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Fitz se voit-il en héros ?
Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...
mercredi 3 décembre 2025
Oeil-de-Nuit a dit
samedi 15 novembre 2025
Oeil-de-Nuit avec les loups
Grâce au Vif, Fitz et Œil-de-Nuit partagent un lien fort, une relation qui est difficilement compréhensible pour les autres. Pour quelques-uns, le Vif est une perversion. Fitz, lui, chérit sa relation avec le loup même s’il lui a fallu bien du temps et du courage pour passer outre toutes les bêtises inculquées par Burrich. Durant une bonne partie de son enfance, Fitz grandit à Castelcerf. Œil-de-Nuit est donc amené à évoluer dans un milieu urbain où les loups sont bien peu présents.
Le loup ne semble donc avoir que Fitz. Il semble pour lui extrêmement compliqué d’avoir une compagne ou intégrer une meute. Certes, il y a très peu d’occurrences où il en parle comme un but mais on peut penser qu’il existe une forme de solitude en lui : il est la seule créature de son espèce à Castelcerf. Quand Fitz se retrouve seul à décider de sa vie (le début du tome le Poison de la vengeance), il prend la décision d’aller tuer Royal. C’est un long voyage qui l’attend et Œil-de-Nuit y voit là une opportunité de rencontrer d’autres loups (« j’aimerais bien trouver des loups là où nous allons »). Même s’il répète sans cesse que Fitz lui suffit, on voit bien qu’il y a un manque, un vide.
Le problème est que ni Fitz ni Œil-de-Nuit n’ont été formés à cette magie. Ils n’ont jamais réellement réfléchi à ce qu’elle était, si elle avait ses règles. Sur leur route, ils tombent sur Rolf le Noir, un homme à l’apparence bourru mais qui connait bien des choses sur cette magie. A sa manière, brutalement donc, il tente de leur montrer et de les convaincre que leur relation est déséquilibrée : Fitz obtient plus du loup que l’inverse, le loup doit vivre parmi les hommes, etc. Rolf est choqué de voir que cela ne bouleverse pas plus que ça Œil-de-Nuit. Pourtant, Rolf soulève des questions importantes : « que doit-on faire quand votre compagnon souhaite s’intégrer à une meute de vrais loups ? » Les deux ne se sont jamais posés ce genre de question, se contentant de vivre au jour le jour.
Malheureusement, Fitz est rattrapé par les événements. Alors qu’ils se rapprochent de Gué-de-Négoce, des bruits de loup sont entendus. Œil-de-Nuit change radicalement d’attitude, c’est comme si quelque chose de primitif se réveillait en lui, presque un besoin instinctif. Liés comme ils le sont, le bâtard ne peut que ressentir ce qui traverse son ami (« le choc que j’avais perçu en lui lorsqu’il avait entendu le cri lointain du loup m’avait fait bondir le cœur dans la poitrine ; je n’aurais pas été plus bouleversé si ma propre mère m’avait soudain appelé dans la nuit »). La comparaison est très équivoque : le loup a potentiellement trouvé une famille qu’il ne savait pas avoir perdu.
Œil-de-Nuit adopte alors une nouvelle attitude. Il ne peut plus être le prédateur, le chasseur conquérant qu’on voyait jusqu’à maintenant. Pour lui, c’est l’inconnu. Il n’a jamais fréquenté de meute de loups et il doit se montrer prudent. Pire, rien n’indique que la meute accepte de l’accueillir ; après tout, il n’est qu’un étranger. Le premier contact montre qu’il « suivait la meute à distance respectueuse » et que « le chef s’arrêtait fréquemment pour uriner puis gratter la terre des pattes arrière ».
Le temps passe. Fitz échoue à tuer Royal et se retrouve à la recherche de Vérité. Alors qu’il cherche à pénétrer dans les Montagnes, Œil-de-Nuit revient vers lui. C’est la malheureuse preuve qu’il a échoué à intégrer la meute même si cela semble avoir été une expérience positive (« j’ai couru avec eux. Ils ont fini par me laisser une place dans la meute. Nous avons chassé ensemble, tué ensemble partagé la viande. C’était très bon »). Pour justifier son échec, Œil-de-Nuit explique qu’il a voulu être le leader, le mâle dominant et qu’il n’a pas réussi. Il affirme que « Loup Noir est très grand et rapide. Je suis plus fort que lui, je pense, mais il connait plus de ruses que moi (…) Il est resté le chef. Il a toujours la femelle et la tanière ». Autrement dit, Œil-de-Nuit ne voulait pas être un loup parmi d’autres : il voulait être le chef de la meute, celui qui commande et donne les ordres. N’ayant pas réussi à atteindre son but, il est revenu vers Fitz. Mais, on peut aussi penser que le loup a été contaminé par l’ordre d’Art de Vérité qui a ordonné à Fitz de le rejoindre. Une nouvelle fois, Œil-de-Nuit est touché par des désirs humains qui le dépassent. Il est la victime collatérale, piégé par son lien de Vif.
C’est une vision pessimiste des choses qu’il ne semble pas partagé. Œil-de-Nuit fait sa vie avec Fitz et il n’en veut pas d’autres. Il est prêt à tout accepter pour rester avec lui car « nous ne sommes qu’un » et « je ne suis plus un loup, tu n’es plus un homme ». Plus tard, Ortie dira d’eux qu’ils forment un « Fantôme-de-Loup », une sorte de créature hybride. Il y a sans doute du vrai tant les deux semblent avoir du mal à vivre dans leur milieu naturel : Fitz avec les humains, Œil-de-Nuit avec loups.
jeudi 10 juillet 2025
La relation entre Kettricken et Fitz
En arrivant à Castelcerf, Kettricken sort du lot. Elle a une vision différente de concevoir le pouvoir, de voir la responsabilité du souverain sur son peuple. Mais, son physique aussi la met à part. Sa blondeur et sa musculature font d’elle une femme remarquée. Fitz est sensible à la grâce qui se dégage de Kettricken : « à côté des autres femmes engoncées dans leurs robes et leurs énormes manteaux, Kettricken paraissait agile comme un félin ». Fitz remarque donc la beauté de Kettricken.
Un aspect compliqué du lien entre Fitz et Kettricken est le lien d’Art entre Vérité et Fitz. Liés comme ils le sont, les deux partagent beaucoup de choses, d’autant plus qu’ils ont parfois tous les deux du mal à garder leurs murailles mentales. Des émotions, des sentiments leur échappent et contaminent, d’une certaine façon, l’un ou l’autre. Ainsi, après une purge contre les forgisés, Fitz est témoin bien malgré lui d’une nuit de passion entre Vérité et Kettricken (« tant que je parvenais à chasser de mon souvenir la fraîcheur des lèvres de Kettricken et la douceur de sa peau blanche, si blanche… »).
