Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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mardi 14 juillet 2026

Fitz manque-t-il d'ambition ?

Quand on arrive à la fin de la saga, on se rend compte que Fitz n’a jamais régné, qu’il n’a même jamais réellement cherché à avoir le pouvoir. Il n’a été qu’un pion manipulé par quelques (Subtil, Umbre) ou que d’autres (Royal) ont voulu abattre dans leur conquête du pouvoir. Pourtant, même bâtard, Fitz reste un Loinvoyant, le fils du prince Chevalerie.


Alors, comment expliquer ce manque d’ambition ?


On peut bien entendu mettre en avant son éducation. Tout a été fait pour que Fitz reste dans l’ombre. Il a été conditionné pour obéir et agir avec une étroite mage de manœuvre. Tout ce que lui a appris Umbre a mené à ça. Quand Fitz a voulu faire preuve d’indépendance d’esprit lors d’un exercice, il a été renié par Umbre durant de longues semaines. Il en a tiré la conclusion qu’il ne fallait pas faire de vagues, ne pas avoir de désir de pouvoir ou de gloire. Subtil et Umbre ont fait en sorte que tous ses actes soient tournés vers les Loinvoyant, et non pas vers l’accumulation d’influence. 

Alors qu’il n’était qu’un gosse, le roi Subtil a éteint toute velléité. Il s’est acheté la loyauté de Fitz en lui fournissant un toit, une éducation et l’appartenance familiale aux Loinvoyant : certains poussaient pour mettre de côté (tuer) ce fils illégitime, pas Subtil. Les deux nouent un marché : « si un homme o une femme cherche à te retourner contre moi en t’offrant plus que je ne te donne, viens me voir, expose-moi l’offre et je la surpasserai ». Là, Subtil dit à Fitz qu’il sera toujours là, qu’il prendra toujours en compte ses besoins. Fitz n’a rien à gagner à vouloir outrepasser un roi qui lui donne tant.


Pour d’autres (Royal), il faut voir le manque d’ambition de Fitz comme un héritage paternel. Après tout, Chevalerie a renoncé à la fonction suprême. Il a refusé d’être roi à cause d’un motif futile. Royal trouve cette décision pathétique, ridicule. Selon lui, cela montre que Chevalerie n’avait pas les épaules pour régner (« tu es le misérable bâtard d’un petit prince qui m’a même pas eu le courage de devenir roi-servant »). Fitz n’aurait pas d’autre choix que répéter ce comportement.


La principale critique du manque d’ambition de Fitz est Astérie. La ménestrelle a rencontré Fitz alors qu’elle cherchait à écrire une belle histoire, à entrer dans la légende. Elle a vu Fitz participer au réveil du dragon d’Art et de pierre de Vérité. Mais, surtout, elle l’a vu se couper du monde, se réfugier dans une cabane perdue au milieu de nulle part plutôt que revenir triomphal à Castelcerf. Astérie n’a jamais réellement digéré ce choix. Pour elle, l’attitude de Fitz est incompréhensible.

Quand Fitz revient plus tard au château, ce n’est même pas en tant que noble. Non, il revient comme un vulgaire domestique, un être invisible sans influence et sans pouvoir ! Ce choix dégoûte Astérie qui ne se gêne pas pour montrer son dépit (« le fils d’un roi sacrifie son existence entière pour la famille de son père, tout ça pour finir comme valet, soumis aux mauvais traitements d’un gentilhomme étranger bouffi d’orgueil »). Fitz expose toute sa faiblesse en faisant ce choix. 

Astérie a alors la confirmation de ses doutes. Elle fait partie des rares personnes qui connaissent une bonne partie de la vie du bâtard de Chevalerie. Elle le connait intimement, elle a bien pu cerner sa personnalité. Elle pense que Fitz est heureux de finir comme domestique de Sire Doré : « ç’a toujours été ton rêve le plus cher, n’est-ce-pas ? Avoir ta petite existence à toi, n’être en rien responsable de ta lignée ni des événements de la cour, faire partie des petites gens, ne laisser aucune trace dans l’histoire ». Ce qui est assez ironique avec ces propos est que Fitz a certainement rêvé de ça quand il était en couple avec Molly alors que ses activités d’assassin le retenaient à la cour ? Il aurait sans doute tout donné pour qu’un autre exerce ses fonctions ou qu’il y ait la paix, afin de pouvoir vivre avec celle qu’il aimait….


Étrangement, un autre détracteur est Umbre. Lui qui a formé Fitz, qui l’a mis en garde contre la déloyauté lui reproche une certaine forme de manque de courage. Umbre était à deux doigts de l’insulter de tous les noms quand Fitz a participé à la conspiration de Brondy de Béarns pour renverses les manipulations de Royal ; Umbre sous-entendait même que Fitz basculait vers la traîtrise alors que les actions étaient légitimes et nécessaires tant Royal menait le royaume vers sa chute. Des années plus tard, il adresse à Fitz des reproches méchants, cruels, injustes : « c’est ta plus grande faiblesse, Fitz, et ce depuis toujours : tu es trop prudent. Tu manques d’ambition. C’est ce qui plaisait à Subtil chez toi ; il ne t’a jamais craint comme il me redoutait, moi ».


Fitz aurait donc pu avoir plus. Si on suit Umbre, il aurait pu réclamer plus ou obtenir plus de pouvoir par des machinations. Il aurait pu influencer la politique de Kettricken en murmurant à ses oreilles, en devenant son principal conseiller après la guerre des Pirates Rouges. Grâce à Devoir, on apprend que Kettricken l’aurait sans aucun doute écouté (« si elle vous baptise oblat, c’est qu’elle vous regarde comme le roi légitime des Six-Duchés »).  

Fitz avait donc tout pour devenir le roi officieux. Il avait la légitimé familiale, les compétences, l’expérience ; il aurait été soutenu par un bon nombre de nobles. Même sa pratique du Vif aurait pu être atténuée par sa belle histoire : savoir qu’il a pratique la magie aurait pesé bien peu face à son sauvetage du pays. Comme le dit Astérie, Fitz aurait pu suivre une autre voie : « tu aurais pu être quelqu’un. Peu importe ta naissance, on t’a donné toutes les chances de gravir les échelons et tu aurais pu devenir un personnage important ». Cela n’a pas été le cas. Notons que si Astérie est si véhémente, c’est parce que son parcours personnel a été très compliqué, qu’elle en a bavé et qu’elle a misé gros sur Fitz : elle se serait élevée avec lui.

jeudi 28 novembre 2024

La triste histoire de Laudevin

Les Loinvoyant sont loin d’être une famille qui traite bien son peuple. On en a eu l’exemple avec Royal. De façon plus globale, la famille royale semble avoir un problème avec la magie du vif et cela la mène à mener une politique particulièrement violente contre ceux qui l’ont. Même Fitz, le bâtard de la famille, en a souffert. La répression est donc encore plus impitoyable avec les simples gens. Le cas Laudevin en est un bon exemple.


On se rend très vite compte que Laudevin est radical et violent, prêt à tout pour atteindre ses buts, même à enlever un adolescent et répandre le sang. Tuer ne lui fait pas peur. Même mourir semble ne pas l’effrayer même si on finira par réaliser qu’il tient quand même à sa vie.

La vie de Laudevin est étroitement liée aux décisions des Loinvoyant, et en particulier Royal. En créant le cirque du roi et en faisant du sort des gens doués du Vif un spectacle, Royal a poussé l’horreur un peu plus loin. En réalité, il a juste mis à sa sauce une tradition des loinvoyant et des Six-Duchés : la mise à mort des gens du Vif. Royal ne s’est pas contenté du cirque : il les a traqués, il les a privés de toute ressource.

Laudevin a été traumatisé par ce qui est arrivé à ses proches, il ne parvient pas à se débarrasser des images qu’il a en tête. Il faut dire que cela a eu l’air particulièrement abject : à propos de sa soeur il dit qu’« elle est morte lentement, en toussant et en suffoquant, chaque jour un peu plus faible », et même cela semble avoir été moins violent que la mort de sa mère (« bien qu’on l’ait pendue, elle était encore vivante lorsque la hache l’a découpée en morceaux qu’on a jetés au feu »). 

Ce triste sort est d’ailleurs celui qui menace Fitz selon Burrich : les duchéens sont tellement ancrés dans leur peur qu’ils sont prêts à tuer un jeune homme apprécié.


Dès lors, il n’est pas étonnant de voir Laudevin se radicaliser. Il n’a plus rien à perdre et ne désire que la vengeance. La rumeur dit que « quand Laudevin avait perdu sa soeur, il s’était consacré à la cause de ses semblables, et il n’avait pas tardé à perdre la tête ».


Laudevin en veut à beaucoup de gens : aux Loinvoyant bien entendu mais aussi à ceux qui ont le Vif et ne font rien pour se rebeller. En se taisant, on est coupable de ne pas soutenir ceux qui souffrent. Il dit au pauvre Civil que « quand nous parviendrons au pouvoir, ceux du Lignage qui auront renié leur magie, ceux qui ont auront tourné le dos à leurs frères, voire qui nous auraient trahis au profit des immondes Loinvoyant… tous ceux-là mourront. Ils périront dans leur Cirque du roi ».

