Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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vendredi 10 janvier 2025

Les amants de Tintaglia

Tintaglia est contente : elle a enfin fini par trouver un mâle qui va lui permettre de perpétuer l’espèce des dragons. Pour elle, c’est un soulagement car, si des dragons ont émergé des cocons, ils sont dépendants, faibles. Quand elle a appris qu’un dragon était enfoui dans les glaces d’Aslevjal, elle a vu là une opportunité qu’elle a saisie. Elle a forcé les duchéens et autres de libérer Aslevjal tout en leur permettant de défaire le dragon fou de Kebal Paincru, ce dragon bâti sur la peine de gens forgisés. 


La délivrance de Glasfeu est tout de suite mise à profit par Tintaglia. Elle ne perd pas de temps pour s’accoupler avec lui. Elle le fait sur le champ de bataille devant tout le monde. Fitz est témoin de la scène et son témoignage laisse peu de place au doute : « je savais à quoi j’assistais : ce vol nuptial prédisait la réapparition des dragons dans notre ciel. Les yeux levés, je regardais le miracle de ces deux créatures qui exhibaient sans pudeur leur retour à la vie ». Ce n’est pas une union tendre. C’est presque un combat, un affrontement, en tout cas plein de passion et de force.

On en a la démonstration lors du mariage de Devoir et Elliania. La présence des deux dragons bénit le couple royal. Ce n’est pas la seule chose qu’elle apporte car tous les gens présents ont le droit à un spectacle magnifique et inattendu qui marque leur vie. En effet, les dragons « s’élevèrent ensemble, masse scintillante, noire et bleue, en une ascension brusque, presque verticale, puis Glasfeu plongea et s’empara de la femelle ; ils s’accouplèrent avec avidité et impudeur ». Les dragons semblent donc se moquer de qui les regarde. Ils se savent au-dessus, ils savent que les esprits des humains peuvent être influencés. Les conséquences à Castelcerf sont claires : « elle fit courir dans la foule une onde du sentiment et du désir amoureux qui marqua pour beaucoup cette soirée de festivité du souvenir d’une longue et mémorable nuit ». Autrement dit, la passion des dragons s’est transmise aux hommes et aux femmes.


A première vue, on pourrait donc croire que Glasfeu et Tintaglia sont faits l’un pour l’autre, d’autant plus qu’à ce stade du récit, ils sont les deux derniers dragons encore en état.


Toutefois, dans les Cités des Anciens, on aperçoit les premières lézardes. On se rend compte que Tintaglia n’est pas si attachée que ça à Glasfeu. Elle le trouve trop différent, trop arrogant, trop protecteur de ces anciens souvenirs de dragon.

Malgré tout, elle reconnait sa valeur (« il y avait bien des aspect de son compagnon qu’elle n’aimait pas, mais c’était indubitablement un seigneur des airs »). Tintaglia voit bien que Glasfeu est un dragon majestueux et puissant, un dragon comme il n’y en a plus. Surtout, Glasfeu est hors du temps. Sa mémoire contient des choses que Tintaglia convoite, mais, malheureusement, « à la grande frustration de Tintaglia, le dragon noir parlait rarement de ce temps ».

Tintaglia ne peut pas être guidée par ses états d’âme : elle a un but à atteindre, elle qui veut que les dragons règnent à nouveau sur terre, dans le ciel et les mers. Elle garde donc Glasfeu comme compagnon, faute de mieux. Comme elle est convaincue qu’ils « étaient les deux seuls vrais dragons qui existaient dans le monde », alors c’est avec Glasfeu qu’elle « devait s’accoupler, même s’il ne lui convenait pas ».


Pourtant, à Kelsingra, les dragons autrefois impotents et incapables ont grandi, appris à chasser et à voler. Tintaglia n’a pas conscience de ce changement. Il faudra qu’elle frôle la mort pour s’en rendre compte. Piégée par des humains, elle tente de se diriger comme elle peut vers Kelsingra. En chemin, elle tombe sur Kalo, un dragon, qui ne cache pas ses intentions : « si tu anges, tu survivras peut-être ; si tu survis, je trouverai peut-être une femelle digne de ma taille ».

Ayant survécu, Tintaglia cherche la vengeance et s’en va détruire Chalcède. Elle est accompagnée par bon nombre de dragons, dont Kalo et Glasfeu qui sont en compétition pour conquérir Tintaglia. Tout le monde a conscience de la rivalité qui anime les deux dragons ; Reyn remarque que « le mâle noir et Kalo se battaient sans cesse pour occuper un point derrière Tintaglia ».

L’affrontement est épique et violent. Kalo l’emporte. Selon Tatou, « Glasfeu a dû se déclarer vaincu ».


Mais, même battu, Glasfeu invoque les anciennes coutumes. Il rappelle que Tintaglia porte ses enfants et que c’est à lui de la mener jusqu’à l’endroit convenu : « je suis le père de cette première génération ; ce qui est à moi me revient. Je voyage avec elle jusqu’aux plages de nidification pour surveiller le creusement des nids et tenir les Autres à distance ». Ce sera la dernière fois qu’on verra Glasfeu avant son retour épique à Clerres… où il arrivera seul. 

dimanche 12 mai 2024

Les dragons ne sont pas là pour rigoler

Les différents livres de la saga du Royaume des Anciens sont remplis de sang, de morts et de violence. Fitz est un assassin, Kennit un pirate, il est normal qu’il y ait des victimes. Des esclaves meurent dans des cales de bateaux, des soldats sont tués à la guerre. Les pays se disputent : Chalcède attaque tout ce qui est à sa portée, les Pirates Rouges menacent les côtes des Six-Duchés. 

Et puis tout change dans le tome la Reine Solitaire. Vérité construit son dragon d’Art et de pierre, et même si ce n’est pas un véritable dragon, on a un aperçu de ce qu’ils peuvent faire. Le dragon de Vérité est particulier, il est rempli des souvenirs de Vérité, il a ses motivations. Contrairement aux réels dragons, Vérité a conscience des frontières humaines. Il ne considère pas toutes les terres et toutes les mers comme son territoire légitime. C’est pour ça qu’il ne sème pas la désolation dans les Six-Duchés. Il se réserve pour l’île d’où viennent les Pirates Rouges : « il devait s’agir des îles d’outre-Mer. Vérité avait toujours rêvé de porter la guerre là-bas, et il s’y employa furieusement ». Des années plus tard, la narcheska Elliania sera courtisée par Devoir ; nul doute que son ressentiment vient en partie des dégâts commis par Vérité et ses dragons. Lors de leur quête de Glasfeu, Fitz et son groupe doivent se rendre à Aslevjal : ils font escale à Zylig et trouvent une ville encore marquée (« je me rappelai avoir entendu raconter que les dragons des Six-Duchés avaient poussé jusqu’à cette grosse bourgade pour apporter la mort et la destruction »). Une de ces armes de ces dragons est leur capacité à troubler les esprits. On peut ainsi lire que « les dragons les ont survolés et ont jeté les hommes dans une hébétude complète avant de détruire le vaisseau à l’aide de bourrasques et de vagues violentes que leurs ailes pouvaient susciter ». Les dragons ont donc semé la désolation et la mort, ils ont permis aux gens des Duchés d’envoyer un signal fort aux outriliens. Ces derniers ont vu leurs terres et leurs maisons déjà horriblement éprouvées par le temps être ravagées. Il y a un autre aspect important à prendre en compte : leur société valorise les femmes fortes. Les outriliens manifestent un grand respect pour Kettricken, cette femme qui est parvenue à envoyer des dragons pour sauver son peuple (« elle leur inspire une révérence sans bornes d’avoir su non seulement préserver un royaume mais encore porter le fer chez eux sous la forme de dragons »).

Pendant un moment, la seule véritable dragonne fut Tintaglia. Libérée grâce aux efforts de Malta, Selden et Reyn, elle découvre un monde qui a changé. Il n’y a plus de dragons et les humains n’obéissent plus à ses désirs. Voulant faire revenir les dragons, et cela nécessite la protection des serpents, elle décide de négocier un accord avec les gens de Terrilville. Pour cela, elle doit nettoyer le port de la ville des navires de Chalcède. Elle s’y emploie vaillamment : « à son second passage, elle choisit comme proie un deux-mâts. Les hommes à bord, en la voyant fondre sur eux, remplirent l’air de leurs flèches qui rebondirent sur elle pour retomber sur le navire ». Tintaglia est impitoyable. Elle parle aux gens d’un ton hautain, elle méprise leurs intentions, elle les considère à son service. Ce n’est pas tout. Elle est une créature puissante, certaine de sa force. Quand elle combat, elle ne se retient pas. Ceux qui sont témoins sont choqués par ce qu’ils voient. Reyn nous fournit un bon aperçu. La guerre est quelque chose de sale, la mort n’a rien de noble et elle l’est encore moins quand il existe un fort écart entre les belligérants. Il est donc écrit que « Reyn se sentit pris de nausée. Les Chalcédiens étaient des ennemis, plus vils que des chiens et ils ne méritaient aucune pitié. Mais le spectacle de cette mort soulevait le cœur. Les corps continuaient à se désagréger, perdant toute forme humaine. Une tête roulait détachée du tronc, et s’immobilisa sur le côté tandis que la chair liquéfiée coulait du crâne ».

