Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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mardi 10 septembre 2024

Voyeurisme ?

L’amour physique est présent dans la saga de l’Assassin royal. Fitz étant le narrateur pendant une bonne partie des romans, c’est à travers ses yeux que nous vivons les choses. Mais, au-delà d’assister aux ébats de Fitz avec des femmes, dont Molly, le lecteur a aussi à certaines scènes cocasses, des moments plus légers, presque drôles, parfois déplaisants. Ce n’est pas la sexualité en elle-même qui produit ce genre de réactions mais le côté voyeur de la chose.


Molly est la femme que Fitz a désirée. Son statut de sang royal l’empêchait de la convoiter, de l’aborder. Si il a passé quelques temps à l’espionner, cela a fini ne par lui suffire. Fitz avait besoin de plus ; il a fini par rêver de Molly de façon intense. Or, Fitz a une particularité : il maîtrise plus ou moins bien la magie de l’Art, c’est-à-dire que certaines de ses pensées peuvent lui échapper. Cela lui arrive une fois alors qu’il est tranquillement perdu dans son songe nocturne. Un Vérité amusé et grognon de ne pas assez dormir le convoque. Il lui explique que Fitz lui impose ses pensées assez coquines (« et moi, j’ai besoin de dormir, pas de me réveiller en sursaut enfiévré par ton… admiration pour cette jeune fille »). Bien entendu, la situation dérange Fitz. Il a honte d’être surpris comme ça. Et pour ne rien arranger, Vérité le titille, le fait tourner en bourrique quand il lui laisse croire que Molly a pu surprendre ses fantasmes (« et prie pour que ta dame Jupe-Rouges n’ait pas le don de l’Art, car sinon elle n’a pas dû manquer de t’entendre pendant toutes ces nuits »). Pour Fitz, l’humiliation est totale et sa réaction ne laisse pas de place au doute : « je ne me serais pas senti plus gêné si je m’étais présenté tout nu devant la cour »).


La situation inverse produit. Quand Kettricken lance une chasse aux forgisés et réveille la fierté de son peuple, elle enflamme également le désir de Vérité. Ce dernier ne voit plus en elle une jeune femme fragile qu’il faut protéger, mais une reine, sa femme, la femme qu’il désire et celle qui doit porter son héritier. S’ensuit alors une nuit de passion à laquelle Fitz assiste bien involontairement. Tout enfiévré par son désir, Vérité abaisse sans le vouloir ses murailles. Témoin, Fitz se sent pris par du désir pour Kettricken : « j’espérais être le seul à avoir ainsi tout perçu ; alors, nul mal n’en sortirait tant que je n’en parlerais pas. Tant que je parviendrais à effacer de mon souvenir la fraîcheur des lèvres de Kettricken et la douceur de sa peau blanche ». La chose est claire : Fitz sait que son voyeurisme, bien involontaire, est mal. Il en a honte. Mais, on sent pointer aussi une autre chose : une passion de Fitz pour Kettricken. C’est quelque chose qui se répètera plusieurs fois dans le récit et qui sera accentué par Oeil-de-Nuit qui estime énormément la Montagnarde.


Bien plus tard, Fitz finira par céder aux avances d’Astérie. La ménestrelle n’a cessé de le draguer, de mettre en avant son intérêt. Alors que Vérité est prêt à éveiller son dragon pour combattre les Pirates Rouges, Astérie et Fitz s’isolent pour partager un moment intime. Mais, Fitz n’est jamais seul car Oeil-de-Nuit est avec lui, liés qu’ils sont par le Vif. Ainsi, même si la distance les sépare, une connexion émotionnelle, sensorielle les lie. On a donc un moment assez amusant quand Astérie voit le loup agir comme si il avait participé aux ébats (« le loup, en s’étirant, s’inclina profondément devant elle. La ménestrelle se retourna vers moi, les yeux écarquillés »). Astérie est donc surprise. Toutefois, sa réaction laisse songeur car la ménestrelle savait le lien entre les deux (« voilà qui éclaire d’une façon tout à lait nouveau le fait de lui gratter les oreilles »)…


La passion entre Fitz et Molly a traversé les âges. Après avoir sauvé les Six-Duchés des Pirates Rouges, après avoir sauvé Devoir des Pie puis de la Femme Pâle, Fitz a enfin pu vivre une vie de couple avec Molly, son amour d’enfance. Et ils en ont profité pour rattraper le temps perdu, passant beaucoup de temps l’un avec l’autre, de façon intime et peu importe l’endroit. Persévérance rapporte qu’il fallait « toujours frapper deux fois à leur porte (…) puis attendre un peu et frapper à nouveau ». Car leur appétit sexuel était bien connu : « on n’entre jamais sans y avoir été invités : on ne sait jamais quand ils vont se sauter dessus ». On peut supposer que quelques serviteurs sont tombés sur le couple en train de faire l’amour.


Enfin, il faut finir sur une note plus négative, plus déplaisante et qui concerne Dwalia. Même si elle est celle qui a enlevé Abeille, il est triste de la voir subir les assauts d’un capitaine d’un navire qui la prend pour un autre. Dwalia n’a pas d’autre choix que coucher avec lui si elle veut maintenir l’illusion. Abeille entend ce qui se passe sans comprendre ce qui se passe (« j’entendais des coups rythmés en provenance de la cabine, et je caressais l’espoir que c’était sa tête qui cognait contre la cloison (…) Elle poussait à présent de petits cris aigus, à peine audibles à travers le solide panneau de bois »). La description laisse peu de place au doute : Dwalia est en train de coucher avec le capitaine.

mardi 30 avril 2024

Queerisation de la magie du true name chez Robin Hobb (Laplante-Dubé, Pascale)

Laplante-Dubé, Pascale. 2020. « Penser le pouvoir politique de la fantasy. Queerisation de la magie du true name chez Robin Hobb », Postures, Dossier « De l'Index au droit d'auteur : scandales et procès littéraires », n°32, En ligne <http://revuepostures.com/fr/articles/laplante-dube-32 > 

L'auteure analyse la question du nom et du genre dans l'oeuvre de Robin Hobb, à travers les personnages du Fou et de Fitz. Notons que ces deux noms se réfèrent au fonction à la cour de Subtil : le Fou est un bouffon et Fitz est un terme évoquant la bâtardise. 


J'ai abordé ces thématiques dans quelques billets :











mercredi 17 avril 2024

Le Fou, homme, femme ou peu importe ?

Dans l’assassin royal, l’aventure se déroule à travers les yeux de Fitz. Il est le principal narrateur, il est celui qui délivre un bon nombre d’informations, celui qui permet au lecteur d’observer ce qui se passe. Fitz n’est pas neutre, ni objectif, il a des émotions, des sentiments, des préjugés, des attentes. Il faut aussi noter que des informations historiques, des détails de biographie, des compte-rendus de missions d’Umbre et autres choses sont présents à chaque début de chapitre. C’est donc via Fitz que l’on rencontre pour la première fois le Fou. Tout nous laisse croire que le Fou est un homme, un jeune garçon même si son apparence physique rend la chose compliquée à estimer. Quand le Fou est mentionné, ce sont des pronoms masculins qui sont employés, les tenues qu’il porte sont celles des hommes. Pour autant, Fitz a des doutes. Enfant curieux, il demande au Fou s’il est un homme ou une femme. La réponse du Fou est claire et illustre bien qui il est : un individu qui aime jeter un voile de mystères autour de lui, qui a une forte envie de garder ses secrets (« on a beaucoup débattu du sexe du fou. Quand, plus jeune et plus direct que je ne le suis aujourd’hui, je l’interrogeai sur la question, il me répondit que cela ne regardait personne d’autre que lui-même »). Et c’est ce qu’il s’est employé à faire à la cour de Castelcerf, un endroit où les gens proches du pouvoir sont soumis à tout un tas de pression, d’observation et parfois de malveillance.

