Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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dimanche 4 décembre 2022

Jamaillia, la cité parfaite ?

 

Jamaillia n'est pas qu'une ville, c'est un empire, c'est un mode de vie, c'est la lumière qui éclaire des barbares. C'est en tout cas ce que pensent beaucoup, et en particulier le Gouverneur. Cet homme se voit comme une figure divine. Tout lui est dû, le respect, l'obéissance et les plaisirs. Situé au sud des Sic-Duchés, Jamaillia étend son influence et son commandement sur Terrilville, les Rivages Maudits, un bon nombre de mers et d'îles. Mais, sa poigne se fait plus lâche avec les pirates qui gagnent en importance et la situation politique à Terrilville.

Jamaillia et Terrilville ont des liens forts depuis des décennies. La dernière est une ville sous l'autorité, théoriquement, du Gouverneur. Elle ne peut exister sans Jamaillia tant elle est dépendante du commerce et de la sécurité apportée. Les habitants de Terrilville ont un fort attachement à leur ville, ils la considèrent comme un joyau unique. Au fur et à mesure des événements des Aventuriers de la Mer, on se rend compte que les velléités pour plus indépendance progressent. Pour autant, les habitants sont conscients de ce qu'est Jamaillia. On a un bon exemple avec les pensées de Keffria Vestrit. Elle remarque que « elle avait beau être née à Terrilville, Jamaillia restait la mère patrie, la source, l'orgueil des habitants de Terrilville, le siège de toute civilisation, de toute science, Jamaillia la blanche qui scintillait ». C'est un portrait très flatteur de la ville. Keffria n'oublie pas que les gens des Rivages Maudits sont des exilés de Jamaillia, des gens à qui on a donné une seconde chance pour racheter leur vie. Plus tard, quand les tensions monteront à Terrilville et que la guerre civile menacera, il y aura toujours des voix de Marchands pour rappeler le côté vital de Jamaillia, l'absurdité de rompre les liens avec : « Nous avons besoin de Jamaillia ! Que sommes-nous sans elle ? Jamaillia, c'est la poésie, l'art, la musique, c'est notre culture mère ». Jamaillia brille. Tous les gens de l'univers en ont entendu parler, même un petit garçon au fin fond de sa campagne. Dans le roman Sur les rives de l'Art, Persévérance est à Kelsingra alors que son groupe (Fitz, le Fou, Cendre, Lant) sont à la recherche d'Abeille. ; là, ils sont accueillis par les Anciens qui leur font de précieux cadeaux (« la tisane vient tout droit de Jamaillia ; c'est un présent du Gouverneur lui-même au roi et à la reine ! C'est comme boire de l'or, a dit la servante »).

Mais, chaque ville, chaque empire a sa laideur et Jamaillia n'échappe pas à la règle. Très vite, on comprend que les choses ne sont pas si belles que ça. L'esclavage est répandu et le Gouverneur corrompt la morale en se prêtant à des plaisirs dangereux ou néfastes (drogue) ou en encourageant la prostitution. Lorsque Malta s'habille à la façon de Jamaillia, elle porte une tenue qui ne lui va pas du tout et met en avant les pires travers de la ville. C'est une Ronica bien énervée qui lui fera une remarque déplaisante (« Nous ne sommes pas à Jamaillia, et tu n'es pas une putain »).

Hiémain Vestrit navigue, contraint et forcé, à bord de la Vivacia, la vivenef commandée par son père Kyle Havre. Ils font escale à Jamaillia : à cette occasion, Hiémain compare la ville à une autre visitée (« Cresson aussi lui avait paru belle et scintillante, alors que c'était une ville aux habitants pleins de convoitise et d'avidité »). Il comprend assez rapidement que la ville est partagée en zones, qu'il vaut mieux être proche des lieux du pouvoir : « la plus prestigieuse cité du monde, cœur et lumière de toute civilisation se décomposait par ses franges (…) Si l'eau restait croupissante dans la basse ville, la situation pouvait-elle être meilleure en haut ? »

Pour Hiémain, c'est la fin de l'innocence (déjà bien mise à mal). Il comprend que le monde n'est pas comme dans les bouquins lus lors de ses études au monastère. Jamaillia a beau avoir une excellente réputation, cela n'empêche pas les inégalités, la pauvreté, la saleté et autres. La réalité le frappe en pleine face : « il n'aurait jamais pensé que Jamaillia pût renfermer des taudis, encore moins qu'ils formassent une si grande partie de la capitale ». Le capitaine Banrop remarque la même chose à propos de la ville, il écrit que c'est « Jamaillia la corrompue aux nombreux ports bruyants ».

