Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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jeudi 17 août 2023

Un personnage historique : Qui est Preneur ?

Preneur est un cas intéressant : il montre l’absurdité de la guerre entre les îles d’Outre-Mer et les Six-Duchés. En effet, Preneur est un Outrîlien qui a conquis la forteresse de Cerf et qui a ensuite lancé la conquête et le développement des Six-Duchés. Autrement dit, en partie, c’est le même peuple qui occupe ces territoires. Cela n’a malheureusement pas empêché les pays de se faire la guerre de façon répétée.


Preneur, lui, a durablement marqué les Six-Duchés. Il est le premier Loinvoyant, celui qui met en place des coutumes (« il se nommait Preneur, tout simplement, et c’est peut-être avec ce patronyme qu’est née la tradition d’octroyer aux filles et aux fils de sa lignée des noms qui devaient modeler leur vie et leur être »). Preneur est donc un homme qui impulse le changement. Lui, un pirate, a pris son destin main en conquérant une nouvelle terre. L’histoire est belle ; elle l’est un peu moins si on se place du point de vue des Outrîliens. L’homme semble avoir laissé une mauvaise image si on considère ce qu’en pense Elliania. Elle-aussi a quitté sa terre natale pour devenir reine des Six-Duchés, mais elle ne l’a pas fait en reniant sa culture. Ortie rapporte le dédain d’Elliania envers Preneur ; elle dit que « le premier Loinvoyant à revendiquer la possession des falaises de Cerf était Preneur ; c’était un Outrîlien, et on le regarde un peu comme un rebelle dans son pays d’origine, parce qu’il a abandonné sa maison maternelle, pour en établir une nouvelle ici ». C’est l’abandon qui semble causer du souci à Elliania, pas le fait d’en créer une.


Preneur est donc un conquérant, un pirate aventureux. C’est en tout cas ce qu’en disent les légendes et les belles histoires. Cette idée ne semble pas être partagée par tous. Preneur n’a pas conquis Cerf par goût de conquête mais parce qu’il n’avait pas le choix : « le fondateur de la monarchie des Loinvoyant n’était lui-même qu’un pirate lassé de la vie sur mer ». D’ailleurs, la rumeur populaire rapporte des propos qui laissent peu de place au doute. Il aurait dit en voyant les fortifications de Castelfcerf que « si j’y trouve un feu et un repas, je n’en repars plus » : c’est bien le signe d’une lassitude, d’une recherche d’un confort. En réalité, comme Preneur a vécu des siècles auparavant, il est difficile de savoir qui il était réellement. D’autant plus qu’il est le premier des Loinvoyant et que ceux-ci n’ont aucun intérêt à le dépeindre négativement. C’est sans doute pour ça qu’il est représenté majestueusement : « l’antique tapisserie de la Grande-Salle le montre sous les traits d’un loup de mer musculeux, un sourire carnassier aux lèvres, installé à la proue de son navire ».


Preneur a donc conquis. A qui a-t-il pris les terres ? Dans la trilogie du Fou et de l’assassin, Abeille avance l’hypothèse que Preneur aurait défait des Anciens (« mais qui occupait la région de l’embouchure de la Cerf avant que Preneur et ses hommes arrivent et s’en emparent (…) Tu disais qu’il avait peut-être bâti par des Anciens, à l’origine. Ce seraient des Anciens contre qui Preneur se serait battu pour mettre la main sur le pays ? »). Il est difficile de répondre à cette question. Ce qui est plus certain est que Preneur a été un bâtisseur, l’architecte du développement : « il remplaça les structures de bois par des murailles et des tours de pierre noire, extraite des falaises elles-mêmes, et enfonça les fondations de Castelcerf dans le roc ».

mercredi 9 juin 2021

Prophètes et Blancs

Catalyseur, voici un terme qu’on rencontre assez rapidement dans l’assassin royal. Fitz dit à Umbre que le Fou l’appelle comme ça. Si il y a un catalyseur, c’est qu’il y a un prophète. Ainsi, à travers les romans, on se rendra compte que le Fou est le Prophète blanc et Fitz son catalyseur. Ils mettront en marche des événements considérables qui mèneront au retour des Dragons. Notons que le Fou ne limitera pas son influence à Fitz, il ira à Terrilville et dans les eaux environnantes pour mettre le temps sur la route qu’il juge adaptée. Mais ni Hiémain ni Althéa ne seront ses catalyseurs : un Prophète ne peut en avoir qu’un. 

