Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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samedi 13 janvier 2024

Le Puits d'Argent (2)

 

Le Puits d’Argent conclut la saga des Cités des Anciens. Les dragons sont enfin redevenus des dragons : ils chassent, ils commencent à retrouver leurs souvenirs et, surtout, ils ne tolèrent pas le mal qu’on leur fait. C’est l’intrigue de ce tome où Glasfeu vient trouver les dragons de Kelsingra pour leur demander de déchaîner leur courroux sur Chalcède. Cet acte de vengeance arrangerait bien Selden et Chassim qui sont prisonniers du duc de Chalcède sans espoir de survie ou même sans espoir de s’évader. Les deux jeunes gens ont déjà subi les pires des avanies, des affronts, notamment le viol. Mais, là, ils doivent faire face à un nouveau défi : voir la personne aimée souffrir.


Chalcède est dirigée par la main de fer de son Duc. C’est un homme impitoyable et violent. C’est en tout cas l’image qu’il tente de donner et ce que propage la rumeur publique. Car, la réalité est toute autre : le Duc est en train de mourir. Il a perdu de sa superbe. Comme le vieux Subtil dans l’assassin royal, il est en train de pourrir de l’intérieur. Sa vaillance s’est envolée. Selden s’en rend compte lorsqu’on le fait se présenter au dirigeant : « il pénétra dans la luxueuse chambre à coucher du duc. Une salle mortuaire, se dit-il, car l’odeur de la mort y était omniprésente ». Celui qui fut un brillant guerrier n’est plus qu’un vieillard sans forces, à bout de souffle presque. Si Selden le voit, ceux qui le côtoient tous les jours le savent aussi. Ellik, le bras droit du Duc, est consterné par ce qu’il voit. Ses pensées montrent bien qu’il respecte bien peu ce qu’est devenu cet homme (« Lâche ! Ce que la guerre n’a pu faire, la maladie l’ai fait : elle a fait de lui un couard prêt à toutes les bassesses pour tenir la mort à distance »).

La fin de la remarque est éclairante. Ellik veut vivre : il n’a pu avoir du sang de dragon ou autres parties de leur corps, il se rabat sur le sang d’un Ancien. Il est convaincu que le sang d’un homme marqué par un dragon a des propriétés magiques, notamment curatives et lui permettra de guérir. Autrement dit, Ellik est prêt à boire du sang humain pour rester en vie.


Le procédé est assez dégoûtant. Dans une saga qui compte un bon nombre de passages marquants (la mort de la petite fille dans les mains de Fitz dans l’Assassin du roi, le viol d’Althéa par Kennit, le viol de Kennit par Igrot raconté par Parangon, etc.), le concept de vampirisme est inédit. Certains avaient ingurgité des drogues comme Fitz et la graine de caris, ou Althéa et la cidine. La chose aurait pu être moins repoussante si le Duc était parvenu à ingurgiter du sang de dragon (plus tard, le Fou en ingurgitera pour tenter de retrouver la vue). 

Malgré cette aversion, personne ne résister aux désirs du Duc, surtout pas ses gardes. Ils disent à Chassim que « vous savez bien que nous sommes morts si nous revenons sans lui. Si nous désobéissons, le seul résultat est que nous serons torturés et nos proches aussi ». Le Duc inspire donc toujours une forme de peur qui dépasse le dégoût de sa pratique.


Le sang de dragon a des propriétés magiques. Est-ce la même chose du sang des Anciens ? Cela semble être le cas, car on peut lire que « le duc but un peu de sang puis, reprenant des forces, redressa seul la tête et ingurgita le reste ». Selden n’est pas seulement affaibli par cette pratique. Il est dégouté. Il le vit comme un nouveau viol. C’est trop pour lui : quand il en parle à Chassim, on comprend qu’il est à bout (« si je dois me suicider, je préfère le faire avant qu’on m’ouvre la gorge et qu’il me suce le sang à nouveau »).


Heureusement pour Selden, le Duc a vu trop gros en s’en prenant aux dragons. En attaquant les maîtres du ciel, de la terre et de la mer, il s’est fait un ennemi mortel qui ne pardonne aucun affront. 

