Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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mardi 8 septembre 2026

La Femme Pâle et les tatouages

Quand Elliania arrive à Castelcerf dans l’optique de se fiancer avec Devoir, personne n’imagine qu’elle le fait sous pression de la Femme Pâle. Elliania n’a pas d’autre choix qu’épouser un adolescent qu’elle ne connait pas si elle veut sauver sa mère et sa soeur. 


On pourrait croire que, loin de la Femme Pâle, Elliania trouverait un moyen d’échapper à son emprise. Mais, la Femme Pâle a pris des précautions. Bien avant d’envoyer Elliania vers les Six-Duchés, elle l’a marquée : les tatouages ne sont pas que des tatouages. Ils sont aussi un moyen d’infliger la douleur. Peottre dit même qu’ils sont « un empoisonnement de l’âme ». Quand Elliania a été tatouée, elle n’était qu’une gamine (« un matin, elle est partie en promenade avec Henja, en qui elle avait toute confiance ; deux jours plus tard, la suivante l’a ramenée. Elle tenait à peine sur ses jambes et elle portait ces tatouages »). Les tatouages sont d’autant plus douloureux que la Femme Pâle a appris beaucoup de choses sur la magie, l’Art et autres grâce aux manuscrits récoltés ici ou là. Grâce à cela, elle peut faire souffrir et elle ne s’en prive pas.


Lorsque Fitz espionne Elliania, il se rend compte qu’il y a quelque chose de bizarre dans son  comportement. C’est quand il voit le dos de la jeune femme qu’il comprend pourquoi elle souffre autant (« la mystérieuse punition des tatouages qui infligeaient d’insupportables brûlures à la narcheska laissait entrevoir l’existence d’une magie dont nous ne savions rien »). Fitz ne comprend pas pourquoi de simples dessins sur la peau peuvent faire du mal. Il se tourne naturellement vers le Fou pour en savoir plus.

Avec bien peu d’envie, le Fou lui montre son dos. Fitz constate alors que « si ses tatouages n’étaient pas identiques à ceux d’Elliania, ils étaient extrêmement similaires ». Le Fou lui explique alors que « leur application a été extrêmement pénible et longue » et que c’était un souhait de la Femme Pâle que ce soit douloureux (« ils prenaient grand soin de planter leurs aiguilles là où elle l’ordonnait »). D’une certaine façon, la Femme Pâle prenait plaisir à voir des enfants être torturé. Car, que ce soit Elliania ou le Fou, ils ont tous les deux été tatoués alors qu’ils n’étaient que des gosses. Le Fou précise qu’ « infliger un tel traitement à un enfant, à n’importe quel enfant, l’empêcher de bouger et le faire souffrir est atroce ». La peine accompagne donc le tatouage. Et savoir qu’on est marqué vous accompagne durant toute votre vie. Des années plus tard, malgré tout ce qu’il a vécu, tout ce qu’il a vu, le Fou est toujours tatoué contre sa volonté.


La Femme Pâle vaincue, les tatouages restent un des derniers témoignages de sa vengeance, de sa méchanceté et de sa cruauté. C’est comme si la défaite de la Femme Pâle avait décuplé la douleur. Fitz s’en rend compte en regardant le dos d‘Elliania (« la beauté luisante des serpents et des dragons avait disparu. Les tatouages s’enfonçaient en creux dans la peau qu’ils tiraient comme si on les avait gravés au fer rouge »). La relative beauté qu’on pouvait trouver en regardant les tatouages a disparu. Il n’y a plus rien d’artistique, plus rien de beau ; simplement un instrument de douleur.

Personne ne semble capable d’apaiser la douleur d’Elliania. Lourd est inefficace et même craintif en utilisant l’Art, la neige n’apaise pas le mal. C’est Fitz qui se chargera d’effacer les tatouages lors d’un processus marquant, presque dégoûtant et repoussant. Elliania vit un véritable moment de calvaire (« une encre à l’odeur pestilentielle suintant, contrainte et forcée, par les pores de la malheureuse qui, pour couronner le tout, souffrait le martyre. Elle serrait les dents et martelait le sol à coup de poings ») mais elle préfère supporter ça que garder les tatouages. D’ailleurs, elle le dit clairement : « peu importe les moyens, je veux seulement qu’on m’enlève ces tatouages. Je refuse de porter les marques de cette femme sur moi ! »

samedi 20 juin 2026

Petit billet # 5 : Elliania la colérique

Abeille a disparu. Elle a été enlevée et son père, déjà incapable de la protéger, semble impuissant à la retrouver. Plus généralement, c’est tous les Loinvoyant qui semblent être dans une impasse. A part la folle entreprise du Fou et son envie de détruire Clerres, Fitz et les autres semblent être dans une position d’attente. 

Elliania, elle, exprime verbalement son dépit. C’est en réalité le signe de son incapacité à sauver Abeille. Les deux ne se connaissent pas plus que ça et il a fort à parier qu’Elliania ne tient pas à Abeille parce qu’elle est Abeille, mais parce qu’elle est une fille du clan. Son éclat (« nous avons perdu un enfant ; une petite fille ! Un Loinvoyant ! Disparue, tout comme ma petite sœur a disparu pendant des années (…) Et il faudrait faire preuve de retenue ? »)  laisse peu de place au doute. Le parallèle que dresse Elliania avec sa sœur (Kossi) est intéressant ; là où Elliania se soumettait aux ordres de la Femme Pâle, Fitz et le Fou défiaient cette dernière. Et leur attitude offensive a permis de retrouver la sœur d’Elliania. 

On comprend également que la Reine des Six-Duchés aimerait porter la guerre là-bas dans le Sud. Elle veut y répandre la mort et le sang. Vindicative, Elliania tient à rassurer Fitz qui, comme souvent, s’apitoie sur propre sort. L’outrîlienne est convaincue que « ce sont eux les coupables ! Ceux qui l’ont enlevée ». Fitz n’a en rien manqué en ses devoirs de père, selon elle. Les kidnappeurs ne méritent qu’un châtiment : « il faut les traquer et les tuer comme des cochons qui couinent devant le boucher ». Dès lors, Elliania est portée par un vent de colère. Elle dresse des plans où les Six-Duchés et les îles d’Outre-mer s’allient pour mener une vendetta. Elle est même encline à donner son fils qui « vous accompagnera pour venger cette insulte mortelle, cette perte terrible pour notre maison des mères ». Il faut d’ailleurs noter qu’Elliania est encore fortement marquée par sa culture maternelle. 

Il y a presque quelque chose de tragique à voir Elliania exprimer si ouvertement ce qu’elle ressent. C’est en tout cas quelque chose peu répandu chez les Loinvoyant. Quelques uns pourraient la trouver dans l’exagération, d’autres qu’elle vit pleinement ce qu’elle ressent. En tout cas, sa demande de tremper un mouchoir « dans le sang de mes adversaires afin qu’elle pût l’enfouir dans la terre de maison des mères et que l’âme de ceux que j’aurais tué ne connût jamais la paix » illustre bien ces propos. Là encore, certains pourraient trouver une telle attitude fausse. Or, Elliania est simplement authentique, vraie. N’oublions pas que c’est Elliania qui permet à Fitz d’être enfin reconnu ; et, elle l’a fait en saisissant pleinement une opportunité, en mettant en scène l’annonce de la grossesse d’Ortie.


vendredi 21 mars 2025

La place de la femme dans la culture outrillienne

L’océan n’est pas la seule chose qui sépare les Six-Duchés des gens des îles d’Outre-mer. Les deux peuples ont pourtant des points communs puisque tout laisse croire que le premier roi des Six-Duchés vient des îles d’Outre-mer. Mais, le temps a fait que les cultures se soient différenciés. Lorsque Devoir et les autres se rendent là-bas afin de chercher Glasfeu, ils plongent dans un monde qui les surprend.


La femme y occupe une place importante car leur monde repose sur la mythologie d’El et Eda. Or, Eda est la créatrice des femmes et elle a donné aux femmes la gestion de la terre. C’est ce que rappelle Arkon Sangrépée : « aux femmes, Eda a donné les îles, et nous y marchons par sa seule permission ». Avec le temps, les hommes ont fini par acquérir un rôle dans la reproduction et la guerre ; ils ne sont pas là pour administrer et faire prospérer le clan. Les terres se transmettent de la mère à la fille.


En quelque sorte, les outrîliens vivent dans une société matriarcale. C’est quelque chose qui a été digéré et intériorisé par tous ; ils ne le remettent pas en question. 


Le clan du Narval (celui d'Elliania) est géré, à ce moment du récit, par la Grand Mère. C’est une dame d’un certain âge qui semble dépassée par les événements. Elle conserve malgré tout l’autorité le temps qu’une nouvelle femme émerge (la Grand Mère a oublié les malheurs apportés par la Femme Pâle qui a enlevé sa fille). Lorsqu’elle arrive pour rencontrer Devoir, elle est incapable de marcher seule. La mise en scène choisie pour son apparition renforce au contraire son pouvoir. Elle est littéralement portée, presque sur-élevée au-dessus de son clan : « quatre hommes du Narval descendirent l’escalier et s’avancèrent, portant une petite vieille ridée dans une chaise faite de saule noueux et tendue de peaux d’ours ». Quatre homme vigoureux permettent donc à la Grand Mère de trôner sur cette assemblée.


