Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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samedi 15 août 2026

Fitz et la torture

La vie de Fitz a été tout sauf un long fleuve tranquille. Il a traversé bien des épreuves compliquées. Une des plus marquantes a été la torture subie dans les cachots de Castelcerf. Capturé par les hommes de Royal alors qu’il était accusé d’avoir tué le roi Subtil, il a été battu à en mourir.


Prisonnier, Fitz n’a aucune échappatoire. Il se rend vite compte qu’il ne pourra pas quitter sa prison. Il sait aussi qu’il ne peut pas se défendre tant la confrontation est déséquilibrée. Royal ne commet pas l’erreur de se tenir seul face à lui ; il le fait entouré d’hommes. Ce sont des individus capables qui savent taper où cela fait mal. Fitz adopte alors une attitude de protection : « je parvins à la conclusion que mon corps disposait de ses propres moyens de défense contre la douleur physique : l’évanouissement ou la mort ». Autrement dit, il est réaliste, résigné. Il sait que d’une façon ou d’une autre il va mourir dans cette cellule. Car, les méchancetés infligées ont un but : Royal cherche à affaiblir Fitz pour pénétrer son esprit et lui faire avouer ses plus sales secrets. Il veut aussi voir Fitz utiliser son Vif, voir de ses yeux le loup surgir en lui. Et, il pense y réussir en le brisant, en lui infligeant une forte douleur (« ce fut un bruit à lever le coeur suivi d’une douleur insoutenable, une souffrance si intense que je n’eus soudain plus conscience d’aucune autre »). C’est d’autant plus marquant que Fitz a subi son lot de mésaventures : il a été battu, il a pris des coups en combattant les Pirates Rouges, il a été attaqué par des forgisés… Et pourtant, cette douleur est une des plus horribles.


Le temps a passé et Fitz tente de refaire sa vie. Tiré de la mort grâce à la magie et les soins de Patience, il apprend à nouveau à être humain. Ce ne sont pas les simples gestes du quotidien qui le freinent le plus dans son apprentissage mais plus le traumatisme de sa torture. On se rend compte que ni son corps ni son esprit n’ont oublié ce qui s’est passé. La blessure est toujours vive et béante. Elle le hante surtout les nuits où il est seul face à lui-même, où il n’est pas tenu occupé par Burrich ou Umbre. Il ne se contente pas de revivre ce qu’il a subi, il revit également les émotions, la douleur, la souffrance («  des rêves commencèrent à me venir la nuit, brefs et très nets, instants de feu pétrifiés, souffrance intente, peur sans espoir (…) la peur accablante qui me laissait tremblant de tous mes membres, suffocant, les larmes aux yeux »). Fitz doit faire face à ça tout seul : personne ne peut l’aider, pas même Burrich ou Oeil-de-Nuit. D’ailleurs, il ne parvient pas à passer outre. Il est totalement dominé. Il lui faudra de longs mois pour passer outre. Et, ce n’est même pas un travail de sa part. Non. Il baisse les bras, il abandonne. Le souvenir de la torture est bien trop lourd pour ses épaules. Il se rend compte qu’il ne pourra jamais vivre avec alors il se déverse dans la Fille-au-dragon (« prends mes jours et mes nuits dans les cachots de Royal, savoir ce qu’on m’a fait suffit ; prends-les et garde-les, que je ne sente plus mon visage contre ce sol de pierre, que j’entende plus mon nez se briser, que je ne perçoive plus le goût ni l’odeur de mon propre sang »). La solution peut paraitre facile, elle est néanmoins efficace. Il se sépare d’un poids énorme.


Le lecteur a vu Fitz se cacher dans sa cabane, chérissant sa solitude. Donner une partie de lui à ce dragon a été comme une petite forgisation. Se priver de ce qu’il a ressenti durant la torture ainsi que d’autres choses a donc eu un effet sur sa personnalité. Cela a donc eu un effet sur son comportement.

Le Fou connait bien Fitz. S’il va et vient dans sa vie, il est un de ceux qui le cerne le mieux. Le Fou voit au-delà de Fitz, au-delà du rôle qu’il joue. Le Fou voit le réel Fitz et le réel Fitz est un « enfant battu (…) à jamais terrifié ».

En réalité, Fitz n’a jamais guéri de sa torture. C’est aussi le cas physiquement. Quand Umbre et les autres tentent de le guérir après son combat contre Laudevin, son vieux mentor se rend compte que le corps de Fitz n’a jamais dépassé la torture. Des décennies après, il porte encore des blessures, des dommages : « je t’ai vu de l’intérieur, Fitz ; j’ai vu les dégâts qu’a subis ton crâne dans les cachots de Royal, et d’autres fractures mal ressoudées sur les os de ton visage et tes vertèbres ».


dimanche 19 juillet 2026

Prologues et épilogues : le temps

Le temps est un élément important dans la saga de l’assassin royal. Ce n’est pas uniquement la question du temps qui passe ou de l’âge, c’est aussi la possibilité de se libérer du temps et de son implacable effet. Quelques personnages tentent de défier le temps : Umbre se drogue pour lutter contre la vieillesse, le Fou veut briser la chaîne d’événements créée par les Quatre de Clerres.


Fitz est aussi concerné comme on le voit dans le prologue de l’assassin du roi. Alors qu’il vient d’être empoisonné par Royal, Fitz perd le contrôle de son corps et se convainc qu’il n’est plus bon à rien. Il se voit diminué et affaibli, il se définit comme un vieil homme usé et inutile. Pour lui, c’est une infamie d’être privé de la vigueur de sa jeunesse (« ça ne me dérangerait pas d’avoir un corps de vieillard si je l’avais acquis au cours des ans ; mais je ne peux pas continuer ainsi »). Fitz pense être devenu une chose dispensable, un poids mort. Son état physique fait qu’il ne sert plus à rien, plus à personne. Il se compare à une personne âgée incapable de contrôler les tremblements de son corps ou de retrouver sa vigueur physique. Les plaintes de Fitz ne se font pas dans le vide. Jonqui, une femme des Montagnes, est une de ses interlocutrices. Elle ne comprend pas pourquoi Fitz se plaint tant, elle ne comprend pas pourquoi il est si pressé d’aller tout de suite bien. Elle lui explique que « guérir peut être long et fastidieux parfois ». Autrement dit, Fitz doit se laisser le temps d’aller mieux. Le bâtard ne comprend pas ça. Il est même en attente d’une solution miracle, d’un acte qui le remettrait immédiatement sur le bon chemin.