Mais, il faut préciser que cela ne reste que ces croyances. Nombreux seront ceux à rejeter l’idée même de prophète ou à préférer le système religieux déjà en place dans leur pays. Les prophètes semblent aussi mystérieux que le peuple dont ils sont issus : les Blancs.

Dans le roman « La voie magique » apparaît le personnage de Caudron. Si la vieille femme ne fait rien pour créer des liens avec ses compagnons de voyage (à la recherche de Vérité), elle apparaît comme un personnage cultivé. On se rend vite compte qu’elle en sait beaucoup sur l’Art et les Prophètes Blancs. Lors de ses premiers moments avec Fitz, quand elle l’aide à atteindre les Montagnes, les deux discutent. Caudron se présente comme un pèlerin et Fitz est assez curieux ou attentif pour la faire parler. 

Des mois avant, le Fou avait clairement exposé ses intentions à Fitz sans que ce dernier n’entende (« je suis parti chercher ma place dans l’histoire et décider où la contrarier »). Caudron apporte des précisions à un Fitz plus réceptif mais toujours sceptique. Elle lui dit qu’« ils apparaissant aux moments critiques de l’Histoire et ils la façonnent (…) Loin dans le Sud, il est pays où l’on est convaincu qu’à chaque génération naît un Prophète blanc quelque part dans le monde ».

A ce stade du récit, pour le lecteur, le Sud c’est Terrilville. On pourrait donc naïvement croire que c’est à ce Sud que Caudron fait référence. Ce n’est pas du tout le cas à la lecture des Aventuriers de la Mer et de la suite de l’Assassin royal. Car, la religion dominante dans ces mers est celle de Sâ. Et ses partisans rejettent farouchement le concept de Prophète. On a le témoignage catégorique de Delnar, un prêtre reconnu et respecté, qui affirme que « sans contestation possible que ces fanatiques soumis à leurs illusions souffrent en réalité d’un mal rire qui détruit la pigmentation de leur peau et provoque des hallucinations sous l’aspect de rêves prophétiques envoyés par les dieux ». Cette citation est intéressante car elle illustre deux phénomènes dont nous avons été témoins avec le Fou : il a fait des prédictions qui se sont révélées vraies (« Fitz, débouche la bouche du bichon, du beurre et ça biche ») et sa peau a changé régulièrement de couleur (sur la route d’art, à son retour dans les Six-Duchés, à Aslevjal). Le principal témoin de tout ça ne fut que Fitz ; si d’autres en ont été témoins, ce fut de façon épisodique et anecdotique. Il n’est donc pas étonnant de lire que « la religion des prophètes blancs n’a jamais connu une grande diffusion dans les contrées du nord, mais elle a fourni pendant quelques temps un passe-temps fort amusant à la noblesse de la cour jamaillienne. »

A la fin de la Reine Solitaire et en lisant les romans autour de Sire Doré et Tom Blaireau, on comprend qu’un nouvel acteur important est là : il s’agit de la Femme Pâle (ou Ilistore comme nous l’apprendrons plus tard). Cette dernière est convaincue d’être la Prophétesse blanche de son époque et elle confronte donc régulièrement les plans du Fou. Les deux se sont connus, se sont fréquentés sur les bancs de leur école (à Clerres). Il y a un problème : il ne peut exister qu’un prophète pour une époque. C’est donc pour ça que le Fou a fui et qu’il s’est retrouvé bouffon du Roi Subtil. 

Les motivations du Fou sont claires : il fait tout pour garder Fitz en vie, il est son catalyseur. Il ne fait pas tout ça uniquement par amour mais par intérêt, il le maintient en vie contre vents et marées, au prix de grandes souffrances car seul un Fitz vivant lui permet d’atteindre son objectif. Le Fou avait rêvé de son catalyseur, d’un cerf noir émergeant de la pierre. C’est une des façons de deviner son catalyseur. C’est un passage assez flou dans le récit ; mais de toute façon seul le prophète est à même de savoir qui le catalyseur est (le philosophe Traitebutte : « pour chaque prophète blanc, il existe un catalyseur, et seul le prophète blanc d’une période donnée est capable de deviner qui il est ; il s’agit d’un personnage dont la naissance le met dans une position unique pour modifier, si légèrement que ce soit, les événements prédéterminés et engager le temps sur des voies nouvelles aux probabilités toujours plus étendues »). Cette définition correspond bien à Fitz : il est un bâtard dont la naissance a provoqué l’abdication d’un prince, sa venue au monde a donc été un petit caillou qui a tout modifié.

