Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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dimanche 5 mars 2023

Chasses, Vif et forgisés

L'assassin royal repose en grande partie sur le développement de la relation entre Fitz, un homme et Oeil-de-Nuit, un loup. Oeil-de-Nuit est recueilli par Fitz alors qu'il est encore petit. Il doit donc l'éduquer en prenant en compte plusieurs paramètres : Fitz a le Vif et peut donc communiquer et partager avec lui, le Vif est mal vu et est considéré comme une magie perverse, Fitz a des obligations qui l'éloignent parfois de son compagnon. Malgré tout, le lien se construit et s’épaissit. Et si Fitz joue son rôle d'instructeur, le loup lui enseigne parfois certaines choses, notamment avec ce qu'il appelle l'esprit de meute, ce que les humains appelleraient une solidarité, une entraide au sein d'un groupe. Dès lors, la chasse est une activité vitale car elle permet de nourrir les membres d'une meute. C'est en tout cas ce que dit le loup à Fitz (« la viande, la chasse, la défense du territoire, et les femelles... tout ça, ça fait partie de la meute. Quand elle aura des petits, est ce que je ne chasserai pas pour les nourrir »). Il pense que la chasse ne peut être une activité solitaire. Elle permet à un groupe de se maintenir en fournissant la nourriture nécessaire au développement de tous, et en particulier des plus jeunes (« c'était le principe de la meute : l'adulte, moi, fournissait la viande pour nourrir Loupiot, le petit. J'étais le chasseur qui rapportait une partie de sa chasse »). Bien chasser est alors un critère d'appréciation important pour Oeil-de-Nuit. C'est sans doute pour ça qu'il estime grandement Kettricken. Il a pu l'observer à plusieurs reprises : il a remarqué sa dextérité, sa précision, son efficacité ; il affirme qu' « elle chasse bien, d'un croc aigu, et elle tue proprement ». Si Oeil-de-Nuit apprécie tant la chasse, c'est parce qu'elle est pour lui une question de survie. Il ne peut pas stocker de nourriture comme les humains, il ne peut pas en acheter ou en faire venir d'autres pays. Lorsque Fitz se retrouve dans le corps du loup, il a un aperçu de la chose : « la vie révèle une pureté que l'on découvre quand on fait que manger chasser, manger et dormir (…) nous n'avions pas envie de chevreuil quand se présentait un lapin et nous ne chassions pas les corbeaux qui venaient picorer nos reliefs ».

Chasser pour manger, chasser parce qu'on partage un lien de Vif. C'est en tout cas ce que pense Fitz. Avant que les gens doués du Vif ne soient traqués et tués, ils semblaient être bien plus présents et aptes à profiter des effets positifs de leur magie : « pour ma part, je la soupçonne d'avoir été autrefois la magie naturelle des chasseurs, par opposition aux paysans, la magie de ceux qui se sentaient une affinité avec les animaux des bois ». Mais, les choses ont changé, surtout après l'épisode du Prince pie. Les gens du Vif ont été traqués, chassés sans aucune merci. Burrich rapporte que « c'est pour ça que (…) ce n'était pas un crime de les chasser et de les brûler ». D'ailleurs, les tomes suivants, notamment ceux couvrant les règnes de Royal et Kettricken, montreront toutes les cruautés vécues par les gens du Vif. On appellera cette magie la magie des bêtes et ils seront chassés, découpés, démembrés.

La chasse peut également revêtir un aspect traditionnel. On en a l’exemple avec celle qui se tient lors de la Fête de l'Hiver (« à mi-fête, se tient une chasse ; on répand du sang frais pour maquer le tournant de l'année »).

La chasse est également un loisir, un passe-temps pour certains. C'est le cas des membres de la famille royale. En ce qui concerne Vérité, cela semble être la seule activité extérieure qu'il affectionne (« depuis toujours, son plus grand plaisir, c'est la chasse. Il a un chien de loup, Léon, pour qui il a plus d'affection que certains n'en ont pour leur fils »). Ce n'est pas une activité sans risque et nombreux sont ceux à en subir les frais. Burrich est grandement touché par un accident de chasse en voulant protéger Chevalerie d'un sanglier (« une fois que que sa jambe eut guéri, il comprit que plus jamais il ne monterait à cheval ») et Fitz manque de peu de se faire malmener par un glouton (« si j'ai bonne mémoire, il a bien failli t'avoir, toi aussi »).

