Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

Article épinglé

Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

Affichage des articles dont le libellé est pie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est pie. Afficher tous les articles

lundi 15 septembre 2025

Laurier et le Vif

Laurier est une femme intéressante. Elle a grandi dans une famille de gens ayant le Vif alors qu’elle n’avait pas cette magie. Elle a rejoint les Loinvoyant alors que beaucoup de Vifiers se méfient d’eux.


Son enfance a grandement marqué Laurier (« j’ai connu des vifiers autrefois, j’ai supporté le mépris de ceux qui ne possèdent pas leur magie »). Ce message si souvent entendu a causé du tort aux Vifiers. Il a poussé à ce qu’ils soient mal vus, marginalisés, chassés et tués. Il a laissé la place à plein de préjugés et a permis l’essor d’une mauvaise conception de cette magie. Car, pour pas mal de gens ayant le Vif, vivre sans est impossible. C’est encore pire pour Laurier puisque presque toute sa famille a un compagnon de Vif. Tous sauf elle.


Laurier, elle-même, développe une forme de mépris ou en tout cas de suspicion. Elle développe une attitude tant répandue parmi les détracteurs : « ce n’était pas juste. On ne pouvait jamais être sûr qu’on était seul, car on ne savait pas si le voisin n’était pas en train d’espionner par les yeux et les oreilles d’un oiseau ou d’un renard en maraude ». Autrement dit, même en ayant baigné dans le milieu du Vif, Laurier reproduit tous les préjugés associés à cette magie. Ce discours et cette sensation d’être observé en permanence ont conduit à des meurtres et des ignominies (comme le Cirque du Roi créé par Royal ou des purges).

Laurier finit par dire que « cette magie est ignoble ». Elle développe ensuite son argumentaire : « ils partagent déjà leur vie et leur foyer avec une bête, pourquoi tromper une femme ou un homme en se mariant ? On devrait obliger ceux qui ont le Vif à se décider très tôt s’ils vont lier leur existence à un animal ou à un humain ». A-t-elle tort ? En effet, Fitz a souvent dit son lien avec le loup Oeil-de-Nuit lui suffisait. On a aussi vu que la mort d’un compagnon de Vif (animal ou humain) pouvait causer un deuil insurmontable (Petit-Furet en est un bon exemple tout comme la biche qui accueille sa compagne humaine après la mort de celle-ci). Fitz ne s’est mis avec Molly qu’après la mort d’Oeil-de-Nuit.Tout cela peut aller dans son sens. Mais, l’inverse est aussi vrai. Rolf avait un compagnon de Vif (un ours) et s’est quand même parié à une femme (qui avait, certes, aussi le Vif). Surtout, il est difficile de généraliser toute une population à quelques cas.


Laurier semble être experte pour poser les questions qui fâchent. Elle est témoin de la mort d’Oeil-de-Nuit et de la détresse que cela crée en Fitz. Elle s’interroge : « comment peut-on laisser un animal s’emparer si complètement de son coeur en sachant la brièveté de son existence ? Qu’y a-t-il à gagner qui vaille la douleur qu’on ressent chaque fois que son compagnon meurt ». Cette question est légitime puisque bien peu d’animaux peuvent vivre si longtemps que les humains. Se lier à un animal revient donc à s’infliger une souffrance énorme par avance, selon Laurier en tout cas. Ce point de vue pourrait être partagé par Burrich : si il ne parle pas nécessairement de la mort d’un animal, Burrich pense que se lier à un animal est une malédiction.


Laurier apparait dans l’histoire alors que le prince Devoir vient d’être enlevé par les Pie, une branche extrême de la communauté du Vif qui cherche à détruire les Loinvoyant.

La traque va pousser Laurier dans ses retranchements et la mener à des situations et choix compliqués. Surtout, elle fait face à sa famille, notamment son cousin Fradecerf. C’est d’autant plus dur pour elle que ce dernier est à deux doigts d’être torturé par Fitz, désespérément en quête d’indices. Fradecerf est capturé après une embuscade où il blesse Laurier (« je ne vous ai pas reconnu, cousine, je vous le jure, même pas quand ma flèche s’est fichée dans votre épaule »). 

Les retrouvailles avec Fradecerf rouvrent des traumatismes du passé. Elles montrent à quel point la jeunesse de Laurier a pu être compliquée, à quel point Laurier a pu se sentir rejeté. Durant ses jeunes années, sa fratrie a fait preuve de bien peu de finesse et même de cruauté. Fradecerf témoigné que « votre propre frère vous surnommait la taupe parce que vous avanciez en aveugle, dans un monde noir et froid alors que nous courions librement, les yeux grands ouverts ». Les vifiers peuvent donc eux-aussi avoir des préjugés. 


Suite à la libération de Devoir, la situation de Laurier se complique. Elle devient une traîtresse, une cible à abattre par les Pie (« par la famille dont je suis issue, ils me considèrent comme du Lignage, or je sers le régime Loinvoyant qu’ils haïssent. Ils me tueront s’ils en ont l’occasion »). Et le pire se produit. Même à Castelcerf, Laurier n’est pas à l’abri. Les Pie la frappent en tuant sa jument Casqueblanc (« elle a longtemps agonisé Tom, et je n’étais même pas là pour lui procurer une mort plus douce ni lui dire adieu »). Même si elle n’a pas le Vif, Laurier fait donc preuve de compassion et montre, à sa façon, que les non-vifiers peuvent aimer les animaux, ressentir des liens forts avec eux.

jeudi 24 août 2023

Qui est Henja ?

Dans la seconde partie de l’assassin royal, une lutte d’idées et de vision du monde oppose le Fou à la Femme Pâle. Chacun essaie de faire en sorte que sa vision du monde se réalise. Le Fou milite pour le retour des dragons, et pour cela il se sert des Loinvoyant, Fitz compris. La Femme Pâle, elle, n’a aucun intérêt au retour des dragons et elle veut mettre la main sur le Fou et Fitz ; les deux s’opposent à ses plans et elle ne le tolère pas. Pour atteindre son but, la Femme Pâle manipule un bon nombre de personnes : les Pie, Elliania. Ne pouvant être sur place puisqu’elle est occupée sur Aslevjal, elle se sert d’une agente : Henja.


D’apparence anodine, Henja apparaît à Castelcerf en même temps qu’Elliania et sa suite d’Outrîliens. Comme elle n’est qu’une servante, personne ne fait attention à elle, personne ne suspecte qu’elle exerce une pression terrible sur Elliania. C’est en espionnant Elliania que Fitz se rend compte de l’importance d’Henja. Son oeil d’assassin et d’espion l’alerte ; il se rend compte qu’Henja n’est pas une simple domestique (« elle était vêtue simplement, à la façon d’une servante, mais elle se comportait comme si elle détenait toute l’autorité »). Il apparait clair qu’Henja fait tout pour ne pas être reconnue.

Très vite, Fitz parle d’elle au Fou. Le Fou reconnait les manoeuvres de la Femme Pâle. Il demande à Fitz de rester sur ses gardes, de ne pas sous-estimer leurs ennemis : ils sont impitoyables et prêts à tout pour accomplir leurs objectifs. Le Fou précise que « ses machinations sont subtiles ; elle est plus âgée que moi et beaucoup plus retorse ; c’est un jeu affreux auquel elle joue. Henja, la servante de la narcheska, est son âme damnée ».