Les prouesses de Tintaglia entrent dans la légende et deviennent presque un mythe. Ceux qui ont vécu la bataille en parlent encore des années après. Ils s’attendent à ce que tout le monde soit au courant de ce qui s’est passé, comme le souligne le Marchand Jorban à Castelcerf (« N’avez-vous pas eu vent de la bataille de la baie des Marchands, où un dragon de Terrilville, bleu et argent, à chassé les Chalcédiens de notre côte ? ») 

Les Marchands parlent de Tintaglia avec fierté, elle a détruit la flotte qui menaçait leur ville et leurs possessions. Ils se l’approprient et ils sont presque enclins à faire circuler la rumeur que la dragonne est à eux. Est-ce en réponse aux dragons des Six-Duchés ? Est-ce pour impressionner leurs ennemis ? Difficile de savoir. En tout cas, un rapport de Vinfodra contribue au mythe : « Cette créature, baptisée Tinnitgliat par ses auteurs, s’éleva des ruines fumantes auxquelles les Chalcédiens avaient réduit le quartier des entrepôts et chassa les navires ennemis des eaux de Terrilville ».

Dans les Cités des Anciens, les dragons sont présents en masse. On les suit jusqu’à Kelsingra, on les voit grandir et s’affirmer, devenir indépendants et capables de se débrouiller seuls. C’est aussi dans ces romans que les nouveaux dragons font la connaissance de Glasfeu, un mythe parmi ces créatures exceptionnelles. Glasfeu est en colère, il cherche la vengeance depuis que des gens de Chalcède ont voulu l’empoisonner. Il propose donc aux dragons de détruire la capitale et le château du duc de Chalcède.

Selden est captif du duc. L’homme suce le sang de l’Ancien, il veut prolonger sa vie. Il fait ça en attendant de capturer un dragon, leur sang aurait des propriétés magiques. De sa tour il a une bonne vue sur ce qui se passe : « un sillage de destruction était à présent visible tout autour de la forteresse du duc, il s’élargissait vers le centre, les bâtiments effondrés et les corps, rongés par l’acide se rapprochaient de la tour où logeaient les deux prisonniers. Le plan des dragons était évident : tout ce qui se situait dans le cercle serait noyé dans le venin ». Les dragons ne crachent pas de feu, ils produisent du venin, une substance mortelle.  La ville est ravagée, le duc meurt. Un compte-rendu succinct fait à Umbre résume bien ce qui s’est déroulé (« le duc de Chalcède n’est plus ; une horde de dragons montés par des hommes en armure a surgi des étendues sauvages et attaqué la cité de Chalcède »).

Les dragons ne pardonnent pas, n’oublient pas et se vengent. Clerres l’apprend à ses dépends. La cité avait presque réussi à détruire les dragons des décennies auparavant. Les Quatre ont tout fait pour que les dragons ne réapparaissent pas. Malheureusement pour eux, Tintaglia, Glasfeu, Gringalette et les autres sont de retour. Et quand Fitz vient demander de l’aide, ils se rappellent qu’ils doivent réparer des méfaits du passé. L’heure est à la vengeance, elle est impitoyable et touche tout le monde. Le fou le dit à sa façon, il n’y a pas d’innocents. Et même si il y en avait, que pourraient-ils faire ? Même les alliés des dragons risquent leurs vies, certains meurent d’ailleurs comme Parangon Akennit. A la part de destruction apportée par Fitz et Abeille, les dragons en font de même. Le malheureux Prilkop voudrait une trêve, une port de sortie pour quelques uns. Il se rend compte que les dragons « détruisent tout (…) ce qu’Abeille a commencé avec l’incendie, ils l’achèvent avec de l’acide et à grands coups d’ailes et de queue ».

Les dragons vont et viennent, ne prêtent pas attention aux frontières. Quand ils ont faim, ils chassent et se moquent de savoir si le bétail appartient à quelqu’un. Tintaglia, la dragonne la plus connue, montre son entêtement et son indépendance, elle n’obéit à personne et se moque des querelles des humains. Elle intervient seulement quand cela sert son intérêt. Ou quand il s’agit de vengeance. Réparer une offense semble être une des activités préférées des dragons et ils ne font pas les choses à moitié. Quand ils l’exercent, c’est totalement et de façon radicale. Et le monde s’en trouve changé. 

samedi 27 avril 2024

Le progrès technique, l'explosif

Le monde a changé. La magie est revenue en force lorsque Vérité est parvenue à créer son Ancien et réveillé les dragons d’Art et de pierre. Parallèlement, dans les Rivages Maudits, un réel dragon est revenu à la vie. De plus, l’Art a montré son utilité en permettant de défaire les Pirates Rouges et les gens doués du Vif continuent de tenter de vivre paisiblement leur vie. Tout cela dresse un portrait assez flatteur de la magie. Toutefois, ce n’est pas le seul changement en cours. Dans les Six-Duchés, un vieil homme continue de faire des expériences : Umbre. L’assassin royal décide de changer d’échelle et de perfectionner sa maîtrise des explosifs. 


Lorsqu’il finit par revoir Fitz au début du tome Le Prophète Blanc, il aborde tout de suite la chose (« tu te rappelles de ma passion pour les feux et les fumées artificiels, et tout ce genre de choses ? »). Avec enthousiasme, il en fait une démonstration à Fitz, mais la chose ne se passe pas comme prévue : « je vis une lumière éblouissante, et explosion semblable à un coup de tonnerre m’assourdit. Des braises et des étincelles me brulèrent, et leu feu poussa un rugissement d’animal en rage ». Cela montre que Umbre a encore du travail avant de maîtriser cet art. Cela montre aussi que c’est un domaine particulièrement dangereux et qui dépasse, en potentiel de destruction, tout ce qu’on a vu jusqu’à présent (hormis les dragons). Fitz, lui, est inquiet : la déflagration l’a surpris et l’a convaincu que ce n’était pas le genre de technique qu’il aimerait connaître.


Malgré tout, Umbre parvient à impressionner Fitz. En retournant à Castelcerf, Fitz entre dans les ateliers d’Umbre. L’endroit opère tout de suite un charme sur lui. En mettant les pieds dans cette pièce, il est comme attiré par ce qu’il voit et ce qu’Umbre entreprend ; le vieil assassin a toujours eu cet effet sur lui. Ses pensées sont assez claires car on lit que « je restais sensible à l’envoutement des petits récipients, soigneusement étiquetés de son écriture ferme, des casseroles noircies et des mortiers maculés ». Cette petite description signale également que Umbre n’a pas abandonné ses projets.

Il faut dire que Umbre est stimulé par l’énorme défi qui se présente à lui. En effet, Elliania a provoqué Devoir : pour l’épouser, il devra tuer un dragon prisonnier des glaces. Or, afin d’y arriver, il faut déjà le retirer de cette glace.  Umbre pense utiliser ses explosifs : « s’il s’agit d’évacuer rapidement des masses de glace et de neige, je crois avoir inventé une technique plus efficace ». Fitz se rend compte qu’Umbre a continué ses exercices et ses essais. Les tentatives sont passés à une autre dimension : ils ne se font plus uniquement dans des cheminées mais aussi à ciel ouvert. Le terrain de jeu d’Umbre devient la plage qui borde Castelcerf et la nuit (« on n’avait vu aucun éclair dans le ciel, ce qui n’avait rien d’anormal par un temps pareil mais personne ne pouvait nier avoir entendu l’explosion, qui avait déplacé un volume considérable de pierre et de sable »).

Pourtant, tout n’est pas rose. Un Umbre trop enthousiaste fait les frais d’une explosion et est gravement atteint au niveau du visage(« je travaillais toujours sur le même mélange, celui que je t’ai montré chez toi, dans ta chaumière, mais cette fois l’expérience a trop bien réussi. Tout a sauté ! »). L’explosion lui laisse des marques et des traces qu’il ne peut camoufler que grâce aux talents du Fou.

Cela ne fait que refroidir Fitz ; le bâtard royal ne veut rien savoir des explosifs et des essais (« je me doutais aussi Umbre continuait ses expériences sur sa poudre explosive, mais moins j’en savais sur ce sujet, mieux je me portais »).


Certains proches d’Umbre ont une crainte : qu’il utilise son mélange de poudre pour tuer Glasfeu à Aslevjal. Umbre n’a pas laissé de place au doute : il considère le dragon comme une menace, non seulement pour les Six-Duchés, mais aussi pour l’humanité dans son ensemble. Quand le Fou a parlé des dragons en disant qu’ils étaient des créatures indépendantes et puissantes, cela a effrayé Umbre et l’a convaincu que rien de bon ne pouvait sortir de cela.

Heureusement, la magie des dragons fait effet. La puissance de la volonté de Tintaglia effleure l’esprit d’Umbre et suffit à le faire changer d’opinion. Il est même un des plus pressés, un des plus intrépides pour libérer Glasfeu. Il met tout de suite un plan en place. Il affirme que « la poudre fera l’affaire, elle délaiera la glace ». Il précise sa pensée en disant que « je ne veux pas le tuer, nigaud ! Je veux le libérer à l’aide de ma poudre explosive ».

Dès lors, Umbre réalise une véritable prouesse. Il dispose soigneusement ses explosifs, les déclenche. Glasfeu est libéré dans une magnifique explosion de glace que même le malvoyant Burrich perçoit et ressent. Toujours aussi direct, l’ancien maître des écuries de Castelcerf est choqué : « je m’attendais à des flammes, des étincelles et de la fumée, non à ça. Qu’a-t-il donc fait, cet insensé ? »


Umbre a donc complété son projet. Lui qui maîtrisait déjà les plantes et les poisons, qui avait une appétence pour la magie de l’eau, maîtrise dorénavant les explosifs. Et comme souvent, il désire transmettre son savoir à un homme en qui il a confiance : Fitz. Il n’est pas peu dire que Fitz est peu enthousiaste ; il n’en a simplement aucune envie.  Alors qu’il reste en arrière à Aslevjal pour retrouver le Fou, Fitz est atterré de voir que Umbre lui a « laissé un tonnelet de poudre explosive ». Sa réaction ne laisse aucune place en doute, il n’a aucune intention de l’utiliser (« comme s’il imaginait que j’allais y toucher »).




jeudi 4 avril 2024

Clerres : perversion et chute

 

La trilogie du Fou et de l'assassin élargit le monde connu. Ce qui n'était que des suppositions ou des allusions devient bien plus concret. On découvre alors en profondeur Clerres : une ville, un lieu de pouvoir. On comprend que Clerres a une histoire aussi riche que d'autres grandes villes de la saga comme Kelsingra, Terrilville ou Castelcerf.

