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dimanche 7 septembre 2025

[Julie Victoria Jones] Le Livre des Mots / Tavalisc, un homme ambitieux

Quand les hommes abandonneront la grâce pour l’or,

Quand deux grandes puissances se mêleront en une seule,

Les temples s’effondreront,

Le sombre empire s’étendra,

Et le monde ne ra plus que ruine et désolation.


Viendra alors un homme sans père ni amante,

Mais promis à une autre,


Qui sauvera la terre de sa malédiction.

(La prophétie de Marod)



A Rorne, l’archevêque Tavalisc est ambitieux et influent. Il fait la pluie et le beau temps dans cette ville, tout en faisant en sorte qu’elle reste indépendante et à l’abri de l’appétit des Etats du Nord (les Quatre Royaumes menés par Baralis). 


Tavalisc est décrit comme un homme aimant la bonne chère, il aime manger. Il apprécie aussi faire tourner en bourrique son assistant, Gamil. Il renvoie une image paresseuse, presque indolente. Mais, il serait injuste de le réduire à cela car il se révèle calculateur et attentif à tout ce qui se passe (« personne n’y avait prêté attention, à l’exception de Tavalisc ; il lui paraissait prudent de garder un oeil sur les agissements des guérisseurs »). L’homme est donc prudent, particulièrement quand il s’agit de garder à l’oeil des individus ou des événements qui pourraient remettre en cause ses richesses et possessions.


On en a un autre exemple avec Mégane, une jeune femme qui passe du bon temps avec Taol à Rorne. Taol est un chevalier que Tavalisc a gardé prisonnier puis libéré. S’il a fait ça, c’est pour brusquer un peu les choses. En ce qui concerne Mégane, il a l’intuition qu’il pourra s’en servir pour faire pression sur Taol : « j’ai l’intention de garder cette fille aussi longtemps que nécessaire : des mois, des années, qui sait ? Un jour viendra où elle nous sera utile ». Clairement, Tavalisc ne néglige pas le long terme : ses plans peuvent être à longue échelle.


Son principal opposant ou ennemi est Baralis. Bien que les deux soient séparés par de longues distances, Tavalisc observe attentivement ce que l’autre fait. Il assiste à ses manigances, aux complots et autres joyeusetés menées par Baralis. Il finit par comprendre ses motivations, à savoir que « Baralis était en train d’accomplir la prophétie ! Ce démon essayait de bâtir un gigantesque empire nordique ». 

La prophétie dit alors que ce ne sera que malheur, pauvreté, et qu’un individu pourrait se dresser pour empêcher cela. En apprenant cela, Tavalisc est terrifié. C’est une réaction intéressante car c’est la première fois où on le voit perdre de sa superbe (« Il était glacé jusqu’aux os »). C’est presque comme s’il comprend qu’il avait preuve de négligence, qu’il avait sous-estimé son adversaire (« il s’était toujours méfié de Baralis, mais tout cela prenait des proportions inimaginables. Il n’était dit nulle part dans la prophétie que le sombre empire serait purement nordique »). Tavalisc est donc dépassé.

Il est d’autant plus inquiet que la réalisation de la prophétie équivaudrait à la perte de toute sa richesse, de son influence, de son pouvoir. Il a beau cacher cela derrière des aspects patriotiques (« Rorne ne deviendrait pas la laquais de quelque empire nordique »), on saisit vite que l’homme ne pense qu’à lui.


Car, étant un homme d’Eglise, ayant basé sa richesse sur l’extorsion du peuple et des puissants, Tavalisc craint cette prophétie qui dit que « les temples s’effondreront ». Tavalisc n’a alors pas d’autre choix que s’opposer à ceux qui concourent à la réalisation de cette prophétie, comme Baralis mais aussi les chevaliers. Il décide donc de las chasser de Rorne mais aussi de toutes les villes où son poids compte. Il a trop peur (« les chevaliers n’auraient de rien de plus pressé que de détruire l’Eglise telle qu’elle existait et d’instituer nouveaux guides de la foi. Et où cela le conduirait-il ? Dans la rue, sans pouvoir »). Il n’y a donc là rien d’altruiste ou de désintéressé. Tavalisc joue lors un jeu qui l’anime et lui procure de douces sensations, presque aussi plaisantes que la nourriture ou taquiner son assistant Gamil. Son plaisir est manifeste : « une insulte par-ci, quelques têtes de bétail massacrées par-là, et avant même de s’en apercevoir, tout le monde s’aligne de part et d’autre, prêt à en découdre . C’est très excitant ». Il est donc prêt à faire ce qu’il faut pour éviter que deux puissances s’allient comme le souligne la prophétie de Marod.


Mieux, il finit par se convaincre qu’il est l’élu qui mettra fin à l’âge des ténèbres. Il interprète les vers de façon à ce qu’il convienne à sa vie (« « Viendra alors un homme sans père ni amante. » Je n’ai pas de père, et ma position m’interdit d’avoir des femmes (…) Il est évident d’après la prophétie de Marod qu’il est de mon devoir sacré de mettre un terme »).


Cette interprétation des choses est une spécialité pour lui. Quand, au final, Taol empêche, avec d’autres, la réalisation de la prophétie et des âges sombres, Tavalisc se tresse des lauriers. Il va même jusqu’à dire que le garder prisonnier a été une bénédiction (« j’ai rempli mon devoir auprès du chevalier : je l’ai protégé dans mes cachots pendant un, j’ai suivi ses moindres faits et gestes, j’ai même arraché sa douce amie du ruisseau »). Il réécrit donc totalement ce qui s’est passé ! 

samedi 7 juin 2025

[Julie Victoria Jones] Le Livre des Mots / Maybor, un simple homme à femmes ?

