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vendredi 23 janvier 2026

[George R.R. Martin] Daenerys, un mythe ?

Daenerys est bien loin de Westeros. Réfugiée dans l’est, elle tente d’étendre son emprise alors que dans son royaume légitime, des prétendus rois se font la guerre et tentent de conquérir son Trône de Fer. Si son existence est connue de tous, si on sait que Aerys et Rhaella ont une fille qui a survécu, on sait bien peu de choses d’elle à Westeros. Et ce qu’on apprend sur elle se mélange à la rumeur. Il est donc difficile pour les gens du démêler le vrai du faux.


Armen, un mestre porté sur la boisson, discute des dragons. Dans sa longue énumération (« des dragons à Asshaï, des dragons à Quarth, des drageons à Meereen, des dragons Dothraki, des dragons libérant des esclaves… Chacune de ces versions diffère de la précédente »), on comprend qu’il est difficile de concevoir et de comprendre ce qui se passe à l’est. Les dragons étant des créatures sauvages, pas vues depuis des décennies à Westeros, il est difficile pour eux d’appréhender la chose. Mais, Armen, comme tant d’autres, ne fait pas que refuser l’existence de dragons ; il lui est impossible d’assimiler le dragon à une personne, et ici à Daenerys Targaryen.


Le pouvoir royal, lui, se moque totalement de ce qui se passe à l’Est. La régente Cersei, celle qui fait en réalité fonction de Reine, est obnubilée par Westeros et la consolidation de son pouvoir. Elle veut garder son emprise sur Tommen, éloigner la menace Margaery. Cela la conduit donc à négliger son devoir et à ne pas prendre en compte les informations données. Elle se moque totalement d’Aurane Waters quand il dit qu’une « étrange rumeur circule dans les docks depuis peu. Elle émane des mers de l’est. Ils partent de dragons… » Elle ne prête pas plus d’attention à ce que Qyburn (« d’Astapor, la révolte des esclaves a gagné Meereen, à ce qu’il paraîtrait. Des matelots débarqués d’une douzaine de navires parlent de dragons ».


Euron, lui, décide d’y croire. Il voit en Daenerys une façon d’affermir son pouvoir, pas seulement sur les îles de Fer ou le Nord mais tout le continent. Quand il évoque Daenerys, c’est presque en terme prophétique ; elle est celle qui doit lui permettre d’accomplir son destin (« lorsque la seiche épousera le dragon (…) le monde entier aura tout intérêt à faire gaffe »). Euron a entendu les rumeurs (« on dit qu’elle est la plus belle femme de l’univers. Elle a des cheveux d’argent doré, et ses yeux sont des améthystes ») et cela lui plaît.


Un autre personnage a un intérêt fort et sincère pour Daenerys : Aemon Targaryen. Le Mestre envoyé au mur et qui est en train de mourir n’est pas intéressé par Daenerys parce qu’elle est de sa famille. C’est un détail pour lui. S’il est obsédé par Daenerys, c’est parce qu’il est convaincu qu’elle est le prince qui est promis, la personne qui doit défaire la grande menace. Il a cette certitude quand il entend des dragons. Il affirme ainsi à Samwell que « les dragons ne sont ni mâles ni femelles (…) Daenerys est l’élue véritable, elle qui est née parmi le sel et la fumée. Les dragons le prouvent ».

Se sachant mourant, Aemon se lamente de ne pas pouvoir aider Daenerys qui doit « être conseillée, instruite, protégée ». Il ajoute que « les dragons doivent avoir trois têtes » et « je suis trop vieux et fragile pour être du nombre. Je devrais être avec elle afin de lui montrer la voie, mais mon corps m’a trahi ».

Aemon conseille alors à Samwell de se rendre à la Citadelle pour parler de Daenerys. Sa demande est simple : « Daenerys est notre espoir. Dis-le-leur, à la Citadelle. Fais toi écouter d’eux. Ils doivent lui envoyer un mestre ». Aemon montre donc toute sa foi en Daenerys qui doit mener le combat contre la nuit et l’hiver qui viennent.

