Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

Article épinglé

Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

Affichage des articles dont le libellé est alcool. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est alcool. Afficher tous les articles

lundi 30 décembre 2024

Molly et son père

Une personne peut influencer le destin de centaines d’autres, changer le cours de son époque. C’est un des thèmes majeurs développé par Robin Hobb avec ses concepts de Prophète et Catalyseur. Mais, un homme peut aussi marquer une autre : c’est le cas du père de Molly, cet alcoolique violent qui a durablement influencé sa fille.


La première fois que le lecteur rencontre un personnage est importante car elle lui donne une première impression qui durera et un premier avis sur lui. Très vite, on comprend que le père de Molly est un individu ingrat, gratuitement méchant, violent. Son attitude laisse peu de place au doute (« il s’est réveillé presque dessaoulé il y a une heure et il s’est mis à te traiter de tous les noms en voyant que tu avais disparu et que le feu était éteint »). La composante alcoolique apparait également.

Molly est une enfant battue. Son père la frappe et il abuse d’elle verbalement. Il emploie des mots qui la rabaissent et, pire, qui la font culpabiliser. Il se moque que Molly soit avec des amis ou qu’elle ait simplement envie de jouer, il faut qu’il la blesse : « encore à voler dans les fumoirs, je parie, et à me faire honte ! Essaye seulement de te sauver et t’en auras deux fois plus que je t’aurais attrapée ». Que peut faire Molly ? Pas grand-chose puisque sa mère est morte. Sans son père, elle n’aurait pas de toit à vivre. Elle s’accroche donc à lui tant bien que mal, faute de mieux.

Lorsque Fitz attaque son père en mélangeant le Vif et l’Art et le fait perdre connaissance, Molly est terrifiée. Elle culpabilise. Elle n’est plus la victime mais, en quelque sorte, la responsable de tout le malheur. Son ton et ses mots employés laissent peu de place au doute. Elle sanglote, elle pleure : «  je t’en prie, ne meurs pas, je regrette d’avoir été méchante ! Ne meurs pas ! Je serai sage, je te le promets ! »… La seule chose qu’elle a fait est d’avoir été jouée après de longs jours de travail ; elle est seule à s’occuper de la boutique de bougies puisque son père n’est plus capable de rien de bon.


L’inutilité du père semble être répandue à Bourg-de-Castelcerf, comme son alcoolisme. Le voir vivre mort ne choque personne (« les rares passants que nous croisèrent ne nous prêtèrent aucune attention. Je supposai que le spectacle de Molly ramenant son papa à la maison n’avait rien d’original à leurs yeux »). L’alcool ingurgite jour après jour a des conséquences : il devient une épave. Sa faiblesse est apparente et Fitz dresse un pronostic négatif : « de maigre, il était devenu squelettique (…) je regardai les ongles et les lèvres de l’homme et je sus, malgré la distance qui nous séparait, qu’il n’en avait plus pour longtemps à vivre ».


Fitz assiste à la relation entre Molly et son père. Il ne comprend pas pourquoi son amie est si passive, pourquoi elle laisse faire. Fitz perçoit que Molly est maltraitée (« elle portait souvent les marques des coups qui lui donnait son père ») mais il voit aussi qu’elle reste là à subir et lui trouver des excuses (« elle persistait à s’occuper de lui malgré sa cruauté. Cela, je ne l’ai jamais compris »). On peut supposer que les deux se sont rattachés l’un à l’autre après la mort de la mère et qu’ils ont été peu à peu pris dans une dynamique toxique. Molly n’avait que lui pour survivre à oins de vivre dans la rue.

D’ailleurs, on en a une preuve quand le père meurt. Molly perd tout et manque de se retrouver à la rue (« mon père est mort en ne me laissant que des dettes et les créanciers m’ont pris la boutique »). L’héritage du père de Molly est donc aussi néfaste que sa vie.