Très tôt dans la saga, Clerres est évoquée. La ville n'est pas nommée mais fortement suggérée (lorsque le Fou révèle qui il est et d'où il vient à la fin du second tome ou le moment où le Fou et Prilkop révèlent à Fitz qu'ils vont retourner dans leur école). Si ces deux prophètes désirent retourner à Clerres, c'est aussi parce que c'est le lieu qui accueille les gens comme eux, des individus qui ont des dispositions spéciales. Les gens du Nord n'en ont pas connaissance mais « il existait une école à Clerres où l'on apprenait aux enfants dotés de caractéristiques des Blancs à noter leurs rêves, les images qui leur venaient, et leurs visions de l'avenir ». On a là un premier aperçu de Clerres : un endroit de connaissances, de savoirs. Avant d'être pervertie, Clerres était un endroit unique, mythique et fantasmé, presque un refuge. Quand le Fou parle du Clerres d'avant, c'est avec des mots positifs : « c'était une bibliothèque qui regroupait toute l'histoire des Blancs, tous les rêves qui avaient été archivés (…) c'était une ville faite pour les historiens et les linguistes (…) les gens se rendaient compte que leur enfant était étrange, et ils l'amenaient à Clerres, ou bien il grandissait chez lui en sachant qu'il devait entreprendre un jour ce voyage ». Autrement dit, Clerres était une destination incontournable, qu'on le veuille ou non. Ceux qui avaient un don étaient immanquablement attirés.

Géographiquement, Clerres fait voyager le lecteur vers des terres inconnues, bien plus au Sud qu'il n'a jamais été, loin de Terrilville et autres villes des Marchands. Fitz se rend compte que c'est une « cité très loin dans le Sud,au-delà de Chalcède, des Îles Pirates, de Jamaillia et des îles aux Épices ». Quand le Fou raconte à Fitz la façon dont il est retourné à Clerres après la libération du Glasfeu, il l'informe que « nous sommes parvenus à Clerres puis nous avons continué jusqu'à l'île Blanche, où se trouve l'école qui s'appelle aussi Clerres ». Clerres est donc à la fois le nom de l'île et le nom de l'école. Notons que Clerres est un carrefour, un lieu de passage fréquenté qui n'attire pas que les Blancs. C'est un lieu de commerce, un endroit influent. Selon le Fou, « toute sorte d'individus se rendent là-bas, des marchands venus de porcs lointains, des gens impatients de connaître leur avenir, d'autres qui souhaitent devenir serviteur des Blancs, des mercenaires qui veulent entrer dans la garde ». A ce niveau, Clerres est un peu en opposition à Castelcerf, une ville qui, si elle a commercé, a longtemps été peu tournée vers le monde puisque tourné vers la guerre.

Clerres est une grande ville. Quand on lit ses descriptions, la façon dont les lecteurs la considèrent, on a bien plus l'impression d'être en présence d'une Terrilville ou d'une Kelsingra époque des Anciens que de Castelcerf. Il y a l'impression d'une ville riche et prospère, propre et organisée. Le Fou et Prilkop sont de bons observateurs de la ville : ils l'ont connue à des moments différents et ils peuvent noter les changements lorsqu'ils y retournent. On comprend avec leur témoignage que la ville ne s'est pas seulement enrichie, elle s'est agrandie, a gagné en importance : « Clerres s'était beaucoup étendu depuis mon départ, et Prilkop était abasourdi de constater que le petit village de ses souvenirs était devenu une masse de murailles, de tours, de jardins et de portes. » Alors qu'ils approchent de la ville pour sauver Abeille, le Fou (devenu Ambre) éclaire Fitz. Il le prévient que « Clerres a des patrouilles qui parcourent efficacement les rues et les ponts ». C'est un endroit comme il a rarement vu. Pourtant, Fitz a beaucoup voyagé : il a parcouru de long en large les Six-Duchés, il a remonté le fleuve du désert des Pluies, il a été à Terrilville, en Chalcède, dans les Montagnes, à Kelsingra... Il est malgré touché par ce qu'il voit : « j'observai Clerres pendant que le ciel s'éclairait. La ville était encore plus charmante au lever du jour, étendue de verdure soignée et d'habitations bien ordonnées ». Cela n'a rien à voir avec le côté désorganisé et sauvage de Castelcerf.

Tout cela peut donc laisser croire que tout est beau à Clerres. Mais, la ville a une face obscure, une face sombre symbolisée par l'emprise des Serviteurs et des Quatre. Là encore, il y avait des indications que cette école n'était pas si parfaite que ça. Le Fou avait prévenu qu'on avait tout fait pour le retenir, pour l'empêcher d'accomplir son destin car cela ne correspondait pas aux attentes des décideurs. Si il y est malgré tout retourné, c'est en partie à cause de Prilkop qui l'a convaincu que Clerres ne pouvait pas être si changée que ça : « Lui avait toujours eu envie de regagner Clerres (…) il en avait gardé un souvenir très différent du mien, car il venait d'une époque où les Serviteurs n'étaient pas encore corrompus, où ils servaient vraiment les Blancs. » Il faut bien préciser que Clerres existe pour permettre aux Blancs d’œuvrer correctement, toute la logistique doit leur servir. Les Serviteurs ont retourné la relation, pris le pouvoir et asservi les potentiels prophètes, les gens qui faisaient des rêves. Au fil des années, Clerres est devenue un élevage, un lieu d'expériences et une ville d'où se déploie le pouvoir des Serviteurs. Ils ne servent plus l'histoire mais leurs propres intérêts et sont prêts à tout pour atteindre leurs buts (« les Serviteurs croisent des enfants les uns avec les autres, entre cousins, entre frères et sœurs, et les enfants mal formés qui naissent de ces unions, ceux qui ne présentent aucun signe de la lignée des Blancs sont détruits avec la même indifférence qu'on arrache une mauvaise herbe dans un jardin »). C'est pour cela que la Femme Pâle a été préférée au Fou : lui allait à l'encontre de ce que désirait les Serviteurs, il était bien trop indépendant. On pourrait presque croire que la Femme Pâle a été construite pour contrecarrer les plans du Fou mais surtout permettre aux Serviteurs de maintenir leur influence. C'est en tout cas ce que pense le Fou : « Les richesses de Clerres avaient été mises à sa disposition afin qu'elle oriente le monde sur leur fameuse vraie Voie. »

Les dirigeants de Clerres ont le besoin de contrôle. C'est pour eux une nécessité ; ils élèvent leurs prophètes pour être certains qu'ils adhéreront à leurs idées. Quelqu'un comme Prilkop est pour eux un danger, un ennemi (Dwalia : « étant que c'était un Blanc naturel et non élevé à Clerres, il est resté trop peu de temps dans notre école pour que nous puissions nous assurer de sa loyauté »). Prilkop se retrouve alors derrière des barreaux. Le Fou, lui, a été torturé à son retour.

Clerres a un ennemi historique : les dragons. Ils ont tout fait pour les éliminer et ils ont tout fait pour qu'ils ne reviennent pas. Puisqu'ils avaient accès à des rêves prophétiques, ils pouvaient analyser différents scénarios et choisir ceux qui leur convenaient.

La cruauté de ces individus était telle qu'ils étaient capables de laisser se développer des terribles maladies ou des catastrophes naturelles sans prévenir si ça les arrangeait. On sait, par exemple, que la famille Vestrit a été lourdement touchée par la Peste ; on apprend que les Quatre savaient et n'ont rien fait (« nous étions au courant de la Peste sanguine avant qu'elle ne fasse sa première victime »). Ce n'est même pas du désintérêt, un repli sur leur monde ; c'est surtout une volonté de tout faire pour que les dragons ne reviennent pas. Sans doute pensaient ils qu'une Terrilville prospère se développerait et explorerait les mystères du monde des Anciens. Les Anciens étaient une menace, bien trop proches des dragons, bien trop indépendants et non soumis. Clerres a donc assisté de loin à la catastrophe : « la montagne qui explose en gerbes de feu, les tremblements de terre qui ont dévoré les cités des Anciens et les vagues géantes qui ont mis fin à leur emprise sur le monde (…) S'ils nous avaient été un peu plus utiles, peut-être les Anciens en auraient-ils aussi été informés ; mais ils préféraient les dragons aux humains. Ce fut leur perte. »