Fitz a été le catalyseur du Fou, la Femme Pâle a choisi Kebal Paincru. Ce dernier a répandu la violence sur les Six-Duchés sans comprenne dans un premier temps ses motivations. Les gens étaient forgisés, les villes pillées sans qu’il n’y ait de réelles revendications. Ce n’était que la destruction gratuite. On comprendra plus tard que Paincru n’était qu’un outil dans les mains de la Femme Pâle, et plus encore des Quatre. Tout cela n’avait qu’un but : empêcher le retour des Dragons et donc stopper le Fou (ou Bien-Aimé). Sans doute les gens de Clerres regrettent-ils de ne pas avoir garder le Fou captif au tout début, après sa première rencontre avec la Femme Pâle (elle «  a exigé de me voir. Elle m’a haï dès la première seconde à cause de ma certitude d’être tout ce qu’elle n’était pas »).

Les romans du « fou et de l’assassin » nous en apprennent beaucoup sur les prophètes blancs et Clerres. On comprend que les Quatre ont détourné les prophéties et les prophètes et s’en servent pour accumuler richesses et influences. Il est difficile de savoir quand tout cela a commencé mais on sait qu’ils ont commencé à en vouloir aux Dragons et aux Anciens, et qu’ils n’ont rien fait pour les prévenir de catastrophes qui arrivaient. On sait aussi que tous les prophètes blancs ne vont pas à Clerres, soit parce que l’école n’a pas toujours existé soit parce que certains naissent hors de leur portée (« à l’époque tous les prophètes blancs naissaient dans la nature : les gens se rendaient compte que leur enfant était étrange, et ils l’amenaient à Clerres, ou bien ils grandissaient chez lui en sachant qu’il devait entreprendre un jour ce voyage »). 

Clerres (le pays des Serviteurs) a une organisation stricte : tout en haut se trouvent les Quatre (Capra, Symphe, Coultrie et Fellodi) et tous ceux qui sont en dessous doivent obéir (les collecteurs s’occupent de la bibliothèque, les lingstras comme Dwalia sont envoyés en mission, les servants, les manipulateurs  étudient les rêves).

S’ils ont peur de ce que peut faire le Fou, ils gardent aussi un œil sur Prilkop, un autre prophète blanc devenu noir. Ce dernier semble évoluer hors du temps puisqu’il a vu Glasfeu arriver à Aslevjal ! Selon Dwalia, il est un « Blanc naturel et non élevé à Clerres, il est resté trop peu de temps dans notre école pour que nous puissions nous assurer de sa loyauté ». D’après le Fou, Prilkop était « un vrai Blanc, d’une lignée plus ancienne et plus pure qu’il n’en existait à ma naissance ».

Les Quatre ont donc des visées égoïstes et cela va jusqu’à se faire reproduire des gens ayant du sang des Blancs (un ancien peuple disparu), pour que leurs rejetons aient des dons prophétiques, et au final les servent (« les Serviteurs croisent des enfants les uns avec les autres, entre cousins, entre frères set sœurs, (…) ceux qui ne présentent aucun signe de la lignée des Blancs sont détruits »). C’est aussi pour cela qu’ils ont pour projet de garder Abeille captive.

Sait-on comment naît un prophète blanc ? Difficile d’être affirmatif. Mais, le Fou a eu deux pères et une père tout comme Abeille a eu deux pères et une mère (Molly, Fitz et le Fou à cause de leur lien spécial). Toujours est-il que les Prophètes blancs ont nécessairement du sang de Blanc, à des degrés différents de pureté. Même si elle est une usurpatrice, la Femme Pâle dit la vérité quand elle dit que les prophètes descendent des « véritables Blancs (…) être merveilleux, disparus depuis longtemps de ce monde et de tous les autres, le teint laiteux et d’une sagesse incomparable, car ils possédaient le don de prescience ». C’est le Fou qui nous apporte une précision importante ; les Blancs ont vu leur monde disparaître et ils ont décidé de prendre des mesures : une Blanche « s’est mise à parcourir la terre et, chaque fois qu’elle rencontrait un preux digne d’elle, elle portait un enfant de lui ». On ne sait pas exactement comment les Blancs ont disparu et on peut penser que les Serviteurs actuels ont gagné l’île de Clerres (la terre des Blancs), ont trouvé des restes de prophéties, puis compris qu’il y avait là la possibilité de gagner en pouvoir, et ont donc mis en place leur plan d’élever des prophètes.