Si la vigueur physique a abandonné la cheffe du clan et si sa mémoire semble défaillante, elle conserve malgré tout une certaine agilité avec sa langue et a quelques moments de lucidité. Tout ce qu’elle dit pourrait avoir été dit par Eda elle-même. La Grand Mère différencie bien la vision des choses des hommes de celle des femmes (« Important, important ! Pour un homme, peut-être, mais que savent les hommes »). On pourrait presque dire qu’elle pense que les hommes s’intéressent à des choses futiles, sans importance. Elle poursuit en disant que ce qui est important est la culture de la terre et le développement (en nombre) du clan ; le reste importe peu. Les mots employés ensuite laissent peu de place au doute : « que savent-ils de la tonte des brebis, des récoltes des jardins, du nombre de tonneaux de poisson en saumure et de panne de porc qu’il faut pour l’hiver ? » 

Les hommes font la guerre, les femmes gèrent la terre. 

Lorsque Devoir se présente à l’assemblée, c’est aux femmes qu’il parle. Il dit « je me présente aux mères du clan du Narval et leur prie de m’accorder l’autorisation de joindre ma lignée à la leur ». Il a bien compris où était le pouvoir, qui détenait le commandement.


Mais, le clan du Narval fait face à une tragédie. On a vu qu’il était géré par la Grand Mère et que sa fille était absente. Elle a été enlevée par la Femme Pâle. Pour Elliania, c’est une réelle tragédie, une disparition qui pourrait remettre en cause la survie de son clan. En effet, tout le clan repose sur l’existence d’une cheffe ; or, la Grand Mère est en fin de course et sa mort marquerait sans doute la fin du clan. Elliania semble assez claire à ce sujet : « si elle venait à disparaître, le coeur de notre maison maternelle s’en trouverait anéantie et ma famille cesserait d’exister (…) Qu’est ce qu’une maison maternelle sans mère ? » La question est posée et importante. Sans mère pour la mère, un clan contreviendrait aux enseignements d’Eda.


Bien éduquée, Elliania adhère à ce point de vue (« Un garçon ensanglante son épée pour devenir un homme, non ? Par sa capacité à tuer, il annonce qu'il est achevé. Ce qu'on homme peut prendre par l'épée, une femme peut le donner par sa seule chair : la vie »). Avoir ses règles est fondamental dans la culture outrîlienne. Cela fait de vous une femme et, dans le cas d’Elliania, cela la légitime vis-à-vis des autres femmes qui pourraient revendiquer sa place dans la lignée du clan. Jusque là, Elliania était moquée, presque vue comme une gamine, notamment par Lestra, une rivale. Cette dernière moquait sa timidité, son inexpérience. Or, ayant eu ses règles, Elliania s’affirme enfin. On sent sa fierté et son changement quand elle dit que « j’ai versé mon premier sang. Je puis faire naître la vie en moi. Je me présente devant vous, désormais femme ». Elliania a donc changé de statut. Elle n’est plus une enfant. Elle a désormais le contrôle de son corps et elle pourrait coucher avec Devoir si elle le désire (« chez moi, une femme se donne comme elle le souhaite ; ça n’a pas de rapport sur le fait d’être mariée, ou d’être une épouse comme tu dis »). Notons que si elle ne le fait pas, c’est uniquement parce que Devoir doit relever un défi avant (apporter la tête de Glasfeu).

Pour les gens des Six-Duchés, il faut s’acclimater à ce changement culturel. Umbre, bien souvent renseigné, les prévient : « elles n’ont pas les mêmes coutumes que nous sur la chasteté et on a demandé à nos gardes de rester prudents mais non de glace (…) approcher une femme qui n’a pas d’abord manifesté son intérêt constituerait une infraction aux règles de l’hospitalité ». La femme choisit et dispose. C’est elle qui porte le futur enfant et c’est elle qui décide la personne qu’elle estime de valeur pour être le père. Peottre résume bien la chose quand il questionne : « comment un homme pourrait-il oser s’opposer à la volonté d’une femme ? »


Les outrîliens n’ont pas oublié la guerre menée par les Pirates rouges. Ils en ont souffert également puis Kebal Paincru a enlevé bon nombre d’hommes et de femmes pour arriver à ses fins. Mais, Paincru a perdu la guerre et il a laissé les îles sans réponse lors de la vengeance des duchéens. Dans la culture populaire outrîlienne, c’est la reine Kettricken qui a impulsé cela. Devoir nous apprend que « elle leur a inspiré une révérence sans bornes d’avoir su non seulement préserver son royaume mais encore porter le fer chez eux sous la forme de dragons ». Kettricken arriverait donc à combiner le rôle de chef de clan et de grande guerrière.


jeudi 24 août 2023

Qui est Henja ?

Dans la seconde partie de l’assassin royal, une lutte d’idées et de vision du monde oppose le Fou à la Femme Pâle. Chacun essaie de faire en sorte que sa vision du monde se réalise. Le Fou milite pour le retour des dragons, et pour cela il se sert des Loinvoyant, Fitz compris. La Femme Pâle, elle, n’a aucun intérêt au retour des dragons et elle veut mettre la main sur le Fou et Fitz ; les deux s’opposent à ses plans et elle ne le tolère pas. Pour atteindre son but, la Femme Pâle manipule un bon nombre de personnes : les Pie, Elliania. Ne pouvant être sur place puisqu’elle est occupée sur Aslevjal, elle se sert d’une agente : Henja.


D’apparence anodine, Henja apparaît à Castelcerf en même temps qu’Elliania et sa suite d’Outrîliens. Comme elle n’est qu’une servante, personne ne fait attention à elle, personne ne suspecte qu’elle exerce une pression terrible sur Elliania. C’est en espionnant Elliania que Fitz se rend compte de l’importance d’Henja. Son oeil d’assassin et d’espion l’alerte ; il se rend compte qu’Henja n’est pas une simple domestique (« elle était vêtue simplement, à la façon d’une servante, mais elle se comportait comme si elle détenait toute l’autorité »). Il apparait clair qu’Henja fait tout pour ne pas être reconnue.

Très vite, Fitz parle d’elle au Fou. Le Fou reconnait les manoeuvres de la Femme Pâle. Il demande à Fitz de rester sur ses gardes, de ne pas sous-estimer leurs ennemis : ils sont impitoyables et prêts à tout pour accomplir leurs objectifs. Le Fou précise que « ses machinations sont subtiles ; elle est plus âgée que moi et beaucoup plus retorse ; c’est un jeu affreux auquel elle joue. Henja, la servante de la narcheska, est son âme damnée ».

D’ailleurs, plus tard à Aslevjal, alors qu’ils sont capturés par la Femme Pâle, Fitz et le Fou subissent les moqueries verbales. Elle vante ses plans, tente de redéfinir leurs perceptions des choses. Elle affirme que « j’ai envoyé Henja à Castelcerf, où elle a payé les Pie pour qu’ils vous capturent, votre ami le fou et vous, et vous livrent à elle, mais eux aussi ont manqué leur coup ». Autrement dit, la Femme Pâle a utilisé les tensions domestiques des Six-Duchés pour servir ses desseins.


Fitz croise deux fois Henja alors qu’elle a affaire aux Pie. 

En espionnant Lourd, il se rend compte qu’Umbre, le Fou et lui sont observés. Tous leurs faits et gestes sont rapportés par un Lourd manipulé aux Pie. Henja tente de profiter de la situation, de faire en sorte que les Pie les capturent mais elle sous-estime la haine et l’esprit de revanche des Pie. Ces derniers n’ont jamais supporté ce que les Loinvoyant ont fait aux gens doués du Vif. En tout cas, Fitz est témoin d’une conversation entre Henja et des membres des Pie (« je suis sûr qu’il s’agit de la femme qui se trouvait chez Laudevin et Paget en même temps que Lourd ; elle leur a offert de l’or contre le fou et moi »).

En espionnant Civil et en lui sauvant la vie, Fitz rencontre une nouvelle fois Henja. Avant de sombrer dans l’inconscience suite à son terrible combat contre Laudevin, il aperçoit la femme dans la foule massée devant le bain de sang : « Henja, la domestique de la narcheska m’observa, un pli soucieux sur le front, et puis, comme mon regard croisait le sien, elle se détourna brusquement et se fondit dans la masse ».


Henja ne se contente pas de frayer avec les Pie, elle tient également Elliania en laisse. Elle lui impose de séduire Devoir pour qui la narcheska ne ressent rien. Elle menace Elliania en lui rappelant que sa famille est en danger : « il faut vous l’approprier corps et âme. Vous avez entendu la mise en garde de la Dame : si vous échouez, s’il s’écarte de vous et fait un enfant à une autre; nous et les vôtres êtes condamnés ». Elliania et les siens ne peuvent que baisser la tête, soumis. Ils ne peuvent se rebeller contre Henja et contre la volonté de la Femme Pâle sinon leurs proches seront tués.

C’est seulement quand Henja s’en va que Elliania et Peottre osent montrer les dents. C’est bien une preuve qu’ils la craignent. Peottre parle d’elle avec de termes assez durs : « oui, il vaut mieux que cette garce se trouve hors de ma portée ».

