Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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mardi 10 décembre 2024

La Femme Pâle contre le Fou : les prophéties et les oppositions

Le lecteur suit Fitz dans ses aventures et péripéties sans se douter qu’il y a une logique prophétique derrière. Bien entendu, on comprend que les manœuvres de Fitz servent à ce que les Loinvoyant conservent leur autorité sur le royaume, que Fitz est là pour répandre la justice du roi (des mises à l’écart, de discrets avertissements). Les premières mentions à des prophéties se font par l’intermédiaire du Fou, un être étrange venu d’un pays lointain. Fitz n’y croit pas, refuse de les écouter. Quand le Fou lui en parle, il est mal à l’aise. Lorsque Fitz évoque la question avec Umbre, celui-ci se montre un peu curieux mais rien de plus. Il faudra attendre que Fitz rencontre Caudron pour qu’il s’ouvre enfin aux prophéties. Ce n’est pas tant qu’il croit, c’est qu’elle lui permettrait de réparer des erreurs passées ; Caudron lui met l’eau à la bouche en lui disant que les Prophètes Blancs œuvrent à la fin du temps, c’est-à-dire que l’humanité ne sera plus soumise à des contraintes temporelles. Fitz s’engouffre bien entendu dans ce fantasme et se met à la possibilité de réparer les choses avec Molly. Mais, la réalité est bien différente : pour le moment, Caudron n’est qu’à la recherche du prophète de son époque. Elle se base sur de maigres indices récoltés ici ou là. Elle ne sait pas grand-chose si ce n’est que « loin dans le Sud, il est un pays où l’on est convaincu qu’à chaque génération naît un Prophète blanc quelque part dans le monde. Il ou elle paraît, et si l’on tient compte de son enseignement, le cycle du temps prend une meilleure voie ; si on le néglige, le temps s’engage sur un chemin plus ténébreux ».

Visiblement, le Fou est le Prophète de son époque. Et il a choisi son héros, son catalyseur : Fitz. A première vue, ce qu’il demande à Fitz n’a rien d’héroïque : il doit seulement rester en vie et faire en sorte qu’un Loinvoyant reste sur le trône. Mais, les choses s’annoncent compliquées car le cours des choses n’est pas celui que le Fou prône. Les Six-Duchés sont plongés dans la violence, Royal s’est emparé du pouvoir et si il le conserve alors la lignée des Loinvoyant s’éteindra. C’est pour cela qu’il insiste pour savoir si Fitz a eu un enfant avec Molly, c’est pour cela qu’il a traversé le royaume du nord au sud avec une Kettricken enceinte et c’est pour cela, qu’en dernier recours, il se lance à la recherche de Vérité.

En tant que prophète, le Fou n’a qu’une certitude : Fitz est son Catalyseur. Il le lui dit clairement lors de leurs retrouvailles dans le Prophète blanc (« ton être est le levier dont je me sers pour obliger l’avenir à sortir de son ornière »). S’il n’est certain que de ça, c’est que le reste est flou. Les prophéties (du Fou ou d’autres) ne sont pas claires, elles sont sujettes à interprétation et à validation. D’une certaine façon, le Fou est aussi aveugle que les autres, si ce n’est sa conviction de suivre le bon chemin. Déjà, dans la Reine solitaire, il tentait d’expliquer à Fitz comment une prophétie fonctionne : « je sais qu’il se passe quelque chose avec un héritier Loinvoyant ; s’il s’agit de ta fille, alors dans des années d’ici, je lirai sans doute quelque ancienne prophétie et je m’écrierai : Ah ! oui, c’est là, tout était prédit. Nul ne comprend vraiment une prophétie tant qu’elle ne s’est pas réalisée ». On saisit bien que la prophétie ne peut être comprise que si elle se réalise. Si c’est vague, c’est aussi parce que les prophéties ont été écrites des années avant, bien longtemps dans le passé. C’est peut-être aussi la conséquence du fait que le prophète va chercher son catalyseur et naturellement l’influencer. Là, rien n’est garanti : Fitz est un catalyseur têtu, borné et parfois stupide ; le Fou est un prophète n’hésitant pas à cacher sa confusion (« j’ai eu le sentiment d’être transporté au sommet d’une montagne qui surplombait une vallée noyée dans le brouillard ; je ne prétends pas être capable de voir à travers ce brouillard, mais je le domine et je distingue dans le lointain les cimes d’un nouvel avenir possible. Un avenir qui repose sur toi »). D’ailleurs, il semble presque que le Fou ne cherche pas tant à savoir si ses prophéties se réalisent (« mon rêve a été dûment archivé, et un jour dans les années à venir, des sages se mettront d’accord sur son sens. Sans doute longtemps après notre mort à tous les deux »). S’il paraît aussi détaché, c’est possiblement parce que les prophéties (les rêves) s’imposent à lui et qu’il ne les contrôle pas.