Abeille a un statut particulier : elle semble remplir plusieurs cases à la fois, à savoir Prophète, Destructeur (une prophétie a annoncé la fin de Clerres) et même catalyseur. A part Abeille, le Fou, Prilkop (et la Femme Pâle), d’autres prophètes sont mentionnés comme Cabal, Calum, Hoquin, Terubat, Damir ou Gerda.


mercredi 5 mai 2021

Dragons contre Serviteurs

 Il est assez difficile de dresser une chronologie précise des événements qui se sont déroulés il y a des années dans le Royaume des Anciens. La première référence que nous avons des Anciens se situe dans la saga de l’assassin royal : Le Fou et Kettricken tentent de sensibiliser les Loinvoyant puis plus tard Vérité partira à leur recherche. S’enfonçant dans les Montagnes, il sera incapable de les trouver. Il finira par construire son dragon de pierre et d’Art, comme le roi Sagesse avant lui.

Tout semble se résumer à une lutte d’influence entre les Quatre (et les Blancs, et les Serviteurs) et les Dragons (et les Anciens). Les Serviteurs s’établissaient au sud, Clerres étant leur capitale. Ils cherchaient à accumuler des richesses économiques et peser sur le monde, ils volaient des œufs de Dragons par exemple (vendaient leurs coquilles, en faisaient grandir d’autres pour en faire des potions ou des médicaments) et ont détourné le rôle des Prophètes Blancs. Leur principal opposant était donc l’alliance entre les Anciens et les Dragons, surtout les Dragons qu’il était inenvisageable de contrôler.

Si on se base sur les explorations et un rapport d’ Umbre, le territoire contrôlé par les Anciens était assez vaste et recouvrait des zones que le lecteur connaît bien, puisque ce sont là que se déroulent une bonne part des aventures :  « la salle de la carte d’Aslevjal montrait un territoire qui comprenait la moitié des Six-Duchés, une partie du Royaume des Montagnes, une vaste fraction de Chalcède et des terres de la part et d’autre du fleuve du désert des Pluies. Je pense qu’il s’agit du domaine sur lequel régnaient jadis les Anciens ».

Où sont donc passés les Anciens ? Qu’est ce qui a pu mener à leur disparition ? Pourquoi était-il si difficile de trouver trace des Anciens, notamment de Kelsingra ? On se rend compte que leur absence et les particularités géographiques de la région des Pluies sont liées. Il y a eu une catastrophe. On a plusieurs témoignages qui nous donnent une idée assez précise de ce qui s’est déroulé.

Capra, une des Quatre, confirme la rivalité entre Anciens et Serviteurs. Les événements les ont bien arrangés. Il semblerait que la nature se soit déchaîné contre les Anciens, on lit que « la montagne qui explose en gerbes de feu, les tremblements de terre qui ont dévasté les cités des Anciens et les vagues géantes qui ont mis fin à leur emprise sur le monde ».

Prilkop, un ancien Prophète blanc, et présenté comme l’Homme Noir, donne un même compte-rendu de la situation : « les dragons et la plupart de leurs serviteurs, les Anciens, avaient péri lorsque la terre avait tremblé, s’était fendue, et que les montagnes avaient vomi de la fumée, du feu et des vents empoisonnés dont l’impact brûlant avait abattu les arbres et détruit toute végétation. »

Umbre a exploré Aslevjal et en a rapporté des cubes de mémoire et c’est par son intermédiaire que nous en apprenons le plus sur l’ancienne civilisation des Anciens. Lui aussi rapporte l’importance de la catastrophe qui a tout détruit, ne laissant aux Anciens et aux Dragons que très peu de chances de survivre (« c’est au cours de l’été que la montagne brûla pour la première fois (…) ce n’était pas que la première fois que le sol tremblait sous nos pieds (…) la pluie qui s’abattit sur la ville était un mélange d’eau et de sable noir (…) des oiseaux sans vie tombaient du ciel et les poissons s’échouaient sur les rives du fleuve ». La ville évoquée ici est Kelsingra. Retrouvée par la bande d’adolescents qui s’occupent des nouveaux dragons, elle est un des vestiges que les héros ont retrouvé des Anciens (avec la route d’Art, les poteaux et les mémoires altérées des dragons et vivenefs).

