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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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mercredi 17 avril 2024

Le Fou, homme, femme ou peu importe ?

Dans l’assassin royal, l’aventure se déroule à travers les yeux de Fitz. Il est le principal narrateur, il est celui qui délivre un bon nombre d’informations, celui qui permet au lecteur d’observer ce qui se passe. Fitz n’est pas neutre, ni objectif, il a des émotions, des sentiments, des préjugés, des attentes. Il faut aussi noter que des informations historiques, des détails de biographie, des compte-rendus de missions d’Umbre et autres choses sont présents à chaque début de chapitre. C’est donc via Fitz que l’on rencontre pour la première fois le Fou. Tout nous laisse croire que le Fou est un homme, un jeune garçon même si son apparence physique rend la chose compliquée à estimer. Quand le Fou est mentionné, ce sont des pronoms masculins qui sont employés, les tenues qu’il porte sont celles des hommes. Pour autant, Fitz a des doutes. Enfant curieux, il demande au Fou s’il est un homme ou une femme. La réponse du Fou est claire et illustre bien qui il est : un individu qui aime jeter un voile de mystères autour de lui, qui a une forte envie de garder ses secrets (« on a beaucoup débattu du sexe du fou. Quand, plus jeune et plus direct que je ne le suis aujourd’hui, je l’interrogeai sur la question, il me répondit que cela ne regardait personne d’autre que lui-même »). Et c’est ce qu’il s’est employé à faire à la cour de Castelcerf, un endroit où les gens proches du pouvoir sont soumis à tout un tas de pression, d’observation et parfois de malveillance.

L’insistance à découvrir le sexe du Fou se fera plus présente lorsque Fitz et les autres partiront à la recherche de Vérité. Dans ce groupe, il y a une ménestrelle appelée Astérie qui est attirée par Fitz. Mais, elle est jalouse de la complicité entre Fitz et le Fou. Elle aimerait que le bâtard royal s’intéresse plus à elle, qu’il ait moins de moments seuls avec le Fou. Astérie analyse alors la situation et en vient alors à une conclusion simple : «  Le fou est une femme, et elle est amoureuse de vous ». De son point de vue des choses, Astérie ne peut admettre que deux personnes soient si proches sans qu’il n’y ait d’attirance physique ou amoureuse. Comme Fitz est un homme, Le Fou ne peut être qu’une femme, déguisée et habillée certes. Fitz, inquiet et vexé, s’en ouvre au Fou. Il l’aborde maladroitement, lui disant que son attitude laisse croire de fausses choses à Astérie. Le Fou lui répond alors que le sexe importe peu, que l’amour ne se définit pas par le genre tout comme toutes les autres relations : « depuis le temps que je vis parmi vous, c’est la seule chose à laquelle je n’ai jamais pu m’habituer : l’importance que vous attachez au sexe de chacun ». Elle est peut-être là d’ailleurs la raison d’une telle différence de point de vue : le Fou n’est pas des Six-Duchés, il vient d’un autre pays, d’une autre culture. De façon grivoise, le Fou questionne Fitz sur son amour pour Molly (« dis-moi, Fitz, était-ce Molly que tu aimais ou ce qu’il y avait sous ses jupes ? »). Autrement dit, est ce que le genre de la personne est un préalable au développement de sentiments amoureux ? Pour le Fou, clairement non. Cette question met Fitz au pied du mur, il ne sait trop quoi réponde, il se perd dans des explications vaseuses.

Des décennies plus tard, les deux auront une violente dispute quand Fitz surprendra une conversation entre le Fou (appelé Sire Doré) et Jek, une amie du Fou. Jek a connu le Fou quand il était Ambre (une femme) dans les Aventuriers de la Mer. Fitz surprend la conversation et est choqué par ce qu’il entend. Si le Fou est une femme, ça remet en cause toute leur histoire commune. Fitz a énormément de mal à assimiler qu’il ait pu partager tant de moments intimes avec un homme, et surtout une personne qu’il ne connaît pas. Il va même plus loin dans les paroles cruelles en disant qu’il n’envisagera jamais de coucher avec le Fou. Il ne peut simplement pas.

Dans la trilogie du Fou et de l’assassin, on se rend compte que le sexe du Fou importe peu. Ceux qui le connaissent ont appréhendé son amour des secrets, le fait qu’il n’aime pas trop en dévoiler sur lui, sa passion des déguisements et ses différentes identités. Umbre s’est servi des talents du Fou (notamment en terme de maquillage) pour perfectionner ses costumes et apparences.