La vie de Prophète n’est pas de tout repos. Il ne se contente pas d’avoir des prophéties, souvent sous forme de rêves. Il s’implique, il s’attache aux gens, il traverse le monde pour trouver son catalyseur, sa survie n’est en rien garantie. Lorsque le Fou a accompagné Kettricken, de Castelcerf à Jhaampe, il a dû le faire en échappant aux troupes de Royal, il a donné de sa personne car il pensait que le bébé que Kettricken (Oblat) portait aiderait à accomplir sa prophétie. Malheureusement, ce n’a pas été le cas puisque « l’enfant de Kettricken, mon dernier espoir, est né inerte et bleu, ce ne pouvait être encore une fois que de mon fait ». Le Fou se sent coupable de la mort d’Oblat et de son échec. Pire, il est à deux doigts, quelques mois plus tôt, de faillir à sa mission en s’attachant trop à Subtil et en oubliant pourquoi il est là. Il reproche à Fitz de tuer Subtil, privilégiant son lien affectif au vieux roi plutôt que les motivations du catalyseur (« alors tu causeras la mort des rois »). Notons au passage que cette accusation s’est réalisée puisque Fitz a, involontairement, contribué à la mort de Royal et à la transformation de Vérité.

Le Fou se dit être le prophète de son époque, il en est convaincu. D’autres ont un avis différent, notamment ses instructeurs. Eux ont relâché celle qu’ils pensent être la prophète. Le Fou sait qu’elle existe et qu’elle s’oppose à lui : « il existe quelqu’un, une femme, qui rêve d’approprier le manteau du Prophète Blanc et de lancer le monde sur la route de ses visions. Depuis toujours, je lutte contre son influence, mais dans le changement de direction que nous connaissons aujourd’hui, sa puissance croit ». Elle, c’est la Femme Pâle, et elle veut la mort de Fitz. Bien trop attaché à Fitz, le Fou en fait une affaire personnelle, il est trop impliqué, trop amoureux. Il a plus à perdre que son simple catalyseur, cela le perturbe à un point qu’il doute de sa mission (« elle lance la mort sur toi et je m’efforce de t’écarter de son chemin (…) je ne veux plus être le Prophète blanc ; je ne veux plus que tu sois mon Catalyseur (…) mais, il n’est pas possible d’arrêter. Seule ta mort peut mettre un terme à cette partie »).

A Aslevjal, la Femme Pâle finit par rencontrer Fitz. Loin de chercher à le tuer comme le pensait le Fou, la Femme Pâle tente de charmer Fitz par ses mots et par son physique. Elle admet que les Blancs peuvent tenter de changer le cours du temps mais que rien n’est figé, rien n’est écrit. Elle cherche à ébranler ce que le Fou a appris à Fitz : « le premier imbécile venu comprendra que l’avenir n’est pas écrit à l’avance, il en bourgeonne un nombre infini à l’extrémité de chaque instant (…) nous les Blancs (…) nous pouvions néanmoins nous servir de notre savoir pour orienter d’autres peuples, inférieurs à nous, vers des voies qui dirigeraient progressivement le courant du temps vers des eaux plus calmes et plus sûres ». Elle va encore plus loin dans la critique négative en se moquant de son objectif (« il se croit investi de la mission de réintroduire les dragons sur cette terre ; selon lui, il faut opposer une concurrence à la domination de l’homme »). Si cet argument fonctionne, c’est parce que le Fou n’a jamais réussi ou voulu clairement expliquer en quoi le retour des dragons serait bénéfique pour l’humanité, alors que la Femme Pâle est claire sur tous les désagréments que cela apporterait. Elle persiste dans son développement : « si vous étiez mort au bon moment, le trône serait revenu sans heurt à Royal (…) Certes, la lignée aurait disparu avec lui, mais splendidement, dans la paix et l’abondance pour les Six-Duchés comme pour les îles d’Outre-Mer ». Cet argument montre qu’elle a bien cerné Fitz lui a qui si souvent voulu mourir ou se sacrifier (pour Molly, pour Vérité). Elle sous-entend également que Royal aurait pu être un bon Roi dans un contexte de paix, bénéficiant de la sagesse de Subtil et sans doute des conseils de la Femme Pâle. Mais, la Femme Pâle n’a pas que la mort et la peine à offrir à Fitz et c’est une forte différence avec le Fou. Elle est une femme, elle est encline à lui offrir son corps, à coucher avec lui (chose que Fitz a toujours refusé de faire avec le Fou) et à lui donner un enfant. Ce serait en quelque sorte la combinaison ultime comme elle l’affirme à Fitz : «  nous représentons enfin le couple parfaitement complémentaire : non seulement Prophète et Catalyseur, mais aussi mâle et femelle, nous formerons l’harmonie qui change le monde (…) Notre enfant sera magnifique (…) Notre fils fera ton bonheur, je te le promets ». C’est une prophétie bien tentante pour Fitz ; et là aussi bien plus enthousiasmante que celle que le Fou (via Caudron) lui avait fait des années auparavant (« il aura soif du sang de son propre sans et sa soif jamais ne sera étanchée. Le Catalyseur désirera en vain foyer et enfants, car ses enfants seront ceux d’un autre et celui d’un autre le sien »). Précisons que cette prophétie s’accomplit car Devoir et Ortie grandiront sans savoir qui est leur père et qu’il adoptera Heur.