Les dragons, menés par Tintaglia et Glasfeu, ont décidé de se venger. Il a fallu motiver les nouveaux dragons, leur rappeler qu’un tort causé à un dragon ne peut pas rester impuni. Le vieux Glasfeu et Tintaglia ont réussi à faire entendre à Gringalette et aux autres que les dragons ne sont pas des proies. C’est en tout cas ce que rapporte Kanaï : « ils ont décidé de se rallier à l’opinion de Tintaglia, de frapper la capitale, là où règne le duc, pour leur rappeler que les dragons ne sont pas des cochons de rivière ».

L’apparition des dragons suscite la peur pour les chalcèdiens. Très vite, les dragons sèment la mort. Les gens crient, tentent de s’enfuir. Chassim, elle, voit cela comme une libération. Elle est prête à mourir dans sa cellule de prison ; la mort signifie la fin de son calvaire et la fin de son père qui prenait plaisir à la torturer. Sa pensée est claire : « c’est pour le tuer qu’ils sont là, n’est-ce-pas ? (…) j’ai de la peine pour mon peuple, et je m’attriste de voir tous ces gens terrifiés, mais je n’ai aucune compassion pour mon père et je ne m’offusque pas d’une mort dont il est responsable ». 

Bien entendu, le résultat ne fait aucun doute : « le palais du duc était tombé sous les assauts orchestrés par Glasfeu, implacable et sans pitié ».

Enfin, le sort de Selden est incertain. Il est libéré mais nul ne sait les conséquences qu’auront sa captivité. Alise informe qu’ « il a des séquelles, et pas seulement physiques. Le duc le dévorait littéralement, il lui suçait le sang des veines ».

jeudi 22 juin 2023

Le cas Hogen

L'amour, l'attirance, les premiers émois amoureux peuvent tromper les gens. Abeille en fait l'amère expérience avec Hogen. Les hommes d'Ellik ravagent Flétribois : les écuries sont incendiées, un bon nombre de gens sont tués et de femmes violées. Dans ce carnage, Hogen trouve sa place et son plaisir. Mais, quand la narratrice, Abeille, le voit, elle ne perçoit pas en lui un homme dangereux ou menaçant. C'est sa beauté qui la subjugue, qui lui fait avoir un discernement douteux. Il est difficile d'en vouloir à Abeille, elle n'est qu'une gamine à ce moment du récit, élevée par un père (FitzChevalerie) qui lui a fourni une éducation très rustique. Abeille trouve donc Hogen charmant : « ses cheveux blonds tombaient en deux longues tresses sur ses épaules, il avait le front carré et le menton ferme. Quel bel homme ! » Mais, la réalité la rattrape très vite. Dès que Hogen ouvre sa bouche, c'est pour parler de destruction. Il ne comprend pas pourquoi ils doivent faire preuve de retenue (« Ellik ! Pourquoi devrions-nous laisser un seul mur debout ? ») Autrement dit, il veut répandre encore plus la destruction et la mort, il ne cherche en aucun cas à freiner ses ardeurs. Ils ont certes une mission à remplir mais si il peut y trouver son plaisir, il ne s'en privera pas.

Comment briser quelqu'un plus durement qu'en le violant ? Les femmes de Flétribois en subiront la dure expérience. Évite tombe entre les griffes d'Hogen. L'homme rit de sa faiblesse et de sa vaine résistance : « elle lui adressa un regard de haine mais refusa de lutter : elle avait compris que cela l'amusait. Il éclata d'un rire cruel mais frêle, saisit la jeune femme à la gorge et la projeta en arrière ». Hogen aime donc jouer avec ses proies, sentir la peur et la terreur dans leurs yeux et dans leurs attitudes. Comme bon nombre de chalcèdiens, il est dans une logique de domination et d'écrasement avec les femmes. Abeille est témoin des envies de Hogen ; elles sont d'ailleurs très claires. L'homme cherche à abuser sexuellement d'Evite et il veut son corps tout de suite (« je vis Hogen se laisser tomber à genoux dans la neige, il avait ouvert son pantalon, et il entreprit de relever les superbes jupes rouges d'Evite pour dévoiler ses jambes »). Abeille intervient pour la protéger.