Lorsqu’ils s’en vont vers Clerres, le Fou a un serviteur appelé Cendre. Or, ce dernier est aussi Braise (une femme). Cela surprend Persévérance (« Alors, c’est sa véritable identité ? C’est une fille et elle s’appelle Braise »). Cela choque le jeune homme car il trouve Braise attirante et a du mal à laisser aller ses sentiments en sachant qu’il joue aussi l’homme. La réponse de Fitz le soulage et montre aussi au lecteur tout le chemin parcouru. C’en est Fini du Fitz coincé et buté, qui ne parvient pas à dépasser la barrière du genre. Il lui dit que « son identité est son identité, parfois c’est Braise ; parfois Cendre. C’est comme être père, fils et peut-être époux : ce sont toutes des facettes d’une même personne. »

Abeille, elle, se rend compte que la question du sexe du Fou n’intéresse plus personne : « à bord, Bien-Aimé était devenu quelqu’un qui s’appelait Ambre. Pourquoi il avait tant de noms et pourquoi c’était à présent une femme, je n’en avais aucune idée. Tout le monde paraissait trouver cela normal » .

mardi 31 octobre 2023

Cendre ou Braise, la question du genre

Fitz est un assassin, il est doué du Vif et de l'Art, il est capable de reconnaître le Fou sous n'importe quelle identité et même lui peut être trompée. Quand le Fou tente de guérir des coups de couteaux reçus, il est confié aux soins d'un serviteur à Castelcerf, un adolescent appelé Cendre. Le jeune homme prend soin de lui et il devient familier de l'entourage de Fou et de Fitz. Les deux lui font suffisamment confiance pour ne plus trop prêter attention à sa présence et le Fou, aveugle à ce moment du récit, se repose beaucoup sur lui.

Déjà habitué à ce que des hommes se déguisent en femme (Umbre en dame Thym) pour passer inaperçu, Fitz est quand même surpris quand il se rend compte que Cendre est en réalité une femme : « je viens de tomber sur Cendre déguisé en servante. Je ne l'ai pas reconnu tout de suite, et ça m'a fait un choc ». Fitz pense donc que Cendre est réellement un homme : être une femme ne serait qu'un déguisement bien pratique. Le Fou, expert en déguisement et dissimulation étudie attentivement Cendre en la touchant, en parcourant son corps et sa peau. Il émet un autre avis et contredit Fitz. Cendre est bel et bien une femme, et les deux ont été trompés (« ce n'est pas Cendre déguisé en servante, mais une servante qui se fait passer pour l'apprenti d'Umbre »). Si le Fou étudie aussi attentivement Cendre, ce n'est pas pour remettre en cause son identité mais parce qu'il craint pour sa vie. Il admet assez facilement qu'on puisse changer de genre, d'identité.

En réalité, Centre a passé toute sa vie en tant que garçon. Ce n'est pas son choix, il lui a été imposé par sa mère, une prostituée qui craignait pour la survie d'une fille. Cendre affirme que « je suis née fille, mais ma mère a fait de moi un garçon quelques minutes après ma naissance ». Le choix est donc dicté par la nécessité. Il a fallu convaincre Cendre, l'éduquer comme un garçon, utiliser tout un tas d'artifices. Cela passait aussi par un prénom adapté. Cendre n'est pas nécessairement connoté masculin ou féminin, mais il est utile à la dissimulation comme l'explique la mère. L'image qu'elle emploie est très claire : « elle m'a dit alors que mon vrai nom était Braise ; la cendre recouvre la braise et dissimule son éclat, et c'est ainsi qu'elle a inventé mes noms ».

Braise a donc grandi comme un garçon. Ayant grandi dans un bordel puis au château, elle a bien pu étudier les hommes et les femmes. Elle n'a pu que voir les différences physiques et elle a dû s'adapter. C'est ce qu'elle a fait avec son apparence physique et son âge (« en tant que fille ? Treize ans. Quand je suis Cendre, je dis que j'en ai onze. Comme garçon, je suis assez maigre et dégingandé, mais comme fille, j'ai de la force »). Peu importe son genre, Braise est donc capable de s'adapter et donner le change.

