ensemble à l'écurie, qu'il pleuve ou qu'il vente, tout cela balayé par un instant de terreur superstitieuse ». Fitz perd une partie de lui-même.

Loin, Molly est dans la peine. Elle n'a toujours pas accepté la mort de Fitz, d'autant plus qu'elle est enceinte. Leur séparation a été un moment pénible pour les deux. Il semblerait qu'elle ait voulu placer Fitz devant ses responsabilités ; elle espérait sans doute qu'il fasse le bon choix et place Molly avant ses devoirs royaux. Cela ne s'est pas déroulé comme ça, et Molly ne peut que pleurer : « Fitz, Fitz ! Pourquoi es-tu mort ? Pourquoi m'as tu abandonné ? Ce n'est pas ainsi que ça devait se passer ! Tu devais te mettre à ma recherche, tu devais me retrouver pour que je puisse te pardonner ».

Ce n'est pas vers Molly que Fitz s'est tourné mais vers Vérité. Il désire retrouver celui qu'il considère comme son roi et l'aider dans sa recherche des Anciens. Il fait escale à Jhaampe, gravement blessé. Là, il retrouve le Fou. Son ami ne le reconnaît pas. Cela est une preuve que les différentes épreuves traversées par Fitz (sa mort, le voyage) l'ont bien changé. Le Fou s'interroge et s'en veut presque : « ce qu'on m'a fait, Fitz ? Grands dieux, et toi, que t'a-ton fait pour te marquer ainsi ? Que m'est-il arrivé pour que je ne te reconnaisse même pas alors que je te portais dans mes bras ? » Apprendre la mort de Fitz a plongé le Fou dans une grande torpeur, une grande résignation. Il a cessé d'être le Prophète blanc de son époque pour devenir un simple fabricant de jouets.

Umbre, lui, a su que Fitz avait survécu aux traitements de Royal mais le pensait mort puisque Burrich avait trouvé un cadavre dans la cabane où ils vivaient. Cela a grandement marqué le vieil espion : « quand Burrich m'a annoncé qu'ils avaient trouvé ton cadavre, j'ai cru que mon cœur allait se briser. Nos derniers mots avant notre séparation... »

Des années plus tard, Fitz a cédé la place à Tom Blaireau. Il vit sous une nouvelle identité au château de Castelcerf. FitzChevalerie Loinvoyant semble être un homme enterré, une figure du passé. Pourtant, il n'a pas été oublié et quelques uns le pleurent encore. Brodette et Patience le croisent par hasard et leurs réactions montrent qu'elles ne l'ont pas oublié. Brodette remarque que « c'est lui ou son fantôme. Il ressemble trait pour trait à son père au même âge ». Patience, elle, lui fait des reproches (« Seize ans. Tu peux me rendre seize années de ma vie ! (…) Seize ans, et pas une visite, pas un mot. Tom, Tom, mais qu'avais-tu donc dans la tête ? »). On voit là tout l'attachement de Patience pour Fitz. Derrière cette réaction outrée, on perçoit un amour sincère.

Des années plus tard, grâce à l'intervention d'Elliania et de Kettricken, Fitz est réhabilité. Il peut sortir de l'anonymat et révéler à tous qu'il est toujours vivant. Astérie participe à lui construire une vie de légende en disant qu'il était avec les Anciens. La foule est emballée par l'histoire et applaudit son retour. Les réactions à la survie de Fitz semblent unanimement positives. Quelques unes méritent d'être soulignées. Célérité montre que Fitz a toujours conservé une place particulière dans son cœur en disant que « je n'ai jamais douté du vous, vous n'auriez pas dû douter de moi ». Le petit-fils du soldat Lame est en colère. Il reproche à Fitz d'avoir caché le fait qu'il ait été vivant à un homme qui fut son compagnon d'armes et qui a dû vivre avec l'idée de l'avoir mené à la mort. En effet, c'est Lame qui a capturé Fitz le soir où il a été accusé d'avoir tué Subtil. Les mots sont durs : « Mon grand-père est mort convaincu de vous avoir envoyé à la mort ; jusqu'à la fin de ses jours, Lame a cru vous avoir trahi. A lui au moins, vous auriez pu faire confiance ».

La confiance... Fitz a eu bien du mal à l'offrir.

samedi 20 mai 2023

Comment Fitz vit-il ses crises ?

Défait par Royal, Fitz est battu physiquement et manque de se noyer. C'est Fouinot qui vient le sauver, en sacrifiant sa vie. Fitz vit là un nouveau traumatisme. Cela a un impact certain sur le jeune homme qui se rend compte, enfin, qu'il n'est qu'un pion dans le jeu du roi Subtil. Si les blessures sont en partie mentales, elles sont surtout physiques. Fitz perd de sa vigueur, de sa vitalité. Il perd possession de ses moyens physiques. Il a des crises de tremblements, des moments où son corps ne lui répond plus. Pour un assassin, c'est une tare. Fitz le vit donc mal et ce qui est une incapacité physique se transforme en apitoiement moral.

A vrai dire, Fitz est presque pathétique. Certes, Royal l'a dominé et il a frôlé la mort. Mais, il est étrange de le voir renoncer si fortement : « je suis fatigué, je suis épuisé. Je ne suis plus à la hauteur de ce qu'on attend de moi (…) Peu importe mon devoir, peu importe mon serment, je suis trop diminué pour tenir ma parole ». Cette attitude étonne ses proches. Voir Fitz si défaitiste les questionne. Ils ne comprennent pas pourquoi le jeune homme baisse les bras et est prêt à renoncer à sa vie. Burrich tente de le raisonner de différentes façons, notamment en employant un discours plus optimiste. Il lui rappelle que Fitz a des devoirs envers le trône ; Fitz n'entend pas cet argument. Il lui dit alors qu'il n'est mort, qu'il peut encore faire des choses (« tu n'es pas aveugle, tu n'es pas paralysé ; tu as encore toute ta tête. Cesse de te définir parce que tu ne peux pas faire. Vois plutôt ce que tu n'as perdu »). Bien entendu, Fitz n'est pas en état d'entendre ce genre de paroles. Il se ferme.

A ce moment du récit, Fitz est encore dans les Montagnes. La procession des Six-Duchés est repartie vers Castelcerf avec Royal et Kettricken alors que Fitz a décidé en arrière, officiellement pour guérir, officieusement pour se lamenter sur son sort. Burrich n'est pas le seul à tenter de le soigner ou de le remettre en état physique, Jonqui essaie aussi. Elle aussi se heurte à un mur, à un Fitz négatif, un Fitz qui semble refuser de faire des efforts (« guérir peut être long et fastidieux parfois, mais dire que vous ne pouvez pas continuer ainsi... Je ne comprends pas. Cela provient peut-être d'une différence entre nos langues ! ») Autrement dit, Burrich et Jonqui tentent de dire à Fitz que sa vie continue. Il ne peut plus faire un bon nombre de choses mais il peut encore faire certaines choses : il doit trouver sa voie.