Mais, il est difficile de tenir une femme comme Évite des envies d'un type comme Hogen. Il n'a qu'une idée en tête : assouvir son plaisir. Pour lui, une femme ne peut avoir de destinée que la volonté de servir un homme. La femme n'a pas de liberté, elle n'a pas son mot à dire. Dwalia met en garde Abeille : « il faut la maintenir à l'écart de Hogen, car contrarié comme il l'est, il va la convoiter plus que jamais. Il ne lâchera pas sa proie ».

Pour autant, Abeille continue de voir en lui un homme attirant et cela en est presque dérangeant. Ses pensées oscillent entre le côté pervers de l'homme et le charme qu'il dégage. On lit, par exemple, que « Hogen, le beau violeur était sur son cheval, ses longs cheveux d'or parfaitement tressés, sa moustache et sa barbe soigneusement peignés ». Il faut dire que, alors que la bande et les captifs, voyagent à travers les Six-Duchés, Hogen manifeste clairement son envie de profiter des femmes du groupe. Il harcèle Ellik, le supplie. Ellik sait d'ailleurs que Hogen (et les autres) ne se contenteront pas de violer la femme mais qu'ils s'emploieront à la détruire et à la réduire à rien du tout. Il dit ; « je te connais, Hogen, une seule ne te suffira jamais. Et quand vous en aurez tous fini avec elle, il n'en restera rien à vendre ». D'ailleurs, on note que pour Hogen ou Ellik, les femmes sont des marchandises. On peut disposer d'elles comme on veut, on les possède.

Ellik finit par céder et il donne Odessa à Hogen. Son choix n'est pas anodin car Odessa est considérée comme la femme au physique le plus ingrat du groupe. C'est presque un acte humiliant envers Hogen. Mais, Hogen est en rut, il est sans contrôle et il se jette sur Odessa sans ménagement ; il « avait la bouche ouverte, les lèvres humides, et il se tenait l'entrejambe dans la main gauche comme pour se contenir ; ses yeux clairs parcouraient les luriks comme ceux d'un petit mendiant devant un étalage de friandises ».

lundi 12 juin 2023

Ellik a bien peu de respect pour les femmes

Ellik est de Chalcède. Quand on fait sa connaissance, on en sait déjà un peu sur Chalcède. Kyle Havre permet d'avoir un aperçu négatif sur ce pays. La façon dont il traite sa femme, Keffria, et les autres femmes de la famille Vestrit est expliquée par sa culture où les femmes semblent avoir peu d'importance. Dans l'assassin royal, on a également un aperçu négatif sur le pays qui semble être une menace pour les Six-Duchés. 

Ellik n'est pas un homme quelconque. Il est le chancelier de Chalcède, le bras droit du duc et donc un des hommes les plus puissants. L'homme a envie de pouvoir et il est prêt à tout pour atteindre son but. Ellik rêve grand : il veut devenir le duc de Chalcède. Or, ce dernier n'a qu'une fille, Chassim, et elle ne peut régner. Ellik pense donc l'épouser (quitte à tuer sa femme actuelle). Dès lors, en plus de faire germer l'idée dans l’esprit du duc, il se met à surveiller Chassim. Chassim en a bien conscience ; elle sait que Ellik ne la regarde que parce qu'elle est un moyen d'ascension au pouvoir. Il la veut pour solidifier sa lignée, lui faire des enfants et légitimer son pouvoir. Prisonnière avec Selden Vestrit, Chassim précise que « il souhaitait m'épouser pour accroître son influence de façon à ce que, quand mon père s’affaiblira, il puisse s'emparer du pouvoir ».

Chassim sait ce qui l'attend si elle devient la femme d'Ellik. Elle en a d'ailleurs un aperçu alors qu'elle est prisonnière. Elle est victime à de nombreuses reprises de sévices (« il m'a seulement violée, et même pas de façon très imaginative : strangulation, gifles et viol. Le grand classique (…) Quoi ? Tu croyais que c'était la première fois ? Non. Ou bien veux-tu feindre la surprise et prétendre que les hommes ne font pas »). Le ton détaché montre à quel point Chassim n'a plus d'espoir. Sa détermination a cédé face aux assauts d'Ellik.

