Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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samedi 9 août 2025

[Sur Tumblr] Un schéma fort intéressant sur les relations amoureuses dans l'Assassin royal

Source : https://motherofcavy.tumblr.com/post/790907525795119104/simplified-rote-love-triangle-with-corrections



  1. Fitz est au centre du schéma, beaucoup de relations tournent donc autour de lui
  2. Content de voir Garetha !
  3. Oeil-de-Nuit a un lien spécial avec Kettricken et le Fou. Il considère qu'ils font partie de sa meute (Kettricken aurait fait une bonne femme pour Fitz et il respecte ses talents de chasseuse ; il forme le Loup du Ponant avec Fitz et le Fou)
  4. Patience forme un noeud intéressant : Chevalerie et Burrich ont été amoureux d'elle et sa relation avec Patience peut dépasser le simple cadre de la relation servante/maîtresse ou même de l'amitié
  5. Burrich a aimé l'ancienne compagne de Fitz et la mère adoptive de Fitz
  6. Beaucoup de gens aiment Fitz sans que ce soit réciproque

jeudi 30 janvier 2025

La passion de Prudence

Prudence Loinvoyant est un personnage majeur dans l’histoire des Six-Duchés. Elle est la mère de celui qui deviendra le Prince Pie. Elle est celle qui a fait vaciller la volonté de père, le roi Viril. Bien involontairement, elle instillera la méfiance envers le Vif. Mais, Patience est surtout une personne à l’histoire tragique, qui a fait passer ses désirs avant ses devoirs de princesse puis de reine-servante.


Profitant de son statut, Prudence se révèle une jeune personne égoïste, ne pensant qu’à elle et difficile à canaliser. Elle n’écoute pas ceux et celles qui doivent l’éduquer, tient tête à ses parents. La seule personne qu’elle semble écouter est Félicité, une jeune femme qui a grandi auprès d’elle et qui vient du peuple (la mère de Félicité allaite les enfants de la noblesse). Félicité est très proche de Prudence, elle est même extrêmement intime avec elle. C’est avec Félicité que Prudence va commencer son éveil sexuel. Si il est impossible d’avoir une relation avec un homme afin de conserver sa virginité, rien ne l’empêche de vivre des expériences avec une fille. C’est ce qu’elle fait : « si les dames de la noblesse devaient être vierges lors de leur mariage, le plaisir ne devait pas pour autant leur être étranger, et, sous cet aspect,  j’avais service ma reine avec efficacité et empressement avant même que nous ne fussions devenues femmes ».


On comprend que Prudence est traversée par une sorte de fièvre sexuelle qu’elle a du mal à contenir. L’arrivée de Losleur et de son étalon va tout changer. On peut penser que Prudence est sensible au Vif, c’est un détail important qui peut expliquer pas mal de choses qui se passeront ensuite. A travers le cheval, Prudence semble explorer une relation physique et passionnée avec Losleur. Ce qu’elle fait laisse peu de places au doute. 


Prudence est très tactile, elle « caressait le museau de son étalon taché ou suivait son encolure du bout des doigts ». Félicité remarque l’effet produit sur Losleur qui « frissonnait de plaisir » et « quand elle montait le cheval, c’est comme si elle étreignait l’homme ».

Les rumeurs à la cour enflent. On murmure que Prudence a succombé au plaisir et couché avec Losleur. Les descriptions faites sont assez claires ; on dit que « certains affirment qu’il la prit rudement, sans égard pour son rang, comme un étalon prend la jument qu’il veut, d’autres qu’elle se jeta au sol sans attendre, retroussa ses jupes et attira le maître des écuries sur elle ».

La rumeur se transforme vite en réalité. Félicité espionne sa maîtresse : « elle frémissait à chacun des coups de boutoir de Losleur, et lui avait les yeux fermés, ses dents d’une blancheur éclatante (…) l’étalonnement taché les regardait avec tant d’avidité ». Prudence a donc commis l’ultime transgression. En faisant cela, elle a mis en péril ses obligations envers la Couronne. Elle prend le risque de porter un bâtard et de fragiliser la lignée des Loinvoyant. Surtout, elle montre qu’elle ne pense qu’à elle, et surtout pas la pérennité du Royaume. D’autant plus que, jusque là, elle avait refusé tous les prétendants présentés par ses parents.