Enfin, une autre forme de chasse a lieu : la chasse aux forgisés. Les Six-Duchés sont touchés par un mal qui les ronge de l'intérieur lors de la guerre contre les Pirates Rouges. Des habitants sont privés de tous sentiments, toutes émotions et commettent les pires atrocités, sur les routes, dans les villages. Il convient alors de se débarrasser de cette infection. C'est d'autant plus nécessaire que la reine-servante Kettricken a été attaquée par une horde de forgisés. Au lieu de se terrer ou de se cacher, elle prend les choses en main et organise donc cette chasse aux forgisés. Pour les gens de la cour, cela doit être un événement festif. On se pare de ses plus beaux atours, on sort les belles couleurs... bref c'est une chasse comme une autre. Kettricken voit les choses différemment : il n'y aura aucune gloire, ce sera même une honte de tuer des forgisés. Elle retire tout le caractère social de cette activité (« les chasseurs ôtèrent plumes et rubans, insignes et joyaux de leurs vêtements et les remirent à des pages. L'humeur joyeuse et faraude s'était évaporée. La reine avait anéanti cette protection , forcé chacun à voir en face qu'il allait perpétrer »). Cette chasse n'a pas pour but de se nourrir. Elle est juste une élimination systématique d'un mal qui dérange. Fitz peut concevoir sa nécessité avec sa logique humaine, pas Oeil-de-Nuit : « alors que je regardais les cadavres émaciés que je venais de tuer, j'entendis : ce n'est pas de la chasse, ça. La meute ne fait pas ça ».

dimanche 28 novembre 2021

Le viol dans le Royaume des Anciens

Le viol d'Althéa Vestrit : https://duchessix.blogspot.com/2020/06/le-viol-dalthea-vestrit.html

Société dirigée par un Roi et des nobles, les Six-Duchés sont un pays relativement sûr. Les criminels peuvent être envoyés en prison, subir la justice du Roi ou dans les cas nécessitant la discrétion être punis par l’assassin du Roi (Umbre au début, Fitz ensuite). Mais, tout change dans le Royaume quand les Pirates rouges font irruption : c’est la guerre. La guerre avec son lot de crimes impunis. Des gens sont tués, blessés, violés, des maisons sont détruites ou incendiées, des villages rasés.

Opposés aux Pirates Rouges, les habitants des Six-Duchés subissent leurs attaques. Les Pirates sont insaisissables : ils attaquent dans des endroits non protégés et à des moments non attendus et ils ne semblent pas vouloir annexer le pays. Dans un premier temps, ils tuent et violent : « Les Pirates ne pillaient presque pas ; certes ils pouvaient s’emparer d’une poignée de pièces d’argent si elles leur tombaient sous la main ou d’un collier pris sur une femme qu’ils venaient de violer puis de tuer ». Composés essentiellement d’hommes, les équipages des Pirates Rouges font la détresse des femmes qu’ils abusent. Astérie nous offre un témoignage poignant, elle nous montre aussi à quel point ça l’a changée. Après son viol, elle a voulu mourir et quand elle a compris qu’elle allait survivre, elle a compris qu’elle avait perdu un morceau d’elle-même, se demandant même si il n’aurait pas fallu être forgisée. Ce qui marque réellement Astérie est l’attitude des Pirates qui ne semblent pas plus que ça prendre de satisfaction à la violer : ils l’ont violée car ils en ont eu l’opportunité. Ainsi, elle dit qu’« alors que les Pirates me violaient, ils ne paraissent en tirer aucun plaisir – du moins pas le genre de plaisir que… Ils se moquaient de ma souffrance et de mes efforts pour leur échapper : ceux qui regardaient riaient en attendant leur tour ». On comprend aussi qu’Astérie a été violée par plusieurs Pirates, que son corps a été exposé à la vue de tous. Elle s’est donc sentie salie et humiliée, réduite à pas grand-chose. Ayant des relations sexuelles contre leur volonté, les femmes des Six-Duchés craignent une sorte de double peine : tomber enceinte. Dans un pays en guerre, où on lutte chaque jour pour sa survie, très peu ont eu le temps de prendre des potions leur évitant la grossesse. Et, malheureusement, ça reste une question assez taboue : « on évoquait rarement les viols commis lors des attaques des Pirates Rouges, les grossesses qui s’ensuivaient parfois, enfin les bâtards que des femmes des Six-Duchés mettaient au monde ». Quand on en parle, c’est sous le coup de l’insulte, pour rabaisser la personne. Par exemple, dans le Prophète Blanc, Heur veut apprendre à Fitz ce qu’il a appris sur Astérie, la ménestrelle ne mâche pas ses mots : « quand je lui ai dit que je devais tout te révéler sur elle, Astérie a répondu que j’avais un cœur de forgisé comme mon violeur de père ».