Mais, à la Citadelle de Villevieille, Samwell est bien mal reçu. Sa demande est ignorée, on lui fait comprendre que les mestres n’ont aucun intérêt au retour des dragons. Marwyn, un mestre, le met en garde : « le monde que la Citadelle est en train de construire n’a pas plus de place pour la sorcellerie que pour la prophétie ou que pour les chandelles de verre, ni, à plus forte raison, pour les dragons ». Certains à Villevieille voient donc Daenerys comme une menace. Et il se peut que Marwyn fasse partie de ce groupe…


vendredi 30 décembre 2022

[George R.R. Martin] Le désir de Jorah Mormont

Jorah Mormont rêve de sa terre natale, de sa terre familiale. Il est prêt à tout pour ça, prêt à espionner Daenerys Targaryen et fournir des renseignements à Robert Baratheon. Mais, dans son exil forcé auprès de la jeune Targaryen, il finit par s'attacher à elle. Étant donné la différence d'âge, on pourrait croire qu'il est comme un oncle qui veille à la sécurité de sa nièce, qu'il est la figure du protecteur dévoué. Mais, Jorah n'est qu'un homme et il est habité par des désirs, des passions. Pour lui, Daenerys n'est pas uniquement l'héritière légitime des Sept-Couronnes, elle est une femme dont il a envie physiquement.

Les intentions de Jorah sont claires. Il ne cherche pas à cacher sa passion pour Daenerys. Il tente d'utiliser tous les moyens à sa disposition pour la convaincre. Par exemple, il se sert de la légende targaryenne (le dragon à trois têtes) pour tenter de se placer ; il ne cherche pas uniquement à être son seul soupirant, il se contenterait juste d'une place : « à défaut de frères, il vous est possible de prendre des époux. Et, sur ma foi, Daenerys, il n'existe au monde aucun homme qui vois sera jamais moitié fidèle que moi ». L'amour de Jorah pour Daenerys n'est pas uniquement de dévotion, Jorah est attiré physiquement par la jeune femme. Il ne rate pas une opportunité pour regarder son corps, admirer ses forces (« alors qu'on l'aidait à monter dans le palanquin ser Jorah n'avait pu s'empêcher de dévorer des yeux son sein dénudé »). Daenerys a conscience de l'intérêt de son compagnon et elle doit faire en sorte qu'il ne se trompe quant à ses réactions physiques (« il lorgnait ses seins. Elles les couvrit de ses mains, de peur que ses tétons ne la trahissent »). Car, ce que ressent Jorah n'est pas sans issue : Daenerys a parfois des impulsions physiques pour son compagnon. Elle n'est sans doute pas amoureuse de lui mais elle n'est pas non plus insensible à sa présence. C'est sans doute pourquoi Jorah s'enhardit assez pour tenter sa chance et l'embrasser (« « Oh », fut tout ce qu'elle eut le loisir de dire quand, l'étreignant de toutes ses forces, il l'embrassa à pleine bouche »).

Jorah a donc été dépassé par son désir, par ses envies, par son besoin. Daenerys oscille entre plusieurs réactions. Elle tente de remettre Jorah à sa place en employant des mots durs. Elle lui dit que « je vois honore, je vous respecte, je vous chéris – mais, je ne vous désire pas, Jorah Mormont, et je suis lasse de vos manœuvres sempiternelles pour écarter de ma personne tout autre homme du monde ». Elle tente de lui faire comprendre qu'il ne serait qu'un ami, rien de plus ; elle ne veut pas de lui comme amant et encore moins comme amoureux. Car, au-delà d'être une femme, Daenerys veut être une reine et elle veut qu'on la regarde comme une reine. Elle craint que Jorah oublie cela (« il voit en moi tantôt une enfant qu'il doit protéger, tantôt une femme avec qui il aimerait coucher, mais lui arrive-t-il jamais de me considérer vraiment comme une reine ? »)

Les sentiments, les désirs de Jorah Mormont sont-ils réellement sans issue ou non réciproques ? Il est difficile d'être catégorique lorsqu'on lit certaines pensées ou certaines actions de Daenerys. Ainsi, lorsqu'elle pense à un homme, c'est à Jorah qu'elle pense dans un premier temps (« elle essaya de s'imaginer dans les bras de ser Jorah, l'embrassant, le faisant jouir, se laissant pénétrer par lui. Cela n'allait pas. Elle ferma les yeux et l'image de Drogo se substitua à celle de Mormont »). Certes, penser à Jorah ne suffit pas à son contentement mais c'est malgré tout vers lui que ses pensées se tournent au début.