Quant à Félicité, elle prend cela comme un affront personnel. Elle qui a tout donné à Prudence (son temps, son dévouement, son corps) se sent rejetée, mise de côté. Son questionnement laisse peu de place au doute : « n’avais-je pas donné mon propre corps pour son propre plaisir afin de l’aider à rester vierge jusqu’au lit conjugal ? ». L’odeur de la déception, et peut-être même de la trahison, est bien présente.


Ce qui doit arriver arrive. Prudence tombe enceinte. Si beaucoup pensent qu’elle a eu une aventure avec un homme banal, aucun ne semble avoir le courage de la dénoncer publiquement. Et pour ne rien arranger, son père, le Roi, est dans un déni total. Il refuse d’admettre l’erreur de sa fille (sa grossesse) et il refuse de croire qu’elle ait pu coucher avec le premier venu (« il n’imaginait peut-être pas qu’une princesse put s’abaisser à batifoler avec un maître des écuries, et peut-être ceux qui nourrissaient des soupçons n’osaient pas accuser Losleur ouvertement de peur de jeter davantage l’opprobre sur la reine-servante »).


Prudence semble sincèrement amoureuse de Losleur. Quand elle parle de lui avec Félicité, ce sont avec des mots tendres et remplis de passion.  Elle met en avant  « la douceur de sa peau, ou de la tiédeur de ses lèvres quand il l’embrassait ». Enceinte, Prudence est surveillée. Cependant, elle ne rêve que de Losleur, de partir avec, et donc de manquer à ses devoirs : « elle évoquait également les plans qu’elle échafaudait par dizaines pour échapper à la surveillance ».

On a la preuve de l’amour pour Losleur quand Félicité se dit enceinte. Elle précise que le père est Losleur… Si Félicité ment éhontément, c’est à cause de sa mère : cette dernière la presse de tomber enceinte afin de pouvoir rester proche de Prudence et du futur bébé à naître : en étant enceinte, elle pourra allaiter le futur bébé royal. Ce mensonge perturbe grandement Prudence. Elle est choquée que Félicité et Losleur aient pu avoir une aventure. Elle est atteinte moralement et aussi physiquement (« ma dame rougit puis pâlit tant que je la crus sur le point de s’évanouir »). Dès lors, Prudence se montrera très froide et distance avec celle qui fut sa meilleure amie.


La suite est tragique. Losleur meurt lors d’une bagarre. Présente, Prudence git dans le sang du cheval également tué. Elle voit celui qu’elle aime mourir. L’effet est immédiat et catastrophique. Prudence s’effondre, perd tout contact avec la réalité. Elle n’est que peine et souffrance. Félicité témoigne que « je n’entendis que la peine suraiguë de la reine-servante qui monta, monta et ne se brisa qu’au moment où elle s’effondrait sur elle-même, inconsciente, trempée du sang de l’homme et du cheval ».

Prudence perd donc son compagnon non-officiel. Plus tard, elle perdra la vie en mettant au monde son fils.


Prudence a donc aimé un homme qu’elle n’avait pas le droit d’aimer. Cela l’a menée à sa perte. 


dimanche 13 novembre 2022

Elliania et Devoir : le désir

Devoir a beau être l'héritier légitime des Six-Duchés, il reste un adolescent. Il peut être déroutant, il peut faire de mauvaises choix, aveuglé par l'amour et son désir. On en a eu la preuve lorsqu'il a suivi les Pie, certes en partie envoûté par la magie du Vif. Quand la narcheska (princesse) lui propose un défi, il ne peut renoncer : dans sa posture d'adolescent, ce serait un affront, ce serait un signe de faiblesse. C'est un défi pour montrer qu'il est digne, un défi pour qu'il se prouve sa propre valeur à lui-même. Elliania a bien cerné Devoir ; elle joue avec lui en manipulant son ego. Elle le fait passer pour un simple homme alors qu'il est un prince.

