Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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vendredi 13 octobre 2023

Peut-on pardonner Romarin ?

Romarin a trahi Kettricken de la pire des façons en gagnant sa confiance puis en rapportant ses moindres faits et gestes à l’ambitieux Royal. Royal a mis en place un superbe plan : il a approuvé l’exil volontaire de Vérité et sa folle quête des Anciens ; il harcèle Fitz et le fait tourner en rond à Castelcerf ; il dénigre publiquement Kettricken avec des formules drôles et méchantes ; il affaiblit Subtil en permettant à ses artiseurs d’aspirer son énergie ; il espionne Kettricken en s’emparant de Romarin.


Car c’est la jeune femme qui a trahi les plans d’évasion de la montagnarde, c’est même possiblement elle qui a graissé l’escalier ayant contribué à sa chute. Royal se vante auprès de Fitz qu’il connaissait tous ses plans. Il nargue Fitz en disant qu’il l’a sous-estimé. Fitz réalise qu’il n’a pas seulement agi ainsi avec Royal mais aussi avec Romarin. Il l’a considérée comme une petite chose anodine, quelqu’un de peu important. Il aurait dû s’en méfier : le Fou l’avait averti que les gens impuissants avaient le plus de pouvoir et lui-même n’était qu’un gosse quand sa formation a commencé. Fitz se rend alors compte de sa naïveté, de sa nonchalance intellectuelle : « si intelligente qu’on pouvait lui demander n’importe quel service, si jeune qu’on oubliait sa présence… Pourtant, j’aurais dû m’en douter : je n’étais pas plus vieux qu’elle quand Umbre avait commencé à m’enseigner sa profession ».

Romarin était une servante efficace, toujours là pour servir Kettricken. Quand Fitz rencontre Kettricken, Romarin est systématiquement et rares sont les moments où on lui demande de partir. Elle n’était pas assez dangereuse, on ne l’a pas regardée (« j’ai été stupide. C’est ma faute. La petite servante de la reine, Romarin, toujours dans ses jambes »).


Malheureusement, avec la chute de Royal, les choses prennent une mauvaise tournure pour Royal. Ceux qui comptent (Kettricken, Umbre) savent que c’est une traîtresse : ils lui tournent le dos. Romarin est une étrangère dans le château de Castelcerf, cet endroit où elle a grandi. Elle n’est pas seulement ignorée, elle est ostracisée. En se détournant d’elle, Kettricken envoie un message clair (« Romarin se trouvait donc à Castelcerf, orpheline à huit ans, et elle n’était pas dans les bonnes grâces de la reine. Inutile, je crois, que je vous décrive qu’elle était sa vie à la cour »). Kettricken n’a donc même pas eu à punir Romarin, il lui a suffi de s’en désintéresser. Mais, Kettricken ne peut pas garder rancune. Son éducation et son caractère le lui interdisent ; elle n’oublie pas non plus que, malgré tout, Romarin a été proche d’elle. Elle se convainc même que ce n’était qu’une enfant, qu’elle n’était pas totalement responsable de ses actes. Elle se justifie auprès de Fitz en disant que « il y avait chez moi une enfant rejetée, une petite fille à qui j’en voulais d’être devenue ce qu’on l’avait faite. Je la négligeais ».


Fitz, lui, n’a pas forcément digéré le fait que Romarin soit encore en vie. Sa formation d’assassin et sa volonté de punition le font se questionner : pourquoi Umbre ne l’a pas tuée ? Quelle est son utilité ? Il finit par comprendre que le pouvoir royal a et aura toujours besoin d’un assassin, de quelqu’un qui fait les sales besognes. Romarin, grâce à son parcours, peut être une bonne candidate : « bien qu’incomplète, c’était un assassin que Royal avait dressé à vous haïr. Il n’était pas possible de la laisser vagabonder sans surveillance » et « dame Romarin était le nouvel apprenti d’Umbre ! Mais pourquoi pas, après tout ? Royal lui avait enseigné les rudiments du métier d’assassin quand elle était enfant ; pourquoi refuser un espion déjà formé ? ».

D’ailleurs, Fitz se sert d’une idée de Subtil pour résumer la situation : « l’arme qu’on jette aujourd’hui peur servir demain contre son roi ». Il aurait été trop dangereux de laisser Romarin vagabonder en ces temps troubles. Elle aurait été une proie facile pour les Pie qui se seraient régalés de ses secrets. 