Clairement, Laudevin veut changer l’ordre des choses. On ne peut pas lui reprocher de sortir le Vif de sa clandestinité ou de donner une certaine légitimité au Vif. Malheureusement, il doit faire avec une famille qui a été négativement marqué par la tragédie du prince Pie. L’agenda de Laudevin, au-delà de sa violence, est politique :  il veut façonner le futur roi, Devoir. En tout cas, c’est ce qu’il dit à Tom Blaireau (Fitz) pour justifier son enlèvement :  « que les Loinvoyant reconnaissent enfin la vérité des légendes : leur sang charrie le Vif au même titre que l’Art ! Ce garçon deviendra roi un jour ; nous pouvons en faire l’un des nôtres, et, quand il montera sur le trône, il mettra fin aux persécutions que nous endurons depuis trop longtemps ».


Malheureusement, Laudevin fait face à Fitz. Bien que doué du Vif, le bâtard a juré allégeance aux Loinvoyant, et surtout à Kettricken. Il est prêt à tout pour libérer le prince, même à donner sa vie ou celle de ses proches (le Fou et Oeil-de-nuit). Fitz n’en arrive pas là : il parvient à libérer Devoir en infligeant une terrible blessure à Laudevin (« je saisis mon arme à deux mains et lui tranchai l’avant-bras avant que se lame fût complètement sortie. Il s’écroula sur le dos avec un hurlement suraigu, en agrippant son moignon »). Immédiatement, Laudevin est marqué. Selon Fitz, son aura a tout de suite faibli. Laudevin ne semble plus être l’homme qu’il est car Fitz remarque  qu’il « était parti le dernier, dépouillé de son statut de chef, chancelant sur la selle de son cheval de bataille à la bouche écumante, maintenu en place par un jeune cavalier ».


Laudevin entame alors une traversée du désert. Son plan a échoué et bon nombre de ses soutiens s’en vont. Ayant perdu la moitié d’un bras, il est plongé dans une profonde détresse. Laurier, à la fois proche de Kettricken et proche du Vif, nous apprend que « Laudevin s’étiole dans la cicatrisation du moignon que vous lui avez laissé. A la suite de notre petite aventure, nombre de ses partisans l’ont abandonné pour revenir aux authentiques traditions du Lignage ». 

Rejeté, Laudevin ne voit pas d’autre possibilité que d’être encore plus violent, encore plus intransigeant (« les fidèles de laudevin sont les plus dangereux et les plus jusqu’au-boutistes. Il attire ceux qui veulent faire le sang et semer l’anarchie »). On en a un exemple avec le calvaire infligé à Dame Brésinga qui est violée et dont les possessions sont spoliées. 

Pour arriver à mettre à bas les Loinvoyant, Laudevin avait noué une alliance avec Henja, une envoyée de la Femme Pâle. Mais, après la blessure de Fitz, il a changé de point de vue. Son handicap physique l’a grandement marqué. Il lui a fait perdre ce qui lui restait de discernement et de mesure. Ainsi, Laudevin est aveuglé par son besoin de revanche : « je me fiche de ce qui vous est utile, femme, autant que de votre proposition ! Ma vengeance m’appartient et je ne vous la donnerai pas contre de l’or étranger ! (..) Ce sire Doré me doit une vie et son traître de valet un bras ! »


Vient alors l’affrontement final entre Fitz et Laudevin. Fitz a bien cerné son adversaire. Il sait que, derrière ses beaux discours de sacrifice, Laudevin est fortement attaché à sa survie et à son corps. Il a compris que Laudevin est toujours choqué par son moignon. Fitz appuie sur cet avantage psychologique en disant que « je vais te couper l’autre bras et te laisser vivre ». La pique fait mouche et montre la fragilité de Laudevin (« l’expression d’horreur qui passa fugitivement Das son regard m’apprit que mes paroles avaient touché juste »). Finalement, Laudevin ne fait pas le poids face à un Fitz qui est comme possédé, en tout dans un état second : « il continuait à hurler, si bien que je dégageai une lame et la plantai à nouveau, cette fois dans sa gorge ».

mardi 5 novembre 2024

Les rois Loinvoyant ont dit à Fitz

  • Le roi Subtil a dit : Mon jeune assassin, qu'ai-je fait de toi ? Comment ai-je pu ainsi pervertir ma propre chair ? Tu ignores à quel point tu es jeune encore ; fils de Chevalerie, il n'est pas trop tard pour te redresser. Relève la tête, vois au-delà de tout cela.
  • Le roi Vérité a dit : Et prends mieux soin de toi que je ne l'ai fait de moi-même. Je t'aimais, tu sais, ajouta-t-il tout d'un coup ; malgré tout ce que je t'ai fait subir, je t'aimais.
  • La reine Kettricken a dit : Tout le mal dont vous avez été victime a un résultat bénéfique : il m'a rappelé brutalement tout ce que je vous doit et combien je vous estime. Si je vous perdais, reprit-elle comme à son corps défendant, je perdrais le seul qui connaisse toute mon histoire, le seul qui, quand il me voit, sait ce que j'ai vécu avec mon roi.
  • Le roi Devoir a dit : Relevez-vous ; tournez-vous et faites face au peuple des Six-Duchés, votre peuple, et soyez le bienvenu enfin chez vous.

mardi 20 août 2024

La chute de Vérité

L’idée que Vérité soit un individu affaibli et en plein doute peut paraître ridicule. Après tout, l’homme a sauvé les Six-Duchés en donnant sa vie. Il a sacrifié sa jeunesse, son amour et a fait preuve d’une immense volonté, d’un immense courage. Il a bravé des dangers, naturels ou non, pour arriver à ses fins. Mais, avant de se lancer dans la quête des Anciens, Vérité est un homme comme tant d’autres, traversé par des moments de doute. Surtout, il doit sans cesse réajuster sa position dans la famille Loinvoyant ; la mort de Chevalerie, le déclin de Subtil, l’arrivée de Kettricken, la perfidie de Royal, les Pirates Rouges le forcent à tenter de s’adapter et endosser le costume royal. 

Et ce n’est pas facile pour un homme qui n’a pas été éduqué pour gouverner mais pour suivre.


C’est son père, Subtil, qui décrit parfaitement ce qu’est Vérité quand on creuse sous la surface. Vérité n’est pas cet Homme d’Etat : il s’est construit et est parti de loin pour atteindre ce statut. Au départ, Vérité n’est qu’ « un garçonnet boulot de huit ou neuf ans, plus gentil que brillant, pas aussi grand que son frère aîné Chevalerie, mais un bon petit prince, aimable, excellent second fils, sans trop d ‘ambition et qui ne posait pas trop de question ». Autrement dit, en temps de paix, Vérité aurait servi de prince diplomate, il aurait été envoyé pour nouer des accords et aurait fini par épouser une princesse d’un royaume quelconque sans que cela ait trop d’impact sur le sort des Six-Duchés.

Vérité n’est pas Chevalerie. Il n’a pas été élevé pour régner. Mais, les événements ont changé son destin et il a dû endosser ce rôle de gouvernant. Pendant un long moment, on peut même croire que Vérité se sent comme un usurpateur. Il n’est pas à sa place, il ne mérite pas d’être là, il a volé le rôle d’un autre. Dans un moment assez intense de confession, il avoue à Fitz que « je voudrais que ton père soit encore vivant et que ce soit lui le roi-servant ». Alors qu’il continue sa déclaration, on comprend que sa nature est toujours là et que Vérité aurait aimé pouvoir rester en second plan (« et que moi je sois toujours son bras droit (…) Sais-tu comme il est facile de suivre les ordres d’un homme en qui on a confiance, Fitz ? »). 

Chevalerie parti, le royaume a perdu son roi-servant. Vérité, lui, a perdu un frère, un ami. Ils étaient quasiment les deux derniers de leur catégorie : deux Loinvoyant artiseurs ayant passé beaucoup de temps ensemble. Dès lors, il n’est pas étonnant de voir que Vérité se sent isolé (« parfois, c’est en pensant à lui que je me sens le plus seul ; c’est comme si j’était l’unique créature de mon espèce dans le monde. Comme si j’étais le dernier des loups, obligé de chasser seul »).

Malheureusement, Vérité se sert aussi du souvenir de Chevalerie pour se comparer à lui. Il ne se considère pas aussi bon que son frère, aussi doué que lui. Il sait qu’il n’a pas la même capacité de réflexion que Chevalerie, pas la même capacité à mener des raisonnements. Cela le pousse à avoir peur de faire des erreurs. Ainsi, quand Kettricken est agressée par des forgisés, il ne pense qu’à tenter d’étouffer l’événement sans voir que cela peut ressouder les gens de Castelcerf (« Chevalerie aussi y aurait pensé (…) Moi, je n’ai songé qu’à la ramener en vitesse au château en espérant que l’affaire ne s’ébruite pas trop. Comme si c’était possible ! Et aujourd’hui, je me dis que, si un jour la couronne vient à se poser sur ma tête, elle se trouvera bien indignement portée »). La détresse de Vérité est bien perceptible.


Pour ne rien arranger, Vérité doit faire avec Kettricken et Royal. Kettricken n’est pas une femme qui obéit aux ordres de son mari ou aux attentes d’une princesse : elle est là pour agir, pour faire avancer les choses ; c’est son éducation de montagnarde qui parle. Royal, lui, veut prendre la place de Vérité et de Subtil et est donc prêt à trahir sa famille.


Vérité aurait eu besoin d’une femme qui le réconforte, qui pleure quand quelque chose de mal lui arrive. Ce n’est pas le cas de Kettricken : « elle ne venait pas pleurer sur mon épaule, comme on aurait pu le croire, ni se faire consoler, ni se faire rassurer contre des peurs nocturnes ni même chercher à se tranquilliser quant à ma considération ». Ce mariage arrangé semble donc mal venu car les deux n’apportent pas, à ce stade du récit, ce dont l’autre a besoin. Fitz partage ce constat : « je compris alors combien Kettricken lui était mal assorti ; ce n’était pas sa faute : elle était forte et avait été éduquée pour régner. Vérité, lui, disait souvent qu’il avait été élevé comme second ».