Pour des gens comme Umbre ou le Fou, cela ne pose pas de problèmes. Le premier voit ça comme un outil, une façon efficace d'espionner ; le second pratique fréquemment le changement d'identité pour ne pas se plaindre. Fitz, lui, est bien moins coincé sur cette question et a fini par accepter.

Les choses sont un peu plus compliquées pour Persévérance, un adolescent proche de Cendre. Il passe beaucoup de temps avec lui sur le bateau, convaincu qu'il est un homme. Ils deviennent donc amis. Or quand Cendre devient Braise, quand le garçon devient une fille, les choses sont remises en question et Persévérance s'interroge. Il se confie à Fitz : « Cendre est devenu Braise. Et Braise est une fille (…) Est-ce que ça ne vous paraît pas bizarre ? Ça ne vous met pas mal à l'aise ? » La question est légitime pour le jeune homme, d'autant plus qu'on peut penser qu'il connaît ses premiers émois amoureux. Dans tous les cas, il se sent obligé de définir sa relation avec Cendre / Braise. Il ne va pas la confronter directement, il cherche des conseils. Il va donc voir Fitz qui lui répond que « son identité est son identité ; parfois, c'est Braise, parfois Cendre. C'est comme être père, fils et peut-être époux : ce sont tous des facettes d'une même personne ». On note au passage le changement de position de Fitz, lui qui avait tant de mal avec l'incertitude de ne pas avoir si le Fou était un homme et une femme. Il reliait ça à une question sexuelle et avait peur que ça puisse être mal interprétée. La réponse de Fitz est claire : Cendre / Braise n'a pas à avoir honte de qui elle ou il est, ce sont les autres qui doivent comprendre qu'une personne n'a jamais la même identité toute sa vie.

dimanche 2 avril 2023

Althéa Vestrit, difficile d'être une femme ?

A Terrilville, être une femme n'est pas toujours aisée. Elles peuvent être Marchandes, commerçantes, agricultrices ou exercer tout un tas de métiers. Mais, le métier de marin semble leur être interdit, pour le plus grand malheur d'Althéa Vestrit. Celle qui rêvait de mener la vivenef Vivacia se voit dépouiller de ce droit par ses parents. Puis, quand elle tente de faire ses preuves en tant que marin, on lui rappelle sans cesse son sexe. Elle est une femme donc elle n'est pas assez forte, donc elle est à la merci des autres hommes à bord.

Althéa est fière de ses capacités. Quand elle exerçait à bord du navire de son père, Ephron Vestrit, elle avait l'impression d'être à la hauteur et de participer à la bonne marche du navire. Elle se savait utile et s'était convaincue que son père lui léguerait le bateau. Tout semblait croire qu'il la formait, peu importe son sexe. Althéa pensait que son père avait vu ses qualités et ses compétences. Elle se trompait. En tout cas selon Kyle Havre. Son beau-frère lui jette en pleine face que « votre père vous a embarqué uniquement parce qu'il n'avait pas de fils ; c'est lui-même qui me l'a dit ». Autrement dit, toute la vie d'Althéa repose sur un choix par défaut. Ce sont des propos durs à entendre pour la jeune femme, d'autant plus qu'ils sont confirmés par sa mère (« je vais te parler franchement : il t'a toujours traitée comme les fils que nous avons perdus. Si tes frères avaient survécu à la peste... »). Tout peut donc laisser croire à Althéa que, si son père l'a laissée naviguer sur le bateau, c'est uniquement parce qu'il voyait en elle le garçon qu'il n'a jamais eu.

Althéa se laisse-t-elle abattre ou toucher par ce genre de propos ? Non. Elle garde une autre image de son père, du capitaine Ephron Vestrit. Il ne la voyait pas comme une fille ou comme un garçon ; il ne s'intéressait qu'à ses actions : « avec lui, c'était ce dont j'étais capable qui comptait, avec eux c'est mon apparence ou ce qu'on pense de moi ». On note également la pointe de regret d'Althéa. Elle n'a pas perdu que son père, elle a également perdu la seule personne qui la regardait en faisant fi des préjugés liés à son genre.