Pouvant prédire plus ou moins correctement l’avenir grâce aux rêves des Prophètes, les Serviteurs n’ont rien fait pour empêcher la disparition de leurs ennemis. Capra le dit clairement, elle affirme que « nous savions que ces événements allaient se produire ! S’ils nous avaient été un peu plus utiles, peut-être les Anciens en auraient-ils aussi été informés ». Clairement, les Quatre ne veulent pas que les Dragons reviennent, ils en ont peur (« les dragons ne pardonnent pas et ils n’oublient pas »). C’est pour cela qu’ils font tout pour empêcher leur retour. 

Les Marchands de Terrilville et du désert des Pluies étaient une menace car ils vivent, en partie, sur les anciennes terres des Anciens. Il faut donc tout faire pour que ça n’arrive pas. Ronica Vestrit et Davad Restart, dans les Aventuriers de la Mer, nous apprennent que la Peste sanguine a dévasté les rangs des Marchands, tuant de nombreux filles et fils. Si la maladie a pris ces gens-là par surprise, ce n’est pas le cas pour les Quatre qui savaient ce qui allait se passer (« nous étions au courant de la Peste sanguine avant qu’elle ne fasse sa première victime »). Plus au nord, ils ont tout fait pour plonger les Six-Duchés dans une guerre civile. Ils désiraient qu’ils soient occupés dans une guerre interne et que cela les empêche de regarder ce qui se passe ailleurs, ainsi que mener à la division des Loinvoyant. Prilkop précise alors que la Femme Pâle est envoyée chez les Outrîliens et les Pirates Rouges pour atteindre ces objectifs : « elle souhaitait faire éclater les Six-Duchés en petits États qui se chamailleraient, et s’assurer ainsi que la magie ancienne des Anciens ne réapparaîtrait pas dans la lignée des Loinvoyant ».

Et, l’histoire a montré que les Serviteurs ont eu raison de se méfier de la vengeance des Dragons. Glasfeu fut pendant longtemps le dernier des Dragons. La tête embrumée, il pensa au suicide et finit par se plonger dans les glaces d’Aslevjal. Les derniers moments du dragon noir furent tragiques. Il est manipulé, sans envie (« te rappelles-tu comment tu nous as fait mourir avec un festin de bétail empoisonné ? (…) Comment, alors que je me battais contre vous, vous m’avez empli l’esprit d’une malédiction ? Enterre-toi dans la glace ! » 

Et bien entendu, les nouveaux dragons règlent leur compte. Ils détruisent la cité de Chalcède qui a osé attaquer Tintaglia et Glasfeu (cf. les événements des Cités des Anciens) et s’acharnent sur Clerres, juste après avoir tué les Abominations qui s’emparaient d’œufs de serpents sur l’île des Autres (le lieu où Tintaglia va pondre ses œufs). 

Clerres n’avait aucune chance d’échapper au courroux des Dragons. Il ne fallait pas seulement détruire ceux qui les avait presque éliminés, il y avait également une question de fierté en jeu (Tintaglia : « je brûle de rage à l’idée que, pendant des générations, ils ont cru pouvoir commettre leurs injustices sans avoir à payer les conséquences »).

vendredi 2 avril 2021

Souvenirs et vengeances

Je trouve intéressant le parallèle entre la fin de l'Assassin royal et la fin des Aventuriers de la Mer.
 
Dans les derniers moments de l'Assassin Royal, alors que le groupe de Vérité est dans la carrière, Fitz se vide de ses sentiments dans la Fille-au-Dragon. Il y laisse, entre autres, de souvenirs de Molly, de Chevalerie ou de sa mère. Le Fou lui dit qu'il en paiera les conséquences plus tard, son compagnon de Vif Oeil-de-Nuit le supplie de ne pas aller trop loin car il ne veut pas être lié à un forgisé. Et, en effet, cela a un fort impact sur la future vie de Fitz. Alors qu'il aurait pu se réinsérer dans le monde, il décide de parcourir le monde. Et quand il revient dans son pays natal, il se cache dans un coin paumé et maudit (près de Forge). C'est un peu comme si se vider lui avait ôté de la sociabilité.