Si au moment où se déroule l'histoire les choses vont mal, c'est en grande partie à cause du Gouverneur. Ronica remarque que c'est un homme égoïste, uniquement tourné vers sa propre personne et qui n'a aucune volonté de gérer, « il a dilapidé le Trésor de Jamaillia en plaisirs dispendieux et il cherche à se procurer de l'argent pour ses distractions en concédant des terrains ». Le Gouverneur Cosgo a une haute estime de lui-même. Il ne pense qu'à lui et tout le monde doit le servir. Quand Sérille lui résiste, il l'envoie être violée par des Chalcédiens. C'est un homme cruel qui règne parce que son père régnait avant lui. Il est convaincu que rien ne peut tenir sans lui (« si je meurs, Jamaillia va sombrer dans le chaos. Le Trône de Perle n'a jamais été vacant durant dix-sept générations »). Il est persuadé que Jamaillia est vital pour le monde, que sans elle Terrilville est voué à la disparition. Entouré de gens qui ne font que le conforter dans ses idées, il sous-estime la volonté de Terrilville : « Rompre avec Jamaillia ? Sans Jamaillia, ils ne sont rien. Terrilville est une ville marchande arriérée, une colonie frontière sans avenir, à part le commerce avec ma cité ». Mais, le monde change : au nord, les Six-Duchés et les Montagnes se rapprochent ; sur les mers tenues par Jamaillia, la menace pirate s'organise et un Roi (Kennit) est choisi.

vendredi 10 juin 2022

Le Gouverneur ou la menace des abus sexuels et du viol

Il n’est pas souvent cité comme un des principaux antagonistes, mais malgré tout le Gouverneur Cosgo se révèle comme particulièrement cruel, injuste. Gâté durant son enfance, il est devenu un adulte à qui on ne peut ou n’ose dire non. L’esprit embrumé par les plaisirs de la chair, de la nourriture ou des plantes, il exerce une réelle emprise sur ses Compagnes. Celles qui devaient le conseiller sont devenues des objets de plaisirs, des femmes là pour satisfaire tous ses besoins. Enhardi, le Gouverneur se croit tout permis, même à menacer des femmes, tenter d’en profiter ou les faire abuser par d’autres.

En route vers Terrilville afin de négocier avec les Marchands leur degré d’autonomie, le Gouverneur et ses compagnes voguent sur un navire dirigé par un chalcédien. En Chalcède, la femme ne vaut pas grand-chose, elle n’a pas son mot à dire. Le Gouverneur le sait et il tente d’user de ça pour mettre Sérille à sa place ; en effet, la Compagne refuse de coucher avec lui et cela vexe le Gouverneur. Il utilise son rang et son autorité pour tenter de la soumettre mais rien n’y fait. Il décide alors de la menacer (« je pourrais te guérir de ta peur. Je pourrais te livrer aux matelots. Y as-tu jamais songé ? Le capitaine est chalcédien. Il trouverait tout naturel que je rejette une femme qui m’a déplu »). Vexé, le Gouverneur place Sérille face à un dilemme ignoble. Sérille persiste, elle ne veut pas coucher avec le Gouverneur. Ce dernier la donne donc au capitaine, bien conscient qu’elle sera violée : «  préviens-le qu’elle a mauvais caractère et qu’elle n’est pas consentante »).