Dépossédée de son héritage, privée de la vivenef, rejetée par sa famille, Althéa tente de faire ses preuves. Très vite, elle comprend qu'être une femme est un inconvénient si on veut devenir mousse (« Althéa devait prouver qu'elle était aussi solide, voire plus, que les hommes aux côtés desquels elle devrait travailler, mais on ne lui laisserait même pas l'occasion, vêtue comme elle l'était »). En effet, à cette époque, à Terrilville, les femmes doivent porter des tenues élégantes, des robes peu pratiques et peu compatibles avec la vie sur un bateau. Elle n'a pas de chance : si elle était née un peu plus au nord, dans les Six-Duchés, elle aurait pu naviguer sans souci comme le lui fait remarquer Brashen. Il affirme que là-bas « on se fiche que vous soyez un homme ou une femme, du moment que vous mettez du cœur à l'ouvrage ».

Terrilville a beau être une ville riche, civilisée et où le Marchands règlent leurs problèmes de façon collégiale, il y reste quand même une certaine sauvagerie, notamment à bord d'un bateau. Une femme met sa vie en jeu en embarquant : elle peut être violée sans que cela ne dérange le capitaine ou quiconque. Il n'y a que sur les bateaux familiaux qu'elle peut espérer être en sécurité (« la plupart de celles que vous voyez sur les quais travaillent sur leurs navires familiaux, avec leur père et des frères pour les protéger »). Dès lors, Althéa pas le choix ; Brashen lui souffle la solution : « trouver un moyen de renaître sous la forme d'un garçon, de préférence qui ne porte pas le nom de Vestrit ».

Plus tard, on retrouve Althéa, sous l'identité d'Athel, alors qu'elle effectue les sales tâches à bord d'un navire chasseur. Elle y retrouve Brashen qui ne la reconnaît pas tout de suite puisqu'elle est déguisée. Il est convaincu que Athel est un homme et il fait le lien avec Althéa parce qu'Althel siffle une chanson coutumière des Vestrit. Il observe attentivement Althéa et remarque qu'elle « faisait un joli adolescent, et la timidité qu'elle affichait la rendait sans doute plus attirante que bien des hommes faits ».

Si Althéa a embarqué à bord du Moissonneur, c'est pour faire ses preuves en tant que marin et avoir une étiquette qui prouve ses compétences. Mais, pour l'avoir, elle doit dévoiler sa réelle identité et donc montrer qu'elle est une femme qui se fait passer pour un homme. La réaction du capitaine est très claire : « tu crois que j'ai envie de devenir la risée de tous les navires-abattoirs ? Qu'on sache que j'ai embarqué une femme pendant toute une saison sans même m'en rendre compte ? Tout le monde se ficherait de moi ! » Il ne fait donc pas bon être une femme. Pire, Althéa n'obtient pas sa recommandation.

Pour rentrer à Terrilville, elle embarque sur une vivenef : l'Ophélie tenue par la famille Tenira. Là encore, on ne la reconnaît pas, preuve que son déguisement est efficace (« Tenira ne l'avait pas reconnue, et il était peu probable que cela n'arrive jamais : en tant que mousse, elle avait peu de chances de croiser fréquemment le capitaine »). Naviguer à bord d'une vivenef, un navire vivant et conscient de tout ce qui se passe à bord, ne la protège pas nécessairement. Elle doit faire attention, rester sur ses gardes. On lit que « Althéa se savait à l'abri du viol à bord, même si la cour rustique d'un mari cherchant à se montrer galant pouvait s'avérer tout aussi furieuse et source de confusion ».

Bien entendu, Althéa se fait démasquée. Ophélie informe son capitaine qu'Althéa est un homme et la réaction de ce dernier est à la fois attendue et surprenante. Dans un premier temps, il pointe du doigt la tromperie et la supercherie d'Althéa (« tu peux aussi me remercier en gardant secret le fait que tu as navigué sur l'Ophélie sous l'identité d'un garçon sans que je n'en sache rien »). Encore une fois, on retrouve le fait qu'un capitaine ait du mal à supporter qu'une femme ait été à bord sans qu'il le sache. Il ne faudrait pas que cela se sache car cela risquerait de ruiner sa réputation. Puis, le capitaine Tenira se rappelle qui est Althéa, qu'elle est une Vestrit et que l’Ophélie semble l'apprécier. Il lui permet de rester à bord et de travailler en tant que marin et en tant que femme. Althéa n'a donc plus à se cacher pour faire ses preuves (« elle ignorait ce que le capitaine Tenira ou Grag avaient dit à l’équipage mais personne ne trahit la moindre surprise quand elle surgit sur le pont sans ses frusques de garçon »).