Dans les îles d'Outre-Mer, Devoir plonge dans une culture qui lui est inconnue et qui lui réserve bien des surprises. C'est une société matriarcale où les femmes n'hésitent pas à se battre pour asseoir leur domination. D'une certaine façon, les femmes que Devoir croise dans ce pays sont plus proches de Kettricken que les autres nobles des Six-Duchés.Lorsqu'il retrouve Elliania, elle peut pleinement affirmer qui elle est : « j'ai versé mon premier sang. Je puis faire naître la vie en moi. Je me présente devant vous, désormais femme ». Autrement dit, Elliania explique qu'elle n'est plus une petite chose fragile mais qu'elle s'est éveillée à la sexualité. En réalité, on comprend que cela reste de belles paroles, la narcheska reste timide et réservée. Lestra, une concurrente, sent bien que la résolution d'Elliania est fragile. C'est pour cela qu'elle la défie et qu'elle tente de lui ravir devoir. Lestra est catégorique, elle peut offrir bien plus de plaisir. Elliania ne peut laisser passer l'affront et les deux femmes se battent. Ce qu'il a sous les yeux perturbe, dans le bon sens, Devoir. Le spectacle, totalement inédit et inattendu, l'excite (« Devoir se tenait à l'écart, hébété ; la danse sauvage des seins nus d'Elliania au rythme de sa respiration haletante ne le laissait pas indifférent, et je le sentais aussi horrifié de sa propre réaction physique que du combat lui-même).

Sa victoire sur Lestra conforte Elliania. Elle semble également la rassurer sur sa propre valeur et lui donner de la confiance et de la force. C'est elle qui initie le premier contact physique avec intime, aux yeux de tous. Elle montre à tous que c'est elle qui mène le bal. Fitz est témoin de la scène : « pas plus qu'aucun des hommes qui assistaient à la scène, je n’eus besoin de l'Art pour percevoir l'ardeur qui imprégnait leur baiser. Elle plaqua sa bouche contre la sienne et, comme il la saisissait gauchement dans ses bras pour l'attirer, elle se laissa aller pour qu'il sente ses seins nus contre sa poitrine ». Dès lors, les vannes sont ouvertes et tout est bon pour partager des moments intimes. Mais, ils ont des responsabilités et ils ne peuvent consommer leur amour que si Devoir remplit son défi. Elliania n'aurait pas de problème à coucher avec le prince des Six-Duchés car sa culture ne le lui interdit pas. Ce n'est pas le cas de Devoir qui est empêtré dans des traditions et des coutumes. De toute façon, Devoir est surveillé par Fitz pour éviter le faux-pas (« je me faisais l'effet d'un voyeur, tapi derrière ma haie pour les espionner (…) autant que me réjouit ce moment d'intimité, je me verrais dans l'obligation d'intervenir si l'expérience menaçait de se poursuivre au-delà »).

Puis, le dragon Glasfeu est libéré des glaces et, sous les yeux ébahis des présents, il s'accouple avec Tintaglia. Elliania ne comprend pas ce qui passe, cela illustre bien sa naïveté et sa candeur. C'est l'occasion pour Devoir de s'affirmer : « je te montrerai dit-il à la jeune fille pantoise ; il l'étreignit d'un geste viril et approcha ses lèvres des siennes ». Dès lors, rien ne peut les arrêter d'avoir leur première relation sexuelle, pas même Umbre qui tente de tout faire pour protéger la virginité du jeune homme. Mais, les mots d'un vieil homme sont bien peu comparés aux avances d'une femme (« ah, ça, elle se montre en effet très satisfaite depuis quelques jours ! répondit Umbre d'un ton aigre, et j'eus dans l'idée que la vertu de Devoir n'avait pas résisté aux avances de la jeune fille »).

jeudi 30 décembre 2021

Heur, corrompu par Castelcerf ?

Quand démarre la seconde saga de l’assassin royal, Fitz a, selon le point de vue, zéro ou deux fils. Devoir a été conçu par Vérité en empruntant son corps et Heur lui a été donné par Astérie après qu’elle ait trouvé le jeune homme abandonné. Heur mène une vie paisible loin de la grande ville. Il grandit et Fitz se rend compte qu’il faut qu’il offre des perspectives d’avenir à son fils adoptif. Le hasard faisant bien les choses, il est rappelé à Castelcerf par la famille royale. Heur l’y rejoindra plus tard et commencera alors sa chute.