On apprend dans le roman l’Homme noir qu’Henja a contribué à la chute d’Elliania. Il faut dire que la famille Ondenoire n’avait aucune raison de se méfier d’une femme qui les aidait fidèlement (« Henja nous servait depuis des années avant de nous trahir »). La Femme Pâle ne s’est pas contentée d’enlever la mère et la soeur d’Elliana, elle a aussi décidé de la faire souffrir physiquement en lui tatouant des serpents dans le dos qui lui insufflent de la douleur si elle désobéit. Et pour cela, elle a utilisé Henja. Peottre témoigne : « elle est partie en promenade avec Henja, en qui elle avait toute confiance ; deux jours plus tard, la servante l’a ramenée. Elle tenait à peine sur ses jambes et elle portait ces tatouages. C’est Henja qui nous a présenté l’horrible chantage de la Femme Pâle ».

Elliania craint Henja. Il suffit que sa possible présence soit évoquée sur les îles d’Outre-Mer (Devoir et les siens doivent couper la tête de Glasfeu) pour que cela ait un impact sur son comportement : « j’ai vu l’expression d’Elliania quand Henja s’et enfuie : elle a eu l’air effarée. Maintenant, elle a peur ».

samedi 13 mai 2023

Elliania dans le Fou et l'Assassin

Après avoir épousé Devoir, Elliania est devenue la reine des Six-Duchés. Elle ne l'est pas seulement devenue sur le papier mais aussi dans les faits. Car, c'était loin d'être gagné : elle venait des îles d'Outre-mer qui ont tant répandu la mort quelques années auparavant et il fallait prendre la suite de la reine Kettricken.

On comprend très vite qu'Elliania a trouvé sa place et imprimé sa marque. Elle s'est ainsi forgée des alliances, avec des femmes étrangères comme elle à la cour de Castelcerf. Ortie en est un bon exemple, elle qui vient de la campagne et dont la vie a basculé lorsqu'elle a appris qu'elle était la fille de Fitz.

On savait déjà qu'Elliania était très attachée à sa famille, et en particulier aux femmes de sa famille. La voir prendre à cœur les aspirations d'Ortie n'est donc pas inattendu. C'est elle qui permet à la jeune femme d'épouser qui elle veut, de ne pas être prise au piège des intrigues politiques. Crible nous apprend donc que «  la reine des Six-Duchés, ce n'est pas Kettricken mais Elliania ; or, elle vient d'une contrée où une femme peut épouser qui elle souhaite ». Elliania a donc défié la volonté royale pour permettre à Ortie de suivre son cœur.

La relation entre Elliania et Ortie semble amicale, en tout cas autant que le permettent les obligations d'une Reine et d'une Maîtresse d'Art. Elles semblent suffisamment proches et se faire confiance pour qu'Elliania baptise la fille d'Ortie (« Une fille. La reine Elliania est ravie ; elle a demandé le privilège de la nommer, et Crible et moi avons été d'accord. Espérance »).

D'une certaine façon, on peut presque croire qu'Elliania fait passer ses devoirs de reine après son amitié avec Ortie. Elle est prête à créer de grandes perturbations en reconnaissant Ortie comme une Loinvoyant officiel. Jusque-là, Ortie se contentait de vivre à Castelcerf et d'enseigner l'Art, sans que sa parenté ne soit révélée. Elliania prend les choses en main, quitte à défier le Roi Devoir et le vieux Umbre : « La reine Elliania ne tient pas en place ; j'ai d'abord cru qu'elle était en colère, parce qu'elle m'a accueilli avec un regard froid et brillant, mais elle paraît maintenant bizarrement chaleureuse, presque radieuse ».

Pour autant, Elliania n'oublie pas ses responsabilités en tant que reine et qu'elle doit délivrer la justice. C'est elle qui se montre la plus dure quand un groupe de soldats malmène Lourd et Lant. Sa proposition est radicale ; il faut « dissoudre la compagnie, faire donner le fouet à ceux qui ont maltraité Lourd, les bannir à jamais de Cerf ».

Mais, tout change lorsque Abeille a été enlevée. La jeune femme, bien qu'élevée au loin, fait partie de sa famille. Là où certains comme Fitz joue la temporisation ou la mission discrète, Elliania est bien plus vindicative. Elle n'est que colère et vengeance. Son côté passionné exalte son jugement et elle s'emporte : « Non ! Ce sont eux les coupables ! Ceux qui l'ont enlevée. Il faut les traquer et les tuer : Les tuer comme des cochons qui couinent devant le boucher ! »

Il faut dire qu'Elliania est encore marquée par ce qui est arrivée à sa mère et à sa sœur, du temps où la Femme Pâle régnaient. Elle les a vues devenir des otages. Pire, elle a été impuissante et a dû remettre son sort dans les mains d'un autre (« une vengeance sanglante et méritée contre ceux qui ont volé une fille de notre sang, comme celle qu'il a exercée quand la Femme Pâle a volé ma mère et ma sœur ! ») Autrement dit, Elliania accepte la quête de vengeance de Fitz et l'encourage à se rendre à Clerres pour punir les ravisseurs. Elle en donne une preuve supplémentaire en donnant un tissu à Fitz et en lui demandant de le tremper dans le sang de mes adversaires afin qu'elle pût l'enfouir dans la terre de la maison des mères ».

Elle est même prête à rassembler une armée pour voguer jusqu'à Clerres. Ortie, en apprenant qu'Abeille est vivante, dit que « je vais rassembler une armée de guerriers et d'artiseurs. Elliania a déjà proposé cette idée plus d'une fois ».

dimanche 18 décembre 2022

Quelques réactions à l'annonce de la survie de FitzChevalerie Loinvoyant

Les temps changent. Le pouvoir en place à Castelcerf est tourné vers le futur, semble moins obsédé par les secrets. Elliania et Kettricken veulent réparer de veilles injustices, partager avec tous de bonnes nouvelles. Elliania prend les choses en main : elle déclare à tous qu'Ortie est enceinte, qu'elle attend une fille. La nouvelle offre une opportunité à Kettricken ; la Montagnarde se battait depuis des années pour réhabiliter Fitz dans la mémoire collective. Pour beaucoup de gens, dans des chansons, dans les rumeurs, Fitz est celui qui a tué le roi Subtil. Il reste cet immonde bâtard-au-Vif qui s'est retourné contre sa famille. Kettricken décide que cela doit changer. Elle annonce donc que Fitz est vivant. Après une chanson d'Astérie, Devoir demande à Fitz de se montrer : il n'est plus un bâtard caché, il est FitzChevalerie Loinvoyant. Si quelques sont ravis pour Fitz, ce n'est pas le cas de tous.

La nouvelle étonne tout le monde. Les gens sont choqués. C'est une histoire vieille de plusieurs décennies qui est ramené à la surface et qui a une conclusion inattendue. Non seulement Fitz est vivant mais en plus il a permis à Vérité de mobiliser les Anciens et défaire les Pirates Rouges. Les invités ne savent pas comment réagir tant les informations sont importantes : « un homme écarquilla soudain les yeux, et son expression perplexe laissa la place à l'ahurissement ».

Au château, le lendemain et dans les jours qui suivent, la nouvelle circule. Chacun a le temps d'assimiler et digérer l'information. Ceux qui étaient proches ou ceux qui sont proches de Fitz sont ravis de son retour à la lumière même si ils n'étaient pas mis au courant du secret. C'est le cas de Cendre (Braise) qui s'occupe du Fou, malade. Le serviteur (en réalité une femme) est ravi pour Fitz : « un bâtard peut se réjouir de la bonne fortune d'un autre de basse naissance et rêver de jours meilleurs pour lui-même ». Il y a presque un peu de romantisme, de futur idéalisé dans cette réponse. C'est un point de vue partagé, notamment par des femmes nobles qui ont pleuré en apprenant la vie tragique de Fitz, l'homme qui a tout donné et bien peu reçu en retour.

Célérité aurait pu être la femme de Fitz si les événements avaient tourné différemment ; Subtil ayant arrangé un mariage. Elle aussi est contente de savoir que Fitz est vivant, et surtout que son honneur et sa réputation sont enfin lavés. Célérité a toujours tenu Fitz en grande estime, même après sa mort déclarée (« je n'ai jamais douté de vous ; vous n'auriez pas dû douter de moi »). Célérité est donc passé outre le fait de ne pas avoir été mis au courant de la survie de Fitz, ce n'est pas le cas de tous. Certains sont plus amers et il faut dire que les circonstances leur donnent des raisons. Le petit-fils de Lame (un soldat qui a capturé Fitz et l'a jeté dans les cachots de Castelcerf en accomplissant son devoir) a des mots durs : « mon grand-père est mort convaincu de vois avoir envoyé à la mort ; jusqu'à la fin de ses jours, Lame a cru vous avoir trahi. A lui au moins vous auriez pu faire confiance ». Lame a donc porté toute sa vie un fardeau sur épaules, les regrets l'ont accompagné à la mort et rien ne pourra effacer cela. A sa mort, Lame se dit que c'est de sa faute si Fitz, un gamin qu'il a vu grandir, a été tué. L'aigreur du petit-fils est compréhensible. Toutefois, il a une vision incomplète des choses. Les temps étaient sans doute trop chaotiques pour révéler le secret après la guerre contre les Pirates Rouges.