Althéa a dû quitter sa propre famille. Son comportement n'était pas accepté. Ils lui en voulaient de ne pas respecter le choix d'Ephron et de Ronica (léguer la vivenef à Keffria). Ils ne comprenaient pas son mode de vie et son attrait pour les bateaux. C'est par exemple le cas de Malta qui « n'avait pas l'intention de devenir (…) hommasse comme ce cheval échappé de Tante Althéa ».

Quand Althéa décide de rentrer chez elle, elle le fait sous le déguisement d'un homme. Encore une fois, il est efficace et trompe le monde. Une servante de la famille Vestrit, en la voyant apporter un message, dit qu'il n'y a « pas de raison qu'un homme comme toi rentre le ventre vide ».

Du côté de ses proches, on est choqué par son apparence et on partage les mêmes avis que les capitaines. Il est mal vu qu’une femme se déguise en homme, même si c'est pour un motif évident de protection. Ronica implore sa fille : « pour l'honneur de ton père, tâche que personne ne te reconnaisse, je t'en prie ». Keffria, sa propre sœur, est dans le même registre d'émotions. Elle n'a dans la bouche que des reproches (« Althéa, comment peux-tu nous faire ça ? Comment peux-tu te faire ça à toi-même ? N'as tu donc aucune fierté, aucun égard pour notre nom ? ») Althéa trouve donc bien peu de soutiens de la part de ses proches. Ils comprennent qu'elle a traversé des périodes difficiles mais ils pensent que c'est son choix et que de se déguiser en femme n'a rien arrangé. Elle aurait mieux fait de rester à Terrilville, comme une sage jeune femme et épouser un homme qui aurait permis à la famille de s’enrichir et travailler une période difficile.



dimanche 21 novembre 2021

Parangon et Fitz

Défiguré volontairement par un jeune Kennit, Parangon finit par accepter qu’on lui sculpte un nouveau visage. C’est une attitude qui sort du commun car tout le monde, vivenefs comprise, pense que c’est impossible. Mais, Ambre est une artiste et une artisane hors pair. Au fur et à mesures des aventures, elle lui créera son nouveau visage et on comprendra par des allusions que c’est ce lui de Fitz. Par exemple, dans les Marches du Trône, Althéa lui demande ce qu’elle sculpte. Ambre répond que ce sont « des cerfs qui chargent ».

Cela se confirme dans les secrets de Castelcerf quand Jek traverse le monde et rend visite à sa vieille amie Ambre. Elle finit par comprendre pourquoi Ambre a donné à Parangon ce visage : « ce… Tom Blaireau, quand il est entré et que j’ai reconnu son visage, je me suis sentie follement heureuse pour toi. Je t’ai vue sculpter la figure de proue : tu es amoureuse de lui ». Jek est la première personne d’une liste de gens qui seront marqués par la ressemblance entre Fitz et le navire. Sur les Rives de l’Art voit Fitz et son groupe (le Fou, Lant, Braise, Persévérance) avoir besoin de navires pour se rendre jusqu’à Clerres. Ils obtiennent l’aide des gens de Kelsingra (Malta), puis d’Alise et Leftrin, et enfin Brashen et Althéa. Or, Parangon est la vivenef des deux derniers : la rencontre se fait. La réaction de Lant est claire, il est choqué, surpris : « Douce Eda, Fitz, il a votre visage ! Jusqu’à votre nez cassé ». Althéa a le même genre de réactions («  c’est un curieux plaisir de rencontrer l’homme qui porte les traits de mon bateau – mais je doute que vous voyez la situation à l’inverse »). Althéa se met à la place de Fitz, elle peut comprendre qu’il se sente mal à l’aise. C’est presque comme si une part de son identité lui avait été volée. D’autant plus que Fitz, de par son éducation et son caractère, a toujours préféré ne pas être dans la lumière.

Fitz a déjà navigué sur des vivenefs, il a fini par comprendre que ce sont des créatures totalement différentes de tout ce qu’il a connu. Celles qui auraient pu être des dragons ont des caractères forts et Parangon n’échappe pas à la règle. Parangon est une vivenef capricieuse et rêvant de devenir un dragon. C’était clair à la fin des Aventuriers de la Mer, ça l’est toujours. Par conséquent, le navire interpelle Fitz (« toi, avec mes traits, ne t’en va pas. Je veux te parler, Cervien. Approche »). Parangon se place clairement au-dessus de Fitz et cela se confirme par ce qu’elle dit ensuite : « j’ai demandé à Ambre de me donner des traits qu’elle pouvait aimer, et c’est le tien qu’elle a sculpté. Mais, j’ai bien précisé qu’elle pouvait aimer, non qu’elle aimait, ne l’oublie ; Elle m’aime et m’aimera toujours beaucoup plus que toi. » On retrouve bien dans ces propos des traits saillants de la personnalité de Parangon : il a besoin d’être aimé, il est jaloux, il se sent et se sait supérieur aux humains. Mais surtout, il confirme que Ambre/le Fou aime Fitz, elle l’aime à un point où elle avait besoin de montrer son amour au monde.