Le Prophète est amené à souffrir, et parfois à devoir donner sa vie. Le Fou en a conscience et c’est ce qui le différencie de la Femme Pâle. En se rendant sur Aslevjal, le Fou savait qu’il devait mourir (« Elle m’est venue en rêve, lors d’un cauchemar échevelé de mon enfante. Cette fois-ci, sur Aslevjal… Ce sera mon tour de mourir ») et il l’a fait vaillamment : il a affronté la torture, les coups sans dévier de son objectif (libérer le dragon). La Femme Pâle, défaite, s’accroche à la vie. Elle devient une créature pathétique incapable de se débrouiller seule et qui demande tout et n’importe quoi à Fitz (qu’il la sauve, qu’il la tue). Dans les deux cas, elle affronte la situation sans aucune grâce comme le lui dit Fitz : « vous n’avez pas eu son courage ; lui a accepté le prix que lui imposait le destin ; il a subi son supplice et sa mort de son plein gré, et il a gagné ».

Il arrive que les prophéties soient dépassés par les événements. C’est arrivé deux fois au Fou. La première fois est lorsque Fitz et Oeil-de-Nuit ont ranimé les dragons de pierre dans la Reine Solitaire ; il fallait quelqu’un pour les conduire et ils ont choisi le Fou. Ce dernier ne sait que répondre, il n’est pas un guerrier, il est aveugle quant aux événements en cours (« je ne l’ai jamais vu dans mes rêves, je n’en ai jamais entendu parler dans un manuscrit. J’ai peur de conduire le temps dans une mauvaise direction »). La deuxième fois a lieu lorsque Fitz ramène le Fou à la vie (dans le tome Adieux et retrouvailles). Le Fou avait accepté sa mort ; de retour à la vie, il ne sait quoi en faire. Tout ce qu’il voulait faire s’est réalisé. Continuer à vivre, c’est influencer le cours des événements et donc prendre le risque de modifier ce qu’il a créé (« j’en ai beaucoup discuté avec Prilkop ; nous sommes très ignorants de la situation que nous vivons, de cette existence par-delà le temps où nous jouions notre rôle de Prophète blanc »). Et en effet, le simple fait de revenir à la vie a suffi et amènera ce qui se passera dans la troisième partie de l’assassin royal : l’affrontement final entre les gens du Fou et les gens de la Femme Pâle.


jeudi 4 avril 2024

Clerres : perversion et chute

 

La trilogie du Fou et de l'assassin élargit le monde connu. Ce qui n'était que des suppositions ou des allusions devient bien plus concret. On découvre alors en profondeur Clerres : une ville, un lieu de pouvoir. On comprend que Clerres a une histoire aussi riche que d'autres grandes villes de la saga comme Kelsingra, Terrilville ou Castelcerf.

Très tôt dans la saga, Clerres est évoquée. La ville n'est pas nommée mais fortement suggérée (lorsque le Fou révèle qui il est et d'où il vient à la fin du second tome ou le moment où le Fou et Prilkop révèlent à Fitz qu'ils vont retourner dans leur école). Si ces deux prophètes désirent retourner à Clerres, c'est aussi parce que c'est le lieu qui accueille les gens comme eux, des individus qui ont des dispositions spéciales. Les gens du Nord n'en ont pas connaissance mais « il existait une école à Clerres où l'on apprenait aux enfants dotés de caractéristiques des Blancs à noter leurs rêves, les images qui leur venaient, et leurs visions de l'avenir ». On a là un premier aperçu de Clerres : un endroit de connaissances, de savoirs. Avant d'être pervertie, Clerres était un endroit unique, mythique et fantasmé, presque un refuge. Quand le Fou parle du Clerres d'avant, c'est avec des mots positifs : « c'était une bibliothèque qui regroupait toute l'histoire des Blancs, tous les rêves qui avaient été archivés (…) c'était une ville faite pour les historiens et les linguistes (…) les gens se rendaient compte que leur enfant était étrange, et ils l'amenaient à Clerres, ou bien il grandissait chez lui en sachant qu'il devait entreprendre un jour ce voyage ». Autrement dit, Clerres était une destination incontournable, qu'on le veuille ou non. Ceux qui avaient un don étaient immanquablement attirés.

Géographiquement, Clerres fait voyager le lecteur vers des terres inconnues, bien plus au Sud qu'il n'a jamais été, loin de Terrilville et autres villes des Marchands. Fitz se rend compte que c'est une « cité très loin dans le Sud,au-delà de Chalcède, des Îles Pirates, de Jamaillia et des îles aux Épices ». Quand le Fou raconte à Fitz la façon dont il est retourné à Clerres après la libération du Glasfeu, il l'informe que « nous sommes parvenus à Clerres puis nous avons continué jusqu'à l'île Blanche, où se trouve l'école qui s'appelle aussi Clerres ». Clerres est donc à la fois le nom de l'île et le nom de l'école. Notons que Clerres est un carrefour, un lieu de passage fréquenté qui n'attire pas que les Blancs. C'est un lieu de commerce, un endroit influent. Selon le Fou, « toute sorte d'individus se rendent là-bas, des marchands venus de porcs lointains, des gens impatients de connaître leur avenir, d'autres qui souhaitent devenir serviteur des Blancs, des mercenaires qui veulent entrer dans la garde ». A ce niveau, Clerres est un peu en opposition à Castelcerf, une ville qui, si elle a commercé, a longtemps été peu tournée vers le monde puisque tourné vers la guerre.

