Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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samedi 9 août 2025

Petit billet # 1 : Le temps

Dans le prologue du Fou et de l'assassin, on peut lire que « le temps est un professeur cruel qui donne des leçons que nous apprenons beaucoup trop tard pour en avoir l’utilité » et « des leçons apprises trop tard, des situations comprises avec des dizaines d’années de retard. Et tant de choses perdues à cause de cela ».


On en a un bon exemple quand Fitz se vide dans un dragon dans le tome La Reine solitaire. Il y met là bien de ses souffrances, bien des choses qui lui ont fait et lui font du mal comme l’abandon par sa mère, certaines émotions liées à Molly, la torture subie par Royal ou le regret de n’avoir jamais rencontré son père. Caudron le met en garde : « ce dont vous vous êtes débarrassé va vous manquer. Avec le temps, vous retrouverez une partie des émotions perdues, naturellement (…) avec le temps encore, ils auraient cessé de vous faire mal ; un jour peut-être, vous regretterez de ne pouvoir ressentir ces peines ».


Des années plus tard, après avoir tué la Femme Pâle, Fitz et le Fou retrouvent la Fille-au-Dragon, là où Fitz a enfoui ses souvenirs. Là, Fitz prend conscience de son erreur (« j’ai dû payer le prix pour la rémission de mes souffrances »). Le Fou insiste : « tu avais vieilli et mûri, sans doute, mais tu n’avais rien fait de ton propre chef pour rentrer dans le courant de ta vie » et « tu vivais comme une souris dans un mur, en te nourrissant des miettes d’affection qu’Astérie te jetait ; elle-même s’était aperçue de ton état, et pourtant elle a le cuir épais ». 


Il a fallu à Fitz des décennies pour comprendre sa mauvaise décision.

mardi 27 juin 2023

Un personnage historique : la Fille-au-dragon

Dans la saga de l'Assassin royal, on a l'exemple de deux puissants artiseurs qui vont au bout des choses et sacrifient leurs vies à la pierre et à l'Art : Vérité et Fitz. Ils donnent tout ce qu'ils ont, émotions, souvenirs, corps pour que leur dragon (ou loup) de pierre et d'Art prenne vie. Les deux sont tiraillés par une faim d'art, un besoin inévitable qui les pousse à se rendre dans la carrière et sculpter leur dragon. Cela semble être la fin attendue de tous les artiseurs. Mais on a avec Sel un exemple où les choses se finissent mal. Cela est connu sous le nom de la Fille-au-dragon.

La Fille-au-dragon devait être l'incarnation d'un clan, l’aboutissement d'un long voyage. Elle devait symboliser l'union de plusieurs artiseurs. Mais, cela n'a pas fonctionné à cause de l'égoïsme de Sel, la membre la plus puissante du groupe. La femme a voulu imposer sa volonté au dragon, elle a espéré que le dragon conserve en partie son apparence. Tout cela a mené à un échec : « elle avait cherché à conserver sa forme humaine en se représentant sur le dragon que son clan façonnait autour d'elle (…) la créature était retombée avant même de prendre son envol et s'était renfoncée dans la pierre où elle avait fini embourbée ». La créature est donc restée là, seule, pendant des années à la lisière de la mort. Au contraire des autres dragons, comme celui de Sagesse, la Fille-au-dragon n'a jamais regoûté à la vie. Il y a toujours eu ce sentiment d'inachevé, cette insatisfaction. Cela l'a rongée petit à petit, cela l'a même dévorée. Fitz, ayant à la fois le Vif et l'Art, le sent pleinement ; en étant près d'elle, il sent tout ce qui émane d'elle et tout ce qui est emprisonné en elle (« je perçus le tourbillon de Vif de sa vie qui s'éleva comme une brume et s'approcha de moi avidement. Que de détresse prise au piège »).

Vérité résume parfaitement la Fille-au-dragon. Elle n'est pas seulement un échec, elle est aussi une mise en garde. Elle est la preuve que l'Art et la construction d'un dragon nécessitent un sacrifice ultime, on ne peut rien garder en réserve. Vérité précise donc qu'elle s'est « évertuée à conserver une forme humaine et ainsi elle a manqué de remplir son dragon ; elle est maintenant prise au piège (…) Son sort m'a été un avertissement ».

Tout au long de la saga, la Fille-au-dragon conservera cette aura de danger pour les autres et de malheur envers elle-même. Quand ils font escale à la carrière alors qu'ils cherchent Abeille, Fitz fait la remarque que « ce dragon de pierre me glaçait toujours le sang ».

Oeil-de-Nuit, ce fin observateur des émotions et des créatures, alerte Fitz alors que ce dernier doute de ce qu'il doit faire, forger ou non un dragon. Il ne faut pas perdre de temps, il ne faut pas douter : « nous sommes ici, et c'est le moment ; peut-être avons nous encore le temps et l'énergie de le faire. Je ne tiens pas à rester englué dans la pierre comme la Fille-au-dragon ».

Mais, la Fille-au-dragon n'est pas qu'une créature triste. Elle a conscience de son emprisonnement et veut s'en échapper. Elle est prête à tout pour se sortir de son triste sort, même à se nourrir des émotions des autres. Elle a eu la chance que Fitz déverse sa peine et ses regrets en elle et la rapproche de sa libération. Cependant, ce n'était pas suffisant et elle a voulu profiter de la faiblesse du Fou. En effet, ce dernier s'est pris d'affection pour elle. La douleur et la peine qui résonnaient en elle l'ont attiré. Caudron, une puissante artiseuse, prévient le Fou : « quand vous avez touché la Fille-au-dragon, elle s'est liée à vous par l'Art, et désormais elle vous attire tandis que vous croyez lui rendre visite par compassion ; mais elle puisera en vous tout ce dont elle a besoin pour se dégager de son piège ».

Dans le roman Le prophète blanc, Fitz et le Fou se retrouvent et passent en revue tout ce qu'ils ont fait depuis leur séparation. A cette occasion, Fitz parle à son vieil ami de la Fille-au-dragon. On retrouve à nouveau la crainte que cette chose inspire et tout ce qui émane d'elle. Fitz raconte que « j'avais alors senti la voracité d'un dragon de pierre et l'attrait qu'elle exerce ; il m'eût été facile de laisser la Fille-au-dragon me prendre tout entier ; c'eût été une sorte de libération ». La Fille-au-dragon est donc un bel exutoire pour toutes les peines, elle est une solution de facilité pour ceux qui ont trop souffert.

Mais, il serait injuste de dresser uniquement un portrait négatif de la Fille-au-dragon. Bien qu'elle ne soit qu'une créature de pierre, son charme est indéniable (« elle possédait une beauté à couper le souffle »). Mais, elle n'est pas qu'un monument de grâce, elle a aussi une utilité. C'est grâce à elle que le Fou rejoint Devoir et les autres sur Aslevjal. Pour le Fou, c'est une expérience unique : « j'ai fait un voyage étrange, fou et merveilleux ».