En tout cas, il semble que la formation de Romarin se passe bien et qu’elle sache une nouvelle fois utiliser ses atouts. Finie la discrétion et le sens du service, elle met en avant son physique : « j’aperçus dame Romarin en grande conversation avec deux kaempras outrîliens ; avec son charmant sourire et son ample poitrine, elle devait faire bonne récolte d’information ».


Dans la trilogie du Fou et de l’assassin, on se rend compte que Fitz respecte Romarin en tant qu’assassin mais pas en tant que personne. Il n’a toujours pas digéré sa trahison.


Lorsque le roi Devoir décide que des soldats incompétents méritent une punition, il envoie Romarin régler le problème. Fitz est présent et ne fait aucun commentaire (« c’était la mission de Romarin, et l’ordre venait du roi lui-même ; la courtoisie professionnelle m’interdisait d’intervenir ou de juger ses décisions »).


Pour ne rien arranger, Romarin prête la main à un plan tordu d’Umbre : les deux décident d’envoyer un apprenti assassin à Flétribois alors qu’Abeille vient de naître. Mais, Fitz intercepte Lant et l’humilie. Puis, il décide de se venger en pénétrant le repaire secret des assassins au château de Castelcerf. C’est une humiliation pour Umbre et Romarin. Lant est choqué de trouver Fitz là ; Fitz joue avec ses nerfs (« nous nous connaissons depuis longtemps. Ce n’était qu’une fillette la première fois que je l’ai connue »). En disant cela à Lant, Fitz veut prendre un ascendant sur Romarin, il veut instiller le doute dans l’esprit de celui que Romarin forme. Il va même plus loin en montrant les crocs quand Romarin prononce à haute voix son vrai nom (FitzChevalerie Loinvoyant). Ses mots sont menaçants : «  ne vous a-t-on jamais prévenu de ce qu’on risque d’évoquer quand on souhaite la bienvenue à un fantôme et qu’on l’appelle par son nom ? ».

Lant assiste donc à cette scène et cela le marquera longtemps. Bien plus tard, il parlera de Fitz avec Persévérance. Il dit à son compagnon de voyage que « Romarin me l’avait dit, et elle avait ajouté qu’il était beaucoup plus dangereux que je ne pouvais l’imaginer, qu’il avait le Vif et que des rumeurs couraient depuis toujours qu’il avait certains… appétits ». Romarin fait référence à la prétendue homosexualité de Fitz. Romarin a donc exposé les secrets de Fitz ; voulait-elle éviter que Lant change d’allégeance ? 

Car, il serait mal vu de croire que Romarin ne participe pas à une lutte d’influence. Après tout, la femme fréquente Umbre et ne peut que se rendre compte que le vieil homme fait tout pour garder de pouvoir. Elle sait que tant qu’Umbre sera en vie, elle ne sera jamais la réelle maître assassin. C’est ce que pense Umbre également : « je ne veux pas que Romarin me regarde comme une menace pour son ascension au pouvoir (…) qu’elle s’empare de tout (…) elle ne trouvera pas les plus essentiels. Personne ne les trouvera ».

dimanche 30 juillet 2023

Umbre et les femmes

Ce qui marque chez Umbre, au-delà de sa vie nocturne et son métier d’assassin, est la facilité avec laquelle il change de costume. Il peut passer de maître assassin reculs au personnage de Dame Thym ou de conseiller royal officieux. Lorsque Royal prend le pouvoir, Umbre perd toutes ses ressources au château de Castelcerf et endosse une nouvelle fois un nouveau rôle. Il parcourt les Six-Duchés pour rencontrer des gens influents (comme Patience) ou se rend dans les Montagnes pour aider Kettricken. Il tente également de mobiliser, en coulisses, des individus avec des moyens contre les Pirates Rouges et le le règne de Royal. Pour cela il doit déployer son charme, une qualité qu’on ne pensait pas qu’il aurait.


L’histoire est vue à travers les yeux de Fitz. Ce dernier a toujours eu une vision biaisée d’Umbre, le voyant avant tout comme un mentor qui faisait passer les intérêts du royaume avant tout. Sa vision d’Umbre n’est pas nécessairement négative, il ne voit pas en tout cas en lui un homme de la cour qui cherche à courtiser et prendre du bon temps.