Mais, rien ne change quand Fitz finit par retourner à Castelcerf. Il se lamente quand les autres ont des signes d'attention pour lui. Il prend cela comme une insulte, comme la preuve qu'il est un incapable. C'est par exemple le cas lorsque Pognes l'aide à prendre soin de son cheval. Fitz le prend mal et considère qu'on le prend pour un poids mort : « mais ce soir, il m'a traité comme un invalide... quelqu'un de tellement faible qu'on ne peut même plus l'insulter. Comme s'il était normal qu'il fasse les choses à ma place ».

Trembler complique la vie de Fitz. Cela pourrait avoir un impact sur sa capacité à manier l'épée ou préparer des poisons. Mais, en réalité, si il le vit aussi mal, c'est parce que c'est un signe de faiblesse, de défaite. C'est la preuve que Royal a été meilleur que lui et il ne tolère pas ça (« je ne supporterais pas qu'il me voie trembler de faiblesse ou m'écrouler subitement, pris de convulsions ; je ne veux pas le voir sourire de ce qu'il m'a fait, je ne veux pas le voir savourer sa victoire »). Fitz fait tout pour cacher sa faiblesse et il y parvient, surtout avec le temps qui passe : « mes mains se mirent à trembler ; je les posai sur la table et les serrai l'une contre l'autre pour les calmer. Je sentais toujours les spasmes qui les agitaient, mais au moins ma faiblesse n’était plus visible » et « je continuais à être parfois victime d'accès de tremblements, mais je faisais moins de crises et je m'arrangeais toujours pour regagner ma chambre avant de m'humilier et m'effondrer devant tout le monde ».

Si Fitz vit aussi mal son état, c'est aussi parce qu'il pense devoir renoncer à quelqu'un qu'il aime : Molly. Il anticipe sa réaction et se convainc qu'elle ne voudra plus de lui (« elle s'est déjà occupée d'un infirme, elle y a passé sa jeunesse, tout ça pour s'apercevoir qu'il ne lui avait laissé que des dettes. Et tu voudrais que j'aille la retrouver dans l'état où je suis ? ») Les faits lui donnent raison puisque Molly ne veut plus de lui. Mais, cela n'a rien à voir avec son infirmité mais c'est plus la conséquence d'un malentendu. Quand elle finit par voir Fitz au château, Fitz pue le vin et Molly ne supporte pas ça (« je sais que je ne serai jamais la femme d'un ivrogne. Je crois même que j'ai pas envie d'être l'amie d'un ivrogne »).

Une autre personne que Fitz apprécie énormément est le Fou. A ce moment du récit, les deux commencent à nouer des liens forts. Le Fou commence à prendre une place importante dans la vie du bâtard royal. Avoir un moment de faiblesse devant lui l'effraie : « je me mis à trembler, mes dents à claquer, les lucioles à étinceler à la lisière de mon champ de vision. Une crise ! J'allais avoir une crise, et devant le fou ! »

L'état physique de Fitz est remarqué par ses amis. Patience le constate (« tu es épuisé et plus qu'à demi malade, va te coucher ») et s'en inquiète tout comme Brodette (« Brodette me raccompagna à la porte, d'où elle me suivit d'un œil inquiet jusqu'à ce que je fusse au palier »). Umbre, lui, est plus direct. Bien qu'inquiet, il conseille Fitz avec son œil d'assassin. Il le pousse à avoir plus d'activité physique et de cesser de se lamenter. Surtout, il tente de lui retirer la peur qui le paralyse : Fitz ne peut pas comporter comme s'il était une proie ; ainsi quand il se croit à nouveau empoissonné par Royal, Fitz croit voir des signes annonciateurs et se met à suer et transpirer ; Umbre le remet à sa place : « cesse, fit Umbre sans élever le ton. C'est toi qui te crées ces réactions, Fitz ».

dimanche 20 novembre 2022

Grossesses et peines

La saga de l'assassin royal nous fait suivre Fitz, un enfant né hors mariage et qui remet en cause bon nombre de choses à la cour royale. Il est le symbole que le prince Chevalerie a eu, au moins, un fils avant son mariage et que si il ne parvient pas en avoir avec sa femme Patience, ce n'est pas de sa faute. La question d'un enfant (un fils ou une fille) est importante pour la royauté : elle permet de fixer la lignée dans le temps. Ce n'est pas une question privée ou personnelle, c'est un débat public. Quand Vérité épouse Kettricken, tout le peuple attend que la montagnarde tombe enceinte et rapidement. Elle est là pour ça. Plus le temps passe et plus sa non-grossesse inquiète : « certains, je le savais, se demandaient si Kettricken n'était pas stérile pour n'avoir pas encore conçu au bout d'un an de mariage, mais l'absence d'enfant de la reine-servante était une question d'ordre public ».

Kettricken finit par tomber enceinte. Sa grossesse devient une pièce, un pion dans la terrible lutte qui oppose Royal à Vérité. Royal voit en Kettricken enceinte un obstacle et il la traque. Il sait que l'enfant de Kettricken et Vérité peut devenir un point ralliement et une opposition à son règne. Kettricken est donc pourchassé alors qu'elle fuit Castelcerf. Elle vit dans des conditions pénibles, dangereuses physiquement et émotionnellement. La conséquence est terrible pour Kettricken : elle met au monde un enfant (appelé Oblat) mort-né. Cela a un un effet terrible sur Kettricken qui est convaincue d'avoir failli à son devoir et à son époux. Elle pense que si son fils est mort, c'est de sa faute. Elle ne parvient pas à dépasser sa culpabilité et elle est au fond du trou lorsqu'elle l'annonce à Vérité (« mon seigneur... fit-elle, puis sa voix se brisa. Vérité, j'ai perdu notre enfant. Notre fils est mort »). Kettricken a dû puiser profondément en elle pour accumuler assez de courage pour annoncer la nouvelle. Malheureusement pour elle, Vérité se montre insensible à la nouvelle (son dragon de pierre et d'Art épuise tous ses sentiments). L'attitude de Vérité ébranle Kettricken. Elle a l'impression que Vérité se moque que leur fils soit mort, se moque de ce qu'éprouve Kettricken. Fitz est témoin de la scène et se rend compte à quel point Kettricken se sent en échec (« je pris seulement alors la mesure du fardeau qu'elle portait tandis qu'elle cherchait son époux »). On note également que Fitz avait relégué la mort d'Oblat au second plan, que pour lui ce n'était pas si grave que ça....