La réaction du Fou est intéressante. Il est bien entendu content pour son ami, ravi qu'il puisse enfin être ce qu'il a toujours été. Mais, le Fou a « peur que tu veuilles rester ici, au Château de Castelcerf ». Le Fou est focalisé sur un objectif : retrouver la personne avec qui il a eu un contact fort avant d'être poignardé (Abeille). Il craint que Fitz ne devienne prisonnier d'un confort, de sa famille royale, qu'il soit retenu par ses obligations et mette de côté la vengeance et la colère. D'une certaine façon, c'est un retour à la réalité, un avertissement pour Fitz. Il ne doit pas se laisser griser par l'excitation d'être reconnu comme un Prince des Six-Duchés. Si ce n'est pas suffisant, Umbre le lui rappelle. Pendant longtemps, Umbre est celui qui a toujours tout fait pour défendre les Loinvoyant. Cela l'a parfois mené à avoir des attitudes froides, difficilement comprises par les autres. A sa façon, il a fait ce qu'il fallait pour défendre sa famille, quitte à s'opposer à Devoir, Kettricken ou Fitz. Il n'est donc pas étonnant qu'Umbre mette Fitz en garde : « ce soir, tu seras FitzChevalerie Loinvoyant, le Bâtard-au-Vif soudain révélé comme le héros inconnu de la guerre des Pirates Rouges (…) Nous jouons tous notre rôle, Fitz. Parfois, dans le confort de nos appartements, nous nous montrons tels que nous sommes avec de vieux amis ». Fitz est un personnage public, il doit donc faire attention à son image.

Kettricken est contente pour Fitz. On savait déjà qu'elle considérait Fitz comme le roi légitime des Six-Duchés (un avis partagé par Vérité). On comprend que ne pas pouvoir reconnaître les apports de Fitz lui a semblé être hypocrite, injuste. Elle affirme que « pendant toutes ces années, le fait que Fitz ait tant fait, sacrifié tant de choses et que si peu soient au courant, a été une épine cruelle fans mon cœur ». L'impulsivité d'Elliania a créé une ouverture et Kettricken s'y est engouffrée, non par calcul politique, mais par amour pour Fitz.

dimanche 13 novembre 2022

Elliania et Devoir : le désir

Devoir a beau être l'héritier légitime des Six-Duchés, il reste un adolescent. Il peut être déroutant, il peut faire de mauvaises choix, aveuglé par l'amour et son désir. On en a eu la preuve lorsqu'il a suivi les Pie, certes en partie envoûté par la magie du Vif. Quand la narcheska (princesse) lui propose un défi, il ne peut renoncer : dans sa posture d'adolescent, ce serait un affront, ce serait un signe de faiblesse. C'est un défi pour montrer qu'il est digne, un défi pour qu'il se prouve sa propre valeur à lui-même. Elliania a bien cerné Devoir ; elle joue avec lui en manipulant son ego. Elle le fait passer pour un simple homme alors qu'il est un prince.

Dans les îles d'Outre-Mer, Devoir plonge dans une culture qui lui est inconnue et qui lui réserve bien des surprises. C'est une société matriarcale où les femmes n'hésitent pas à se battre pour asseoir leur domination. D'une certaine façon, les femmes que Devoir croise dans ce pays sont plus proches de Kettricken que les autres nobles des Six-Duchés.Lorsqu'il retrouve Elliania, elle peut pleinement affirmer qui elle est : « j'ai versé mon premier sang. Je puis faire naître la vie en moi. Je me présente devant vous, désormais femme ». Autrement dit, Elliania explique qu'elle n'est plus une petite chose fragile mais qu'elle s'est éveillée à la sexualité. En réalité, on comprend que cela reste de belles paroles, la narcheska reste timide et réservée. Lestra, une concurrente, sent bien que la résolution d'Elliania est fragile. C'est pour cela qu'elle la défie et qu'elle tente de lui ravir devoir. Lestra est catégorique, elle peut offrir bien plus de plaisir. Elliania ne peut laisser passer l'affront et les deux femmes se battent. Ce qu'il a sous les yeux perturbe, dans le bon sens, Devoir. Le spectacle, totalement inédit et inattendu, l'excite (« Devoir se tenait à l'écart, hébété ; la danse sauvage des seins nus d'Elliania au rythme de sa respiration haletante ne le laissait pas indifférent, et je le sentais aussi horrifié de sa propre réaction physique que du combat lui-même).

Sa victoire sur Lestra conforte Elliania. Elle semble également la rassurer sur sa propre valeur et lui donner de la confiance et de la force. C'est elle qui initie le premier contact physique avec intime, aux yeux de tous. Elle montre à tous que c'est elle qui mène le bal. Fitz est témoin de la scène : « pas plus qu'aucun des hommes qui assistaient à la scène, je n’eus besoin de l'Art pour percevoir l'ardeur qui imprégnait leur baiser. Elle plaqua sa bouche contre la sienne et, comme il la saisissait gauchement dans ses bras pour l'attirer, elle se laissa aller pour qu'il sente ses seins nus contre sa poitrine ». Dès lors, les vannes sont ouvertes et tout est bon pour partager des moments intimes. Mais, ils ont des responsabilités et ils ne peuvent consommer leur amour que si Devoir remplit son défi. Elliania n'aurait pas de problème à coucher avec le prince des Six-Duchés car sa culture ne le lui interdit pas. Ce n'est pas le cas de Devoir qui est empêtré dans des traditions et des coutumes. De toute façon, Devoir est surveillé par Fitz pour éviter le faux-pas (« je me faisais l'effet d'un voyeur, tapi derrière ma haie pour les espionner (…) autant que me réjouit ce moment d'intimité, je me verrais dans l'obligation d'intervenir si l'expérience menaçait de se poursuivre au-delà »).

Puis, le dragon Glasfeu est libéré des glaces et, sous les yeux ébahis des présents, il s'accouple avec Tintaglia. Elliania ne comprend pas ce qui passe, cela illustre bien sa naïveté et sa candeur. C'est l'occasion pour Devoir de s'affirmer : « je te montrerai dit-il à la jeune fille pantoise ; il l'étreignit d'un geste viril et approcha ses lèvres des siennes ». Dès lors, rien ne peut les arrêter d'avoir leur première relation sexuelle, pas même Umbre qui tente de tout faire pour protéger la virginité du jeune homme. Mais, les mots d'un vieil homme sont bien peu comparés aux avances d'une femme (« ah, ça, elle se montre en effet très satisfaite depuis quelques jours ! répondit Umbre d'un ton aigre, et j'eus dans l'idée que la vertu de Devoir n'avait pas résisté aux avances de la jeune fille »).

dimanche 7 novembre 2021

L'histoire d'Elliania (partie 2)

Elliania est désormais la Reine des Six-Duchés. Devoir a relevé son défi et Glasfeu a posé sa tête sur la pierre d’âtre de sa maison natale. Elle et Devoir ont eu deux enfants, deux princes. Elle vit désormais dans un pays qui lui est étranger tout en tentant de respecter ses coutumes et ses traditions. Comme les autres, il faut qu’elle fasse avec des événements imprévus : le retour des Dragons, mais aussi l’enlèvement de la fille de Fitz, Abeille. Le quotidien n’est pas non plus à minimiser : Elliania est obsédée par l’envie d’avoir une fille et elle est toujours marquée par les atrocités de la Femme Pâle.

La relation entre Devoir et Elliania a d’abord commencé par être un arrangement politique entre deux pays. Puis, leur amour a éclos, grandi puis s’est développé en quelque chose de sincère. Ils ont ensemble fait face à la cruauté de la Femme Pâle. Devoir connaît bien sa femme, il a appris à s’intéresser à sa culture. Ses paroles ont donc un poids certain et nous offrent dès le début des romans du Fou et de l’assassin un bon aperçu de la situation d’Elliania : « sa terre natale lui manque, et aussi la liberté dont elle jouissait en tant que narcheska et qu’elle n’a plus comme reine des Six-Duchés (…) et elle s’irrite de n’avoir pas encore donné de fille à sa Maison des mères (…) elle a fait deux fausses couches ». Elliania vient d’un pays où les femmes ont le pouvoir : on l’a clairement vu quand les gens des Six-Duchés se sont rendus dans les îles d’Outre-Mer. Si Elliania n’a pas de fille, sa lignée ne pourra plus gouverner les îles et laisser la place à une autre.

La question de la fausse couche ou du bébé mort après la naissance n’est pas anodine, elle marque les femmes. Par exemple, Kettricken n’a toujours pas dépassé la mort d’Oblat. Fitz, qui ne va que de temps en temps à Castelcerf, est au courant de la situation. Preuve de la gravité de la situation, des rumeurs lui sont parvenus (« j’avais appris qu’elle ne se laissait plus pousser les cheveux depuis qu’elle avait perdu une fille en bas âge »).