Plus tard, Fitz est mort. Il est donc hors du temps. Torturé par Royal, il choisit d’arrêter de vivre plutôt que d’être torturé puis pendu. Il se réfugie dans le corps du loup. Ce n’est pas seulement une nouvelle vie qui s’offre à lui mais aussi une autre façon de concevoir les choses. On savait déjà qu’Oeil-de-Nuit ne voyait pas le temps comme ces humains qui découpent tout en heures et minutes. Le loup, lui, vit dans le présent (il a faim alors il chasse). Le loup est le propre maître de son temps et de sa vie : « il est un lieu où tout temps est maintenant ; où les choix sont simples et ne sont jamais ceux d’un autre ». Le loup ne se sent pas concerné par ces humains qui veulent tout contrôler, qui veulent se projeter dans le futur. Lui n’a qu’une vie, il la vit, et le reste lui importe peu.

Cela marquera Fitz. Quand il finit par revenir à la vie, Fitz réalise qu’il a perdu beaucoup. Bien entendu, il ne peut plus espérer être FitzChevalerie Loinvoyant. Mais, il a perdu bien plus : des souvenirs et des moments partagés, des liens futurs, des amitiés à entretenir. On sent le regret dans ses pensées. La peine est présente quand on lit que « disparus, les rythmes des vies qui se mêlaient à la mienne ; des amis moururent, d’autres se marièrent, des enfants naquirent, ils devinrent des hommes, et de tout cela je ne vis rien ». Il se sent presque comme étranger de son époque.


Ecrire est important pour Fitz. Les mots lui servent d’exutoire à ses peines et ses douleurs même si il écrit dans un but bien différent : écrire une histoire des Six-Duchés. Sa plume dévie donc et trace sa vie, ses souvenirs, son passé. Alors qu’il est devenu Tom Blaireau, Fitz décide de rentrer chez lui pour effacer son ancienne vie ; il ne veut pas qu’on tombe sur des anciens parchemins qui mentionnent des secrets.

C’est un moment où Fitz prend conscience des choses. Certains pourraient croire qu’il s’apitoie encore quand il dit que « j’ai compris que le passé avait échappé à mes efforts pour le défier et le comprendre, et qu’il en serait toujours ainsi ». Cela laisse croire ou entendre que Fitz baisse les bras, qu’il ne sert à rien de regarder hier pour comprendre demain. La chose est toute autre car les paroles suivantes le montrent enclin à prendre les choses en main (« l’histoire n’est pas plus figée ni morte que l’avenir. Le passé est tout près ; il commence à la dernière respiration qu’on a prise »). Cela sous-entend un Fitz prêt à agir, prêt à contrarier le destin comme le dirait le Fou.

Mais, Fitz reste un homme et comme tous les hommes, il est plein de contradictions. On peut penser que sa résolution faiblit quand on lit ces lignes dans le tome suivant : « je continue à me promettre : « La prochaine fois, je ferai mieux », dans ma certitude orgueilleuse et typiquement humaine qu’il me sera offert une prochaine fois ». Cela peut aussi supposer que l’avenir ne garantit rien, que rien ne peut laisser un espoir d’amélioration. Rien ne dit que la prochaine fois existera. Et, dans cette optique, l’idée de vivre dans le présent du Loup Oeil-de-Nuit semble la bienvenue.


Mais, plus les années passent et plus Fitz prend du recul. L’âge le fait murir et considérer les choses avec un autre regard. Il revisite son passé, le passé des gens qu’il a connus et comprend différemment certaines décisions. Il réalise que « le temps est un professeur cruel qui donne des leçons que nous apprenons bien trop tard pour en avoir l’utilité ». Au final, ce sont des « leçons apprises trop tard, des situations comprises avec des dizaines d’années de retard. Et tant de choses perdues à cause de cela ». Quelle tristesse.  


mercredi 15 juillet 2026

La mort des méchants (1)

Dans la série de l’assassin royal, les animaux sont particulièrement mis en valeur. Grâce à la magie du Vif, on est amené à mieux les cerner. Fitz ayant de nombreux liens (de Vif ou non) avec des animaux, ils aident au développement de l’intrigue et ont parfois des rôles importants. Ils aident Fitz à atteindre ses objectifs et ont parfois des morts tragiques. Ainsi, on retiendra les sacrifices de Fouinot ou Martel. Mais, il arrive aussi que ce soient eux qui apportent la mort.


Le roman La Reine solitaire est un roman de mort et de conclusion. Alors que Vérité le dragon vient de s’envoler pour libérer les Six-Duchés, Fitz est aux prises avec les artiseurs et les soldats de Royal qui veulent s’emparer de la caverne. C’est un combat déséquilibré car le bâtard fait face à des attaques physiques et contre son esprit. Lui n’est accompagné que par le loup. Mais, Oeil-de-Nuit se révèle un formidable combattant. Le chasseur est celui qui tue Ronce. Ronce est un artiseur qui a pris grand plaisir à torturer Astérie. C’est quelque chose qui ne peut pas être pardonné. La mort de Ronce est brutale : « Oeil-de-Nuit venait de trancher la grosse veine du cou, et la vie de Ronce s’écoulait en geysers écarlates (…) Le sang gicla comme une fontaine tandis que Ronce ne débattait sans savoir qu’il était mort ». La mort de Ronce n’est pas inutile car elle fournit une réponse à une énigme : comment réveiller les dragons de pierre ? Par le sang et le Vif.

Quelques temps plus tard, une autre mort marquante et attendue survient : celle de Royal. On souhaitait le pire à ce Loinvoyant depuis un long moment. Il y avait même de l’attente que ce soit Fitz qui le tue, en réponse à tout ce qui lui a été infligé. Mais, les choses ont été différentes : il a été tué par un furet. Ce n’est pas si surprenant car Royal paie les conséquences de ses actes : il a mis à mort, persécuté un bon nombre d’utilisateurs du Vif, il en a fait un moyen d’amusement en les faisant se battre contre des forgisés. La mort de Royal a été tout sauf paisible ; elle a été violente, tout à fait inattendue pour lui. Il a été pris dans un moment de faiblesse, où sa garde était baissée (« la sauvage créature qui le déchiqueta dans son lit une nuit laissa des traces sanglantes non seulement sur les draps mais dans toute la chambre, comme si son acte l’avait rendue folle d’exultation »). Le nom de cet animal mérite d’être retenu : il s’agit de Petit-Furet. D’ailleurs, Fitz l’avait rencontrée alors qu’il tentait de tuer Royal. Le furet avait réussi à lui montrer que c’était un piège et à le convaincre de le laisser faire. Fitz avait acquiescé et lui avait offert réconfort, chaleur et bonne chance.