Quand Heur arrive à Castelcerf, son père adoptif a très peu de temps à lui consacrer. Il est tout occupé aux affaires de la famille Loinvoyant, il n’a pas le temps de surveiller son installation ni son début d’apprentissage. C’est une amie des deux (Jinna) qui se chargera de Heur, mais la femme a aussi son activité à gérer, sa vie à mener. Elle garde un œil sur Heur, ce n’est pas suffisant. Fitz finit par revenir à Bourg-de-Castelcerf et tout de suite Jinna lui annonce que les choses sont en train de mal tourner : « je songeai, depuis quelques temps que, plus tôt vous reviendriez et auriez une bonne discussion avec lui, mieux cela vaudrait pour lui. Je ne veux pas jouer les commères de village, mais il a besoin qu’on le reprenne en main ». Fitz est, bien entendu, surpris par cette déclaration. Pour lui, Heur est un bon garçon, un gentil jeune homme, un adolescent. Sans doute que Fitz a en mémoire sa propre adolescence et tout ce dont on l’a privé, et qu’il ne veut pas répéter les mêmes choses avec Heur. Il désire lui laisser son innocence de jeune homme, il veut le laisser explorer ce que la ville peut offrir (« je crois que je vais le laisser vivre sa vie d’adolescent, tomber amoureux d’une fille, rentrer à des heures indues, et se réveiller avec une méchante migraine avant de se faire réprimander par son maître parce qu’il est en retard »). Jinna a beau lui répéter qu’il fait erreur (« oui, parce que vous viviez à la campagne, pas au milieu des tavernes et des jeunes femmes), Fitz n’entend rien. Se mettent alors en place les conditions pour qu’Heur s’éloigne de tout ce que Fitz lui a appris.

A Castelcerf, Heur a décidé de suivre une formation de menuisier. Fitz décide de voir comment cela se passe et se rend compte qu’Heur y met beaucoup de mauvaise volonté, qu’il ne se sent pas à sa place. Il ne regrette pas tellement d’avoir choisi cette formation, il a l’impression qu’il est sous-estimé, il ne comprend pas pourquoi il doit rester avec des gamins bien plus jeunes que lui. Ce que voit Fitz le désole clairement : « Heur affichait une mine sombre, comme s’il prenait pour un affront personnel la corvée inintéressante mais nécessaire qu’on lui avait confiée (…) à la chaumière, il ne rechignait jamais à la tâche, mais aujourd’hui je décelais de la colère dans tous ses gestes et de l’impatience à travailler avec des enfants moins âgés et moins robustes que lui ». Ce que Fitz a refusé de voir va lui revenir en pleine face : Heur est tombé d’amoureux d’une jeune femme appelé Svanja. Dès lors, tout va s’accélérer.

Fitz cherche à limiter la casse, il tente de raisonner Heur : « je te trouve un peu jeune pour courtiser une fille ; mieux vaudrait attendre que tu aies des perspectives d’avenir solides et de quoi subvenir aux besoins d’une épouse ». Mais, que sont des paroles de raison face à l’amour d’un adolescent ? Heur décide de poursuivre sa relation avec Svanja. Ce qui déclenche l’inquiétude de Fitz et la colère du père de Svanja, Rori Cordaguet. Fitz comprend vite la personnalité de Svanja et qu’elle créera des problèmes à Heur. La jeune femme n’a pas seulement conquis le cœur de Heur en l’embrassant ou en couchant avec lui, elle a également montré une certaine forme de liberté, d’autonomie (« son père portait sur Heur un avis moins charitable (…) qu’une jeune femme à l’esprit indépendant affiche une telle hardiesse ne manquait pas de panache, mais j’étais père moi aussi, et la personnalité de celle sur laquelle Heur avait jeté son dévolu m’inspirait quelques réservés »).

Dès lors, Heur et Svanja doivent vivre une relation cachée. Le père de Svanja affiche clairement son hostilité, il accuse Heur d’avoir perverti Svanja. Si Svanja tourne mal, c’est essentiellement la faute de Heur. Lorsqu’il rencontre Fitz, il lui dit franchement ce qu’il pense ; ses mots sont durs et blessants : « je parle de ma fille Svanja et de ce paysan aux yeux de démon qui l’a séduite et arrachée au foyer de ses parents » . Autrement dit, le niveau social de Heur ne serait pas au niveau de celui de Svanja. L’accusation sur le physique est dure à entendre pour Fitz, il sait que Heur s’est longtemps interrogé sur sa réelle identité, sur ses réels parents.