Fitz éprouve donc du désir pour Kettricken, peu importe la raison. Les deux se rapprochent encore plus dans un contexte qui les force à se dresser contre Royal et ses manigances. Ils sont les seuls à avoir à coeur le sort des habitants des Six-Duchés et ils doivent protéger Vérité comme ils le peuvent.
Vérité parti, ce dernier confie à Fitz sa femme. Il lui demande de veiller sur elle. Ils passent donc du temps ensemble. C’est Oeil-de-Nuit qui donnera un avertissement à Fitz, qui le poussera à faire attention à ce qu’il ressent et son comportement. Fin observateur de ce qui se passe, le loup prévient Fitz qu’il y a du « danger » car « ce n’est pas ta femelle. C’est celle de ton chef de meute ». Si le loup lui dit ça, c’est donc qu’il a perçu ce qui se dégageait de Fitz. Là encore, Fitz est influencé par Vérité : l’Art lui joue des tours. D’ailleurs, Fitz s’en rend compte et il doit se le rappeler (« Kettricken était ma reine, mais je n’étais pas Vérité et elle n’était pas celle que j’aimais, si fou que devint mon coeur quand je la regardais »).
La même situation se répète alors que Fitz et Kettricken s’enfoncent dans les Montagnes pour retrouver Vérité.
Alors que Fitz s’apitoie sur son sort, se dévalorise, Kettricken tente de lui montrer qu’il est bien trop pessimiste. Surtout, on comprend que Kettricken a regardé au-delà de l’apparence de Fitz ; elle a vu sa fidélité et son courage, son abnégation et son dévouement. Ses mots sont assez clairs et laissent peu de place au doute : « en tant que femme, je vous affirme que, malgré vos cicatrices, vous êtes loin du monstre que vous vous croyez. Vous êtes encore un jeune homme avenant, par des aspects qui n’ont rien à voir avec vos traits physiques, et, si mon seigneur Vérité n’emplissait pas mon coeur, je ne vous dédaignerais pas ». Il faut aussi noter, une nouvelle fois, que Vérité se dresse entre Kettricken et Fitz. Mais, on est loin d’être dans un triangle amoureux où Kettricken ne sait pas lequel choisir : Kettricken aime Vérité et elle n’a aucune intention de le tromper ou de coucher avec un autre.
Toutefois, Fitz et elle partagent une forte connexion qui sera encore plus renforcée grâce à Oeil-de-Nuit. Kettricken trouve dans le loup un ami, un compagnon de chasse (« quand le loup et moi chassions la nuit, Kettricken venait avec nous »). Le loup est admiratif de sa force et de son agilité, et Kettricken gagne son respect. Oeil-de-Nuit a tendance à dédaigner les humains, à ne pas comprendre leur façon d’être et d’agir ; les choses sont différentes avec Kettricken. Il lui donne un nom et il est attentif à ses demandes (« la grande louve m’a demandé de veiller sur toi. Alors je veille »).
Moqueur, Oeil-de-Nuit prononce une phrase ironique qui montre malgré tout l’estime qu’il a pour la montagnarde : « si ta femelle t’ordonne de me chasser, je me lierai peut-être avec celle-ci ».
Des années ont passé. Fitz s’est coupé du monde, s’est plongé dans un exil volontaire. Le monde, lu, a continué d’avancer. Fitz est forcé de revenir à Castelcerf sous une fausse identité pour retrouver le prince Devoir, le fils de Kettricken, qui a disparu. Sous l’apparence d’un domestique, il arpente les couloirs du château royal et finit par apercevoir Kettricken. Sa réaction montre qu’il conserve encore un fort respect pour Kettricken : « à sa vue, mon coeur cessa de battre, et je songeai à la fierté que Vérité aurait éprouvée (…) « Oh, ma Reine » fis-je tout bas. Elle s’arrêta net il me sembla presque l’entendre prendre une brusque inspiration ». On croirait presque que les années de séparation ont renforcé la puissance des sentiments de Fitz ; Kettricken lui a tellement manqué que la revoir suffit à le bouleverser.
Kettricken est également contente de revoir Fitz. Son absence l’a peinée mais elle a respecté sa décision (« vous aviez tout sacrifié à votre devoir, et, si la solitude était la seule récompense que vous désiriez, j’étais heureuse de vous l’accorder. Pourtant, j’avoue être heureuse de votre retour »). On perçoit là quand même un sacré regret : Kettricken sous-entend que Fitz aurait pu mériter mieux, aurait pu réclamer plus que l’anonymat. Mais, elle a su respecter la décision de son ami sans pour autant la partager pleinement.
Une scène va illustrer l’intimité de Fitz et Kettricken. Alors que son loup est mort, Fitz est triste et incapable d’entamer son deuil. Il n’a personne avec qui partager sa douleur, pas même son vieil ami le Fou. C’est Kettricken qui va lui permettre d’entamer le processus en partageant avec lui un moment physique intente : « elle resta debout près de moi, tenant ma tête contre son sein, me caressa les cheveux et me laissa pleurer tout en parlant d’une voix brisée de mon loup et de ce qu’il avait représenté pour elle ». Pour que Fitz se laisse aller comme ça, il faut qu’il ait été dans une situation de confiance. Kettricken, elle, a presque une attitude maternelle.
Kettricken dresse ensuite un parallèle avec Vérité. Les deux savent ce que c’est de perdre quelqu’un et de pleurer intérieurement sa mort. La disparition d’Oeil-de-Nuit réveille ça, même si Fitz pelure plus intensément la mort de son loup, comme Kettricken pleurait plus intensément la mort de son mari. Kettricken souligne que « ce n’est pas la première tragédie que nous partageons ». Ce fardeau crée alors un point commun entre les deux (« vous et moi avons traversé seuls une grande part de notre existence »).
Le Fou, lui, est envieux de ce qui existe entre Fitz et Kettricken. Il aurait tant aimé être celui qui console Fitz. Il s’en veut de ne pas pouvoir être à la place de la reine (« ma foi, je suis heureux que quelqu’un ait pu t’aider. Même si je suis jaloux de Kettricken »).
Plus tard, Fitz frôle la mort en éliminant la menace Laudevin. Il git dans son sang, dans un état inconscient. Kettricken est affligée de le voir dans cet état. Elle aimerait utiliser tous ses pouvoirs de reine pour le sortir de prison et l’aider, mais elle ne le peut pas car cela soulèverait des questions que la reine aide un simple domestique. On pourrait, par exemple, se demander s’il est son amant.