Clerres est une grande ville. Quand on lit ses descriptions, la façon dont les lecteurs la considèrent, on a bien plus l'impression d'être en présence d'une Terrilville ou d'une Kelsingra époque des Anciens que de Castelcerf. Il y a l'impression d'une ville riche et prospère, propre et organisée. Le Fou et Prilkop sont de bons observateurs de la ville : ils l'ont connue à des moments différents et ils peuvent noter les changements lorsqu'ils y retournent. On comprend avec leur témoignage que la ville ne s'est pas seulement enrichie, elle s'est agrandie, a gagné en importance : « Clerres s'était beaucoup étendu depuis mon départ, et Prilkop était abasourdi de constater que le petit village de ses souvenirs était devenu une masse de murailles, de tours, de jardins et de portes. » Alors qu'ils approchent de la ville pour sauver Abeille, le Fou (devenu Ambre) éclaire Fitz. Il le prévient que « Clerres a des patrouilles qui parcourent efficacement les rues et les ponts ». C'est un endroit comme il a rarement vu. Pourtant, Fitz a beaucoup voyagé : il a parcouru de long en large les Six-Duchés, il a remonté le fleuve du désert des Pluies, il a été à Terrilville, en Chalcède, dans les Montagnes, à Kelsingra... Il est malgré touché par ce qu'il voit : « j'observai Clerres pendant que le ciel s'éclairait. La ville était encore plus charmante au lever du jour, étendue de verdure soignée et d'habitations bien ordonnées ». Cela n'a rien à voir avec le côté désorganisé et sauvage de Castelcerf.

Tout cela peut donc laisser croire que tout est beau à Clerres. Mais, la ville a une face obscure, une face sombre symbolisée par l'emprise des Serviteurs et des Quatre. Là encore, il y avait des indications que cette école n'était pas si parfaite que ça. Le Fou avait prévenu qu'on avait tout fait pour le retenir, pour l'empêcher d'accomplir son destin car cela ne correspondait pas aux attentes des décideurs. Si il y est malgré tout retourné, c'est en partie à cause de Prilkop qui l'a convaincu que Clerres ne pouvait pas être si changée que ça : « Lui avait toujours eu envie de regagner Clerres (…) il en avait gardé un souvenir très différent du mien, car il venait d'une époque où les Serviteurs n'étaient pas encore corrompus, où ils servaient vraiment les Blancs. » Il faut bien préciser que Clerres existe pour permettre aux Blancs d’œuvrer correctement, toute la logistique doit leur servir. Les Serviteurs ont retourné la relation, pris le pouvoir et asservi les potentiels prophètes, les gens qui faisaient des rêves. Au fil des années, Clerres est devenue un élevage, un lieu d'expériences et une ville d'où se déploie le pouvoir des Serviteurs. Ils ne servent plus l'histoire mais leurs propres intérêts et sont prêts à tout pour atteindre leurs buts (« les Serviteurs croisent des enfants les uns avec les autres, entre cousins, entre frères et sœurs, et les enfants mal formés qui naissent de ces unions, ceux qui ne présentent aucun signe de la lignée des Blancs sont détruits avec la même indifférence qu'on arrache une mauvaise herbe dans un jardin »). C'est pour cela que la Femme Pâle a été préférée au Fou : lui allait à l'encontre de ce que désirait les Serviteurs, il était bien trop indépendant. On pourrait presque croire que la Femme Pâle a été construite pour contrecarrer les plans du Fou mais surtout permettre aux Serviteurs de maintenir leur influence. C'est en tout cas ce que pense le Fou : « Les richesses de Clerres avaient été mises à sa disposition afin qu'elle oriente le monde sur leur fameuse vraie Voie. »

Les dirigeants de Clerres ont le besoin de contrôle. C'est pour eux une nécessité ; ils élèvent leurs prophètes pour être certains qu'ils adhéreront à leurs idées. Quelqu'un comme Prilkop est pour eux un danger, un ennemi (Dwalia : « étant que c'était un Blanc naturel et non élevé à Clerres, il est resté trop peu de temps dans notre école pour que nous puissions nous assurer de sa loyauté »). Prilkop se retrouve alors derrière des barreaux. Le Fou, lui, a été torturé à son retour.

Clerres a un ennemi historique : les dragons. Ils ont tout fait pour les éliminer et ils ont tout fait pour qu'ils ne reviennent pas. Puisqu'ils avaient accès à des rêves prophétiques, ils pouvaient analyser différents scénarios et choisir ceux qui leur convenaient.