L’intégration d’Elliania à Castelcerf fut assez différente de celle de Kettricken. Alors que l’hostilité régnait pour la Montagnarde (jusqu’à la fameuse chasse aux forgisés) et qu’elle devait faire avec la froideur de Vérité, Elliania est soutenue par son mari. Surtout, elle a des amies, notamment Ortie. Les deux ont dû quitté leur nid natal pour venir dans une ville inconnue ; Crible rapporte à Fitz qu’« il faut comprendre qu’Ortie et la reine Elliania sont devenues très proches au cours des années ; elles ont quasiment le même âge, et toutes deux se sont senties comme des étrangères à leur installation à la cour de Castelcerf ». Il n’est donc pas étonnant de voir ensuite leurs routes se croiser fréquemment : Elliania consent au mariage d’Ortie avec Crible, elle révèle à tous la réelle identité d’Ortie (fille de FitzChevalerie Loinvoyant) et nomme la fille d’Ortie et Crible (« la reine Elliania est ravie ; elle a demandé le privilège de la nommer, et Crible et moi avons été d’accord. Espérance, elle s’appelle Espérance »).

Elliania s’intéresse à l’histoire des Six-Duchés, notamment des femmes qui ont été reines (Devoir : « Elliania me prêtera main-forte ; elle connaît nos bibliothèques aussi bien que moi »). On voit bien là l’influence de son éducation et de son passé qui accordent une grande place aux femmes et à leur leadership. Crible explique ainsi à Fitz que les Outrîliens ont un proverbe : « chaque mère reconnaît son enfant ». Autrement dit, c’est la femme qui est charge de l’enfant et lui donne son identité. Ainsi, pour Fitz, cela veut dire que « selon la généalogie d’Elliania, vous êtes le fils de Patience ».

Mais, ce qui marque Elliania, c’est la colère, une colère qui ne l’a pas quittée depuis que sa sœur, Kossi, a été enlevée par la Femme Pâle et qui a été ravivée quand Fitz et les autres sont parvenues à la délivrer. Kossi ne peut pas avoir d’enfant : Crible, décidément au courant de beaucoup de choses grâce à Ortie,précise qu’elle est « une femme fragile comme une brindille desséchée, et elle manifeste une aversion marquée pour les hommes ». Elliania n’en veut pas qu’à la Femme Pâle, elle en veut au destin qui l’a rendue seul responsable de l’avenir de sa lignée.

Elliania se sent responsable et concernée par le sort de chaque fille de sa famille élargie. Quand Abeille est enlevée, la famille Loinvoyant et les enfants de Molly ainsi que Heur se réunissent au château pour discuter de la situation. La réaction d’Elliania est claire et montre clairement sa détresse. Elle ne joue pas la comédie, elle est réellement marquée par ce qui se passe (« elle brandit sa couronne comme si elle allait la jeter à terre ; Fortuné lui saisit le bras, et elle ne se débattit pas : elle se laissa tomber au sol, entourée du tissu de sa robe royale, puis enfouit son visage dans ses mains »). Ses paroles sont claires : « nous avons perdu une enfant ; une petite fille ! Une Loinvoyant ! Disparue tout comme ma petite sœur a disparu pendant des années. Sommes-nous obligés de revivre ce supplice ? L’ignorance de ce qu’elle devenue, la douleur dissimulée. » La perte d’Abeille réveille en elle des souvenirs douloureux mais cette fois-ci, elle peut compter sur le soutien de proches et la possibilité d’extérioriser ce qu’elle ressent. Elle ne subit pas la menace de la Femme Pâle qui la contraignait à tout garder en elle.

Dès lors, c’est une succession de moments où on voit éclater sa colère et son esprit de vengeance. Elle hurle qu’il faut « les traquer et les tuer ! Les tuer comme des cochons qui couinent devant le boucher ! » Bien entendu, Devoir tente de modérer ses propos. Elliania est même prête à solliciter les forces de sa terre natale pour aller guerroyer à Clerres : « je vous donne mon fils. Il vous accompagnera pour venger cette insulte mortelle, cette perte terrible pour notre maison des mères ! J’enverrai un message à ma mère la narcheska et à ma sœur Kossi et elles rassembleront les hommes du clan du Narval pour se joindre à vous . » L’offre est poliment refusée par Fitz. Elliania lui adresse alors une dernière requête qui trouble Fitz (et c’est un bon indicateur, lui qui a vu tant de choses) : « Elliania me tendit un mouchoir en me demandant de le tremper dans le sang de mes adversaires afin qu’elle pût l’enfouit dans la terre de sa maison des mères et que l’âme de ceux que j’avais tués ne connût jamais la paix. Elle me parut un peu exaltée. »

Enfin, une autre situation montre que Elliania ne réagit pas uniquement comme ça parce que c’est une fille de sa famille. Quand Lourd est moqué par des soldats lors du voyage retour de Flétribois à Castelcerf, après l’enlèvement d’Abeille, elle s’emporte également à juste titre contre le comportement des soldats des Six-Duchés. Elle réclame une sanction exemplaire (« dissoudre leur compagnie, faire donner le fouet à ceux qui ont maltraité Lourd, les bannir à jamais de Cerf ») tout en ne perdant pas de vue la chaîne de commandement. C’est un Lant mal à l’aise qui prend le blâme. Elle lui reproche de n’avoir rien fait, d’avoir permis par sa passivité les abus : « Messire, avez vous à un moment ou à un autre clairement réprouvé leur mauvais comportement ? »

Colérique, passionnée, Elliania est juste. Elle est une femme différente des autres reines ou cheffes de clan (et familles) que nous avons suivies. Elle n’a pas le sens du calcul de Ronica, elle n’a pas la résilience physique de Kettricken. Comme tant d’autres, elle a subi son lot d’épreuves et elles lui ont permis de s’affirmer.


dimanche 10 octobre 2021

Sexe et séduction

La Femme Pâle / Elle possédait une beauté surnaturelle, aussi froide que le palais qui nous entourait (…) elle portait une robe de laine immaculée qui ne laissait rien ignorer des courbes de son corps (…) une imperceptible nuance rosée teintait les mamelons dressés de ses seins ronds, et l’absence de couleur de sa toison à l’entrejambe répondait à celle de sa chevelure

Dans le tome 12 de l’assassin royal, Fitz rencontre enfin la Femme Pâle, celle qui a envoyé les Pirates Rouges attaquer les Six-Duchés et semer la port et la peur. C’est une rencontre attendue car elle permet au lecteur de mettre enfin un visage sur la principale force qui s’oppose aux héros. La description est intéressante puisqu’elle met fortement en avant le teint de la Femme Pâle, en totale opposition avec les femmes des Six-Duchés, et donc des femmes avec qui Fitz a couché. Elle nous montre aussi une femme qui n’a pas peur de se montrer pour séduire, mais surtout pour arriver à ses fins. Enfin, elle joue également de sa ressemblance avec le Fou, sachant que Fitz a un lien particulier avec celui qui a partagé son enfance à Clerres.

Tassin / Elle avança le visage sucré et m’embrassa, la bouche ouverte. Son haleine avait un parfum sucré d’encens. J’eus soudain envie d’elle avec une violence qui me fit tourner la tête ; envie non pas de Tassin, mais d’une femme, de douceur, d’intimité.

A ce moment du récit, Fitz vient à nouveau d’échapper à la mort et erre seul sur les routes des Six-Duchés. Il vient d’intégrer une caravane qui doit lui permettre de se rapprocher de Vérité. Tassin est une jeune femme qui va d’un homme à un autre, non pas pour assouvir ses envies, mais pour ensuite faire chanter les hommes et récupérer de l’argent. Fitz représente une bonne cible, d’autant plus que l’on sait que ça fait un moment qu’il n’a pas eu de rapport intime avec une femme. Depuis que Molly l’a quitté, il n’a connu personne, repoussant les avances auparavant de Miel et Fifre. La douceur fait écho avec tout ce qu’a vécu dans ce tome (le Poison de la vengeance) jusqu’à présent : le brutal retour à la vie, la violente colère contre Burrich, la tentative de meurtre par un forgisé et ainsi de suite. On peut penser qu’il a un trop-plein de choses en lui qui ont besoin de sortir. Et là où il n’avait pas pu contrôler sa fureur envers Burrich, il a pu cette fois le faire.

Molly / la courbe d’une épaule tiède et nue, le moelleux purement féminin d’un sein, le petit hoquet surpris que l’on émet lorsque toutes les barrières tombent soudain, le parfum de sa gorge, le goût de sa peau ne sont que des fragments, et si doux soient-ils, ils n’englobent pas le tout.

L’assassin du roi nous présente par moments un Fitz poétique, pris dans des rêves. Cela arrive lorsqu’il se méprend sur la nature de ses rêves avec Oeil-de-Nuit, cela arrive surtout lorsqu’il passe la nuit avec Molly. C’est nécessairement la nuit car leur relation est secrète, réprouvée par le Roi Subtil ou Patience. Pour Fitz, Molly est un exutoire, une manière d’échapper à ses soucis quotidiens. Elle est aussi une porte vers un monde nouveau, lui qui évolue dans un univers très masculin ou où il peut nouer très peu de relations amicales.