Devoir nous fournit une réponse. Kettricken ne voit pas qu’en Fitz un ami, un compagnon de longue date. Elle le voit aussi comme le protecteur de la mémoire, de la lignée des Loinvoyant, elle a conscience de son impact et de son importance. Devoir dit : « savez-vous ce que ma mère voit en vous ? (…à Si elle vous baptise oblat, c’est qu’elle vous regarde comme le roi légitime des Six-Duchés, et cela sans doute depuis que mon père est mort ».
Pour autant, une nouvelle fois, Kettricken va materner Fitz, prendre soin de lui (« une femme passa son bras autour de mes épaules, me redressa et porta de lait tiède à mes lèvres »).
Et, leur relation va prendre une nouvelle fois un aspect physique quand ils vont s’embrasser sans aucune intention sexuelle (« quand elle posa ses lèvres sur les miennes, j’eux l’impression de me désaltérer longuement à une source fraiche et je sus que ce baiser n’était pas pour moi mais pour l’homme qui nous manquait à tous les deux »). Il n’y a pas de désir sexuel ici ; le baiser est juste un moyen de se rapprocher dans le rappel de souvenirs, de se remémorer Vérité. D’ailleurs, Kettricken le dit clairement : « tout le mal dont vous avez été victime a eu un résultat bénéfique : il m’a rappelé brutalement tout ce que je vous dois et combien je vous estime ».
Dans la trilogie du Fou et de l’assassin, la distance et Molly séparent Fitz et Kettricken.
Les deux se revoient malgré tout quelques fois : la maladie d’Umbre ou la mort d’Eyod. En se rendant dans les Montagnes, Fitz peut chevaucher à côté de Kettricken et échanger avec elle (« je faisais partie des gardes de Kettricken, je portais ses couleurs, le blanc et le violet, et je déplaçais avec la suite royale ». Tout cela montre que Fitz est un homme de Kettricken. Lui a accordé sa fidélité à Subtil puis à Vérité l’a ensuite confié pendant des décennies à la montagnarde.
Kettricken continue d’aussi bien cerner Fitz. Elle se doute qu’une forme de mélancolie et de tristesse peut très bien accompagner Fitz alors qu’il se rend vers les Montagnes, là où il a perdu à la fois Fouinot (son premier compagnon de Vif) et Vérité. Kettricken en parle à Ortie et affirme que « le voyage a peut-être réveillé chez toi de vieux souvenirs, des souvenirs tristes ».
Quant à Molly, son dédain est clair. Elle reproche à Kettricken son silence : « Molly n’avait jamais pardonné à la reine de lui avoir laissé croire que j’étais mort ».
C’est dans cette trilogie que Kettricken va réaliser un de ses plus grands rêves : réhabiliter Fitz, faire en sorte que le peuple sache tout ce qu’il a fait. Elle est assez claire car on peut lire son regret que « si peu soient au courant « et que cela a été « une épine cruelle dans mon coeur ». Kettricken va se servir d’une initiative d’Elliania pour mettre Fitz face à son destin, et présenter le prince FitzChevalerie Loinvoyant à tous.
Les deux partagent un autre moments forts quand ils croient Abeille disparue pour de bon. Elle anticipe que cela est moment éreintant et éprouvant, et elle passe la nuit avec lui. A nouveau, il n’y a rien de sexuel, juste deux amis qui prennent soin l’un de l’autre. Notons malgré tout que si la chose semble claire pour Kettricken, Fitz est un peu plus dans le doute : « le parfum de Kettricken était omniprésent, et je sentais une pression chaude en bas de mon dos : elle dormait derrière moi, et ses bras m’enlaçaient. C’était mal ; c’était bien ». Kettricken tente d’aider Fitz comme elle le peut, même si elle sent et sait que ses efforts sont vains (« je pense que vous êtes parti quand vous avez perdu Abeille, et que vous n’êtes plus là depuis »).
Le moment est alors venu pour elle de faire ses adieux et d’avouer qu’elle est au courant d’un des plus grands secrets de la saga, à savoir ce qui s’est passé la nuit de la conception de Devoir. Vérité avait emprunté le corps de Fitz pour coucher avec sa femme, Fitz n’avait jamais osé dire ce qui s’était passé. Or, Kettricken savait : « merci pour mon fils (…) je sais depuis des années comment ça s’est passé (…) Votre corps, la volonté de Vérité ». Cela n’a pas l’air de la déranger plus que ça.
Après les événements de Clerres, tout le monde croit Fitz mort. Kettricken est durement touchée par la nouvelle. Abeille remarque qu’elle était « alitée depuis qu’elle avait appris la disparition de mon père (…) elle était pâle et paraissait âgée ». Puisqu’elle pense Fitz parti pour bon, Kettricken a perdu son plus vieil ami, celui avec qui elle a partagé tant de choses. Il n’est pas étonnant de la voir dans cet état.
En réalité, Fitz est vivant mais très faible, rongé par des vers. Il tente de forger son loup de pierre et d’Art. Oeil-de-Nuit contacte Abeille pour la prévenir. Abeille prévient les autres que son père est encore en vie.
Abeille apprend aussi un fait qui remet un bon nombre de choses en question ; le loup pense que Molly a su apporter et donner à Fitz de l’amour, mais que « c’est Kettricken que j’aurais choisi pour nous ». C’est une énorme déclaration qui montre toute la valeur de Kettricken du point de vue du loup.
Est-ce une relation gâchée ? Kettricken sème quelque peu le trouble en murmurant à Fitz que « vous ne m’avez jamais vue » lors de leurs dernières retrouvailles. Peut-on décerner là des regrets ? Il semble difficile de répondre clairement à cette question.
vendredi 27 juin 2025
Fool's Errand Animatic - Nighteyes Goes Hunting (par Yellowleg)
Un des moments le plus poignant de la saga ! Au revoir grand Oeil-de-Nuit, le meilleur d'entre eux. Vaillant loup, précieux compagnon, remarquable chasseur.
vendredi 6 juin 2025
Mes citations préférées d'Oeil-de-Nuit (tomes le Prophète blanc / La secte maudite)
- Le changement vient nous emporter de nouveau, Changeur. Je le sens au bord de l’horizon, presque comme une odeur. On dirait un grand prédateur qui serait entré sur notre territoire.
- Abandonner une tanière confortable et une réserve de nourriture assurée ! Voilà qui est aussi judicieux que nous séparer du petit !
- Nous sommes un à nouveau.