Il n’y a pas que les Pirates Rouges qui violent. C’est aussi le cas des forgisés, ces victimes de la guerre privés de leurs émotions et renvoyés dans leurs foyers. Ils se comportent comme des poids morts, semant la terreur et la peur auprès de leurs proches (« qu’est ce qui était le plus affreux : recueillir son propre frère en sachant désormais que le vol, le meurtre et le viol étaient parfaitement acceptables pour lui du moment qu’il obtenait ce qu’il voulait »). Les forgisés propagent la peur, ils errent sur les routes et attaquent les voyageurs. Fitz l’a vu de ses propres lorsqu’il a accompagné Miel, Josh et Fifre (Le Poison de la vengeance) ; le groupe a été attaqué et les femmes ont craint pour leurs vies : « vous avez fui, vous les avez laissés casser le bras de Fifre, assommer mon père et essayer de me violer ! »

La guerre change le comportement des gens, elle permet à des gens d’assouvir des désirs néfastes et destructeurs, elle leur permet de faire du mal. Les soldats ne deviennent pas seulement des mercenaires en défendant ceux qui paient, ils deviennent des violeurs. A Oeil-de-Lune (La voie magique), on apprend que des « soldats des Six-Duchés avaient violé leurs captives, se comportant comme des brigands sans foi ni loi et non comme des gardes royaux ». Sans doute ne font ils qu’imiter que le comportement du Roi Royal qui estime qu’il peut prendre ce qu’il veut quand il veut.

La pauvre Astérie a également été à nouveau violée à Oeil-de-Lune. Sa réaction, lorsqu’elle parle à Fitz, montre bien que les femmes doivent vivre avec un poids, un sentiment de culpabilité. Elles sont des victimes certes, mais personne ne leur offre de la compassion en ces temps de guerre. Astérie a même de la crainte à se confier à Fitz, un homme qu’elle connaît pourtant bien et avec qui elle a traversé un bon nombre d’épreuves. Elle lui souffle que « j’ai cru que vous n’y attachiez pas d’importance. J’ai entendu des gens en Bauge affirmer que le viol ne gêne que les vierges et les femmes mariées ; je pensais que, de votre point de vue, une traînée comme moi n’avait eu que ce qu’elle méritait ». Heureusement, tous ne semblent pas avoir cette passivité face au viol. Fitz offre son amitié, son écoute et son réconfort à Astérie. Mijote, la cuisinière du château de Castelcerf, montre que parfois seule la vengeance offre une forme de réponse : « quand la fille de Sal Limande s’est fait violer, elle a découpé cette charogne avec son couteau à poisson, tchac, tchac, tchac, en plein milieu du marché ».