Même mort, le père influence encore Molly. Quand un Fitz affaibli revient des Montagnes, elle a du mal à croire ce qu’il dit. Elle l’accuse de proférer des mensonges comme le ferait son père : « tu es comme père. Il était toujours persuadé que je mentais parce qu’il mentait sans arrêt. Comme toi ». Pour ne rien arranger, Molly est durablement touchée par des paroles répétées encore et encore durant sa jeunesse. Tous ceux qui la connaissaient lui promettaient un avenir sombre.  Elle ne pouvait devenir qu’une vaurienne car « j’étais la fille d’un ivrogne, j’épouserais un ivrogne et j’aurais beaucoup de petits ivrognes ». Pour une jeune fille, ce sont des mots durs à entendre, comme les moqueries qui accompagnent les paroles.


vendredi 20 mai 2022

Molly : bien trop de souffrances ?

On ne peut pas dire que les personnages du Royaume des Anciens mènent une vie paisible. Tous traversent des moments difficiles, certains traumatisants. Molly, un personnage secondaire de l’intrigue, évolue à la marge des événements. Elle a également son lot de peines, notamment à cause de sa relation avec Fitz. Mais, même ses proches (son père, sa fille Ortie) peuvent montrer bien peu de considération pour elle. Pire, elle est presque parfois comme l’otage du destin, l’otage de la volonté d’autres personnages, une pauvre femme utilisée en fonction des besoins.

La première fois que l’on rencontre Molly, c’est lorsque Fitz se met à explorer les environs de Castelcerf. Le jeune garçon plonge dans un univers totalement inconnu et il s’y fait des amis de son âge. Ce sont des moments de détente qui sont vite mis de côté lorsque le père de Molly apparaît. L’homme est alcoolique, se repose entièrement sur Molly pour gérer la boutique de bougies. En outre, il l’insulte, il la frappe et Molly prend sa défense. Elle dit que c’est la faute de l’alcool, que sinon c’est une bonne personne (« Non ! Il me tape quelques fois quand je suis méchante, mais il ne me tuerait jamais ! Et quand il n’a pas bu et qu’il n’est pas malade, il en pleure et il me supplie de ne pas être trop méchante pour ne pas le mettre en colère »). Autrement dit, les rôles sont inversés. Elle est clairement sous l’emprise du seul parent qui lui reste et lui trouve tout un tas d’excuses, de faux prétextes pour justifier son comportement. Molly se place donc en presque coupable : si son père boit et la frappe, c’est parce qu’elle a fait quelque chose de mal. Ce comportement peut peut-être s’expliquer par ce qu’elle a vécu depuis son enfance ; elle a vécu et grandi dans un environnement pesant, jugé par les autres à cause du comportement de son père. A Bourg-de-Castelcerf, l’alcoolisme de son père est bien connu. Lors d’une foire, la jeune Molly décide de voir une voyante afin d’en savoir plus sur son avenir. Surprise par une commerçante, elle est la risée de la foule. Ce sont des moqueries, des commentaires, des rires gratuits : « Brinna, la poissonnière, a éclaté de rire et elle a dit que ce n’était pas la peine que je paye pour ça, parce que tout le monde savait d’avance quel serait mon avenir : j’étais la fille d’un ivrogne, j’épouserais un ivrogne et j’aurais beaucoup de petits ivrognes ». Molly est rabaissée pour ce qu’elle n’est pas… et c’est de là que vient sa résolution de ne pas fréquenter les gens qui boivent.