Ne pas pouvoir faire un enfant a grandement marqué Patience. Elle aurait tant aimé pouvoir donné à Chevalerie un héritier. Elle n'a pas pu et depuis elle porte un poids. Elle vit tant bien que mal avec ça jusqu'à son retour à Castelcerf. Là, elle côtoie Fitz, le bâtard de son mari et a bien du mal à se contenir. Sa détresse la dépasse : « Tu aurais dû être de moi ! Ce n'est pas juste ! Tu aurais dû être de moi ! » Cela la hante. Patience ne parvient pas à passer outre son apparente incapacité à mener une grossesse à terme. C'est d'autant plus intéressant de le noter que dans les autres domaines Patience est une femme forte et volontaire. Elle n'est pas du genre, habituellement, à subir les événements ou baisser les bras. On en a une preuve manifeste quand elle apprend que Kettricken a fait une fausse couche (un stratagème pour échapper aux griffes de Royal). Elle est tétanisée ; on lit que « j'étais trop lâche pour aller me rendre compte moi-même de son état, si tu veux savoir la vérité ; je connais trop bien la douleur que cause la perte d'un enfant avant qu'on ait pu le tenir dans ses bras ».

Ne pas pouvoir tomber enceinte peut être un traumatisme. Astérie, une ménestrelle, menait une vie assez simple, allant et venant, chantant pour gagner sa vie. Elle couchait avec qui elle voulait. La guerre contre les Pirates Rouges a tout changé pour elle. Après avoir été violée, elle est tombée enceinte. Elle ne voulait pas garder et a donc avorté. Mais, cela a eu un impact sur son corps (« je me suis rendue chez une autre guérisseuse qui m'a remis une autre potion ; celle-ci m'a fait saigner. L'enfant a été éliminé ainsi, mais je n'ai pas cessé de saigner (…) Elles m'ont dit que les saignements s'arrêteraient d'eux-mêmes avec le temps ; mais la première m'a prévenue que je ne pourrais sans doute plus jamais concevoir »). Se croire stérile marquera fortement Astérie et aura un fort impact sur ses futures relations amoureux. Elle se convaincre de ne pas pouvoir offrir pleinement à un homme ce qu'il désire (un enfant).

Fitz et Molly ont des relations sexuelles. Molly peut tomber enceinte et elle le sait. Fitz ne semble pas en avoir conscience. Sa naïveté est manifeste et se révèle au grand jour quand Patience le met en garde : « c'est de la pointillé, une plante très amère. On dit qu'elle empêche les femmes de concevoir, mais ce n'est pas vrai ; du moins, pas de façon fiable. Mais si une femme en consomme trop longtemps, elle risque d'en tomber malade ». Fitz comprend alors la terrible réalité : Molly peut tomber enceinte et cela aurait d'énormes répercussions pour la famille royale et la propre sécurité de la chandelière ; Molly peut tomber malade à force de consommer ces plantes. Fitz réalise que Molly fait face à des choses dont il n'avait pas idée.

vendredi 20 mai 2022

Molly : bien trop de souffrances ?

On ne peut pas dire que les personnages du Royaume des Anciens mènent une vie paisible. Tous traversent des moments difficiles, certains traumatisants. Molly, un personnage secondaire de l’intrigue, évolue à la marge des événements. Elle a également son lot de peines, notamment à cause de sa relation avec Fitz. Mais, même ses proches (son père, sa fille Ortie) peuvent montrer bien peu de considération pour elle. Pire, elle est presque parfois comme l’otage du destin, l’otage de la volonté d’autres personnages, une pauvre femme utilisée en fonction des besoins.

La première fois que l’on rencontre Molly, c’est lorsque Fitz se met à explorer les environs de Castelcerf. Le jeune garçon plonge dans un univers totalement inconnu et il s’y fait des amis de son âge. Ce sont des moments de détente qui sont vite mis de côté lorsque le père de Molly apparaît. L’homme est alcoolique, se repose entièrement sur Molly pour gérer la boutique de bougies. En outre, il l’insulte, il la frappe et Molly prend sa défense. Elle dit que c’est la faute de l’alcool, que sinon c’est une bonne personne (« Non ! Il me tape quelques fois quand je suis méchante, mais il ne me tuerait jamais ! Et quand il n’a pas bu et qu’il n’est pas malade, il en pleure et il me supplie de ne pas être trop méchante pour ne pas le mettre en colère »). Autrement dit, les rôles sont inversés. Elle est clairement sous l’emprise du seul parent qui lui reste et lui trouve tout un tas d’excuses, de faux prétextes pour justifier son comportement. Molly se place donc en presque coupable : si son père boit et la frappe, c’est parce qu’elle a fait quelque chose de mal. Ce comportement peut peut-être s’expliquer par ce qu’elle a vécu depuis son enfance ; elle a vécu et grandi dans un environnement pesant, jugé par les autres à cause du comportement de son père. A Bourg-de-Castelcerf, l’alcoolisme de son père est bien connu. Lors d’une foire, la jeune Molly décide de voir une voyante afin d’en savoir plus sur son avenir. Surprise par une commerçante, elle est la risée de la foule. Ce sont des moqueries, des commentaires, des rires gratuits : « Brinna, la poissonnière, a éclaté de rire et elle a dit que ce n’était pas la peine que je paye pour ça, parce que tout le monde savait d’avance quel serait mon avenir : j’étais la fille d’un ivrogne, j’épouserais un ivrogne et j’aurais beaucoup de petits ivrognes ». Molly est rabaissée pour ce qu’elle n’est pas… et c’est de là que vient sa résolution de ne pas fréquenter les gens qui boivent.

Après avoir souffert à cause de son père, Molly souffre à cause de Fitz. Après l’attaque de Vasebaie par les Pirates Rouges, elle cherche refuge au château de Castelcerf. Personne ne sait de qui elle parle puisque Fitz lui a donné une fausse identité : elle est trompée et humiliée. Patience finit par la prendre à son service. Molly rencontre Fitz, le confronte ; et après une longue période de séduction ils finissent par se mettre ensemble. Leur relation ne passe pas inaperçue ; Royal s’en rend compte et tente d’amadouer Molly. Il est mielleux, il se moque d’elle en lui disant que leur amour est impossible car elle n’est qu’une femme du peuple. Ce ne sont pas nécessairement des paroles méchantes, c’est en tout cas sournois. Toutefois, au fur et à mesure que Royal intrigue, il est de plus en plus menaçant, agressif. La situation de Molly au château devient compliquée. Alors qu’elle est sortie faire des courses, elle est agressée, insultée : « Et puis ils ont… que j’allais finir pendue.. si je ne faisais pas attention, que faire les commissions d’un traître, c’était un traître soi-même ». Le seul tort de Molly est d’être amoureuse de Fitz ! Elle n’a aucune idée de la lutte de pouvoir qui a lieu dans les hautes sphères de la royauté, elle est une victime collatérale. C’est d’autant plus frustrant pour elle que Fitz refuse de lui expliquer ce qui se passe.