La cruauté de ces individus était telle qu'ils étaient capables de laisser se développer des terribles maladies ou des catastrophes naturelles sans prévenir si ça les arrangeait. On sait, par exemple, que la famille Vestrit a été lourdement touchée par la Peste ; on apprend que les Quatre savaient et n'ont rien fait (« nous étions au courant de la Peste sanguine avant qu'elle ne fasse sa première victime »). Ce n'est même pas du désintérêt, un repli sur leur monde ; c'est surtout une volonté de tout faire pour que les dragons ne reviennent pas. Sans doute pensaient ils qu'une Terrilville prospère se développerait et explorerait les mystères du monde des Anciens. Les Anciens étaient une menace, bien trop proches des dragons, bien trop indépendants et non soumis. Clerres a donc assisté de loin à la catastrophe : « la montagne qui explose en gerbes de feu, les tremblements de terre qui ont dévoré les cités des Anciens et les vagues géantes qui ont mis fin à leur emprise sur le monde (…) S'ils nous avaient été un peu plus utiles, peut-être les Anciens en auraient-ils aussi été informés ; mais ils préféraient les dragons aux humains. Ce fut leur perte. »

Mais, les dragons sont de retour et le destin de Clerres est menacé. Capra, une des Quatre, le sait. Elle est quasiment convaincue que les choses vont mal tourner. Il y a trop de rêves d'un Destructeur qui viendrait tout mettre à bas. Il y a surtout le retour des dragons et une vengeance inévitable de leur part. Elle tente de prévenir ses collègues (Coultrie, Symphe et Fellodi) : « les dragons sont à nouveau en liberté dans le monde, et les luriks qui nous restent rêvent de sombres visions de loups, de fils et de dragons. Nous étions pourtant à ça de les arrêter pour toujours : Les dragons ne pardonnent pas et ils n'oublient pas ». En étant incapables de tuer le Fou pour de bon, les Quatre ont laissé le cours des choses leur échapper. Le Fou a tout fait pour faire revenir les dragons et il y est parvenu. Pire, ils n'ont rien arrangé en enlevant Abeille, la fille de Molly et Fitz. Fitz fait tout pour la retrouver, ou la venger. Sur sa route, il forge des alliances inédites et rencontre des dragons. Quand il évoque à Tintaglia le nom de Clerres, la réaction de la dragonne est intéressante (« Peur. Un dragon pouvait éprouver de la peur ? ») Tintaglia, comme tous les dragons, a le souvenir de ses ancêtres. Ils sont certes incomplets mais suffisamment équivoques pour faire émerger cette émotion. Elle sait que quelque chose de terrible a eu lieu pour son espèce mais ne sait pas quoi exactement. Tintaglia ira alors rencontrer le vieux dragon noir Glasfeu qui l'éclairera sur ce qui s'est passé, notamment les empoisonnements. Dès lors, le sort de Clerres est écrit : la ville doit être détruite. Il y a eu trop de torts causés aux dragons pour qu'ils ferment les yeux ; Clerres a tenté de les éradiquer, a volé leurs œufs pour faire des expériences. Tintaglia est claire quand elle dit que « un humain ne peut exécuter la punition que Clerres mérite. Quand nous arriverons là-bas, nous détruirons pierre par pierre et dévorerons ceux qui ont osé tuer des dragons ». Une assemblée constituée de pirates, Marchands, de gens des Six-Duchés et des dragons arrive alors sur Clerres et détruit la ville. En réalité, le plus gros du travail est fait par les dragons qui ne connaissent aucune limite, ne montrent aucune retenue. Pour ne rien arranger, Glasfeu retrouve un peu courage et se mêle à la fête. Lui aussi est revanchard, d'autant plus qu'il a été humilié (« te souviens-tu de moi, Clerres (…) te rappelles-tu comment tu nous as fait mourir avec un festin de bétail empoisonné ? »)

Les Quatre sont tués un par un. La ville est ravagée comme l'observe de loin Fitz : « je vis les ruines du château de Clerres (…) la forteresse n'existait plus que sous la forme de décombres répandues à l’extrémité de la péninsule ». Clerres est battue, les dragons ont gagné. Surtout, le Fou a atteint son but : les futurs gens doués ne seront plus exploités.

dimanche 16 janvier 2022

Prilkop : dans le déni quant à Clerres ?

Clerres pensait être à l’abri. Les dragons avaient disparu, les Loinvoyant et leur magie d’Art pris dans la guerre des Pirates Rouges. Seulement, il y a eu un hic : le Fou s’est mis en tête de changer les choses. Il a permis à la lignée des Loinvoyant de survivre et de se débarrasser des Pirates Rouges et avec d’autres personnes il a permis le retour des dragons. Puis, les responsables de Clerres ont cru nécessaire de tuer le « Fils Inattendu », celui devrait les mettre à bas. Ils ont pris un risque en libérant le Fou de sa prison, alors que le Fou lui-même avait décidé de retourner à Clerres. Cela a constitué leur perte en mettant en branle leur chute. Dwalia a enlevé Abeille et en conséquence a réveillé la colère de Fitz et du Fou. Les deux ont mis en place une coalition remarquable pour attaquer Clerres : des vivenefs, des Pirates, des Marchands, des gens des Six-Duchés. Leur puissance a été décuplée quand les dragons, via Tintaglia, ont décidé que cela les concernait aussi. Tous ont alors convergé vers Clerres et ont précipité la ville vers sa chute.