L’insistance à découvrir le sexe du Fou se fera plus présente lorsque Fitz et les autres partiront à la recherche de Vérité. Dans ce groupe, il y a une ménestrelle appelée Astérie qui est attirée par Fitz. Mais, elle est jalouse de la complicité entre Fitz et le Fou. Elle aimerait que le bâtard royal s’intéresse plus à elle, qu’il ait moins de moments seuls avec le Fou. Astérie analyse alors la situation et en vient alors à une conclusion simple : «  Le fou est une femme, et elle est amoureuse de vous ». De son point de vue des choses, Astérie ne peut admettre que deux personnes soient si proches sans qu’il n’y ait d’attirance physique ou amoureuse. Comme Fitz est un homme, Le Fou ne peut être qu’une femme, déguisée et habillée certes. Fitz, inquiet et vexé, s’en ouvre au Fou. Il l’aborde maladroitement, lui disant que son attitude laisse croire de fausses choses à Astérie. Le Fou lui répond alors que le sexe importe peu, que l’amour ne se définit pas par le genre tout comme toutes les autres relations : « depuis le temps que je vis parmi vous, c’est la seule chose à laquelle je n’ai jamais pu m’habituer : l’importance que vous attachez au sexe de chacun ». Elle est peut-être là d’ailleurs la raison d’une telle différence de point de vue : le Fou n’est pas des Six-Duchés, il vient d’un autre pays, d’une autre culture. De façon grivoise, le Fou questionne Fitz sur son amour pour Molly (« dis-moi, Fitz, était-ce Molly que tu aimais ou ce qu’il y avait sous ses jupes ? »). Autrement dit, est ce que le genre de la personne est un préalable au développement de sentiments amoureux ? Pour le Fou, clairement non. Cette question met Fitz au pied du mur, il ne sait trop quoi réponde, il se perd dans des explications vaseuses.

Des décennies plus tard, les deux auront une violente dispute quand Fitz surprendra une conversation entre le Fou (appelé Sire Doré) et Jek, une amie du Fou. Jek a connu le Fou quand il était Ambre (une femme) dans les Aventuriers de la Mer. Fitz surprend la conversation et est choqué par ce qu’il entend. Si le Fou est une femme, ça remet en cause toute leur histoire commune. Fitz a énormément de mal à assimiler qu’il ait pu partager tant de moments intimes avec un homme, et surtout une personne qu’il ne connaît pas. Il va même plus loin dans les paroles cruelles en disant qu’il n’envisagera jamais de coucher avec le Fou. Il ne peut simplement pas.

Dans la trilogie du Fou et de l’assassin, on se rend compte que le sexe du Fou importe peu. Ceux qui le connaissent ont appréhendé son amour des secrets, le fait qu’il n’aime pas trop en dévoiler sur lui, sa passion des déguisements et ses différentes identités. Umbre s’est servi des talents du Fou (notamment en terme de maquillage) pour perfectionner ses costumes et apparences.

Lorsqu’ils s’en vont vers Clerres, le Fou a un serviteur appelé Cendre. Or, ce dernier est aussi Braise (une femme). Cela surprend Persévérance (« Alors, c’est sa véritable identité ? C’est une fille et elle s’appelle Braise »). Cela choque le jeune homme car il trouve Braise attirante et a du mal à laisser aller ses sentiments en sachant qu’il joue aussi l’homme. La réponse de Fitz le soulage et montre aussi au lecteur tout le chemin parcouru. C’en est Fini du Fitz coincé et buté, qui ne parvient pas à dépasser la barrière du genre. Il lui dit que « son identité est son identité, parfois c’est Braise ; parfois Cendre. C’est comme être père, fils et peut-être époux : ce sont toutes des facettes d’une même personne. »

Abeille, elle, se rend compte que la question du sexe du Fou n’intéresse plus personne : « à bord, Bien-Aimé était devenu quelqu’un qui s’appelait Ambre. Pourquoi il avait tant de noms et pourquoi c’était à présent une femme, je n’en avais aucune idée. Tout le monde paraissait trouver cela normal » .

mardi 31 octobre 2023

Cendre ou Braise, la question du genre

Fitz est un assassin, il est doué du Vif et de l'Art, il est capable de reconnaître le Fou sous n'importe quelle identité et même lui peut être trompée. Quand le Fou tente de guérir des coups de couteaux reçus, il est confié aux soins d'un serviteur à Castelcerf, un adolescent appelé Cendre. Le jeune homme prend soin de lui et il devient familier de l'entourage de Fou et de Fitz. Les deux lui font suffisamment confiance pour ne plus trop prêter attention à sa présence et le Fou, aveugle à ce moment du récit, se repose beaucoup sur lui.

Déjà habitué à ce que des hommes se déguisent en femme (Umbre en dame Thym) pour passer inaperçu, Fitz est quand même surpris quand il se rend compte que Cendre est en réalité une femme : « je viens de tomber sur Cendre déguisé en servante. Je ne l'ai pas reconnu tout de suite, et ça m'a fait un choc ». Fitz pense donc que Cendre est réellement un homme : être une femme ne serait qu'un déguisement bien pratique. Le Fou, expert en déguisement et dissimulation étudie attentivement Cendre en la touchant, en parcourant son corps et sa peau. Il émet un autre avis et contredit Fitz. Cendre est bel et bien une femme, et les deux ont été trompés (« ce n'est pas Cendre déguisé en servante, mais une servante qui se fait passer pour l'apprenti d'Umbre »). Si le Fou étudie aussi attentivement Cendre, ce n'est pas pour remettre en cause son identité mais parce qu'il craint pour sa vie. Il admet assez facilement qu'on puisse changer de genre, d'identité.

En réalité, Centre a passé toute sa vie en tant que garçon. Ce n'est pas son choix, il lui a été imposé par sa mère, une prostituée qui craignait pour la survie d'une fille. Cendre affirme que « je suis née fille, mais ma mère a fait de moi un garçon quelques minutes après ma naissance ». Le choix est donc dicté par la nécessité. Il a fallu convaincre Cendre, l'éduquer comme un garçon, utiliser tout un tas d'artifices. Cela passait aussi par un prénom adapté. Cendre n'est pas nécessairement connoté masculin ou féminin, mais il est utile à la dissimulation comme l'explique la mère. L'image qu'elle emploie est très claire : « elle m'a dit alors que mon vrai nom était Braise ; la cendre recouvre la braise et dissimule son éclat, et c'est ainsi qu'elle a inventé mes noms ».

Braise a donc grandi comme un garçon. Ayant grandi dans un bordel puis au château, elle a bien pu étudier les hommes et les femmes. Elle n'a pu que voir les différences physiques et elle a dû s'adapter. C'est ce qu'elle a fait avec son apparence physique et son âge (« en tant que fille ? Treize ans. Quand je suis Cendre, je dis que j'en ai onze. Comme garçon, je suis assez maigre et dégingandé, mais comme fille, j'ai de la force »). Peu importe son genre, Braise est donc capable de s'adapter et donner le change.

Pour des gens comme Umbre ou le Fou, cela ne pose pas de problèmes. Le premier voit ça comme un outil, une façon efficace d'espionner ; le second pratique fréquemment le changement d'identité pour ne pas se plaindre. Fitz, lui, est bien moins coincé sur cette question et a fini par accepter.