Mais, la peine de Molly ne s’arrête pas là. Un autre malheur lui tombe dessus à cause de ce qu’est Fitz : il est un membre de la famille royale, bâtard certes. Il n’est donc pas libre de choisir qui il veut épouser. Subtil veut que Fitz épouse Célérité, la fille d’un noble important des Six-Duchés. Sans vouloir faire de mal, Fitz explique à Molly la situation. Il ne se rend pas compte à quel point cela fait mal à Molly, de savoir qu’il est promis à une autre. Pourtant, Patience et Umbre ont tenté de lui expliquer qu’il n’était pas libre de son choix. Il persiste à dire à Molly qu’il va tout arranger. Molly, elle, sait que ce n’est pas si simple. Que Fitz ne peut refuser Célérité sans créer un outrage. C’est une pathétique Molly qui va trouver Fitz et tenter de le raisonner (« Fitz, c’est trop dur. Chaque fois que je crois m’être résignée, je me surprends à espérer encore. Mais nous n’avons rien à attendre de l’avenir, n’est ce pas ? (…) J’ai vu Célérité. Elle est très belle »).

Molly quitte Fitz. Elle n’en peut plus de ses mensonges, de ses demi-vérités. Enceinte, elle s’en va. Malgré tout, à l’annonce de la mort de Fitz, elle viendra poser une bougie pour sa tombe pour lui rendre hommage. Elle a bravé le froid et les vents pour faire ça. Puis, elle finira par accoucher d’Ortie (la fille de Fitz) et avoir une relation avec Burrich. Les deux fonderont une famille, auront des enfants. Mais, le destin rattrape Molly. Loin, Fitz est à nouveau impliqué dans les manigances des Loinvoyant ; cela a un impact sur la vie de Molly car Ortie et Fitz sont liés par l’Art. A cause de ça, Burrich finira par comprendre que Fitz est vivant. Cela jettera un froid sur le couple Burrich/Molly. Sans raison aux yeux de Molly, Burrich se montera froid et distant, puis disparaîtra. Sans donner d’explications, il s’en va à la rescousse de Fitz. Burrich n’y trouvera que la mort. Agonisant, il demandera à Fitz d’aller retrouver Molly ! Les deux traitent Molly comme un vulgaire bout de viande, ils se la partagent sans même lui demander son avis (« va à la maison. Occupe toi d’eux. De Molly »).

Dans la trilogie du Fou et de l’Assassin, Fitz et Molly vivent une vie paisible. Leur couple suit sa route, ils sont amoureux et passionnées, chacun vaquant à ses passions. Un soir, Molly dit à Fitz qu’elle est enceinte. Fitz n’en croit pas ses oreilles, Molly est trop vieille, son corps ne montre aucun changement. Il change, sans nécessairement s’en rendre compte, son comportement vis-à-vis d’elle (« la démence de Molly était d’autant plus difficile à supporter qu’elle restait parfaitement pragmatique et raisonnable dans les autres domaines de la vie »). Bien entendu, Molly s’en rend compte. Elle sait ce que pense Fitz. Elle ne dit rien, c’est une douleur qu’elle intériorise. La vie de Molly à Flétribois devient compliquée. Sand doute enhardies par l’attitude de Fitz, les servantes de Molly et du château commencent à critiquer Molly, elles parlent dans son dos et parfois publiquement. Ce sont de petites allusions dénigrantes qui participent à rabaisser Molly. Et Fitz ne fait rien. C’est Ortie qui lui rappellera que Fitz a des devoirs envers sa femme. Elle lui dit que « peu importe que maman ait un grain ! Il faut les obliger à la traiter avec respect. Tu ne dois pas tolérer qu’elles se moquent d’elle ! C’est ma mère et ton épouse, dame Molly ! » Ortie et Fitz refusent donc de croire à la grossesse de Molly. Mal leur en prend car elle finit par mettre au monde une fille, une petite Abeille. On pourrait penser que c’est un moment de joie. Il ne l’est pas totalement. Non seulement Fitz refuse d’annoncer à tout le monde qu’Abeille est née mais en plus il traite et regarde Abeille bizarrement (« tu as compris à quel point elle est différente. Qu’elle est toute petite »). Ces commentaires difficiles à entendre de la part de Fitz sortent également de la bouche des servantes et sont répétées par Fitz à Molly. Molly ne peut être qu’en colère, outrée (« qu’elles s’en aillent toutes, les femmes de chambre et la cuisinière. Renvoie-les »).

Molly a vécu un bon nombre de moments difficiles qui ont entouré de longs moments de calme (son couple avec Burrich puis son couple avez Fitz). Elle n’est en rien responsable d’un bon nombre. Elle subit simplement le fait d’être proche de Fitz ou son insensibilité.

dimanche 23 janvier 2022

Royal et Molly

Dans les Montagnes, Royal a montré qu’il était prêt à tout pour s’emparer du pouvoir. Il n’a pas seulement cherché à saboter le mariage entre son frère Vérité et Kettricken, il a tenté de tuer Fitz, Burrich. Et avec Galen, ils ont tenté d’aspirer l’énergie de Vérité. Dès lors, le retour à Castelcerf consacre la rivalité entre Fitz et Royal. Ce dernier considère le bâtard comme un obstacle sur son ascension vers le trône ; prêt à tout pour atteindre ses fins, il s’attaque aux proches de Fitz. Dans ce contexte, Molly arrive au château royal afin de chercher de l’aide : elle se tourne vers Fitz et cela ne passe pas inaperçu.

L’affrontement entre Royal et Fitz est si perceptible que tout le monde en a conscience. Patience a longtemps navigué dans les hautes sphères politiques des Six-Duchés (avant l’abdication de Chevalerie) et elle a pris sous son aile Molly. Elle a senti le vent du scandale arriver et a tout fait pour l’empêcher, elle s’est même prise d’affection pour la jeune femme. C’est pour cela qu’elle met les choses au clair avec Fitz en lui disant que « tu as des ennemis à la cour et je ne permettrai pas qu’il s’en prennent à Molly pour te frapper ». Cela surprend Fitz qui a, jusque là, considéré Patience comme un peu tête en l’air. Il n’a pas saisi qu’elle était bien au fait des subtilités à l’œuvre. Elle est la première à le prévenir que Molly risque gros (Burrich le fera également).