Prilkop est un prisonnier de Clerres. Lui qui fut l’Homme Noir sur Aslevjal et qui a assisté aux péripéties de Glasfeu sur le glacier est retourné avec le Fou dans son pays natal. Il a été torturé et emprisonné, et pourtant il a gardé un amour pour son pays. D’une certaine façon, il a une vision fantasmée de ce que fut l’île et il rêve d’un nouveau départ. Il pense que tous les gens de Clerres ne sont pas coupables et que la coalition des dragons et des hommes devrait faire preuve de mesure. Présent sur place, il est un témoin privilégié de ce qui se passe (« Ils détruisent tout. Ce qu’abeille a commencé avec l’incendie, ils l’achèvent avec de l’acide et à grands coups d’ailes et de queues. S’ils ne cessent pas, il ne subsistera plus du château de Clerres qu’un tas de ruines »). Les propos de Prilkop confirment que la vengeance des dragons est impitoyable et implacable. Prilkop se tourne alors vers celui qui font son ami, son compagnon de voyage. Le Fou lui répond qu’il n’y peut rien, que personne ne peut imposer sa volonté à un dragon. Surtout, le Fou est encore sous le choc de la mort (supposée) de Fitz et refuse de remettre en cause ses dernières actions : « penses-tu vraiment que je déférais quoi que ce soit de l’ouvrage de mon Catalyseur ? »

Prilkop a sous-estimé la rancœur des gens des Six-Duchés. Il a oublié que les hommes souffrent et vivent passionnément leurs émotions et sentiments. Contrairement aux dragons qui savent que le feu des hommes brûle fortement («  Quelle tempête d’émotions ! Comme vous, les humains, vous pouvez en soulever rien qu’en imagination », fit remarquer le dragon sur un ton condescendant », Tintaglia dans Ombres et flammes), Prilkop n’a pas conscience de la peine des victimes des actes des Quatre de Clerres et, surtout, de leur volonté de revanche. Persévérance n’a toujours pas pardonné ce qui s’est passé à Flétribois (« Vos amis ont effacé la mémoire de ma mère, et elle m’a renié et chasse »). Persévérance dit bien « vos amis », cela sous-entend qu’il considère que Prilkop n’est pas dans son camp et comment ne pas le comprendre quand on voit à quel point Prilkop cherche à défendre Clerres.

Prilkop ne comprend pas non plus que ça dépasse les petites questions humaines. Tout cela n’est qu’un épisode dans l’affrontement entre les dragons et Clerres. Abeille lui apprend les horreurs commises sur l’île des Autres (« saviez-vous qu’ils ont fait en sorte que des filets soient placés au large de l’Île des Autres, pour capturer et tuer les serpents afin qu’ils meurent et ne deviennent jamais des dragons »). Les dragons ont obligés de détruire Clerres comme ils ont dû se détruire la ville de Chalcède. Ils n’ont pas oublié l’apathie de Glasfeu qui a permis à Clerres de prendre un ascendant sur les dragons.

Faisant face à un mur d’hostilité, Prilkop n’a pas d’autre choix que s’en aller et agir de son côté, seul : «  L’homme noir le regarda sans répondre, comme réduit au silence par la stupeur. Puis il se détourna et se mit en marche d’un pas incertain. » Il finit par tomber sur un Fitz mal en point qui désire savoir qui est vivant. La réponse de Prilkop («  des vôtres ou des miens ») montre bien qu’il a choisi son camp, qu’il a conservé une certaine fidélité pour Clerres. Les propos tenus à Fitz sont clairs : « vous ne pourriez imaginer tout ce qu’Abeille a détruit en incendiant la bibliothèque. Je ne la blâme pas ; elle ne pouvait s’opposer aux forces qui l’ont façonnée et qui l’ont mise sur cette voie-là. Mais je pleure ce qui a été ainsi perdu. Et je pleure aussi les Blancs dans leurs jolies petites maisons (…) vous ne pouvez pas les en tenir pour responsables pas plus que je ne peux reprocher à Abeille à ce qu’elle est devenue. » Sans doute est-il encore sous le choc de tout ce qu’il a vu. Bien entendu, ce qu’il dit ne peut convaincre Fitz ; Prilkop comprend d’ailleurs que Fitz est loin d’adhérer à qui il est (« je crois que nous n’avons jamais été vraiment amis, FitzChevalerie Loinvoyant »).

Il faut donc tourner la page de Clerres et dessiner un nouvel avenir aux survivants. Clerres détruite, il reste quand même une des Quatre en vie : Capra. Involontairement, Prilkop informe Fitz qu’elle est vivante («  j’ai rassemblé dix-sept Blancs et semi-Blancs (…) ils puisent un réconfort dans l’autorité de Capra qui les guide depuis des générations »). Fitz ira la tuer et laissant ainsi la place libre à Prilkop. D’ailleurs, il est assez salutaire que Fitz ait tué Capra puisque Prilkop faisait preuve d’une naïveté inquiétante : il a rencontré Capra et a cru ce qu’elle lui a dit, que les blancs allaient changer (« j’ai parlé avec elle, et elle m’a promis que nous retournerions à nos anciennes pratiques »).