Les choses sont un peu plus compliquées pour Persévérance, un adolescent proche de Cendre. Il passe beaucoup de temps avec lui sur le bateau, convaincu qu'il est un homme. Ils deviennent donc amis. Or quand Cendre devient Braise, quand le garçon devient une fille, les choses sont remises en question et Persévérance s'interroge. Il se confie à Fitz : « Cendre est devenu Braise. Et Braise est une fille (…) Est-ce que ça ne vous paraît pas bizarre ? Ça ne vous met pas mal à l'aise ? » La question est légitime pour le jeune homme, d'autant plus qu'on peut penser qu'il connaît ses premiers émois amoureux. Dans tous les cas, il se sent obligé de définir sa relation avec Cendre / Braise. Il ne va pas la confronter directement, il cherche des conseils. Il va donc voir Fitz qui lui répond que « son identité est son identité ; parfois, c'est Braise, parfois Cendre. C'est comme être père, fils et peut-être époux : ce sont tous des facettes d'une même personne ». On note au passage le changement de position de Fitz, lui qui avait tant de mal avec l'incertitude de ne pas avoir si le Fou était un homme et une femme. Il reliait ça à une question sexuelle et avait peur que ça puisse être mal interprétée. La réponse de Fitz est claire : Cendre / Braise n'a pas à avoir honte de qui elle ou il est, ce sont les autres qui doivent comprendre qu'une personne n'a jamais la même identité toute sa vie.

dimanche 2 avril 2023

Althéa Vestrit, difficile d'être une femme ?

A Terrilville, être une femme n'est pas toujours aisée. Elles peuvent être Marchandes, commerçantes, agricultrices ou exercer tout un tas de métiers. Mais, le métier de marin semble leur être interdit, pour le plus grand malheur d'Althéa Vestrit. Celle qui rêvait de mener la vivenef Vivacia se voit dépouiller de ce droit par ses parents. Puis, quand elle tente de faire ses preuves en tant que marin, on lui rappelle sans cesse son sexe. Elle est une femme donc elle n'est pas assez forte, donc elle est à la merci des autres hommes à bord.

Althéa est fière de ses capacités. Quand elle exerçait à bord du navire de son père, Ephron Vestrit, elle avait l'impression d'être à la hauteur et de participer à la bonne marche du navire. Elle se savait utile et s'était convaincue que son père lui léguerait le bateau. Tout semblait croire qu'il la formait, peu importe son sexe. Althéa pensait que son père avait vu ses qualités et ses compétences. Elle se trompait. En tout cas selon Kyle Havre. Son beau-frère lui jette en pleine face que « votre père vous a embarqué uniquement parce qu'il n'avait pas de fils ; c'est lui-même qui me l'a dit ». Autrement dit, toute la vie d'Althéa repose sur un choix par défaut. Ce sont des propos durs à entendre pour la jeune femme, d'autant plus qu'ils sont confirmés par sa mère (« je vais te parler franchement : il t'a toujours traitée comme les fils que nous avons perdus. Si tes frères avaient survécu à la peste... »). Tout peut donc laisser croire à Althéa que, si son père l'a laissée naviguer sur le bateau, c'est uniquement parce qu'il voyait en elle le garçon qu'il n'a jamais eu.

Althéa se laisse-t-elle abattre ou toucher par ce genre de propos ? Non. Elle garde une autre image de son père, du capitaine Ephron Vestrit. Il ne la voyait pas comme une fille ou comme un garçon ; il ne s'intéressait qu'à ses actions : « avec lui, c'était ce dont j'étais capable qui comptait, avec eux c'est mon apparence ou ce qu'on pense de moi ». On note également la pointe de regret d'Althéa. Elle n'a pas perdu que son père, elle a également perdu la seule personne qui la regardait en faisant fi des préjugés liés à son genre.

Dépossédée de son héritage, privée de la vivenef, rejetée par sa famille, Althéa tente de faire ses preuves. Très vite, elle comprend qu'être une femme est un inconvénient si on veut devenir mousse (« Althéa devait prouver qu'elle était aussi solide, voire plus, que les hommes aux côtés desquels elle devrait travailler, mais on ne lui laisserait même pas l'occasion, vêtue comme elle l'était »). En effet, à cette époque, à Terrilville, les femmes doivent porter des tenues élégantes, des robes peu pratiques et peu compatibles avec la vie sur un bateau. Elle n'a pas de chance : si elle était née un peu plus au nord, dans les Six-Duchés, elle aurait pu naviguer sans souci comme le lui fait remarquer Brashen. Il affirme que là-bas « on se fiche que vous soyez un homme ou une femme, du moment que vous mettez du cœur à l'ouvrage ».

Terrilville a beau être une ville riche, civilisée et où le Marchands règlent leurs problèmes de façon collégiale, il y reste quand même une certaine sauvagerie, notamment à bord d'un bateau. Une femme met sa vie en jeu en embarquant : elle peut être violée sans que cela ne dérange le capitaine ou quiconque. Il n'y a que sur les bateaux familiaux qu'elle peut espérer être en sécurité (« la plupart de celles que vous voyez sur les quais travaillent sur leurs navires familiaux, avec leur père et des frères pour les protéger »). Dès lors, Althéa pas le choix ; Brashen lui souffle la solution : « trouver un moyen de renaître sous la forme d'un garçon, de préférence qui ne porte pas le nom de Vestrit ».

Plus tard, on retrouve Althéa, sous l'identité d'Athel, alors qu'elle effectue les sales tâches à bord d'un navire chasseur. Elle y retrouve Brashen qui ne la reconnaît pas tout de suite puisqu'elle est déguisée. Il est convaincu que Athel est un homme et il fait le lien avec Althéa parce qu'Althel siffle une chanson coutumière des Vestrit. Il observe attentivement Althéa et remarque qu'elle « faisait un joli adolescent, et la timidité qu'elle affichait la rendait sans doute plus attirante que bien des hommes faits ».

Si Althéa a embarqué à bord du Moissonneur, c'est pour faire ses preuves en tant que marin et avoir une étiquette qui prouve ses compétences. Mais, pour l'avoir, elle doit dévoiler sa réelle identité et donc montrer qu'elle est une femme qui se fait passer pour un homme. La réaction du capitaine est très claire : « tu crois que j'ai envie de devenir la risée de tous les navires-abattoirs ? Qu'on sache que j'ai embarqué une femme pendant toute une saison sans même m'en rendre compte ? Tout le monde se ficherait de moi ! » Il ne fait donc pas bon être une femme. Pire, Althéa n'obtient pas sa recommandation.

Pour rentrer à Terrilville, elle embarque sur une vivenef : l'Ophélie tenue par la famille Tenira. Là encore, on ne la reconnaît pas, preuve que son déguisement est efficace (« Tenira ne l'avait pas reconnue, et il était peu probable que cela n'arrive jamais : en tant que mousse, elle avait peu de chances de croiser fréquemment le capitaine »). Naviguer à bord d'une vivenef, un navire vivant et conscient de tout ce qui se passe à bord, ne la protège pas nécessairement. Elle doit faire attention, rester sur ses gardes. On lit que « Althéa se savait à l'abri du viol à bord, même si la cour rustique d'un mari cherchant à se montrer galant pouvait s'avérer tout aussi furieuse et source de confusion ».

Bien entendu, Althéa se fait démasquée. Ophélie informe son capitaine qu'Althéa est un homme et la réaction de ce dernier est à la fois attendue et surprenante. Dans un premier temps, il pointe du doigt la tromperie et la supercherie d'Althéa (« tu peux aussi me remercier en gardant secret le fait que tu as navigué sur l'Ophélie sous l'identité d'un garçon sans que je n'en sache rien »). Encore une fois, on retrouve le fait qu'un capitaine ait du mal à supporter qu'une femme ait été à bord sans qu'il le sache. Il ne faudrait pas que cela se sache car cela risquerait de ruiner sa réputation. Puis, le capitaine Tenira se rappelle qui est Althéa, qu'elle est une Vestrit et que l’Ophélie semble l'apprécier. Il lui permet de rester à bord et de travailler en tant que marin et en tant que femme. Althéa n'a donc plus à se cacher pour faire ses preuves (« elle ignorait ce que le capitaine Tenira ou Grag avaient dit à l’équipage mais personne ne trahit la moindre surprise quand elle surgit sur le pont sans ses frusques de garçon »).