Quant à Royal, le dédain éprouvé est bien clair d’autant qu’il ne peut rien faire contre son frère. Vérité sait que son petit frère a tenté de faire un coup d’Etat, a été à deux doigts de le réussir et ne peut rien faire contre lui. Il ne peut pas le punir, il ne peut pas le pousser à l’exil car il ne faut pas créer plus de tensions internes. Vérité assiste alors, presque impuissant, aux manigances de Royal. Il le voit se rapprocher de Kettricken, il les voit passer du temps ensemble alors que lui doit consacrer toute son énergie et tout son temps à la défense du royaume. Quand Royal et Kettricken font une sortie ensemble à cheval, on perçoit toute la jalousie de Vérité (« Vérité ne parvenait pas à effacer toute trace d’amertume dans sa voix »). 

Les choses auraient pu être supportables si elles se limitaient à une petite rivalité fraternelle. Mais, c’est le sort des Six-Duchés qui est en jeu, pas celui de deux petites personnes. Comment est-ce que les choses pourraient s’arranger si les gens à la tête de l’Etat se détestent ? Car, la haine est bel et bien là : « Vérité ne cherchait pas à dissimuler son aversion et je compris lors à quel point le poison des perfidies de Royal l’avait affecté. Rongé le lien qu’ils avaient pu partager en tant que frère ». En réalité, ce qui détruit le plus Vérité est le non soutien de son père, Subtil ; le vieux Roi n’a rien fait pour punir Royal après les Montagnes et il semble fermer les yeux sur toutes ses vilenies. Vérité en veut à son père. Il pense même que Subtil le sacrifie, le pousse à faire le sale boulot, à débarrasser les Six-Duchés des Pirates Rouges pour qu’un autre, Royal, coiffe la couronne. La peine se sent quand il dit que « il vous reste un autre fils pour porter votre couronne, un fils qui n’est pas défiguré par les cicatrices de l’Art ; un fils libre de se marier comme il lui plait ».


L’Art est un autre mal nécessaire qui ronge Vérité. Sans l’Art, Vérité ne pourrait pas protéger les frontières du royaume et son pays. Mais, l’Art le détruit petit à petit, lui fait perdre sa vigueur physique et sa clarté de l’esprit. Il confesse à Fitz que « ça m’appelle dès que je ne fais rien. C’est pourquoi je dois m’occuper, Fitz. Et à l’excès ».

Fitz assiste à sa décrépitude. Il reconnaît de moins en moins l’homme : « il paraissait à la fois attentif et troublé, épuisé, en réalité, comme un homme qui essaye de toutes ses forces de rester éveillé alors qu’il n’ a qu’une envie : poser la tête sur l’oreiller et fermer les yeux ». Vérité semble avoir perdu une bonne partie de sa force physique, de sa vitalité. Il est comme un fantôme dans les murs de Castelcerf, un homme qui s’épuise dans une tâche qui semble vaine. Vérité n’est plus que l’ombre de l’homme qu’il était, lui qui était avant un homme bien bâti physiquement, robuste et vaillant. Fitz le décrit et en dit que « la belle chemise pendait à ses épaules et ses cheveux fraichement coiffés recelaient autant de gris que de noir. Il y avait aussi des rides autour de ses yeux et de sa bouche que je n’avais jamais remarqués ».


dimanche 7 juillet 2024

Pour le peuple

Les Six-Duchés sont en guerre contre les Pirates Rouges. Les rivages sont attaqués, des villages détruits et des habitants tués, ou pire, forgisés. Pour ne rien arranger, les fils du Roi Subtil, les Princes Vérité et Royal se lancent dans une guerre mesquine de pouvoir. Les deux s'affrontent, se livrent sans merci et s'assènent des coups. Et les conséquences se font directement sur le peuple : la sécurité est moins assurée, les ventres moins bien remplis...

Puisque la narration se fait à travers Fitz, on sent et ressent ses émotions, ses sentiments. Mais, il y a d'autres personnages, plus au second plan, qui comptent et qui forment le peuple. Eux aussi souffrent, eux aussi sont parfois des jouets dans les mains du destin.

Fitz est un membre de la famille royale, il fréquente régulièrement le roi. Avec lui, il apprend la responsabilité. Au fur et à mesure des événements, il comprend que le peuple se repose entièrement sur les dirigeants quand les choses vont mal. Il faut un coupable, ou au moins un responsable, et c'est le rôle de la royauté : « quelqu'un – Umbre, peut-être – m'avait dit que les gens tenaient le roi responsable de tout, même des sécheresses et des incendies ». Cela, Fitz l'a appris durement. Il a vu des gens être forgisés, il a vu des villages être détruits. Il a vu un peuple longtemps sans leader lors de la guerre contre les Pirates Rouges. Il a également bénéficié des enseignements de Subtil. Le vieil homme fatigué a fait tout ce qu'il a pu pour que les gens de sa famille aient conscience de leur devoir. Fitz a retenu la leçon car il dit que « les gens des Six-Duchés étaient mon peuple, que c'était dans mon sang de les protéger, de ressentir leurs blessures comme les miennes ». Ces propos font écho à ceux de Subtil lors du massacre de Vasebaie. A ce moment-là, Subtil montre qu'il est un roi qui tient réellement à son peuple, un homme qui partage la douleur des siens. Le roi ne va pas bien, il est épuisé, il dort mal et le Fou le prie de se reposer. Le Fou sous-entend qu'il serait si facile de détourner les yeux en ayant passé le fardeau à un autre ; Subtil s'y oppose (« je souffre, mon fou, parce qu'ils ont souffert. Parce que je suis roi (…) Fou, par le sang qui est en moi, ce sont mes sujets »).

Kettricken vient des Montagnes. Là-bas, les dirigeants se voient comme des Oblats, des gens prêts à tout pour leur peuple, du geste le plus anodin (réparer un toit) au geste le plus fort (mourir pour le peuple). Kettricken redonne de la vitalité à la famille royale et elle leur remet à l'esprit que tous leurs actes devraient être tournés vers la satisfaction des duchéens. Kettricken a également conscience de la situation, elle sait que le royaume est au bord du gouffre, rongé par l'infection des forgisés. Il y a beaucoup de détresse et de colère, deux forces qui peuvent être mal dirigées. Kettricken prend un ton grave, elle met en avant l'importance de la situation et la solennité à avoir quand il est décidé de chasser les forgisés dans les alentours de Castelcerf (« Nous ne partons pas à la chasse. Nous allons récupérer nos morts et nos blessés. Nous allons donner le repos à ceux que les Pirates Rouges nous ont volés »). Si Kettricken est comme ça, c'est grâce à son éducation. On n'a a eu de cesse de lui répéter qu'elle était au service de son peuple, elle met cela en application : « je serais l'Oblat incarné, prête à tous les sacrifices pour le bien de mon pays et de mon peuple ». On peut presque trouver cela naïf. En tout cas, cela réveille quelque chose en Vérité. Le prince était passif, presque perdu dans son usage de l'Art. Il se ruinait la santé pour bien peu de résultats. Kettricken modifie ses habitudes, lui rappelle sa réelle fonction. Vérité prend conscience de ses manquements : « je n'ai manifesté nulle patience pour vos propos sur le rôle de l'Oblat, je n'y voyais que les élucubrations idéalistes d'une enfant. Mais je me trompais. Le terme n'existe pas chez nous, pourtant nous vivions la réalité qu'il recouvre et j'ai appris de mes parents à faire passer les Six-Duchés avant moi ».

Vérité a donc eu besoin d'un rappel, ce n'est pas le seul noble. Dame Grâce aussi est passée par là, même si elle a l'excuse de son inexpérience. La jeune femme ne voyait que les avantages d'être duchesse et avait oublié que le peuple comptait sur elle, encore plus en ces temps troubles. Fitz lui assène un discours plein de passion qui la réveille : « je sentis en elle le désir brûlant de se distinguer, de susciter l'admiration du peuple dont elle était issue (…) Qu'il la considère dorénavant comme quelqu'un qui se préoccupait de sa terre et de son peuple et plus comme un joli petit animal ».

Mais, les bonnes volontés ne suffisent pas. Les Six-Duchés sont en train de perdre la guerre. Subtil est mort, Vérité lancé dans une folle quête, Kettricken a pris la fuite. Royal est au pouvoir et l'homme ne pense qu'à lui. Le peuple est seul(« ce fut une triste époque pour le petit peuple de Cerf abandonné par leur roi, défendu seulement par une troupe réduite et mal ravitaillée, les gens du commun se trouvaient privés de gouvernail sur une mer démontée »). Une femme se dresse alors : Patience. La femme aurait pu être reine si les choses avaient tourné différemment. Elle aurait pu aussi tourné le dos à ses devoirs, elle n'a plus d'obligation. Pourtant, quand tous sont absents, quand la situation est plus que périlleuse, c'est Patience qui prend les choses en main et devient la leader officieuse en Cerf. Elle sacrifie tout ce qu'elle a pour aider les gens, « elle ne porte plus aucun bijou ; ils ont tous été vendus pour payer des navires de patrouille, elle a bradé ses terres familiales pour engager des mercenaires afin de garnir les tours ». Autrement dit, Patience a une attitude d'Oblat.

