Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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lundi 24 août 2026

Qui sont Eda et El ?

Eda et El sont étroitement liés. Dans la culture populaire des pays du nord, ils sont des figures divines, les créateurs du monde. Cela forme donc une religion comme le culte de Sâ à Terrilville ou celui des Prophètes Blancs à Clerres.


Eda et El représentent donc la terre et la mer. Si tout cela existe, c’est uniquement grâce à eux : « Eda et El s’accouplèrent dans les ténèbres, mais il ne se fit pas aimer d’elle. Elle donna le jour à la terre et le flot de ses eaux qui accompagna cette naissance devint la mer ». Il n’y aurait eu donc rien du tout avant l’intervention d’Eda et El. Ils seraient ceux qui ont créé le monde.


Mieux, leur histoire permet de définir les caractéristiques des peuples et ce qui les différencie. 

On peut presque penser que les habitants Six-Duchés sont devenus des gens d’Eda, tant ils semblent peu tournés vers la mer et se sont tournés vers le développement des terres. 

A l’opposé, les gens des îles d’Outre-mer semblent plus focalisés sur El : ils naviguent sur les eaux, pêchent et mènent des raids (on l’a bien vu, même si c’est à nuancer, lors de la guerre menée par les Pirates Rouges). Bien entendu, la culture outrîlienne laisse également une place à Eda : on le voit avec le rôle accordé aux femmes qui s’occupent des champs et de l’élevage, et de la gestion du clan.


La légende dit que « quand la mer était jeune, El, le premier Aîné avait foi dans le peuple des îles. Il lui fit don de la mer, de tout ce qui y nageait et de toutes les terres qu’elle bordait ». El a donc choisi et récompensé les hommes pour leur fidélité et leur courage. Pour autant, El n’est pas un dieu miséricordieux, il n’est pas une de ces figures divines qui encourage la compassion et la faiblesse. Pour lui, les hommes se forgent dans l’adversité et en traversant des moments compliqués : « les seuls bienfaits qu’il répand sur ses fidèles prennent le forme de tempêtes et d’épreuves destinées à les endurcir ». Or, au fil du temps, les hommes se sont détournés d’El. Ils en ont eu assez de cette vie dure et qui les mettait perpétuellement en danger. Très peu de gens ont continué à le chanter ou le vénérer. Un des derniers fut le Grêlé.


Si El est délaissée, une autre a gagné en importance : Eda. Beaucoup ont préféré Eda, une divinité qui semblait plus conciliante, moins difficile. Comme elle est celle qui donne la terre, elle est vue comme celle qui alimente et récompense à la mesure du travail fourni. Sur terre, il n’y a pas de risque de se noyer ou de faire face à des tempêtes dévastatrices. Eda devient donc vénérée (« leurs louanges et leurs serments n’étaient qu’au nom d’Eda, qui est l’Aînée de ceux qui labourent, plantent et s’occupent des bêtes »).

Dès lors, ceux qui admiraient El ont rencontré ceux qui admiraient Eda, et ils se sont mélangés, sans doute avec plus ou moins d’harmonie. On peut lire que « quand les hommes d’El arrivèrent sur la trre, ils trouvèrent les femmes d’Eda qui la foulaient déjà et administraient la croissance des grains et des fruits et la multiplication du bétail ».


Au final, si on se base sur l’exemple des îles d’Outre-mer, tout cela peut expliquer pourquoi les femmes occupent cette place. La coutume locale dit même que « jamais la terre, née d’Eda, n’appartiendra à vos fils ; elle ne reviendra qu’à nos filles ».

Bien entendu, il serait simpliste de dire que les femmes prient Eda et les hommes El. C’est faux puisque les hommes des îles respectent infiniment Eda.