- Tu dois cesser de renifler la dépouille de ton ancienne vie, mon frère. Tu aimes peut-être souffrir sans arrêt, mais pas moi. Il n’y a pas de honte à se détourner de vieux os, Changeur.
- Je crois qu’une poule n’a pas passé la nuit. C’est bien triste. Pauvre petite bête ! Mais la mort finit toujours par nous attraper tous.
- Autant faire tout de suite un trou dans la terre et m’y ensevelir.
- Tu voles le maintenant de ma vie quand tu crains que je disparaisse demain. Ta peur a des griffes glacées qui m’enserrent et me dépouillent du plaisir que je tire dans la chaleur du jour.
- Vous suivez des traces et vous avancez lentement pour ne pas les perdre ; moi, j’ai suivi mon cœur.
- Tu avais promis ! Plus jamais ! Plus jamais de ces morts qui ne rapportent pas de viande et qui forgisent le cœur !
- Tue-nous donc tous plutôt que de reconnaitre devant une seule personne ce que nous sommes !
- La meute ne meurt pas si le louveteau survit. Sois un loup, mon frère (…) Vis bien pour nous deux, et, un jour, raconte à Ortie des histoires sur moi.
- Moi, je suis tellement fatigué que le sommeil ne m’apporte plus de repos. Seule la chasse peut me revigorer.
- T’attendre ? Sûrement pas ? J’ai toujours dû te devancer pour te montrer le chemin.
jeudi 29 mai 2025
La relation entre Astérie et Oeil-de-Nuit
Quand Fitz se rend dans les Montagnes pour retrouver Kettricken puis Vérité, il ne le fait pas seul : il rencontre la ménestrelle Astérie et il est rejoint par Oeil-de-Nuit, après sa tentative de s’intégrer à une meute de loups. Astérie partage le préjugé négatif des Six-Duchés sur le Vif : elle le voit comme une perversion même si elle n’en est pas à vouloir démembrer Fitz. D’ailleurs, elle voit en Fitz une occasion d’entrer dans l’Histoire en écrivant une chanson épique.
La première fois qu’Astérie voit le loup, on se rend compte qu’elle est impressionnée. Rien ne pouvait la préparer à l’arrivée du loup, pas même les rumeurs qui circulaient. Elle est comme tétanisée, sans réaction : « Astérie regardait fixement le loup avec des yeux immenses et noirs comme le ciel nocturne ». Pour une personne qui passe son temps à parler et à tout commenter, cette réaction est assez révélatrice. On peut penser qu’Astérie a peur du loup, un animal qui est sauvage et qui est perçu comme un prédateur. On comprend aussi qu’il y a la vieille peur du Vif qui s’exprime ; le Vif est perçu comme une perversion. Astérie a longtemps refusé de croire que Fitz ait pu avoir le Vif. Elle l’explique clairement : « je croyais que c’était un mensonge pour vous noircir. Que le fils d’un prince puisse avoir le Vif… Vous ne paraissiez pas le genre d’homme à partager la vie d’une bête ». Là encore, comme bien souvent, on a l’idée que le Vif est une magie sale. Et comme cela est honteux, Astérie ne peut avoir qu’une vision dégradante d’Oeil-de-Nuit.
A Jhaampe, Fitz est en convalescence après avoir reçu une flèche dans le dos. Elle n’est pas de tout repos car Umbre et Kettricken lui demandent des comptes, le Fou lui reproche d’avoir caché l’existence d’un enfant Loinvoyant alors qu’Astérie et Caudron ne cessent de l’harceler par leurs présences. Fitz a donc très peu de moments pour lui. Une fois, quand les choses vont trop loin, le loup manifeste sa désapprobation en entrant dans la pièce et en grognant. Astérie a alors peur (« nous devrions peut-être le laisser quelques temps, dit Astérie d’un ton hésitant »). Le loup a visiblement un ascendant sur la femme.
Astérie étant une ménestrelle, elle est curieuse et s’intéresse au monde qui l’entoure. De plus, c’est dorénavant un tout petit groupe (Le Fou, Kettricken, Caudron, Astérie, Fitz et Oeil-de-Nuit) qui est parti à la recherche de Vérité et ses membres se rapprochent les uns des autres. Tous semblent curieux sur la nature du Vif. Quand Fitz leur explique que c’est un lien partagé qui fonctionne dans les deux sens, Astérie en tire une conclusion assez drôle : « voilà qui éclaire d’un jour tout à fait nouveau le fait de lui gratter des oreilles ».
Astérie parvient donc à plaisanter. Elle rira un peu après avoir couché avec Fitz. Les deux ont pris du plaisir et tout laisse croire que le loup a vécu la chose avec intensité (« le loup, en s’étirant, s’inclina profondément devant elle. La ménestrelle se retourna vers moi les yeux écarquillés »). Oeil-de-Nuit remercie donc la ménestrelle pour ce bon temps passé. Il le fait en sachant en que cela la choquera. De son côté, on peut admettre qu’Astérie soit perturbée : il n’est pas simple d’admettre qu’un autre a assisté à vos ébats sexuels.
Il faut dire que le loup n’est pas un grand partisan de la ménestrelle ; il trouve qu’elle parle trop. Elle parle encore et encore, fait du bruit et complique la chasse (« il poussa un soupir résigné, puis s’en alla dans la pénombre »). Elle ne fait pas qu’éloigner les potentielles proies, elle le prive aussi de moments importants avec Fitz. Astérie devient alors un obstacle comme le loup le fait remarquer. Le regret pointe quand il dit à Fitz que « tu fais tellement attention à elle que tu ne verrais pas un lapin même si tu marchais dessus ! »
Après avoir sauvé les Six-Duchés, Fitz se réfugie dans une cabane près de Forge et se coupe de ses anciennes fréquentations. Pendant longtemps, Astérie est la seule personne qui lui rend visite. Elle a gagné un nouveau surnom : « la chienne qui hurle ».
Astérie a toujours autant de mal à supporter le loup. Son attitude est presque blessante puisqu’elle a pu voir à quel point Oeil-de-Nuit est vital pour Fitz et la palce qu’il occupe dans la libération des Six-Duchés. Mais non, elle reste prisonnière de ses préjugés (« il ne me dérange pas. Enfin, je crois (…) Mais est-ce qu’il est obligé de… de rester dans la maison ? »). Cela est une insulte envers Oeil-de-Nuit, c’est une idée méprisante.
Dans un moment de colère, quand Fitz la rejette, elle laisse échapper ce qu’elle pense réellement du loup. Elle dit que c’est « un vieux loup décrépit ».
mardi 10 septembre 2024
Voyeurisme ?