Car, Royal est malin. Il ne cherche pas nécessairement à chasser Molly, à salir publiquement son image. Il se rapproche d’elle, lui fait des compliments. Il lui fait comprendre que son regard sur elle a évolué. Certes, dans un premier temps, il traite Molly comme si elle était une femme qui avait flairé le gros lot (« quand il m’a abordée la première fois, il était froid et hautain. Il me prenait pour… pour une putain je suppose »). Ensuite, il la flatte, il s’intéresse à son travail, il lui fait comprendre qu’elle est plus qu’une femme à ses yeux, elle est aussi ce qu’elle fait : « il m’a même acheté des chandelles et a fait savoir autour de lui ce que j’avais à vendre. Je crois qu’il essaye d’arranger les choses. En tout cas, de son point de vue ». Molly fait sans aucun doute preuve de naïveté. Ce n’est pas de sa faute, elle ne sait pas à quel point Royal peut être impitoyable. Rien dans son éducation ne l’a préparée à ça. Chez Fitz, cela active évidemment des signaux d’alerte. Il remarque que Royal « ne l’avait pas courtisée, non, mais il l’avait embobinée par son charme consommé et ses belles paroles, puis il avait taillé à coup de hache dans l’image qu’elle avait de moi. » Mais, Molly est très vite ramenée à la réalité, à la dureté de la vie quand sa relation avec Fitz devient plus publique et que, surtout, Vérité n’est plus là pour les protéger (il est parti chercher les Anciens). Royal avance ses pions et distille ses premières menaces. Sous le regard d’un Fitz interdit d’intervenir, Molly raconte son agression : « ils ont dit… des choses que je n’ai pas comprises, à propos de messages, d’espions et de trahison ; ils ont dit qu’ils pouvaient mettre tout le monde au courant que j’étais la putain du Bâtard (…) Et puis, ils ont dit que j’allais finir pendue ». On le voit bien, les hommes de Royal attaquent à deux niveaux : ils la menacent physique et ils la menacent d’être une traîtresse.

Fitz et Molly ont beau essayé de se cacher, tout le monde sait qu’ils ont une liaison. Cette relation va à l’encontre de la volonté du Roi Subtil qui souhaite voir Fitz épouser Célérité. Subtil n’a plus toute sa tête et il est sous l’influence de Royal qui n’hésite pas à en profiter (« je connais les rumeurs. Royal me les rapporte et mes les murmure à l’oreille comme une fille de cuisine (…) Royal te prétend amoureux d’une chambrière que tu poursuivrais sans cesse de tes assiduités »).

Royal poursuit sa marche en avant. Il profite de l’éloignement de Vérité pour conquérir le pouvoir. Il fait tuer Subtil, son père, quand il n’en a plus besoin, ce qui déclenche la colère de Fitz. Fitz se lance alors dans une vengeance au sein même de l’enceinte du château qui le mène à sa perte. Il est emprisonné, torturé physiquement. Royal resserre également son emprise mentale en menaçant Molly, en laissant croire à Fitz le pire quant au sort de son amoureuse : « la chandelière, cette Molly (…) Il n’est pas utile qu’on la retrouve pour qu’il la déclare coupable ; nous aurons tout le temps de mettre la main sur elle. Qu’il aille à la mort en sachant qu’elle le suivra, trahie par sa propre bouche ». Par un concours de circonstances, Fitz parvient à échapper aux griffes de Royal qui n’a pas d’autre choix que le traquer. Royal sait qu’il ne peut laisser Fitz en vie, d’autant plus que le bâtard de Chevalerie se met au service de Vérité. C’est plus que ce que Royal peut supporter ou tolérer.

Royal profite du talent de ses artiseurs pour persécuter Fitz. Il s’engouffre dans son esprit et y laisse des images dures et marquantes. Molly est alors une cible facile et parfaite pour atteindre Fitz : « Bâtard, je suis au courant de l’existence de l’enfant – et de ta catin, Molly. A bon chat bon rat, Bâtard. A propos, comment est son chat, Bâtard ? La trouverais-je divertissante ? » C’est d’ailleurs l’une des rares fois où royal fait une allusion sexuelle violente : il brandit la menace de l’abus.

Molly a eu une fille et cette fille, appelée Ortie, est un péril pour Royal. Elle a le sang des Loinvoyant qui coule en elle. Burrich prévient Molly de la dangerosité de la situation. Il lui dit que « Ortie est l’arrière-petite-fille du Roi Subtil ; c’est une Loinvoyant. Pour Royal, c’est une menace et il risque de tenter une deuxième fois de vous tuer – de vous tuer toutes les deux ». Le Fou tient à Fitz le même discours (« Une femme et une enfant Loinvoyant, me rappela-t-il gravement. Fitz, je ne dis pas cela pour t’inquiéter, seulement pour t’avertir »). Et le Fou a raison : il a fini par comprendre la nature de Royal, il a saisi que Royal est paranoïaque, qu’il est persuadé que tout le monde lui en veut et que ses idées sont obscurcies par sa consommation de Fumée.

dimanche 10 octobre 2021

Sexe et séduction

La Femme Pâle / Elle possédait une beauté surnaturelle, aussi froide que le palais qui nous entourait (…) elle portait une robe de laine immaculée qui ne laissait rien ignorer des courbes de son corps (…) une imperceptible nuance rosée teintait les mamelons dressés de ses seins ronds, et l’absence de couleur de sa toison à l’entrejambe répondait à celle de sa chevelure

Dans le tome 12 de l’assassin royal, Fitz rencontre enfin la Femme Pâle, celle qui a envoyé les Pirates Rouges attaquer les Six-Duchés et semer la port et la peur. C’est une rencontre attendue car elle permet au lecteur de mettre enfin un visage sur la principale force qui s’oppose aux héros. La description est intéressante puisqu’elle met fortement en avant le teint de la Femme Pâle, en totale opposition avec les femmes des Six-Duchés, et donc des femmes avec qui Fitz a couché. Elle nous montre aussi une femme qui n’a pas peur de se montrer pour séduire, mais surtout pour arriver à ses fins. Enfin, elle joue également de sa ressemblance avec le Fou, sachant que Fitz a un lien particulier avec celui qui a partagé son enfance à Clerres.