Mais, les dragons sont de retour et le destin de Clerres est menacé. Capra, une des Quatre, le sait. Elle est quasiment convaincue que les choses vont mal tourner. Il y a trop de rêves d'un Destructeur qui viendrait tout mettre à bas. Il y a surtout le retour des dragons et une vengeance inévitable de leur part. Elle tente de prévenir ses collègues (Coultrie, Symphe et Fellodi) : « les dragons sont à nouveau en liberté dans le monde, et les luriks qui nous restent rêvent de sombres visions de loups, de fils et de dragons. Nous étions pourtant à ça de les arrêter pour toujours : Les dragons ne pardonnent pas et ils n'oublient pas ». En étant incapables de tuer le Fou pour de bon, les Quatre ont laissé le cours des choses leur échapper. Le Fou a tout fait pour faire revenir les dragons et il y est parvenu. Pire, ils n'ont rien arrangé en enlevant Abeille, la fille de Molly et Fitz. Fitz fait tout pour la retrouver, ou la venger. Sur sa route, il forge des alliances inédites et rencontre des dragons. Quand il évoque à Tintaglia le nom de Clerres, la réaction de la dragonne est intéressante (« Peur. Un dragon pouvait éprouver de la peur ? ») Tintaglia, comme tous les dragons, a le souvenir de ses ancêtres. Ils sont certes incomplets mais suffisamment équivoques pour faire émerger cette émotion. Elle sait que quelque chose de terrible a eu lieu pour son espèce mais ne sait pas quoi exactement. Tintaglia ira alors rencontrer le vieux dragon noir Glasfeu qui l'éclairera sur ce qui s'est passé, notamment les empoisonnements. Dès lors, le sort de Clerres est écrit : la ville doit être détruite. Il y a eu trop de torts causés aux dragons pour qu'ils ferment les yeux ; Clerres a tenté de les éradiquer, a volé leurs œufs pour faire des expériences. Tintaglia est claire quand elle dit que « un humain ne peut exécuter la punition que Clerres mérite. Quand nous arriverons là-bas, nous détruirons pierre par pierre et dévorerons ceux qui ont osé tuer des dragons ». Une assemblée constituée de pirates, Marchands, de gens des Six-Duchés et des dragons arrive alors sur Clerres et détruit la ville. En réalité, le plus gros du travail est fait par les dragons qui ne connaissent aucune limite, ne montrent aucune retenue. Pour ne rien arranger, Glasfeu retrouve un peu courage et se mêle à la fête. Lui aussi est revanchard, d'autant plus qu'il a été humilié (« te souviens-tu de moi, Clerres (…) te rappelles-tu comment tu nous as fait mourir avec un festin de bétail empoisonné ? »)

Les Quatre sont tués un par un. La ville est ravagée comme l'observe de loin Fitz : « je vis les ruines du château de Clerres (…) la forteresse n'existait plus que sous la forme de décombres répandues à l’extrémité de la péninsule ». Clerres est battue, les dragons ont gagné. Surtout, le Fou a atteint son but : les futurs gens doués ne seront plus exploités.

dimanche 9 juillet 2023

Tremblements de terre, Anciens et dragons

Qu’est-il arrivé aux dragons ? Où sont passés les Anciens ?  C’est la question que l’on peut se poser en arrivant à la fin de la Reine solitaire. En effet, Fitz découvre des statues d’immenses dragons de pierre, il met les pieds grâce à l’Art dans une ancienne cité des Anciens (Kelsingra). Tout cela laisse à croire qu’il y a eu, à une époque, une puissante civilisation maintenant disparue. Le retour de Tintaglia dans les Aventuriers de la Mer conforte cette idée. Tintaglia a des souvenirs incomplets, elle ne parvient pas à se rappeler ce qui a pu causer la fin des dragons ; c’est étonnant car les dragons conservent les souvenirs de leurs ancêtres.

Il faudra attendre les Cités des Anciens pour avoir des premières réponses.


L’aventures des Cités des Anciens se passent le long des Rivages maudits et du fleuve des Pluies. C’est une zone périlleuse et dangereuse, où la nature est hostile. On comprend très vite que les gens qui y vivent se sont habitués aux éléments, ils savent qu’il faut prendre en compte le risque fréquent de tremblements de terre.

C’est Alise, une jeune femme venant d’une famille de Marchands et particulièrement intéressée par les dragons et l’histoire du territoire, qui apporte quelques éclaircissements. Elle relaie des hypothèses pouvant expliquer la disparition des dragons : « on suppose qu’il s’est produit un séisme puissant ou un désastre de même nature (…) quand la ville a été ensevelie, les dragons se sont retrouvés enterrés avec elle ». L’idée n’est pas farfelue puisque elle repose sur la réalité. En effet, il y a bon nombre d’endroits ensevelis qui, d’ailleurs, constituent la richesse des gens du Désert des Pluies. Ils creusent, fouillent pour ramener des choses des Anciens et les vendent ensuite. En arrivant à Kelsingra, Alise a la certitude qu’un puissant séisme a bien eu lieu et a eu des conséquences certaines (« Alise, au bord de cette profonde entaille bleue, avait contemplé l’abîme apparemment sans fond ; était-ce qui avait tué la cité, ou bien le séisme s’était-il produit bien plus tard ? »)


Dans la deuxième partie de la saga de l’assassin royal, on se rend compte que des rumeurs ont essaimé partout dans le monde et que les légendes ont voyagé. Les différents peuples ne sont peut-être pas au courant de la nature des Anciens et de leur disparition mais la question des tremblements de terre et de l’effondrement revient souvent. 

C’est par exemple la reine Kettricken qui évoque les Montagnes. Autrefois, il est clair que les Montagnes faisait partie du Royaume des Anciens. La route d’Art, les vestiges de pierre permettant de voyager en sont de bons indicateurs. Il n’est donc pas étonnant d’apprendre que le folklore montagnard contient des légendes sur ce thème : « nous avons de nombreuses histoires sur ce sujet dans mon royaume d’origine. La terre tremble, et l’un des mots de feu s’éveille et crache de la lave et des cendres, obscurant parfois le ciel et charge l’air de fumée suffocante ».

Si on prend comme référence les piliers d’Art, les terres des Anciens (et plus précisément) des dragons semblaient aussi comprendre les îles d’Outre-Mer. Lorsque Glasfeu s’est retrouvé le dernier dragon encore en vie, il n’est donc pas étonnant de voir qu’il s’est enfui (avec en plus la forte suggestion et la perversité des Serviteurs de Clerres) et a sombré lentement dans les glaces d’Aslevjal. Glasfeu est alors devenu un élément de coutume et de traditions de la région, et il semblerait que la présence du dragon ait donné lieu à des rumeurs fortement inspirées par les séismes. Ainsi, on peut lire que « les Outrîliens affirment que, quand des tremblements de terre ébranlent leur archipel, c’est à cause de Glasfeu qui se retourne et s’agite dans ses rêves hivernaux, au fond de sa tanière de glace ». La situation est presque ironique : les dragons ont disparu à cause, entre autres choses, des tremblements de terre et c’est Glasfeu qui causerait des tremblements de terre qui dérangeraient les humains.

Alors qu’il revient à la vie, Glasfeu produit une sorte de détonation dans l’Art et Fitz qui est proche de lui et sensible à sa magie peut partager certaines de ses pensées. Fitz comprend alors ce qui est arrivé aux dragons : « les dragons et la plupart de leurs serviteurs, les Anciens, avaient péri lorsque la terre avait tremblé, s’était fendu, et que les montagnes avaient vomi de la fumée, du feu et des vents empoisonnés ».


La saga du Fou et de l’assassin offre le point de vue de nouveaux personnages qui nous en apprennent beaucoup sur ce qui est arrivé aux Anciens.

En faisant un rêve, Abeille nous donne de premiers indices. C’est un rêve réaliste et étouffant qui a trop l’apparence de la réalité. Surtout, Abeille est un Blanc, possiblement à la fois un Prophète Blanc, un Catalyseur et le Destructeur. Ce dont elle rêve est donc important. Elle a le souvenir que « la terre tremblait, et sous une pluie noire torrentielle, des dragons s’étouffaient et tombaient du ciel, les ailes déchirées ». Les tremblements de terre ont donc fracturé la terre, changé le climat. Les dragons n’ont pas pu lutter contre leur puissance.

Kanaï, lui, est un nouvel Ancien, un adolescent désoeuvré qu’un dragon a choisi comme compagnon. Il confirme le rêve d’Abeille puisque le dragon Gringalette parvient à faire émerger les souvenirs enfouis en elle. Kanaï témoigne : « j’ai partagé les souvenirs de l’un sur le cataclysme inconnu qui a détruit la cité ; par ses yeux, j’ai vu la terre trembler et ses semblables s’enfuir - mais s’enfuir où ? »

Alors qu’elle est captive à Clerres, Abeille a la confirmation de ce qui s’est passé. Capra, une des Quatre, se vante de savoir ce qui s’est déroulé. Les Serviteurs, en compétition avec les dragons et les Anciens pour la domination du monde, savaient qu’un drame allait se produire et ont laissé faire, ont laissé les cités des Anciens être détruites. Capra raconte : « la montagne qui explose en gerbes de feu, les tremblements de terre qui ont dévoré les cités des Anciens et les vagues géantes qui ont mis fin à leur emprise sur le monde ».


Anciens et dragons n’ont donc pas été vaincus par des ennemis, c’est la nature qui s’est chargée d’eux.

mercredi 22 février 2023

Glasfeu et les dragons

Les dragons sont de retour. A Aslevjal, le vieux Glasfeu sort des glaces. Dans le désert des Pluies, Tintaglia émerge d'un cocon et à Kelsingra les dragons, guidés par leurs gardiens, redeviennent enfin les magnifiques créatures qu'elles doivent être. Le monde change donc. Car, les dragons ne sont pas des animaux qui vivent dans leur coin ; ils veulent régner et dominer le monde.

Si l'histoire met fortement l'accent sur Tintaglia, un autre dragon est bien développé : Glasfeu. Tiré des glaces par Devoir et les siens, il est un immense dragon noir mâle. Tintaglia est vite intéressée par lui. Il doit lui permettre de perpétuer l'espèce, d'autant plus qu'à cette époque les dragons issus des serpents sont impotents et faibles. Très vite, même si elle s'accouple avec lui, Tintaglia comprend que Glasfeu n'est pas un dragon commode. Il est fortement indépendant, peu tourné vers le développement de son espèce. Surtout, il est un dragon d'un autre âge (il a connu les Anciens). Et, Tintaglia a des souvenirs incomplets, elle n'a pas encore retrouvé toutes les pratiques anciennes des dragons, juste des impressions. Elle constate donc qu' « elle pensait que le vieux dragon la suivrait, mais elle ne se rappelait plus pourquoi : les membres de leur espèce préfèrent la solitude, car, pour manger à leur faim, ils ont besoin de grands territoires de chasse ».