Enfin, Dame Brésinga nous montre à quel point l’abus sexuel et le viol peuvent détruire une femme. A force de subir les assauts d’hommes mal intentionnés, la femme a décidé de se suicider (« les Pie sont vite devenus gourmands : ils se sont d’abord approprié sa demeure, puis sa cave à vin, puis sa fortune (…) pour finir, certains ont profité de la maîtresse des lieux elle-même, et elle ne l’a pas supporté »). La peine, la douleur et la honte étaient devenues trop fortes pour cette femme. C’est sans doute ce qui aurait pu arriver à Althéa si Parangon n’avait pas pris toutes ces émotions après son viol par Kennit : « elle n’était pas obligée de s’accrocher à sa souffrance. Elle pouvait la lâcher. Le souvenir était toujours là. Il n’avait pas disparu mais il avait changé. C’était un souvenir, une chose du passé. Cette plaie se refermerait et cicatriserait ». Kennit violeur, Kennit violé par Igrot : il est la preuve que la victime peut se transformer en bourreau et que le viol peut aussi toucher les hommes. De nombreux témoignages montrent ce qu’il a vécu du temps d’Igrot. Grâce (ou à cause) de Parangon, Fitz aura un aperçu de l'effroi du viol (« j’entendis un autre homme s’esclaffer pendant que mon agresseur se pressait contre mon dos. Son avant-bras en travers de ma trachée me privait d’air et des étincelles s’agitaient devant mon regard qui s’éteignait ; c’est alors que je sentis avec horreur ce qu’il me réservait » et « je haletai, encore habité par la peur et l’indignation qu’un garçon avait ressenties. Je me redressai en titubant, furieux, choqué et plein d’une peur noire que je ne pouvais pas vaincre. Plus jamais ça ! »)


lundi 29 juin 2020

L'assassin du Roi, chapitre 8, La Reine s'éveille


  • Le chapitre s’ouvre sur un chant qui rend hommage à Kettricken. C’est la Reine Renarde, elle est désintéressée, elle ne pense qu’au bien-être de ses gens.
  • Jusque là, Kettricken a été une personne discrète, ce qui est compréhensible. Elle arrive dans un château inconnu, dans un pays différent du sien. Elle subit les événements, on la donne à Vérité (un homme bien plus vieux qu’elle). A la fin du chapitre précédent, elle a été attaquée par des forgisés et elle a dû se défendre seule avant l’arrivée de Fitz.
  • Tout le château est prêt à la venger, c’est un beau moment de communion. En s’en prenant à Kettricken, ils s’en sont pris à tout le monde.
  • Vérité, dans un premier temps, ne saisit pas le moment, il est spectateur. Il ne voit aucune bonne solution, aucune bonne chose à tirer de ça donc il ne fait rien. Cela joue sur ses nerfs, il est piquant, il a malgré tout conscience que c’est une épreuve pour le trône.
  • Sa réaction quand Kettricken est venue le voir la nuit précédente montre bien qu’il ne comprend pas encore sa femme. Il pensait qu’elle était là pour du réconfort, pour sécher des larmes. Or, le lecteur sait depuis la fin de l’apprenti assassin que Kettricken est une femme d’action. 
  • On a un nouvel aperçu de l’homme qu’était Chevalerie. Vérité se rabaisse en se comparant à lui, c’est quelque chose d’assez marquant dans cette trilogie : Vérité se voyait en second.
  • Royal comme Vérité ne comprend pas ce qui se passe. Pour le moment, deux des trois Loinvoyant que nous avons vus sont dépassés. Et il n’y a pas grand chose à attendre du vieux Subtil.
  • Kettricken prononce un discours court mais fort. Elle place les gens des Six-Duchés devant leurs responsabilités et tente de leur faire comprendre que ce qu’ils vont faire n’a rien de glorieux. Ils vont tuer leur compatriotes. C’est courageux de sa part de souligner ça. Kettricken a pris les choses en main, c’est elle le pouvoir.
  • Elle a dit “mon peuple”. Les Six-Duchés sont sa maison !!
  • L’altercation entre Vérité et Royal est pathétique étant donné le contexte, elle souligne juste que les deux sont pris dans leur lutte. Malgré tout, Vérité commence à être à la hauteur de ce qui est attendu de lui. Il protège sa femme. Royal, lui, ne voit que la perte d’influence. Ils en viennent à des insultes et un coup. Royal se cache derrière Subtil, lui disant qu’il va lui rapporter ce qui se passe, cela fait très enfant gâté.
  • Tout le monde est agité (ceux qui ne vont pas traquer les forgisés préparent la suite au château) sauf les Loinvoyant (Royal, Vérité, Subtil). Le peuple a pris les choses en main, le trône n’est pas à la hauteur.
  • Kettricken fait preuve de simplicité. Son éducation dans les Montagnes joue sans doute. Elle sait que les morts méritent du respect et ne doivent pas être exploités pour une cause politique. On pourrait presque penser qu’elle est naïve. Cependant, sa droiture ajoute sans doute à son charme.
  • Kerry est mort. Cela nous replonge dans l’enfance de Fitz, ses très et trop rares moments où il a pu être un petit garçon heureux.
  • Vérité finit par être à la hauteur quand il liste les forgisés délivrés (tués donc). Mais c’est Kettricken qui a le dernier mot, c’est son moment, rien ne l’éclipse
  • Subtil est là sans être là
  • Umbre est enthousiaste. Cela contraste grandement avec ce qui se passe. Lui est clairement dans une logique politique et de guerre. Il évoque Chevalerie. A nouveau, on se demande comment aurait tourné les choses si il avait décidé de rester au château : quelle éducation aurait-eu Fitz ?
  • Umbre aime clairement son pays, il le connaît de long en large. Il y a peut-être un espoir de sauver les Six-Duchés. Ses propos (Chevalerie et Kettricken ensemble) sont un peu choquants, ils diminuent Vérité
  • Rôdeur, sa belette, est empoisonnée. C’est une piqûre de rappel. Le danger ne vient pas que des Pirates Rouges, il est aussi interne. Royal est toujours là, à vouloir le pouvoir, et quoiqu’en dise Umbre. Le vieil assassin refuse d’accuser le prince, il fait preuve d’aveuglement (ce n’est pas la première ou la dernière fois).
  • Enfin !!! Même si Fitz n’est pas doué pour exprimer ses sentiments, il se lance. Il dit maladroitement à Molly ce qu’il ressent. Il l’aime. Et Loupiot fait écho à ses sentiments.