D’ailleurs, plus tard à Aslevjal, alors qu’ils sont capturés par la Femme Pâle, Fitz et le Fou subissent les moqueries verbales. Elle vante ses plans, tente de redéfinir leurs perceptions des choses. Elle affirme que « j’ai envoyé Henja à Castelcerf, où elle a payé les Pie pour qu’ils vous capturent, votre ami le fou et vous, et vous livrent à elle, mais eux aussi ont manqué leur coup ». Autrement dit, la Femme Pâle a utilisé les tensions domestiques des Six-Duchés pour servir ses desseins.


Fitz croise deux fois Henja alors qu’elle a affaire aux Pie. 

En espionnant Lourd, il se rend compte qu’Umbre, le Fou et lui sont observés. Tous leurs faits et gestes sont rapportés par un Lourd manipulé aux Pie. Henja tente de profiter de la situation, de faire en sorte que les Pie les capturent mais elle sous-estime la haine et l’esprit de revanche des Pie. Ces derniers n’ont jamais supporté ce que les Loinvoyant ont fait aux gens doués du Vif. En tout cas, Fitz est témoin d’une conversation entre Henja et des membres des Pie (« je suis sûr qu’il s’agit de la femme qui se trouvait chez Laudevin et Paget en même temps que Lourd ; elle leur a offert de l’or contre le fou et moi »).

En espionnant Civil et en lui sauvant la vie, Fitz rencontre une nouvelle fois Henja. Avant de sombrer dans l’inconscience suite à son terrible combat contre Laudevin, il aperçoit la femme dans la foule massée devant le bain de sang : « Henja, la domestique de la narcheska m’observa, un pli soucieux sur le front, et puis, comme mon regard croisait le sien, elle se détourna brusquement et se fondit dans la masse ».


Henja ne se contente pas de frayer avec les Pie, elle tient également Elliania en laisse. Elle lui impose de séduire Devoir pour qui la narcheska ne ressent rien. Elle menace Elliania en lui rappelant que sa famille est en danger : « il faut vous l’approprier corps et âme. Vous avez entendu la mise en garde de la Dame : si vous échouez, s’il s’écarte de vous et fait un enfant à une autre; nous et les vôtres êtes condamnés ». Elliania et les siens ne peuvent que baisser la tête, soumis. Ils ne peuvent se rebeller contre Henja et contre la volonté de la Femme Pâle sinon leurs proches seront tués.

C’est seulement quand Henja s’en va que Elliania et Peottre osent montrer les dents. C’est bien une preuve qu’ils la craignent. Peottre parle d’elle avec de termes assez durs : « oui, il vaut mieux que cette garce se trouve hors de ma portée ».

On apprend dans le roman l’Homme noir qu’Henja a contribué à la chute d’Elliania. Il faut dire que la famille Ondenoire n’avait aucune raison de se méfier d’une femme qui les aidait fidèlement (« Henja nous servait depuis des années avant de nous trahir »). La Femme Pâle ne s’est pas contentée d’enlever la mère et la soeur d’Elliana, elle a aussi décidé de la faire souffrir physiquement en lui tatouant des serpents dans le dos qui lui insufflent de la douleur si elle désobéit. Et pour cela, elle a utilisé Henja. Peottre témoigne : « elle est partie en promenade avec Henja, en qui elle avait toute confiance ; deux jours plus tard, la servante l’a ramenée. Elle tenait à peine sur ses jambes et elle portait ces tatouages. C’est Henja qui nous a présenté l’horrible chantage de la Femme Pâle ».

Elliania craint Henja. Il suffit que sa possible présence soit évoquée sur les îles d’Outre-Mer (Devoir et les siens doivent couper la tête de Glasfeu) pour que cela ait un impact sur son comportement : « j’ai vu l’expression d’Elliania quand Henja s’et enfuie : elle a eu l’air effarée. Maintenant, elle a peur ».

samedi 5 août 2023

La chute de dame Brésinga

Dame Brésinga a comploté contre le trône royal et la famille des Loinvoyant. Alliée des Pie, elle a participé à l’entreprise de séduction à laquelle devait succomber Devoir. Mais, malheureusement pour elle, Fitz et le Fou ont contrarié ses plans. Elle a alors tout perdu : sa renommée et sa protection. Ce ne sont pas uniquement les Loinvoyant qui se sont méfiés d’elle mais aussi ses anciens alliés. Les Pie forment une organisation particulièrement violente, prête à tout pour atteindre leurs buts ou se venger. Ils n’hésitent pas à dénoncer publiquement ceux qui ne rejoignent pas leurs rangs : être doué du Vif est toujours vu comme une honte pour la plupart des duchéens.

Dame Brésinga apparait donc comme une bonne coupable. C’est elle qui paie l’échec de la tentative d’enlèvement de Devoir.


C’est Umbre qui nous apprend que les choses tournent mal chez les Brésinga. La famille semble avoir perdu toute influence locale. Tout laisse croire qu’ils ont changé d’orientation en ce qui concerne leurs alliances. Pour Umbre, ce n’est pas un choix volontaire mais un acte contraint et presque imposé. Il rapporte à Fitz que « au lieu de l’aristocratie terrienne et de la petite noblesse qu’elle accueillait jusque là, dame Brésinga a reçu plusieurs groupes de chasseurs dont la description m’a donné une impression de rudesse, voire de grossièreté ». Dame Brésinga n’avait pas laissé cette impression après la visite de Fitz et du Fou dans son château : on la sentait ambitieuse mais pas particulièrement vulgaire.

Pour un noble voulant être influent, participer à des fiançailles d’un prince est une nécessité, une obligation. Personne ne raterait ce moment-là. Pourtant, elle n’y assiste pas (« Dame Brésinga, selon ce que Sire Doré avait appris par les potins de la coeur, n’était pas venue assister à la cérémonie de fiançailles, prétextant un méchant tour de reins à la suite d’une chute de cheval »). C’est la deuxième indication que quelque chose ne va pas. C’est presque comme si elle était empêchée de quitter son château de Myrteville.

Tout cela ne peut qu’intriguer Umbre. C’est un mystère trop gros pour qu’il s’en désintéresse. Il enquête donc et apprend que « dame Brésinga passe de plus en plus de temps seule dans ses appartement, même lors des repas de ses invités ».


Selon Umbre, la femme rumine. Elle n’a pas supporté son échec et s’est enfermée dans une spirale de culpabilité. En voulant enlever Devoir et en étant incapable de mener la mission à bout, elle a reçu le courroux des Loinvoyant. A l’avenir, il est impossible pour elle d’envisager de grimper dans l’échelle sociale. Dès lors, il ne serait pas étonnant de la voir déprimée. Comme à son habitude, Umbre passe un bon nombre d’options en revue : « je me suis demandé quelque temps si dame Brésinga ne se trouvait pas elle-même en danger ou en position d’otage, tant ses déplacements étaient limités, et son existence monacale ; ensuite j’ai soupçonné de simples difficultés financières, et, aujourd’hui on m’apprend qu’elle boit beaucoup plus que d’habitude ». Umbre n’est pas loin de la vérité : dame Brésinga est retenue prisonnière dans son propre château, à la merci des mains sales des Pie.