L’amour physique est présent dans la saga de l’Assassin royal. Fitz étant le narrateur pendant une bonne partie des romans, c’est à travers ses yeux que nous vivons les choses. Mais, au-delà d’assister aux ébats de Fitz avec des femmes, dont Molly, le lecteur a aussi à certaines scènes cocasses, des moments plus légers, presque drôles, parfois déplaisants. Ce n’est pas la sexualité en elle-même qui produit ce genre de réactions mais le côté voyeur de la chose.
Molly est la femme que Fitz a désirée. Son statut de sang royal l’empêchait de la convoiter, de l’aborder. Si il a passé quelques temps à l’espionner, cela a fini ne par lui suffire. Fitz avait besoin de plus ; il a fini par rêver de Molly de façon intense. Or, Fitz a une particularité : il maîtrise plus ou moins bien la magie de l’Art, c’est-à-dire que certaines de ses pensées peuvent lui échapper. Cela lui arrive une fois alors qu’il est tranquillement perdu dans son songe nocturne. Un Vérité amusé et grognon de ne pas assez dormir le convoque. Il lui explique que Fitz lui impose ses pensées assez coquines (« et moi, j’ai besoin de dormir, pas de me réveiller en sursaut enfiévré par ton… admiration pour cette jeune fille »). Bien entendu, la situation dérange Fitz. Il a honte d’être surpris comme ça. Et pour ne rien arranger, Vérité le titille, le fait tourner en bourrique quand il lui laisse croire que Molly a pu surprendre ses fantasmes (« et prie pour que ta dame Jupe-Rouges n’ait pas le don de l’Art, car sinon elle n’a pas dû manquer de t’entendre pendant toutes ces nuits »). Pour Fitz, l’humiliation est totale et sa réaction ne laisse pas de place au doute : « je ne me serais pas senti plus gêné si je m’étais présenté tout nu devant la cour »).
La situation inverse produit. Quand Kettricken lance une chasse aux forgisés et réveille la fierté de son peuple, elle enflamme également le désir de Vérité. Ce dernier ne voit plus en elle une jeune femme fragile qu’il faut protéger, mais une reine, sa femme, la femme qu’il désire et celle qui doit porter son héritier. S’ensuit alors une nuit de passion à laquelle Fitz assiste bien involontairement. Tout enfiévré par son désir, Vérité abaisse sans le vouloir ses murailles. Témoin, Fitz se sent pris par du désir pour Kettricken : « j’espérais être le seul à avoir ainsi tout perçu ; alors, nul mal n’en sortirait tant que je n’en parlerais pas. Tant que je parviendrais à effacer de mon souvenir la fraîcheur des lèvres de Kettricken et la douceur de sa peau blanche ». La chose est claire : Fitz sait que son voyeurisme, bien involontaire, est mal. Il en a honte. Mais, on sent pointer aussi une autre chose : une passion de Fitz pour Kettricken. C’est quelque chose qui se répètera plusieurs fois dans le récit et qui sera accentué par Oeil-de-Nuit qui estime énormément la Montagnarde.
Bien plus tard, Fitz finira par céder aux avances d’Astérie. La ménestrelle n’a cessé de le draguer, de mettre en avant son intérêt. Alors que Vérité est prêt à éveiller son dragon pour combattre les Pirates Rouges, Astérie et Fitz s’isolent pour partager un moment intime. Mais, Fitz n’est jamais seul car Oeil-de-Nuit est avec lui, liés qu’ils sont par le Vif. Ainsi, même si la distance les sépare, une connexion émotionnelle, sensorielle les lie. On a donc un moment assez amusant quand Astérie voit le loup agir comme si il avait participé aux ébats (« le loup, en s’étirant, s’inclina profondément devant elle. La ménestrelle se retourna vers moi, les yeux écarquillés »). Astérie est donc surprise. Toutefois, sa réaction laisse songeur car la ménestrelle savait le lien entre les deux (« voilà qui éclaire d’une façon tout à lait nouveau le fait de lui gratter les oreilles »)…
La passion entre Fitz et Molly a traversé les âges. Après avoir sauvé les Six-Duchés des Pirates Rouges, après avoir sauvé Devoir des Pie puis de la Femme Pâle, Fitz a enfin pu vivre une vie de couple avec Molly, son amour d’enfance. Et ils en ont profité pour rattraper le temps perdu, passant beaucoup de temps l’un avec l’autre, de façon intime et peu importe l’endroit. Persévérance rapporte qu’il fallait « toujours frapper deux fois à leur porte (…) puis attendre un peu et frapper à nouveau ». Car leur appétit sexuel était bien connu : « on n’entre jamais sans y avoir été invités : on ne sait jamais quand ils vont se sauter dessus ». On peut supposer que quelques serviteurs sont tombés sur le couple en train de faire l’amour.
Enfin, il faut finir sur une note plus négative, plus déplaisante et qui concerne Dwalia. Même si elle est celle qui a enlevé Abeille, il est triste de la voir subir les assauts d’un capitaine d’un navire qui la prend pour un autre. Dwalia n’a pas d’autre choix que coucher avec lui si elle veut maintenir l’illusion. Abeille entend ce qui se passe sans comprendre ce qui se passe (« j’entendais des coups rythmés en provenance de la cabine, et je caressais l’espoir que c’était sa tête qui cognait contre la cloison (…) Elle poussait à présent de petits cris aigus, à peine audibles à travers le solide panneau de bois »). La description laisse peu de place au doute : Dwalia est en train de coucher avec le capitaine.
jeudi 15 août 2024
vendredi 17 mai 2024
jeudi 21 décembre 2023
Oeil-de-Nuit a dit
mercredi 29 novembre 2023
Fitz et Oeil-de-Nuit, et le Fou
Fitz et Oeil-de-Nuit sont liés par le Vif. Grâce à cette magie, ils partagent une connexion intense. Le loup n’a pas nécessairement besoin d’avoir d’autres relations dans sa vie, même si à un moment de sa vie il cherchera de s’intégrer à une meute. Pour Fitz, c’est plus complexe : il recherche la compagnie d’une femme, sa vie est traversée par la naissance et la mort d’amitiés.
Il ne s’agit pas d’avoir une communion totale, d’avoir deux esprits dans le même corps ; ils l’ont tenté et cela n’a pas fonctionné.