En ce qui concerne les Six-Duchés, même si c’est devenu un peuple de terriens, ils n’ont pas tous renié El. Au contraire. El reste très présent. Ainsi, le cas Virilia est très intéressant : cette jeune femme vigoureuse reproche au trône des Loinvoyant sa mollesse et son indécision lors de la guerre contre les Pirates Rouges. La philosophie de Virilia est très claire : « elle prêchait la nécessité de revenir au culte et l’adoration d’El ; elle se faisait l’apôtre des anciennes traditions, d’un mode de vie rigoureux et simple qui glorifiait le mérite personnel ». On retrouve bien là des éléments importants liés à El.

vendredi 21 mars 2025

La place de la femme dans la culture outrillienne

L’océan n’est pas la seule chose qui sépare les Six-Duchés des gens des îles d’Outre-mer. Les deux peuples ont pourtant des points communs puisque tout laisse croire que le premier roi des Six-Duchés vient des îles d’Outre-mer. Mais, le temps a fait que les cultures se soient différenciés. Lorsque Devoir et les autres se rendent là-bas afin de chercher Glasfeu, ils plongent dans un monde qui les surprend.


La femme y occupe une place importante car leur monde repose sur la mythologie d’El et Eda. Or, Eda est la créatrice des femmes et elle a donné aux femmes la gestion de la terre. C’est ce que rappelle Arkon Sangrépée : « aux femmes, Eda a donné les îles, et nous y marchons par sa seule permission ». Avec le temps, les hommes ont fini par acquérir un rôle dans la reproduction et la guerre ; ils ne sont pas là pour administrer et faire prospérer le clan. Les terres se transmettent de la mère à la fille.


En quelque sorte, les outrîliens vivent dans une société matriarcale. C’est quelque chose qui a été digéré et intériorisé par tous ; ils ne le remettent pas en question. 


Le clan du Narval (celui d'Elliania) est géré, à ce moment du récit, par la Grand Mère. C’est une dame d’un certain âge qui semble dépassée par les événements. Elle conserve malgré tout l’autorité le temps qu’une nouvelle femme émerge (la Grand Mère a oublié les malheurs apportés par la Femme Pâle qui a enlevé sa fille). Lorsqu’elle arrive pour rencontrer Devoir, elle est incapable de marcher seule. La mise en scène choisie pour son apparition renforce au contraire son pouvoir. Elle est littéralement portée, presque sur-élevée au-dessus de son clan : « quatre hommes du Narval descendirent l’escalier et s’avancèrent, portant une petite vieille ridée dans une chaise faite de saule noueux et tendue de peaux d’ours ». Quatre homme vigoureux permettent donc à la Grand Mère de trôner sur cette assemblée.


Si la vigueur physique a abandonné la cheffe du clan et si sa mémoire semble défaillante, elle conserve malgré tout une certaine agilité avec sa langue et a quelques moments de lucidité. Tout ce qu’elle dit pourrait avoir été dit par Eda elle-même. La Grand Mère différencie bien la vision des choses des hommes de celle des femmes (« Important, important ! Pour un homme, peut-être, mais que savent les hommes »). On pourrait presque dire qu’elle pense que les hommes s’intéressent à des choses futiles, sans importance. Elle poursuit en disant que ce qui est important est la culture de la terre et le développement (en nombre) du clan ; le reste importe peu. Les mots employés ensuite laissent peu de place au doute : « que savent-ils de la tonte des brebis, des récoltes des jardins, du nombre de tonneaux de poisson en saumure et de panne de porc qu’il faut pour l’hiver ? » 

Les hommes font la guerre, les femmes gèrent la terre. 

Lorsque Devoir se présente à l’assemblée, c’est aux femmes qu’il parle. Il dit « je me présente aux mères du clan du Narval et leur prie de m’accorder l’autorisation de joindre ma lignée à la leur ». Il a bien compris où était le pouvoir, qui détenait le commandement.