Dame Brésinga est violée. Des Pie profitent de son château, de ses richesses et d’elle pour passer du bon temps. Elle a perdu toute autorité sur ses propres terres et plus personne ne la respecte. Elle partage sa peine et sa douleur avec son fils, Civil (« vos sbires l’ont déshonorée sous prétexte de lui permettre de retrouver son héritage de Pie »). On retrouve là l’idée que le viol est une arme. Pour les Pie, c’est la un moyen de contrôler une femme en utilisant des motifs hypocrites. Laudevin, le chef des Pie, insiste sur ce fait ; il est de toute façon un fanatique de la cause des Pie et a perdu toute logique, tout discernement. Laudevin ajoute d’ailleurs que cela devrait être un honneur pour elle de coucher avec des Pie, de renouer avec sa nature profonde : « c’est difficile, je sais, pour un gamin de voir sa mère comme une femme, mais c’en est une et avenante de surcroit. Elle devrait prendre ça comme un compliment ». Autrement dit, dame Brésinga n’a même plus le contrôle de son corps. Elle n’est qu’un objet dans les mains d’une bande de pervers.


Sans fortune, sans liberté, dame Brésinga n’a même pas le loisir de se suicider. Elle est sous une emprise totale. Il faudra la miséricorde des Loinvoyant pour qu’elle s’en sorte : « dame Brésinga a succombé à un empoisonnement alimentaire, ainsi que plusieurs de ses invités et domestiques ».

samedi 30 avril 2022

Les Pie contre les Loinvoyant

Contrairement à l’Art, la maie du Vif (péjorativement appelée magie des Bêtes) est mal vue. Elle est considérée comme une abomination par les gens des Six-Duchés. Les Loinvoyant, jusqu’au règne de Kettricken, ne font rien pour arranger ça. Alimenté par sa haine de Fitz, Royal traque les gens qui ont le Vif et les jette dans son Cirque où ils s’entre-tuent pour son amusement. Umbre dit même à Fitz que c’est dans la tradition des Six-Duchés de traquer les pratiquants du Vif. Mais, un jour ou un autre, les opprimés se soulèvent et c’est ce qui se passe dans le second cycle de l’Assassin royal. Un groupe se forme, prend le nom de Pie et mène des actions radicales, violentes. Ils ne veulent pas seulement la reconnaissance de leur magie, ils veulent porter un dur coup au trône et à la couronne des Loinvoyant.

Si les Pie sont aussi vindicatifs et énervés, c’est que bon nombre de gens doués du Vif sont massacrés, tués dans des conditions ignobles. La tradition permet de les tuer, de les battre, de les faire souffrir. Cela ne remonte pas à Royal, c’est quelque chose qui est bien ancré dans la société, à un point que l’horreur ne choque pas les gens. Heur, au début du tome le Prophète blanc, n’a vécu qu’à la ferme avec Fitz, il est tenu loin de la cruauté qui peut régner dans les Six-Duchés. Il n’est donc pas étonnant de le voir révolté et choqué lorsqu’une femme est punie pour avoir le Vif (« on y a traîné une femme couverte de bleus et de sang. On l’a attachée à un poteau, et j’ai cru qu’on allait lui donner le fouet (…) Un homme s’est avancé et a lu un document à voix haute, puis il s’est écarté et la foule a lapidé la femme »).

Si Fitz n’était pas de sang royal, il aurait fini découpé en morceaux du temps où Royal l’a torturé (la nef du crépuscule). Tous n’ont pas la chance d’être protégée par une belle lignée : Laudevin, un de leaders des Pie, a de la rancœur depuis ce que sa mère et son père ont vécu. Il explique qu’ « elle était encore vivante lorsque la hache l’a découpée en morceaux qu’on a jetés au feu. Quand à mon père, ma foi, je suis convaincu que le temps que les soldats de Royal Loinvoyant ont mis à exécuter ma mère sous ses yeux a dû lui sembler durer des années ».

Lorsque Devoir est enlevé par des Pie, Umbre et Kettricken demandent à Fitz de retrouver le Prince. Accompagné du Fou et de Laurier (une proche de Kettricken), ils partent à la recherche du jeune homme et finissent par capturer un jeune individu vifier. Le captif se rend compte que Fitz a le Vif et ne comprend pas pourquoi il agit ainsi. Certes, par le passé, des Vifiers se sont laissé acheter… Il insiste, questionne Fitz, tente de faire vibrer sa corde sensible (« quelle récompense vous a-t-on promise, à votre loup et à vous, si vous rameniez le prince ? (…) Ceux qui vous ont payé ont-ils juré de vous laisser la vie sauve, à vous et à votre famille, si vous meniez votre mission à bien ? Ils ont menti, croyez-moi. Ils mentent toujours »). Cette déclaration suffit à elle seule à montrer que les deux camps ont des positions irréconciliables. Il y a eu trop de sang versé, trop de morts pour se rapprocher. Laudevin fait preuve de la même perplexité lorsqu’il rencontre Fitz. Il ne comprend pas que l’homme en face de lui ne prenne pas position, traque les gens ayant le Vif (« vous réjouissez vous de ce que nous subissons, des flagellations, des pendaisons, des démembrements et des incinérations ? Pourquoi soutenir cet état de fait ? »)

Fitz n’est pas le seul menacé ; il n’est pas le seul à subir des intimidations, à être la victime de la façon binaire dont les Pie voient le monde. Laurier n’a pas le Vif mais vient d’une famille de Vifiers. Elle explique à Fitz que les Pie sont les plus extrêmes, qu’ils rejettent même ceux qui se disent du Lignage (des cerviens ayant le Vif et qui vivent tranquillement, sans vouloir imposer leur magie à d’autres) : « selon eux, les gens du Lignage doivent choisir : ou bien faire cause commune avec eux, ou bien être éliminés de la communauté ». La situation de Laurier est d’autant plus compromise du fait de sa situation et de sa proximité avec la Reine Kettricken. Elle est une cible facile et évidente (« les Pie savent qui je suis et où je vis, et je les ai doublement trahis à leurs yeux. Par la famille dont je suis issue, ils me considèrent comme du Lignage, or je sers le régime Loinvoyant qu’ils haïssent. Ils me tueraient s’ils en ont l'occasion »).

Fitz est également menacé. Le fait que Fitz Loinvoyant ait le Vif est une information bien répandue dans les Six-Duchés. Pour certains, il est une fierté, pour d’autres une abomination. Beaucoup de gens, quasiment la totalité de la population le croit mort. Mais, les Pie ont découvert qu’il est vivant et s’en servent pour faire pression sur les Loinvoyant (« le Bâtard-au-Vif est vivant (…) Vous l’abritez tandis que vous laissez d’honnêtes gens mourir parce qu’ils sont du Lignage (…) Peut-être mettre vous un terme à ce massacre lorsque nous vous aurons infligé la douleur de perdre un être cher »). La menace est claire et prend forme lorsqu’ils enlèvent Devoir. Fradecerf, une membre des Pie, justifie cet enlèvement : « ceux qui cherchent notre perte inventent de toutes pièces des torts et des préjudices que nous leur aurions causés (…) Si la Reine voit peser sur son fils la même menace que ma mère sur le sien, peut-être prendra-telle des mesures plus énergiques en notre faveur ». Car Kettricken a beau prendre des mesures pour améliorer le sort des vifiers, les choses changent très peu.