Tassin / Elle avança le visage sucré et m’embrassa, la bouche ouverte. Son haleine avait un parfum sucré d’encens. J’eus soudain envie d’elle avec une violence qui me fit tourner la tête ; envie non pas de Tassin, mais d’une femme, de douceur, d’intimité.

A ce moment du récit, Fitz vient à nouveau d’échapper à la mort et erre seul sur les routes des Six-Duchés. Il vient d’intégrer une caravane qui doit lui permettre de se rapprocher de Vérité. Tassin est une jeune femme qui va d’un homme à un autre, non pas pour assouvir ses envies, mais pour ensuite faire chanter les hommes et récupérer de l’argent. Fitz représente une bonne cible, d’autant plus que l’on sait que ça fait un moment qu’il n’a pas eu de rapport intime avec une femme. Depuis que Molly l’a quitté, il n’a connu personne, repoussant les avances auparavant de Miel et Fifre. La douceur fait écho avec tout ce qu’a vécu dans ce tome (le Poison de la vengeance) jusqu’à présent : le brutal retour à la vie, la violente colère contre Burrich, la tentative de meurtre par un forgisé et ainsi de suite. On peut penser qu’il a un trop-plein de choses en lui qui ont besoin de sortir. Et là où il n’avait pas pu contrôler sa fureur envers Burrich, il a pu cette fois le faire.

Molly / la courbe d’une épaule tiède et nue, le moelleux purement féminin d’un sein, le petit hoquet surpris que l’on émet lorsque toutes les barrières tombent soudain, le parfum de sa gorge, le goût de sa peau ne sont que des fragments, et si doux soient-ils, ils n’englobent pas le tout.

L’assassin du roi nous présente par moments un Fitz poétique, pris dans des rêves. Cela arrive lorsqu’il se méprend sur la nature de ses rêves avec Oeil-de-Nuit, cela arrive surtout lorsqu’il passe la nuit avec Molly. C’est nécessairement la nuit car leur relation est secrète, réprouvée par le Roi Subtil ou Patience. Pour Fitz, Molly est un exutoire, une manière d’échapper à ses soucis quotidiens. Elle est aussi une porte vers un monde nouveau, lui qui évolue dans un univers très masculin ou où il peut nouer très peu de relations amicales.

Jinna / Et puis, alors que je gisais sur elle dans le vertige de l’assouvissement, elle d’une petite voix : « Eh bien, tu es un rapide, Tom » (…) « Tom, la première fois est rarement la meilleure. Tu m’as montré ta passion d’adolescent, voyons tes talents d’adulte ». (…) Je procédais cette fois avec une habileté qui eut tôt fait de réveiller nos sens ; Astérie m’avait enseigné plusieurs trucs et Jinna parut satisfaite de ma seconde prestation.

Jinna et Fitz (Tom) se tournent autour depuis les premiers chapitres du Prophète blanc. Ils se rencontrent grâce à Heur, le fils adopté par Fitz. Ils passent du temps ensemble dans la petite maison de Fitz et c’est à cette occasion que la sorcière des Haies fait une référence au côté animal de Fitz (en disant qu’il a des yeux de loups, la violence d’un animal sauvage). Plus tard, ils se retrouveront à Castelcerf et ils deviendront amant. La référence à la précocité de Fitz est importante : au-delà de la valeur de sa prestation, il y a l’allusion au fait que Fitz a le Vif et qu’elle a eu vent de certaines choses des Vifiers quand ils font l’amour. Elle fera alors une remarque qui blessera grandement Fitz et ressortira des mois plus tard : Fitz, gravement blessé, finit par revoir Jinna et elle lui dit que ses émotions violentes sont nécessairement le loup qui est en lui qui ressort. Là où Fitz n’avait été que vexé et enclin à prouver à nouveau sa valeur au lit, là il décide de couper les liens pour de bon. Enfin, Astérie occupe une grande part dans la vie sexuelle de Fitz. Elle est sans doute, à ce stade du récit, la femme avec qui il a le plus couché et qui lui a enseigné comment faire réagir un corps de femme.

Burrich / A vivre au milieu des étalons, il connaît tous leurs trucs. J’ai gardé la marque de ses dents sur ses épaules toute une semaine.

Fitz et Molly discutent des beaux hommes des écuries et même du château. Molly fait alors un compliment à Fitz en lui disant qu’il est plus le bel homme depuis Burrich. Bien entendu, Fitz le prend mal, il est choqué d’être comparé à Burrich, il ne s’est jamais intéressé à la beauté de l’homme. Pour autant, il a remarqué sa force, sa douceur avec les animaux, le fait qu’il inspire confiance à d’autres. Notons aussi que Fitz a très peu d’amis de son âge et que la cour semble très coincé au niveau des mœurs : Chevalerie a bien dû partir parce qu’il a eu une aventure avant son mariage ! Il n’est donc pas étonnant de le voir choqué quand Molly raconte cette anecdote. Il ne comprend dans un premier temps à quoi Molly fait référence. Et quand il finit par saisir, il est choqué par ce qu’elle suppose.

Elliania / Elle plaqua sa bouche contre la sienne et, comme il la saisissait gauchement dans ses bras pour l’attirer, elle se laissa aller pour qu’il sente ses seins nus contre sa poitrine

La relation entre Elliania et Devoir est forcément publique : elle est une narcheska et lui l’héritier des Six-Duchés. Tout ce qu’ils font est exposé, espionné et scruté. Le groupe de Devoir vient d’arriver dans les îles d’Outre-Mer et comprennent que la situation sera bien plus compliquée que ce que cela en a l’air. Car les gens de l’île voient d’un mauvais œil la mission de Devoir (ramener la tête du dragon Glasfeu) mais aussi remettent en cause la légitimité d’Elliania. Les cousines d’Elliania se moquent d’elle, disant qu’elle est trop plate, trop timide et que Devoir peut trouver mieux. Elliania se défend alors, physiquement ; elle se bat avec une autre prétendante et montre sa force physique et de caractère. Le passage montre aussi que ce sont deux jeunes inexpérimentés qui n’en sont qu’à leurs premiers émois amoureux.