Après avoir souffert à cause de son père, Molly souffre à cause de Fitz. Après l’attaque de Vasebaie par les Pirates Rouges, elle cherche refuge au château de Castelcerf. Personne ne sait de qui elle parle puisque Fitz lui a donné une fausse identité : elle est trompée et humiliée. Patience finit par la prendre à son service. Molly rencontre Fitz, le confronte ; et après une longue période de séduction ils finissent par se mettre ensemble. Leur relation ne passe pas inaperçue ; Royal s’en rend compte et tente d’amadouer Molly. Il est mielleux, il se moque d’elle en lui disant que leur amour est impossible car elle n’est qu’une femme du peuple. Ce ne sont pas nécessairement des paroles méchantes, c’est en tout cas sournois. Toutefois, au fur et à mesure que Royal intrigue, il est de plus en plus menaçant, agressif. La situation de Molly au château devient compliquée. Alors qu’elle est sortie faire des courses, elle est agressée, insultée : « Et puis ils ont… que j’allais finir pendue.. si je ne faisais pas attention, que faire les commissions d’un traître, c’était un traître soi-même ». Le seul tort de Molly est d’être amoureuse de Fitz ! Elle n’a aucune idée de la lutte de pouvoir qui a lieu dans les hautes sphères de la royauté, elle est une victime collatérale. C’est d’autant plus frustrant pour elle que Fitz refuse de lui expliquer ce qui se passe.

Mais, la peine de Molly ne s’arrête pas là. Un autre malheur lui tombe dessus à cause de ce qu’est Fitz : il est un membre de la famille royale, bâtard certes. Il n’est donc pas libre de choisir qui il veut épouser. Subtil veut que Fitz épouse Célérité, la fille d’un noble important des Six-Duchés. Sans vouloir faire de mal, Fitz explique à Molly la situation. Il ne se rend pas compte à quel point cela fait mal à Molly, de savoir qu’il est promis à une autre. Pourtant, Patience et Umbre ont tenté de lui expliquer qu’il n’était pas libre de son choix. Il persiste à dire à Molly qu’il va tout arranger. Molly, elle, sait que ce n’est pas si simple. Que Fitz ne peut refuser Célérité sans créer un outrage. C’est une pathétique Molly qui va trouver Fitz et tenter de le raisonner (« Fitz, c’est trop dur. Chaque fois que je crois m’être résignée, je me surprends à espérer encore. Mais nous n’avons rien à attendre de l’avenir, n’est ce pas ? (…) J’ai vu Célérité. Elle est très belle »).

Molly quitte Fitz. Elle n’en peut plus de ses mensonges, de ses demi-vérités. Enceinte, elle s’en va. Malgré tout, à l’annonce de la mort de Fitz, elle viendra poser une bougie pour sa tombe pour lui rendre hommage. Elle a bravé le froid et les vents pour faire ça. Puis, elle finira par accoucher d’Ortie (la fille de Fitz) et avoir une relation avec Burrich. Les deux fonderont une famille, auront des enfants. Mais, le destin rattrape Molly. Loin, Fitz est à nouveau impliqué dans les manigances des Loinvoyant ; cela a un impact sur la vie de Molly car Ortie et Fitz sont liés par l’Art. A cause de ça, Burrich finira par comprendre que Fitz est vivant. Cela jettera un froid sur le couple Burrich/Molly. Sans raison aux yeux de Molly, Burrich se montera froid et distant, puis disparaîtra. Sans donner d’explications, il s’en va à la rescousse de Fitz. Burrich n’y trouvera que la mort. Agonisant, il demandera à Fitz d’aller retrouver Molly ! Les deux traitent Molly comme un vulgaire bout de viande, ils se la partagent sans même lui demander son avis (« va à la maison. Occupe toi d’eux. De Molly »).