L’enlèvement de Devoir se solde sur un échec pour les Pie. Devoir retourne à Castelcerf et son secret (il a le Vif) est éventé. Malgré tout, les Pie continuent d’observer le prince, de l’espionner. Ils ont des gens sur qui ils font pression pour espionner : Lourd le serviteur d’Umbre est un espion involontaire du fait de sa candeur, Civil n’a pas d’autre choix que d’espionner Devoir s’il ne veut pas que trop de mal soit fait à sa mère. Laudevin est sans pitié avec Civil, il se moque de sa naïveté, de sa tendance à croire les mensonges du trône (« tu crois aux fausses promesses de la reine montagnarde ? Tu la crois vraiment prête à nous écouter, à prendre les mesures nécessaires pour améliorer notre ? Peuh ! » on sent bien là tout son dédain, tout son mépris.

Kettricken prend les choses en main. Elle organise des négociations entre le Lignage et la Couronne. Elle envoie Devoir pour parlementer alors que des vifiers sont accueillis à Castelcerf. Par mi eux se trouve des Pie qui sont nécessairement plein d’émotions et de ressentis mais aussi des gens plus mesurés et raisonnables comme Trame. Ils répètent leurs histoires, montrent bien que tout cela est du vécu et qu’on peut difficilement passer outre les traumatismes qu’ils ont vécu. La responsabilité des Loinvoyant paraît difficilement niable. Le témoignage de Mercuroeil est ainsi saisissant et produit son effet (« elle parla des assassins de sa famille (…) Trame paraissait abattu et attristé, et les traits de ma reine se figèrent peu à peu tandis que ceux d’Umbre semblaient sculptés dans la pierre (…) la femme exigeait une vengeance et un châtiment beaucoup trop extrêmes pour qu’on songeât seulement à les lui accorder »). On voit bien que les positions sont difficilement réconciliables, d’autant plus lorsqu’on entend ce que réclament les Pie (« que les sanctions soient exactement proportionnés au crime ! Pour un père tué, qu’un père meure ; pour une mère, une mère ; pour un enfant, un enfant ! »

Fitz se rend compte que Mercuroeil tente de raviver la colère de ses pairs. Elle est pleine de rage, elle ne peut dépasser ce qu’elle a vu, ce qu’elle a vécu. Le traumatisme perdure : « avez-vous oublié les hurlements de vos cousins, les amis à qui vous rendiez visite et dont vous ne retrouviez comme seule trace qu’un tas de cendres près d’une rivière ? » D’autres sont plus mesurés, c’est le cas de Trame et aussi de Civil. Lui a ouvertement le Vif et pourtant il continue de fréquenter Devoir, les Loinvoyant ne l’ont pas jeté en prison. Il témoigne et s’offusque de la radicalité de certains (« Renverser les Loinvoyant ? Quelle idée de génie ! Éliminez la seule reine qui ait jamais tenté de mettre un terme aux exécutions »).

Kettricken prend les choses en main. Elle met en place des mesures symboliques (un clan du Vif va accompagner Devoir dans sa quête de Glasfeu) et légales (« aucune exécution ne pouvait légalement avoir lieu sans l’aval de la maison régnante de chaque duché (…) les ducs et les duchesses avaient l’obligation d’étudier personnellement chaque cas »). on comprend bien qu’éliminer des siècles de massacres et de persécution ne sera pas facile, mais qu’en obligeant chaque accusation à passer devant un noble, elle espère réduite le nombre de morts, de fausses accusations.

Et à son retour d’Aslevjal, Fitz se rend compte qu’il y a eu des purges dans les rangs du Lignage. Des accusations gratuites ont continué à être proférées et en plus contre des gens influents. Mais cela est allé plus loin : les modérés du Lignage ont décidé de faire ménage et traquer les Pie (« nous avons entrepris de nettoyer notre maison, et la pollution dont nous devons débarrasser notre sang nous fait honte. Détournez les yeux, nous vous en implorons, tandis que nous éliminons de nos lignées ceux qui les déshonorent »). Du sang, des morts et des tueries gratuites. Si la situation des gens du Vif semble s’améliorer à la fin du deuxième cycle de l’assassin royal, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.

mardi 18 mai 2021

Héritages et trahisons de Royal

Le coup d’État de royal a réussi. Il est parvenu à prendre le pouvoir à la place de son grand frère, Vérité. Malheureusement pour lui, il n’a pas un soutien franc et massif. Rien ne s’arrange avec les Pirates Rouges qui intensifient leurs attaquent le long des côtes et pénètrent même dans les terres. Des gens meurent, beaucoup souffrent. Dans les Montagnes, Fitz et Kettricken finissent par retrouver Vérité. Mais, l’ancien prince n’est plus que l’ombre de lui-même : sa construction d’un dragon de pierre et d’Art lui prend toute son énergie. 

Le Dragon de Vérité chassera les Pirates Rouges et participera à mettre à bas le régime de Royal. Ce dernier aura été marqué par beaucoup de souffrances, de comportements égoïstes et une très forte ambition du jeune homme. A la lecture de la seconde série de livres de l’assassin royal, on se rend compte que l’héritage et les trahisons de Royal perdurent encore dans les Six-Duchés.

La première moitié de l’histoire tourne autour de la situation interne des Six-Duchés. Le prince Devoir a été enlevé par des Pie (des gens qui ont le Vif) et la Reine Kettricken demande à Fitz de le retrouver. Le chef des Pie, Laudevin, est motivé par la vengeance. Les Six-Duchés ont toujours été particulièrement durs et violents contre ceux qui avaient le Vif. Plus récemment, on a vu ce que ça subit Fitz à la fois de la part de Burrich (qui a tout fait pour détruire sa magie) mais aussi de royal ; il ne faut pas non plus oublier la bastonnade reçue par Rolf le Noir en pleine rue sans que personne ne lui vienne en aide. On gagne encore en cruauté et en perversité avec ce que développe Royal. Laudevin nous apprend que sa mère a été découpée en morceaux et« quant à mon père, ma foi, je suis convaincu que le temps que les soldats de Royal Loinvoyant ont mis à exécuter ma mère ses yeux a dû lui sembler des années ». Il n’est donc pas étonnant de voir l’homme développer de la haine et une forte envie de revanche et de vengeance contre les Loinvoyant. Dans cette logique, la capture de Devoir, faire de lui un Pie serait une grande réussite. Sa haine est d’autant plus exacerbée que la méchanceté de Royal ne le concernait pas. En effet, si Royal a traqué des gens du Vif, c’est uniquement à cause de Fitz. Ce sont des disputes entre Loinvoyant qui ont fait souffrir inutilement des centaines de gens (« pourquoi tant de nos parents, accompagnés de leurs bêtes, ont-ils été massacrés dans ces cirques ? Pour trouver un traître prêt à traquer et éliminer le Bâtard-au-Vif ? Il est temps et plus que temps que les Loinvoyant paient pour leurs atrocités »). Des années après la mort de Royal, ses actes ont donc de fortes répercussions et menacent l’équilibre du Royaume.

Il n’est pas si étonnant de noter que Royal fut un piètre dirigeant. Du temps où il régnait, il a totalement délaissé la défense des côtes pour aller se cacher dans l’Intérieur. C’est quand même un choix surprenant quand l’ennemi vient à partir de bateaux.