Mais, Umbre se révèle un homme aimable et sourieur alors que les Six-Duchés s’effondrent. A sa façon, il tente d’apporter un soutien moral à des femmes qui tiennent le pays à bout de bras ou qui peuvent le sortir de sa chute. Ainsi, il encourage Patience, lui offre quelques moments de réconfort en lui rendant visite. On en a un exemple avec Fitz qui voit une de leurs rencontres grâce à l’Art : « je vis Umbre qui prenait le thé avec Patience et Brodette, vêtue d’une robe de soie rouge piquetée d’étoiles, à la coupe très démodée, il adressait des sourires gracieux aux deux femmes et faisaient naître le rire même dans les mêmes yeux de Patience ». Il a la même attitude et les mêmes résultats avec Kettricken (« il parvient même à faire sourire Kettricken. On a peine à croire qu’il a vécu tant d’années isolé : il attire les gens comme une fleur les abeilles, il a une façon des plus charmantes de faire sentir à une femme qu’il l’admire »). Ce témoignage d’Astérie n’est pas anodin. Offrir quelques instants de répit à Kettricken est un réel exploit, elle qui vient de perdre un enfant et qui est sans nouvelles de son mari. Astérie nous apprend également qu’Umbre plait aux femmes, qu’il aune sorte d’aura bienvenue.

D’ailleurs, on en a la preuve lorsque, une nouvelle fois, Fitz joue bien involontairement les voyeurs. Il aperçoit une rencontre et une voleuse de chevaux qui se joint à la cause, non par patriotisme ou par appât du gain, mais grace à Umbre (« peut-être m’as tu gagnée à ta cause »).


Umbre n’a pas toujours été l’homme qu’il est au début de l’assassin royal. Si les choses avaient tournée différemment, il aurait pu mener une vie publique. Un accident a changé sa vie : « j’étais beau autrefois, beau et vain. Presque autant que Royal. Quand je me suis défiguré, j’ai eu de mourir ; pendant des mois, je suis resté cloîtré dans mes appartements ». En lisant entre les lignes, on peut supposer qu’il a bien profité de sa jeunesse. C’est cette attitude qu’il reprend lorsque la guerre contre les Pirates Rouges se termine. Kettricken, la nouvelle reine, impulse une nouvelle façon de gouverner ; Umbre n’est plus un espion, une créature de la nuit mais un proche qui profite de la vie. On lit qu’ « Umbre ne vit plus en cachette : c’est l’honoré conseiller de la reine. D’après Astérie, c’est un vieillard qui soigne trop sa toilette et recherche à l’excès la compagnie des jeunes dames ». Il est clair qu’Umbre ne cherche plus à soutenir les femmes, il est plus dans une logique de séduction et de conquête, un peu comme si il voulait rattraper tout le temps perdu seul.


La comparaison avec Fitz est troublante. Fitz a décidé de se couper du monde et de ne plus voir personne de son ancienne vie (à part Astérie). Beaucoup sont ceux qui le croient mort. Umbre, lui, est sorti de l’ombre. C’est ce qu’il dit à Fitz quand il décide de venir chercher son aide au début du roman le Prophète blanc. La vie lui offre plein d’opportunités qu’il a décidé de saisir : « il avoua qu’il appréciait son retour à la cour et à la société (…) il avait apparemment repris l’existence de jeune homme qui aimait tant à danser et à participer à la des soupers privés en compagnie de dames à l’esprit vif ». Il semble même que son charme lui joue des tours et qu’il soit débordé par les initiatives des femmes. Astérie souligne qu’Umbre a été « aux prises avec une jeune admiratrice de seize étés qui le suppliait de danser avec elle ».


La dernière partie de la saga, constituée des livres du Fou et de l’assassin, nous offrent un nouvel aperçu d’Umbre. Il a continué à fréquenter assidument les femmes et est même devenu père.


Il ne s’est pas contenté de satisfaire ses besoins sexuels en allant voir des prostituées. Fitz apprend de Cendre, une jeune personne qui s’occupe du Fou blessé, qu’Umbre se rendait fréquemment dans les bordels (« Sire Umbre n’a jamais été client de ma mère, donc ne craignez pas que ce soit mon père »). Umbre a cherché à construire plus, il a voulu plus que de simples relations sexuelles. Il se justifie face à un Fitz dubitatif. Umbre se sent jugé et il le prend mal : « qu’y a-t-il de si étonnant que j’aie eu des maîtresses, que des enfants soient nés ? J’ai vécu des années dans une solitude quasi complète, comme un rat derrière les murs du château de Castelcerf. Quand j’ai pu enfin en sortir, manger enfin un repas raffiné, pourquoi m’en serais-je abstenu ». Pour Umbre, c’est une revanche contre le temps; il veut avoir tout ce qu’il n’a pas eu. Il a exactement la même approche avec l’Art ou quand son corps commence à subir les épreuves du temps.