Jinna / Et puis, alors que je gisais sur elle dans le vertige de l’assouvissement, elle d’une petite voix : « Eh bien, tu es un rapide, Tom » (…) « Tom, la première fois est rarement la meilleure. Tu m’as montré ta passion d’adolescent, voyons tes talents d’adulte ». (…) Je procédais cette fois avec une habileté qui eut tôt fait de réveiller nos sens ; Astérie m’avait enseigné plusieurs trucs et Jinna parut satisfaite de ma seconde prestation.

Jinna et Fitz (Tom) se tournent autour depuis les premiers chapitres du Prophète blanc. Ils se rencontrent grâce à Heur, le fils adopté par Fitz. Ils passent du temps ensemble dans la petite maison de Fitz et c’est à cette occasion que la sorcière des Haies fait une référence au côté animal de Fitz (en disant qu’il a des yeux de loups, la violence d’un animal sauvage). Plus tard, ils se retrouveront à Castelcerf et ils deviendront amant. La référence à la précocité de Fitz est importante : au-delà de la valeur de sa prestation, il y a l’allusion au fait que Fitz a le Vif et qu’elle a eu vent de certaines choses des Vifiers quand ils font l’amour. Elle fera alors une remarque qui blessera grandement Fitz et ressortira des mois plus tard : Fitz, gravement blessé, finit par revoir Jinna et elle lui dit que ses émotions violentes sont nécessairement le loup qui est en lui qui ressort. Là où Fitz n’avait été que vexé et enclin à prouver à nouveau sa valeur au lit, là il décide de couper les liens pour de bon. Enfin, Astérie occupe une grande part dans la vie sexuelle de Fitz. Elle est sans doute, à ce stade du récit, la femme avec qui il a le plus couché et qui lui a enseigné comment faire réagir un corps de femme.

Burrich / A vivre au milieu des étalons, il connaît tous leurs trucs. J’ai gardé la marque de ses dents sur ses épaules toute une semaine.

Fitz et Molly discutent des beaux hommes des écuries et même du château. Molly fait alors un compliment à Fitz en lui disant qu’il est plus le bel homme depuis Burrich. Bien entendu, Fitz le prend mal, il est choqué d’être comparé à Burrich, il ne s’est jamais intéressé à la beauté de l’homme. Pour autant, il a remarqué sa force, sa douceur avec les animaux, le fait qu’il inspire confiance à d’autres. Notons aussi que Fitz a très peu d’amis de son âge et que la cour semble très coincé au niveau des mœurs : Chevalerie a bien dû partir parce qu’il a eu une aventure avant son mariage ! Il n’est donc pas étonnant de le voir choqué quand Molly raconte cette anecdote. Il ne comprend dans un premier temps à quoi Molly fait référence. Et quand il finit par saisir, il est choqué par ce qu’elle suppose.

Elliania / Elle plaqua sa bouche contre la sienne et, comme il la saisissait gauchement dans ses bras pour l’attirer, elle se laissa aller pour qu’il sente ses seins nus contre sa poitrine

La relation entre Elliania et Devoir est forcément publique : elle est une narcheska et lui l’héritier des Six-Duchés. Tout ce qu’ils font est exposé, espionné et scruté. Le groupe de Devoir vient d’arriver dans les îles d’Outre-Mer et comprennent que la situation sera bien plus compliquée que ce que cela en a l’air. Car les gens de l’île voient d’un mauvais œil la mission de Devoir (ramener la tête du dragon Glasfeu) mais aussi remettent en cause la légitimité d’Elliania. Les cousines d’Elliania se moquent d’elle, disant qu’elle est trop plate, trop timide et que Devoir peut trouver mieux. Elliania se défend alors, physiquement ; elle se bat avec une autre prétendante et montre sa force physique et de caractère. Le passage montre aussi que ce sont deux jeunes inexpérimentés qui n’en sont qu’à leurs premiers émois amoureux.

Sire Doré / Sydel se nourrissait de l’attention de Sire Doré et s’épanouissait à sa chaleur, et, en l’espace de quelques instants, son admiration d’adolescente pour son âge, sa fortune et ses belles manières avaient laissé la place à l’intérêt et à l’attirance d’une femme pour un homme

Sydel n’avait pas grande chance de résister à Sire Doré (aussi connu comme le Fou ou Ambre). Car l’homme sait séduire par son physique ou grâce à ses mots. Il charme, il flatte, captive par les mots ou par son agilité, il porte des tenues qui détonnent dans l’atmosphère des Six-Duchés. C’est peut-être aussi la première fois que Sydel voit un homme si mystérieux, si riche et si influent. Elle n’est qu’une adolescente dans une famille quelconque sans réel pouvoir. Elle tombe donc sous le charme de Sire Doré et cela déclenchera la colère et la jalousie de son fiancé Civil. Bien plus tard, Civil demandera des comptes à Sire Doré, arguant qu’il a abusé Sydel.

Dwalia / J’entendis des coups rythmés en provenance de la cabine (…) et la cadence s’accéléra (…) elle poussait à présent des petits cris aigus.

C’est Abeille qui est témoin, sans s’en rendre compte, des relations sexuelles entre Dwalia et un capitaine de bateau. Il faut préciser que l’homme est influencé par la magie de Vindeliar qui lui fait croire que Dwalia est la plus belle femme et la plus désirable. Dwalia doit donc donner de son corps tout le long du trajet. Dwalia n’a pas eu la vie facile dans sa volonté de ramener Clerres à Abeille. Elle a été menacée de viol, humiliée physiquement et doit donc coucher.Il faut également noter qu’Abeille ne comprend pas ce qui se passe, elle est bien trop jeune pour ça et personne n’a pu lui en parler de tout façon ; Fitz lui a donné une éducation très limitée.

Malta / « Je vois que tu as été bien récompensée pour la part que tu as prise à ma délivrance, jeune reine. Une crête écarlate. Tu en tireras beaucoup de plaisir. » Malta rougit, l’air perplexe, et le dragon gloussa avec affection.

Depuis que Malta a contribué au retour de Tintaglia, les deux ont eu un lien spécial, à un point que la jeune Vestrit en a gagné un nouvel attribut physique. On peut penser que Malta en sera très contente car elle ne cesse de répéter son envie de vivres de nouvelles aventures, de ne pas être une créature froide comme Ronica et Keffria. Mais, vouloir n’est pas faire : clairement, Malta n’a pas testé sa crête. Et quand aurait-elle pu ? Elle a tout le temps été prise dans des péripéties et les rares hommes croisés ont été dégoûtants avec elle (et la compagne Keki l’a prévenue et lui a donné des conseils pour ne pas être violée). Malta est chanceuse car c’est une modification bénéfique, trop de gens souffriront de l’influence et des changements des dragons.

Fitz / « Rien n’est visible » demandai-je en tournant sur moi-même. Il m’examina, un sourire aux lèvres, puis répondit d’un ton salace : « Tout est bien visible, mais pas ce dont tu te soucies ».

La relation entre Fitz et le Fou aura toujours pâti de la frilosité de Fitz et de sa peur que d’autres se méprennent de son lien avec son ami. Ils furent nombreux à sous-entendre que les deux étaient amants, comme Astérie ou Civil. Ce qu’ils ne savent pas est qu’ils sont deux amis très proches et que bien souvent Fitz a eu des propos stupides qui ont failli tout détruire entre eux. A ce moment du récit, les deux sont connus sous l’identité de Tom Blaireau et de Sire Doré, un maître et son serviteur. Et Sire Doré en profite pour enfin habiller son ami comme il l’a toujours souhaité, notamment des tenues qui mettent en valeur ses formes. Et attirent les regards des autres femmes car Fitz est un bel homme.



vendredi 23 juillet 2021

Adieux et retrouvailles : la Femme pâle

Mentionnée ici ou là dans le premier cycle de l’Assassin royal, la Femme pâle fait une apparition remarquée dans le tome 12 de la saga, l’Homme noir. On comprend que c’est elle qui a poussé les Pirates Rouges de Kebal Paincru (son catalyseur) à attaquer les rivages des Six-Duchés. Elle parvient à capturer Fitz et le Fou tout en exposant clairement ses intentions : tuer Glasfeu. Fitz est à deux doigts de céder à son entreprise de charme alors que le Fou subit la torture. Quand son dragon de pierre Paincru est abattu, c’est le début de la fin. La Femme pâle et ses forces sont détruites, les dragons sont de retour. Pour autant, ce n’est pas la fin de son histoire. Dans Adieux et retrouvailles, on en apprend un peu plus sur elle et on assiste à sa chute.

Puisqu’on suit les aventures via le regard de Fitz, un habitant des Six-Duchés, on a du mal à avoir de l’empathie pour les gens des îles d’Outre-Mer. Pour le lecteur, ils sont le peuple qui a nourri en son sein les Pirates Rouges. La réalité est plus complexe car on apprend (notamment à travers la tragique histoire de la famille d’Elliania) que les gens de ces îles ont beaucoup souffert ; des familles ont été brisées, des personnes ont été enlevées: « certains des Outrîliens que nous avions libérés se trouvaient au service de la Femme pâle depuis l’époque de la guerre des Pirates Rouges, mais elle en avait nourri impitoyablement ses dragons ». L’emprise de la Femme Pâle sur ses serviteurs était totale : elle parlait, ils obéissaient. Peu importait son comportement. Même les choses anodines, les choses du quotidien confortaient cette impression. Un ancien captif raconte ainsi qu’« il gardait le souvenir de la Femme pâle expliquant qu’il s’agissait d’une sorte d’épreuve : ceux qui survivraient à deux semaines d’emprisonnement gagneraient la liberté de la servir et des repas à heures régulières ».