Oeil-de-Nuit était prêt à supporter ce fardeau à un moment de sa vie (la fin de la nef du crépuscule). Le loup a vu là son devoir, la nécessité de sauver son compagnon de lien de la torture de Royal. Quand Burrich a décidé qu’il était temps que Fitz regagne son corps, le loup n’a pas compris. Il a perçu cela comme une trahison. Accueillant Fitz, le loup a pu lui montrer la beauté de la chasse, la simplicité de la vie, surtout quand elle est loin des affaires humaines. La réintégration de Fitz dans son corps sonne comme une perte pour Oeil-de-Nuit : « un instant de vacillement d’équilibre entre deux mondes, deux réalités, deux choix. Puis un loup pivote d’un coup et s’enfuit (…) se sauve tout seul sur la neige ». On perçoit bien ce que ressent le loup : il est déçu, trahi, abandonné. C’est une réaction légitime d’un jeune loup.
Les rencontres avec Rolf le Noir vont tout changer. Dans un premier temps, ils ne le croisent que rapidement alors qu’ils s’en vont tuer Royal. C’est leur première réelle rencontre avec quelqu’un de puissant dans le Vif, d’un individu lié avec un prédateur (un ours) qui leur en apprend beaucoup sur la magie. Le loup comprend qu’il ne veut pas répéter ce qu’il a fait des années. Il ne veut plus accueillir Fitz en lui (« cesse, mon frère. Ne fais pas ça (…) Je t’aime, mais je ne souhaite pas être toi »). Il n’est donc pas question de remettre en cause la force de leur lien mais d’admettre que chacun a sa propre identité. Pour Fitz, c’est un refus douloureux qui met en plus en avant la faiblesse de son corps. Blessé, diminué, ayant faim, il côtoie un loup en pleine forme physique. Il se rend compte que « ses poumons puissants aspiraient l’air glacé de la nuit (…) ses pattes solides portaient sans mal son corps élancé ». D’une certaine façon, Fitz est envieux de la vitalité de son compagnon. Fusionner le loup est alors une solution de facilité.
Dans les Montagnes, la relation entre Fitz, le Fou et Oeil-de-Nuit va prendre une autre dimension. Le contexte favorise cela. Le groupe à la recherche de Vérité est aux abois : ils ne savent pas ce qu’ils vont trouver en s’enfonçant dans les Montagnes et ils sont traqués par les troupes de Royal. Le temps est en plus rude et la chasse compliquée. Oeil-de-Nuit montre toute son utilité. Il ne se contente pas seulement de fournir de la viande mais aussi d’apporter une certaine satisfaction par de petits gestes. Il offre un peu de confort à un Fou frigorifié : « le grand loup se pressa encore davantage contre lui. J’ajoutai mes propres couvertes au celles du fou, puis m’allongeai à côté de lui ». Ce moment intime est la continuité de ce qui se passait à Jhaampe quelques temps auparavant alors que Fitz était en pleine convalescence.
Toute cette partie du récit permet aux trois de réellement se découvrir. Traverser des épreuves difficile semble être un bon moyen pour se rapprocher. Cela leur offre en tout cas l’opportunité de voir qu’ils comptent l’un pour l’autre. On en a la preuve quand Caudron tente de retrouver sa personnalité : à ce moment-là, Fitz et le Fou partagent un moment très intime (« j’étais le fou et le fou était moi. Il était le Catalyseur et moi aussi ; nous étions deux moitiés d’un tout, tranchées et réunies »).
Si on se place du point de vue du Fou, c’est un moment de contentement. Le prophète s’était vu comme un être à part, pas vraiment à sa place, pas vraiment accepté dans la cour de Castelcerf. Il n’était pas nécessairement compris, ou aimé. Fitz a bousculé ses certitudes mais le Fou a refusé d’admettre la nature des sentiments de Fitz. S’en rendre compte a été une réelle prise de conscience, presque une brusque réalité : « mais tu m’aimes vraiment ! Avant c’étaient des mots, et j’avais toujours peur qu’ils ne soient de pitié. Mais tu es véritablement mon ami. Je sais… je sens ce que tu ressens pour moi ». La plaisanterie est terminée : l’humour n’est plus employé pour montrer l’amour de Fitz, cela ne se finit plus avec le Fou qui montre ses fesses ou qui taquine Fitz ; non, c’est une certitude.
Le Fou a une autre révélation. Il comprend qu’Oeil-de-Nuit n’est pas qu’un simple loup, qu’un simple animal de compagnie. Il a sa propre personnalité, sa propre complexité. Les mots sont clairs : « Ça ? C’est Oeil-de-Nuit, ça ? Ce puissant guerrier, ce grand coeur ? »
Malheureusement, les événements les rattrapent. Cette complicité trouvée ne peut pas trouver. Vérité le dragon doit partir libérer les Six-Duchés des Pirates Rouges alors que la menace des troupes de Royal se rapproche. Et même si il décide rester avec Fitz et le loup dans un premier temps, il doit vite partir avec les dragons de pierre et d’Art. Mais, ce n’est pas un départ sans importance. Oeil-de-Nuit s’exprime avec passion en disant aux dragons de suivre le « Sans-Odeur ! C’est un puissant chasseur et il vous mènera en terrain giboyeux. Ecoutez le car il est de notre meute ». Les propos ne sont pas anodins. Avec Burrich (Coeur de la Meute), Kettricken (La grande louve) ou Astérie (la chienne qui hurle), rares sont ceux qui ont eu un surnom de la part d’Oeil-de-Nuit. Le loup met en plus en avant les qualités de chasseur du fou, ce qui pour lui est un énorme compliment. Enfin, il dit que le fou fait partie de la meute et la meute est un concept important pour le loup.
Des années plus tard, le bâtard et le loup se sont retirés. Ils vivent dans une sorte d’exil volontaire, coupés du monde. Ils aspirent à une tranquillité, à des plaisirs simples : chasser, élever Heur. Mais, le destin les rattrape. Des personnages qui apportent le changement viennent leur rendre visite : Umbre, Astérie et aussi le Fou. A l’arrivée de ce dernier, ils comprennent retrouver quelque chose qui leur a manqué sans qu’ils ne s’en rendent compte. Le loup résume bien la situation : « nous sommes un à nouveau ».
Les trois partagent alors quelques jours dans la maison de Fitz. Ils se racontent ce qu’ils ont fait ces dernières années. On sent une intimité naturelle. Tout est bousculé quand le loup manque de s’étouffer en avalant un poisson et que Fitz tente de le sauver. Il emploie le Vif et sans comprendre comment, il se retrouve prisonnier du corps du loup. Le corps de Fitz n’est plus qu’une coquille vide. C’est le lien d’Art avec le Fou (l’Argent au bout de ses doigts) qui permettra à Fitz de réintégrer son corps ; sans cela, la situation aurait été catastrophique. Oeil-de-Nuit, déjà bien fatigué, explique qu’ « il nous a évté une existence qui nous aurait anéantis tous les deux ». On sent bien que l’idée de partager son corps avec Fitz terrifie Oeil-de-Nuit (« le loup n’avait pas ouvert les yeux, mais pensée brûlait de passion ».