A la grande surprise de Fitz, Umbre a donc eu deux enfants : Evite (Pépite) et Lant (Vigilant). Très peu de gens savent qui ils sont réellement et seul Umbre sait qu’ils sont frère et soeur.

Quand il les confie à Fitz, Umbre tente d’en dire le moins possible. Ce n’est pas qu’il a honte d’être leur père, c’est qu’il est trop enfoncé dans sa culture du secret.

Pour Fitz, c’est un sujet de questionnement, presque de ragots. Il interroge Umbre (« Evite sait-elle qui est son père ? Elle n’a pas mentionné son nom ni celui de sa mère. Pourquoi avez-vous caché son existence à tout le monde ? Mais est-ce le cas ? Kettricken a-t-elle ajouté son nom à la généalogie des Loinvoyant non reconnus »). Umbre apporte des réponses qui confirment qu’il a cherché à profiter de la vie, des moments qui s’offraient à lui. Il s’est comporté en jeune homme de vingt ans alors qu’il avait déjà au moins trois fois cet âge : « une fête, une jolie femme charmeuse, du vin, des chansons et du gâteau à la graine de carris (…) Fitz, j’ai été le jeune homme que j’aurais pu être, et nous nous sommes retrouvés dans une chambre d’auberge à bas prix ».

En ce qui concerne Lant, la situation est un peu différente. Il ne s’agit pas d’une simple aventure d’un soir. Il a été réellement amoureux de Laurier et il aurait voulu construire quelque chose avec elle. Mais, Laurier, une ancienne femme de confiance de Kettricken, a refusé. Quand Umbre dit que « elle avait appris à trop bien me connaître, et, me connaissant, ne pouvait m’aimer. Elle a décidé de quitter la cour pour accoucher discrètement, loin de la vue de tous », on sent de la peine et des regrets dans ses propos. Si Laurier a agi ainsi, c’est sans doute qu’elle a vu son comportement à la cour de Kettricken, la façon dont il séduisait les femmes et montrait bien peu de sérieux avec elles. Malheureusement, Laurier n’a pas survécu à la naissance de Lant, au grand désespoir d’Umbre (« j’espérais encore de la persuader d’essayer de partager ma vie. Mais, le temps que j’arrive, elle était morte »).

dimanche 20 mars 2022

Ils ont douté de la sexualité de Fitz

Fitz aime les femmes. Il a été amoureux de Molly, a vécu avec elle. Il a également eu des relations sexuelles avec Astérie, Jinna. Il a été attiré par des femmes comme Tassin, Célérité ou Virilia : il n’avait pas nécessairement envie de se mettre en couple ou de coucher avec elles, mais il a ressenti de temps en temps une pointe de désir pour elles. Fitz lui-même a clairement dit qu’il ne pourrait aimer un homme comme il aime une femme (c’est d’ailleurs un point blessant pour le Fou). Mais, Fitz est un personnage public, un homme important que beaucoup de gens observent. Il ne peut pas empêcher que des rumeurs circulent sur son compte. Quand il repousse une femme, cela fait parler. Lorsqu’il est trop proche du Fou, cela fait parler. C’est le sens de l’intervention d’Umbre dans le tome L’homme noir : Fitz vient de passer la nuit avec son ami bien affaibli. Cela ne peut que soulever des questions dans le groupe (à ce moment du récit, Devoir est à la recherche de Glasfeu, le dragon enfoui dans la glace). Umbre en fait à la remarque à Fitz (« Cela paraît curieux au reste du camp. Non, ne me fais pas les gros yeux ; cela ne me regarde pas et je te connais depuis trop longtemps pour me méprendre sur tes préférences en matière de partenaires amoureux »). La remarque a son importance puisque elle montre bien que la sexualité de Fitz interroge.

Dès ses jeunes années, Fitz doit faire face à l’hostilité. Son comportement est interrogé. Lorsqu’il est formé à l’Art, Fitz se fait un ennemi mortel : Galen. Ce dernier cherche à tout prix à rabaisser Fitz. Galen est dur avec Fitz, il le frappe, il l’insulte, il le menace. Et comme il ne comprend pas la puissance de Fitz, il échafaude des hypothèses : « je dois te demander (et dans son ton perçait une haine fielleuse) : es-tu son giton pour qu’il te laisse ainsi puiser dans ton énergie ? » Un giton est un jeune homme entretenu par un autre homme : du point de vue de Galen, la situation entre Fitz et Burrich est suspecte ; Burrich ne se montre pas avec des femmes et il s’occupe énormément de Fitz.