C’est la première fois que Heur est amoureux. Il est aveuglé par les certitudes de sa jeunesse, il en devient même presque arrogant. Heur est convaincu que c’est Svanja et lui contre les autres. Il dit à un Fitz désespéré que «  s’il la met à la porte, je la prendrai avec moi, et je me débrouillerai pour subvenir à ses besoins. S’il la bat, je le tuerai. Et si ses amis la rejettent, c’est que ce n’étaient pas de vrais amis. Ne t’inquiète pas, Tom, c’est à moi de m’occuper de cette affaire maintenant ». Heur tourne donc le dos à Fitz, pas seulement à ses enseignements, mais aussi physiquement. Il lui fait comprendre qu’il n’a pas besoin de lui pour mener sa vie, que les conseils le dérangent plus qu’autre chose. Fitz ne sait trop comment réagit, il a une montée de violence tout en se rappelant qu’il fut un jeune homme dominé par son amour de Molly : « Jamais, je crois, j’avais été aussi furieux contre Heur, au point d’avoir envie de le rosser pour lui inculquer de force quelques notions de bon sens s’il refusait d’écouter la voix de la raison (…) aurais-je écouté la voix de la raison à son âge ? Non. Je pris conscience que je m’étais bouché quand (…) Patience m'avait expliqué que je ne devais plus voir Molly ».

Fitz s’ouvre de la situation à Jinna. Il se sent coupable, il pense être responsable de la façon dont Heur a tourné. Jinna tente de lui faire comprendre que non, que Heur doit accepter les conséquences de ses choix. Heur et Svanja ne sont plus des enfants, il doit cesser de les voir comme des petites choses à protéger (« quant à Svanja, elle sème le trouble partout depuis l’arrivée de sa famille à Bourg-de-Castelcerf (…) Heur non plus n’est pas un petit innocent qui commet des erreurs par naïveté ; ce n’est pas toi qui baguenaudes avec la fille de Cordaguet : c’est lui. Alors, cesse de te lamenter et de battre ta coulpe pour rien,et oblige Heur à prendre ses responsabilités »). Tout comme Jinna, le père de Svanja lui dit, à sa façon que Heur n’est plus un petit gamin : « Votre fils baise ma fille ! Ma petite fille, ma Svanja ! Et vous croyez qu’il ne fout pas sa vie en l’air !»

C’est une remarque en apparence anodine qui creusera un important fossé entre les deux. Du haut de sa prétention, Heur crache à Fitz que « tu t’imagines que toutes les femmes sont comme Astérie, mais c’est faux. Svanja est celle que j’aime pour toujours et on ne fait pas attendre l’amour ». Fitz s’en va.

Pour Heur, les choses s’aggravent. Svanja fait de lui ce qu’elle veut. Elle parvient à le convaincre que l’autre homme qu’elle voit n’est que le choix de ses parents. Si elle a cessé de le voir pendant un temps, c’est à cause d’eux. Elle réécrit leur histoire d’une façon qui l’arrange, joue le rôle de la jeune femme débordée par ses sentiments et qui ne sait quoi faire, comment réagir. Heur expose toute sa naïveté à un Fitz venu aux nouvelles avant son départ pour les îles d’outre-Mer : « elle a cru d’abord que nous resterions de simples amis et n’a pas vu de raison de m’avertir qu’elle était fiancée ; quand nous avons commencé à éprouver des sentiments l’un pour l’autre, elle a eu peur de m’avouer sa situation de crainte que je ne la juge infidèle à son prétendant ». Fitz réalise à quel point Heur ne contrôle plus rien : Svanja fait de lui ce qu’elle veut. Par exemple, quand Fitz lui donne de l’argent le temps de son absence, Heur propose spontanément de le donner à celle qu’il aime (« oui, je sais où le ranger - du moins, pas moi mais Svanja. Je lui demanderai de me le garder »).

De retour dans les Six-Duchés après avoir participé à la quête du Prince Devoir, Fitz apprend par Umbre que les choses ont mal tourné pour Heur (« il a eu des ennuis en ville et a perdu son apprentissage. Il vit avec les ménestrels depuis »). C’est Heur, en homme qu’il est devenu, qui viendra lui expliquer face à face ce qui lui es arrivé : « Svanja m’a pris mon argent et s’en est servie pour acheter des fanfreluches et attirer l’œil d’un autre homme (…) elle a épousé le drapier, qui a au moins le double de mon âge - et une situation, et de la fortune ». L’expérience est donc amère pour Heur. Malgré tout, le jeune homme n’a pas baissé les bras, il ne s’est pas laissé abattre. Il a réussi à surmonter la difficulté en se trouvant un nouvel avenir : il suit une formation de ménestrel.


mardi 29 juin 2021

Garetha

L’amour et l’incompréhension (ou les non-dits) ne font pas bon ménage. Fitz et le Fou en font l’amère expérience dans l’Assassin royal. Jek (issue des Aventuriers de la Mer) vient rendre visite au Fou. Pour Jek, le Fou est Ambre, une femme donc. Fitz surprend une conversation entre les deux et très vite ses idées s’emballent. Il pense que le Fou l’a trompé, qu’il ne l’a jamais réellement connu et que ce dernier attend de lui des choses qu’il ne peut ou veut lui donner : l’amour bien entendu mais aussi des relations sexuelles. Si Fitz semble incapable d’exprimer ses sentiments au Fou, ce n’est pas le cas de tous. On fait alors la connaissance de Garetha, une jardinière.