Althéa a dû quitter sa propre famille. Son comportement n'était pas accepté. Ils lui en voulaient de ne pas respecter le choix d'Ephron et de Ronica (léguer la vivenef à Keffria). Ils ne comprenaient pas son mode de vie et son attrait pour les bateaux. C'est par exemple le cas de Malta qui « n'avait pas l'intention de devenir (…) hommasse comme ce cheval échappé de Tante Althéa ».

Quand Althéa décide de rentrer chez elle, elle le fait sous le déguisement d'un homme. Encore une fois, il est efficace et trompe le monde. Une servante de la famille Vestrit, en la voyant apporter un message, dit qu'il n'y a « pas de raison qu'un homme comme toi rentre le ventre vide ».

Du côté de ses proches, on est choqué par son apparence et on partage les mêmes avis que les capitaines. Il est mal vu qu’une femme se déguise en homme, même si c'est pour un motif évident de protection. Ronica implore sa fille : « pour l'honneur de ton père, tâche que personne ne te reconnaisse, je t'en prie ». Keffria, sa propre sœur, est dans le même registre d'émotions. Elle n'a dans la bouche que des reproches (« Althéa, comment peux-tu nous faire ça ? Comment peux-tu te faire ça à toi-même ? N'as tu donc aucune fierté, aucun égard pour notre nom ? ») Althéa trouve donc bien peu de soutiens de la part de ses proches. Ils comprennent qu'elle a traversé des périodes difficiles mais ils pensent que c'est son choix et que de se déguiser en femme n'a rien arrangé. Elle aurait mieux fait de rester à Terrilville, comme une sage jeune femme et épouser un homme qui aurait permis à la famille de s’enrichir et travailler une période difficile.



dimanche 13 novembre 2022

Elliania et Devoir : le désir

Devoir a beau être l'héritier légitime des Six-Duchés, il reste un adolescent. Il peut être déroutant, il peut faire de mauvaises choix, aveuglé par l'amour et son désir. On en a eu la preuve lorsqu'il a suivi les Pie, certes en partie envoûté par la magie du Vif. Quand la narcheska (princesse) lui propose un défi, il ne peut renoncer : dans sa posture d'adolescent, ce serait un affront, ce serait un signe de faiblesse. C'est un défi pour montrer qu'il est digne, un défi pour qu'il se prouve sa propre valeur à lui-même. Elliania a bien cerné Devoir ; elle joue avec lui en manipulant son ego. Elle le fait passer pour un simple homme alors qu'il est un prince.

Dans les îles d'Outre-Mer, Devoir plonge dans une culture qui lui est inconnue et qui lui réserve bien des surprises. C'est une société matriarcale où les femmes n'hésitent pas à se battre pour asseoir leur domination. D'une certaine façon, les femmes que Devoir croise dans ce pays sont plus proches de Kettricken que les autres nobles des Six-Duchés.Lorsqu'il retrouve Elliania, elle peut pleinement affirmer qui elle est : « j'ai versé mon premier sang. Je puis faire naître la vie en moi. Je me présente devant vous, désormais femme ». Autrement dit, Elliania explique qu'elle n'est plus une petite chose fragile mais qu'elle s'est éveillée à la sexualité. En réalité, on comprend que cela reste de belles paroles, la narcheska reste timide et réservée. Lestra, une concurrente, sent bien que la résolution d'Elliania est fragile. C'est pour cela qu'elle la défie et qu'elle tente de lui ravir devoir. Lestra est catégorique, elle peut offrir bien plus de plaisir. Elliania ne peut laisser passer l'affront et les deux femmes se battent. Ce qu'il a sous les yeux perturbe, dans le bon sens, Devoir. Le spectacle, totalement inédit et inattendu, l'excite (« Devoir se tenait à l'écart, hébété ; la danse sauvage des seins nus d'Elliania au rythme de sa respiration haletante ne le laissait pas indifférent, et je le sentais aussi horrifié de sa propre réaction physique que du combat lui-même).

Sa victoire sur Lestra conforte Elliania. Elle semble également la rassurer sur sa propre valeur et lui donner de la confiance et de la force. C'est elle qui initie le premier contact physique avec intime, aux yeux de tous. Elle montre à tous que c'est elle qui mène le bal. Fitz est témoin de la scène : « pas plus qu'aucun des hommes qui assistaient à la scène, je n’eus besoin de l'Art pour percevoir l'ardeur qui imprégnait leur baiser. Elle plaqua sa bouche contre la sienne et, comme il la saisissait gauchement dans ses bras pour l'attirer, elle se laissa aller pour qu'il sente ses seins nus contre sa poitrine ». Dès lors, les vannes sont ouvertes et tout est bon pour partager des moments intimes. Mais, ils ont des responsabilités et ils ne peuvent consommer leur amour que si Devoir remplit son défi. Elliania n'aurait pas de problème à coucher avec le prince des Six-Duchés car sa culture ne le lui interdit pas. Ce n'est pas le cas de Devoir qui est empêtré dans des traditions et des coutumes. De toute façon, Devoir est surveillé par Fitz pour éviter le faux-pas (« je me faisais l'effet d'un voyeur, tapi derrière ma haie pour les espionner (…) autant que me réjouit ce moment d'intimité, je me verrais dans l'obligation d'intervenir si l'expérience menaçait de se poursuivre au-delà »).

Puis, le dragon Glasfeu est libéré des glaces et, sous les yeux ébahis des présents, il s'accouple avec Tintaglia. Elliania ne comprend pas ce qui passe, cela illustre bien sa naïveté et sa candeur. C'est l'occasion pour Devoir de s'affirmer : « je te montrerai dit-il à la jeune fille pantoise ; il l'étreignit d'un geste viril et approcha ses lèvres des siennes ». Dès lors, rien ne peut les arrêter d'avoir leur première relation sexuelle, pas même Umbre qui tente de tout faire pour protéger la virginité du jeune homme. Mais, les mots d'un vieil homme sont bien peu comparés aux avances d'une femme (« ah, ça, elle se montre en effet très satisfaite depuis quelques jours ! répondit Umbre d'un ton aigre, et j'eus dans l'idée que la vertu de Devoir n'avait pas résisté aux avances de la jeune fille »).

dimanche 19 décembre 2021

Thymara et les gardiens en route vers Kelsingra

Les Marchands ne sont pas contents. Les dragons nouvellement nés sont là et ne font rien, ils ne font que consommer des ressources déjà rares. Même Tintaglia s’est désintéressée d’eux, ces créatures mal formées et pathétiques en apparences. Car les dragons ne sont pas aussi majestueux que Tintaglia, ils se traînent au sol, il faut qu’ils soient nourris. Les Marchands profitent donc d’une opportunité et organisent une expédition vers la mythique Kelsingra. Il faut alors trouver des personnes (gardiens) pour accompagner les dragons, ils les recrutent parmi les catégories les plus rejetées de la société : des esclaves et les marqués par la malédiction du du désert des Pluies. Ils sont accompagnés de quelques chasseurs, de l’équipage d’une vivenef et de deux nobles de Terrilville (Sédric et Alise). Les différents groupes ne se connaissent pas, Thymara (une jeune femme avec des écailles et des griffes) voit là une possibilité de quitter un monde qui ne peut rien lui apporter de bon. Mais, Thymara a eu très peu de contact avec les gens de son âge, et en particulier les jeunes hommes. Elle n’a jamais envisagé la possibilité d’en marier un et donc n’a jamais cherché à les fréquenter. Elle n’a donc pas tous les codes pour cerner la dynamique d’un groupe et des comportements des gens de son âge. Dès lors, il n’est pas étonnant de la voir sans voix devant les pratiques, gamines, de certains des gardiens (« Thymara découvrit peu à peu une facette des garçons de cet âge qu’elle ne connaissait pas : ils avaient toujours une espièglerie ou une farce stupide en cours. A l’instant même, Alum aux yeux argent et Nortel le basané se roulaient par terre de rire parce que Houarkenn avait lâché un pet sonore »).