Dans le roman L’homme noir, la Femme Pâle dit à Fitz que Royal est allé encore plus loin dans la traîtrise. Il était assez surprenant de voir que les Loinvoyant avaient si peu de choses, si peu de renseignements sur l’Art. Certes, Galen fut un exécrable professeur, certes cela était devenue une magie confidentielle. Mais, ça n’expliquait pas tout. D’après la Femme Pâle, l’explication est simple puisque Royal a collaboré avec ses adversaires (« mes agents ont négocié avec Royal, eh oui, afin de placer hors de votre portée certains instruments qui auraient pu faciliter votre tâche »). La réalité éclate ensuite aux yeux de Fitz à Aslevjal : « j’avais devant moi la bibliothèque d’Art qui avait disparu de Castelcerf, secrètement vendue par Royal, pour financer son train de vie fastueux ». Royal a donc joué avec la survie du Royaume pour continuer à se vautrer dans le luxe et le plaisir, il a joué avec la sécurité de ses sujets pour assouvir ses penchants pour les drogues.  

Notons au passage que sa consommation de drogue (la Fumée), héritée de sa mère, perdure après sa mort. La cour singe ses membres les plus influents (« des brûleurs à Fumée, devenus populaires au temps de Royal, commencèrent à faire leur apparition »).

Ce n’est pas la seule chose dont les Six-Duchés gardent la trace. Dans la Reine solitaire, le Fou faisait déjà allusion à ce qui allait se passer. Son ton était grave et inquiet quand il parlait des changements apportés par Royal : « il fait plaisir à son corps à l’aide de drogues et s’insensibilise l’âme à coups de divertissements brutaux ; oui et il propage la maladie à ceux qui l’entourent ». Astérie abonde dans ce sens. Elle qui va et vient sur les routes du Royaume, va de château en château, est une bonne observatrice de ce qui se passe. Elle a vu des gens du Vif être brutalisé. Son constat est simple, elle pense que « Royal a éveillé dans les Six-Duchés un appétit pour les jeux sanglants avec son Cirque du Roi et son système de jugement par le combat ».

Royal a laissé sa marque sur les héros. On sait qu’il a battu à mort Fitz, on sait qu’il a mis à prix la tête d’Umbre, on sait qu’il a traqué Vérité. Mais, même mort, il continue d’avoir une influence sur eux.

Fitz n’a jamais oublié ce qu’il a vécu dans les cachots et il lui a fallu beaucoup de temps pour arriver à l’appréhender (« à l’époque où je me remettais de mon enfermement dans les cachots de Royal (…) j’avais fini par ne plus dormir que le jour et quand je savais Burrich à côté de moi pour me protéger »).

Royal, grâce à son clan d’Art, a violé l’intimité du Fou. Il a pris une des choses les plus importantes (l’amitié de Fitz) et l’a salie, bafouée, piétinée. Des années plus tard, le Fou se sentira toujours coupable de ça, même si il n’y est pour rien (« il gardait un souvenir honteux et douloureux de cette trahison involontaire et, bien qu’elle remontât à de longues années, il portait toujours le poids de ses remords »).

Enfin, Royal sert de point de comparaison, d’échelle de mesure. Il inspire. C’est en tout cas ce que ressent Fitz en voyant le nouveau personnage du Fou. Le Fou a en effet besoin d’une nouvelle identité pour revenir à Castelcerf. Il emprunte celle d’un noble de Jamaillia. Il intrigue, il joue, il séduit, il dépasse les limites et cela choque Fitz : « comment as tu pu inventer ce personnage de Sire Doré ? Je crois n’avoir jamais connu d’aristocrate plus médisant et dépourvu de moralité ! (…) Tu me faisais penser à Royal. »

C’est de Royal dont se sert Fitz pour mettre en garde Umbre et le prévenir qu’il emprunte une route glissante. Umbre est totalement pris dans ses recherches et expériences sur l’Art. Il redoute de vieillir, de perdre ses moyens physiques et mentaux. L’Art doit l’aider à faire face à ça. Mais, Umbre prend des risques, se sert de la naïveté de Lourd. Fitz n’a pas d’autre choix que le secouer. Il lui rappelle l’un des pires traits de Royal, il lui remet en tête l’obsession malsaine de royal (« un autre Loinvoyant a tenté d’utiliser l’Art pour ses propres desseins. Son talent n’était ni puissant ni très affiné mais il puisait dans l’énergie de son clan pour parvenir à ses fins (…) voulez-vous devenir un nouveau Royal ? »)

mercredi 22 janvier 2020

La transformation de Devoir

A la fin de la Reine Solitaire, nous apprenons que Kettricken a eu un fils : Devoir. Si il a été engendré avec le corps de Fitz, c'est Vérité qui en est le père : les deux hommes se sont servis de l'Art pour y arriver.

Fitz s'est coupé du monde et nous avons très peu de nouvelles de la famille et des activités royales. Lorsque Umbre fait à nouveau irruption dans la vie du reclus, nous apprenons que Devoir a disparu. Le vieil assassin demande donc à Fitz (ou Tom Blaireau) de le retrouver il est accompagné de Laurier et du Fou. Ils finissent par lui remettre la main dessus et c'est un adolescent trahi et bougon que nous découvrons. Il a,semble-t-il, une tendance à s'apitoyer sur son propre sort et il n'est pas exagéré de dire que le poids de son statut lui pèse sur les épaules. Nous en avons un exemple, dans la Secte maudite, lorsqu'à la suite du conversation guindée et formelle avec Laurier, il affirme à Fitz que « je n'ai pas un seul véritable ami dans les Six-Duchés (…) Non, je suis seul, Tom Blaireau. Pour toujours ».

Sa relation avec Fitz est très intéressante car il ne connaît pas son identité et encore moins son réel rôle dans sa conception. Pourtant, il prend très vite Fitz en estime et ce dernier comble un vide dans la vie du jeune prince. Il lui parle franchement, sans retenue et se moque de heurter sa sensibilité (« mais d'où sortez-vous donc ? Personne d'autre que vous n'ose me parler ainsi dans ce château ? »). Toutefois, si Devoir est ravi que quelqu'un s'adresse à lui de cette façon, il a vite tendance à redevenir un gamin jaloux. Sa réaction est très marquée lorsqu'il apprend que Tom Blaireau a un fils adoptif ; aussitôt il s'enferme dans une bulle, coupe les liens : « Alors quel besoin avez-vous de moi, si vous avez déjà un fils ? »

Dans Serments et deuils vient l'heure du règlement de comptes. Il faut préciser qu'à la fin du tome précédent (Les secrets de Castelcerf), Devoir et Elliania (sa prétendante) se sont mis d'accord pour effectuer une quête visant à ramener une tête d'un dragon. Et, pour accepter ce défi, le prince des Six-Duchés a dû passer un ordre d'Art imposé par Fitz lorsqu'il l'a sauvé des griffes des Pie au moment de sa disparition. Devoir se sent alors souillé et sali par cet acte : il pense qu'il a été trahi et même manipulé et en vient à douter de ce que Fitz éprouve à son égard. Vexé, il lui dit que « vous m'avez ligoté, vous m'avez obligé à me plier à votre volonté depuis le premier jour. Vous m'avez sans doute forcé à éprouver de l'affection pour vous ». Ils finiront par se réconcilier et dépasser cette divergence.