Si durant la guerre contre les Pirates rouges, Fitz a donné la mort à beaucoup de forgisés, il a aussi tué quelques Pirates rouges (« ma hache lui enfonça son casque dans le crâne »). A chaque fois, à chaque mort donnée, ce n’est pas seulement Fitz qui tue, c’est toute la population duchéenne marquée par les exactions des Pirates. C’est un moment où Fitz ne devient que le bras armé d’un peuple qui recherche la vengeance. Lui-même n’en tire aucune gloire même si on peut le remercier pour ce qu’il fait.


Fitz cherche aussi la vengeance. Il n’a pas oublié qu’il a été torturé dans les cachots par l’équipe de Royal. Le peut-il d’ailleurs ? En tout cas, pendant de longues semaines, il en fait des cauchemars. Il se souvient des coups portés, de la douleur et qu’il est mort dans les cachots. Il porte aussi les cicatrices physiques et émotionnelles. Alors, quand il a la chance de se venger d’un de ses tortionnaires, il ne rate pas l’occasion. Pêne meurt dans d’atroces souffrances, empoisonné. Pêne meurt en sachant qu’il va mourir et qu’il n’y a rien à faire contre. Fitz semble en tirer une grande joie : « l’absence soudaine de ma perception de son existence était comme un rayon de soleil sur mon visage ».


Les Pie sont une menace. Ils ont réussi à enlever Devoir, l’héritier de la Couronne. La mission de récupération a poussé Fitz au-delà de ses limites et a même occasionné la mort d’Oeil-de-Nuit. Bien que battus, les Pie ont continué à vouloir saborder le trône. Ils ont espionné les Loinvoyant, menacé des gens comme Laurier ou Civil. On comprend assez vite que Laudevin est un homme dangereux, très dangereux. Le Pie ne vit que pour la confrontation. Pire, il est un homme marqué par ce que Royal a infligé à sa famille. Il a vu la cruauté et il est prêt à imposer la cruauté en réponse. Alors, quand Fitz et lui sont face à face, c’est nécessairement un combat à mort qui les attend, un affrontement violent. Fitz a le dessus (« je pris mon épée à deux mains mains et la plongeai dans sa poitrine »). Ce n’est pas seulement Laudevin que Fitz tue, c’est aussi le lien entre Laudevin et son cheval de Vif (« j’entendis le hennissement de rage d’un cheval de combat y faire écho »). Fitz tue aussi le cheval de Laudevin. La population percevra cela comme un meurtre. Fitz est emprisonné, condamné à une mort certaine. D’une certaine façon, il n’aspire qu’à mourir : la façon dont il s’est lancé dans ce combat tend à le montrer.


Fitz ne tue pas la Femme Pâle, il la laisse vivre. Il pourrait et il devrait pourtant la tuer. La Femme Pâle a fait tant de mal au Fou, son ami le plus important. Elle l’a torturé, elle l’a brisé. Et pourtant, quand l’occasion se présente, quand la Femme Pâle appelle la mort, il la laisse vivre. Ceci dit, à ce stade, elle est une femme pathétique et affaiblie, sans mains et presque folle, perdue dans ses illusions de grandeur. Elle est seule et sans ressources. Fitz l’abandonne dans son triste état. Plus tard, on la trouvera morte (« la Femme Pâle gisait sur la glace (…) Les moignons desséchés et noircis de ses bras me firent songer à des pattes d’insectes »).

mardi 14 juillet 2026

Fitz manque-t-il d'ambition ?

Quand on arrive à la fin de la saga, on se rend compte que Fitz n’a jamais régné, qu’il n’a même jamais réellement cherché à avoir le pouvoir. Il n’a été qu’un pion manipulé par quelques (Subtil, Umbre) ou que d’autres (Royal) ont voulu abattre dans leur conquête du pouvoir. Pourtant, même bâtard, Fitz reste un Loinvoyant, le fils du prince Chevalerie.


Alors, comment expliquer ce manque d’ambition ?


On peut bien entendu mettre en avant son éducation. Tout a été fait pour que Fitz reste dans l’ombre. Il a été conditionné pour obéir et agir avec une étroite mage de manœuvre. Tout ce que lui a appris Umbre a mené à ça. Quand Fitz a voulu faire preuve d’indépendance d’esprit lors d’un exercice, il a été renié par Umbre durant de longues semaines. Il en a tiré la conclusion qu’il ne fallait pas faire de vagues, ne pas avoir de désir de pouvoir ou de gloire. Subtil et Umbre ont fait en sorte que tous ses actes soient tournés vers les Loinvoyant, et non pas vers l’accumulation d’influence. 

Alors qu’il n’était qu’un gosse, le roi Subtil a éteint toute velléité. Il s’est acheté la loyauté de Fitz en lui fournissant un toit, une éducation et l’appartenance familiale aux Loinvoyant : certains poussaient pour mettre de côté (tuer) ce fils illégitime, pas Subtil. Les deux nouent un marché : « si un homme o une femme cherche à te retourner contre moi en t’offrant plus que je ne te donne, viens me voir, expose-moi l’offre et je la surpasserai ». Là, Subtil dit à Fitz qu’il sera toujours là, qu’il prendra toujours en compte ses besoins. Fitz n’a rien à gagner à vouloir outrepasser un roi qui lui donne tant.


Pour d’autres (Royal), il faut voir le manque d’ambition de Fitz comme un héritage paternel. Après tout, Chevalerie a renoncé à la fonction suprême. Il a refusé d’être roi à cause d’un motif futile. Royal trouve cette décision pathétique, ridicule. Selon lui, cela montre que Chevalerie n’avait pas les épaules pour régner (« tu es le misérable bâtard d’un petit prince qui m’a même pas eu le courage de devenir roi-servant »). Fitz n’aurait pas d’autre choix que répéter ce comportement.


La principale critique du manque d’ambition de Fitz est Astérie. La ménestrelle a rencontré Fitz alors qu’elle cherchait à écrire une belle histoire, à entrer dans la légende. Elle a vu Fitz participer au réveil du dragon d’Art et de pierre de Vérité. Mais, surtout, elle l’a vu se couper du monde, se réfugier dans une cabane perdue au milieu de nulle part plutôt que revenir triomphal à Castelcerf. Astérie n’a jamais réellement digéré ce choix. Pour elle, l’attitude de Fitz est incompréhensible.