Dans la trilogie du Fou et de l’Assassin, Fitz et Molly vivent une vie paisible. Leur couple suit sa route, ils sont amoureux et passionnées, chacun vaquant à ses passions. Un soir, Molly dit à Fitz qu’elle est enceinte. Fitz n’en croit pas ses oreilles, Molly est trop vieille, son corps ne montre aucun changement. Il change, sans nécessairement s’en rendre compte, son comportement vis-à-vis d’elle (« la démence de Molly était d’autant plus difficile à supporter qu’elle restait parfaitement pragmatique et raisonnable dans les autres domaines de la vie »). Bien entendu, Molly s’en rend compte. Elle sait ce que pense Fitz. Elle ne dit rien, c’est une douleur qu’elle intériorise. La vie de Molly à Flétribois devient compliquée. Sand doute enhardies par l’attitude de Fitz, les servantes de Molly et du château commencent à critiquer Molly, elles parlent dans son dos et parfois publiquement. Ce sont de petites allusions dénigrantes qui participent à rabaisser Molly. Et Fitz ne fait rien. C’est Ortie qui lui rappellera que Fitz a des devoirs envers sa femme. Elle lui dit que « peu importe que maman ait un grain ! Il faut les obliger à la traiter avec respect. Tu ne dois pas tolérer qu’elles se moquent d’elle ! C’est ma mère et ton épouse, dame Molly ! » Ortie et Fitz refusent donc de croire à la grossesse de Molly. Mal leur en prend car elle finit par mettre au monde une fille, une petite Abeille. On pourrait penser que c’est un moment de joie. Il ne l’est pas totalement. Non seulement Fitz refuse d’annoncer à tout le monde qu’Abeille est née mais en plus il traite et regarde Abeille bizarrement (« tu as compris à quel point elle est différente. Qu’elle est toute petite »). Ces commentaires difficiles à entendre de la part de Fitz sortent également de la bouche des servantes et sont répétées par Fitz à Molly. Molly ne peut être qu’en colère, outrée (« qu’elles s’en aillent toutes, les femmes de chambre et la cuisinière. Renvoie-les »).

Molly a vécu un bon nombre de moments difficiles qui ont entouré de longs moments de calme (son couple avec Burrich puis son couple avez Fitz). Elle n’est en rien responsable d’un bon nombre. Elle subit simplement le fait d’être proche de Fitz ou son insensibilité.

jeudi 11 février 2021

Molly et l'alcool

Molly n’aura jamais eu la reconnaissance officielle des Loinvoyant. Compagne de Fitz, elle subira le jeu politique du trône royal :  Subtil veut marier Fitz à Célérité et Vérité ne sera jamais en mesure de tenir sa promesse de laisser Fitz épouser qui il veut. Quant à Royal, il fera tout pour l’éloigner, et pire lui faire du mal. 

Il faudra attendre la fin du second cycle pour que Molly soit enfin considérée, et ce sera par Kettricken. Entre-temps, sa fille Ortie grandira éloignée de Castelcerf. Ortie est la fille de Fitz et Molly, conçue à l’époque trouble de la guerre des Pirates Rouges. Par la suite, Molly croira Fitz mort. Burrich lui proposera son aide et petit à petit l’amour grandira entre eux : ils formeront une famille. On le voit donc, la vie de Molly a été énormément impactée par le fait qu’elle connaisse Fitz. Il y a pourtant un autre élément important qui a défini sa vie : l’alcool.

La première apparition de Molly donne tout de suite le ton de la relation entre l’alcool et elle. On n’est pas du tout dans la jeune adolescente qui découvre petit à petit le plaisir de la boisson. C’est, au contraire, un lien néfaste : le père de Molly est alcoolique, il a une emprise émotionnelle sur elle, et il fait tout pour ruiner sa vie. Car, il ne fait pas que boire, il se repose entièrement sur Molly pour gérer la boutique de bougies (“il s’est réveillé presque dessaoulé il y a une heure et il s’est mis à te traiter de tous les noms en voyant que tu avais disparu et que le feu était éteint”). La mère de Molly morte, le père est le seul proche qui lui reste (on apprendra plus tard qu’elle a un cousin mais il vit loin). L’alcool ronge le père de Molly, Fitz est un bon témoin de sa chute : “de maigre, il était devenu squelettique (...) S’il ne battait plus Molly, c’était peut-être qu’il n’en avait plus la force”.

Très vite, on se rend compte de la lassitude qui a grandi en Molly, son père est contaminé par la boisson et elle ne peut rien y faire. On se doutait déjà que les enfants des Six-Duchés n’avaient pas une vie simple (Fitz, Kerry, tous ceux qu’on voit font face à de grands défis), on en a la confirmation avec Molly. Quand Molly parle de sa situation, c’est avec fatalisme et résignation (“je débouche les bouteilles pour mon père depuis toujours. Avant, c’était parce qu’il était trop soûl pour y arriver ; maintenant, c’est parce qu’il n’a plus de force dans les mains, même à jeun”).