Enthousiaste, Thymara fait preuve de naïveté. C’est Graffe, un des plus âgés du groupe (vingt-cinq ans) qui la prévient et lui rappelle la réalité. Elle est sous l’effet de la découverte, de la première aventure, elle ne voit que le bon côté des choses sans anticiper les difficultés de la vie en groupe de gens qui ne savent pas qui sont les uns les autres : « c’est la lune de miel (…) tu pars avec un groupe de collègues, et au bout de trois jours, ce sont tous tes copains. Après trois jours, ça commence à devenir tendu, et, la semaine passée le groupe se décompose lentement ».

Leftrin, le capitaine de la vivenef Mataf est un bon observateur de ce qui se passe. Il accompagne le groupe donc il est avec eux tout en gardant une distance. Il repère très vite que ce ne sont que des adolescents et qu’ils vont être empêtrés dans des luttes de séduction et de domination. L’activité physique sculpte le corps des garçons et des filles et s’ajoute aux changements naturels de leurs corps ; Leftrin remarque que « le voyage n’avait pas commencé depuis longtemps mais le maniement quotidien de la pagaie augmentait leur musculature. Les filles faisaient moins de bruit et de tapage autour des changements qu’elles subissaient, mais les signes étaient néanmoins visibles chez elles aussi. Les garçons se disputaient leur attention et parfois les rivalités prenaient des formes brutales ». Il n’y a pas que la séduction qui est à l’œuvre. Les gardiens forment un groupe et il faut un leader. Graffe se sent légitime à occuper cette place, il le montre et agit pour y arriver (« Il voulait établir ses propres règles, et il avait déjà commencé. Thymara était un peu étonnée de la facilité avec laquelle il avait pris la tête de leur groupe : il lui avait suffi de se comporter comme s’il était le chef »). Un bon chef a besoin d’une compagne, Graffe s’emploie à la trouver. Il observe les filles du groupe (« c’est à cause de sa façon de nous observer, comme s’il nous jaugeait. Elle avait même constaté ce phénomène la première fois qu’il avait posé ses yeux sur Sylve ; il l’avait manifestement rejetée comme trop jeune »). Graffe se tourne alors vers Thymara et déploie tout son charme pour l’attirer. Il se dit qu’il parviendra à la séduire en lui parlant franchement de ses objectifs, de ses rêves et de ce qu’il voudrait accomplir à Kelsingra. Malheureusement pour lui, Thymara n’est pas réceptive : « en moins de deux jours, le léger béguin qu’elle éprouvait pour lui, alimenté par ses attentions envers elle, s’était mué en aversion profonde. Elle savait qu’il manipulait la situation, mais elle n’arrivait pas à se dépêtrer de ses ficelles ». Car, Graffe est sans cesse présent auprès d’elle. Il la presse, il l’harcèle presque avec sa conception des choses ; Graffe remet également en cause la relation entre Thymara et Tatou, montrant du doigt que Tatou n’est qu’un fils d’esclave et est donc tout en bas de la société. Cela permet d’ailleurs de voir que même dans monde si hostile, même dans ce petit groupe, les préjugés perdurent. Tout cela est d’autant plus clair lorsqu’on lit les propos de Graffe (« Tu ne pourras pas toujours perdre ton temps avec des demeurés et des étrangers ; tu ne peux pas te permettre de traîner des poids morts si tu veux accéder à ton avenir. Ce que je te dis t’agace, je le sais »). Fortement marqué par la malédiction du désert des Pluies, Graffe vit enfin sa vie au grand jour. Il a des gestes entreprenants envers Thymara, lui effleure la cuisse. Pour Thymara, c’est une expérience inconnue qui procure, en elle et sur elle, des sensations inédites (« Thymara fut dégoûtée par sa propre réaction, par la façon dont son ventre se serra et dont un frisson lui parcourut le dos. Un homme plus âgé qu’elle et séduisant venait de lui dire qu’il avait envie d’elle. Un homme, pas un garçon, un homme énergique qui tenait le rôle de chef parmi les gardiens »). Trompée par ses sens et ses envies, Thymara est ramenée à la réalité par Sylve. Cette dernière la prévient que Graffe « peut avoir l’air adorable, mais il y a de la méchanceté en lui. A l’entendre, on a l’impression qu’il veut le bien de tous par le changement, mais à d’autres moments, on voit bien sa part de malveillance . La jeune Sylve (douze ans) aura bien jugé Graffe car ce dernier tentera plus tard de voler le sang d’un dragon pour tenter de se guérir.

Le voyage vers Kelsingra est l’occasion pour Thymara de connaître ses premiers émois sexuels. Dans un premier temps, elle se contente d’observer, parfois sans comprendre ce qui se passe. Quand elle voit Graffe et Jerd coucher ensemble, elle ne saisit pas tout de suite ce qui se passe : « ils n’étaient pas en train de chasser ; ils n’avaient même pas dû chasser du tout. Il lui fallut un long moment pour comprendre ce que ses yeux lui montraient. Ils étaient nus et allongés l’un à côté de l’autre sur une couverture ». Elle continue de regarder ce qui se passe et cela l’excite quelque peu (« quand Jerd se redressa le dos arqué, et que Graffe déposa de longs baisers sur ses seins, le corps de Thymara réagit d’une façon qui la sidéra et l’embarrassa (…) Soudain, ses yeux s’agrandirent, et son regard se fixa sur Thymara derrière Gaffe. Elle poussa un cri perçant et saisit d’un geste futile ses vêtements jetés à terre »). Les deux amants voient donc Thymara les observer et la rumeur va vite se répandre dans le groupe, laissant croire à tous les hommes qu’elle est disponible.

Rejetés dans leur société, les gardiens ont parfois des objectifs différents mais se rejoignent sur l’un d’entre eux : se créer un destin, une vie. Sylve dit que « nous nous établirons là où les dragons décideront de s’installer ; ainsi, nous aurons un nouveau foyer, et de nouvelles règles ». Graffe affirme exactement la même chose (même s’il a des intentions cachées) : « pour moi, cette expédition m’offre la chance de me débarrasser de ces anciennes règles et de m’installer là où je pourrai inventer les miennes ». Certains sont plus sceptiques, pas sur la possibilité de s’affranchir de règles pesantes, mais du comportement pour y arriver. Jerd, une gardienne, pense que Graffe fait presque preuve d’un excès de candeur, qu’il rêve de son rêve au lieu de le mettre réellement en place : « j’aime bien ta façon de penser, en général, tes discours sur de nouvelles règles pour une nouvelle existence, mais parfois j’ai l’impression d’entendre un petit garçon qui joue avec ses jouets en bois et s’invente un royaume ».

Il faut préciser un fait important. Le groupe a une certaine liberté sexuelle, c’est-à-dire que les gardiens ont des aventures les uns avec les autres. Des couples se forment, d’autres se séduisent, d’autres ne font que coucher ensemble. Ils peuvent enfin ce qui leur était interdit auparavant. Mais, pour les femmes, il y a la peur de tomber enceinte et de mettre au monde, comme bien souvent dans ce monde sans pitié, un bébé mort. C’est ainsi ce que dit Thymara (« Graffe ne court aucun risque à changer les règles ; ce n’est pas lui qui va supporter les contractions en pleine jungle, sans sage-femme ; ce n’est pas lui qui devra se débrouiller avec un nourrisson incapable de survivre »). Et ce qui devait arriver arriva lorsque Jerd met au monde un enfant mort («  Sylve tendit à nouveau les bras, et aussi délicatement qu’elle le put, fit glisser l’enfant dans la gueule de la dragonne »).