Dans les Aventuriers de la Mer, Althéa est violée par Kennit. La douleur, la peine, les souvenirs la détruisent petit à petit. C'est Parangon qui prendra les choses en main en lui enlevant toutes les émotions qui attachées au viol. Les vivenefs absorbent les souvenirs de leurs maîtres (via le sang), les Dragons mangent les cocons non éclos et parfois des corps de gens qu'ils considèrent (Akennit par exemple). Dans tous les cas, cela permet à Althéa de poursuivre son chemin avec Brashen.

Cela ne s'arrête pas là, puisque dans Adieux et retrouvailles, le Fou rend à Fitz tout ce dont il s'était débarrassé des années plus tôt. Fitz vient de ramener le Fou à la vie, ils se reposent dans la carrière et suite à un échange de baisers Fitz hérite enfin de son passé. C'est important car Fitz décide enfin d'aller voir Molly. Il ne va pas fuir avec le Fou (même si l'idée l'a effleuré), non. Il décide d'aller là où des gens l'attendent et possiblement l'aiment. Il ne se coupe pas du monde. Il fait connaissance avec sa fille Ortie (péniblement ) et épouse Molly.

J'ai toujours considéré Kennit comme un salopard. On ne peut pas excuser ce qu'il a fait à Althéa, même si son histoire personnelle pourrait pousser à relativiser : Igrot a sans cesse abusé de lui et a même tué deux fois le jeune homme. Parangon l'a sauvé (ce sont d'ailleurs les conséquences qui contribueront à faire du Parangon une vivenef folle : Kennit tuera le capitaine Igrot de ses mains, et son sang souillera le pont du bateau et pénétrera donc Parangon).
Pour autant, le passé de Kennit est donc tragique et le lecteur a un très bon ressenti de ce Kennit a vécu dans le chapitre 2 du Destin de l'assassin. Même Fitz qui a vécu son lot de choses horribles est submergé par les souvenirs que lui montrent Parangon.

A différents endroits du monde, des choses semblables se produisent et les gens réagissent différemment. Il ne doit pas y avoir un personnage avec une vie "propre" dans tout l'univers créé par Hobb (Royal à la rigueur, mais il a perdu sa mère). C'est Elliania qui se retrouve fiancée à un prince qu'elle ne connaît pas à cause de la volonté des Quatre, c'est Thymara qui dépasse son statut d'esclave pour devenir Ancienne, c'est Persévérance qui se relève de ce qu'il a vécu à Flétribois pour sauver Abeille. Et souvent, surtout quand ils ont fréquenté Fitz, le Fou, un Loinvoyant ou un Dragon, ces personnages cherchent la vengeance. C'est pour ça que les Iles des Outrilliens sont détruites, tout comme Clerres, la capitale de Chalcède. Et c'est pour ça que la guerre et la violence règnent dans ce monde.  Caudron, Prilkop et Fitz l'ont bien compris : la vengeance appelle la vengeance dans un cycle sans fin.

Si on parle de vengeance, le personnage d'Elliana est éclairant. Son pays a été détruit par les Six-Duchés à la fin de la guerre. Elle a fini par épouser Devoir, le fils de l'homme qui a détruit ses îles. Elle a vu Fitz et Devoir la venger de ce que la Femme Pâle a fait à son clan. On aurait pu croire que cela s'arrêtait là, que sa colère était assouvie. Mais quand Abeille a été enlevée, elle fut la plus vindicative (« une vengeance sanglante et méritée contre ceux qui ont volé une fille de notre de sang, comme celle qu’il a exercée quand la Femme Pâle a volé ma mère et ma soeur »).

Et, donc, Fitz et le Fou ont sauvé Abeille. Ils ont aussi participé à venger les Dragons du mal que leur avaient fait les Serviteurs des siècles avant… Les Serviteurs et les Anciens (et donc les Dragons) étaient pris dans une sorte de rivalité et les premiers nommés ont tenté d’empoisonner des Dragons et n’ont rien fait pour prévenir les Anciens du cataclysme qui les a frappés. Les villes des Anciens furent détruites et le climat à jamais modifié (d’où les Rivages Maudits). Glasfeu et les autres Dragons ont donc consciencieusement détruit Clerres.


samedi 4 avril 2020

L'histoire de Glasfeu

Dans la saga du Royaume des Anciens, des créatures font leur retour en force, les dragons. Nous en avons un premier aperçu quand Vérité décide de forger un dragon de pierre pour affronter les terribles Pirates Rouges. Un certain nombre d'indices lors de sa quête nous montre qu'ils ont bel et bien existé (des rêves d'Art de Fitz, des paroles du Fou, des textes anciens). La confirmation de leur existence viendra des Aventuriers de la Mer quand Tintaglia émergera d'un cocon puis Glasfeu des glaces d'Alsevjal. Dans les romans des Cités des Anciens, nous suivons le retour des dragons vers Kelsingra, une cité mythique des Anciens.