Il faut dire qu'Ellik pense qu'il peut prendre tout ce qu'il veut, surtout si cela appartient à une femme. Il se pense supérieur à elles, il pense qu'il peut contrôler non seulement leurs corps mais aussi leurs idées. On en a la preuve quand il surprend sa femme en train de lire de la poésie. Le simple fait d'en lire le pousse à la frapper : « je l'ai giflée pour la punir de son insolence (…) elle (…) a évoqué une espèce de déesse nordique, une certaine Eda, en lui demandant de me retirer tous les bienfaits de la terre. Je l'ai à nouveau frappée pour avoir l'audace de me maudire ».

On retrouve Ellik dans le Fou et l'assassin. C'est un homme plein de rancœur, loin de l'homme dominant qu'il était. Il vend ses services au plus offrant, et même à une femme (Dwalia). Il passe son temps à ressasser le passé, à pleurer sur ce qu'il est devenu. Il en veut à tous et au monde, et surtout pas à lui (« je m'appelle Ellik ; je n'avais au-dessus de moi que le duc de Chalcède quand il s'est assis sur le trône (…) je devais devenir duc de Chalcède ; mais ces saletés de dragons sont arrivés, et puis sa fille, cette putain qu'il m'avait donnée, s'est retourné contre son propre peuple et s'est réclamée duchesse (…) elle occupe le trône qui me revient ». Ellik ne reproche pas seulement à Chassim d'être une femme, il lui reproche aussi ses actes. Elle est faible car elle a tourné le dos aux traditions et s'est servi de dragons pour prendre le pouvoir.

Ellik a été embauché par Dwalia pour enlever le fils inattendu. En l’occurrence, il s'agit d'Abeille. Le groupe de ravisseurs s'enfonce dans les Six-Duchés. Pendant un long moment, Dwalia a le pouvoir et l'autorité, jusqu'à ce que Ellik comprenne qu'il peut regagner sa splendeur en s'emparant de Vindeliar et de ses talents de magicien. Dwalia sent que le pouvoir lui échappe, elle tente de tenir tête à Ellik. Il lui rétorque que « je suis chalcédien, commandant et seigneur, non par naissance mais par la vertu de mes épées. Je n'obéis pas à des femmes pleurnichardes et je n'ai pas peur des prêtresses qui parlent à mi-voix ». Après avoir dénigré les croyances des Six-Duchés, Ellik dénigre une autre religion. Surtout, il semble redevenir l'homme qu'il était en renversant Dwalia. Il faut dire qu'on sentait un fort mépris de sa part envers elle : « c'est ton insistance de femelle à jouir de tout ce confort qui nous ralentit ». Il pousse son avantage en discréditant Dwalia : « tout le monde sait qu'une femme ne peut pas donner sa parole à personne, parce que les femmes ne peuvent pas avoir d'honneur ». Sa façon de penser est donc claire : une femme ne vaut que pour son corps et sa soumission aux hommes.

Et pour asseoir son autorité, Ellik n'hésite pas à sortir la menace du viol. La pauvre Odessa devient un jouet dans les mains d'Ellik (« il saisit Odessa par le devant de son manteau pour l'entraîner hors du groupe, comme s'il venait de choisir un porcelet pour la broche ») alors que Dwalia est forcée de se taire si elle ne veut pas y avoir droit.

lundi 20 juin 2022

Chassim, une femme à Chalcède

Être une femme à Chalcède n’est pas une chose aisée, c’est encore plus compliqué lorsqu’elle est la fille du duc de Chalcède. Votre corps, votre volonté, vos envies, tout cela ne vous appartient pas. Chassim est un objet de troc, un levier de pouvoir. Elle ne sert qu’à avoir des héritiers, par tous les moyens, même le viol dans le cadre légitime d’un mariage arrangé. Car on apprend que Chassim a été mariée trois fois malgré son jeune âge : « son premier mari l’avait laissée veuve à quatorze ans », « son second époux (…) avait tenu six mois avant de succomber à une maladie de l’estomac », « son dernier mari était mort trois ans plus tôt ». Avoir survécu à trois mariage montre la force de Chassim. Dans ce pays où la femme n’a quasiment aucun droit, elle parvient à rester en vie. Surtout qu’elle doit également faire avec les machinations politiques liées au pouvoir, du duc et de son chancelier Ellik. Chassim est une femme bonne à épouser : celui qui la mariera régnera (le duc fait remarquer que « s’il mourait sans hériter mâle, sa fille aînée et son mari pourraient gouverner jusqu’à la majorité de leur premier fils »).