Un triangle amoureux et de jalousie est constitué de Thymara, Tatou et Graffe. Graffe et Tatou ont des vues sur Thymara, mais elle n’est pas attirée par l’un et voit en l’autre uniquement un ami. Dans tous les cas, elle veut prendre son temps et être celle qui choisit. Les deux jeunes la pressent ; c’est par exemple Graffe qui vient la voir afin de la mettre au pied du mur. Il l’enjoint de s’exprimer, de divulguer à tous qui sera son compagnon : « Si tu as choisi Tatou, très bien, tu l’as choisi ; annonce ton choix à tout le monde et il n’y aura pas de problème, j’y veillerai. Ce n’est pas Tatou que j’aurais désigné pour toi, mais, même ici et maintenant où règnent de nouvelles règles, je respecte certaines de nos plus anciennes traditions ». Or, Thymara ne sait pas, elle n’a pas réellement choisi Tatou, c’est simplement leur amitié qui a évolué dans ce sens. Tout n’a pas été si simple d’ailleurs puisque Thymara se sent trahie quand Tatou a une aventure avec Jerd (« La révélation la réduisit soudain au silence : Tatou étendait ses couvertures près de celles de Jerd, s’asseyant à côté d’elle pendant les repas du soir… comment avait-elle pu rester à ce point aveugle ? La jalousie l’envahit, mais avant que sa brûlure put attendre son cœur, un sentiment glacial l’éteignit. Mais quelle idiote ! ») Malgré cela, elle se rapproche de Tatou. Les deux se séduisent, s’embrassent et Tatou voudrait bien aller plus loin (« C’est tout ? Ou bien tu m’allumais ?) Les paroles sont dures et régulièrement entendues par Thymara. Elle lui répète une nouvelle fois qu’elle n’est pas prête (« Non, Tatou ; c’est toujours non).

Enfin, il faut parler du lien entre Thymara et Kanaï. Ce dernier est un jeune homme optimiste qui partage avec Thymara le rêve de voler à dos de dragon. Ils s’entendent bien et ont donc une certaine complicité, en tout cas selon Kanaï (« à mon avis, ce serait plus amusant avec quelqu’un comme toi, Thymara ; toi au moins tu comprends la plaisanterie. Regarde-nous, on s’entend bien, et tu ne prends pas la mouche parce que j’ai le sens de l’humour »). Après différents incidents, tout le monde croit Kanaï mort, ce qui n’empêche pas Tatou d’être jaloux. Thymara est obligée de mettre les points sur les i, de lui rappeler que deux gens peuvent se fréquenter sans avoir de visées amoureuses ou sexuelles (bien que Kanaï ait des envies) : « je l’aimais beaucoup ; mais je ne me suis jamais vue amoureuse de lui, et je ne pense pas qu’il m’ait jamais considérée de cette façon non plus (…) C’était seulement un ami étrange qui voyait toujours le bon côté des choses et qui était toujours de bonne humeur ».

dimanche 10 octobre 2021

Sexe et séduction

La Femme Pâle / Elle possédait une beauté surnaturelle, aussi froide que le palais qui nous entourait (…) elle portait une robe de laine immaculée qui ne laissait rien ignorer des courbes de son corps (…) une imperceptible nuance rosée teintait les mamelons dressés de ses seins ronds, et l’absence de couleur de sa toison à l’entrejambe répondait à celle de sa chevelure

Dans le tome 12 de l’assassin royal, Fitz rencontre enfin la Femme Pâle, celle qui a envoyé les Pirates Rouges attaquer les Six-Duchés et semer la port et la peur. C’est une rencontre attendue car elle permet au lecteur de mettre enfin un visage sur la principale force qui s’oppose aux héros. La description est intéressante puisqu’elle met fortement en avant le teint de la Femme Pâle, en totale opposition avec les femmes des Six-Duchés, et donc des femmes avec qui Fitz a couché. Elle nous montre aussi une femme qui n’a pas peur de se montrer pour séduire, mais surtout pour arriver à ses fins. Enfin, elle joue également de sa ressemblance avec le Fou, sachant que Fitz a un lien particulier avec celui qui a partagé son enfance à Clerres.

Tassin / Elle avança le visage sucré et m’embrassa, la bouche ouverte. Son haleine avait un parfum sucré d’encens. J’eus soudain envie d’elle avec une violence qui me fit tourner la tête ; envie non pas de Tassin, mais d’une femme, de douceur, d’intimité.

A ce moment du récit, Fitz vient à nouveau d’échapper à la mort et erre seul sur les routes des Six-Duchés. Il vient d’intégrer une caravane qui doit lui permettre de se rapprocher de Vérité. Tassin est une jeune femme qui va d’un homme à un autre, non pas pour assouvir ses envies, mais pour ensuite faire chanter les hommes et récupérer de l’argent. Fitz représente une bonne cible, d’autant plus que l’on sait que ça fait un moment qu’il n’a pas eu de rapport intime avec une femme. Depuis que Molly l’a quitté, il n’a connu personne, repoussant les avances auparavant de Miel et Fifre. La douceur fait écho avec tout ce qu’a vécu dans ce tome (le Poison de la vengeance) jusqu’à présent : le brutal retour à la vie, la violente colère contre Burrich, la tentative de meurtre par un forgisé et ainsi de suite. On peut penser qu’il a un trop-plein de choses en lui qui ont besoin de sortir. Et là où il n’avait pas pu contrôler sa fureur envers Burrich, il a pu cette fois le faire.

Molly / la courbe d’une épaule tiède et nue, le moelleux purement féminin d’un sein, le petit hoquet surpris que l’on émet lorsque toutes les barrières tombent soudain, le parfum de sa gorge, le goût de sa peau ne sont que des fragments, et si doux soient-ils, ils n’englobent pas le tout.

L’assassin du roi nous présente par moments un Fitz poétique, pris dans des rêves. Cela arrive lorsqu’il se méprend sur la nature de ses rêves avec Oeil-de-Nuit, cela arrive surtout lorsqu’il passe la nuit avec Molly. C’est nécessairement la nuit car leur relation est secrète, réprouvée par le Roi Subtil ou Patience. Pour Fitz, Molly est un exutoire, une manière d’échapper à ses soucis quotidiens. Elle est aussi une porte vers un monde nouveau, lui qui évolue dans un univers très masculin ou où il peut nouer très peu de relations amicales.

Jinna / Et puis, alors que je gisais sur elle dans le vertige de l’assouvissement, elle d’une petite voix : « Eh bien, tu es un rapide, Tom » (…) « Tom, la première fois est rarement la meilleure. Tu m’as montré ta passion d’adolescent, voyons tes talents d’adulte ». (…) Je procédais cette fois avec une habileté qui eut tôt fait de réveiller nos sens ; Astérie m’avait enseigné plusieurs trucs et Jinna parut satisfaite de ma seconde prestation.

Jinna et Fitz (Tom) se tournent autour depuis les premiers chapitres du Prophète blanc. Ils se rencontrent grâce à Heur, le fils adopté par Fitz. Ils passent du temps ensemble dans la petite maison de Fitz et c’est à cette occasion que la sorcière des Haies fait une référence au côté animal de Fitz (en disant qu’il a des yeux de loups, la violence d’un animal sauvage). Plus tard, ils se retrouveront à Castelcerf et ils deviendront amant. La référence à la précocité de Fitz est importante : au-delà de la valeur de sa prestation, il y a l’allusion au fait que Fitz a le Vif et qu’elle a eu vent de certaines choses des Vifiers quand ils font l’amour. Elle fera alors une remarque qui blessera grandement Fitz et ressortira des mois plus tard : Fitz, gravement blessé, finit par revoir Jinna et elle lui dit que ses émotions violentes sont nécessairement le loup qui est en lui qui ressort. Là où Fitz n’avait été que vexé et enclin à prouver à nouveau sa valeur au lit, là il décide de couper les liens pour de bon. Enfin, Astérie occupe une grande part dans la vie sexuelle de Fitz. Elle est sans doute, à ce stade du récit, la femme avec qui il a le plus couché et qui lui a enseigné comment faire réagir un corps de femme.