C’est Prilkop, l’Homme noir, qui « l’a accueille à bras ouverts car il croyait qu’elle venait avec son Catalyseur l’aider à remplir sa mission ». Prilkop et elle (ainsi que le Fou) viennent de la même école, Prilkop a assisté à la venue de Glasfeu à Aslevjal. Il était convaincu que la Femme pâle avait de bonnes intentions, il s’est très vite rendu compte que ce n’était pas le cas. La cruauté et la méchanceté de la Femme pâle ont été visibles. Elle n’était pas là pour construire un nouveau monde, pour apporter des changements positifs mais « pour détruire. Son seul désir c’était ; les dragons détruire, les autres prophéties détruire, la beauté, le savoir (…) ce qu’elle ne pouvait pas posséder ou commander, elle détruit (…) Elle ne pouvait pas commander votre fou ».

Le Fou fut un de ses principaux concurrents et une des principales victimes. Elle le laisse pour mort dans les profondeurs d’Aslevjal. Incapable d’empêcher le retour des dragons, elle a laissé un terrible cadeau à Fitz. Ce dernier est à la recherche de son ami. Il finit par le trouver ou plutôt son cadavre. Le Fou est mort et ce n’est pas la seule chose désagréable à laquelle il doit faire face. Il croise dans les couloirs une Femme Pâle méconnaissable (« la sculpture parfaite de ses traits s’était enfoncé, tendue sur ses os, et ses cheveux blancs hirsutes, en mèches raides et entortillés, formaient comme une auréole de paille sèche autour de son visage »). Enragée et pathétique, la prophète lui crache son dédain, son venin et sa méchanceté. Elle se moque de son amitié avec le Fou et elle en profite pour lui dévoiler sa dernière vengeance : « attends de voir ses mains, ses doigts si habiles et gracieux. Et aussi sa langue et ses dents, sa bouche d’où s’échappaient tous ces traits d’esprit qui t’amusaient si fort ». En visant ses doigts et sa bouche, la Femme pâle montre bien qu’elle a saisi ce qui faisait la spécificité et la particularité du Fou. Lui le fabricant d’objets de bois, lui le bouffon du Roi Subtil fut privé de ce qui le définissait.

Une autre personne a souffert des actes de la Femme pâle : Elliania. Elle ne s’est pas contentée de la pousser dans les bras de Devoir et donc de décider de sa destinée mais aussi d’enlever sa mère et sa sœur. Pire, elle a accentué son contrôle sur la jeune femme en lui imposant des tatouages dans le dos. Magiques, ils permettaient d’infliger de la douleur, de la souffrance. Elliania nous informe qu’« elle fabriquait ses encres à partir de son propre sang, afin que ses dessins lui appartiennent et lui obéissent toujours ». Il faudra alors tout le talent d’Art de Fitz et la puissance de Lourd pour en venir à bout, preuve que c’était un terrible sort pour Elliania. La relative élégance des tatouages avait disparu, dorénavant « ils s’enfonçaient en creux dans la peau qu’ils tiraient comme si on les y avait gravés au fer rouge ».

Conquérante et impitoyable, la Femme pâle a connu une fin tragique. Son catalyseur (Paincru) s’est retourné contre elle et elle a en partie subi ce qu’elle imposait à d’autres : « Paincru a disparu en l’entraînant avec lui, si bien qu’elle s’est retrouvée plonger dans la pierre jusqu’aux poignets. Elle hurlait à ses gardes de l’aider, et finalement deux d’entre eux l’ont prise à bras-le-corps et tirer en arrière ; mais… ses mains n’existaient plus ». Dès lors, elle erre dans les allées refroidies de sa demeure alors que pour son plus grand déplaisir les dragons Glasfeu et Tintaglia arpentent le ciel. Elle supplie Fitz de la tuer et quand il refuse, elle change de tactique, lui jurant allégeance (« Je serai en tout ta servante : Tu pourras faire de moi ce que tu voudras (…) tu deviendras le roi légitime des Six-Duchés, des îles d’Outre-mer, des Rivages Maudits tout entier : Tout ce que tu désireras. Je réaliserai tous tes rêves si tu acceptes de revenir »). Mais, une nouvelle fois, Fitz résiste à ses tentations et lui tourne le dos. Des jours plus tard, Fitz tombera sur elle. C’en est fini de la Femme pâle qui « gisait sur la glace, manifestement morte (…) La tête rejetée en arrière, elle avait péri, la bouche ouverte comme un félin en train de rugir ». On peut ainsi supposer que même dans ces derniers moments la Femme pâle crachait sa haine à ce monde où elle n’avait plus sa place et qu’elle avait échoué à modeler.

mardi 25 mai 2021

L'histoire d'Elliania (partie 1)

Les Six-Duchés et les Pirates Rouges se sont fait la guerre. Elle aura laissé des terribles cicatrices : des forgisés, des morts, des villes détruites et la vengeance. Mais, le temps passe et Kettricken a pour projet de rapprocher les deux pays. Cela va donc passer par un mariage entre Elliania et le prince Devoir. Elliania est une narcheska outrilienne, c’est-à-dire qu’elle est la fille aînée d’une famille influente.

C’est le Fou, de passage chez Fitz, qui parle pour la première fois de la jeune femme. Lui qui a beaucoup voyagé ces dernières années est revenue aux Six-Duchés et en a profité pour quérir un bon nombre d’informations sur l’état du monde. Il confirme les intentions de Kettricken : « il paraît qu’elle va donner le prince Devoir comme époux à une narcheska d’Outre-Mer, pour sceller le traité qu’elle propose ». Le projet est osé et ambitieux, beaucoup de duchéens ont de la rancune envers les outriliens, ils n’oublient pas et ne pardonnent pas tout ce qu’ils ont vécu de mal à cause d’eux. Et ce ne sont pas que ces critiques de gens du peuple, mais aussi de gens influents et proches de Kettricken comme Umbre et Laurier. Le maître assassin pense que la Reine veut aller trop vite alors que la veneuse de Kettricken se dit que la Reine devrait chercher une princesse venant d’une grande famille des Six-Duchés.

Mais le gros des critiques envers Elliania concerne son âge, son apparente jeunesse. Ce n’est qu’une gosse comme le soulignent beaucoup de gens. Le Fou (Sire Doré) sous couvert d’un faux état alcoolisé et de son statut d’étranger aborde la question lors d’un dîner chez les Bresinga. Il veut sans doute tester leur loyauté, voir leurs intentions, et quel meilleur moyen que voir s’ils partagent les vues de la Couronne ? Le Fou parle crûment, il est presque insolent en disant qu’« elle sort à peine de l’enfance. Elle a quoi ? Onze ans ? C’est une gamine ! Elle est beaucoup trop jeune ». Le principal concerné, Devoir, se dit la même chose (« de quoi vais-je bien pouvoir lui parler ? De poupées ? De broderie ? »). Cependant, c’est un mariage arrangé et il n’a pas son mot à dire. Il devrait peut-être se renseigner sur l’histoire de sa mère et voir à quel point il est difficile de débarquer dans une cour où tout le monde vous pointe du doigt, met en avant votre différence. On reprochait à Kettricken sa grandeur, son teint clair, son franc-parler ; on reproche à Elliania son âge et les méfaits de ses concitoyens. La suite des aventures nous montrera qu’elle a autant souffert des exactions des Pirates Rouges de Kebal Paincru que certains gens des Six-Duchés. Fitz y va également de son appréciation (« La narcheska...je l’ai vue. Ce n’est qu’une enfant »). Il est d’ailleurs étonnant de le voir sous-estimer Elliania, lui aussi n’était qu’un gamin quand on l’a formé au métier d’assassin : il doit savoir que la valeur d’une personne ne se mesure pas à son nombre d’années. Umbre lui répond alors, via un euphémisme, que « c’est une reine en bourgeon ». La formulation est déjà plus délicate.

Elliania arrive donc au château de Castelcerf. Elle n’est pas non plus très enthousiaste, elle a des critiques négatives envers les Six-Duchés. C’est totalement différent de sa terre natale, c’est une autre culture, les gens n’ont rien à voir avec les outriliens. Il faut préciser que les îles d’ Outre-Mer forment une société matriarcale. Elliania supporte mal la séparation avec les siennes, sa mère et les autres (on verra par la suite que les raisons sont un peu plus complexes). Elle affirme que « ce prince va m’arracher à la lignée de nos mères comme une branche à un arbre, et je vais me dessécher ici et devenir toute fragile jusqu’à ce que je me casse en petits morceaux ». Kettricken avait déjà eu ce genre de remarques : contrairement aux Montagnes et aux îles d’ Outre-Mer, on demande aux femmes nobles des Six-Duchés d’être belle en toute occasion, de ne pas se livrer à des activités trop physiques. Elles sont là pour faire des enfants. Notons que la guerre qui vient de se dérouler va peut-être changer les mentalités : Kettricken a traversé les duchés pour retrouver son mari, Félicité et Célérité ont lutté contre les Pirates, Dame Grâce s’est affirmée. 