Maybor est un noble, proche de la Reine et du pouvoir. Il est le principal opposant à Baralis, le magicien le plus puissant de son temps. Maybor se sait influent et puissant, bel homme et il en profite auprès des femmes. Il aime les mettre dans son lit et coucher avec.


Dès sa première apparition, le ton est donné. On sent un homme qui a confiance en lui et qui a conscience de son statut, de son poids. Il n’a aucun remords à se servir de cela pour charmer les dames (« parle, ma fille. Tu n’as pas à avoir honte, nombreuses sont les femmes qui succombent au charme d’un homme plus âgé »). Son attirance pour les femmes est connue de tous et ne surprend personne. Elle fait partie de qui il est même si elle peut dégouter ; c’est le cas de Baralis qui est engagé dans une lutte à mort avec Maybor. Il trouve l’attitude du noble parfaitement pathétique : « Maybor s’était entouré de jolies filles de plusieurs petits seigneurs et s’occupait à les courtiser de façon outrageuse, se rendant parfaitement ridicule ».


Le désir sexuel de Maybor n’est pas basé sur rien. Si il séduit autant les femmes, d’après lui, c’est pour se faire une place. Il n’est pas le premier fils, il n’est pas celui qui doit hériter. Se marier est pour lui une opportunité d’acquérir des terres et c’est un stratagème qu’il emploiera plusieurs fois, n’hésitant pas à tuer ses épouses quand elles présentent plus d’intérêt. Maybor est donc ambitieux. Certes, il prend du plaisir à coucher avec toutes ces femmes mais cela a aussi une autre visée. Sa réflexion l’illustre bien : « qui sait, peut-être devait-il se remarier ? Il aurait bien aimé épouser une jolie femme, pour changer. L’inconvénient, naturellement c’était qu’elles ne possédaient jamais la moindre terre ».


Dans un premier temps, on se rend compte que Maybor est attiré par les femmes plus jeunes que lui. Il aime leur fraicheur, leur naïveté et le fait qu’elles soient faciles à conquérir. Son point de vue change légèrement après son empoisonnement par Baralis. Alors qu’il est au lit en train d’essayer de survivre, son désir est toujours présent et il ne reste pas insensible aux talents de la guérisseuse royale. Elle n’est pas très jeune, elle n’est pas particulièrement belle mais « lorsque ses mains expertes se mirent au travail sur le corps de Maybor, il commença à la trouver très attirante ». 

On pourrait presque le voir blasé de coucher avant tant de jeunes femmes, à un point qu’il devrait élargir son horizon.  En réalité, Maybor a une haute estime de lui-même, il est extrêmement imbu, presque présomptueux. Sa façon d’être avec la guérisseuse en est un bon exemple (« il se leva de son lit et réveilla la guérisseuse d’une bonne claque sur les fesses (…) à sa grande surprise, il avait découvert que coucher avec une femme d’âge mur présentait bien des avantages ; rompue aux jeux de l’amour, elle n’était pas sujette aux pudeurs de jeune fille »). Autrement dit, Maybor avait l’air de croire que les femmes avaient une date de péremption, que passer un certain âge elles ne présentaient aucun intérêt.


Maybor est incapable de se contrôler devant une belle jeune femme. On en a la preuve quand il séduit une servante avec qui son propre fils a couché. Ses propos sont provocateurs : « alors, ma douce Muguette, si le fils est bon avec toi, pense à quel point le père sera meilleur ». La réaction de son fils est identique à celle du lecteur : c’est la consternation, voire du dégoût. Son fils le confronte : « venir me voler une fille dans mon propre lit. Êtes-vous désespéré à ce point ? Auriez-vous quelque chose à prouver ? » L’explication la plus simple est que Maybor est incapable de se contrôler. On peut aussi penser qu’il est un salaud qui n’aime pas ses enfants.


Ce qui est faux quand on voit sa relation avec sa fille Melli. Melli est un cas intéressant car Maybor veut la forcer à conclure un mariage avec le fils du roi afin de gagner en influence. Il n’a aucun scrupule à sacrifier sa fille ainsi ; d’ailleurs, Melli fuguera à cause de ça. Maybor ne lui en veut même pas d’avoir disparu ou d’avoir contrarié ses plans ; il l’aime malgré tout (« le seigneur demeura immobile, songeant à sa fille, à son amour pour elle. Il lui avait imposé des fiançailles, certes, mais il ne lui avait jamais voulu le moindre mal »). Ce qu’il ne sait pas et découvre en la cherchant est que Melli fait face à de nombreuses épreuves, dont le péril d’être prostituée. Quand il s’en rend compte, quand il met la main sur une de ses tortionnaires, sa colère se déchaîne (« le seigneur lui fracassa le poignet contre la table avec une telle violence qu’elle entendit les os se briser »). Maybor ne tolère pas qu’on fasse du mal à sa fille chérie. C’est d’autant plus remarquable que Melli l’a humilié devant la reine et son ennemi Baralis. Sa fuite risque de lui faire perdre du prestige et du pouvoir, et pourtant il « l’aimait toujours ».