Quand Fitz revient plus tard au château, ce n’est même pas en tant que noble. Non, il revient comme un vulgaire domestique, un être invisible sans influence et sans pouvoir ! Ce choix dégoûte Astérie qui ne se gêne pas pour montrer son dépit (« le fils d’un roi sacrifie son existence entière pour la famille de son père, tout ça pour finir comme valet, soumis aux mauvais traitements d’un gentilhomme étranger bouffi d’orgueil »). Fitz expose toute sa faiblesse en faisant ce choix. 

Astérie a alors la confirmation de ses doutes. Elle fait partie des rares personnes qui connaissent une bonne partie de la vie du bâtard de Chevalerie. Elle le connait intimement, elle a bien pu cerner sa personnalité. Elle pense que Fitz est heureux de finir comme domestique de Sire Doré : « ç’a toujours été ton rêve le plus cher, n’est-ce-pas ? Avoir ta petite existence à toi, n’être en rien responsable de ta lignée ni des événements de la cour, faire partie des petites gens, ne laisser aucune trace dans l’histoire ». Ce qui est assez ironique avec ces propos est que Fitz a certainement rêvé de ça quand il était en couple avec Molly alors que ses activités d’assassin le retenaient à la cour ? Il aurait sans doute tout donné pour qu’un autre exerce ses fonctions ou qu’il y ait la paix, afin de pouvoir vivre avec celle qu’il aimait….


Étrangement, un autre détracteur est Umbre. Lui qui a formé Fitz, qui l’a mis en garde contre la déloyauté lui reproche une certaine forme de manque de courage. Umbre était à deux doigts de l’insulter de tous les noms quand Fitz a participé à la conspiration de Brondy de Béarns pour renverses les manipulations de Royal ; Umbre sous-entendait même que Fitz basculait vers la traîtrise alors que les actions étaient légitimes et nécessaires tant Royal menait le royaume vers sa chute. Des années plus tard, il adresse à Fitz des reproches méchants, cruels, injustes : « c’est ta plus grande faiblesse, Fitz, et ce depuis toujours : tu es trop prudent. Tu manques d’ambition. C’est ce qui plaisait à Subtil chez toi ; il ne t’a jamais craint comme il me redoutait, moi ».


Fitz aurait donc pu avoir plus. Si on suit Umbre, il aurait pu réclamer plus ou obtenir plus de pouvoir par des machinations. Il aurait pu influencer la politique de Kettricken en murmurant à ses oreilles, en devenant son principal conseiller après la guerre des Pirates Rouges. Grâce à Devoir, on apprend que Kettricken l’aurait sans aucun doute écouté (« si elle vous baptise oblat, c’est qu’elle vous regarde comme le roi légitime des Six-Duchés »).  

Fitz avait donc tout pour devenir le roi officieux. Il avait la légitimé familiale, les compétences, l’expérience ; il aurait été soutenu par un bon nombre de nobles. Même sa pratique du Vif aurait pu être atténuée par sa belle histoire : savoir qu’il a pratique la magie aurait pesé bien peu face à son sauvetage du pays. Comme le dit Astérie, Fitz aurait pu suivre une autre voie : « tu aurais pu être quelqu’un. Peu importe ta naissance, on t’a donné toutes les chances de gravir les échelons et tu aurais pu devenir un personnage important ». Cela n’a pas été le cas. Notons que si Astérie est si véhémente, c’est parce que son parcours personnel a été très compliqué, qu’elle en a bavé et qu’elle a misé gros sur Fitz : elle se serait élevée avec lui.

mardi 7 juillet 2026

Umbre aime Fitz

Pour le lecteur, qui est Umbre ? Il est ce vieil homme retiré du monde et qui sert le royaume. Il est celui qui forme Fitz aux arts de l’espionnage et de l’assassinat. Il est presque perçu comme un père de substitution pour Fitz. Pour d’autres, il est un des rares Loinvoyant fiable.


Lorsque Fitz décide de se retirer du monde après avoir participé à la libération des Six-Duchés, il ne voit pas ses camarades pendant des années. Les premiers chapitres du tome 7, le Prophète Blanc, sont une succession de visites à domicile, d’un homme isolé qui voit ses vieux amis lui rendre visite pour bavarder, refaire le monde et donner des nouvelles. Umbre fait partie de ces gens qui viennent.


C’est Umbre qui fait le premier pas. C’est lui qui parcourt la longue distance qui sépare la petite maison de Fitz de Castelcerf. Cela veut donc dire qu’il s’est renseigné pour savoir où habitait Fitz, où il s’était caché. On peut aussi penser que Fitz aurait pu facilement se rendre à Castelcerf s’il l’avait réellement voulu ; il ne l’a pas fait. Apparemment, Umbre ne lui en pas tenu rancoeur. Sa première réaction en voyant son ancien apprenti est sincère, réelle, intense (« il écarta les bras dans l’intention de me serrer contre lui »). 

Bien entendu, la visite d’Umbre est motivée, il a besoin d’aide pour former le prince Devoir à l’Art. Umbre a trop de l’Homme d’Etat pour négliger une ressource comme Fitz. Ce dernier est le seul artiseur connu encore en vie à son époque. Toutefois, au fil de la conversation, Umbre en apprend beaucoup sur son vieil ami et le cerne. Il réalise que Fitz a de la souffrance, de la peine en lui, contrairement à ce qu’il pensait (« je regrette d’apprendre que tu en souffres encore (…) J’avais supposé que la soif de l’Art s’apparentait à la dépendance à l’alcool ou à la Fumée, et qu’après une période d’abstinence forcée, le besoin irait s’amenuisant »). La sincérité est bien présente. C’est sans doute pour ça qu’il ne juge pas Fitz lorsqu’il remarque toutes les drogues cultivées, la « la prépondérance parmi elles de sédatifs et d’insensibilisants ».

Umbre étant Umbre, il continue de voir Fitz comme son jeune apprenti malgré les années passées. Le maître n’est pas avare de compliments devant les prouesses de Fitz : « je t’ai apporté des encres de Castelcerf, mais je me demande maintenant si les tiennes ne sont pas de meilleure qualité ». Il y a de la fierté dans la voix du vieil assassin.


Est ce que Fitz fait confiance à Umbre ? La question se pose. En tant que lecteur, rares sont les individus qui rentrent dans cette catégorie : Vérité sans doute (mais il est mort), Kettricken possiblement et le loup Oeil-de-Nuit. Umbre, lui, a un avis clair et certain. Fitz ne fait confiance à personne. Il a développé son avis en disant à Astérie que « tu étais incapable de te fier entièrement à quelqu’un, que ton âme serait toujours déchirée entre la envie et la crainte de faire confiance ».