Sire Doré / Sydel se nourrissait de l’attention de Sire Doré et s’épanouissait à sa chaleur, et, en l’espace de quelques instants, son admiration d’adolescente pour son âge, sa fortune et ses belles manières avaient laissé la place à l’intérêt et à l’attirance d’une femme pour un homme

Sydel n’avait pas grande chance de résister à Sire Doré (aussi connu comme le Fou ou Ambre). Car l’homme sait séduire par son physique ou grâce à ses mots. Il charme, il flatte, captive par les mots ou par son agilité, il porte des tenues qui détonnent dans l’atmosphère des Six-Duchés. C’est peut-être aussi la première fois que Sydel voit un homme si mystérieux, si riche et si influent. Elle n’est qu’une adolescente dans une famille quelconque sans réel pouvoir. Elle tombe donc sous le charme de Sire Doré et cela déclenchera la colère et la jalousie de son fiancé Civil. Bien plus tard, Civil demandera des comptes à Sire Doré, arguant qu’il a abusé Sydel.

Dwalia / J’entendis des coups rythmés en provenance de la cabine (…) et la cadence s’accéléra (…) elle poussait à présent des petits cris aigus.

C’est Abeille qui est témoin, sans s’en rendre compte, des relations sexuelles entre Dwalia et un capitaine de bateau. Il faut préciser que l’homme est influencé par la magie de Vindeliar qui lui fait croire que Dwalia est la plus belle femme et la plus désirable. Dwalia doit donc donner de son corps tout le long du trajet. Dwalia n’a pas eu la vie facile dans sa volonté de ramener Clerres à Abeille. Elle a été menacée de viol, humiliée physiquement et doit donc coucher.Il faut également noter qu’Abeille ne comprend pas ce qui se passe, elle est bien trop jeune pour ça et personne n’a pu lui en parler de tout façon ; Fitz lui a donné une éducation très limitée.

Malta / « Je vois que tu as été bien récompensée pour la part que tu as prise à ma délivrance, jeune reine. Une crête écarlate. Tu en tireras beaucoup de plaisir. » Malta rougit, l’air perplexe, et le dragon gloussa avec affection.

Depuis que Malta a contribué au retour de Tintaglia, les deux ont eu un lien spécial, à un point que la jeune Vestrit en a gagné un nouvel attribut physique. On peut penser que Malta en sera très contente car elle ne cesse de répéter son envie de vivres de nouvelles aventures, de ne pas être une créature froide comme Ronica et Keffria. Mais, vouloir n’est pas faire : clairement, Malta n’a pas testé sa crête. Et quand aurait-elle pu ? Elle a tout le temps été prise dans des péripéties et les rares hommes croisés ont été dégoûtants avec elle (et la compagne Keki l’a prévenue et lui a donné des conseils pour ne pas être violée). Malta est chanceuse car c’est une modification bénéfique, trop de gens souffriront de l’influence et des changements des dragons.

Fitz / « Rien n’est visible » demandai-je en tournant sur moi-même. Il m’examina, un sourire aux lèvres, puis répondit d’un ton salace : « Tout est bien visible, mais pas ce dont tu te soucies ».

La relation entre Fitz et le Fou aura toujours pâti de la frilosité de Fitz et de sa peur que d’autres se méprennent de son lien avec son ami. Ils furent nombreux à sous-entendre que les deux étaient amants, comme Astérie ou Civil. Ce qu’ils ne savent pas est qu’ils sont deux amis très proches et que bien souvent Fitz a eu des propos stupides qui ont failli tout détruire entre eux. A ce moment du récit, les deux sont connus sous l’identité de Tom Blaireau et de Sire Doré, un maître et son serviteur. Et Sire Doré en profite pour enfin habiller son ami comme il l’a toujours souhaité, notamment des tenues qui mettent en valeur ses formes. Et attirent les regards des autres femmes car Fitz est un bel homme.



dimanche 5 septembre 2021

Ortie contre Fitz ? (partie 1)

Avant de s’en aller, Molly a décidé de confronter Fitz. Elle désire le faire réagir, qu’il comprenne que Molly est plus importante que n’importe quel Loinvoyant. Mais, Fitz est lié par son serment de fidélité. Il ne peut la suivre. Est-ce que les choses auraient été différentes si il avait compris que Molly était enceinte ? Difficile de savoir. En tout cas, Molly apprend la mort de Fitz et finit par se mettre en couple avec un Burrich qui prend soin d’elle. Enceinte, elle met au monde une petite fille qu’elle appelle Ortie. Burrich, Molly pensent que Fitz est bel et bien mort, Ortie n’a aucune idée que son réel père est Fitz. Quand Umbre rend visite à la famille, il se rend compte que Fitz n’est même pas un fantôme qui les hante. Ils ont tourné la page. C’est pour cela qu’il dit à un Fitz devenu Tom Blaireau qu’ « elle appelle Burrich « papa », et elle l’aime passionnément, sans aucune réserve. » En refusant de revenir à Castelcerf à la fin de la Reine Solitaire, Fitz a laissé le temps et les choses avancer sans lui. Reclus à Forge, il observe, il est un spectateur grâce aux rapports d’Astérie ou d’autres visiteurs, ainsi que grâce à l’Art.

Bien entendu, Fitz souffre de les voir heureux. Du Temps où Vérité était encore vivant, il les espionnait grâce à la magie des Loinvoyant ; cela ne lui a procuré que de la douleur (il a vu Burrich avouer ses sentiments à Molly par exemple). Des années plus tard, il ne peut s’en empêcher, il les regarde. Mais, il n’a pas pour intention d’influencer leur vie, il ne veut pas se faire connaître en tant que père de Molly ou même que les Loinvoyant fournissent à Molly l’éducation à laquelle elle a le droit. Il s’oppose systématiquement aux demandes d’Umbre (« comment ses frères, Molly et Burrich supporteraient-ils de se trouver face à ce passé soudain ressuscité ? (…) Non, Umbre ; mieux vaut qu’elle reste là où elle est, qu’elle épouse un jeune fermier qu’elle aimera et jouisse d’une vie paisible »). La position de Fitz tourne à l’obsession et il met presque en danger. C’est une époque de grand changement : la vie du Prince Devoir est menacée, Tintaglia la dragonne est de retour. Sa vieille amie Kettricken tente de le convaincre que se cacher ou rester immobile en attendant que les péripéties se dissipent ne suffira pas. Les talents particuliers d’Ortie la mettent en danger : « Fitz, Ortie doit être formée à l’Art (…) Il ne s’agit pas seulement de la protéger des dangers que cette magie fait courir au profane (…) mais aussi de la placer à l’abri à cause de ce qu’elle est : l’éventuelle héritière des Loinvoyant ».