Cela soulève des appétits, notamment celui d’Ellik. Il ne suffit pas à ce dernier de murmurer aux oreilles du duc, il veut le pouvoir, il veut être le leader. Ellik a beau être marié, il anticipe déjà la future mort de sa femme : il en parle franchement au duc (« je serai bientôt veuf et libre de me remarier. Pour mes nombreuses années de loyaux service, vous me donnerez votre fille en récompense »). On sent bien qu’Ellik est ambitieux, prêt à tout. Il est d’ailleurs celui qui informe le duc que sa fille a des propos séditieux : «  sa poésie s’apparente plutôt à un appel aux armes, à un appel au rassemblement et au soulèvement des femmes en Chalcède afin de l’aider à hériter de votre trône ». Cet exemple illustre bien également la force de caractère de Chassim ; elle est loin d’être une enfant soumise qui obéit aux désirs de son père et aux traditions ; elle veut bousculer les choses. Ellik veut la mettre au pas : il va la domestiquer, l’apaiser, la remettre à sa place. Il lui fera un enfant et elle se comportera en bonne mère (« elle continuera d’écrire ses poèmes (…) il parlerait du bonheur d’être marié, d’avoir un amant expérimenté, et de bientôt tenir un bébé dans ses bras. Ses crocs seront arrachés, son venin dilué en tisane »).

Entendre cela crée un réel contentement de la part du duc. Bien entendu, il regrette que ce ne soit pas un garçon mais il éprouve quand même du respect pour Chassim (« Chassim était bien sa fille ; une épineuse fierté naquit en lui. Si seulement ç’avait été un garçon, il lui aurait trouvé une grande utilité »). Il réitérera plus tard cet avis : « elle me ressemble plus qu’à sa mère (…) j’aurais dû m’en rendre compte il y a des années. Elle tient plus de moi qu’aucun de ces fils qui m’ont tous déçu ». Car, il y a de fortes rumeurs qui disent que c’est Chassim qui aurait tué ses différents maris.

La rencontre avec Selden va changer les choses. Elle va tomber sur un jeune homme en besoin d’affection, en besoin d’aide. Selden et elle vivent la même chose en devant prisonniers du duc de Chalcède. Ils sont retenus, battus, humiliés. Les deux servent à assurer l’autorité et la mainmise du duc : Chassim doit trouver un bon mari et le duc est convaincu que le sang d’un Ancien peut l’aider à vivre plus longtemps. Chassim résume efficacement la situation en disant que « c’est pourquoi je dois te débarrasser de ton infection, te laver et te donner à manger et à bore comme une vache engraissée pour l’abattoir. Toi et moi, nous sommes son bétail dont il peut faire ce qu’il veut ». La nécessité rapproche donc les deux jeunes gens : Chassim doit faire le sale travail dans un premier temps puis elle développe de l’attachement pour Selden.

Confiante, Chassim s’ouvre à Selden. Elle lui dit que son avenir est bien sombre. Elle sait qu’elle va mourir (à propos de son futur mari : « il ne lui faut qu’un seul fils de moi pour établir une régence que les autres nobles ne contesteront pas ») et elle affronte dignement la situation. Toutefois, les deux jeunes gens vivent des moments bien pénibles : Selden est battu au point d’être évanoui et Chassim est violée, les deux par Ellik. Elle confesse, de façon détachée, à Selden ce qui s’est passé : « il m’a seulement violée et même pas de façon très imaginative : strangulation, gifles et viol. Le grand classique (…) Tu croyais que c’était la première fois ? Non. Ou bien veux-tu feindre la surprise et prétendre que les hommes ne font pas ça ? » Ce bien malheureux et dur instant renforcera le lien entre les deux : Selden avouera lui aussi avoir été violé et Chassim lui offrira son écoute. Ce n’est pas parce que Chassim en parle froidement qu’elle ne ressent rien, qu’elle n’est pas marquée par ce qu’elle a subi. Elle offre sa compassion à Selden, elle lui affirme qu’il y a une vague de colère en elle (« j’ai entendu des gens, d’autres femmes, s’en moquer, en parler comme d’un acte que certaines femmes méritent ou d’une façon de pimenter la chose (…) j’ai envie de les gifler et des les étrangler jusqu’à ce qu’elles comprennent »).