Umbre a eu le temps d’observer Fitz. Caché dans les murs, l’araignée regardait le jeune homme. Il l’observait tenter de trouver, gamin, une place à la cour alors qu’il avait passé ses premières années loin de tout. Pour Umbre, Fitz n’a jamais dépassé cette séparation, cette déchirure. Il pense que le traumatisme a été trop fort et a durablement marqué le bâtard (« j’ai mal de voir que tu es resté… tel que tu as toujours été depuis… oh, zut ! Depuis qu’on t’a arraché à ta mère ! Toujours sur tes gardes, méfiant, isolé »). C’est possible ; après tout, Fitz n’a jamais cherché à revoir sa mère, il n’a jamais réellement cherché à en savoir plus ni même à fouiller dans ses souvenirs pour se rappeler d’elle. Quand Caudron, dans la carrière, lui a parlé d’elle, il a même adopté une stratégie de fuite.

Umbre blâme Fitz de son comportement, de son attitude. Il admet aussi que Fitz n’est pas le seul responsable de cet état. Il est le produit des années, des épreuves traversées, des gens rencontrés (« je ne veux pas te demander ce que tu ne peux pas te donner. Tu es ce que la vie a fait de tout —et ce que, moi-même, j’ai fait de toi, Eda me pardonne »). Les paroles sonnent comme des excuses. Umbre a toujours dit qu’il était prêt à sacrifier Fitz pour le bien du royaume, cela ne veut pas dire qu’il ne l’aime pas ou qu’il le fait avec entrain.


Fitz se rend compte à Castelcerf pour retrouver Devoir. En faisant le point avec Umbre, il se rend compte qu’Umbre s’auto-forme à l’Art. Fitz dit et insiste que la méthode est dangereuse, qu’Umbre joue avec des forces qui le dépassant. Dans un premier temps, Umbre le prend mal, il est blessé dans son égo. Puis, il réalise qu’il y a plus en jeu que sa personne et se ressaisit.


A vrai dire, on peut dire que les deux jouent à se faire mal sans le faire exprès. Les deux ont à coeur le bien de l’autre mais sont incapables de le dire clairement. Par exemple, quand Fitz tente de freiner les envies d’Art d’Umbre, c’est parce qu’il sait que cette magie est dangereuse et qu’elle en lui demandera toujours plus.

Umbre, lui, veut pousser Fitz à utiliser sa magie pour retrouver Devoir. Or, Fitz fait tout pour ne pas artiser. Ses derrières expériences ont été marquantes : il a fini à chaque fois très faible.

Ce n’est pas qu’Umbre se moque des peurs de Fitz, c’est qu’il sait qu’il sera là pour l’aider si besoin (« je suis là, mon garçon, et je m’occuperai de toi »). Là encore, on ressent l’amour ressenti par Umbre pour Fitz. Comme un père pour son fils…

Umbre fait passer l’Etat avant tout. En cela, il n’a pas changé durant toutes ces années. La volonté de préserver les Six-Duchés est sa boussole. Il peut paraitre froid à cause de cela, il s’en fiche. Fitz veut se droguer après une migraine d’Art ; Umbre l’interdit. Pourquoi ? Simplement parce que « le Trône a besoin du talent que toi seul possèdes. Je ne permettrai pas que ton Art soit diminué en quoi que ce soit ».


Clairement, Umbre est attentionné. S’il ne le dit pas forcément bien souvent, ses actes parlent pour lui. Ainsi, il a empêché que l’ancienne chambre de Fitz soit occupé (« c’est vous qui empêchez qu’on la donne à quelqu’un d’autre ») en faisant croire qu’elle est hantée. Il y a là une forme de respect, comme la volonté de figer dans le temps un souvenir. 


samedi 4 avril 2026

Petit billet # 3 : Au revoir

Le Fou a dit : « Ne le laisse pas se fermer à toi. Tu devrais savoir, depuis le temps, combien il est facile de perdre quelqu’un simplement en ne le retenant pas ».


Est-ce vrai ?


Il a perdu Molly en ne lui disant pas la vérité. Il ne lui a pas dit qu’il était de sang royal, le fils d’un prince. Il ne lui a pas dit ce qu’il faisait réellement au château. Quand il l’a fait, il ne l’a même pas fait volontairement. Il l’a fait (deux fois)  en étant au pied du mur : quand Molly est venue chercher de l’aide après avoir perdu sa boutique et quand Molly a dit qu’elle devait  partir (car elle était enceinte). Pourtant, Molly n’a eu de cesse de lui répéter que leur amour était impossible.


Burrich, aussi, est parti. Son départ a été sale. Fitz s’est mis en colère et a prononcé des paroles extrêmement méchantes, déplaisantes. Il a détruit tout ce que Burrich avait construit, tout rabaissé. En gros, il lui a hurlé dessus que Burrich avait gâché deux vies : celle de Burrich et celle de Fitz. Pourtant, Burrich voulait juste aider, et il est parti…


Enfin, il y a la magnifique Astérie qui ne demandait qu’à passer du temps avec lui, qu’à être estimée et pouvoir vivre publiquement sa passion. Fitz lui a refusé tout cela. Et elle aussi est partie.

lundi 9 mars 2026

Ils détestent Ambre

Le Fou pouvait susciter une certain forme d’amour. On a bien vu des gens comme Fitz ou Kettricken être attachés à lui. Subtil a plus d’une fois montré qu’il tenait sincèrement à lui et même Oeil-de-Nuit a fini par le respecter. Le Fou est un personnage qui ne semble pas être à sa place à Castelcerf. Lui qui se proclame Prophète de son époque est venu chercher son Catalyseur et l’a trouvé. Il a endossé le costume de bouffon car c’était ce qui lui permettait de se rapprocher le plus de son but. 


On comprend donc que le Fou est une identité parmi d’autres. Ambre en est une autre. Mais, il y a deux versions d’Ambre : une Ambre présente dans les Aventuriers de la Mer que le lecteur prend plaisir à suivre et une Ambre dans le Fou et l’Assassin bien plus égoïste. Dans les Aventuriers de la Mer, Ambre se bat pour aider les esclaves, côtoie les Vestrit et les aide comme elle peut. Dans le Fou et l’assassin, on retrouve une Ambre traumatisée, qui a été torturée à Clerres et qui ne rêve que de vengeance. Son but l’aveugle, la rend presque insensible à ceux qui l’entourent. Et cette Ambre-là est parfois détestable.