Et, la chose est encore plus explicite alors qu'elle est perdue dans un rêve : « il lui avait tant manqué. Elle voulait voir son visage ingrat, l'entourer de ses bras et se serrer contre son torse ». Les sentiments de Daenerys oscillent donc, ils ne sont pas clairement établis. La passion de Jorah n'est pas récompensée (il ne couche pas avec Daenerys, il ne l'épouse pas), mais la princesse Targaryen ne le repousse pas complètement.

vendredi 2 décembre 2022

[George R.R. Martin] Azor Ahai

Les prophéties peuvent être interprétées de différentes façons et rien ne dit qu'elles vont réellement se réaliser. Elles peuvent être tronquées ou complètes. Elles peuvent se répéter ou se baser sur des événements passés. La prophétie liée à Azor Ahai est importante car elle motive quelques uns des personnages impliqués dans des pans importants de l'histoire en cours.

Mélisandre est celle qui nous en apprend le plus sur Azor Ahai. Elle nous dit comment on pourra la reconnaître (grâce à son épée) et quelles sont ses objectifs (dissiper les ténèbres). La voix de Mélisandre est convaincue quand elle dit que « cette épée qui, nommée Illumination, sera l'épée rouge des héros, c'est Azor Ahai ressuscité qui la brandira, dissipant devant lui les ténèbres affolées ». A Jon Snow, elle en dit encore un peu plus (« Azor Ahai renaîtra dans la fumée et le sel pour réveiller des dragons de pierre »). Il n'est donc pas étonnant de voir les protagonistes rechercher des gens qui correspondent à ces critères. Et comme pour toute bonne prophétie, il y a un aspect tragique non négligeable. Cette épée, ce puissant artefact, a un passé sanglant. Si elle peut répandre la lumière, c'est parce qu'elle a déjà eu une bonne part d'ombre. Davos rapporte une légende « selon laquelle Azor Ahai avait trempé l'acier d'Illumination en plongeant dans le sein de son épouse bien-aimée ».

Dans un premier temps, Mélisandre est convaincue que Stannis Baratheon est Azor Ahai. Tout l'indique, tout le confirme ; et c'est pour ça qu'elle crée tout autour de lui une aura mystique. Elle rejoint les envies de Stannis qui est convaincu qu'il doit devenir une figure majeure de Westeros. Être une figure de légende ne peut que le conforter. Mélisandre prêche ses convictions : « quand saignera l'étoile rouge et que les ténèbres se regrouperont, Azor Ahai renaîtra parmi le sel et la fumée pour réveiller les dragons de pierre (…) Stannis Baratheon est Azor Ahai ressuscité ». On voit là une limite au fait que Stannis puisse être Azor Ahai. Qui seraient ses dragons ? On peut alors penser à d'autres candidats, et Mélisandre le pense également. Ou plutôt cette pensée lui est imposée par son dieu, R'hllor. Les idées de Mélisandre sont troublées : « je prie pour entrevoir Azor Ahai et R'hllor ne me montre que Snow ».

Le presque mestre Haldon assiste à un discours du prêtre rouge Benerro et rapporte ses propos : « sa venue accomplit une ancienne prophétie. De la fumée et du sel, elle est née, pour refaire le monde. Elle est Azor Ahai revenu... et son triomphe sur les ténèbres amènera un été qui n'aura jamais de fin ». Là encore, on note une allusion aux ténèbres, à un long et pénible hiver qui vient, d'où la nécessité d'un héros légendaire pour guider les gens. Azor Ahai est donc le prince qui fut promis. Mestre Aemon de la Garde de Nuit en est persuadé. Lui, du sang des Targaryen, pensait que la prophétie désignait Rhaegar ou son fils Aegon, deux hommes. Mais en apprenant que Daenerys a fait renaître les dragons, tout a basculé. Il est convaincu que la prophétie a été mal comprise, qu'elle peut très bien désigner une femme : « le langage nous a tous induits en erreur pendant un millier d’années. Daenerys est l’élue véritable, elle qui est née parmi le sel et la fumée. Les dragons le prouvent ». Cet exemple montre bien à quel point les prophéties et leurs indications doivent être vues comme peu fiables. Elles sont interprétées par ceux qui les rapportent et laissent place à bon nombre de possibilités.