Mais, le clan du Narval fait face à une tragédie. On a vu qu’il était géré par la Grand Mère et que sa fille était absente. Elle a été enlevée par la Femme Pâle. Pour Elliania, c’est une réelle tragédie, une disparition qui pourrait remettre en cause la survie de son clan. En effet, tout le clan repose sur l’existence d’une cheffe ; or, la Grand Mère est en fin de course et sa mort marquerait sans doute la fin du clan. Elliania semble assez claire à ce sujet : « si elle venait à disparaître, le coeur de notre maison maternelle s’en trouverait anéantie et ma famille cesserait d’exister (…) Qu’est ce qu’une maison maternelle sans mère ? » La question est posée et importante. Sans mère pour la mère, un clan contreviendrait aux enseignements d’Eda.


Bien éduquée, Elliania adhère à ce point de vue (« Un garçon ensanglante son épée pour devenir un homme, non ? Par sa capacité à tuer, il annonce qu'il est achevé. Ce qu'on homme peut prendre par l'épée, une femme peut le donner par sa seule chair : la vie »). Avoir ses règles est fondamental dans la culture outrîlienne. Cela fait de vous une femme et, dans le cas d’Elliania, cela la légitime vis-à-vis des autres femmes qui pourraient revendiquer sa place dans la lignée du clan. Jusque là, Elliania était moquée, presque vue comme une gamine, notamment par Lestra, une rivale. Cette dernière moquait sa timidité, son inexpérience. Or, ayant eu ses règles, Elliania s’affirme enfin. On sent sa fierté et son changement quand elle dit que « j’ai versé mon premier sang. Je puis faire naître la vie en moi. Je me présente devant vous, désormais femme ». Elliania a donc changé de statut. Elle n’est plus une enfant. Elle a désormais le contrôle de son corps et elle pourrait coucher avec Devoir si elle le désire (« chez moi, une femme se donne comme elle le souhaite ; ça n’a pas de rapport sur le fait d’être mariée, ou d’être une épouse comme tu dis »). Notons que si elle ne le fait pas, c’est uniquement parce que Devoir doit relever un défi avant (apporter la tête de Glasfeu).

Pour les gens des Six-Duchés, il faut s’acclimater à ce changement culturel. Umbre, bien souvent renseigné, les prévient : « elles n’ont pas les mêmes coutumes que nous sur la chasteté et on a demandé à nos gardes de rester prudents mais non de glace (…) approcher une femme qui n’a pas d’abord manifesté son intérêt constituerait une infraction aux règles de l’hospitalité ». La femme choisit et dispose. C’est elle qui porte le futur enfant et c’est elle qui décide la personne qu’elle estime de valeur pour être le père. Peottre résume bien la chose quand il questionne : « comment un homme pourrait-il oser s’opposer à la volonté d’une femme ? »


Les outrîliens n’ont pas oublié la guerre menée par les Pirates rouges. Ils en ont souffert également puis Kebal Paincru a enlevé bon nombre d’hommes et de femmes pour arriver à ses fins. Mais, Paincru a perdu la guerre et il a laissé les îles sans réponse lors de la vengeance des duchéens. Dans la culture populaire outrîlienne, c’est la reine Kettricken qui a impulsé cela. Devoir nous apprend que « elle leur a inspiré une révérence sans bornes d’avoir su non seulement préserver son royaume mais encore porter le fer chez eux sous la forme de dragons ». Kettricken arriverait donc à combiner le rôle de chef de clan et de grande guerrière.


lundi 30 septembre 2024

Un personnage historique : Le Grêlé

Comme tout pays, le royaume des Six-Duchés a ses traditions, ses coutumes, ses grandes figures historiques et ses personnages légendaires. Un d’entre eux est le Grêlé, une personne qui « annonce les désastres ». Il est tellement ancré négativement dans la mémoire collective que « quand on le voit marchant à grands pas sur la route, on sait que la maladie et la pestilence ne tarderont pas ». Dans une époque difficile pour les Six-Duchés, où les Pirates Rouges menacent la stabilité du pays, l’idée que le Grêlé soit là est inquiétante pour les habitants.