Dès lors, la relation entre les deux compagnons change. On en a la preuve quand Fitz n’emmène pas le loup alors qu’il se rend à Castelcerf. Il pense sans doute que son vieil ami n’en est plus capable, que ce dernier voyage signifiera sa mort.
Oeil-de-Nuit vit cela comme une petite mort. Il se sent inutile. Il a l’impression que Fitz ne le considère plus comme un être vigoureux et qu’il l’a déjà enterré. Il s’en ouvre dans un cri de désespoir : « Petit frère, ne me traite pas comme si j’étais déjà mort ou agonisant (…) Tu voles le maintenant de ma vie quand tu crains que je disparaisse demain ». Fitz se rend compte qu’il est responsable de l’affaiblissement de leur lien, de la dégradation de leur relation. Il pense que « cette muraille avait laissé filtrer assez de mes émotions pour lui faire mal comme si j’étais sur le point de l’abandonner, et mon lent éloignement par rapport à lui correspondait à ma résignation de plus en plus ancrée à l’idée de sa mortalité ».
Est-ce que ça veut dire que les deux ne s’aiment plus ? Pas du tout. Quand il finit par rejoindre Fitz, le loup offre une réponse claire qui montre tout son attachement (« vous suivez des traces et vous avancez lentement pour ne pas les perdre ; moi, j’ai suivi mon coeur. Votre chemin vous faisait contourner les collines, le mien m’a conduit droit vers toi »). Autrement dit, la force du lien de Vif anime toujours autant Oeil-de-Nuit.
Lors de la recherche du prince disparu, Devoir, un autre événement est à deux doigts de remettre en cause toute leur relation. Fitz est possédé apr sa violence, sa colère, il ne se maîtrise plus et est à la limite de tuer un otage. Ceux qui sont là (le Fou et Laurier) sont impuissants, incapables de calmer Fitz. Même le loup est interloqué : « Changeur, hier soir, tu nous as menés trop près d’un lieu très dangereux. Nous n’étions ni l’un ni l’autre en mesure de savoir vraiment ce que tu allais faire ».
Fitz assimile ce nouvel avertissement et décide de faire confiance aux talents de chasseur du loup. Il relâche le prisonnier et renoue avec Oeil-de-Nuit. Cependant, la situation reste périlleuse. Ceux qui ont capturé (les Pie) Devoir sont des adversaires redoutables. Ils poussent Fitz et les autres dans leurs derniers retranchements. Fitz est confronté à un choix impossible à résoudre : fuir à travers un pilier d’Art avec Devoir et abandonner le Fou et Oeil-de-Nuit ou rester avec eux et combattre. Il ne sait pas quoi décider, c’est le loup qui fera ce choix. Oeil-de-Nuit se projette vers le futur : « la meute ne meurt pas si le louveteau survit. Sois un loup, mon frère. Tout est plus limpide ainsi (…) Vis bien pour nous deux et, un jour, raconte à Ortie des histoires sur moi ». Le concept de meute revient à nouveau dans la gueule du loup. On sent bien qu’il considère que les petits de Fitz sont aussi les siens.
Vient alors le moment de la mort d’Oeil-de-Nuit, une scène qui parait si réelle alors qu’elle n’est qu’un rêve. Quand le loup dit « t’attendre ? Sûrement pas ? J’ai toujours dû te devancer pour montrer le chemin », on comprend qu’il s’est toujours considéré comme le grand frère, pas nécessairement le chef, mais le grand frère. Le loup meurt donc, Fitz perd son meilleur compagnon (« ma bouche était pleine d’onguent et de poils du loup, et mes doigts étaient enfoncés dans sa fourrure (…) Oeil-de-Nuit était mort »). On comprend qu’ils dormaient collés l’un à l’autre quand cela est arrivé. Fitz a pu étreindre une dernière fois son compagnon et partager avec lui un moment très intense.
Bien plus tard, dans la série du Fou et de l’assassin, une sorte de suvenir du loup apparait : c’est Coeur de Loup. Abeille et Fitz sont capables de converser avec lui. Dans le Destin de l’assassin, Fitz s’interroge sur la nature de cette apparition : « Oeil-de-Nuit, qu’es tu ? (…) Un fantôme réfugié en moi ? Un mélange de mes souvenirs et de ce que je pense que tu dirais ? » En réalité, peu importe la nature du loup. Ce qui compte sont ses actes : il est celui qui a permis à Abeille de tenir alors qu’elle était aux mains des envahisseurs, il est celui qui guide Fitz vers la carrière. Le loup sait que c’est la chose à faire, que c’est la seule façon pour lui d’être uni à Fitz pour l’éternité. Fitz se lance donc cette immense tâche sans pouvoir la mener à bien : il n’a pas assez de quoi en lui pour bâtir un dragon de pierre et d’Art. Ce n’est pas si inattendu puisque Vérité a eu besoin de Caudron et de Fitz pour bâtir le sien. Une solution émerge alors : le Fou. Oeil-de-Nuit sait que c’est une bonne solution, que le Fou est la réponse. Le Fou les complète. Fitz, lui, hésite : « ce n’est pas le genre de chose qu’on demande à un ami ; il ne l’a pas proposé et je ne lui demanderai pas. Je refuse de le soumettre à un choix aussi déchirant ».
Le Fou serait prêt à se donner mais il ne veut pas forcer Fitz. En lisant les écrits d’Abeille, il est arrivé à la conclusion que Fitz lui en veut. Le Fou a la conviction d’avoir perverti leur amitié, que Fitz lui en veut de l’avoir utilisé. Comment dénouer tout ça ? Abeille entre en scène, elle tente de réparer son erreur en hurlant que « j’ai menti pour te faire souffrir, parce que tu l’as laissé mourrir alors que tu restais vivant, parce qu’il t’aimait plus qu’il ne m’aimait, moi ! Il t’aimait plus qu’il n’a jamais aimé aucun d’entre nous ! » Il est difficile de savoir où est la vérité, si Fitz a plus aimé le Fou que Molly ou Abeille et Ortie. En tout les cas, Abeille est prête à mentir pour que le Fou rejoigne Fitz et Coeur de Loup.