Ambre donne de l’Argent à Parangon. Cela transforme la figure de proue en deux dragons (même si elle prendra parfois l’apparence de Fitz) et l’éveille encore plus. Parangon partage alors la volonté de vengeance de Fitz. Il comprend la douleur et la peine de Fitz et du Fou qui ont perdu leur enfant (Abeille) et veulent faire payer les ravisseurs : « je te connais maintenant, tu ne peux plus m’éviter si j’ai envie de te parler (…) nous irons à Clerres et nous éliminerons ceux qui l’ont torturée et ont volé son enfant ». Elle rappelle au passage à Fitz, si il l’avait oublié, que le Fou a souffert à Clerres. Cela montre bien que Parangon a compris l’importance du Fou dans la vie de Fitz. Il sait que les deux se sont sauvé la vie plus d’une fois et se sont tiré des griffes de la mort. Il sait également qu’il y a malheureusement des non-dits entre eux : « elle t’imagine en train de mourir et elle ne veut pas que tu meures en vain. Tu dois le savoir : si elle doit choisir qui va mourir, elle choisira que ce soit toi, parce qu’elle croit que c’est ce que tu souhaiterais ».

Fitz n’a plus beaucoup d’intimité car une vivenef sait tout ce qui se passe sur son pont, dans ses cales. Parangon est aussi indiscret, il écoute les conversations d’Art de Fitz avec Ortie (« je me trouve sur une vivenef et sa présence est envahissante »).

Fitz est étonné et surpris par le comportement de la vivenef sur l’eau. Elle est capable de repérer les meilleurs courants, et elle semble demander bien peu d’efforts inutiles aux marins (« je n’étais pas le seul à m’émerveiller des capacités de la vivenef. Les membres d’équipage que nous avions engagé à Partage étaient visiblement ravis de la façon dont Parangon participait au déroulement de sa propre navigation »).

Mais, un événement banal va créer un moment important entre Fitz et Parangon. Persévérance exprime son inquiétude à Fitz à propos de Cendre et Akennit. Le jeune homme sait que le père d’Akennit est un violeur et il craint pour la sécurité de son amie. Il s’en ouvre à Fitz qui se met à la surveiller discrètement. Si Fitz agit ainsi, c’est qu’il a bien vu à quel point la simple apparition du jeune homme a troublé Althéa ; Akennit lui a même fait penser à Royal ! Parangon fait alors remarquer à Fitz qu’il est au courant de tout ce qui se passe à bord : croit-il réellement qu’il laisserait faire ça ? Fitz tente d’argumenter mais ses propos sont étouffés par Parangon qui s’empare de son esprit et lui fait revivre un viol subi par Kennit (« je voulus crier mais il me coupait la respiration. Je pris appui sur le pont pour repousser mon assaillant (…) c’est alors que je sentis avec horreur ce qu’il me réservait (…) des heures entières de Kennit qui se traîne à terre, déchiré et en sang, à la recherche d’un endroit où Igrot ne pourra pas l’attraper »). Kennit et Parangon étaient étroitement liés, cela durablement traumatisé Parangon. Il vit avec cette douleur, cette horreur depuis des années. Il a même absorbé celle d’Althéa, violée par Kennit. Parangon dit en plus à Fitz que la mère d’Akennit est Etta et que la Reine des Pirates a bien fait son éducation. Etta était quasiment la seule à défendre Althéa, à croire à la réalité de son viol : elle a été violée aussi, dès son enfance puis lors de ses années en tant que prostituée. Elle a trop bien influencé son fils pour qu’il se comporte comme ça : « crois-moi, Akennit en sait plus contre le viol qu’il voudrait bien l’admettre, et je doute qu’il reproduise sur les autres ce que sa mère regarde avec horreur (…) c’est peut-être pour ça que sa mère a si bien fixé le talisman à sa gorge avant de le laisser monter à bord ».