Un jour, le Fou a fait une confidence à Fitz. Il lui a dit à quel point il avait été troublé de voir que le bâtard Loinvoyant arrivait à le percevoir malgré tous ses déguisements, cela le troublait. Fitz ne se révèle pas le seul à en être capable. C’est aussi le cas de Garetha qui a connu le Fou du temps du règne de Subtil et l’a reconnu lorsqu’il est revenu au Castelcerf de Kettricken sous le déguisement de Sire Doré. Le Fou dresse d’elle un portrait sincère, respectueux. On sent même dans ses mots une admiration. Il dit à Fitz que « ce sont les cadeaux de quelqu’un qui (…) s’est entichée du fou du roi. Pourtant, son cœur est resté assez fidèle pour me reconnaître malgré tous mes changements, pour taire mon secret tout en m’apprenant discrètement qu’elle me connaissait ». Ces cadeaux, ce sont des fleurs qu’elle apporte régulièrement au Fou, des fleurs ornées de petits objets noir et blanc (les couleurs d’hiver du Fou). Fitz la remarque : « comme j’allais sortir, une jardinière m’interpella, encombrée d’une brassée de fleurs » ; il ne comprend pas qui elle est, pour lui, elle veut juste s’attirer les bonnes grâces d’un noble influent. C’est le premier mauvais jugement qu’il a sur elle.

Il en commettra un autre après avoir acculé le Fou. Fitz refuse de dire à son vieil ami qu’il l’aime. Peu importe que le Fou soit un homme ou non, les mots ne parviennent pas à sortir de sa bouche (il avait pourtant dit à Vérité qu’il l’aimait dans la Reine solitaire). Sans doute que là le côté intime complique la chose, d’autant plus que Fitz insiste pour y mêler un côté sexuel. Il continue à dire au Fou qu’il refusera de coucher avec lui et lui propose un substitut. Il montre alors à quel point il a mal compris le Fou et fait une remarque qui est à deux doigts de briser leur lien. Il persiste à croire que le Fou est en quête d’une relation physique ou en tout cas qu’il peut détourner ses sentiments : « Garetha est une femme très attirante ; peut-être, si tu faisais bon accueil à ses intentions... »

Garetha n’a pas oublié le Fou et le Fou n’a pas oublié Garetha. Il se rappelle que « Garetha travaillait au jardin » du temps de l’adolescence de Fitz. Sire Doré finit par la rencontrer et sans doute prend il l’apparence du Fou lors de ce moment. De toute façon, cela importe peu pour Garetha. Du peu qu’on sait d’elle, elle semble voir au-delà du costume, de l’apparence vestimentaire. C’est sans doute pour cela que le Fou lui fait un précieux présent. Il lui offre « une amulette au bout d’une lanière en cuir. Le petite rose sculptée avait été peinte en blanc, et sa tige noircie à l’encre ». On retrouve là le blanc et le noir, les teintes du Fou.

Quand Sire Doré solde ses possessions (il se prépare à sa mort), Garetha est l’une des rares à recevoir quelque chose : « ma chère maraîchère, je lui ai acheté une fermette et un lopin de terre, et laissé assez d’argent pour subvenir à ses besoins ». Peu de gens ont réellement aimé le Fou pour ce qu’il est : Subtil appréciait ses traits d’humour et ses jeux de mots, les personnages des Aventuriers de la Mer le trouvaient mystérieux. Garetha, elle, aimait tout ce qu’il était.


lundi 18 mai 2020

L'histoire de Jinna et Tom Blaireau

Vérité et les Dragons ont sauvé les Six-Duchés des Pirates Rouges, et Fitz y a fortement contribué. Il n'a pas simplement donné une bonne partie de sa jeunesse, il a offert sa vie à Vérité et à sa quête. Il a sacrifié son amour pour Molly et la naissance de sa fille, Ortie. 