Des semaines plus tard, Prilkop écrira une lettre au Fou. Clerres détruite, il décide de prendre les choses en main. Il devient le leader des survivants après la mort de Capra (« j’ai pris sur moi de m’occuper des rares Blancs encore en vie. Nous avons quitté Clerres pour une petite ferme sur le continent, et je m’efforce d’enseigner aux jeunes les rudiments de l’agriculture »).

mercredi 9 juin 2021

Prophètes et Blancs

Catalyseur, voici un terme qu’on rencontre assez rapidement dans l’assassin royal. Fitz dit à Umbre que le Fou l’appelle comme ça. Si il y a un catalyseur, c’est qu’il y a un prophète. Ainsi, à travers les romans, on se rendra compte que le Fou est le Prophète blanc et Fitz son catalyseur. Ils mettront en marche des événements considérables qui mèneront au retour des Dragons. Notons que le Fou ne limitera pas son influence à Fitz, il ira à Terrilville et dans les eaux environnantes pour mettre le temps sur la route qu’il juge adaptée. Mais ni Hiémain ni Althéa ne seront ses catalyseurs : un Prophète ne peut en avoir qu’un. 

Mais, il faut préciser que cela ne reste que ces croyances. Nombreux seront ceux à rejeter l’idée même de prophète ou à préférer le système religieux déjà en place dans leur pays. Les prophètes semblent aussi mystérieux que le peuple dont ils sont issus : les Blancs.

Dans le roman « La voie magique » apparaît le personnage de Caudron. Si la vieille femme ne fait rien pour créer des liens avec ses compagnons de voyage (à la recherche de Vérité), elle apparaît comme un personnage cultivé. On se rend vite compte qu’elle en sait beaucoup sur l’Art et les Prophètes Blancs. Lors de ses premiers moments avec Fitz, quand elle l’aide à atteindre les Montagnes, les deux discutent. Caudron se présente comme un pèlerin et Fitz est assez curieux ou attentif pour la faire parler. 

Des mois avant, le Fou avait clairement exposé ses intentions à Fitz sans que ce dernier n’entende (« je suis parti chercher ma place dans l’histoire et décider où la contrarier »). Caudron apporte des précisions à un Fitz plus réceptif mais toujours sceptique. Elle lui dit qu’« ils apparaissant aux moments critiques de l’Histoire et ils la façonnent (…) Loin dans le Sud, il est pays où l’on est convaincu qu’à chaque génération naît un Prophète blanc quelque part dans le monde ».

A ce stade du récit, pour le lecteur, le Sud c’est Terrilville. On pourrait donc naïvement croire que c’est à ce Sud que Caudron fait référence. Ce n’est pas du tout le cas à la lecture des Aventuriers de la Mer et de la suite de l’Assassin royal. Car, la religion dominante dans ces mers est celle de Sâ. Et ses partisans rejettent farouchement le concept de Prophète. On a le témoignage catégorique de Delnar, un prêtre reconnu et respecté, qui affirme que « sans contestation possible que ces fanatiques soumis à leurs illusions souffrent en réalité d’un mal rire qui détruit la pigmentation de leur peau et provoque des hallucinations sous l’aspect de rêves prophétiques envoyés par les dieux ». Cette citation est intéressante car elle illustre deux phénomènes dont nous avons été témoins avec le Fou : il a fait des prédictions qui se sont révélées vraies (« Fitz, débouche la bouche du bichon, du beurre et ça biche ») et sa peau a changé régulièrement de couleur (sur la route d’art, à son retour dans les Six-Duchés, à Aslevjal). Le principal témoin de tout ça ne fut que Fitz ; si d’autres en ont été témoins, ce fut de façon épisodique et anecdotique. Il n’est donc pas étonnant de lire que « la religion des prophètes blancs n’a jamais connu une grande diffusion dans les contrées du nord, mais elle a fourni pendant quelques temps un passe-temps fort amusant à la noblesse de la cour jamaillienne. »

A la fin de la Reine Solitaire et en lisant les romans autour de Sire Doré et Tom Blaireau, on comprend qu’un nouvel acteur important est là : il s’agit de la Femme Pâle (ou Ilistore comme nous l’apprendrons plus tard). Cette dernière est convaincue d’être la Prophétesse blanche de son époque et elle confronte donc régulièrement les plans du Fou. Les deux se sont connus, se sont fréquentés sur les bancs de leur école (à Clerres). Il y a un problème : il ne peut exister qu’un prophète pour une époque. C’est donc pour ça que le Fou a fui et qu’il s’est retrouvé bouffon du Roi Subtil. 

Les motivations du Fou sont claires : il fait tout pour garder Fitz en vie, il est son catalyseur. Il ne fait pas tout ça uniquement par amour mais par intérêt, il le maintient en vie contre vents et marées, au prix de grandes souffrances car seul un Fitz vivant lui permet d’atteindre son objectif. Le Fou avait rêvé de son catalyseur, d’un cerf noir émergeant de la pierre. C’est une des façons de deviner son catalyseur. C’est un passage assez flou dans le récit ; mais de toute façon seul le prophète est à même de savoir qui le catalyseur est (le philosophe Traitebutte : « pour chaque prophète blanc, il existe un catalyseur, et seul le prophète blanc d’une période donnée est capable de deviner qui il est ; il s’agit d’un personnage dont la naissance le met dans une position unique pour modifier, si légèrement que ce soit, les événements prédéterminés et engager le temps sur des voies nouvelles aux probabilités toujours plus étendues »). Cette définition correspond bien à Fitz : il est un bâtard dont la naissance a provoqué l’abdication d’un prince, sa venue au monde a donc été un petit caillou qui a tout modifié.