Voir son père dépérir et mourir à petits feux contribue forcément à son caractère et à sa personnalité. Molly apparaît très droite dans ses bottes en refusant toute discussion (et embrassade) avec des gens soûls. Il faut également préciser qu’elle a été marquée par des moqueries entendues durant son enfance. Ses voisins lui ont affirmé que “j’étais la fille d’un ivrogne, j’épouserais un ivrogne et j’aurais beaucoup de petits ivrognes”. Notons d’ailleurs que les deux hommes qu’elle connaîtra intimement (Fitz et Burrich) auront leur lot de soûleries… 

Quand Fitz revient malade des Montagnes (le tome 2, l’Assassin du roi), il tombe par hasard sur Molly. Le lecteur sait que Fitz a été empoisonné, Molly non. Elle le voit titubant, elle vient d’apprendre qu’il a menti sur sa réelle identité, elle est donc légitimement en colère. Il n’est donc pas étonnant de la voir claire, obtuse, bornée : “jamais, je n’embrasserai un ivrogne. C’est une promesse que je me suis faite et que je tiendrai toujours. Et je ne laisserai jamais un ivrogne m’embrasser”.

Malheureusement, Fitz et Burrich prendront un malin plaisir à se montrer en mauvais état face à elle, à exposer les bouteilles à ses yeux.

Quand Burrich revient blessé après avoir aidé Vérité dans sa première partie de quête des Anciens, Fitz lui explique la situation. Molly est la femme qu’il aime, elle est aussi une femme qui a beaucoup souffert à cause de l’alcol (“son père s’est tué à force de boire ; mais avant ça il s’est débrouillé pour faire un enfer de la vie de sa fille pendant des années : il la battait quand elle était petite et quand elle est devenue trop grande, il la couvrait d’injures et de reproches”). Patience demande à Molly de s’occuper de Burrich et l’ancienne chandelière tombe sur un spectacle qui ne peut que la contrarier. Burrich n’a pas grand chose à faire à part boire et il s’y emploie vaillamment (“les alignements de bouteille ne pouvaient manquer de rappeler son père à Molly”). 

Les gens savent donc que Molly a un mauvais rapport avec l’alcool excessivement consommé et ils s’emploient à la mettre en difficulté. Même Fitz pousse le vice, ainsi on lit juste avant les événements de Finebaie que “j’aurais voulu que Molly soit là pour me réprimander d’être ivre”. Le bâtard royal sait pourtant que Molly ne supporte pas la vue d’un homme ivre, elle n’a eu de cesse de le lui répéter.

Fitz incapable de choisir entre ses devoirs et son amour, c’est à Molly qu’il convient de trancher. Elle décide de partir (on saura plus tard qu’elle est enceinte). Cela crève le coeur de Fitz et il cherche du réconfort auprès de Burrich. Le maître d’écuries, tout en subtilité, n’a pas d’autre réponse que l’alcool : “nous allons boire. Pour souhaiter de tout notre coeur à Molly de trouver le bonheur”. L’intention est donc bonne, l’attention aussi, mais encore une fois, quand Molly est évoquée, c’est l’alcool qui prédomine.

Le poison de la vengeance s’ouvre sur un Fitz tiré de la mort. Seuls Burrich et Umbre savent qu’il est vivant, Patience et Molly se sont recueillis sur sa tombe. Le Fitz sorti de la tombe ne rêve que de revanche, il a tiré un trait sur Molly. Ce qu’il ne sait pas, ce qu’il ne peut pas soupçonner est que Burrich a décidé d’aller aider Molly. Petit à petit, Burrich et Molly créent un lien amical, sans doute basé sur le souvenir de Fitz. 