Ceux qu'on appelle les gardiens sont forcément intéressés par ce qui a trait aux dragons. Bien qu'ils ne soient que des pauvres gens, des esclaves, des déformés, des sans ressources, les rumeurs du vaste monde viennent jusqu'à eux. C'est par exemple Thymara qui est au courant de la prouesse de Devoir (« la grande créature noire avait émergé de son long sommeil, pris Tintaglia comme compagne ; et ils s'étaient envolés ensemble pour chasser, manger et s'accoupler »).

Pourquoi Glasfeu s'est-il volontairement enfermé dans les glaces ? Était-ce un suicide ? C'est visiblement un enchaînement : des catastrophes naturelles, une attaque coordonnée des Blancs et de leurs Serviteurs et une attaque contre son mental. On a un aperçu de ce qui leur est arrivé dans l'Homme noir ; on y lit que « les dragons et la plupart de leurs serviteurs, les Anciens, avaient péri lorsque la terre avait tremblé, s'était fendue, et que les montagnes avaient vomi de la fumée, du feu et des vents empoisonnés ». Notons au passage que grâce à leur science, les Blancs savaient ce qui pouvait arriver et n'ont rien fait pour aider les dragons. Mais, les Blancs et les dragons étaient engagés dans une féroce compétition pour contrôler le monde...
Glasfeu, ne voyant que serpents et dragons morts, subissant le harcèlement de ses ennemis, ne pense avoir qu'un seul recours : en finir avec la vie. On a presque un peu de pitié pour le vieux dragon. Quand il partage ses pensées, involontairement, avec Fitz, on se rend compte à quel point ses derniers instants furent pathétiques : « Glasfeu avait glissé dans un état suspendu, mais sans parvenir à se défaire de son organisme (…) Il aspirait à la mort, il rêvait de la mort. »

Devoir le libère donc de la glace et les choses ne furent pas aisées. Il fallait bien entendu lutter contre les manigances de la Femme Pâle, il fallait aussi prendre en compte les superstitions locales. Quand Elliania lance le défi au Prince Loinvoyant, l'adolescent ne sait pas que sa quête n'est pas bien vue dans les Îles Outriliennes. Le clan de l'Ours et du Hibou sont très vindicatifs (« nul homme ne doit tuer Glasfeu, narcheska, pas même pour l'amour de vous »). Le dragon emprisonné dans la glace est devenu un lieu de contemplation, il est comme une figure divine : « voilà la bonne fortune que nous obtenons en honorant Glasfeu. Déshonorez-le, doutez de lui, et je préfère ne pas imaginer le malheur qui s'abattra sur vos maisons ».

Fitz et le Fou, aidés par Burrich, Umbre, Lourd et d'autres, parviennent à contrecarrer les plans de la Femme Pâle, Illistore. Cette dernière ne se contente pas de regarder la lente agonie du dragon, elle veut sa mort. On l'apprend quand Prilkop (l'Homme noir) raconte son histoire à Abeille dans Le destin de l'assassin. Il lui dit qu' « elle cherche le dragon, et je suis stupide : je montre le chemin. Alors elle trahit, elle essaie tuer Glasfeu » ou encore « son destin était de s'employer à ce que les dragons ne reviennent jamais dans notre monde ». Prilkop est plus que choqué par le choix de Glasfeu.
Malheureusement pour les Blancs, Devoir est parvenu à relever le défi. Umbre informe Fitz que « le dragon a déposé tout seul sa propre tête sur la pierre d'âtre ». Ortie nous en apprend un peu plus et son éclaircissement illustre bien le caractère hautain et peu reconnaissant de ceux de son espèce (« Glasfeu était trop mesquin pour reconnaître sa dette »).