L’histoire du Grêlé est liée à celle d’Eda et El : il est un vieil homme qui, manquant de mourir dans l’eau de mer, a imploré la pitié des dieux. Les ayant énervé, il finit par échouer sur une plage des Six-Duchés mais partout où il allait, les choses se passaient mal (« la maladie suivait le sillage du vieillard. Et c’étaient les varioles qu’il répandait, affections qui ne se préoccupent pas qu’un homme soit fort ou faible »).


Le Grêlé devient donc au fil du temps un personnage craint. La superstition se répand tant qu’il devient une figure marquante. Lorsqu’on pense au Grêlé, on pense à des désastres. C’est ainsi que les marionnettistes se sont emparés de lui : il fait partie de l’univers du spectacle puisque « le pantin du Grêlé suspendu au-dessus du décor prévient le public qu’il va assister à une catastrophe ». Cela montre aussi que la symbolique du Grêlé est répandue dans tous les Six-Duchés, elle est connue de tous. 


Le Grêlé est annonciateur de mauvaises nouvelles ; il n’est même pas nécessairement de réellement le voir. La simple rumeur de son apparition suffit à faire peur. On l’a vu quand les gens de Forge ont vu Umbre et l’ont confondu avec le Grêlé ; on le voit la veille du couronnement de Royal quand un petit garçon a cru le voir en pleine nuit (« tous juraient seulement de bien se garder de l’eau car, assurément, ce présage signifiait que le puits était souillé »). La réalité, ou non, du Grêlé n’a donc aucune importance : il est un mythe qui est devenu réel pour les habitants.


Le Grêlé n’existe donc pas : il n’est pas vivant au moment où se passe l’aventure. C’est important à préciser car les duchéens sont habitués à des phénomènes magiques : l’Art et le Vif existent comme d’autres magies. Et on finit par apprendre que les Anciens et les dragons sont réels. Mais, le Grêlé n’est qu’une superstition, un mythe. 

Malgré tout, l’espace de quelques instants, Fitz pense que son mentor, Umbre, peut être le Grêlé. Quand il le lui demande, Umbre est amusé et choqué : « le Grêlé ? L’homme légendaire qui annonce maladies et désastres ? (…) Cette légende court depuis des siècles : Tu ne me vois quand même pas si vieux ».


La vision du Grêlé va plus loin que la peur. Pour certains, c’est la preuve que les Six-Duchés vont dans une mauvaise direction et ont tourné le dos aux dieux. Les gens ont peur et cherchent des réponses, des explications au fait que tout va mal. Un habitant constate que « des fantômes sans pitié rôdent parmi les ruines de notre village dans des corps d’emprunt et le Grêlé au manteau noir répand ses maux sur nous ».  Pour lui, les forgisés et le Grêlé sont une punition envoyée par Eda et El : « les anciens dieux nous punissent de nos vies trop douillettes ! Notre prospérité sera notre perte ! ». Il faut dire que, selon la tradition, c’est le message porté par le Grêlé. Celui ne fait pas que diffuser des maladies, il porte aussi un message disant qu’ « El susciterait un nouveau peuple plus courageux auquel il donnerait leur héritage ». Autrement dit, il est reproché aux duchéens de s’être trop prélassé. 


Il est difficile de savoir si les Loinvoyant croient en l’existence du Grêlé. Mais, gouverner revient à prendre en compte tout un tas de critères et se servir du Grêlé peut être intéressant. Par exemple, Royal s’empare de cela quand il traque Fitz et Umbre. Il se sert de cette superstition avec deux objectifs en tête : traquer des ennemis et apaiser les doutes du peuple. On lit que « le roi espère faire pendre le Grêlé et mettre ainsi un terme à la malchance des Six-Duchés » et que « Subtil ne pourra se reposer que quand le Grêlé sera mort et que l’âme du roi aura retrouvé la moitié qui lui manque ».