Mais, ne dressons pas un portrait sombre du prince Devoir. Il sait faire preuve de finesse dans l'analyse des faits et dans son raisonnement. Il pousse même parfois sa capacité à cerner les choses plus loin que l'expérimenté Fitz (il sait que c'est son oncle désormais). Ainsi, quand Fitz sauve la vie de Civil (un ami de Devoir) des mains haineuses et puissantes du clan des Pies, il montre à Fitz qu'il a plus que réfléchi à la question ou cerné les enjeux en cours. Car le bâtard royal fait preuve de suspicion et se méfie énormément de Civil qu'il considère comme un élément dangereux pour Devoir. Devoir use d'un argument qui fait mouche auprès de toute personne détentrice du Vif : « FitzChevalerie Loinvoyant, il m'a remis son marguet. Si vous aviez su que vous alliez au-devant d'une mort certaine, et que vous ayez voulu empêcher Oeil-de-Nuit de périr avec vous, où l'auriez-vous laissé ? »

Le fils de Vérité a toujours voulu en savoir plus sur ses origines. Il a lu les archives royales, demandé à sa mère (Kettricken ) de raconter ses souvenirs et Fitz des anecdotes. Dès qu'il rencontre un homme ou une femme qui a connu son père, il lui demande d'en parler. C'est le cas avec le Fou (« En mer (…) j'aimerais que vous me parliez de mon père à l'époque où vous l'avez connu (…) Je sais que vous vous êtes occupé de lui lorsqu'il… à la fin de sa vie. »)
Il montre encore une fois qu'il a grandi et gagné en sagesse lors du voyage en bateau vers les Îles et de Aslevjal. Umbre, Fitz et Devoir débattent du cas Trame qui a percé à jour l'identité de Fitz ; ils se demandent ce qu'ils doivent faire et les deux premiers voient cela à travers les yeux d'assassin : il est une menace. Devoir, lui, est plus mesuré et leur rappelle que Trame s'est dévoilé à leurs yeux et a également mis son existence en jeu en le faisant (« N'oubliez pas qu'en révélant à Fitz qu'il connaissait son identité, Trame s'est mis lui-même en péril : certains seraient prêts à tuer pour maintenir enfoui ce secret »).

Il est toujours aussi à l'aise dans son costume royal par la suite même s'il doit faire face à de fortes tentations, des tentations encore plus fortes s'il s'agit de sa future femme qui s'offre à lui. Il calme ses ardeurs, ses propres envies quand il refuse d'aller plus loin qu'un simple baiser avec Elliania (qui était pourtant prête à aller plus loin) : « mon corps et ma semence appartiennent aux Six-Duchés et je n'ai pas le droit de les partager avec qui bon me semble (…) je voudrais lui demander de plus me soumettre à la tentation ». Contrairement à d'autres avant lui (Chevalerie), il a conscience de ses obligations et que concevoir un enfant hors mariage n'est pas nécessairement une bonne chose pour la famille Loinvoyant.
Il ose enfin se dresser contre les petites manies de Fitz et Umbre. Il leur rappelle que ce sont eux les subordonnés et non l'inverse. Il a bien conscience des manigances des deux hommes, des habitudes qu'ils ont prises au fil des années et de leur amour pour les missions secrètes : « vous faites les choix qui, selon vous, présentent le moins de risque, puis vous vous fondez dans le paysage en espérant que personne ne s'apercevra de rien et qu'on ne vous fera pas porter le chapeau si les choses tournent mal ». Un peu plus tard, il ajoute une couche à ses propos, il leur donne même une autre dimension en ajoutant ses craintes quant à son futur règne et au véritable pouvoir qu'il aura (« on dirait deux marionnettistes qui observent de loin la vie des gens et discutent de la manière dont ils vont les manipuler »).

Devoir a également un regard critique sur sa propre famille. Il sait que les pratiques des Loinvoyant n'ont pas toujours été bonnes ou justifiées et que le mensonge est répandu. Il en fait la remarque, ironiquement, à Fitz : « la vérité. C'est une nouveauté, je sais, mais il ne me semble pas inutile qu'un Loinvoyant s'y essaye un jour ». Difficile de lui reprocher ces paroles-là quand on sait que les deux seuls Loinvoyant qu'il a vus de son vivant sont Umbre et Fitz.
Quand Fitz est tiraillé entre sa loyauté envers Umbre et son amitié pour le Fou, c'est Devoir qui règle le dilemme en prononçant des paroles inédites, presque historiques et en tout cas nouvelles pour les oreilles de Fitz. Il lui permet enfin de décider par lui-même alors que Vérité avait, par exemple, gravé en lui un ordre d'Art afin qu'il le trouve. Il lui dit qu' « aujourd'hui, en tant que votre prince, voici ce que j'ordonne, FitzChevalerie Loinvoyant : tenez votre parole envers vous -même. Montrez-vous aussi fidèle à votre cœur que vous l'avez été à Vérité et à Subtil. C'est votre roi qui vous le commande ».

Enfin, il est intéressant de se pencher sur la relation entre Devoir et Ortie (la fille cachée de Fitz). Les deux ne se connaissent pas du tout puisque Fitz a fait tout son possible pour éloigner Ortie de Castelcerf. Leur première rencontre se fait par l'intermédiaire de l'Art et Ortie se joue de Devoir qui en est outré (« Qui je suis ? Le prince des Six-Duchés, et je vais où bon me semble »). Le fils de Kettricken est choqué le moment où il apprend quel est le lien qui l'unit à cette fille, mais il l'est encore plus par tout ce qu'on a omis de lui dire.
Une fois leur quête achevée, ils se retrouvent dans la tour de Vérité au moment des leçons d'Art. La tension est forte entre Ortie et son père et on retrouve le côté moqueur de Devoir : « on peut dire que votre mère a choisi pour vous le prénom qui convenait ». Mais, en fin de compte, Devoir est plus que content de l'existence d'Ortie, pas seulement parce qu'elle offre des possibilités d'arrangements et de négociations à la famille Loinvoyant, mais surtout pour ce qu'elle est : sa cousine ; (« je ne saurais exprimer l'importance qu'a pour moi sa présence à la cour ; j'aime sa brutale franchise. Je n'ai jamais eu d'amie comme elle »). Adieu le jeune adolescent qui se sentait incompris !


samedi 2 septembre 2017

Le Vif

Appelé « Magie des Bêtes » par certains, « Lignage » plus tard dans l'histoire, le Vif est un des éléments essentiels du récit. Nombreux sont ceux qui utilisent cette magie : membres de la famille royale, maître dans leurs domaines,et autres. Cette magie a une très mauvaise réputation, à un point que les utilisateurs doivent se cacher pour ne pas avoir à subir des terribles représailles.

Chronologiquement, dans la Farseer Trilogy (tome 1 à tome 6 en version française), le Vif est condamné. Quand Kettricken accède au pouvoir, elle cherche à changer l'avis de la population sur la magie. Même quand Devoir est capturé par le groupe des Pie, elle reste ferme. Ensuite, quand Devoir va à la chasse au Dragon Glasfeu, il est accompagné d'un clan de Vif, preuve de sa nouvelle importance.