Fitz a été le catalyseur du Fou, la Femme Pâle a choisi Kebal Paincru. Ce dernier a répandu la violence sur les Six-Duchés sans comprenne dans un premier temps ses motivations. Les gens étaient forgisés, les villes pillées sans qu’il n’y ait de réelles revendications. Ce n’était que la destruction gratuite. On comprendra plus tard que Paincru n’était qu’un outil dans les mains de la Femme Pâle, et plus encore des Quatre. Tout cela n’avait qu’un but : empêcher le retour des Dragons et donc stopper le Fou (ou Bien-Aimé). Sans doute les gens de Clerres regrettent-ils de ne pas avoir garder le Fou captif au tout début, après sa première rencontre avec la Femme Pâle (elle «  a exigé de me voir. Elle m’a haï dès la première seconde à cause de ma certitude d’être tout ce qu’elle n’était pas »).

Les romans du « fou et de l’assassin » nous en apprennent beaucoup sur les prophètes blancs et Clerres. On comprend que les Quatre ont détourné les prophéties et les prophètes et s’en servent pour accumuler richesses et influences. Il est difficile de savoir quand tout cela a commencé mais on sait qu’ils ont commencé à en vouloir aux Dragons et aux Anciens, et qu’ils n’ont rien fait pour les prévenir de catastrophes qui arrivaient. On sait aussi que tous les prophètes blancs ne vont pas à Clerres, soit parce que l’école n’a pas toujours existé soit parce que certains naissent hors de leur portée (« à l’époque tous les prophètes blancs naissaient dans la nature : les gens se rendaient compte que leur enfant était étrange, et ils l’amenaient à Clerres, ou bien ils grandissaient chez lui en sachant qu’il devait entreprendre un jour ce voyage »). 

Clerres (le pays des Serviteurs) a une organisation stricte : tout en haut se trouvent les Quatre (Capra, Symphe, Coultrie et Fellodi) et tous ceux qui sont en dessous doivent obéir (les collecteurs s’occupent de la bibliothèque, les lingstras comme Dwalia sont envoyés en mission, les servants, les manipulateurs  étudient les rêves).

S’ils ont peur de ce que peut faire le Fou, ils gardent aussi un œil sur Prilkop, un autre prophète blanc devenu noir. Ce dernier semble évoluer hors du temps puisqu’il a vu Glasfeu arriver à Aslevjal ! Selon Dwalia, il est un « Blanc naturel et non élevé à Clerres, il est resté trop peu de temps dans notre école pour que nous puissions nous assurer de sa loyauté ». D’après le Fou, Prilkop était « un vrai Blanc, d’une lignée plus ancienne et plus pure qu’il n’en existait à ma naissance ».

Les Quatre ont donc des visées égoïstes et cela va jusqu’à se faire reproduire des gens ayant du sang des Blancs (un ancien peuple disparu), pour que leurs rejetons aient des dons prophétiques, et au final les servent (« les Serviteurs croisent des enfants les uns avec les autres, entre cousins, entre frères set sœurs, (…) ceux qui ne présentent aucun signe de la lignée des Blancs sont détruits »). C’est aussi pour cela qu’ils ont pour projet de garder Abeille captive.

Sait-on comment naît un prophète blanc ? Difficile d’être affirmatif. Mais, le Fou a eu deux pères et une père tout comme Abeille a eu deux pères et une mère (Molly, Fitz et le Fou à cause de leur lien spécial). Toujours est-il que les Prophètes blancs ont nécessairement du sang de Blanc, à des degrés différents de pureté. Même si elle est une usurpatrice, la Femme Pâle dit la vérité quand elle dit que les prophètes descendent des « véritables Blancs (…) être merveilleux, disparus depuis longtemps de ce monde et de tous les autres, le teint laiteux et d’une sagesse incomparable, car ils possédaient le don de prescience ». C’est le Fou qui nous apporte une précision importante ; les Blancs ont vu leur monde disparaître et ils ont décidé de prendre des mesures : une Blanche « s’est mise à parcourir la terre et, chaque fois qu’elle rencontrait un preux digne d’elle, elle portait un enfant de lui ». On ne sait pas exactement comment les Blancs ont disparu et on peut penser que les Serviteurs actuels ont gagné l’île de Clerres (la terre des Blancs), ont trouvé des restes de prophéties, puis compris qu’il y avait là la possibilité de gagner en pouvoir, et ont donc mis en place leur plan d’élever des prophètes.

Abeille a un statut particulier : elle semble remplir plusieurs cases à la fois, à savoir Prophète, Destructeur (une prophétie a annoncé la fin de Clerres) et même catalyseur. A part Abeille, le Fou, Prilkop (et la Femme Pâle), d’autres prophètes sont mentionnés comme Cabal, Calum, Hoquin, Terubat, Damir ou Gerda.