Dans les Cités des Anciens, Glasfeu et Tintaglia retrouvent les dragons de Kelsingra. Tintaglia a alors le choix pour s'accoupler, elle peut très bien trouver un autre mâle. Sintara, une dragon femelle, le remarque bien (« Tintaglia regardait le dragon noir d'un œil songeur, comme si elle le mesurait aux autres mâles. Il était plus grand que ses semblables, mais elle savait que ce n'était pas le meilleur critère pour choisir un compagnon »). Glasfeu se retrouve alors en concurrence ouverte. Tout le monde se rend compte ; Reyn remarque que « le mâle noir et Kalo se battaient sans cesse pour occuper un point derrière Tintaglia ». Les dragons étant ce qu'ils sont, ils ne règlent par leurs différends par la diplomatie mais en affirmant physiquement leur autorité. Kalo et Glasfeu s'affrontent. Thymara décrit ce qui s'est passé : « le dernier combat était sacrément violent. Pourtant Alise m'a dit que, d'après ce qu'elle a appris en étudiant les dragons dans les manuscrits et les archives, les mâles s’infligeaient rarement des blessures graves lors des batailles nuptiales ». Bien qu'en disgrâce auprès de Tintaglia, Glasfeu a donc tenté le tout pour le tout. Il ne voulait pas être relégué au second plan. Battu, il rappelle pourtant aux autres dragons une évidence : il a un droit sur la première portée de Tintaglia (« seul le père se rend à la plage de nidification avec la reine pour la protéger. Les autres mâles ne sont pas dignes de confiance. Il va détruire et piétiner les œufs »). Le ressentiment de Glasfeu apparaît clairement.

Glasfeu n'est pas un dragon comme les autres. Lui qui a vécu si longtemps dans les glaces n'en est pas sorti indemne. Plus ou moins conscient, il a eu le temps de ruminer son lent suicide (qui lui a été imposé par les gens de Clerres). C'est un vieux dragon qui n'a rien à voir avec les nouveaux. D'ailleurs, ceux-ci s'en méfient (« Glasfeu, avait confirmé Sintara quand elle avait tendu son esprit vers sa reine. Reste loin de lui ; je crois qu'il est fou »). Ce tempérament mauvais et instable est confirmé par Kanaï. L'Ancien fréquente énormément les dragons (notamment Gringalette). Il parle durement du dragon en affirmant que « c'est une brute qui ne sert à rien, ni aux dragons ni aux Anciens ; il ne nous parle jamais. Quand Tintaglia n'a plus eu le choix ; elle l'a pris comme compagnon, mais il s'est révélé indigne d'elle ».

Tintaglia remarque vite que Glasfeu n'est pas un dragon vengeur lorsqu'il n'est pas directement concerné. Quand Chalcède ose s'en prendre à Tintaglia, il ne fait rien. Elle est désolée de voir que Glasfeu ne fait rien alors qu'on s'en prend à un dragon. Elle comprend son égoïsme dans d'autres domaines mais est perplexe de le voir laisser faire du mal à un dragon (« il n'appelait pas à la vengeance quand c'est moi qui étais mourante (…) Mais que les hommes le chatouillent de trop près, et le voilà prêt à asperger toutes leurs cités de venin »). Glasfeu mène alors un assaut vengeur qui ravage la capitale de Chalcède. La ville est détruite, il ne reste rien d'elle.

Malheureusement pour lui, Glasfeu va perdre toute l'estime de Tintaglia quand cette dernière apprendra ce que les gens de Clerres ont fait (ils ont empoisonné les dragons) et participé à leur disparition). C'est d'autant plus décevant que Glasfeu savait ce qui s'était passé et n'a rien fait. Il n'a rien fait et a en plus tout caché aux autres dragons. Il n'a pas transmis ses souvenirs. Tintaglia raconte qu'elle a dû « batailler pour arracher à Glasfeu ce qu'il aurait dû partager avec nous depuis bien longtemps, plutôt que de se moquer de nous parce que nous ignorons une histoire pour nous inaccessible ». Pire, Tintaglia juge durement Glasfeu et le fait savoir à tous. Pour elle, Glasfeu ne vaut rien, n'est qu'une perte de temps. Elle fustige son attitude, lui qui a préféré s'enfouir dans les glaces d'Aslevjal au lieu de se battre : « Glasfeu est un pleutre. Un dragon qui préfère s'ensevelir dans la glace plutôt que de se venger, par crainte pour sa propre sécurité, n'est pas un dragon ».

Finalement, Glasfeu retrouve ses esprits. Il est là quand il s'agit de mettre à bas le règne des Quatre. Il est là pour réduire en cendres Clerres. Il faut preuve de sa puissance et de sa détermination. Sa furie repousse les humains et même les autres dragons (« le dragon bleu et vert tournoyaient autour de lui en larges cercles et n’attaquaient plus activement le château. Ils gardaient leurs distances vis à vis de Glasfeu, et je me demandai s'ils n'aient pas peur de devenir ses proies »). On peut penser que Glasfeu, vexé, a été touché dans son orgueil et qu'il veut montrer qu'il est un réel dragon, avec tout ce que cela implique.

dimanche 6 février 2022

Umbre et les dragons

Umbre n’était pas présent quand Vérité s’est transformé en dragon de pierre et d’Art. Occupé à empêcher les Six-duchés à ne pas sombrer, il n’a pas vu la conclusion d’une mission à laquelle il a pourtant donné l’autorisation. Bien entendu, personne ne pouvait s’attendre à voir un Dragon. Ils espéraient, au mieux, le retour des Anciens, une aide d’une forme quelconque. Vérité et les autres dragons de pierre ont libéré les Six-Duchés de la menace des Pirates Rouges. Kettricken est devenue Reine, a éduqué Devoir. Umbre, lui, est devenu conseiller de la Reine et a continué ses explorations, ses recherches. Il a continué à œuvrer pour la stabilité du Royaume. Mais les temps sont instables et les menaces présentes : Devoir est enlevé, au Sud la guerre fait rage entre Terrilville et Chalcède. C’est ce conflit qui va amener une délégation de Marchands à Castelcerf : ils viennent demander un soutien militaire, l’ouverture d’un nouveau front contre Chalcède. Ils connaissent l’histoire ds duchés frontaliers de Chalcède. Mais, en la personne de Selden Vestrit, la délégation fait preuve d’arrogance et froisse les sentiments de la cour et de la Reine Kettricken. Devant l’assemblée réunie, ils osent dire que leur dragon est le seul véritable dragon. Cela déclenche un véritable tollé et soulève des questions ; Umbre s’interroge : « si cette créature existe, pourquoi ne vous-a-telle pas accompagné pour se montrer à nous et peser sur notre décision de nous allier à vous ? » Umbre fait preuve de scepticisme , mais son expérience lui a appris à ne pas négliger d’information. Il se met alors à la recherche de renseignements. Le Fou lui en fournit, ce qui éclaire d’une nouvelle lumière des choses qu’il savait déjà (« l’an passé je suis entré en possession de certains documents qui décrivaient un dragon défendant Terrilville contre la flotte chalcédienne ; je n’y ai vu alors que fariboles, comme on en invente souvent pour excuser une défaite »).

Ce besoin d’informations va vite devenir vital lorsque la narcheska Elliania défie Devoir de lui ramener la tête du dragon Glasfeu. Il est hors de question d’envoyer l’héritier du trône sans le préparer. Umbre glane alors ce qu’il peut. Il est, comme d’autres, impressionné par la force de ces créatures. Quand le Fou le confronte, lui dit qu’il ne faut pas tuer Glasfeu, qu’il faut que les dragons reviennent, Umbre est outré par ce qu’il entend : « vos propos me confortent seulement dans l’idée que ressusciter ce dragon n’apportera aucun bien à personne ». Pour Umbre, les dragons sont une menace, un pouvoir bien trop incontrôlable. Dès lors, son comportement va susciter la méfiance du Fou, et une fois arrivé à Aslevjal, celle de Fitz (après sa rencontre avec la Femme Pâle). Le bâtard de Chevalerie a peur que Umbre use de tous les moyens pour tuer Glasfeu, notamment des explosifs (sa nouvelle passion). Tout va changer quand Tintaglia va effleurer (ou matraquer) les esprits d’une bonne partie des membres du groupe. Elle leur hurle qu’elle arrive, qu’ils feraient bien de ne pas faire de mal à Glasfeu. Pragmatique et sans aucun doute influencé par la volonté du dragon, Umbre change de camp. A un Fitz surpris, il lance que « oublierais-tu qu’un dragon femelle, de fort méchante humeur et mise au courant de notre présence sur l’île par tes bons soins, est en route pour nous rejoindre ? Quel choix nous reste-t-il ? »

Voir Glasfeu et Tintaglia a donc montré à Umbre la réalité des dragons. Ce ne sont pas des créatures mythiques, ils existent bel et bien et ils se moquent des frontières, des gouvernements. Ils ne sont pas comme les dragons de Vérité qui avaient une mission bien précise, des créatures qu’on pourrait activer si besoin (« il avait manifesté un enthousiasme et une ardeur inattendus devant le prodige des dragons de pierre éveillés à la vie à l’aide du sang, de l’Art et du Vif »). Umbre oscille entre admiration et crainte : « de loin, les dragons, font de merveilleuses et nobles créatures de légende ; de près mon expérience personnelle m’incite à penser qu’ils laisseraient échapper un merveilleux et noble rond rot après m’avoir avalé tout rond ». Umbre étudie avec attention les acteurs qui comptent, il en a donc fait de même avec les dragons. Il a récolté à leur propos un bon nombre de parchemins dont un qui dit que « on connaît soixante-dix-sept usages médicinaux aux organes de dragon, et cinquante-deux non confirmés (…) Avec la réapparition des dragons dans notre partie du monde, ces remèdes deviendront peut-être disponibles, mais je pense qu’ils resteront extrêmement rares et onéreux ». Cette obsession a déjà été développé (le duc de Chalcède) ; il espérait que le sang de dragon le guérirait et rallongerait sa vie (faute d’en avoir, il a sucé le sang de l’ancien Selden Vestrit).