Le Vif est entouré de beaucoup de préjugés, on lui prête des utilisations qui ne sont pas réelles. Ce sont des traditions, des histoires répétées encore et encore par des individus qui ne savent pas que la magie est enseignée, a ses règles et pratiques.
Nous trouvons un exemple dans le tome « Le poison de la vengeance » au moment de la foire à l'embauche. La nuit est tombée et Fitz entend des nouvelles de Cerf. Parmi elles, il y a celle-ci : « il paraît qu'il a le Vif et qu'il est capable de se transformer en loup à la lumière de la lune ». Si Fitz s'est déjà mis dans la peau d'Oeil-de-Nuit, cela n'a été qu'à une occasion et avec beaucoup d'efforts de sa part.
Dans la seconde trilogie, Fitz (Tom Blaireau) se retrouve pris dans une bagarre qui se solde par la mort brutale, sanglante et violente de membres des Pie et de leurs animaux de lien. En pleine convalescence, il s'en va voir Jinna, une femme attirée par lui, mais aussi une sorcière des haies. On pourrait la croire tolérante, sensible à la magie du Vif, puisqu'elle possède aussi un don. Pas du tout ! Elle aussi reste à la surface des choses, ne voyant dans le Vif que son côté le plus sombre (« Tom, tu as trois hommes plus un cheval. N'est-ce pas le loup qui agissait ? N'était-ce pas ton Vif ? »)

Pour autant, elle n'a pas tout à fait tort. On peut se servir du Vif pour tuer, Royal en sait quelque chose. L'Usurpateur a été tué par un petit furet à qui on avait gravé un ordre de Vif extrêmement puissant accompagné de l'image du Roi Royal. Petit Furet n'avait que ça en tête (« la mort de son compagnon de lien avait rendu l'animal à moitié fou »).

Que risquent les utilisateurs du Vif ? Laudevin nous apporte la réponse. Une réponse effroyable et on peut comprendre pourquoi il veut autant faire tomber la maison des Loinvoyant. Il nous parle des membres de sa famille : « bien qu'on l'ait pendue, elle était encore vivante lorsque la hache l'a découpée en morceaux qu'on a jetés au feu ». 

Très tôt, Fitz est suspecté d'avoir le Vif. C'est Burrich dès les premiers chapitres qui s'en rend compte et décide d'éloigner un chiot de lui. Ce seront plus tard les artiseurs. Quand Fitz ne parvient pas à sauver une gamine des griffes et dents des forgisés, les soldats jettent un regard sur le corps de la fillette et certains vomissent tellement ils sont choqués. Mais aussi parce qu'ils voient des morsures de bêtes. Sara la cuisinière fait part à Fitz des ragots : « et ceux qui disent que tu te bats comme une bête parce que tu es plus qu'à moitié animal racontent des menteries et des méchancetés. » Certes, Fitz a tendance à agir comme un possédé durant les batailles, à un point qu'il se fond dans la masse des combattants et se coupe de toute transmission d'Art. Cela lui jouera des tours lors de la bataille de Finebaie quand une servante passant par là croira qu'il est un homme-loup.

Pour beaucoup de gens, Fitz est mort dans les cachots de Castelcerf à cause de son emploi du Vif. Pour Burrich, il est décédé un peu plus tard après leur terrible dispute quand Fitz le remet à sa place et quand Burrich finit par se confesser et révéler son passé. Bien plus tard, des décennies après même, on saura enfin ce que l'ancien maître d'écuries a vu. Il vient en effet voir la Reine Kettricken et son conseiller Umbre pour récupérer son fils Leste qui vient de faire une fugue. Et ses paroles confirment le dégoût que lui inspire le Vif (qu'il nomme d'ailleurs souvent magie des Bêtes) : « quand j'ai découvert son corps, Fitz était mort depuis longtemps, sa chair rongée par de nombreux animaux.Il a succombé comme une bête sous l'assaut de créatures presque semblables à lui. » De tels propos ne peuvent qu'étonner de la part d'un utilisateur extrêmement doué avec cette magie et qui a montré de très solides compétences avec les animaux. Il est aussi le possesseur de techniques disparues, d'un savoir hors du commun. Trame l'identifie comme tel quand il se sert de son don pour guérir Fitz (dans le tome 12, l'homme noir) : « j'ai assisté à des opérations de ce genre (…) mais jamais sur un homme, ni avec autant de douceur ni d'efficacité ».

Dans « La fille de l'assassin », une scène poignante nous montre Fitz sauver une chienne et des chiots de l'avidité de leur maître. Ce dernier n'avait pas compris ou senti que la chienne lui était fidèle et recevait ses maigres signes d'affection comme le plus précieux des cadeaux. A cet instant, le Vif apparaît comme une malédiction pour Fitz, comme après sa tentative de tuer Royal et qu'il s'était retrouvé près du Cirque du Roi. 


Tout n'est pas noir avec le Vif, il a également des utilisations. Il permet de parler avec les animaux, d'avoir un compagnon de lien et comme Trame le dit, il relie « toutes les créatures vivantes et pas uniquement celles du Lignage ». Fitz et le maître d'Art sont d'accord sur un point, tous les êtres humains sont naturellement dotés de magie, et certains s'en servent sans savoir qu'ils la possèdent, de façon simple et instinctive. Fitz et Oeil-de-Nuit est le principal couple de Vif développé le long des romans et nous sommes témoins de la façon dont ils s'en servent. Ce sont parfois des aspects particuliers, à cause du caractère inédit du Fitz (il artise) : le loup se sert du pont d'Art pour défendre Fitz contre les intrusions des artiseurs, Fitz chasse avec le loup (ce qu'il prend pour des rêves), Fitz est sauvé de la mort quand on le transfère d'un corps à un autre, il permet à Fitz de communiquer avec les animaux qui lui ouvrent leur esprit (chevaux, chats, oiseaux, etc.), il sent la présence des gens même quand ils sont cachés, etc.

Tawny man trilogy

Dans cet article, je vais rapidement résumer la suite des aventures de Fitz, qui se fait maintenant appeler Tom Blaireau (le Fou devient Sire Doré). L'article va donc dévoiler des éléments de l'intrigue. A la fin du cycle précédent, Fitz, Oeil-de-Nuit et leur fils adoptif Heur vivent dans une cabane retirés du monde. Kettricken est devenue la Reine des Six-Duchés, épaulée par Umbre. 

Le tome sept, le Prophète blanc, s'ouvre sur un Fitz qui a vieilli et qui se fait désormais appeler Tom Blaireau. C'est à mes yeux plus un livre de transition qui permet à Robin Hobb de faire un point sur l'histoire, de placer de nouveaux personnages et de lancer les événements qui semblent toujours suivre le Fitz. Ainsi, grâce aux retours d'Umbre et du Fou, elle nous met au courant d'un certain nombre de choses qui se sont passées. Au final, le rythme est assez lent et Fitz se révèle parfois agaçant (oui oui encore, même s'il n'est plus adolescent).
L'intrigue se porte à ce moment sur la question du Vif qui menace la stabilité du Royaume (le prince Devoir a été enlevé par un clan du Vif). Fitz n'est plus le jeune homme qu'il a été et Oeil-de-Nuit encore moins. Les deux semblent avoir été durablement marqués par leur exil au contraire des autres personnages qui s'épanouissent en même temps que les fonctions qu'ils occupent (le Fou est riche, Umbre séduit des femmes en tant que Conseiller de la Reine, Kettricken est la Reine et tout dans son attitude le montre). De nouveaux personnages sont introduits et développés (Heur, Laurier) et on a des nouvelles des anciens personnages du précédent cycle (Astérie, les différentes maîtresses de Castelcerf).

