Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

Article épinglé

Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

Affichage des articles dont le libellé est figure de légende. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est figure de légende. Afficher tous les articles

lundi 30 septembre 2024

Un personnage historique : Le Grêlé

Comme tout pays, le royaume des Six-Duchés a ses traditions, ses coutumes, ses grandes figures historiques et ses personnages légendaires. Un d’entre eux est le Grêlé, une personne qui « annonce les désastres ». Il est tellement ancré négativement dans la mémoire collective que « quand on le voit marchant à grands pas sur la route, on sait que la maladie et la pestilence ne tarderont pas ». Dans une époque difficile pour les Six-Duchés, où les Pirates Rouges menacent la stabilité du pays, l’idée que le Grêlé soit là est inquiétante pour les habitants.


L’histoire du Grêlé est liée à celle d’Eda et El : il est un vieil homme qui, manquant de mourir dans l’eau de mer, a imploré la pitié des dieux. Les ayant énervé, il finit par échouer sur une plage des Six-Duchés mais partout où il allait, les choses se passaient mal (« la maladie suivait le sillage du vieillard. Et c’étaient les varioles qu’il répandait, affections qui ne se préoccupent pas qu’un homme soit fort ou faible »).


Le Grêlé devient donc au fil du temps un personnage craint. La superstition se répand tant qu’il devient une figure marquante. Lorsqu’on pense au Grêlé, on pense à des désastres. C’est ainsi que les marionnettistes se sont emparés de lui : il fait partie de l’univers du spectacle puisque « le pantin du Grêlé suspendu au-dessus du décor prévient le public qu’il va assister à une catastrophe ». Cela montre aussi que la symbolique du Grêlé est répandue dans tous les Six-Duchés, elle est connue de tous. 


Le Grêlé est annonciateur de mauvaises nouvelles ; il n’est même pas nécessairement de réellement le voir. La simple rumeur de son apparition suffit à faire peur. On l’a vu quand les gens de Forge ont vu Umbre et l’ont confondu avec le Grêlé ; on le voit la veille du couronnement de Royal quand un petit garçon a cru le voir en pleine nuit (« tous juraient seulement de bien se garder de l’eau car, assurément, ce présage signifiait que le puits était souillé »). La réalité, ou non, du Grêlé n’a donc aucune importance : il est un mythe qui est devenu réel pour les habitants.


Le Grêlé n’existe donc pas : il n’est pas vivant au moment où se passe l’aventure. C’est important à préciser car les duchéens sont habitués à des phénomènes magiques : l’Art et le Vif existent comme d’autres magies. Et on finit par apprendre que les Anciens et les dragons sont réels. Mais, le Grêlé n’est qu’une superstition, un mythe. 

Malgré tout, l’espace de quelques instants, Fitz pense que son mentor, Umbre, peut être le Grêlé. Quand il le lui demande, Umbre est amusé et choqué : « le Grêlé ? L’homme légendaire qui annonce maladies et désastres ? (…) Cette légende court depuis des siècles : Tu ne me vois quand même pas si vieux ».


La vision du Grêlé va plus loin que la peur. Pour certains, c’est la preuve que les Six-Duchés vont dans une mauvaise direction et ont tourné le dos aux dieux. Les gens ont peur et cherchent des réponses, des explications au fait que tout va mal. Un habitant constate que « des fantômes sans pitié rôdent parmi les ruines de notre village dans des corps d’emprunt et le Grêlé au manteau noir répand ses maux sur nous ».  Pour lui, les forgisés et le Grêlé sont une punition envoyée par Eda et El : « les anciens dieux nous punissent de nos vies trop douillettes ! Notre prospérité sera notre perte ! ». Il faut dire que, selon la tradition, c’est le message porté par le Grêlé. Celui ne fait pas que diffuser des maladies, il porte aussi un message disant qu’ « El susciterait un nouveau peuple plus courageux auquel il donnerait leur héritage ». Autrement dit, il est reproché aux duchéens de s’être trop prélassé. 


Il est difficile de savoir si les Loinvoyant croient en l’existence du Grêlé. Mais, gouverner revient à prendre en compte tout un tas de critères et se servir du Grêlé peut être intéressant. Par exemple, Royal s’empare de cela quand il traque Fitz et Umbre. Il se sert de cette superstition avec deux objectifs en tête : traquer des ennemis et apaiser les doutes du peuple. On lit que « le roi espère faire pendre le Grêlé et mettre ainsi un terme à la malchance des Six-Duchés » et que « Subtil ne pourra se reposer que quand le Grêlé sera mort et que l’âme du roi aura retrouvé la moitié qui lui manque ».



mardi 27 juin 2023

Un personnage historique : la Fille-au-dragon

Dans la saga de l'Assassin royal, on a l'exemple de deux puissants artiseurs qui vont au bout des choses et sacrifient leurs vies à la pierre et à l'Art : Vérité et Fitz. Ils donnent tout ce qu'ils ont, émotions, souvenirs, corps pour que leur dragon (ou loup) de pierre et d'Art prenne vie. Les deux sont tiraillés par une faim d'art, un besoin inévitable qui les pousse à se rendre dans la carrière et sculpter leur dragon. Cela semble être la fin attendue de tous les artiseurs. Mais on a avec Sel un exemple où les choses se finissent mal. Cela est connu sous le nom de la Fille-au-dragon.