Elle avoue à Selden avoir eu des ambitions politiques. Elle a dû renoncer, elle a baissé les bras. Ses efforts ont été contrés par son père et Ellik. Elle explique à Selden que « les nobles que j’ai tentés de rallier à ma cause se sont révélés aussi dépourvus de pouvoir que moi ; j’avais concocté une utopie pour donner du sens et de l’espoir à ma vie, et elle n’existe plus désormais ». Humiliée, privée de tout espoir, violée, Chassim est à deux doigts d’abandonner. Les événements à suivre vont lui donner raison sur l’inéluctabilité de sa mort : les dragons arrivent et vont ravager la ville de Chalcède. Ce sera un réel carnage causant de nombreuses morts et destructions. Elle demande alors à Selden un dernier moment de bonheur, un petit moment de plaisir. Il lui offre, ils s’embrassent : « être touchée par un homme avec délicatesse… dit-elle, comme si elle découvrait une merveille qui faisait oublier les dragons dans le ciel ».

L’arrivée des dragons change tout. Le duc est mort, Ellik chassé. La situation à Chalcède est inédite. Un compte-rendu à Umbre montre que Chassim a réussi à conquérir le pouvoir, même si le poids de la tradition va bien compliquer les choses (« la fille du duc de Chalcède s’est présentée comme alliée des dragons et de leurs gardiens, et elle affirme à présent être en toute légitimité la duchesse de Chalcède (…) Les Chalcédiens n’accepteront sans doute pas d’être gouvernés par une femme, même soutenue par les dragons »).

mardi 29 mars 2022

L'histoire de Dwalia

Les romans du Fou et de l’Assassin concluent les aventures des personnages que nous avons suivi dans l’Assassin royal, les Aventuriers de la mer ou les Cités des Anciens. S’ils font apparaître des personnages déjà connus, ce n’est pas le cas de tous. Ainsi, Fitz et Molly ont un nouvel enfant, Abeille. Celle-ci sera au centre des événements lorsqu’elle se fera capturer par un groupe de mercenaires de Chalcède, mené par Dwalia. Dwalia, qui a connu le Fou à Clerres, obéit aux Quatre et a pour mission de remettre l’histoire dans le bon chemin. Pour cela, elle cherche le fils inattendu, traque le Fou. Avec Dwalia, nous découvrons une nouvelle culture basée sur l’obéissance, la torture et l’exploitation des renseignements et des rêves ; c’est un monde où tout doit favoriser l’opulence et le pouvoir des Quatre. Nous comprenons également que ces individus ont tout fait pour chasser les Anciens et les Dragons, et que leur retour ne les ravit pas.