Le tome huit, La secte maudite, se concentre sur la chasse du Fou et de Fitz pour retrouver le Prince Devoir. Et Oeil-de-Nuit meurt. OUI OEIL-DE-NUIT MEURT. Cela éclipse tout ce qui se passe dans le livre : les retrouvailles de Fitz avec son fils (rappelez-vous, il a prêté son corps à Vérité la nuit où celui-ci a eu une dernière passion avec sa femme), les combats nombreux et parfois violents, le jeu d'acteurs entre le Fitz et le Fou pour cacher aux autres la nature et la profondeur de leurs liens (le premier étant officiellement le serveur et garde du corps du second). En perdant le loup, Fitz perd plus qu'une partie de lui-même, de ses sens et cela est pareil pour le lecteur que j'ai été. Oeil-de-Nuit va me manquer.
Pour le reste, la mission est menée à bien et après la très belle scène de l'auberge sur le chemin du retour, Fitz devient le maître de Vif et d'Art du prince Devoir. Et ce dernier commence à quel point il peut taper sur les nerfs (« Non, je suis seul, Tom Blaireau. Pour toujours »).

Le tome neuf, Les secrets de Castelcerf, peut aussi lui être vu comme un épisode de transition. Fitz vient de mener à bien sa mission et commence à enseigner l'Art au prince, des personnages qui pourraient former un clan d'Art sont évoqués (Ortie, Lourd). Le bâtard royal se comporte comme un rustre avec le Fou quand celui-ci reçoit la visite de Jek (si vous ne le savez pas, Jek est une femme tirée des Aventuriers de la Mer et a vécu auprès du Fou quand celui-ci se faisait appeler Ambre), Fitz doute donc du sexe du Sire Doré (le Fou) et le harcèle presque, ce qui fait que les deux se brouillent.
Parallèlement, il convient à ce stade de préciser un fait : le Prince Devoir était promis à Elliania, une narcheska, une sorte de Princesse des îles d'où venaient les Pirates Rouges. Nos deux tourtereaux (officiellement car leur futur mariage arrangé n'est pas de tout repos, Devoir multipliant les gaffes et les bouderies) s'engagent donc dans des fiançailles. A la fin du tome, la jeune femme lance un défi à Devoir : il devra aller à la chasse d'un Dragon pour lui faire plaisir et conquérir son cœur. Sacré défi ! Et là, il s'agit d'un vrai Dragon, pas un en pierre (n'est ce pas Madame la Reine ?). Bien entendu, Devoir accepte.

Dans le tome 10, Serments et Deuils, Fitz a failli mourir. Oui encore. Présentons rapidement les faits. Un clan de Vif continue ses intrigues politiques et veut détruire la lignée des Loinvoyant en révélant que Devoir a la magie des bêtes. Horreur. Pire, ils veulent annoncer que le bâtard-au-Vif, tueur du Roi Subtil, est toujours vivant et fait le sale boulot dans l'ombre. Et, comme souvent, Fitz va les tuer pour protéger sa famille et va se retrouver dans un sale état. Le moment où le clan d'Art (Umbre, Fou, Devoir et un serviteur appelé Lourd) nous permet de faire un retour dans le passé quand Robin Hobb évoque un certain nombre de blessures reçues par le Fitz (notamment lors des séances de torture par Royal et ses sbires dans les cachots). Bref, Fitz ne meurt pas et Devoir finit par apprendre sa véritable identité. Non pas qu'il est son père mais qu'il est son cousin. Oui oui, Fitz aime les secrets, vous le verrez par la suite. En parlant de secrets, devinez qui revient ? Burrich ! Oui, le vieux maître d'écuries devenu aveugle mais qui a su conquérir, lui, le cœur de la courageuse Molly. On se souvient que Fitz avait été particulièrement odieux avec lui dans le tome 4, Le Poison de la vengeance. Fitz fait donc la connaissance de Leste, un des fils de Molly et Burrich, et devient un de ses précepteurs. Ortie et Fitz continuent à se parler en secret grâce à l'Art, Heur se fait manipuler par une fille.
Nous en apprenons un peu plus sur le Fou, son histoire et ses motivations mais aussi sur celle qui se fait appeler la Femme Pâle et qui était à l'origine de la guerre des Pirates Rouges.

Au début du tome 11, le Dragon des glaces, Umbre et le Fou se disputent la loyauté de Fitz. Umbre veut tuer le Dragon pour que Devoir et sa promise se marient, le Fou veut sauver le Dragon pour lui permettre de s'accoupler avec la survivante du Désert des Pluies (voir les Aventuriers de la Mer). Il livre d'ailleurs un très beau discours sur la nécessité de réintroduire les Dragons dans notre monde et les changements que cela impliquerait chez les hommes et la façon de voir le monde (« vous ne possédez pas la terre à laquelle vos corps finissent par retourner, et elle ne garde pas le souvenir des noms que vous lui donnez »).
Très protecteur et parce que le Fou lui a dit qu'il allait mourir au cours du périple, Fitz empêche le fou d'embarquer avec la troupe qui part à la recherche de Glasfeu le Dragon. Arrivés à la maison maternelle d'Elliania, nos amis font face au rude accueil des locaux. Pas de nourriture douce, pas de confort démesuré. Mais heureusement, Devoir finit par voir la poitrine de la promise et plus rien ne sera pareil.
Les forces se divisent : certains nobles qui accompagnaient le Prince restent sur place pour faire du commerce et nouer des alliances alors que l'héritier du Trône s'en va avec quelques uns accomplir sa mission. Direction un glacier. Et le Fou les attend. On imagine d'ailleurs à ce moment-là assez facilement la scène.
Trame (le maître du Vif) brille toujours autant par sa sagesse, nous assistons à une scène mémorable où Devoir et Ortie (presque frères et sœurs) font connaissance dans un moment d'Art, et où Ortie envoie une réplique bien salée au Prince : « Prince Mal-Élevé, je suis la reine Je-N'en-Crois-Pas-Un-Mot des Sept-Fumiers ».

Lors du tome 12, l'Homme noir, on obtient beaucoup de réponses. On en apprend plus sur la guerre des Pirates Rouges, on en apprend énormément sur la nature du Fou, on voit à quel point Fitz aime le Fou. C'est aussi un livre de rencontres et de retrouvailles. Nous découvrons enfin la Femme Pâle, Burrich finit par savoir que le Fitz est vivant mais meurt. Oui, le presque père du Fitz meurt, tué par un Dragon. Car les Dragons reviennent après que Fitz décide de changer le cours des choses. Les Dragons reviennent donc et le Fou meurt. Plus de Fou, plus d'Oeil-de-Nuit. Mais que va devenir Fitz ?
Devoir conquiert définitivement le cœur de sa dulcinée. L'identité secrète de Fitz est révélée au grand jour. Burrich abat un Dragon. Leste aussi. La Femme Pâle tente Fitz.

Le tome 13, Adieux et retrouvailles, voit le Fitz ressusciter son vieil ami le Fou. Cette fois-ci, pas de Vif comme pour Fitz à la fin du tome 3 mais une vieille technique de la magie de l'Art. Bref, Le Fou est de retour et s'en va. Oui, il s'en va, coupe tous les liens avec Fitz et décide de repartir dans son pays natal. Pauvre Fitz ! Mais, Fitz est un coquin et s'en va retrouver Molly et ses nombreux enfants (Burrich n'a pas perdu son temps). Il retrouve sa fille Ortie, ne sait pas comment faire avec elle et finalement il choisit la tactique « Umbre » en débarquant dans sa chambre au beau milieu de la Nuit.


Les Dragons tuent des bœufs et se reproduisent, Devoir épouse Elliania, Astérie tombe enceinte, Heur devient ménestrel etUmbre continue ses petites expériences dans son coin et c'est la fin.