Cette idée de sacrifice anime également Vérité. On peut penser que sa quête des Anciens est déplacée. On peut penser qu'il aurait mieux fait de rester à Castelcerf pour lutter épée à la main contre les Pirates Rouges (avec le risque de se faire tuer). Quand Fitz et son groupe le retrouvent au fin fond des Montagnes en train de sculpter son dragon d'Art et de pierre, on comprend l'étendue de son sacrifice (« Mais... trop tard pour sauver le peuple des Six-Duchés. Sinon, que ferais-je ici ? Pourquoi aurais-je abandonné mon pays et ma reine pour venir ici ? »). Les propos sont clairs. Vérité a laissé un bon nombre de choses derrière lui. Pire, il nourrit son dragon en se vidant de ses souvenirs et émotions. D'une certaine façon, il se forgise volontairement ; c'est bien la preuve qu'il est prêt à tout pour son peuple.

D'autres ne sont pas enclins à tout cela. Ils n'ont que mépris pour le peuple. Galen et Royal en sont de bons exemples.

Lorsqu'il forme les artiseurs, Galen leur fait comprendre qu'ils sont des gens à part, presque des élus. Ils sont au-dessus, ils valent plus que les autres. Cet état d'esprit contamine les élèves, Fitz compris (« ces simples soldats discutaient chaque possibilité avec un bon sens et une finesse dont Galen ne les aurait jamais crus capables (…) Galen m'avait entraîné à les considérer comme des ferrailleurs ignorants, des tas de muscles sans cervelle »).

Le dégoût de Royal est encore plus flagrant. Il est même difficilement compréhensible pour les autres. Pour Royal, les gens du peuple ne comptent pas car ils n'ont aucun pouvoir. Quand il tente un coup d’État lors du mariage de Kettricken et Vérité, il est prêt à tuer des gens innocents en sachant que leurs morts n'auront aucune conséquence (« à ton avis, qui va se mettre en émoi pour la mort d'un maître d'écurie ? Tu es tellement plein de ton importance de plébéien que tu l'étends à tes serviteurs »). L'insulte est encore plus flagrante lorsqu'il resserre son emprise à Castelcerf en profitant de l'absence de Vérité. Il rappelle à Fitz que ce dernier est un bâtard, que son père s'est souillé en couchant avec une femme banale : « toi qui te donnes le nom de FitzChevalerie Loinvoyant, il te suffit de te gratter un peu pour trouver Personne, le garçon de chenil. Sois heureux que je souffre ta présence au Château au lieu de te renvoyer habiter aux écuries ». Pour Royal, le peuple est une quantité négligeable.

jeudi 4 juillet 2024

Un personnage historique : le roi Sagesse

Il y a des rois et des reines, des princes et des princesses qui ont marqué l’Histoire :  Preneur, Pie, Vision. Mais un roi semble avoir marqué la mémoire collective plus que d’autres : Sagesse. Il est connu pour avoir combattu et repoussé les Pirates Rouges, ainsi que pour avoir porté la revanche des duchéens chez eux.


Kettricken, cette femme venue des Montagnes, résume assez bien l’oeuvre de Sagesse : avec les Anciens, « ils ont chassé les pirates envahisseurs des côtes des Six-Duchés ; la paix et le négoce ont repris, et les Anciens ont juré à Sagesse qu’ils reviendraient si le royaume avait besoin d’eux ».

Mais, le temps a passé et a joué son oeuvre. Les prouesses de Sagesse se sont effacées et il n’en reste que des vagues souvenirs, des vagues écrits, de vagues témoignages. On ne sait pas trop comment Sagesse s’y est pris pour invoquer les Anciens et on ne sait même pas trop ce que sont les Anciens. Une des traces restantes est accrochée dans le chambre de Fitz à Castelcerf sous forme de tapisserie : « je distinguai une créature luisante et ailée et, devant elle, un personnage aristocratique dans une attitude suppliante. On m’informa plus tard qu’il s’agissait du roi Sagesse auquel les Anciens apportaient leur aide ». Autrement dit, une pièce historique d’une grande importance sert d’objet de décoration à la chambre d’un bâtard. C’est bien la preuve qu’on accorde bien peu de crédit à l’aventure de Sagesse. 

Car, en réalité, ce n’est pas l’aspect légendaire ou sauveur du peuple qui est retenu. D’après Fitz, « les habitants des Six-Duchés considéraient Sagesse comme un genre de fanatique religieux, à la limite de la folie dans ce domaine ». On peut penser que les gens pensent réellement que Sagesse a sauvé son pays mais doutent qu’il ait pu réellement invoquer des Anciens.  Où sont-ils ? Pourquoi y a-t-il si peu de traces de leur existence ?


Pour ne rien arranger, il existe très peu de traces de son périple. Les gens ne savent même pas ce qui l’a motivé à agir ou à croire que les Anciens existent. Quelle est la raison qui l’a fait partir vers l’ouest, vers les Montagnes ? C’est l’incertitude et on peut lire que « des fragments nous indiquent qu’il serait parti en direction du royaume des Montagnes, mais nous ignorons ce qui pouvait l’inciter à penser qu’il atteindrait par là le pays des mythiques Anciens ».

Si les gens des Six-Duchés semblent avoir un souvenir partagé sur Sagesse, ce n’est pas le cas du peuple des Montagnes. Il faut dire que Sagesse a été un des premiers rois à ne pas venir faire la guerre et cela change tout. Kettricken témoigne : « le roi Sagesse (…) a été le premier noble des Six-Duchés à se présenter chez nous… au pays des Montagnes sans intentions belliqueuses ; c’est pourquoi notre tradition conserve un bon souvenir de lui ».


Quand Fitz se lance à la recherche de Vérité, on finit par comprendre que tout était vrai : les Anciens ont bel et bien existé, Sagesse les a bien trouvés. 

Le Fou, plus qu’intéressé par tous ces mythes et figures de légende, dit à Fitz que « les sculptures du jardin de pierre, ce sont les Anciens ». Il ajoute que « le roi Sagesse a réussi à les réveiller et à les gagner à sa cause. Pour lui, ils sont revenus à la vie ». Sagesse a donc réussi à trouver les Anciens. Et pour preuve de sa vaillance et de la majestuosité de son exploit, les Anciens l’ont invité à les rejoindre. (« ce fut moi qui découvris le roi Sagesse : c’était le dragon aux andouillers ; il émergea de son sommeil en s’écriant : Cerf ! Pour Castelcerf ! Par El et Eda, je meurs de faim ! »).


Sagesse n’est donc jamais rentré à Castelcerf. Grâce à Patience, on sait que « c’est à sa fille, la princesse Attentionnée, que les Anciens se sont présentés et ont offert leur allégeance ».

Sagesse n’a jamais pu témoigner oralement de ce qu’il a fait, la façon dont il a réalisé tout cela. C’est peut-être à cause de ça qu’il existe bien peu de témoignages.

Une autre explication tient à la nature particulière de ces dragons. Pour leur donner vie, il faut donner toutes ses émotions, toute son essence, tous ses souvenirs. Les dragons aspirent tout ce qui est en vous. Vérité dit qu’ « il faut les nourrir, et c’est la vie qui les alimente ». Pire, « une fois fois en vol, les dragons s’emparent de ce dont ils ont besoin ».

A la fin de la Reine solitaire, on se rend compte que les dragons ont tendance à effacer les souvenirs récents des gens. Dès lors, on comprend que les dragons sont à l’origine d’un des plus grands maux : la forgisation.  Fitz écrit que « la forgisation ne fuit pas une invention des Pirates Rouges ; c’est nous qui leur avons apprise à l’époque du roi Sagesse. Les Anciens qui nous vengèrent dans les îles d’Outre-Mer survolèrent fréquemment cette terre d’îles ». Sagesse a donc contribué à créer un mal dont son peuple souffrira bien plus tard.

jeudi 17 août 2023

Un personnage historique : Qui est Preneur ?

Preneur est un cas intéressant : il montre l’absurdité de la guerre entre les îles d’Outre-Mer et les Six-Duchés. En effet, Preneur est un Outrîlien qui a conquis la forteresse de Cerf et qui a ensuite lancé la conquête et le développement des Six-Duchés. Autrement dit, en partie, c’est le même peuple qui occupe ces territoires. Cela n’a malheureusement pas empêché les pays de se faire la guerre de façon répétée.


Preneur, lui, a durablement marqué les Six-Duchés. Il est le premier Loinvoyant, celui qui met en place des coutumes (« il se nommait Preneur, tout simplement, et c’est peut-être avec ce patronyme qu’est née la tradition d’octroyer aux filles et aux fils de sa lignée des noms qui devaient modeler leur vie et leur être »). Preneur est donc un homme qui impulse le changement. Lui, un pirate, a pris son destin main en conquérant une nouvelle terre. L’histoire est belle ; elle l’est un peu moins si on se place du point de vue des Outrîliens. L’homme semble avoir laissé une mauvaise image si on considère ce qu’en pense Elliania. Elle-aussi a quitté sa terre natale pour devenir reine des Six-Duchés, mais elle ne l’a pas fait en reniant sa culture. Ortie rapporte le dédain d’Elliania envers Preneur ; elle dit que « le premier Loinvoyant à revendiquer la possession des falaises de Cerf était Preneur ; c’était un Outrîlien, et on le regarde un peu comme un rebelle dans son pays d’origine, parce qu’il a abandonné sa maison maternelle, pour en établir une nouvelle ici ». C’est l’abandon qui semble causer du souci à Elliania, pas le fait d’en créer une.