jeudi 7 mai 2020

Merci Kerry

Fitz n'a pas eu une enfance simple ou calme. Abandonnée par sa mère, il ne se souvient même pas des années qu'il a passées avec sa famille maternelle. Recueilli par les Loinvoyant, il est très vite formé à l'art de l'espionnage et de l'assassinat. Pour en faire un outil affûté, Umbre ne cesse de lui répéter qu'il ne peut que consacrer tout son temps et toute son énergie au trône royal. Même Burrich, cet homme qui a tant souffert des actes des Loinvoyant, participe à faire de Fitz un adolescent isolé. Quand Fitz trouve un échappatoire avec le Vif, le maître d'écuries en parle négativement : c'est la magie des bêtes, c'est indigne d'un homme, c'est une souillure. Mais Fitz fait rarement ce qu'on lui et plus tard cela lui créera d'immenses douleurs. Ainsi dans les premiers chapitres de la saga, le bourg de Castelcerf deviendra son lieu d'évasion.

Là où ne le connaît pas (sa réelle identité en tout cas), il peut enfin être un enfant, un adolescent : il joue, il rencontre des gens de son âge, il goûte à la bière, il croise la première fille qui l'attire. Je crois que ces premiers instants ont été vitaux pour lui et ont contribué à sa survie, morale et mentale en tout cas. Sans cela, qu'aurait été sa vie, à part celle d'un apprenti assassin ? Des journées à s'exercer, à contempler les quatre murs sinistres de sa chambre et à être réveillé en pleine nuit par un vieillard excentrique (Umbre). On peut donc dire merci à Molly, Fouinot... et n'oublions pas Kerry, Kerry qui finira forgisé. C'est Kerry qui fera rire Fitz, partagera sa première beuverie. C'est Kerry et la bande d'amis qui passeront des heures à parcourir les rues de la ville (avant que Burrich ne vienne tout gâcher).

Dans une époque trouble pour les Six-Duchés, les destin de Kerry était tout tracé : il avait beau avoir trouvé un apprentissage pour se sortir de sa misère, il y avait de fortes chances qu'il soit rattrapé par la guerre contre les Pirates Rouges. Son sort montre aussi à quel point la lutte est inégale, presque sans issue. Ce n'est pas un combat classique entre deux camps, deux armées mais une lente infection qui se répand parmi les habitants des Six-Duchés : le pouvoir semble incapable de les protéger, des villages sont rasées et les Pirates laissent des forgisés. Et les forgisés n'offrent pas la certitude de la mort, ils ne disparaissent pas, il n'y a pas de corps à enterrer et de deuil à faire. Non, les proches voient la déchéance de ceux qu'ils ont aimés, leur ingratitude et c'est ça le pire.