Dans la saga du Fou et de l’Assassin, Cendre se sert du sang de dragon pour commencer à guérir un Fou très mal en point (poignardé par Fitz, affamé, torturé, aveugle). On a une description de la substance : c’est un « liquide rouge sombre » et « strié de fils argenté ». Fitz est mal à l’aise, il ressent une sensation de mal-être à voir une créature intelligente être utilisée comme remède. Il expose ses doutes à Umbre qui fait preuve de pragmatisme, de cynisme. Il rappelle d’ailleurs à Fitz sa propre histoire (« je trouve curieux que tu fixes ta limite là, Fitz. En tant que Vifier, tu as vécu avec un loup : n’as-tu pas tué des daims et des lièvres pour les manger ») et dénonce son hypocrisie (« sans le sang de dragon, ton Fou serait mort »). Bien souvent, pour Umbre, la fin justifie les moyens.

Enfin, Umbre se rend compte que les dragons ont un réel impact sur la géographie, la stabilité politique. Ce qu’il ne perçoit pas, qu’il ne peut percevoir est que les dragons ne prêtent pas allégeance à un pays, à un souverain. Chaque dragon est indépendant, décide pour lui-même (et pour les dragons) de ce qui est bon. On peut donc douter de son projet de s’en prendre aux Anciens pour calmer les dragons (« nous discutions de la situation à Kelsingra. S’ils refusent de maîtriser leurs dragons, nous devrons peut-être former une alliance pour nous occuper de ces créatures »). On ne peut que lui souhaiter bon courage pour s’en prendre aux dragons quand on apprend l’enchaînement d’événements qui ont conduit à leur quasi disparition. Des tremblements de terre, des raz-de-marée et « la pluie qui s’abattit sur la ville ville était un mélange d’eau et de sable noir ; Elle recouvrit les rues de poussière » amenèrent leur fin.

dimanche 14 novembre 2021

Suicide et envie de mourir

Le Royaume des Anciens n’est pas qu’une histoire de Dragons contre les Serviteurs. Ce sont aussi des hommes et des femmes, des bateaux magiques, des animaux et tout un tas de créatures qui ressentent des choses, certaines négatives, certains qui les dépassent et peuvent les mener au suicide.

Il n’est pas étonnant de voir que la première référence au suicide concerne Fitz. Le bâtard royal est bien connu sa forte capacité à s’apitoyer sur son sort et vivre pleinement ses émotions. Elles le débordent fréquemment. Fitz est formé à l’Art par un professeur (Galen) cruel et méchant qui profite de son autorité et son pouvoir pour manipuler l’esprit de Fitz. Il y trouve des points faibles et le pousse à essayer de se suicider. Le lecteur suit la lente agonie de Fitz, sa pénible traînée vers la mort (« l’esprit ancré sur une seule idée, je me mis en route vers le mur bas, j’avais l’intention de me hisser sur un banc et, de là sur le sommet du mur. Ensuite, la chute. Et rideau. ») Mais, Fitz a des amis, des compagnons qui tiennent énormément à lui et sont prêts à beaucoup pour l’aider et le sauver, malgré tous ses défauts. Doué du Vif, Fitz est lié à Martel, un chiot, qui partage toutes les peines et douleurs de Fitz, mais qui a en lui suffisamment de positif pour prendre le dessus. Fitz est sauvé de justesse par Martel. Le chien « pleurait à l’unisson de mes souffrances physiques et mentales. Et alors que je cessai de chercher à me rapprocher de l’enceinte, il explosa dans un paroxysme de bonheur et de victoire pour nous deux. Je ne pus rien faire d’autre pour le récompenser que ne plus bouger, ne plus essayer de e détruire ; et il m’assura que c’était assez, que c’était une plénitude, que c’était une joie ».

Tout donner pour sauver un autre, quelqu’un on aime, Fitz le fait également. Quand l’énergie de Vérité est sucée par Galen, il est prêt à tout donner, sa vie comprise, pour sauver son oncle, le seul homme de sa famille qui l’a sincèrement aimé. C’est un geste courageux de sa part, un geste désespéré d’un neveu pour un oncle aimé (« je projetai toutes mes forces en Vérité, toutes mes réserves que j’ignorais posséder (…) prenez tout, de toute façon, je vais mourir. Et vous avez toujours été bon pour moi quand j’étais enfant »). La famille occupe une place importante : on peut mourir pour sauver un proche, on peut décider de mourir en voyant les horreurs commises par un proche. Déjà affaibli physiquement par la vieillesse, le drainage d’Art par les membres du clan, le roi Subtil perd toute volonté de se battre et de vivre quand il voit ce dont Royal est capable pour prendre le pouvoir. Ce n’est plus un roi courageux, c’est un vieil homme pathétique dépassé par les événements et qui a baissé les bras : « j’ai changé d’avis, Fitz. Je crois que je vais rester ici et mourir dans mon lit cette nuit ».

Fitz, lui, continue sa route de souffrance. Il est torturé par Royal : on le bat, on lui dit sa femme Molly est en danger, que tous ses plans sont connus. Prisonnier dans un cachot, il n’a aucune chance de s’échapper. S’il veut survivre, il doit mourir d’après Burrich. Il faudra un long moment et de nombreux coups de poing pour que Fitz comprenne. Il décide alors de cesser de vivre dans son corps pour rejoindre celui d’Oeil-de-Nuit (« soudain tout devint facile, le choix limpide : abandonner ce corps-là pour celui-ci ; il n’était plus très efficace, de toute façon, et il était enfermé dans une cage. Inutile de le conserver. Inutile de demeurer un homme »). De retour à la vie grâce au Vif, Fitz n’est aimé que par une envie : la vengeance. Il veut tuer Royal et est prêt à tout pour y arriver, même donner sa vie. Il en fait la démonstration quand il se rend compte être tombé dans un piège des artiseurs royaux. Il s’empoisonne volontairement. Les réactions de ses opposants montent leur étonnement, leur incompréhension (« Guillot se dressa d’un bond, stupéfait, tandis que Carrod et Ronce prenaient une expression d’horreur et de dégoût »). Même Vérité qui le connaît si bien a la même réaction,, le prince es choqué : « ton suicide ? Quelque part, tout au fond de moi, Vérité était frappé d’horreur ».

Car, le suicide est mal vu dans les Six-Duchés. Cela est considéré comme de la faiblesse, de la couardise. On en a la preuve lorsque Fitz avale un pain de courage qui le prive de son Art et lui donne des idées noires. Fitz est alors en route pour traquer Glasfeu à Aslevjal. Il est accompagné de Trame, un homme qui a parcouru les Six-Duchés en long et en large, et connaît bien ses traditions, ses règles. Ses propos sont assez clairs quand il affirme que « je vous tenais en plus haute considération ; toutefois, étant donné votre accablement d’hier, j’ai préféré ne pas courir de risque ». La peur transparaît clairement, tout comme une forme de mépris. Fitz en a bien conscience, il comprend que cela peut affecter sa relation avec l’homme, qu’il a abordé un sujet tabou (« j’avais honte d’avoir seulement évoqué pareille idée. On a toujours regardé le suicide comme un geste de lâcheté dans les Six-Duchés »).

Savoir n’empêche pas Fitz d’avoir des idées noires, de céder à la fatalité. Et parfois d’envisager l’acte. Dans le Fou et l’assassin, c’est Ortie qui est témoin de son renoncement et le remet en selle à sa façon, en le bousculant, en qualifiant sa conduite d’inqualifiable, de honteuse pour quelqu’un comme lui. Ortie et Devoir connaissent bien Fitz, ils sont liés à lui par l’Art, ils ont remarqué que quelque chose n’allait pas et s’inquiètent. Ils décident de ne pas le laisser seuls alors qu’ils reviennent des Montagnes après la mort du vieux Roi Eyod (« Devoir m’a parlé il y a déjà plusieurs jours pour me dire qu’il te trouvait très morose, même pour des funérailles, et qu’il vaudrait peut-être mieux ne pas te laisser seul. Kettricken était là, et elle a ajouté que le voyage avait peut-être réveillé chez toi de vieux souvenirs, des souvenirs tristes. Du coup, me voici »). Mais, très vite, la bienveillance se transforme en colère de la part d’Ortie. Molly est morte et Fitz ne parvient pas à dépasser la mort de sa femme. Il a l’impression que lui seul a subi une perte alors qu’Abeille et Ortie ont perdu leur mère. Ses pensées le rendent aveugle à la douleur des autres. Il y a pire : il se répand dans l’Art, montre à tous ses peines et son ingratitude. Ortie le lui reproche : « debout sur un tabouret, un nœud coulant autour du cou ? En train d’affûter une lame sur ta gorge ? (…) La douleur ne cesse pas, alors supporte la, parce que tu n’es pas le seul à l’éprouver ». Elle insiste même en confessant même avoir tenté aussi (« c’est un mauvais exemple à donner aux apprentis, et puis tu n’es pas le seul à avoir été tenté de s’échapper par ce moyen »).