Preneur est donc un conquérant, un pirate aventureux. C’est en tout cas ce qu’en disent les légendes et les belles histoires. Cette idée ne semble pas être partagée par tous. Preneur n’a pas conquis Cerf par goût de conquête mais parce qu’il n’avait pas le choix : « le fondateur de la monarchie des Loinvoyant n’était lui-même qu’un pirate lassé de la vie sur mer ». D’ailleurs, la rumeur populaire rapporte des propos qui laissent peu de place au doute. Il aurait dit en voyant les fortifications de Castelfcerf que « si j’y trouve un feu et un repas, je n’en repars plus » : c’est bien le signe d’une lassitude, d’une recherche d’un confort. En réalité, comme Preneur a vécu des siècles auparavant, il est difficile de savoir qui il était réellement. D’autant plus qu’il est le premier des Loinvoyant et que ceux-ci n’ont aucun intérêt à le dépeindre négativement. C’est sans doute pour ça qu’il est représenté majestueusement : « l’antique tapisserie de la Grande-Salle le montre sous les traits d’un loup de mer musculeux, un sourire carnassier aux lèvres, installé à la proue de son navire ».


Preneur a donc conquis. A qui a-t-il pris les terres ? Dans la trilogie du Fou et de l’assassin, Abeille avance l’hypothèse que Preneur aurait défait des Anciens (« mais qui occupait la région de l’embouchure de la Cerf avant que Preneur et ses hommes arrivent et s’en emparent (…) Tu disais qu’il avait peut-être bâti par des Anciens, à l’origine. Ce seraient des Anciens contre qui Preneur se serait battu pour mettre la main sur le pays ? »). Il est difficile de répondre à cette question. Ce qui est plus certain est que Preneur a été un bâtisseur, l’architecte du développement : « il remplaça les structures de bois par des murailles et des tours de pierre noire, extraite des falaises elles-mêmes, et enfonça les fondations de Castelcerf dans le roc ».

samedi 30 avril 2022

Les Pie contre les Loinvoyant

Contrairement à l’Art, la maie du Vif (péjorativement appelée magie des Bêtes) est mal vue. Elle est considérée comme une abomination par les gens des Six-Duchés. Les Loinvoyant, jusqu’au règne de Kettricken, ne font rien pour arranger ça. Alimenté par sa haine de Fitz, Royal traque les gens qui ont le Vif et les jette dans son Cirque où ils s’entre-tuent pour son amusement. Umbre dit même à Fitz que c’est dans la tradition des Six-Duchés de traquer les pratiquants du Vif. Mais, un jour ou un autre, les opprimés se soulèvent et c’est ce qui se passe dans le second cycle de l’Assassin royal. Un groupe se forme, prend le nom de Pie et mène des actions radicales, violentes. Ils ne veulent pas seulement la reconnaissance de leur magie, ils veulent porter un dur coup au trône et à la couronne des Loinvoyant.

Si les Pie sont aussi vindicatifs et énervés, c’est que bon nombre de gens doués du Vif sont massacrés, tués dans des conditions ignobles. La tradition permet de les tuer, de les battre, de les faire souffrir. Cela ne remonte pas à Royal, c’est quelque chose qui est bien ancré dans la société, à un point que l’horreur ne choque pas les gens. Heur, au début du tome le Prophète blanc, n’a vécu qu’à la ferme avec Fitz, il est tenu loin de la cruauté qui peut régner dans les Six-Duchés. Il n’est donc pas étonnant de le voir révolté et choqué lorsqu’une femme est punie pour avoir le Vif (« on y a traîné une femme couverte de bleus et de sang. On l’a attachée à un poteau, et j’ai cru qu’on allait lui donner le fouet (…) Un homme s’est avancé et a lu un document à voix haute, puis il s’est écarté et la foule a lapidé la femme »).

Si Fitz n’était pas de sang royal, il aurait fini découpé en morceaux du temps où Royal l’a torturé (la nef du crépuscule). Tous n’ont pas la chance d’être protégée par une belle lignée : Laudevin, un de leaders des Pie, a de la rancœur depuis ce que sa mère et son père ont vécu. Il explique qu’ « elle était encore vivante lorsque la hache l’a découpée en morceaux qu’on a jetés au feu. Quand à mon père, ma foi, je suis convaincu que le temps que les soldats de Royal Loinvoyant ont mis à exécuter ma mère sous ses yeux a dû lui sembler durer des années ».

Lorsque Devoir est enlevé par des Pie, Umbre et Kettricken demandent à Fitz de retrouver le Prince. Accompagné du Fou et de Laurier (une proche de Kettricken), ils partent à la recherche du jeune homme et finissent par capturer un jeune individu vifier. Le captif se rend compte que Fitz a le Vif et ne comprend pas pourquoi il agit ainsi. Certes, par le passé, des Vifiers se sont laissé acheter… Il insiste, questionne Fitz, tente de faire vibrer sa corde sensible (« quelle récompense vous a-t-on promise, à votre loup et à vous, si vous rameniez le prince ? (…) Ceux qui vous ont payé ont-ils juré de vous laisser la vie sauve, à vous et à votre famille, si vous meniez votre mission à bien ? Ils ont menti, croyez-moi. Ils mentent toujours »). Cette déclaration suffit à elle seule à montrer que les deux camps ont des positions irréconciliables. Il y a eu trop de sang versé, trop de morts pour se rapprocher. Laudevin fait preuve de la même perplexité lorsqu’il rencontre Fitz. Il ne comprend pas que l’homme en face de lui ne prenne pas position, traque les gens ayant le Vif (« vous réjouissez vous de ce que nous subissons, des flagellations, des pendaisons, des démembrements et des incinérations ? Pourquoi soutenir cet état de fait ? »)

Fitz n’est pas le seul menacé ; il n’est pas le seul à subir des intimidations, à être la victime de la façon binaire dont les Pie voient le monde. Laurier n’a pas le Vif mais vient d’une famille de Vifiers. Elle explique à Fitz que les Pie sont les plus extrêmes, qu’ils rejettent même ceux qui se disent du Lignage (des cerviens ayant le Vif et qui vivent tranquillement, sans vouloir imposer leur magie à d’autres) : « selon eux, les gens du Lignage doivent choisir : ou bien faire cause commune avec eux, ou bien être éliminés de la communauté ». La situation de Laurier est d’autant plus compromise du fait de sa situation et de sa proximité avec la Reine Kettricken. Elle est une cible facile et évidente (« les Pie savent qui je suis et où je vis, et je les ai doublement trahis à leurs yeux. Par la famille dont je suis issue, ils me considèrent comme du Lignage, or je sers le régime Loinvoyant qu’ils haïssent. Ils me tueraient s’ils en ont l'occasion »).

Fitz est également menacé. Le fait que Fitz Loinvoyant ait le Vif est une information bien répandue dans les Six-Duchés. Pour certains, il est une fierté, pour d’autres une abomination. Beaucoup de gens, quasiment la totalité de la population le croit mort. Mais, les Pie ont découvert qu’il est vivant et s’en servent pour faire pression sur les Loinvoyant (« le Bâtard-au-Vif est vivant (…) Vous l’abritez tandis que vous laissez d’honnêtes gens mourir parce qu’ils sont du Lignage (…) Peut-être mettre vous un terme à ce massacre lorsque nous vous aurons infligé la douleur de perdre un être cher »). La menace est claire et prend forme lorsqu’ils enlèvent Devoir. Fradecerf, une membre des Pie, justifie cet enlèvement : « ceux qui cherchent notre perte inventent de toutes pièces des torts et des préjudices que nous leur aurions causés (…) Si la Reine voit peser sur son fils la même menace que ma mère sur le sien, peut-être prendra-telle des mesures plus énergiques en notre faveur ». Car Kettricken a beau prendre des mesures pour améliorer le sort des vifiers, les choses changent très peu.

L’enlèvement de Devoir se solde sur un échec pour les Pie. Devoir retourne à Castelcerf et son secret (il a le Vif) est éventé. Malgré tout, les Pie continuent d’observer le prince, de l’espionner. Ils ont des gens sur qui ils font pression pour espionner : Lourd le serviteur d’Umbre est un espion involontaire du fait de sa candeur, Civil n’a pas d’autre choix que d’espionner Devoir s’il ne veut pas que trop de mal soit fait à sa mère. Laudevin est sans pitié avec Civil, il se moque de sa naïveté, de sa tendance à croire les mensonges du trône (« tu crois aux fausses promesses de la reine montagnarde ? Tu la crois vraiment prête à nous écouter, à prendre les mesures nécessaires pour améliorer notre ? Peuh ! » on sent bien là tout son dédain, tout son mépris.