Dans le puits d'Argent, les gardiens font connaissance avec Glasfeu et tout ne se passe pas très bien. Glasfeu et Tintaglia viennent d'être empoisonnés par du bétail contaminé donné par les Chalcédiens. Ils viennent donc à Kelsingra pour se panser et avoir de l'argent. Il fait une entrée fracassante : « les humains m'appellent Glasfeu. Il en reste au moins ici qui n'a pas oublié les anciennes formules de politesse de votre espèce ». On voit bien là l'habituel sentiment de supériorité qu'ont les dragons envers les humains.
Les gardiens le craignent, les autres dragons sont circonspects. Tatou pense qu' « il est fou de douleur (…) il est imprévisible », Sintara conseille son gardien (« reste loin de lui, je crois qu'il est fou »). Et un peu plus loin, on lit que « tous les gardiens s'étaient assemblés pour voir le plus vieux dragon du monde, mais à distance prudente ».

Sa relation avec Tintaglia est plus compliquée.
Quand ils étaient le dernier de leurs espèces, ils n'avaient pas eu d'autre choix que s'accoupler. Mais avec le retour des dragons, tout a changé. Tintaglia a décidé de s'occuper d'eux. Bien qu'elle accepte la nécessité de se venger de Chalcède, elle lui en veut quand même (« il n'appelait pas à la vengeance quand c'est moi qui étais mourante »). Les choses changent quand la meute de dragons s'en va vers Chalcède. Reyn est un observateur bien placé pour analyser les dynamiques des dragons. Il note que leur formation de vol répond à une logique de domination, de pouvoir et qu'être bien placé près de la Reine Tintaglia est important. Les mâles se disputent pour elle. Reyn «  se rendait compte que le mâle noir et Kalo se battaient sans cesse pour occuper un point derrière Tintaglia ».
A la fin des Cités des Anciens, c'est Kalo qui domine Glasfeu (« après leur dernier affrontement, Glasfeu a dû se déclarer vaincu et il est sans doute allé tuer une grosse proie, la dévorer et cuver son festin »).

Nous retrouvons Glasfeu dans la dernière trilogie. Tintaglia et les autres dragons finissent par apprendre la terrible vérité, que Glasfeu a fui et failli à ses responsabilités. C'est une époque de vengeance (pour Fitz et les dragons) et chacun a besoin d'informations. Glasfeu, le dragon qui a traversé les époques, en a. Malheureusement, il les cache et se cache. Gringalette s'exprime à travers Kanaï pour transmettre l'avis général des dragons : « Glasfeu ? Rien, c'est une brute qui ne sert à rien, ni aux dragons ni aux Anciens. » La colère de Tintaglia éclate quand elle apprend la façon dont le vieux dragon noir a vécu ses derniers jours avant de s'enfouir dans la glace. Il fait honte, il n'est pas digne. Ses propos sont clairs, « Glasfeu est un pleutre. Un dragon qui préfère s'ensevelir dans la glace plutôt que de se venger, par crainte pour sa propre sécurité, n'est pas un dragon ! »
Dorénavant, puisqu'elle a pris le dessus sur Glasfeu, Tintaglia sait que « les Blancs et les Serviteurs ont fait grand tort aux Dragons. Ils ont cru pouvoir commettre leurs injustices sans avoir à payer les conséquences ! Cette honte est toute entière due à la lâcheté de Glasfeu ! »

Mais, tout n'est pas négatif. Il serait injuste de le limiter à un vieux dragon suicidaire. Il est aussi une créature puissante, intrépide.
Il est celui qui organise l'assaut contre Chalcède (« Glasfeu avait l'expérience du combat contre les humains (…) le vieux dragon noir tenait à prendre Chalcède par surprise »), il est le dernier à s'en aller et semer la mort (« le palais du duc était tombé sous les assauts orchestrés par Glasfeu, implacable et sans pitié .»)
Glasfeu sera aussi de la partie quand il faudra détruire Clerres. Il fait une remarquable entrée (« je suis de retour, et je vous apporte la mort ! »). Lui aussi ouvre une fenêtre sur les événements du passé et renseigne le lecteur sur ce qui s'est passé des années avant : « te rappelles-tu de moi Clerres ? Te rappelles-tu comment tu nous as fait mourir avec un festin de bétail empoisonné (…) Comment alors que je me battais contre vous, vous m'avez rempli l'esprit d'une malédiction ? (…) A l'époque, je me suis enfui. Vous m'avez couvert de honte ! Vous avez fait de moi le dernier dragon au monde. » Et bien entendu, il tue, détruit des bâtiments.