Sérille est alors violée. Lorsque Cosgo réclame sa présence, elle est affectée par ce qui lui est arrivée. Le gouverneur ne montre aucune compassion, aucun regret d’avoir livré une femme proche de lui à d’ignobles abus. Il fait comme si ce n’était pas grave, comme si rien ne s’était passé. Il est presque à dire que c’est normal (« tu marches et tu parles, et tu es toujours aussi méchante avec moi. Vous, les femmes, vous en faites des histoires. Après tout, c’est la nature. Tu as été faite pour cela mais tu me l’as refusé ! ») Il va plus loin dans l’ignominie en affirmant à Sérille qu’elle devrait être reconnaissante de ce qui lui est arrivé. Il montre alors à quel point son caractère est vil, qu’il n’a aucune idée de la réalité des choses : « le viol n’est qu’une illusion créée par les femmes pour faire croire que l’homme leur vole ce qu’elles ont en quantité inépuisable. Le mal n’est pas irrémédiable ».

Lors de son court séjour à Terrilville, un bal est donné en l’honneur de Cosgo. Il y fait la connaissance de Malta Vestrit, une toute jeune adolescente qui découvre un monde tout à fait nouveau. Cosgo a conscience qu’il impressionne Malta, qu’elle est émerveillée. Il a clairement l’ascendance sur Malta et il en profite. D’autant plus qu’elle ne peut rien lui refuser ou qu’elle ne peut le froisser car elle a besoin de l’aide du gouverneur pour retrouver son père (Kyle Havre). Malta fait ses premiers pas dans le monde de la séduction, elle est loin de maîtriser les codes, les limites, et Cosgo en profite. Il la pelote discrètement et cela met Malta mal à l’aise : « soudain, il l’attira tout contre lui, les seins de malta frôlaient sa poitrine. Le souffle coupé, elle recula et manqua un pas ». Cela ne s’arrête pas là : il sait que Malta a besoin de lui alors il tente de pousser son avantage. Il tente d’arranger un rendez-vous avec la jeune avec le but clair de profiter de sa naïveté. C’est très clair lorsqu’il lui dit que « peut-être devrions-nous parler un peu plus tard du sauvetage de votre père. Peut-être pourriez-vous mieux me faire comprendre l’importance que vous y accordez ».

Après différents événements, notamment une nuit d’émeutes à Terrilville et la libération du dragon Tintaglia, Cosgo, Malta et la compagne Keki finissent par se retrouver sur un navire chalcédien. Le Gouverneur réemploie les menaces pour contraindre Malta à le servir. En effet, la jeune Vestrit lui tient tête et il ne tolère pas ça : « si vous n’êtes pas à moi, alors vous n’appartenez à personne. Et, en Chalcède, la femme de personne est la femme de tout le monde ». Pour ajouter au cauchemar de Malta, les matelots tentent d’abuser d’elle. Un d’entre eux l’agresse, lui touche les seins, tente de glisser ses doigts sous sa robe. C’est bien entendu traumatisant pour une jeune femme comme Malta. Contre toute attente, c’est la Compagne Keki qui lui donnera de précieux conseils : elle doit simuler le fait d’avoir ses règles (les Chalcédiens ont peur du sang qui coule entre les cuisses des femmes) et il ne faut pas en parler au Gouverneur (« ne dites rien à Cosgo. Ou il vous livrerait à eux… pur s’acheter leurs faveurs. Comme Sérille »). Ces quelques paroles illustrent bien à quel point Cosgo n’a aucune repère moral, il ne pense qu’à son propre profit, qu’à sa propre situation et est prêt à sacrifier tous les autres pour améliorer son sort.

La vie sur le bateau ne leur laisse pas beaucoup d’espace. Malta est au service du Gouverneur, elle doit le nourrir, le laver avec de bien maigres moyens ; le Gouverneur, lui, est un poids qui se laisse porter. Il geint, il se plaint et attend. Surtout, il profite de chaque opportunité pour tenter de toucher Manta, sentir ses formes et pourquoi pas plus (« il était flagrant que Cosgo appréciait fort son contact, plaquant son corps au sien quand elle s’asseyait au bord du lit (…) il lui avait pris le poignet pour l’attirer vers un endroit précis qu’elle se refusait à toucher »). Frustré, il insulte Malta (« mais qu’attendre d’autre de la part d’une fille de Marchand ? Votre vie c’est acheter et vendre. Sans doute que votre grand-mère et votre mère ont vu votre brève beauté comme un objet de troc ; Le Marchand Restart, lui, ça fait aucun doute »). Autrement dit, il la réduit à son corps, elle n’est qu’un potentiel objet de plaisir et sans doute devrait-elle s’y résoudre.