Dwalia terrorise Abeille après l’avoir enlevée, elle lui fait peur, Abeille la craint. Pour comprendre Dwalia, il faut savoir qui elle est et ce qui la motive. Pour cela, on peut s’appuyer sur les dires du Fou qui connaît bien Clerres et son mode de fonctionnement. Il nous apprend que « c’est une Lingstra, c’est-à-dire une sorte d’émissaire, on la dépêche ici ou là pour chercher des renseignements, ou donner un coup de pouce aux événements pour leur faire suivre la direction décidée par les Serviteurs ». On retrouve bien là le côté manipulation. Le Fou prévient Fitz, il ne faut avoir aucune pitié pour Dwalia, elle n’est pas qu’un outil, elle a conscience de ce qu’elle fait et elle y prend grand plaisir. Les gens de Clerres savent qu’ils sont égoïstes, que toutes leurs actions ont pour but de satisfaire leurs intérêts et tant pis si d’autres doivent grandement en souffrir : « si tu tombes sur ceux qui ont enlevé Abeille (…) ceux qui ont conçu ce plan, les luriks et Dwalia, ils te paraîtront peut-être bienveillants, jeunes, mal conseillés (…) Ne t’y fie pas, ne les écoute pas ; n’aie aucune compassion, aucune pitié (…) chacun d’eux a été témoin de ce que les Serviteurs font à leurs semblables ; et chacun d’eux a choisi de servir plutôt que de les défier ». Il n’y a pas d’innocents à Clerres, ce ne sont pas des gens forgisés. C’est Abeille qui nous fournit quelques renseignements supplémentaires en pénétrant l’esprit d’un de ses gardes. Elle y lit que Dwalia « était jadis respectée en tant que servante à la disposition d’une Blanche hautement considérée ; elle avait vu sa maîtresse envoyée accomplir de grandes choses dans le monde. Mais lorsque la femme avait échoué et chu, la fortune de Dwalia avait péri avec elle ». Cette Blanche est la Femme Pâle (ou Ilistore) et c’est bien entendu les actions du Fou et du Fitz qui ont contrarié ses plans. Il y a donc un aspect personnel aux actions de Dwalia, elle veut se venger du tort causé par le faux Prophète Blanc et son catalyseur.

Dwalia aimait sans aucun doute Ilistore, elle avait lié son destin à elle. Reppin, un garde de Clerres, dit de ne pas oublier que « Dwalia a servi Ilistore pendant des années et qu’elle le vénérait ; elle affirmait toujours qu’à son retour Ilistore la porterait au pinacle ». Il y a donc à la fois un sentiment affectif et la promesse d’une ascension dans la hiérarchie. Dwalia n’a absolument pas digéré la mort de la Femme Pâle à Aslevjal et cela lui fait parler sans discernement aux Quatre (« Disparus notre Femme Pâle, notre belle Ilistore et Kebal Paincru ») ; cela lui causera d’ailleurs des soucis. Elle s’en veut de ne pas l’avoir accompagnée mais elle devait obéir aux ordres. On le lui a interdit et depuis elle n’a que des regrets (« je t’ai suppliée de me laisser partir avec Ilistore pour la protéger (…) elle est morte de façon horrible, seule, brisée, glacée »).

Dwalia accuse donc le Fou de la mort de sa chère Ilistore. Le contentieux remonte à bien avant. Elle reproche au Fou (Bien-Aimé) de ne pas savoir rester à sa place, d’être parti dans les Six-Duchés, loin au nord, pour modifier l’histoire. Elle rumine : « tout est sa faute. C’est à cause de lui que nous en sommes là. Il ne se satisfait pas du rôle qu’on lui avait donné ». Heureusement pour elle, après avoir permis de sauver Glasfeu, le Fou décide de retourner à Clerres avec l’espoir fou de changer les choses là-bas. C’est une mauvaise décision car il tombe sur Dwalia qui le torture, le frappe, l’insulte, le rabaisse («  ça m’était égal qu’il réponde ou non ! Je l’interrogeais, et il hurlait ; alors je serrais de nouveau »). Cela a été efficace car même Fitz, son plus proche ami, n’a pu le reconnaître tant il était changé.

Lorsque Dwalia décide d’enlever le fils inattendu (Abeille selon elle), elle embauche des mercenaires de Chalcède. Mais, la cohabitation n’est pas facile avec ces gens qui n’ont aucun respect pour les femmes. Ellik, le chef du groupe de mercenaires, est rapidement menaçant (« tes jolis cheveux blancs pourrait bien me rapporter plus que tes servantes exsangues et tes hommes débiles »). Ellik et ses hommes ont violé des femmes à Flétribois. Ce sont aussi des hommes capables de chasser et se procurer de la viande : la bonne odeur donne de la viande qui cuit donne envie à Abeille et à d’autres de leur demander de quoi se nourrir. Dwalia les met en garde : « une part de cette viande nous reviendrait à un prix qu’aucun d’entre nous n’est prêt à payer ».

Ellik et Dwalia se disputent le leadership au sein du groupe. La femme de Clerres a un avantage grâce à la magie de Vindeliar qui leur permet de se déplacer librement et secrètement dans les Six-Duchés. Mais, Ellik montre les dents : « il est encore plus utile qu’une femme prête à se faire violer ».