Fitz connait bien le Fou, il ne connait pas Ambre. Plus il va naviguer auprès d’Ambre et moins il va l’aimer. Si Ambre et le Fou ont malgré tout un point commun, c’est de bien manipuler les mots, d’être à l’aise à l’oral. Quand ils se retrouvent à Kelsingra en quête d’un moyen de transport, Ambre répond qu’ils cherchent à aller à Clerres pour venger sa fille, Abeille. Ambre étant une femme, beaucoup pensent qu’Abeille serait sa fille. Fitz est outré voir les largesses qu’Ambre s’octroie, il trouve cela insultant, presque dégradant (« l’entendre évoquer ma fille de cette façon devant des inconnus me blessait (…) Je ne souhaitais pas que ces gens croient que j’avais engendré une fille avec Ambre »).


La relation entre Fitz et le Fou est profonde, réelle. Les deux ont traversé ensemble tant d’aventures, affronté la mort. Fitz garde sa peine en lui. Ce n’est pas le cas d’autres individus qui subissent les manoeuvres d’Ambre.

Althéa Vestrit n’est pas connue pour sa délicatesse. La Marchande permet au groupe de Fitz de naviguer jusque vers Clerres. En chemin, elle s’inquiète du comportement d’Ambre et de son impact sur son navire, la vivenef Parangon. C’est un doute légitime car Althéa sait à quel point Parangon et Ambre sont proches. Très vite, elle se rend compte que quelque est en train de mal tourner ; elle déplore qu’ « ils passent trop de temps ensemble » et que « Parangon devient chaque jour plus instable ». En réalité, Ambre tente de faire émerger les dragons qui vivent en Parangon. Elle veut rendre à la vivenef sa liberté, quitte à sacrifier les intérêts de la famille Vestrit.  On atteint un point de non-retour quand Ambre donne de l’Argent liquide à la vivenef. Cela est vu comme un crime, une attaque personnelle par Althéa. Elle confronte donc Ambre verbalement puis physiquement (« elle m’évoqua un félin en chasse »).

Même Fitz est choqué par Ambre, il ne comprend pas pourquoi elle ne manifeste aucun regret. La chose le perturbe d’autant plus qu’Althéa et Brashen avaient été de bons hôtes. Il souligne que Ambre « avait trahi l’hospitalité et l’amitié ». C’est en plus incompréhensible puisqu’ils évoluent sur un bateau en pleine mer et qu’ils sont à la merci de la moindre colère de l’équipage (Ambre « nous avait tous mis en danger »).

Brashen tente de faire comprendre à Fitz qu’ils vont perdre, à cause d’Ambre, bien plus qu’un bateau. Pour une Marchande comme Althéa, le respect des engagements est vital. Or, en permettant à Parangon de contourner les ordres de son capitaine, Ambre les a placés dans une situation bien périlleuse.  Brashen est clair : « il ne sert à rien, je suppose, de faire comprendre à une étrangère qu’un Marchand n’est riche que de sa parole. A partir d’aujourd’hui, la mienne et celle d’Althéa ne vaudront plus rien ». Ambre a perdu tout le crédit qu’elle avait pu avoir.

Althéa refuse de pardonner à Ambre. Si elle se calme et ne veut plus nécessairement lui faire du mal, elle comprend que sa vie a pris une nouvelle orientation et qu’elle n’y peut rien (« pour certaines choses, il n’y a ni pardon ni refus de pardon : ce sont simplement des carrefours et une nouvelle direction à prendre, que je le veuille ou non »). Elle a été dépossédée de ce choix par une Ambre qui ne lui a même pas présenté son plan, qui ne lui a pas permis de réfléchir au sort de Parangon.


Fitz finit par se rendre compte qu’Ambre est comme une inconnue pour lui (« malgré ma longue relation avec le Fou, je ne serais jamais capable de prévoir les actes d’Ambre »). Plus il observe Ambre et moins il la comprend. Le Fou manifestait une réelle finesse dans l’étude des hommes et des femmes, de leurs comportements et attitude. Ambre, elle, semble s’en moquer totalement. Ayant conquis le coeur de Parangon, elle se fiche totalement de ce que pensent les autres. Fitz constate que le Fou (Ambre) se déplaçait librement sur le pont, insensible à la colère de l’équipage et des commandants, car il avait la faveur du bateau. Ambre se comporte donc comme la cheffe de la vivenef !

Fitz confronte le Fou. Il lui explique clairement tout le dégoût créé par Ambre. Quand il dit que « je n’aime pas le personne que tu deviens quand tu joues le rôle d’Ambre, c’est quelqu’un que je ne voudrais pas comme amie. Elle est… sournoise. Fourbe », on pense nécessairement aux pires personnages de la sage, comme Royal, Galen ou Hest. La comparaison est bien peu flatteuse.

Pire, Fitz réalise que les gens les plus importants de sa vie (Kettricken et Oeil-de-Nuit) n’auraient jamais cette Ambre. Ambre toute tournée vers elle-même, ses propres désirs, n’aurait jamais été ni une bonne compagne d’aventures ni une bonne partenaire de chasse (« Ambre n’avait jamais sauvé Kettricken ni ne m’avait porté sur son dos pendant une nuit enneigée, elle n’avait jamais connu Oeil-de-Nuit »). Ambre est une étrangère pour Fitz, les deux ne partagent rien en commun.


Enfin, il y a le cas Abeille. On réalise assez vite dans la saga qu’Abeille ne porte pas le Fou dans son coeur. Elle a peur qu’il ne revienne lui voler son père.

Elle rencontre Ambre à Clerres lors de la mission de sauvetage. Fitz meurt, pas Ambre. Et, elle tient Ambre responsable de la mort de son père. A partir de là, Abeille ne fait aucun effort pour apprécier Ambre. Aucun. Tout est prétexte pour entretenir sa colère et sa haine. On peut clairement dire qu’elle aurait échangé sans aucun problème Ambre contre Fitz (« Parce qu’Ambre était là, à la place de mon père »). Il faut dire qu’Ambre entretient les sentiments négatifs de la jeune fille en tentant de prendre part à son éducation, en se comportant donc comme un père. C’est une bien piètre décision de la part d’Ambre.

Au final, Abeille n’a que du mépris : « ce n’était plus le Bien-Aimé de personne, mais un petit homme triste, un bouffon brisé.


jeudi 26 février 2026

Fitz désire-t-il le Fou ?