Finalement, quand le Loup du Ponant se réveille, on comprend que la personnalité dominante est celle du loup. Il va directement chasser, il regarde les gens présents comme le faisait Oeil-de-Nuit. Le Loup dit que « tes mensonges étaient extraordinaires, louveteau, et le dernier était le plus inspiré. Tu partages ce talent avec ton père (…) Je dois aller chasser ». Fitz, Oeil-de-Nuit et le Fou ne font plus qu’un.
samedi 18 novembre 2023
Oeil-de-Nuit et les animaux
Grâce au Vif, nous avons accès à certaines pensées d’un des meilleurs personnages de la saga de l’assassin royal, Oeil-de-Nuit. Le majestueux loup est le compagnie de Vif de Fitz. Il joue un rôle important dans la victoire des Six-Duchés contre les Pirates rouges, il est celui qui a permis à Fitz de tromper la mort, et sans lui le prince Devoir n’aurait jamais été retrouvé. Mais, avant d’être un acteur important de la politique de ce royaume, le loup est un animal, un prédateur.
Même si Oeil-de-Nuit vit dans la plus grande ville des Six-Duchés, Castelcerf, il a quand même accès à la verdure, la forêt. Il y a aussi tous les animaux qui pullulent à proximité des activités humaines et de leurs déchets : souris, mouettes et autres. Pour un loup en train de grandir, c’est un terrain de chasse intéressant. Il est content de tomber sur ces animaux, ils lui permettent d’apprendre à chasser, ils lui donnent confiance en sa technique et ils lui donnent envie de viser plus haut.
Mais, c’est aussi un motif de reproche adressé à Fitz qui tente de le restreindre dans ses déplacements : « en plus, il y a toujours plein de mouettes et pue leurs fientes. Et d’autres choses. Le mulet serait tout frais ; ce serait agréable ». Le sous-entendu final est clair : le loup aime chasser. On en a la preuve plusieurs fois lorsque Fitz s’évade en partageant à de nombreuses reprises la vie du loup. Pour le loup, la chasse équivaut à trouver de la viande, c’est pour cela qu’il ne supportait pas de tuer des humains ou des forgisés. Dans le premier cas, il ne pouvait pas les manger alors que dans le deuxième cela ressemblait plus à un massacre qu’à une chasse.
A la fin de la nef du crépuscule, Fitz meurt mais survit en transférant son esprit dans le corps du loup. Les deux partagent alors une connexion intense qui est magnifiée par quelques une des plus belles phrases liées à la chasse d’animaux. On se rend compte que c’est toute la chasse en elle-même qui plait au loup, pas simplement d’achever sa proie mais aussi de la traquer. On peut lire que « attraper une souris, la jeter en l’air, l’avaler d’un claquement de mâchoires (…) débusquer un lapin, le poursuivre tandis qu’il zigzague et tourne en rond (…) chasser une biche sur un étang gelé tout en sachant que ce n’est pas une proie pour nous (…) qu’y-a-t-il plus satisfaisant que de savoir la viande à portée de soi ? »
Oeil-de-Nuit est un loup qui a sa fierté et une certaine conception des choses. Il est souvent critique de la société humaine et des humains. Il leur reproche de ne pas avoir l’esprit de meute, de se couper de la nature et de leur nature profonde (comme Burrich qui se prive du Vif). Sa critique négative ne se limite pas qu’aux humains ; en tant que loup, il ne supporte pas d’être comparé à un chien. Quand Fitz lui dit, pour la taquiner, « mon gros chien », sa réaction est assez équivoque. Il est vexé (« tu vas me payer cette insulte »). Il est clair que le loup supporte mal l’idée d’être vu comme un chien. Lorsque Burrich daigne lui adresser la parole pour permettre à Kettricken de quitter le château (la Nef du crépuscule), il présente Oeil-de-Nuit comme un chien sauvage dressé. Pour le loup, ce n’est pas qu’une insulte, c’est presque la négation de qui il est. Il est outré : « Coeur de la Meute lui a dit que j’étais un demi-sang que tu avais apprivoisé, comme si j’étais un cabot savant ! »
Le loup est donc peu enthousiaste vis-à-vis des chiens, c’est tout le contraire avec les porcs-épics. Il en est friand. Même si les chasser et les tuer est loin d’être une partie de plaisir, il ne peut pas s’en empêcher : « j’aimerais que tu sois là : j’ai un piquant de porc-épic dans la babine et je n’arrive pas à m’en débarrasser. Ça fait mal » et attaquer l’autre est aussi avisé que chasser un porc-épic (…) je comprends. Je suis pareil avec les porcs-épics ».
Les tomes Le Poison de la vengeance et la Voie magique illustrent le rapport d’Oeil-de-Nuit avec les loups. Depuis son enfance, le loup n’a plus vécu au sein d’un groupe ou d’une meute de loups. Ce n’est pas quelque chose qu’il recherche particulièrement car son lien avec Fitz le suffit mais c’est une expérience qu’il doit vivre. Il l’exprime clairement en disant que « j’aimerais bien trouver des loups là où nous allons ». Il finira donc par rejoindre quelques temps une meute et l’expérience se finit amèrement. Il désire le leadership mais il tombe sur un loup plus expérimenté (« Loup Noir est trè grand et rapide. Je suis plus fort que lui, je pense, mais il connait plus de ruses que moi. C’est comme quand tu te battais contre Coeur de la Meute »). On sent là une pointe de respect. D’ailleurs, à cette époque, Oeil-de-Nuit croise un autre animal qui lui inspire à la fois du respect et de la crainte : l’ours qui accompagne Rolf le Noir. C’est le respect entre deux prédateurs.
Oeil-de-Nuit s’interroge également sur sa place dans le grand ordre des choses. Il a conscience d’être un chasseur, d’être un prédateur et de pouvoir tuer ses proies. Il est donc plus fort que certains. Mais cela le rend-il supérieur à une proie ? Il ne le sait pas. Sa réponse montre toute son incertitude ; « je suis toujours plus intelligent qu’un porc-épic, je crois, mais je ne lui suis pas supérieur. Peut-être le tuons-nous et la mangeons-nous parce que nous en sommes capables ? »
Cependant, il pointe l’influence néfaste des humains sur les animaux. Les humains peuvent pousser ou forcer certains animaux à faire des choses qui sont contre leurs propres instincts, leurs propres désirs. Ces animaux se soumettent aux volontés des hommes et pour Oeil-de-Nuit, cela est une marque de faiblesse : « c’est comme les chevaux ou le bétail devant une rivière : laissés à eux-mêmes, ils ne s’y jettent que s’ils ont la mort à leurs trousses, qu’il s’agisse de prédateurs ou de la famine ; mais l’homme arrive à les convaincre de la traverser chaque fois qu’il désire atteindre l’autre rive ; pour moi, ce n’est pas signe de grande intelligence ». Le dédain est manifeste.