Vérité avait un talent pour l’Art inégalé. Il n’a pas que repoussé les Pirates Rouges, il est parvenu à construire son propre dragon de pierre et d’Art. S’il s’est lancé dans ça pour sauver les Six-Duchés, ce n’était pas sa seule motivation. L’Art le rongeait, l’affamait et le poussait à donner sa vie. Subtil lui dit que « l’appétit de l’Art est de ceux qui dévorent l’homme, pas de ceux qui le nourrissent ». Kettricken a tant souffert quand Vérité a forgé son dragon, elle a vu son mari s’éloigner d’elle, devenir insensible. Elle voit la même chose chez Fitz (« vous avez la même expression que Vérité quand il sculptait son dragon : il se savait lancé dans une entreprise dont il ne reviendrait pas »).

Se tuer peut aussi être une réponse à des gens qui ont subi de graves traumatismes. Évite a dû lutter contre une famille qui a cherché à la tuer. Ne trouvant aucune échappatoire, elle a cherché le meilleur moyen de se tuer (« je ne crois pas que je pourrais me trancher la gorge, mais me pendre oui. J’ai même appris le nœud nécessaire »). Astérie, elle, a été violée et laissée pour morte. Elle est « restée au milieu de cadavres, certaine de mourir bientôt » car elle ne voulait pas « continuer à vivre ». Mais, elle a survécu (« mon corps était plus fort que ma volonté »).

Et, il y a l’histoire tragique de la mère de Civil, de dame Brésinga. Alors qu’on la pensait manipulatrice, on se rend compte qu’elle n’est qu’un jouet dans la main d’hommes plus déterminés, bien plus violents et sans pitié. Les Pie la considèrent comme un jouet sexuel, ils la violent dans sa propre maison et l’obligent en menaçant son fils. Umbre rapporte à Fitz ce qui s’est passé : « Sa mère s’est suicidée, Fitz ; elle lui a envoyé un message où elle le suppliait de la pardonner et se déclarait incapable de continuer à vivre à sachant ce à quoi il était réduit pour acheter leur sécurité, alors même que les hommes la violentaient à loisir dans le fallacieux abri de son propre château ».

Le cas de Glasfeu est intéressant. On apprend dans le tome Adieux et retrouvailles que le dragon noir a voulu mourir. Prilkop est témoin de la tentative de suicide de Glasfeu, il rapporte à Fitz que Glasfeu « était plein de tristesse, malade comme d’une maladie ». Il était sourd à toute tentative d’encouragement, à toute parole d’aide. Le dragon « s’est enterré la glace ». Prilkop était impuissant : « j’ai essayé, j’ai parlé avec lui, supplié.. encouragé, mais il s’est détourné pour chercher la mort ». Des années plus tard, un Glasfeu revenu à la vie récoltera du dédain de la part de Tintaglia. Elle se moquera de son attitude, de son moment de faiblesse ; elle ne comprend pas comment un Seigneur des Trois Règnes (le ciel, la mer, la terre) a pu s’abaisser à ce point : « Sache d’abord ceci : Glasfeu est un pleutre. Un dragon qui préfère s’ensevelir dans la glace plutôt que de se venger, par crainte pour sa propre sécurité, n’est pas un dragon ! » On apprendra dans le Destin de l’assassin que Glasfeu a été trompé et empoisonné, ses pensées devenues confuses (« comment, alors que je me battais contre vous, vous m’avez rempli l’esprit d’une malédiction ? (…) A l’époque je me suis enfui. Vous m’avez couvert de honte ! »)

Parangon, la vivenef, a également essayé de mourir. Après ce qu’elle a vécu avec Igrot et Kennit, elle n’a pas voulu continuer à naviguer. Elle a tout tenté, se noyer, se brûler mais rien n’y fait (« j’ai essayé de mourir ; je pensais que j’allais mourir, mais je n’ai pas plus besoin d’air que de nourriture »). Elle a survécu et a vécu une vie misérable jusqu’à tomber sur Ambre, Brashen et Althéa.

mercredi 5 mai 2021

Dragons contre Serviteurs

 Il est assez difficile de dresser une chronologie précise des événements qui se sont déroulés il y a des années dans le Royaume des Anciens. La première référence que nous avons des Anciens se situe dans la saga de l’assassin royal : Le Fou et Kettricken tentent de sensibiliser les Loinvoyant puis plus tard Vérité partira à leur recherche. S’enfonçant dans les Montagnes, il sera incapable de les trouver. Il finira par construire son dragon de pierre et d’Art, comme le roi Sagesse avant lui.

Tout semble se résumer à une lutte d’influence entre les Quatre (et les Blancs, et les Serviteurs) et les Dragons (et les Anciens). Les Serviteurs s’établissaient au sud, Clerres étant leur capitale. Ils cherchaient à accumuler des richesses économiques et peser sur le monde, ils volaient des œufs de Dragons par exemple (vendaient leurs coquilles, en faisaient grandir d’autres pour en faire des potions ou des médicaments) et ont détourné le rôle des Prophètes Blancs. Leur principal opposant était donc l’alliance entre les Anciens et les Dragons, surtout les Dragons qu’il était inenvisageable de contrôler.

Si on se base sur les explorations et un rapport d’ Umbre, le territoire contrôlé par les Anciens était assez vaste et recouvrait des zones que le lecteur connaît bien, puisque ce sont là que se déroulent une bonne part des aventures :  « la salle de la carte d’Aslevjal montrait un territoire qui comprenait la moitié des Six-Duchés, une partie du Royaume des Montagnes, une vaste fraction de Chalcède et des terres de la part et d’autre du fleuve du désert des Pluies. Je pense qu’il s’agit du domaine sur lequel régnaient jadis les Anciens ».

Où sont donc passés les Anciens ? Qu’est ce qui a pu mener à leur disparition ? Pourquoi était-il si difficile de trouver trace des Anciens, notamment de Kelsingra ? On se rend compte que leur absence et les particularités géographiques de la région des Pluies sont liées. Il y a eu une catastrophe. On a plusieurs témoignages qui nous donnent une idée assez précise de ce qui s’est déroulé.

Capra, une des Quatre, confirme la rivalité entre Anciens et Serviteurs. Les événements les ont bien arrangés. Il semblerait que la nature se soit déchaîné contre les Anciens, on lit que « la montagne qui explose en gerbes de feu, les tremblements de terre qui ont dévasté les cités des Anciens et les vagues géantes qui ont mis fin à leur emprise sur le monde ».

Prilkop, un ancien Prophète blanc, et présenté comme l’Homme Noir, donne un même compte-rendu de la situation : « les dragons et la plupart de leurs serviteurs, les Anciens, avaient péri lorsque la terre avait tremblé, s’était fendue, et que les montagnes avaient vomi de la fumée, du feu et des vents empoisonnés dont l’impact brûlant avait abattu les arbres et détruit toute végétation. »

Umbre a exploré Aslevjal et en a rapporté des cubes de mémoire et c’est par son intermédiaire que nous en apprenons le plus sur l’ancienne civilisation des Anciens. Lui aussi rapporte l’importance de la catastrophe qui a tout détruit, ne laissant aux Anciens et aux Dragons que très peu de chances de survivre (« c’est au cours de l’été que la montagne brûla pour la première fois (…) ce n’était pas que la première fois que le sol tremblait sous nos pieds (…) la pluie qui s’abattit sur la ville était un mélange d’eau et de sable noir (…) des oiseaux sans vie tombaient du ciel et les poissons s’échouaient sur les rives du fleuve ». La ville évoquée ici est Kelsingra. Retrouvée par la bande d’adolescents qui s’occupent des nouveaux dragons, elle est un des vestiges que les héros ont retrouvé des Anciens (avec la route d’Art, les poteaux et les mémoires altérées des dragons et vivenefs).

Pouvant prédire plus ou moins correctement l’avenir grâce aux rêves des Prophètes, les Serviteurs n’ont rien fait pour empêcher la disparition de leurs ennemis. Capra le dit clairement, elle affirme que « nous savions que ces événements allaient se produire ! S’ils nous avaient été un peu plus utiles, peut-être les Anciens en auraient-ils aussi été informés ». Clairement, les Quatre ne veulent pas que les Dragons reviennent, ils en ont peur (« les dragons ne pardonnent pas et ils n’oublient pas »). C’est pour cela qu’ils font tout pour empêcher leur retour. 

Les Marchands de Terrilville et du désert des Pluies étaient une menace car ils vivent, en partie, sur les anciennes terres des Anciens. Il faut donc tout faire pour que ça n’arrive pas. Ronica Vestrit et Davad Restart, dans les Aventuriers de la Mer, nous apprennent que la Peste sanguine a dévasté les rangs des Marchands, tuant de nombreux filles et fils. Si la maladie a pris ces gens-là par surprise, ce n’est pas le cas pour les Quatre qui savaient ce qui allait se passer (« nous étions au courant de la Peste sanguine avant qu’elle ne fasse sa première victime »). Plus au nord, ils ont tout fait pour plonger les Six-Duchés dans une guerre civile. Ils désiraient qu’ils soient occupés dans une guerre interne et que cela les empêche de regarder ce qui se passe ailleurs, ainsi que mener à la division des Loinvoyant. Prilkop précise alors que la Femme Pâle est envoyée chez les Outrîliens et les Pirates Rouges pour atteindre ces objectifs : « elle souhaitait faire éclater les Six-Duchés en petits États qui se chamailleraient, et s’assurer ainsi que la magie ancienne des Anciens ne réapparaîtrait pas dans la lignée des Loinvoyant ».