Fitz est clair. Il ne ressent aucun désir physique pour le Fou, il n’a pas envie de coucher avec lui. La simple idée le dégoûte et lui fait perdre tous ses moyens. Quand quelqu’un ose suggérer que les deux amis sont amants, il perd tous ses moyens toute logique.


Il prend bien soin de dire à tous que le Fou est un ami, simplement un ami. Et qu’il n’y a rien de plus entre eux. Le Fou est un homme et Fitz aime les femmes. Mais, Fitz ne peut pas contrôler ce que le Fou dit ou laisse entendre. D’autant plus que le Fou a l’habitude de parler de façon détournée, parfois peu claire. Il manie si bien les mots qu’on peut y trouver le sens qu’on veut. Ainsi, le Fou, sans doute avec un peu de méchanceté, taquine Astérie en disant que Fitz et lui ont une relation qui va au-delà de l’amitié. Jalouse, Astérie confronte Fitz : elle veut savoir ce qui se passe réellement entre les deux. 

La même chose se passe des années plus tard quand Jek, une amie du temps où le Fou était Ambre, se rend à Castelcerf. Jek se rend compte à quel point la vie d’ Ambre (ou Sire Doré ou le Fou) est un gâchis. La jeune femme n’ayant pas sa langue dans sa poche, elle s’en va trouver Fitz pour le mettre au pied du mur.

Et, bien entendu, le bâtard est offusqué. Il nie toute aventure avec le Fou et le confronte même : « tu as laissé Astérie et Jek imaginer que nous pouvions être amants (…) De ton point de vue, il n’est peut-être pas grave que Jek te prenne pour une femme amoureuse de moi, mais je suis incapable de traiter ce genre de suppositions pardessus la jambe ».

Fitz se sent presque insulté. Il a l’impression d’être trahi, d’être victime d’une bien mauvaise plaisanterie.


Ce qui est surprenant avec Fitz est son immense maladresse. L’Art ou le Vif ne lui ont pas permis d’acquérir du tact. Il lui arrive de dire des choses qui blessent, qui font réellement mal. On en avait vu un exemple quand il avait dit ses vérités à Burrich : il reprochait à son ancien mentor de vouloir diriger sa vie. Il fait la même chose avec le Fou (« Jamais je ne pourrais te désirer comme compagnon de lit. Jamais ! ») Fitz n’avait aucun besoin de prononcer ces mots-là puisque le Fou ne lui a jamais rien demandé. Mais, se sentant tellement menacé, il a voulu régler la question une fois pour toute.

Le Fou tente de le raisonner. Il lui dit que « je n’imposais aucune limite à mon amour pour toi, et c’est vrai, toutefois jamais je n’ai espéré que tu t’offres physiquement à moi ». Cette phrase mesurée et pesée n’a aucun impact sur Fitz tant il est pris par sa colère et sa rage.


Si Fitz est catégorique, d’autres doutent et pensent même que Fitz couche avec le Fou. L’enragée et passionnante Astérie crache son venin quand Fitz la rejette. Ses mots sont clairs : «  ton nouveau maître t’a-t-il inculqué ses moeurs jamailliennes ou bien avais-je tort, il y a tant d’années ? Peut-être que le fou était bel et bien un homme, finalement, et que tu es simplement revenu à tes penchants véritables ». Astérie est vindicative. Si elle est l’autant, c’est parce qu’elle est vexée que Fitz refuse de coucher avec elle. C’est d’autant plus incompréhensible qu’elle était la seule personne à avoir des relations sexuelles avec lui depuis le départ de Molly. Astérie pense donc avoir été remplacée par le Fou.


Devoir et Civil, eux, pensent que les deux ont des relations sexuelles. C’est surtout Civil qui a influencé l’avis de Devoir. En effet, Civil n’a jamais pardonné au Fou de l’avoir embrassé. Fitz doit donc préciser que « sire Doré et moi ne couchons pas ensemble, à dire vrai, je ne l’ai jamais vu coucher avec personne ». Cela laisse entendre que Fitz n’a jamais envisagé le Fou comme un partenaire potentiel.


Mais, à Aslevjal, la Femme Pâle apparait. Elle est le Fou au féminin. Tout dans son attitude, son comportement et sa façon d’être rappellent le Fou à Fitz. Et, Fitz ressent un fort désir pour la Femme Pâle. Quand celle-ci dit que « je vous charmerai mille fois plus que votre fou pitoyable, car nous représentons enfin le couple parfaitement complémentaire, non seulement Prophète et Catalyseur, mais aussi mâle et femelle (…) Je serai tout ce que secrètement il rêvait en vain d’être pour vous », Fitz est à deux doigts de succomber. La Femme Pâle offre à Fitz tout ce qu’il a toujours désiré : une relation totale et complète avec le Fou, un Fou femme. 

jeudi 18 décembre 2025

Lourd, différence et handicap

L'assassin royal est l'histoire de gens à part qui changent les choses : Fitz est un enfant illégitime, le Fou est un étranger inquiétant, Kettricken est une grande blonde qui détonne. Mais, tous autant qu'ils sont, ils finissent par être acceptés par leurs pairs et leurs différences leur permettent de grandir. Ce n'est pas le cas de Lourd, un serviteur différent physiquement et mentalement. Il est plutôt petit et réfléchit différemment des autres. Cela se remarque. Ce que très peu savent est que Lourd est extrêmement puissant dans l'Art, sans doute la personne la plus forte à ce moment des événements. Il n'est donc pas étonnant qu'il attire le regard d'Umbre ; le maître assassin est toujours à la recherche de talents particuliers. Umbre dit donc que Lourd n'a pas « le cerveau le plus brillant du château, mais il convient admirablement à mes desseins ». Umbre ne s'intéresse donc pas à la personnalité de Lourd mais à ce qu'il peut lui apporter.

Quand Fitz finit par rencontrer Lourd, il a un mouvement de recul, il a instinctivement un acte de défiance (« je ne sais pourquoi, ses différences le rendaient un peu effrayant : un frisson de répulsion me parcourut : il ne présentait pas de danger, j'en étais sûr, mais, je n'avais aucune envie qu'il m'approche »). Clairement, la différence de Lourd rebute Fitz. Dans un premier temps, il s'arrête aux apparences sans chercher à creuser. Puis, lorsqu'il passe de plus en plus de temps avec lui, Fitz développe ses arguments. Ce qui dérange Fitz est de ne pas pouvoir partager réellement avec Lourd. Quand ils discutent, il ne sait pas si le petit homme comprend ce qu'il dit : « la manière qu'avait son esprit d'emprunter d'autres directions que le mien, d'attacher de l'importance à des détails que je négligeais tout en désintéressant de pans entiers de ce que j'appelais la réalité ».