Kettricken prend les choses en main. Elle organise des négociations entre le Lignage et la Couronne. Elle envoie Devoir pour parlementer alors que des vifiers sont accueillis à Castelcerf. Par mi eux se trouve des Pie qui sont nécessairement plein d’émotions et de ressentis mais aussi des gens plus mesurés et raisonnables comme Trame. Ils répètent leurs histoires, montrent bien que tout cela est du vécu et qu’on peut difficilement passer outre les traumatismes qu’ils ont vécu. La responsabilité des Loinvoyant paraît difficilement niable. Le témoignage de Mercuroeil est ainsi saisissant et produit son effet (« elle parla des assassins de sa famille (…) Trame paraissait abattu et attristé, et les traits de ma reine se figèrent peu à peu tandis que ceux d’Umbre semblaient sculptés dans la pierre (…) la femme exigeait une vengeance et un châtiment beaucoup trop extrêmes pour qu’on songeât seulement à les lui accorder »). On voit bien que les positions sont difficilement réconciliables, d’autant plus lorsqu’on entend ce que réclament les Pie (« que les sanctions soient exactement proportionnés au crime ! Pour un père tué, qu’un père meure ; pour une mère, une mère ; pour un enfant, un enfant ! »

Fitz se rend compte que Mercuroeil tente de raviver la colère de ses pairs. Elle est pleine de rage, elle ne peut dépasser ce qu’elle a vu, ce qu’elle a vécu. Le traumatisme perdure : « avez-vous oublié les hurlements de vos cousins, les amis à qui vous rendiez visite et dont vous ne retrouviez comme seule trace qu’un tas de cendres près d’une rivière ? » D’autres sont plus mesurés, c’est le cas de Trame et aussi de Civil. Lui a ouvertement le Vif et pourtant il continue de fréquenter Devoir, les Loinvoyant ne l’ont pas jeté en prison. Il témoigne et s’offusque de la radicalité de certains (« Renverser les Loinvoyant ? Quelle idée de génie ! Éliminez la seule reine qui ait jamais tenté de mettre un terme aux exécutions »).

Kettricken prend les choses en main. Elle met en place des mesures symboliques (un clan du Vif va accompagner Devoir dans sa quête de Glasfeu) et légales (« aucune exécution ne pouvait légalement avoir lieu sans l’aval de la maison régnante de chaque duché (…) les ducs et les duchesses avaient l’obligation d’étudier personnellement chaque cas »). on comprend bien qu’éliminer des siècles de massacres et de persécution ne sera pas facile, mais qu’en obligeant chaque accusation à passer devant un noble, elle espère réduite le nombre de morts, de fausses accusations.

Et à son retour d’Aslevjal, Fitz se rend compte qu’il y a eu des purges dans les rangs du Lignage. Des accusations gratuites ont continué à être proférées et en plus contre des gens influents. Mais cela est allé plus loin : les modérés du Lignage ont décidé de faire ménage et traquer les Pie (« nous avons entrepris de nettoyer notre maison, et la pollution dont nous devons débarrasser notre sang nous fait honte. Détournez les yeux, nous vous en implorons, tandis que nous éliminons de nos lignées ceux qui les déshonorent »). Du sang, des morts et des tueries gratuites. Si la situation des gens du Vif semble s’améliorer à la fin du deuxième cycle de l’assassin royal, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.

dimanche 13 février 2022

Les Loinvoyant contre Kettricken

A la fin de la Reine solitaire, Kettricken devient Reine des Six-Duchés. La montagnarde a traversé un bon nombre d’épreuves, surmonté des obstacles pour en arriver là. Elle qui n’était qu’une monnaie d’échange pour que les Six-Duchés accèdent aux ressources des Montagnes a montré son valeur. Elle a affronté une cour hostile, l’indifférence de son mari, l’hostilité de Royal. Les choses ont donc été loin d’être simples.

Lorsque le Roi Subtil envoie Fitz dans les Montagnes à l’occasion des fiançailles, Kettricken ne se doute pas qu’elle est au milieu d’un affrontement politique. Royal est en train de monter un complot, presque un coup d’État alors que le Roi Subtil demande à Fitz de tuer Rurisk, le frère de la Reine ! Mais Rurisk n’est pas stupide et il a bien compris la manœuvre de Subtil et de la royauté Loinvoyant. Pour autant, cela ne l’empêche pas de dénigrer Kettricken devant Fitz. Cette dernière a été influencée par des propos de Royal qui a vu là une occasion de se débarrasser de Fitz. En glissant adroitement des allusions sur le bâtard, il a poussé Kettricken à entreprise une action grossière et désespérée (du poison). Rurisk comprend, trop tard, ce qui se passe mais parvient à donner un antidote à Fitz. Au lieu d’expliquer à Kettricken ce qui se passe, il a des mots pour elle : « Le danger est passé, et ce n’est pas grâce à toi (…) va lui préparer un bouillon avec de la viande d’hier soir. Et apporte aussi des pâtisseries ; pour nous deux. Et du thé. Va, va donc, petite idiote ! » Malgré tout, Rurisk meurt, Fitz est empoisonné par Royal et Vérité est à deux doigts de perdre Kettricken. Kettricken voyage alors jusqu’à Castelcerf et plonge dans un environnement où les deux frères Loinvoyant s’affrontent et se servent de toutes les armes à disposition.

Kettricken n’est pas que l’épouse de Vérité, elle est une femme qui arrive avec son éducation et tout l’héritage de son pays. Elle détonne à la cour, son physique n’arrange rien. Elle n’est pas préparée à ce qui lui arrive, a du mal à trouver ses marques. Si elle comprend bien ce qu’on attend d’elle (un héritier), elle a énormément de mal à se faire à la vie quotidienne. Les absences de Vérité n’arrangent rien, elle est seule. Umbre demande donc à Fitz de s’occuper d’elle, de l’aider à s’intégrer. Demander à quelqu’un qui a lui-même souffert du rejet peut paraître osé, cela fonctionne en tout cas même si Fitz doit employer des moyens extrêmes. Par deux fois, il doit lui rappeler verbalement ce qu’on attend d’elle, et pas seulement faire un enfant. A demi-mots, il lui fait comprendre que Vérité a des ennemis et que Kettricken doit aider son époux à consolider son pouvoir. Les paroles blessent Kettricken ; Fitz est témoin de sa réaction : « à ma grande consternation, je la vis contrite comme une fille de laiterie ; des larmes perlaient à ses yeux clairs et elle avait les joues aussi rouges que si je l’avais giflée (..) je n’ignorais pas le talent des dames de la cour pour la dissimulation et je craignais que les spéculations n’aillent bientôt bon train quant à ce que le bâtard avait pu dire à la reine-servante pour la faire pleurer . »

Menacée à la cour, Kettricken l’est aussi par les forgisés. Elle se fait agresser, sa vie est mis en danger et elle parvient à se défendre. Au lieu de la soutenir, de lui demander simplement comment elle va, la première réaction de Vérité est de la rabaisser et en public. Il lui hurle « Quelle folie vous a prise d’aller vois égarer si loin ! » Là encore, il y a des témoins, des soldats et des gardes. Comme Fitz, ils sont mal à l’aise. Eux qui vantaient de la bravoure à voir Kettricken se défendre baissent la tête (« tels furent ses premiers mots, et sur un ton qui n’avait rien de tendre ; Toute fierté quitta le port de Kettricken et j’entendis l’homme à côté de moi murmurer »).

Plus tard, Vérité partira à la recherche des Anciens et refusera à Kettricken l’opportunité de partir avec lui. Il laissera sa femme à la merci des manigances de Royal, sous la protection d’un Subtil déjà bien faible et d’un Fitz sans réel pouvoir. Kettricken, enceinte, n’écoute que son cœur quand la ville de Finebaie est menacée par les Pirates Rouge. A son retour à Castelcerf, elle apprend la mort de son mari. Le deuil l’accable, et pour ne rien arranger, Royal profite de la situation pour avancer ses pions. Il décide de déménager la cour, de Castelcerf à Gué-de-Négoce. Kettricken résiste, tente de s’y opposer. Royal se sert alors d’un argument vulgaire (« je doute qu’il ait besoin de de l’aide d’une femme empêtrée dans ses jupes et un ventre bourgeonnant ») pour la faire taire, bien aidé par la mollesse de Subtil. Le vieux Roi n’est plus qu’un pantin. Sa faiblesse pousse Kettricken à baisser les bras et accepter son sort. Royal n’est pas idiot : il a compris que Kettricken a gagné le cœur de la cour et il fait tout pour saper ça. Il distille de fausses rumeurs, il se moque d’elle en public, il la décrit comme une intrigante : « Royal poursuivit son compte-rendu des faits d’armes de la reine qu’il souillait de condescendance et de flagornerie ; la fausseté de ses formules de courtisan rabaissaient les actes de Kettricken à une mise en scène bien calculée ».

Durant un long moment, Fitz ne revoit par Kettricken. La montagnarde a fui après le couronnement de Royal et Fitz, revenu à la vie, cherche un but. C’est lors qu’il décide de retrouver Vérité que son chemin rejoint celui de Kettricken. Quand il la revoit, il a en face de lui une femme métamorphosée, grandement atteinte par la mort de son bébé. Kettricken n’est plus que l’ombre d’elle-même, physiquement en tout cas. Elle est heurtée par le chemin parcouru, par les manigances de Royal et la détresse de son accouchement (« elle tourna vers moi un visage effrayant ; le chagrin avait ravagé ses traits, creusé des rides profondes de part et d’autre de sa bouche et fait fondre la chair de ses joues »). La perte de son fils, Oblat, est un énorme traumatisme. C’est un fardeau qu’elle porte sur ses épaules, elle se sent coupable. Elle pense que c’est de sa faute si il est mort-né. Elle n’a personne à qui parler de ça. C’est pourquoi, en retrouvant Vérité, elle espère pouvoir partager ce poids avec lui. Il est le père. Mais, Vérité n’est plus un homme : il commence à partager sa conscience, son identité avec son dragon de pierre et d’Art. Kettricken ne comprend pas ce qui se passe, elle ne voit que Vérité qui ne se rappelle même pas de ça (« Ah ! (…) nous avions un fils, je ne m’en souviens pas »). Tous ceux présents (Fitz, Caudron, Astérie, le Fou et Oeil-de-Nuit) se rendent compte à quel point ces quelques font du mal à Kettricken : « voilà, je pense, ce qui la brisa ; s’apercevoir que cette catastrophe ne le mettait pas en colère ni ne l’affligeait, mais l’égarait simplement. Elle dut se sentir dupée ». Dès lors, Kettricken doit faire avec la froideur de Vérité : il rejette son aide, il lui préfère Caudron ; il refuse d’être intime avec ; il ne lui décroche que quelques mots ici et là. Il faudra que Fitz prête son corps à Vérité pour que Kettricken retrouve son roi et son époux.