Et, l’histoire a montré que les Serviteurs ont eu raison de se méfier de la vengeance des Dragons. Glasfeu fut pendant longtemps le dernier des Dragons. La tête embrumée, il pensa au suicide et finit par se plonger dans les glaces d’Aslevjal. Les derniers moments du dragon noir furent tragiques. Il est manipulé, sans envie (« te rappelles-tu comment tu nous as fait mourir avec un festin de bétail empoisonné ? (…) Comment, alors que je me battais contre vous, vous m’avez empli l’esprit d’une malédiction ? Enterre-toi dans la glace ! » 

Et bien entendu, les nouveaux dragons règlent leur compte. Ils détruisent la cité de Chalcède qui a osé attaquer Tintaglia et Glasfeu (cf. les événements des Cités des Anciens) et s’acharnent sur Clerres, juste après avoir tué les Abominations qui s’emparaient d’œufs de serpents sur l’île des Autres (le lieu où Tintaglia va pondre ses œufs). 

Clerres n’avait aucune chance d’échapper au courroux des Dragons. Il ne fallait pas seulement détruire ceux qui les avait presque éliminés, il y avait également une question de fierté en jeu (Tintaglia : « je brûle de rage à l’idée que, pendant des générations, ils ont cru pouvoir commettre leurs injustices sans avoir à payer les conséquences »).

samedi 4 avril 2020

L'histoire de Glasfeu

Dans la saga du Royaume des Anciens, des créatures font leur retour en force, les dragons. Nous en avons un premier aperçu quand Vérité décide de forger un dragon de pierre pour affronter les terribles Pirates Rouges. Un certain nombre d'indices lors de sa quête nous montre qu'ils ont bel et bien existé (des rêves d'Art de Fitz, des paroles du Fou, des textes anciens). La confirmation de leur existence viendra des Aventuriers de la Mer quand Tintaglia émergera d'un cocon puis Glasfeu des glaces d'Alsevjal. Dans les romans des Cités des Anciens, nous suivons le retour des dragons vers Kelsingra, une cité mythique des Anciens.

Ceux qu'on appelle les gardiens sont forcément intéressés par ce qui a trait aux dragons. Bien qu'ils ne soient que des pauvres gens, des esclaves, des déformés, des sans ressources, les rumeurs du vaste monde viennent jusqu'à eux. C'est par exemple Thymara qui est au courant de la prouesse de Devoir (« la grande créature noire avait émergé de son long sommeil, pris Tintaglia comme compagne ; et ils s'étaient envolés ensemble pour chasser, manger et s'accoupler »).

Pourquoi Glasfeu s'est-il volontairement enfermé dans les glaces ? Était-ce un suicide ? C'est visiblement un enchaînement : des catastrophes naturelles, une attaque coordonnée des Blancs et de leurs Serviteurs et une attaque contre son mental. On a un aperçu de ce qui leur est arrivé dans l'Homme noir ; on y lit que « les dragons et la plupart de leurs serviteurs, les Anciens, avaient péri lorsque la terre avait tremblé, s'était fendue, et que les montagnes avaient vomi de la fumée, du feu et des vents empoisonnés ». Notons au passage que grâce à leur science, les Blancs savaient ce qui pouvait arriver et n'ont rien fait pour aider les dragons. Mais, les Blancs et les dragons étaient engagés dans une féroce compétition pour contrôler le monde...
Glasfeu, ne voyant que serpents et dragons morts, subissant le harcèlement de ses ennemis, ne pense avoir qu'un seul recours : en finir avec la vie. On a presque un peu de pitié pour le vieux dragon. Quand il partage ses pensées, involontairement, avec Fitz, on se rend compte à quel point ses derniers instants furent pathétiques : « Glasfeu avait glissé dans un état suspendu, mais sans parvenir à se défaire de son organisme (…) Il aspirait à la mort, il rêvait de la mort. »

Devoir le libère donc de la glace et les choses ne furent pas aisées. Il fallait bien entendu lutter contre les manigances de la Femme Pâle, il fallait aussi prendre en compte les superstitions locales. Quand Elliania lance le défi au Prince Loinvoyant, l'adolescent ne sait pas que sa quête n'est pas bien vue dans les Îles Outriliennes. Le clan de l'Ours et du Hibou sont très vindicatifs (« nul homme ne doit tuer Glasfeu, narcheska, pas même pour l'amour de vous »). Le dragon emprisonné dans la glace est devenu un lieu de contemplation, il est comme une figure divine : « voilà la bonne fortune que nous obtenons en honorant Glasfeu. Déshonorez-le, doutez de lui, et je préfère ne pas imaginer le malheur qui s'abattra sur vos maisons ».

Fitz et le Fou, aidés par Burrich, Umbre, Lourd et d'autres, parviennent à contrecarrer les plans de la Femme Pâle, Illistore. Cette dernière ne se contente pas de regarder la lente agonie du dragon, elle veut sa mort. On l'apprend quand Prilkop (l'Homme noir) raconte son histoire à Abeille dans Le destin de l'assassin. Il lui dit qu' « elle cherche le dragon, et je suis stupide : je montre le chemin. Alors elle trahit, elle essaie tuer Glasfeu » ou encore « son destin était de s'employer à ce que les dragons ne reviennent jamais dans notre monde ». Prilkop est plus que choqué par le choix de Glasfeu.
Malheureusement pour les Blancs, Devoir est parvenu à relever le défi. Umbre informe Fitz que « le dragon a déposé tout seul sa propre tête sur la pierre d'âtre ». Ortie nous en apprend un peu plus et son éclaircissement illustre bien le caractère hautain et peu reconnaissant de ceux de son espèce (« Glasfeu était trop mesquin pour reconnaître sa dette »).

Dans le puits d'Argent, les gardiens font connaissance avec Glasfeu et tout ne se passe pas très bien. Glasfeu et Tintaglia viennent d'être empoisonnés par du bétail contaminé donné par les Chalcédiens. Ils viennent donc à Kelsingra pour se panser et avoir de l'argent. Il fait une entrée fracassante : « les humains m'appellent Glasfeu. Il en reste au moins ici qui n'a pas oublié les anciennes formules de politesse de votre espèce ». On voit bien là l'habituel sentiment de supériorité qu'ont les dragons envers les humains.
Les gardiens le craignent, les autres dragons sont circonspects. Tatou pense qu' « il est fou de douleur (…) il est imprévisible », Sintara conseille son gardien (« reste loin de lui, je crois qu'il est fou »). Et un peu plus loin, on lit que « tous les gardiens s'étaient assemblés pour voir le plus vieux dragon du monde, mais à distance prudente ».

Sa relation avec Tintaglia est plus compliquée.
Quand ils étaient le dernier de leurs espèces, ils n'avaient pas eu d'autre choix que s'accoupler. Mais avec le retour des dragons, tout a changé. Tintaglia a décidé de s'occuper d'eux. Bien qu'elle accepte la nécessité de se venger de Chalcède, elle lui en veut quand même (« il n'appelait pas à la vengeance quand c'est moi qui étais mourante »). Les choses changent quand la meute de dragons s'en va vers Chalcède. Reyn est un observateur bien placé pour analyser les dynamiques des dragons. Il note que leur formation de vol répond à une logique de domination, de pouvoir et qu'être bien placé près de la Reine Tintaglia est important. Les mâles se disputent pour elle. Reyn «  se rendait compte que le mâle noir et Kalo se battaient sans cesse pour occuper un point derrière Tintaglia ».
A la fin des Cités des Anciens, c'est Kalo qui domine Glasfeu (« après leur dernier affrontement, Glasfeu a dû se déclarer vaincu et il est sans doute allé tuer une grosse proie, la dévorer et cuver son festin »).

Nous retrouvons Glasfeu dans la dernière trilogie. Tintaglia et les autres dragons finissent par apprendre la terrible vérité, que Glasfeu a fui et failli à ses responsabilités. C'est une époque de vengeance (pour Fitz et les dragons) et chacun a besoin d'informations. Glasfeu, le dragon qui a traversé les époques, en a. Malheureusement, il les cache et se cache. Gringalette s'exprime à travers Kanaï pour transmettre l'avis général des dragons : « Glasfeu ? Rien, c'est une brute qui ne sert à rien, ni aux dragons ni aux Anciens. » La colère de Tintaglia éclate quand elle apprend la façon dont le vieux dragon noir a vécu ses derniers jours avant de s'enfouir dans la glace. Il fait honte, il n'est pas digne. Ses propos sont clairs, « Glasfeu est un pleutre. Un dragon qui préfère s'ensevelir dans la glace plutôt que de se venger, par crainte pour sa propre sécurité, n'est pas un dragon ! »
Dorénavant, puisqu'elle a pris le dessus sur Glasfeu, Tintaglia sait que « les Blancs et les Serviteurs ont fait grand tort aux Dragons. Ils ont cru pouvoir commettre leurs injustices sans avoir à payer les conséquences ! Cette honte est toute entière due à la lâcheté de Glasfeu ! »

Mais, tout n'est pas négatif. Il serait injuste de le limiter à un vieux dragon suicidaire. Il est aussi une créature puissante, intrépide.
Il est celui qui organise l'assaut contre Chalcède (« Glasfeu avait l'expérience du combat contre les humains (…) le vieux dragon noir tenait à prendre Chalcède par surprise »), il est le dernier à s'en aller et semer la mort (« le palais du duc était tombé sous les assauts orchestrés par Glasfeu, implacable et sans pitié .»)
Glasfeu sera aussi de la partie quand il faudra détruire Clerres. Il fait une remarquable entrée (« je suis de retour, et je vous apporte la mort ! »). Lui aussi ouvre une fenêtre sur les événements du passé et renseigne le lecteur sur ce qui s'est passé des années avant : « te rappelles-tu de moi Clerres ? Te rappelles-tu comment tu nous as fait mourir avec un festin de bétail empoisonné (…) Comment alors que je me battais contre vous, vous m'avez rempli l'esprit d'une malédiction ? (…) A l'époque, je me suis enfui. Vous m'avez couvert de honte ! Vous avez fait de moi le dernier dragon au monde. » Et bien entendu, il tue, détruit des bâtiments.