Et encore une fois, Burrich impose à Molly une mauvaise attitude (“ne venez pas ici quand vous êtes soul !). A sa décharge, Burrich pense que Fitz est à nouveau mort, tué par un forgisé. Il pleure une nouvelle fois son vieil ami et se raccroche à la dernière personne qui avait un lien fort avec le bâtard (“maudit que vous êtes, il est mort depuis des mois ! N’essayez pas de m’adoucir avec vos pleurnicheries d’ivrogne !”) Molly  n’a pas d’autre choix que d’accepter l’aide de Burrich, à moins de se retrouver entièrement isolée.

Enfin, le deuxième cycle de l’assassin royal réintroduit dans la seconde partie le personnage de Molly. Son couple avec Burrich est bien établi, ils ont eu des enfants ensemble. Mais, Fitz revient dans leurs vies par une petite porte : Ortie a l’Art et elle subit les contacts de Fitz. Fitz, têtu, refuse qu’elle soit formée à l’Art. Les choses se compliquent quand Leste (le fils de Molly et Burrich) fugue et s’en va à Castelcerf. Fitz le trouve et les choses font qu’il doit adresser un message à Burrich pour dire que Leste est en sécurité. C’en est fini de la paix du couple Molly/Burrich. 

Burrich est envahi par les remords, un des hommes qu’il aimait le plus est vivant alors qu’il le pensait mort. On apprendra dans Adieux et retrouvailles qu’il ne regrette pas du tout de s’être mis avec Molly et qu’il compatira en sachant que Fitz avait parfois des visions d’Art qui montraient le bonheur du couple. 

En attendant, la nouvelle chamboule Burrich, il devient distant et se remet à boire. Molly assiste tristement à ce spectacle. Cela durera jusqu’à ce que Burrich se lance à la recherche de Fitz, loin à Aslevjal.

Molly a donc eu une vie fortement marquée par l’alcool. Si elle n’a jamais été contre boire un petit verre, elle a été entourée par des comportements abusifs : de son père qui la battait et la maltraitait à ses amoureux qui persistaient à boire en grande quantité devant elle.

samedi 2 septembre 2017

L'alcool

Dans la première partie de la Farseer Trilogy, à travers différents personnages, nous voyons comment l'alcool peut influencer les destins et les comportements.

Il y a par exemple Patience qui, lorsqu'elle tombe pour la première fois sur Fitz, se sert de l'alcool comme un prétexte pour étaler la rancœur qu'elle a envers Burrich. Elle dit clairement à Fitz que « cet homme est un ivrogne et un débauché et il a cultivé en vous de semblables traits ». Il faut dire que lors de cette rencontre Fitz est soul et est loin d'avoir le comportement d'un prince.

Mais, la plus grande tragédie est sans aucun doute celle entre Molly et son père. Molly est une jeune femme qui est apparue lorsque Le Nouveau (Fitz donc) quittait le château de Castelcerf pour passer d'agréables moments avec les gamins du Bourg. Bien que courageuse, dure au mal, Molly devait subir les assauts violents (aussi bien physiquement que moralement) et pathétiques de son père. Ainsi, plus tard, lorsque Molly deviendra une servante au château, Fitz mettra en garde Burrich afin qu'il limite sa consommation devant elle (« elle n'aime pas les ivrognes. Son père s'est tué à force de boire ; mais avant ça, il s'est débrouillé pour faire un enfer de la vie de sa fille pendant des années. ») Il n'est donc pas étonnant de voir que Molly a tiré les leçons de sa jeunesse difficile et a grandi autour de principes. Ces derniers seront un fort obstacle dans les premiers temps de sa relation avec Fitz. Par un malheureux concours de circonstances, le bâtard royal pue l'alcool quand il retrouve sa Molly ; celle-ci a une réaction véhémente : « jamais je n'embrasserai un ivrogne. C'est une promesse que je me suis faire et que je tiendrai toujours. Et je ne laisserai jamais un ivrogne m'embrasser ».