Alors qu'il a été séparé de sa mère, Lourd a de la chance d'être vivant. Dans d'autres contrées, il aurait connu la mort. Fitz nous apprend que « dans le royaume des Montagnes, un enfant comme Lourd aurait été abandonné dans la nature dès sa naissance ». Le constat est le même dans les îles d'Outre-Mer (« à l'évidence, les Outrîliens partageaient l'avis des Montagnards sur les enfants déficients. Si Lourd était né à Zylig, il n'aurait pas vécu un jour »).

Pour autant, il n'est pas nécessaire d'aller chercher dans d'autres pays le mépris ou le dédain. Ce sont des choses bien répandues dans les Six-Duchés. Devoir nous en donne une belle preuve en s'exclamant : « vous plaisantez, j'espère (…) cette créature doit faire partie de mon clan ». Il n'est pas seulement choqué de devoir lier des liens avec Lourd, il emploie également un terme qui retire à Lourd son statut d'humain. Mais, le talent de Lourd avec l'Art le rend indispensable au trône Loinvoyant et Devoir se rapproche de lui. Ce rapprochement est mal vu à la cour : Lourd n'est qu'un serviteur débile. Aux propos méchants sur ce qu'il est se développe en plus une jalousie qui l'ostracise encore plus. En espionnant, Fitz se rend compte que « nombre de nobles acceptaient avec difficulté l'amitié du prince pour le simple d'esprit, et pour des raisons que je ne comprenais pas, certains serviteurs s'offusquaient encore davantage ». Toutes les classes sociales se moquent donc de Lourd, de sa différence. On en a une autre preuve sur le bateau qui se rend chez les Outrîliens lors de la quête de Devoir. Lourd est malade en bateau et cela réjouit les soldats (« Lourd était différent, simple d'esprit empêtré dans un corps maladroit, et ils se réjouissaient de sa détresse qu'ils prenaient pour une preuve de son infériorité »).

Tout cela participe également à la façon dont voit Fitz lourd. Il est partagé entre pitié et admiration.

La pitié est due au destin qui attend Lourd, il n'a aucun espoir d'être normal selon les critères de l'époque. Il est condamné à rester le même homme fragile, à part et moqué. Cela attriste donc Fitz lorsqu'il le comprend (« il était simple d'esprit, gros, maladroit, contrefait, sans raffinement (…) aussi peu à sa place dans la château où régnaient luxe et plaisir (…) Lourd resterait toujours vulnérable »).

Cependant, grâce à l'Art, Fitz sait que Lourd est bien plus que ça, il sait qu'il a un talent unique et qu'il participe grandement à la stabilité du royaume. Il est même étonné que ce soit le cas : Lourd est un puissant artiseur qui n'a pas l'air de s'en apercevoir : « je me demandai comment un esprit aussi simple pouvait concevoir une musique aussi complexe et subtile – et une intuition m'illumina soudain : cette broderie musicale constituait le cadre de ses pensées et de son univers ».

Puisqu'il est retardé ou simple d'esprit, beaucoup pensent qu'il n'est pas capable de ressentir des choses et se permettent donc d'avoir une attitude déplorable ou des mots durs en sa présence. C'est le cas de Civil, sur les îles d'Outre-Mer, qui se sent contraint de s'occuper de Lourd et le fait crûment remarquer (« moi, je reste avec l'idiot »). Quand Fitz lui dit de ne pas parler comme ça, Civil est surpris et perplexe, on dirait presque qu'il croit que Lourd est comme un forgisé, vide (« il se tourna vers le petit homme endormi, comme étonné d'apprendre qu'il éprouvait des sentiments »).

Or, Lourd ressent les insultes et il est capable de dire que ça lui du mal. Il se plaint à Fitz que « tu dis mots gentils mais je sais que tu penses sur moi ; c'est comme des poignards, des cailloux et des gourdins ».

Alors que la quête de Devoir se conclut sur une terrible bataille avec des dragons et les forces de la Femme Pâle, le regard sur Lourd change. Il use de ses dons avec l'Art pour guérir des blessés. Il devient alors une personne importante, une personne appréciée ; on lit qu'il « devint l'incarnation des Mains d'Eda. J'entendis l'Ours implorer le pardon du prince Devoir pour l'irrespect dont ils avaient fait preuve ».

Bien entendu, tout ne devient pas rose du jour au lendemain. La vie de Lourd et son acceptation progressent doucement (« les occupants de la salle de garde avaient appris à tolérer la présence du compagnon du prince »). Certains continuent de lui faire du mal, de façon assez méchante, et pas même l'amitié que lui montre Devoir ne suffit à leur faire dépasser les préjugés. Devoir témoigne, par exemple, que « les domestiques s'en prennent à Lourd, ils le piquent avec leurs aiguilles par accident si je ne suis pas là pour le défendre ».

Dans la trilogie du Fou et de l'assassin, Lourd est bien moins présent ou important. Sa puissance dans l'Art n'a pas diminué mais il est très fatigué, son corps le freine. Or, Lourd peut très bien changer cela comme signale Ortie : « j'ai répondu qu'il était beaucoup plus fort que moi dans ce domaine et plus que capable d'employer son talent sur lui-même s'il le souhaitait. Il ne le fait pas, et je respecte son choix ». Ortie éprouve donc de la considération, elle comprend qu'à sa façon Lourd fait preuve de sagesse.

Malheureusement, dans d'autres aspects de sa vie, Lourd fait preuve d'une énorme naïveté. Alors qu'il est sur le chemin vers Castelcerf avec des soldats, il ne saisit par leur humour et leur méchanceté. Il est à la merci de leur cruauté et là où d'autres auraient vu le piège, ce n'est pas son cas. Il est donc victime d'une déplorable plaisanterie (« ils ont envoyé des filles m'embêter ; elles ont dit que je n'étais pas capable de leur toucher les seins, et elles m'ont giflé quand je l'ai fait »). Les moqueries n'ont pas cessé : Lourd continue d'être moqué et humilié publiquement à cause de sa différence. Cette anecdote illustre bien ce qu' a été sa vie ; il a été un homme à part, jamais reconnu ou accepté par la population pour ses apports ou pour ce qu'il est ; il a été une cible facile que certains ne se sont pas gênés d'attaquer ou de rabaisser.