Et pourtant, les signes sont là. Ortie ne pourra pas rester à l’écart de ce qui se passe. Très tôt dans la Secte maudite, le Fou nous éclaire à ce sujet. Ses mots sont clairs, que Fitz le veuille ou non, Ortie est impliquée. Le Fou dit tristement que « je ne vois aucun avenir où Ortie survit après la mort de Devoir. Il n’y a même pas de fin rapide et miséricordieuse pour elle ». Devoir, le fils de Vérité et Kettricken, a été conçu grâce à l’emprunt du corps de Fitz. Si ce dernier ne le considère pas comme son véritable fils, Oeil-de-Nuit oui. Ortie et Devoir pourraient donc être frère et sœur, ils ne sont que cousins. Bien plus tard, les deux se rencontreront via la magie de l’Art. Lancé à la quête de Glasfeu, Devoir est surpris de trouver une autre personne sachant artiser et qu’il ne connaît pas. Il lest d’autant plus étonné quand cette dernière se moque de savoir qui il est, à savoir le futur Roi des Six-Duchés. Ortie se moque de lui et on a un premier aperçu de ce que sera leur relation (« Prince Mal-Elevé, je suis la reine Je-N’en-Crois-Pas-Un-Mot des Sept-Fumiers ; et vous allez peut-être où bon vous semble, quand ce où m’appartient, je vous interdis d’y pénétrer »).

Si Ortie se révèle une artiseure de premier plan, c’est parce que très tôt, volontairement ou non, Fitz l’a plus ou moins formée en se glissant dans ses rêves. Ortie n’a aucune conscience qu’elle artise. C’est un monde totalement inconnu pour elle, un endroit onirique. Elle y voit d’ailleurs Fitz comme un homme-loup. Le retour à la réalité est donc brutale pour elle quand elle prend conscience que l’homme de ses rêves la connaît (« elle s’était pétrifiée en m’entendant prononcer son nom. Alors qu’elle s’efforçait de se reprendre pour demander comment je la connaissais, j’avais disparu de son rêve et m’étais réveillé »). Fitz gagne sa confiance en passant du temps avec elle tout en maintenant des distances. Ortie saisit bien que ce n’est pas normal qu’un homme qu’elle ne connaît pas soit si intime avec elle. Elle le lui dit d’ailleurs clairement : « tu as toujours été là, aux confins de mes rêves, à les observer à travers moi, et puis tout à coup, tu t’es retiré. Je ne sais toujours pas pourquoi, pas plus que je ne sais qui tu es ». Étrangère au monde des Loinvoyant, Ortie ne peut savoir que la famille royale a le culture du secret et des manipulations. On peut faire un parallèle avec Devoir qui a horreur de cette manie qui a contaminé Umbre et Fitz. Peut-être Ortie chérit elle ces moments qui lui permettent de s’évader d’une vie monotone et pesante chez elle. Elle aide plusieurs fois Fitz à calmer les appréhensions de Lourd à voyager sur un bateau (« à plusieurs reprises, je fils appel à Ortie pour dissiper ses rêves de fièvre avant qu’ils ne sèment leur angoisse dans l’équipage »).

Tout bascule quand Fitz se retrouve au pied du mur. Il devrait pourtant savoir qu’on ne peut indéfiniment échapper à ce qui vous pourchasse. Un des fils de Burrich et Molly, Leste, a fui vers Castelcerf : il a le Vif et se heurte à l’incompréhension totale de son père. Or, Kettricken a promis assistance aux gens qui ont le Vif. La Reine prend sans doute plaisir à confier Leste à Fitz. Fitz, entre temps, a fait la connaissance de Trame, un respecté membre du Vif. Trame, Fitz et Leste font partie de ceux qui accompagnent Devoir dans sa quête. Mais, les parents du jeune homme sont inquiets et Fitz décide de leur faire savoir que Leste est en sécurité. Il transmet ainsi un message (« un loup avec un piquant de porc-épic planté dans le museau m’avait promis de veiller sur Leste ») à Burrich par l’intermédiaire d’Ortie. Les conséquences sont immédiates. Burrich comprend que Fitz est vivant, qu’il a trahi un ami : « il est resté à me dévisager, comme changé en pierre, puis il s’est écroulé de sa chaise et il est demeuré par terre, avec le regard fixe d’un cadavre »). Pire, il s’en prend de suite à Molly en lui affirmant que « Femme, tu ignores ce que nous avons commis et je n’ai pas le courage de te le dire ».

Quelle déception pour Ortie ! Elle était persuadée que Fantôme-de-loup (le nom qu’elle donne Fitz) lui apporterait de bonnes choses dans sa vie (« il y a longtemps, quand j’ai commencé à rêver du loup et de toi, je me figurais que nous ferions connaissance un jour ; je te voyais de mon âge, beau avec un côté sauvage, et tu me trouvais jolie »). La vérité est toute autre, elle est blessante et dure. Comme le craignait Fitz, apparaître dans la vie de sa fille n’a créé que de la peine ; Burrich est mort. Ortie découvre que sa vie a été bâtie sur un mensonge. Elle rejette cet homme qui n’est pas son réel père. Si elle découvre la réelle identité de cet individu (FitzChevalerie Loinvoyant), elle comprend que « je suis votre fille bâtard ». Ce n’est même pas son père qui a été honnête avec elle et cela créé un fossé entre deux. C’est Molly qui a dû lui révéler la vérité : « ma mère m’a dit qu’elle ne connaissait aucun Tom Blaireau (…) pendant votre séjour à l’infirmerie, elle a rendu visite à celui qui se prétendait lié à elle par une vieille amitié, puis elle est ressortie et m’a tout avoué. Tout ». C’est un réel choc pour Ortie qui plonge dans un monde lui est totalement inconnu. Elle doit faire avec la cour et ses règles implicites, elle doit faire avec son nouveau cousin Devoir et son nouveau frère Heur. Elle doit faire avec tout ça sans avoir reçu avec l’éducation qui aurait pu la préparer. Son caractère n’arrange rien, elle a du mal à créer des liens avec d’autres dames. Chevalerie, son frère, donne d’elle une bonne description : « elle a les atours d’une dame mais les manières d’une harengère. »

Fitz n’aura pas d’autre possibilité que d’y aller doucement, de l’amadouer. Il répétera avec elle ce qu’Umbre avait fait : il fera sa connaissance la nuit. Prudente mais curieuse, Ortie acceptera l’invitation. Et sa première action montrera qu’elle a bien cerné Fitz : « C’est ton loup ? Oeil-de-Nuit ? (…) il ressemble tout à fait à l’image que je me faisais de toi. Dis m’en davantage sur lui »). En questionnant sur le loup, elle montre à Fitz qu’elle s’intéresse à celui qui fut le meilleur ami de son père, son plus fidèle compagnon, celui qui le connaissait le mieux. Ortie sera ensuite formée à l’Art et elle observera sa mère et Fitz se rapprocher, puis se marier.