L'alcool touche toutes les classes sociales, tous les gens du royaume : riches pauvres, influents ou non. C'est le cas du prince Royal et de sa mère la reine Désir.
La menace des Pirates Rouges se faisant de plus en plus pressante, Royal (alors en charge suite au départ de Vérité dans sa quête des Anciens) décide de transférer la capitale vers l'Intérieur. Il organise un grand banquet pour motiver sa décision et doit faire face aux protestations de Kettricken. Royal s'en sort avec une blague douteuse qui fait rire l'audience mais grimacer Fitz (« c'était une remarque grossière, un trait d'esprit plus digne d'un pilier de taverne que d'un prince en son château, et qui m'évoqua tout à fait la Reine Désir dans ses plus mauvais jours, lorsque le vin et les herbes lui enflammaient le caractère »).

Enfin, il y a le dialogue entre Brodette (la servante de Patience) et Burrich qui intervient alors qu'ils préparent l'évasion de Kettricken (elle et son bébé sont menacés par Royal et veulent s'enfuir pour les Montagnes).

Brodette : Nous jouons notre vie et notre réputation, et vous ne trouvez rien de mieux à faire que de vous soûler!Au bout de vingt ans, vous n'avez toujours pas appris que ça ne résolvait rien ?
Burrich : Il y a des choses qui ne se résolvent pas. L'alcool les rend beaucoup plus supportables.

Force est de constater que Burrich suivra souvent cette façon de voir les choses et aura déteint sur Fitz : quand il souffre de solitude, quand Molly décide de le quitter, quand il fait la chasse aux forgisés...

Fitz aime donc boire. Et il ne boit pas toujours un alcool de qualité comme le montre cet échange avec Burrich.

Burrich : Fitz ? Tu as quelque chose à boire ici ?
Fitz : De l'eau-de-vie ?
Burrich : Cet extrait de mûres à trois sous que tu bois d'habitude ? Je préférerais encore avaler du liniment pour les chevaux ?

Au début de la Nef du crépuscule, un passage montre la dangerosité de l'alcool sur Fitz. Membre de l'équipage du Rurisk, un navire chargé de lutter contre les Pirates Rouges, il écume les tavernes avec son équipage après avoir détruit un navire ennemi. Or, à ce moment du récit, Fitz est lié par le Vif à Oeil-de-Nuit et le loup voit à quel point l'alcool le rend malade : « je bus encore pour effacer le goût de mes régurgitations. Quelque part au fond de mon esprit, Oeil-de-Nuit était affolé. Du poison ! Cette eau est empoisonnée ! »






Burrich, le mentor


Dans le premier cycle des aventures de Fitz, il existe un homme qui brille par ses valeurs et son comportement. Droit, dur comme un roc, inflexible, courageux, il s'appelle Burrich.
Burrich est un personnage important dans cette saga, ne serait-ce que par la place qu'il occupe auprès des princes et des rois. En charge des écuries du Roi Subtil, il fut l'homme de main du Prince Chevalerie et devient celui qui doit élever le Fitz.

Nous apprendrons plus tard dans le récit que Burrich a eu une aventure avec Patience (la femme de Chevalerie). S'il a sacrifié son amour, il n' a pas pour autant abandonné de trouver une femme. Quand Fitz commence à faire ses bêtises (et il en fera beaucoup), il lui fait cette mise en garde : « si jamais je tombe sur la femme qu'il me faut, je tiendrai à ce qu'elle sache que je n'en regarderai jamais une autre. Et je voudrai avoir l'assurance que tous mes enfants sont de moi ». Bien entendu, la suite nous montrera qu'il a trouvé la femme (Molly) et qu'il considérera Ortie comme sa propre enfant.