Fitz pense qu’il n’a pas d’autre choix que laisser tous ses anciens amis dans l’ignorance de sa survie : il s’en va. Il parcourt Terrilville, les Rivages Maudits et finit par retourner dans son pays natal.
Il mène alors une vie simple, avec son loup Oeil-de-Nuit, son fils adoptif Heur et ses poules, ses simples et ses travaux d’écriture.

C’est à cette vie monotone qu’on le retrouve au début du Prophète blanc. Mais les choses se bousculent : Heur a grandi et il ne peut plus se contenter d’un repas chaud et d’un lit confortable. Il lui faut un apprentissage, il est curieux et a besoin de faire des rencontres, de voir ce qui se fait ailleurs. Lors d’une de ses sorties, Heur rencontre donc Jinna et quand Fitz la verra pour la première fois, on sent tout de suite les premiers signes du désir poindre : « elle avait la silhouette pleine et séduisante d’une femme faite » ; il faut préciser que Fitz vient de se séparer d’Astérie et qu’il est à nouveau seul. Enfin, Fitz se fait appeler Tom Blaireau et c’est sous cette identité que Jinna le connaîtra.

Comme Fitz, Jinna maîtrise une magie, elle est sorcière des Haies et même si cela suscite dans un premier temps le dédain, la suite de l’histoire nous montrera (ainsi qu’à Fitz) que son talent est réel. Elle fabrique, entre autres choses, des amulettes qui influencent les comportements des gens ou favorisent, par exemple, une bonne récolte.
Elle est capable de lire la ligne des mains. Fitz est alors un vériable défi pour elle. Le lecteur sait que Fitz a eu une vie mouvementée, qu’il est mort puis revenu à la vie grâce à la magie de Vif, que Molly l’a quitté. On sait aussi que Fitz a une forte tendance à l’introspection et au doute, qu’il est toujours à la recherche de sa place dans le monde. Jinna, qui connaît très peu Fitz, arrive à la même conclusion. Après avoir observé, elle lui dit que « je n’ai jamais vu deux paumes aussi différentes chez un seul homme. Je parie que vous vous demandez parfois si vous savez qui vous êtes réellement ».

Mais, cela se fait après quelques rencontres. Car Jinna n’a pas une très bonne première impression de Fitz. C’est sans doute dû à son métier mais elle cerne tout de suite le côté dangeureux de Fitz (« elle m’avait déjà repéré et elle m’observait avec l’expression que les parents réservent d’ordinaire aux inconnus qui peuvent présenter une menace »). Le passé a montré beaucoup de gens mésestimant Fitz et se fiant à son apparence peu dangereuse, Virilia en étant une bonne illustration. Jinna, elle, arrive à voir au-delà. Il faut dire aussi qu’elle assiste à un Fitz irradiant de colère après avoir fait face à Bailor le vendeur de cochons l’accusant de vol. Comme beaucoup de gens, elle a un geste de recul face à cet homme : « vous avez l’air d’une bête féroce quand vous êtes en colère, Tom (…) pourtant, lorsque vous souriez (…) vos yeux démentent ces apparences.

Ensuite, tout va s’accélérer. Le Fou revient de Terrilville et pénètre dans la vie de Fitz. Il est précédé par Umbre qui le met au courant des derniers potins royaux. Tout ça laisse à croire que des grands événements vont avoir lieu et c’est le cas. Devoir (le fils de Kettricken et Vérité, conçu lorsque Fitz a prêté son corps à son oncle) a disparu. Fitz est convoqué à Castelcerf et n’a pas d’autre choix que partir à sa recherche avec Oeil-de-Nuit, le Fou et Laurier (une envoyée de Kettricken). Ensemble, ils retrouvent Devoir mais le prix à payer est lourd, immense : Oeil-de-Nuit est mort.
Parallèlement, Heur a commencé un apprentissage et vit donc chez Jinna, dans sa maison de Bourg-de-Castelcerf.

De retour à la capitale, Fitz doit annoncer à Heur la mort du vieux loup, du loup avec qui il a passé toute son enfance. Jinna ne peut pas saisir à quel point Fitz est marqué par la mort de son compagnon du Vif. Ce n’est pas le cas de Fenouil, son chat qui n’en fait qu’à ses aises. Lui sent la peine de Fitz, il sait qu’il a été privé d’une bonne part de lui-même, ses mots sont clairs : « il est vide comme une bûche creuse quand on a mangé toute les souris ». Jinna saisit malgré tout que la nouvelle fera du mal à Heur.