Burrich / A vivre au milieu des étalons, il connaît tous leurs trucs. J’ai gardé la marque de ses dents sur ses épaules toute une semaine.

Fitz et Molly discutent des beaux hommes des écuries et même du château. Molly fait alors un compliment à Fitz en lui disant qu’il est plus le bel homme depuis Burrich. Bien entendu, Fitz le prend mal, il est choqué d’être comparé à Burrich, il ne s’est jamais intéressé à la beauté de l’homme. Pour autant, il a remarqué sa force, sa douceur avec les animaux, le fait qu’il inspire confiance à d’autres. Notons aussi que Fitz a très peu d’amis de son âge et que la cour semble très coincé au niveau des mœurs : Chevalerie a bien dû partir parce qu’il a eu une aventure avant son mariage ! Il n’est donc pas étonnant de le voir choqué quand Molly raconte cette anecdote. Il ne comprend dans un premier temps à quoi Molly fait référence. Et quand il finit par saisir, il est choqué par ce qu’elle suppose.

Elliania / Elle plaqua sa bouche contre la sienne et, comme il la saisissait gauchement dans ses bras pour l’attirer, elle se laissa aller pour qu’il sente ses seins nus contre sa poitrine

La relation entre Elliania et Devoir est forcément publique : elle est une narcheska et lui l’héritier des Six-Duchés. Tout ce qu’ils font est exposé, espionné et scruté. Le groupe de Devoir vient d’arriver dans les îles d’Outre-Mer et comprennent que la situation sera bien plus compliquée que ce que cela en a l’air. Car les gens de l’île voient d’un mauvais œil la mission de Devoir (ramener la tête du dragon Glasfeu) mais aussi remettent en cause la légitimité d’Elliania. Les cousines d’Elliania se moquent d’elle, disant qu’elle est trop plate, trop timide et que Devoir peut trouver mieux. Elliania se défend alors, physiquement ; elle se bat avec une autre prétendante et montre sa force physique et de caractère. Le passage montre aussi que ce sont deux jeunes inexpérimentés qui n’en sont qu’à leurs premiers émois amoureux.

Sire Doré / Sydel se nourrissait de l’attention de Sire Doré et s’épanouissait à sa chaleur, et, en l’espace de quelques instants, son admiration d’adolescente pour son âge, sa fortune et ses belles manières avaient laissé la place à l’intérêt et à l’attirance d’une femme pour un homme

Sydel n’avait pas grande chance de résister à Sire Doré (aussi connu comme le Fou ou Ambre). Car l’homme sait séduire par son physique ou grâce à ses mots. Il charme, il flatte, captive par les mots ou par son agilité, il porte des tenues qui détonnent dans l’atmosphère des Six-Duchés. C’est peut-être aussi la première fois que Sydel voit un homme si mystérieux, si riche et si influent. Elle n’est qu’une adolescente dans une famille quelconque sans réel pouvoir. Elle tombe donc sous le charme de Sire Doré et cela déclenchera la colère et la jalousie de son fiancé Civil. Bien plus tard, Civil demandera des comptes à Sire Doré, arguant qu’il a abusé Sydel.

Dwalia / J’entendis des coups rythmés en provenance de la cabine (…) et la cadence s’accéléra (…) elle poussait à présent des petits cris aigus.

C’est Abeille qui est témoin, sans s’en rendre compte, des relations sexuelles entre Dwalia et un capitaine de bateau. Il faut préciser que l’homme est influencé par la magie de Vindeliar qui lui fait croire que Dwalia est la plus belle femme et la plus désirable. Dwalia doit donc donner de son corps tout le long du trajet. Dwalia n’a pas eu la vie facile dans sa volonté de ramener Clerres à Abeille. Elle a été menacée de viol, humiliée physiquement et doit donc coucher.Il faut également noter qu’Abeille ne comprend pas ce qui se passe, elle est bien trop jeune pour ça et personne n’a pu lui en parler de tout façon ; Fitz lui a donné une éducation très limitée.

Malta / « Je vois que tu as été bien récompensée pour la part que tu as prise à ma délivrance, jeune reine. Une crête écarlate. Tu en tireras beaucoup de plaisir. » Malta rougit, l’air perplexe, et le dragon gloussa avec affection.

Depuis que Malta a contribué au retour de Tintaglia, les deux ont eu un lien spécial, à un point que la jeune Vestrit en a gagné un nouvel attribut physique. On peut penser que Malta en sera très contente car elle ne cesse de répéter son envie de vivres de nouvelles aventures, de ne pas être une créature froide comme Ronica et Keffria. Mais, vouloir n’est pas faire : clairement, Malta n’a pas testé sa crête. Et quand aurait-elle pu ? Elle a tout le temps été prise dans des péripéties et les rares hommes croisés ont été dégoûtants avec elle (et la compagne Keki l’a prévenue et lui a donné des conseils pour ne pas être violée). Malta est chanceuse car c’est une modification bénéfique, trop de gens souffriront de l’influence et des changements des dragons.

Fitz / « Rien n’est visible » demandai-je en tournant sur moi-même. Il m’examina, un sourire aux lèvres, puis répondit d’un ton salace : « Tout est bien visible, mais pas ce dont tu te soucies ».

La relation entre Fitz et le Fou aura toujours pâti de la frilosité de Fitz et de sa peur que d’autres se méprennent de son lien avec son ami. Ils furent nombreux à sous-entendre que les deux étaient amants, comme Astérie ou Civil. Ce qu’ils ne savent pas est qu’ils sont deux amis très proches et que bien souvent Fitz a eu des propos stupides qui ont failli tout détruire entre eux. A ce moment du récit, les deux sont connus sous l’identité de Tom Blaireau et de Sire Doré, un maître et son serviteur. Et Sire Doré en profite pour enfin habiller son ami comme il l’a toujours souhaité, notamment des tenues qui mettent en valeur ses formes. Et attirent les regards des autres femmes car Fitz est un bel homme.



lundi 18 mai 2020

L'histoire de Jinna et Tom Blaireau

Vérité et les Dragons ont sauvé les Six-Duchés des Pirates Rouges, et Fitz y a fortement contribué. Il n'a pas simplement donné une bonne partie de sa jeunesse, il a offert sa vie à Vérité et à sa quête. Il a sacrifié son amour pour Molly et la naissance de sa fille, Ortie. 

Fitz pense qu’il n’a pas d’autre choix que laisser tous ses anciens amis dans l’ignorance de sa survie : il s’en va. Il parcourt Terrilville, les Rivages Maudits et finit par retourner dans son pays natal.
Il mène alors une vie simple, avec son loup Oeil-de-Nuit, son fils adoptif Heur et ses poules, ses simples et ses travaux d’écriture.

C’est à cette vie monotone qu’on le retrouve au début du Prophète blanc. Mais les choses se bousculent : Heur a grandi et il ne peut plus se contenter d’un repas chaud et d’un lit confortable. Il lui faut un apprentissage, il est curieux et a besoin de faire des rencontres, de voir ce qui se fait ailleurs. Lors d’une de ses sorties, Heur rencontre donc Jinna et quand Fitz la verra pour la première fois, on sent tout de suite les premiers signes du désir poindre : « elle avait la silhouette pleine et séduisante d’une femme faite » ; il faut préciser que Fitz vient de se séparer d’Astérie et qu’il est à nouveau seul. Enfin, Fitz se fait appeler Tom Blaireau et c’est sous cette identité que Jinna le connaîtra.