L'éducation du bâtard royal n'aura pas été un long fleuve tranquille. Loin de là. Car Fitz n'en fait qu'à sa tête, n'écoute pas les conseils de ses différents mentors et se retrouve , parfois contre son gré, dans des situations invraisemblables.
Un jour, Patience décide de revenir au château royal pour prendre soin du fils de Chevalerie (Fitz donc). Naïf, l'apprenti assassin la rencontre plusieurs fois sans savoir qui elle est et quand vient le moment de rendre compte à Burrich, il se trouve ridicule et Burrich avec son franc-parler légendaire lui fait remarquer que « quand tu retranches des bouts à la vérité pour éviter d'avoir l'air ridicule, tu finis par passer pour un crétin. »
Pour autant, le maître des écuries veut faire de Fitz un homme, digne et fier, qui assume ses actes et décisions. Il est exigent, même dur avec lui et n'hésite pas à le malmener et à le secouer, même verbalement (« et son fils n'est pas un imbécile pleurnichard qui se traîne par terre en gémissant qu'il mérite de se faire rouer de coups »).
En ce qui concerne le Vif, bien que doué, il voit cela comme une tare sans nom et cela est dû à son histoire personnelle. Il est clair avec Fitz : il lui retire son amitié après l'échec de Fitz à l'épreuve de Galen, tolère à peine la présence d'Oeil-de-Nuit. Il affirme même qu'il serait prêt à tolérer tout sauf le Vif (« j'aimerais mieux te voir les mains tout le temps dans la culotte que t'entendre constamment faire ça en ma présence »).

Il a des idées et des valeurs très nettes, des conseils que Fitz aurait sans doute dû suivre. Il aura aussi été question de supporter les plaintes de Fitz, comme lors de ce passage où ce dernier est empoisonné et roué de coups par Royal et décide de se retirer du jeu politique. Il ne cesse de pleurer sur son infirmité, sur son inutilité quand Burrich lui rappelle qu'il est vivant et encore capable de certaines choses : « cesse de te définir par ce que tu ne peux pas faire. Vois plutôt ce que tu n'as pas perdu. »
Burrich est là, avec son épaule sure et forte ; c'est lui qui ramasse Fitz dans un fossé quand le bâtard s'enivre pour chasser le goût de la guerre de sa bouche (la bataille de l'île de l'Andouiller). Il lui dit que « ce n'est pas le travail qui fait qu'on est fier ou pas, c'est la façon de le faire ».

Burrich est un homme de sacrifices. Il a sacrifié son amour pour suivre Chevalerie, ses belles années pour élever Fitz, sa jambe pour sauver un prince. Et il continue comme lorsque Kettricken tombe enceinte et que le futur bébé se trouve déjà menacé par les manigances de Royal. Qui vient les protéger ? Burrich ! Il en profite d'ailleurs pour faire la leçon au Fitz (« un jour, je t'ai dit que le combat n'était fini que quand on l'avait gagné. Je ne baisserai pas les bras à cause de ça (…) j'ai déjà bien assez honte que mon prince ait continué son chemin sans moi »).

Fitz et Burrich ont une passion commune : l'alcool. Même si Fitz semble boire tout et n'importe quoi. Brodette, la servante de Patience, fait les gros yeux au Fou, au Fitz et à Burrich quand elle les trouve en train de boire alors qu'ils viennent de jouer un vilain tour au prince Royal. Et elle adresse des reproches au plus expérimenté des trois, à savoir le maître d'écuries. Et il lui répond tranquillement qu' « il y a des choses qui ne se résolvent pas. L'alcool les rend beaucoup plus supportables. »

Et puis vient la grande et grosse colère de Fitz. Burrich le ramène à la vie grâce à la magie du Vif, mais il faut du temps pour que le bâtard redevienne un homme. Il le lui apprend et quand les souvenirs reviennent, Fitz se demande quoi faire dorénavant. Burrich lui rappelle qu'il a des devoirs ; cependant Fitz en a assez. Il veut partir loin, à l'étranger en mettant à profit ses quelques talents de scribe et de garçon d'écurie. Amicalement, Burrich lui signale que cela risque de ne pas être suffisant (« mais gagner sa vie, ce n'est pas vivre »). Et Fitz s'énerve.