Plus tard, Fitz parvient à capturer un chalcédien et l’interroge. Cela nous apprend que Dwalia a été la source de bien des fantasmes et été proche d’être violée : «  je n’ai pas pu m’empêcher de rire en la voyant se débattre entre eux, avec ses gros seins et son ventre rond qui dansaient comme de la gelée. Je lui dis que je pensais pouvoir lui prouver que nous étions bien des hommes. Nous avons commencé à la déshabiller et alors... » Ce qui sauve Dwalia (et pas la pauvre Odessa, déjà violée) est la peur de Vindeliar qui irradie sur tous. Eux voyaient Vindeliar comme un jeune homme puceau, ils ne se rendent pas compte qu’à ce stade du récit, il n’est qu’une créature exploitée par Dwalia. Ils ne peuvent pas non plus savoir qu’Odessa est la sœur de Vindeliar…

Malgré tout, Dwalia devra quand même donner son corps pour arriver à Clerres. Quand il faut franchir la mer, le petit groupe embarque à bord d’un bateau et Vindeliar implante dans l’esprit du capitaine que Dwalia est la plus belle femme au monde. Il la met donc dans son lit et lui fait l’amour à tout instant (« les moments où le capitaine Dorfel s’occupait de Dwalia étaient les plus tranquilles de mon existence limitée. Elle poussait à présent de petits cris aigus, à peine audibles à travers le solide panneau de bois »).

De retour à Clerres, convaincue d’avoir ramené le fils inattendu, tout ne se passe pas comme prévu pour Dwalia. On peut déjà douter du fait qu’Abeille soit bien le fils inattendu : ne serait-ce pas plutôt Fitz ? Surtout, elle prend une volée de reproches de la part des Quatre (Capra, Coultrie, Symphe et Fellodi). Capra est claire en pointant du doigt que la mission de Dwalia était avant tout personnelle et intéressée (« oh, certes, tu as manipulé les événements, mais ta petite vengeance nous a projetés dans une situation très dangereuse »). On ne peut être que d’accord avec ce que dit Capra car l’enlèvement de la fille de Fitz a créé une alliance à l’autre bout du monde : des forces des Six-Duchés (Fitz, Lant par exemple) se sont alliés à des Dragons, des vivenefs, des Marchands (Brashen, Althéa), des Anciens (Kanaï) pour détruire Clerres et récupérer Abeille si possible. Et les Quatre comme Dwalia sous-estiment Abeille et sa capacité de nuisance et de dégâts : ils le paieront chèrement.

Dwalia fait donc son rapport et elle emploie un ton colérique et hautain. Cela déplaît aux Quatre qui décident de la punir : « ce ne furent pas dix coups de fouet, mais quarante, dix décrétés par chacun des Quatre (…) Avant qu’ils eussent fini, les lanières frappaient sa chair à vif et faisaient jaillir des gouttes de sang ». Dwalia sera tuée par Abeille grâce à l’Art. Même morte, son cadavre et son corps ne connaîtront pas la paix (« Ferb et moi, on a eu l’honneur de balancer Dwalia dans la fosse, et Ferb lui a pissé dessus. Cette vieille garce était plus jolie morte »). Cela montre bien que Dwalia était très peu respectée à Clerres : on ne note aucun enthousiasme à son retour de mission de longs mois après son départ, on ne cesse de lui répéter toutes les pertes.

Car Dwalia est antipathique. Elle a livré à la mort et au viol des dizaines de gens simplement pour enlever Abeille. Elle a souvent battu sa captive (« Dwalia avait laissé sa marque sur moi : par temps froid et humide, ma pommette gauche me faisait souffrir »). Elle n’a montré aucune solidarité envers ses propres compagnons de voyage, laissant par exemple Alaria se faire abuser quand ils sont coincés dans un poteau d’Art à Chalcède : « il n’en a place, alors ne fais pas attention à lui. Il ne peut pas baisser son pantalon, et le tien non plus » ; ce qui n’empêchera pas l’homme de se frotter à Alaria. Notons qu’elle vendra plus tard Alaria contre des places sur un bateau.