Heur a mal tourné. Il faut admettre que la ville est pleine de tentations pour un jeune homme comme lui qui n’a connu que la campagne. C’est encore plus compliqué après qu’il ait fait la rencontre de Svanja, une jeune femme. Il en vient même à délaisser son apprentissage. Jinna pourrait se moquer du sort du jeune Heur, ce n’est pas le cas. Elle tente plusieurs fois d’alerter Fitz de la gravité de la situation (« mets-le au pied du mur et impose lui quelques règles »), Fitz finira par admettre la réalité des conseils (« la vie en ville changeait Heur et l’entraînait dans des directions que je n’avais pas prévues »).
Jinna, comme d’autres auparavant, a remarqué la fâcheuse tendance de Fitz à tout prendre pour lui, à vouloir recueillir le malheur des autres. Quand Heur accumule les mauvais choix avec Svanja, elle lui demande « pourquoi dois tu toujours te rendre responsable de tout ce qui va mal dans le monde ? »

Bien entendu, cette question n’est pas désinterrée. Jinna veut passer du temps avec lui, des moments intimes. Et même là, Fitz se perd encore dans des lamentations (« Heur avait dû deviner que je partageais à l’occasion la couche de Jinna. Piètre exemple à donner à mon garçon »). Heureusement pour lui, tout cela s’efface bien vite lorsque Jinna se met en valeur et lui offre une belle vue de son corps et de ses formes : « Elle prit une grande inspiration (…) et je ne vis plus soudain que ses seins qui tendaient le tissu de son corsage. »
Les deux ont donc des relations intimes. Et dans un premier temps, Jinna n’est pas impressionnée, elle fait des remarques qui blessent Fitz : « eh bien tu es un rapide, Tom » et « tu devais vraiment mourir de faim dis donc ». Fitz est vexé et il doit sortir tout ce qu’il a appris avec Astérie pour contenter Jinna. Cette dernière fait alors une remarque qui illustrera bien la future raison de leur rupture (« je n’avais jamais couché avec un vifier »).

On savait à la lecture du Prophète blanc que Jinna avait un avis arrêté sur la diffusion des pratiques magiques et de leur enseignement. Elle dit à Fitz qu’ « il ne faut peut-être pas que le savoir soit disponible à tous, il faut peut-être le mériter, qu’il soit seulement transmis petit à petit d’un maître à un élève qui s’est montré digne. » On comprend, à la lecture, qu’elle n’a pas nécessairement une très bonne estime du Vif même si elle tolère cette magie. Tout va changer quand Fitz tuera des Pie, dont Laudevin leur chef. Civil, un ami de Devoir, a été menacé par les Pie et Devoir demande à Fitz de le sauver. Fitz obéit et se jette sur eux, tuant trois personnes et finissant en prison. Là, il git, il agonise, il meurt peu à peu. Kettricken et le Fou (connu sous le pseudonyme de Sire Doré) doivent user de toute leur ingéniosité pour sortir Fitz de la cellule. De retour au château, l’état de Fitz ne s’arrange pas. Umbre, accompagné de Lourd (un domestique puissant dans l’Art), de Devoir et du Fou, se lance dans une guérison d’Art. Puis, Fitz se plonge dans la convalescence où il recevra la visite de son amante (« une femme du nom de Jinna s’est présentée aussi, mais nous l’avons également refoulée »).
Jinna est une inconnue pour la famille royale, Fitz a bien fait attention à cacher sa liaison. Et puisqu’il est connu par tous en tant que Tom Blaireau, simple serviteur, cela ne déclenche pas de rumeurs. 

Elle doit donc attendre que Fitz aille mieux pour le revoir. Il finit par se présenter chez elle et l’atmosphère est pesante. Jinna n’est que questions, elle veut savoir ce qui s’est passé rue du Revers. Elle est maladroite dans un premier temps : « j’ai toujours répété que les histoires colportées sur les vifiers n’étaient pour la plupart que des mensonges ». Sa tentative de justification passe mal auprès de Fitz et rien ne s’arrange quand elle dit que « Tom, tu as tué trois hommes plus un cheval. N’est ce pas le loup en toi qui agissait ? N’était-ce pas le Vif ? » 
Fitz peut assurément supporter beaucoup de choses et de paroles mais pas qu’on insulte la mémoire de son plus vieil ami, Oeil-de-Nuit. C’est la rupture. Fitz s’en va.