La Fille-au-dragon devait être l'incarnation d'un clan, l’aboutissement d'un long voyage. Elle devait symboliser l'union de plusieurs artiseurs. Mais, cela n'a pas fonctionné à cause de l'égoïsme de Sel, la membre la plus puissante du groupe. La femme a voulu imposer sa volonté au dragon, elle a espéré que le dragon conserve en partie son apparence. Tout cela a mené à un échec : « elle avait cherché à conserver sa forme humaine en se représentant sur le dragon que son clan façonnait autour d'elle (…) la créature était retombée avant même de prendre son envol et s'était renfoncée dans la pierre où elle avait fini embourbée ». La créature est donc restée là, seule, pendant des années à la lisière de la mort. Au contraire des autres dragons, comme celui de Sagesse, la Fille-au-dragon n'a jamais regoûté à la vie. Il y a toujours eu ce sentiment d'inachevé, cette insatisfaction. Cela l'a rongée petit à petit, cela l'a même dévorée. Fitz, ayant à la fois le Vif et l'Art, le sent pleinement ; en étant près d'elle, il sent tout ce qui émane d'elle et tout ce qui est emprisonné en elle (« je perçus le tourbillon de Vif de sa vie qui s'éleva comme une brume et s'approcha de moi avidement. Que de détresse prise au piège »).

Vérité résume parfaitement la Fille-au-dragon. Elle n'est pas seulement un échec, elle est aussi une mise en garde. Elle est la preuve que l'Art et la construction d'un dragon nécessitent un sacrifice ultime, on ne peut rien garder en réserve. Vérité précise donc qu'elle s'est « évertuée à conserver une forme humaine et ainsi elle a manqué de remplir son dragon ; elle est maintenant prise au piège (…) Son sort m'a été un avertissement ».

Tout au long de la saga, la Fille-au-dragon conservera cette aura de danger pour les autres et de malheur envers elle-même. Quand ils font escale à la carrière alors qu'ils cherchent Abeille, Fitz fait la remarque que « ce dragon de pierre me glaçait toujours le sang ».

Oeil-de-Nuit, ce fin observateur des émotions et des créatures, alerte Fitz alors que ce dernier doute de ce qu'il doit faire, forger ou non un dragon. Il ne faut pas perdre de temps, il ne faut pas douter : « nous sommes ici, et c'est le moment ; peut-être avons nous encore le temps et l'énergie de le faire. Je ne tiens pas à rester englué dans la pierre comme la Fille-au-dragon ».

Mais, la Fille-au-dragon n'est pas qu'une créature triste. Elle a conscience de son emprisonnement et veut s'en échapper. Elle est prête à tout pour se sortir de son triste sort, même à se nourrir des émotions des autres. Elle a eu la chance que Fitz déverse sa peine et ses regrets en elle et la rapproche de sa libération. Cependant, ce n'était pas suffisant et elle a voulu profiter de la faiblesse du Fou. En effet, ce dernier s'est pris d'affection pour elle. La douleur et la peine qui résonnaient en elle l'ont attiré. Caudron, une puissante artiseuse, prévient le Fou : « quand vous avez touché la Fille-au-dragon, elle s'est liée à vous par l'Art, et désormais elle vous attire tandis que vous croyez lui rendre visite par compassion ; mais elle puisera en vous tout ce dont elle a besoin pour se dégager de son piège ».

Dans le roman Le prophète blanc, Fitz et le Fou se retrouvent et passent en revue tout ce qu'ils ont fait depuis leur séparation. A cette occasion, Fitz parle à son vieil ami de la Fille-au-dragon. On retrouve à nouveau la crainte que cette chose inspire et tout ce qui émane d'elle. Fitz raconte que « j'avais alors senti la voracité d'un dragon de pierre et l'attrait qu'elle exerce ; il m'eût été facile de laisser la Fille-au-dragon me prendre tout entier ; c'eût été une sorte de libération ». La Fille-au-dragon est donc un bel exutoire pour toutes les peines, elle est une solution de facilité pour ceux qui ont trop souffert.

Mais, il serait injuste de dresser uniquement un portrait négatif de la Fille-au-dragon. Bien qu'elle ne soit qu'une créature de pierre, son charme est indéniable (« elle possédait une beauté à couper le souffle »). Mais, elle n'est pas qu'un monument de grâce, elle a aussi une utilité. C'est grâce à elle que le Fou rejoint Devoir et les autres sur Aslevjal. Pour le Fou, c'est une expérience unique : « j'ai fait un voyage étrange, fou et merveilleux ».