La situation d’Elliania est compliquée, elle n’est pas libre de ses choix ; elle est sous l’influence d’Henja (une servante) et plus encore de la Femme Pâle qui a un moyen de pression : sa mère et sa sœur. Ses tortionnaires se sont rendues compte qu’elle a fait une mauvaise première impression, qu’elle paraît bien trop jeune, pas assez séduisante. Il y a un risque pour que Devoir ne succombe pas à son charme, cela serait contraire à leurs plans. Elles décident donc de rendre Elliania plus attirante : il faut qu’elle montre son corps. Henja lui donne une tenue qu’elle doit porter lors de sa première apparition publique tout en lui disant qu’il y aura des conséquences si elle désobéit (« C’est une robe qui parlera aux hommes des Six-Duchés. Elle la portera (…) Si elle refusait de la mettre, cela représenterait un danger pour la maison de vos mères »).

Devoir et Elliania apprennent à se connaître, sans qu’aucune intimité ne soit possible entre eux deux. Devoir demande à ses proches ce qu’ils pensent de la narcheska. Le bien mal placé Civil lui donne son avis. Il faut préciser que Civil vient d’avoir le cœur brisé. Civil pense que les femmes agissent par intérêt, il dit donc à Devoir de se méfier («Civil n’apprécie guère Elliania ; d’après lui, elle est comme Sydel, la fille qui l’a insulté et qui l’a bafoué : elle cherche seulement un bon parti »). Il faut voir au passage la naïveté de Devoir qui n’a toujours pas compris après son enlèvement (ou fugue) qu’un membre de la famille royale n’était pas libre de ses choix, qu’il a des responsabilités envers sa famille et le Royaume.

Mal conseillé, Devoir commet donc un impair. Il laisse croire à Elliania qu’elle est trop peu intelligente pour maîtriser un jeu, et il se rapproche dangereusement d’une jeune noble (Vanta).  Et, tandis qu’elle fait  patienter Devoir lors d’une sortie à cheval jusqu’à ce que cela en soit humiliant, elle envoie son oncle Peottre mettre les choses au point : « ce n’est plus une enfant selon nos critères (…) dans nos îles, où est la vie est plus âpre que votre terre clémente et hospitalière, nous estimons de mauvaise augure de compter un enfant comme membre d’une famille pendant les douze premiers mois (…) elle a presque le même âge que le prince Devoir ». On retrouve là une différence importante entre les deux pays, c’est aussi une critique assez forte contre les Six-Duchés et leur mode de vie, qui favoriserait l’émergence de gens faibles. 

Lors d’une séance d’espionnage de Fitz, nous en apprenons un peu plus sur Elliania. Le fait qu’elle soit sous emprise, manipulée se confirme. Par une magie inconnue, on fait pression sur elle. Son dos est couvert de tatouage de serpents (sans doute les mêmes serpents qui ne doivent pas éclore selon les gens de Clerres comme on le verra plus tard), des marques imposées par la Femme Pâle. Fitz n’y voit que de la beauté (« elle était torse nue et tatouée de la nuque à la taille (…) l’effet était curieusement superbe, car on avait l’impression que la bête se trouvait emprisonnée sous la peau, semblable à un papillon qui tente de s’échapper de sa chrysalide »). La réalité est ailleurs, c’est un outil de supplice pour la jeune narcheska (« le serpent vert, je crois (…) quand il brûle, c’est si fort que les autres me semblent en feu aussi »).

Dès lors, en colère ou obligée de le faire, Elliania n’a pas d’autre choix qu’imposer un défi à Devoir. Il faut que le prince lui prouve sa valeur, elle veut voir de quel bois il est fait. Elle titille son orgueil et sa fierté en lui demandant de réaliser un exploit (« Apportez-moi la tête de Glasfeu »). Glasfeu est une légende, c’est un dragon endormi. C’est donc un ennemi de ceux qui ne veulent pas voir revenir les dragons. De son côté, Devoir n’est qu’un adolescent qui veut prouver sa valeur, il a en tête les exploits de ses parents : il accepte. 

vendredi 2 avril 2021

Souvenirs et vengeances

Je trouve intéressant le parallèle entre la fin de l'Assassin royal et la fin des Aventuriers de la Mer.
 
Dans les derniers moments de l'Assassin Royal, alors que le groupe de Vérité est dans la carrière, Fitz se vide de ses sentiments dans la Fille-au-Dragon. Il y laisse, entre autres, de souvenirs de Molly, de Chevalerie ou de sa mère. Le Fou lui dit qu'il en paiera les conséquences plus tard, son compagnon de Vif Oeil-de-Nuit le supplie de ne pas aller trop loin car il ne veut pas être lié à un forgisé. Et, en effet, cela a un fort impact sur la future vie de Fitz. Alors qu'il aurait pu se réinsérer dans le monde, il décide de parcourir le monde. Et quand il revient dans son pays natal, il se cache dans un coin paumé et maudit (près de Forge). C'est un peu comme si se vider lui avait ôté de la sociabilité.

Dans les Aventuriers de la Mer, Althéa est violée par Kennit. La douleur, la peine, les souvenirs la détruisent petit à petit. C'est Parangon qui prendra les choses en main en lui enlevant toutes les émotions qui attachées au viol. Les vivenefs absorbent les souvenirs de leurs maîtres (via le sang), les Dragons mangent les cocons non éclos et parfois des corps de gens qu'ils considèrent (Akennit par exemple). Dans tous les cas, cela permet à Althéa de poursuivre son chemin avec Brashen.

Cela ne s'arrête pas là, puisque dans Adieux et retrouvailles, le Fou rend à Fitz tout ce dont il s'était débarrassé des années plus tôt. Fitz vient de ramener le Fou à la vie, ils se reposent dans la carrière et suite à un échange de baisers Fitz hérite enfin de son passé. C'est important car Fitz décide enfin d'aller voir Molly. Il ne va pas fuir avec le Fou (même si l'idée l'a effleuré), non. Il décide d'aller là où des gens l'attendent et possiblement l'aiment. Il ne se coupe pas du monde. Il fait connaissance avec sa fille Ortie (péniblement ) et épouse Molly.

J'ai toujours considéré Kennit comme un salopard. On ne peut pas excuser ce qu'il a fait à Althéa, même si son histoire personnelle pourrait pousser à relativiser : Igrot a sans cesse abusé de lui et a même tué deux fois le jeune homme. Parangon l'a sauvé (ce sont d'ailleurs les conséquences qui contribueront à faire du Parangon une vivenef folle : Kennit tuera le capitaine Igrot de ses mains, et son sang souillera le pont du bateau et pénétrera donc Parangon).
Pour autant, le passé de Kennit est donc tragique et le lecteur a un très bon ressenti de ce Kennit a vécu dans le chapitre 2 du Destin de l'assassin. Même Fitz qui a vécu son lot de choses horribles est submergé par les souvenirs que lui montrent Parangon.

A différents endroits du monde, des choses semblables se produisent et les gens réagissent différemment. Il ne doit pas y avoir un personnage avec une vie "propre" dans tout l'univers créé par Hobb (Royal à la rigueur, mais il a perdu sa mère). C'est Elliania qui se retrouve fiancée à un prince qu'elle ne connaît pas à cause de la volonté des Quatre, c'est Thymara qui dépasse son statut d'esclave pour devenir Ancienne, c'est Persévérance qui se relève de ce qu'il a vécu à Flétribois pour sauver Abeille. Et souvent, surtout quand ils ont fréquenté Fitz, le Fou, un Loinvoyant ou un Dragon, ces personnages cherchent la vengeance. C'est pour ça que les Iles des Outrilliens sont détruites, tout comme Clerres, la capitale de Chalcède. Et c'est pour ça que la guerre et la violence règnent dans ce monde.  Caudron, Prilkop et Fitz l'ont bien compris : la vengeance appelle la vengeance dans un cycle sans fin.

Si on parle de vengeance, le personnage d'Elliana est éclairant. Son pays a été détruit par les Six-Duchés à la fin de la guerre. Elle a fini par épouser Devoir, le fils de l'homme qui a détruit ses îles. Elle a vu Fitz et Devoir la venger de ce que la Femme Pâle a fait à son clan. On aurait pu croire que cela s'arrêtait là, que sa colère était assouvie. Mais quand Abeille a été enlevée, elle fut la plus vindicative (« une vengeance sanglante et méritée contre ceux qui ont volé une fille de notre de sang, comme celle qu’il a exercée quand la Femme Pâle a volé ma mère et ma soeur »).

Et, donc, Fitz et le Fou ont sauvé Abeille. Ils ont aussi participé à venger les Dragons du mal que leur avaient fait les Serviteurs des siècles avant… Les Serviteurs et les Anciens (et donc les Dragons) étaient pris dans une sorte de rivalité et les premiers nommés ont tenté d’empoisonner des Dragons et n’ont rien fait pour prévenir les Anciens du cataclysme qui les a frappés. Les villes des Anciens furent détruites et le climat à jamais modifié (d’où les Rivages Maudits). Glasfeu et les autres Dragons ont donc consciencieusement détruit Clerres.