lundi 9 novembre 2020

La Reine Désir dans l'Assassin Royal

Fitz a connu trois Reines des Six-Duchés :
  • Elliania qui aura eu Devoir pour époux, une jeune femme d'abord dominée par la Femme Pâle et qui, lors qu'elle parvient à se séparer de son emprise, se révèle pleine de fougue
  • Kettricken avec qui il aura mené la recherche de Vérité disparu, et possiblement l'humaine la plus proche d'Oeil-de-Nuit vivant
  • Désir, l'épouse de Subtil, celle qui est la Reine en titre quand sa famille maternelle décide de le rendre aux Loinvoyant et à Chevalerie

En lisant les différents tomes, ce qu'on retient de Désir est son addiction aux drogues et aux plantes. Si elle n'est pas un personnage principale de l'intrigue, elle est malgré tout celle qui a nourri la haine de Royal et tout fait, en coulisses, pour écarter le bâtard de Chevalerie.
L'abus de substances aura eu un fort impact sur sa vie et celle de ses proches. Royal est le seul fils vivant de Subtil et Désir  et il reprend fidèlement les paroles de sa mère. Il porte sa voix quand celle-ci demande de se débarrasser du bâtard à Oeil-de-Lune. Des années plus tard, pris dans son ivresse de triomphe (Vérité est déclaré mort, il se rapproche du trône), il fait preuve de vulgarité pour tenter d'éloigner Kettricken et la glauque plaisanterie choque Fitz (« … fait la reine Désir dans ses plus mauvais jours, lorsque le vin et les herbes lui enflammaient le caractère »).
Il faut dire que Désir avait une consommation tellement forte des drogues que cela l'a tué, malgré les efforts de Subtil pour l'aider. Royal pense que ce sont Fitz et Umbre qui ont tué sa mère, il s trompe : « la reine Désir s'était empoisonnée toute seule. La mère de Royal souffrait d'un penchant excessif pour la boisson et les plantes qui soulagent momentanément les soucis ».
Et pour ne rien arranger, elle ne parvenait pas à faire la part des choses même quand elle était enceinte, elle continuait de s'enfoncer dans son vice, trouvant même des prétextes dans sa douleur de la grossesse pour justifier ses actes (« les sages-femmes (…) lui donnaient trop d'herbes destinées à atténuer la souffrance »).

Bien qu'elle soit mariée à Subtil et donc Reine du Royaume des Six-Duchés, Désir avait beaucoup d'ambition et des envies presque séditieuses. Comme beaucoup de gens de l'Intérieur, elle a un fort mépris pour les gens des côtés et des mers, à un point où il lui arrive de remettre en cause son mariage et de regretter de ne pas être devenue duchesse : « elle aurait disposé d'un pouvoir suffisant pour persuader Bauge et Labour de s'unir, de la prendre pour reine et de se dégager de leur allégeance aux Six-Duchés ». Elle ne se contentait pas de tenir de tels propos en privé à son mari, non, elle le faisait publiquement et encore pire elle sema en Royal la graine de la discorde. Elle convainquit ce dernier qu'il « avait plus de sang bleu que ses deux frères et, par conséquent, davantage droit au trône ».
Subtil a pleinement conscience que sa femme sape son autorité et crée la discorde parmi les enfants Loinvoyant. Même si il sait que sa femme ne prendra pas le risque de faire sécession, il s'inquiète de l'effet que ses propos peuvent avoir sur le Prince Royal. Il lui en fait la remarque au détour d'une conversation et il lui administre en même temps une leçon politique : « oui, je pensais bien qu'elle avait semé les graines corruptrices de la trahison dans ton esprit (…) ses ambitions ont toujours excédé ses capacités. En matière de royauté, c'est une faiblesse des plus déplorables ».
Plus que tout, ce qui est terrible pour Subtil, est qu'il a réellement et profondément aimé sa femme, il l'a courtisée, il l'a désirée (Umbre nous informe que « Désir, en revanche, il l'a choisie lui-même, dans une crise de passion qui l'a consumé »).

Fitz se révèle un obstacle pour Désir et Royal. Tout le long des livres, on est témoin des manœuvres de Royal pour se débarrasser du bâtard (il tente de le tuer dans les Montagnes, il tente de l'empoisonner, il menace Molly). Et cela a commencé très tôt, en réalité dès que Fitz est apparu dans l'histoire. La ville d'Oeil-de-Lune voit se dérouler un événement en apparence anecdotique : un bâtard est remis à la famille de son père. Comme la Femme Pâle nous le dira lorsqu'elle rencontrera Fitz (« Vous n’aimiez pas Royal, je le sais, et il vous le rendait ; il sentait au fond de lui l’improbabilité de votre existence »), Royal et Désir ont tenté de persuader Subtil de ne pas faire venir Fitz à Castelcerf (« Mère et moi étions d'avis de mettre l'enfant à l'écart »).

Enfin, il faut signaler que Désir a eu un autre fils, Galen, qui a eu un rôle influent. L'existence du bâtard de Désir est un secret (Vérité à Auguste, « peu de gens savaient que Galen était le fils de la reine et le demi-frère de Royal »). Il devient le Maître d'Art du Royaume et est donc chargé de former les artiseurs. Avec son demi-frère, il complote pour discréditer Vérité, il appuie les propos de la Reine en disant que le sang de Royal vaut mieux que celui de Chevalerie et Vérité. Les artiseurs nouvellement formés ne sont pas réellement fidèles au trône. Galen a une haine réelle pour Fitz, sans doute autant qu'il a aimé Chevalerie. Galen jouera son va-tout lorsque Vérité se rendra dans les Montagnes pour épouser Kettricken. Mais, il ne connaîtra qu'échec ; Fitz et Vérité uniront leurs forces pour éradiquer la menace et canaliser (d'après eux) Royal.

dimanche 9 août 2020

L'histoire de Chevalerie

Chevalerie est le grand absent de la première série de livres de l’Assassin Royal. Le prince joue un rôle important dans les événements : car sans lui et sans sa compagne (une Montagnarde), Fitz n’aurait jamais vu le jour. Bien avant d’épouser Patience, Chevalerie a donc eu un fils qui deviendra un bâtard quand il sera reconnu par le pouvoir royal. Fils de Constance et de Désir, Chevalerie restera connu pour être l’Abdicateur.

Sa non-présence aura grandement influencé les choix de Fitz qui recherchera tout le long des romans une présence paternelle (Umbre, Burrich, Vérité) ; il apparaît également que sa renonciation affaiblit le trône qui vit une époque trouble (les Pirates Rouges).

Au début de l’aventure, Chevalerie est donc le Roi-servant, c’est-à-dire qu’il est celui qui héritera du trône de Subtil. Il est marié à Patience et comme bien souvent avec les lignées monarchiques, il faut un descendant à la Couronne. Subtil a eu trois enfants (en plus de sa fille mort-née), Chevalerie et Patience tentent également de faire des bébés. Mais sans succès. Et en plus d’être une grande peine pour Patience, c’est un sujet récurrent dans le Royaume, des couches les plus basses aux plus élevées. Même le grand-père maternel de Fitz, qui selon toutes les évidences vient des Montages, a son avis sur la question. Quand il remet Fitz aux soldats de Vérité, il balance hargneusement que “Le Prince Chevalerie (...) il n’a qu’à s’occuper de lui, bien content d’avoir réussi à faire un même quelque part”. Comme d’autres, Jason, un soldat fait porter la faute sur Patience et l’apparition de Fitz semble lui donner raison. Cela montre que Chevalerie n’est pas stérile (“c’est pas la faute du prince de la Couronne si sa dame Patience porte pas sa semence à terme”).

Chevalerie abdique et se rend à Flétribois vivre ses derniers jours. C’est là qu’il meurt, officiellement dans un accident de cheval. De son côté, Fitz suspecte la main de la Reine Désir. Avec sa mort, les derniers espoirs de Fitz de voir son père s’en vont. Ils étaient déjà très faibles comme le lui avait dit Umbre. On ne peut pas abdiquer et ensuite revenir à Castelcerf, même pour une visite familiale, cela créerait trop de remous. Umbre est clair : “même si le peuple tout entier le voulait, je doute qu’il aille à l’encontre du destin qu’il s’est forgé ou des désirs du roi”.
Son décès rappelle à tous l’existence de Chevalerie et de son bâtard, elle jette sur eux une lumière dont Fitz se serait bien passé, tout comme ceux qui sont réellement attristés par son décès. Burrich, son plus fidèle ami, parvient à passer au-delà des critiques même si “ceux qui pleuraient sincèrement Chevalerie étaient regardés comme faisant preuve de mauvais goût.”
Plus tard, on apprendra que Chevalerie continuait d’échanger via l’Art avec son père et son frère, avec Subtil et Vérité. Subtil a donc pu être témoin de sa fin. Elle est brutale, elle le marque profondément et il n’a même pas le temps de lui faire des adieux : “Chevalerie a disparu comme ça, comme un murmure qui s’éteint. Père a-t-il dit, il me semble. Père”.