Comme Fitz, Jinna maîtrise une magie, elle est sorcière des Haies et même si cela suscite dans un premier temps le dédain, la suite de l’histoire nous montrera (ainsi qu’à Fitz) que son talent est réel. Elle fabrique, entre autres choses, des amulettes qui influencent les comportements des gens ou favorisent, par exemple, une bonne récolte.
Elle est capable de lire la ligne des mains. Fitz est alors un vériable défi pour elle. Le lecteur sait que Fitz a eu une vie mouvementée, qu’il est mort puis revenu à la vie grâce à la magie de Vif, que Molly l’a quitté. On sait aussi que Fitz a une forte tendance à l’introspection et au doute, qu’il est toujours à la recherche de sa place dans le monde. Jinna, qui connaît très peu Fitz, arrive à la même conclusion. Après avoir observé, elle lui dit que « je n’ai jamais vu deux paumes aussi différentes chez un seul homme. Je parie que vous vous demandez parfois si vous savez qui vous êtes réellement ».

Mais, cela se fait après quelques rencontres. Car Jinna n’a pas une très bonne première impression de Fitz. C’est sans doute dû à son métier mais elle cerne tout de suite le côté dangeureux de Fitz (« elle m’avait déjà repéré et elle m’observait avec l’expression que les parents réservent d’ordinaire aux inconnus qui peuvent présenter une menace »). Le passé a montré beaucoup de gens mésestimant Fitz et se fiant à son apparence peu dangereuse, Virilia en étant une bonne illustration. Jinna, elle, arrive à voir au-delà. Il faut dire aussi qu’elle assiste à un Fitz irradiant de colère après avoir fait face à Bailor le vendeur de cochons l’accusant de vol. Comme beaucoup de gens, elle a un geste de recul face à cet homme : « vous avez l’air d’une bête féroce quand vous êtes en colère, Tom (…) pourtant, lorsque vous souriez (…) vos yeux démentent ces apparences.

Ensuite, tout va s’accélérer. Le Fou revient de Terrilville et pénètre dans la vie de Fitz. Il est précédé par Umbre qui le met au courant des derniers potins royaux. Tout ça laisse à croire que des grands événements vont avoir lieu et c’est le cas. Devoir (le fils de Kettricken et Vérité, conçu lorsque Fitz a prêté son corps à son oncle) a disparu. Fitz est convoqué à Castelcerf et n’a pas d’autre choix que partir à sa recherche avec Oeil-de-Nuit, le Fou et Laurier (une envoyée de Kettricken). Ensemble, ils retrouvent Devoir mais le prix à payer est lourd, immense : Oeil-de-Nuit est mort.
Parallèlement, Heur a commencé un apprentissage et vit donc chez Jinna, dans sa maison de Bourg-de-Castelcerf.

De retour à la capitale, Fitz doit annoncer à Heur la mort du vieux loup, du loup avec qui il a passé toute son enfance. Jinna ne peut pas saisir à quel point Fitz est marqué par la mort de son compagnon du Vif. Ce n’est pas le cas de Fenouil, son chat qui n’en fait qu’à ses aises. Lui sent la peine de Fitz, il sait qu’il a été privé d’une bonne part de lui-même, ses mots sont clairs : « il est vide comme une bûche creuse quand on a mangé toute les souris ». Jinna saisit malgré tout que la nouvelle fera du mal à Heur.

Heur a mal tourné. Il faut admettre que la ville est pleine de tentations pour un jeune homme comme lui qui n’a connu que la campagne. C’est encore plus compliqué après qu’il ait fait la rencontre de Svanja, une jeune femme. Il en vient même à délaisser son apprentissage. Jinna pourrait se moquer du sort du jeune Heur, ce n’est pas le cas. Elle tente plusieurs fois d’alerter Fitz de la gravité de la situation (« mets-le au pied du mur et impose lui quelques règles »), Fitz finira par admettre la réalité des conseils (« la vie en ville changeait Heur et l’entraînait dans des directions que je n’avais pas prévues »).
Jinna, comme d’autres auparavant, a remarqué la fâcheuse tendance de Fitz à tout prendre pour lui, à vouloir recueillir le malheur des autres. Quand Heur accumule les mauvais choix avec Svanja, elle lui demande « pourquoi dois tu toujours te rendre responsable de tout ce qui va mal dans le monde ? »

Bien entendu, cette question n’est pas désinterrée. Jinna veut passer du temps avec lui, des moments intimes. Et même là, Fitz se perd encore dans des lamentations (« Heur avait dû deviner que je partageais à l’occasion la couche de Jinna. Piètre exemple à donner à mon garçon »). Heureusement pour lui, tout cela s’efface bien vite lorsque Jinna se met en valeur et lui offre une belle vue de son corps et de ses formes : « Elle prit une grande inspiration (…) et je ne vis plus soudain que ses seins qui tendaient le tissu de son corsage. »
Les deux ont donc des relations intimes. Et dans un premier temps, Jinna n’est pas impressionnée, elle fait des remarques qui blessent Fitz : « eh bien tu es un rapide, Tom » et « tu devais vraiment mourir de faim dis donc ». Fitz est vexé et il doit sortir tout ce qu’il a appris avec Astérie pour contenter Jinna. Cette dernière fait alors une remarque qui illustrera bien la future raison de leur rupture (« je n’avais jamais couché avec un vifier »).

On savait à la lecture du Prophète blanc que Jinna avait un avis arrêté sur la diffusion des pratiques magiques et de leur enseignement. Elle dit à Fitz qu’ « il ne faut peut-être pas que le savoir soit disponible à tous, il faut peut-être le mériter, qu’il soit seulement transmis petit à petit d’un maître à un élève qui s’est montré digne. » On comprend, à la lecture, qu’elle n’a pas nécessairement une très bonne estime du Vif même si elle tolère cette magie. Tout va changer quand Fitz tuera des Pie, dont Laudevin leur chef. Civil, un ami de Devoir, a été menacé par les Pie et Devoir demande à Fitz de le sauver. Fitz obéit et se jette sur eux, tuant trois personnes et finissant en prison. Là, il git, il agonise, il meurt peu à peu. Kettricken et le Fou (connu sous le pseudonyme de Sire Doré) doivent user de toute leur ingéniosité pour sortir Fitz de la cellule. De retour au château, l’état de Fitz ne s’arrange pas. Umbre, accompagné de Lourd (un domestique puissant dans l’Art), de Devoir et du Fou, se lance dans une guérison d’Art. Puis, Fitz se plonge dans la convalescence où il recevra la visite de son amante (« une femme du nom de Jinna s’est présentée aussi, mais nous l’avons également refoulée »).
Jinna est une inconnue pour la famille royale, Fitz a bien fait attention à cacher sa liaison. Et puisqu’il est connu par tous en tant que Tom Blaireau, simple serviteur, cela ne déclenche pas de rumeurs. 

Elle doit donc attendre que Fitz aille mieux pour le revoir. Il finit par se présenter chez elle et l’atmosphère est pesante. Jinna n’est que questions, elle veut savoir ce qui s’est passé rue du Revers. Elle est maladroite dans un premier temps : « j’ai toujours répété que les histoires colportées sur les vifiers n’étaient pour la plupart que des mensonges ». Sa tentative de justification passe mal auprès de Fitz et rien ne s’arrange quand elle dit que « Tom, tu as tué trois hommes plus un cheval. N’est ce pas le loup en toi qui agissait ? N’était-ce pas le Vif ? » 
Fitz peut assurément supporter beaucoup de choses et de paroles mais pas qu’on insulte la mémoire de son plus vieil ami, Oeil-de-Nuit. C’est la rupture. Fitz s’en va.