Si Galen n’a que de la haine envers Fitz, c’est la jalousie qui habite Astérie. Elle ne comprend pas pourquoi Fitz refuse de coucher avec elle. Elle cherche à le séduire avec des mots et son physique, elle cherche à faire jouer sa pitié mais rien n’y fait. Fitz ne veut pas avoir de rapport intime. Elle finira par parvenir à ses fins et entretiendra durant de longues années une aventure. Mais, Fitz finira par rompre. Or, dans le même temps, le Fou revient dans la vie de Fitz et Astérie s’en rend compte. Remontent alors des années de jalousie : Astérie n’a jamais compris l’amitié entre le Fou et Astérie, elle n’a jamais compris le Fou d’ailleurs. Quand Fitz se refuse de nouveau à elle, elle se moque de lui, de son comportement. Elle le trouve pathétique et elle insulte sa façon de vivre : « peut-être que le fou était bel et bien un homme, finalement, et que tu es simplement revenu à tes penchants véritables ! Tu me dégoûtes, Fitz. »

D’ailleurs, à cette époque, Fitz est Tom Blaireau et il est le garde de Sire Doré (une incarnation du Fou) : cela rend perplexe les gens. Pourquoi prendre un garde dans les murs du château ? Est-ce réellement pour la sécurité ou pour autre chose ? Cela ne peut que créer des supputations. Rastaud, un soldat arrogant, s’en fait le porte-parole : « vous n’avez rien à faire ici. C’est réservé aux gardes, on n’accepte ni les pages, ni les laquais, ni les serviteurs spéciaux ».

Le duo Sire Doré / Tom Blaireau soulève des questions. Ceux qui les côtoient de près sont étonnés de leur complicité. C’est par exemple le cas de Devoir et surtout Civil (un jeune noble en plus frustré que Sire Doré ait séduit sa fiancée Sydel puis embrassé Civil). Ce dernier a une grande influence sur le prince Loinvoyant. Devoir a enfin un ami à la cour, quelqu’un qui visiblement ne cherche pas à profiter de lui et qui en plus a le Vif. Il est donc perméable aux théories de Civil et dans ce cas-là à sa rancœur : « Civil dit que Sire Doré aime les garçons. Comme je me taisais, il ajouta péniblement « Pour coucher avec. » Il était resté dos à moi et sa nuque était devenue écarlate ». Devoir est un jeune homme à la recherche d’un modèle, il est dans les années où il se construit. Sans doute a-t-il du mal à accepter qu’un homme qu’il admire puisse aimer les hommes, c’est sans doute contraire à ce qu’on lui a enseigné (et contraire à ses devoirs en tant que futur roi, qui doit épouser une femme et lui faire des enfants).

Les sentiments négatifs de Civil ne font que grandir au fil des mois, il n’a jamais accepté Sire Doré. On en a la preuve lors d’un affrontement entre Civil et Sire Doré lorsqu’ils sont à la recherche de Glasfeu. Civil surprend une conversation entre Sire Doré, Tom Blaireau et Leste (le fils de Burrich). Ce qu’il entend le terrifie, il a peur que Sire Doré fasse glisser Leste vers une pente dangereuse. Ses propos sont clairs quand on lit « si on le laisse évoluer naturellement, sans lui installer d’appétits dévoyés » et « vous prétendez qu’il n’est pas votre amant, mais il est prêt à sa battre à votre place ».

Enfin, dans la dernière trilogie, Fitz fait la rencontre de Lant. Ce dernier est le fils bâtard d’Umbre qui le forme à devenir un espion et un assassin. A la naissance d’Abeille, Lant est chargé de mettre un couteau dans le berceau du bébé. Il échoue et est pris sur le fait par Fitz. Énervé, Fitz le pousse à se déshabiller pour voir si il a des armes, des poisons sur lui. Bien des années plus tard, Lant confie à Persévérance qu’il était terrifié en voyant Fitz, terrifié qu’il abuse de lui (« Romarin (…) avait ajouté qu’il était beaucoup plus dangereux que je ne pouvais l’imaginer, qu’il avait le Vif et que des rumeurs couraient depuis toujours qu’il avait certains appétits (…) qu’il désirait peut-être autant les jeunes garçons que les femmes »). Cela fait rire Persévérance qui lui répond que Fitz n’a aimé que Molly, qu’il faisait même régulièrement l’amour avec dans des lieux plus variés les uns que les autres.