Subtil tenait énormément à son fils aîné. C’est peut-être pour ça qu’il n’a pas fait mettre Fitz à mort quand le gamin a été ramené à Vérité. La chose aurait pu se régler discrètement comme le voulait Royal (“C’est toujours Chevalerie qu’il préfère malgré tout. Malgré son mariage ridicule et son excentrique de femme, malgré ce gâchis avec ce gosse”). On notera d’ailleurs que Royal n’aime pas beaucoup son demi-frère, ce mépris est la conséquence de l’éducation de sa mère, elle n’a fait que lui répéter qu’il avait un meilleur sang que les deux autres,  que le trône lui revenait. Ce n’est pas donc étonnant d’entendre des mots piquants et blessants sortir de sa bouche quand il parle de Chevalerie. A ce moment-là du récit, Fitz est le seul Loinvoyant de naissance encore présent au Château et en bonne santé (Subtil est malade, Vérité est lancé dans sa quête des Anciens, Umbre est invisible). Quand Fitz ose se mêler des affaires, la répartie de Royal est cinglante, il lui rappelle qu’il est “le misérable bâtard d’un petit prince qui n’a même pas eu le courage de devenir roi-servant”.
C’est aussi cette jalousie envers Chevalerie et Vérité qui pousse Royal  à comploter et à vouloir tuer tous ceux qui se dressent sur sa route. On en a la confirmation lors de son délire final causé par la fumée dans la Reine Solitaire : “toujours à se croire supérieurs à lui alors qu’il était de plus haute lignée qu’eux et qu’il aurait dû hériter du trône en toute légitimité”.

Chevalerie a beau être absent, la personne qu’il était est bien restée dans les mémoires. Certes, pour certains, il a fauté. Mais, un trait de caractère revient dans toutes les bouches, parfois en bien. Mais aussi de façon négative. C’est par exemple la tisseuse royale qui nous dit que Chevalerie “était si rigoureusement aristocratique qu’en sa présence chacun se sentait mesquin et débraillé”. C’est ce soldat à Oeil-de-Lune qui se rappelle avoir connu le prince et en garde visiblement un mauvais souvenir et beaucoup de rancunes (“connaître le prince, ça ne voulait pas dire l’aimer (...) les règles et les cadres, c’était bon pour nous, pendant qu’il allait faire des bâtards à droite et à gauche”).

On ne peut pas parler de Chevalerie sans évoquer Burrich et Patience. Patience est devenue sa femme. Or il ne sait pas que Patience a aimé Burrich avant. Burrich a pris sur lui et est devenu ami et maître des chevaux et des animaux. Voilà un triangle amoureux presque aussi dérangeant que celui entre Fitz, Molly et Burrich (encore lui…).

Burrich : Je savais qu’elle avait cessé de m’aimer il y a des années, quand elle a donné son coeur à Chevalerie. Ça, je pouvais l’accepter : c’était un homme digne d’elle.

En ce qui concerne le mariage entre Chevalerie et Patience, c’est Umbre qui en parle le mieux. 
Ce qu’on comprend est que Chevalerie a tenu bon face à Subtil et qu’il a insisté pour épouser Patience. Les propos d’Umbre confirment cette hypothèse : “quand il l’a prise pour épouse, il a fermé la porte sur une bonne dizaine d’alliances qu’une autre femme aurait pu lui valoir. Il n’avait pas la moindre raison valable de se marier à ce moment-là.”
Il est suggéré à plusieurs reprises que l’union n’a pas du tout arrangé le trône et qu’elle a longtemps été combattue. Les Loinvoyant sont toujours dans le calcul (en tout cas Subtil et Umbre), ils voient avant tout les choses en fonction de l’influence politique et des intérêts de la Couronne, pas en fonction de vagues concepts comme l’attirance et l’amour. Subtil fera un parallèle intéressant en refusant à Fitz de courtiser Molly. Même drogué et affaibli, il a la force de lui rappeler que “tu parles comme Vérité. Ou comme ton père. Je crois qu’ils ont tété leur obstination avec le lait de leur mère”. 

Patience n’a pas eu une vie d’épouse simple. Rejetée dans le Château, elle a vu son mari aller et revenir de missions. Et il ne pouvait ou il ne voulait pas lui dire ce qu’il faisait, sans doute pour ne pas l’inquiéter et également à cause du secret royal. Elle a été humiliée en voyant le bâtard apparaître et a dû se réfugier à l’intérieur des terres. Une de ses remarques nous la montre pleine de regrets et vivant avec une culpabilité énorme sur les épaules. Au détour d’une confidence, elle dit à Fitz que “je n’aurais jamais dû le laisser abdiquer. Il serait sûrement encore en vie à l’heure qu’il est.”

Burrich a énormément d’admiration pour Chevalerie, il faut préciser qu’il lui a permis d’échapper d’une vie qui semblait misérable et vouée à se terminer rapidement. Quand d’autres pointent du doigt son attitude rigide, lui préfère se dire que c’est ça qui le différenciait des autres et faisait de lui le meilleur homme qu’il ait connu. On peut aussi penser que c’est pour ça qu’il a été enclin à sacrifier des années de sa vie pour élever un fils qui n’était pas le sien. Il en parle donc en terme élogieux : “tu as entendu dire que Chevalerie était froid, guindé et poli à l’excès ; et bien c’est faux. Il se comportait comme il pensait que devait se comporter un homme ; mieux : comme il pensait qu’un homme devait avoir envie de se comporter.” Pour autant, Burrich est capable de reconnaître les erreurs de Chevalerie. Il ne rejette pas la faute de l’abdication de son maître sur Fitz, non il est clair (“Chevalerie s’est attiré tout seul sa disgrâce, même si ça m’arrache le coeur de le reconnaître”).

A l’admiration de Burrich peut être comparée la fidélité de Galen. Il est le Maître d’Art de la Couronne, le demi-frère caché de Royal. Il vénère Chevalerie mais ce n’est pas un respect gagné par le temps ou par des actions. Non. C’est un sentiment artificiel imposé par un jeune Chevalerie et il sera incapable d’effacer ça. Cela aura des conséquences bien plus tard quand Galen formera le fils de Chevalerie et le détestera de toutes ses forces. Il le poussera même à tenter de se suicider. Galen parle crument à Fitz. On sent dans ses propos du dépit, il ne comprend pas “qu’un homme comme ton père ait pu déchoir au point de coucher avec une créature et te donner naissance”.
Ces propos trouveront leur écho avec ceux de Virilia quelques années plus tard. Cette dernière est une jeune femme ambitieuse qui tient des propos séditieux en Béarns. Subtil envoie donc Fitz pour qu’il s’occupe d’elle. Virilia est plus réputée pour ses talents de combattante que verbaux, elle arrive quand même à employer des mots qui trahissent l’étendue de son dédain (“certains verraient un signe de la dégénérescence de la lignée des Loinvoyant  dans le fait que votre père s’est glissé impur dans le lit nuptial”).

Chevalerie a des qualités. Dans les livres, elles  sont surtout exploitées pour aborder les failles de Vérité. 
Subtil dit par exemple à Vérité qu’il n’a pas “le charme de Royal ni la prestance qui permettait à Chevalerie de convaincre tout le monde qu’il était capable”. 
Umbre en est presque à regretter que ce ne soit pas Chevalerie qui ait épousé Kettricken (“ah, si ton père était toujours en vie, mon garçon, et s’ils étaient mariés, nous aurions des souverains capables de tenir le monde dans le creux de leurs mains”). En effet, Chevalerie a prouvé à maintes reprises ses talents de diplomates (il a notamment oeuvré au rapprochement avec les Montagnes) tandis que Kettricken se révèle une reine de grande qualité.
Même Ronce, un simple artiseur, se permet d’avoir un avis. Peut-être ne répète-t-il que des mots entendus dans la bouche de Royal… Toujours est-il qu’il ose dire à Fitz que “tu as le même point faible que ton père et le Prétendant ; tu es persuadé que l’existence d’un seul de ces paysans vaut la tienne”.
Tout cela ne semble pas déranger Vérité plus que ça. Il faut dire que les deux ont un lien très fort, une relation développée lors de leurs jeunes années à parcourir les terres des Six-Duchés (“les deux princes oeuvraient main dans la main à fixer les frontières, les traités et les accords commerciaux”). Vérité aurait rêvé être le second de Chevalerie, il était destiné à ça, il l’aurait appuyé dans son règne. Il avait foi en son frère : “ sais -tu comme il est facile de suivre les ordres d’un homme en qui on a confiance, Fitz ?” 
Chevalerie apparaît alors comme un homme fiable, qui tenait fortement à ses gens. D’ailleurs, Vérité aurait bien aimé qu’il soit encore vivant lors de la quête des Anciens. Le Loinvoyant s’est lancé dans une quête chimérique qui le pousse à la limite de ses forces, il est proche d’abandonner plusieurs fois. Fitz l’aidera. Et il aurait aimé plus, il aurait aimé Chevalerie (“j’ai cru que Chevalerie était revenu pour me débarrasser de ce fardeau”).

Enfin, il faut évoquer Fitz. Il n’a pas connu son père, il ne l’a jamais vu. Quand Caudron, après un échange d’Art, lui parle de sa mère, elle ne lui parle pas de son père. Fitz dit même à Burrich qu’il est son père.
Dans la Reine Solitaire, Fitz, le Fou et les autres participants de la quête de Vérité tombent sur des dragons de pierre. L’un d’entre est la Fille-au-Dragon, une sculpture magique inachevée. Fitz voit en elle un bon réceptacle de ses peines, il s’y vide donc : “prends ma douleur de n’avoir jamais connu mon père, prends les heures écoulées à regarder son portrait quand la grand-salle était vide.” Que de la déception.