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mercredi 20 août 2025

[Philip Pullman] Après la mort

Roger meurt de la pire des façons : il est mutilé, torturé en étant séparé de son daemon. C’est une mort atroce, une abomination pratiquée par Lord Asriel. Avec cette mort, Lyra perd son meilleur ami, une personne dont elle était proche. Sa disparition la hante.


Alors qu’elle est capturée puis plongée dans un faux sommeil par Marisa Coulter, Lyra s’enfonce dans de profonds rêves qui la mènent dans le monde des morts. Là, elle y retrouve Roger ou en tout cas une forme évanescente du garçon. On comprend alors qu’elle n’a cessé de penser à lui, qu’elle porte toujours sur ses épaules sa mort (« et Will et moi… je ne sais pas comment, Roger, mais je te jure qu’on t’aidera »). Cette idée ne repose pas sur rien. Si Roger est mort, Lyra est convaincu que c’est la conséquence de ses actions. Elle a mené Roger à la mort : « c’est moi qui l’ai emmené là-bas, à Svalbard, où il a été tué ; c’est ma faute s’il est mort ». Elle s’ouvre un peu plus en parlant à Tialys. Le fardeau qu’elle porte sur ses épaules la ronge. Elle ne se sent pas uniquement coupable, elle cherche aussi à réparer son erreur. Les mots qu’elle emploie sont clairs : « pour moi, c’est une torture et une souffrance permanentes ; je n’ai pas pu dire adieu à mon ami Roger, je veux lui demander pardon et essayer de me racheter si je le peux ».


Lyra, Will et les autres accomplissent alors un exploit. Ils pénètrent dans le monde des morts, un endroit glauque créé par la puissance religieuse, un mensonge pour ceux et celles qui croyaient au concept de paradis.

Ce que réussit Lyra étonne Roger. Leurs retrouvaille les secouent tous les deux. Roger ne s’attendait pas du tout à revoir Lyra, il ne s’attendait pas du tout à ce qu’elle se lance à sa recherche. Il est plus ému quand il lui parle : « oh, Lyra, je ne pensais pas que je te reverrais un jour… je pensais que même si tu venais ici une fois morte, tu serais beaucoup plus vieille, tu serais une adulte et tu ne voudrais plus me parler ». Car, Roger vit un long purgatoire. Le monde dans lequel il est prisonnier pour l’éternité fait tout pour le tourmenter. Il n’y a aucun espoir, aucun échappatoire possible et il faut vivre avec des harpies affreuses (« et ces espèces d’oiseaux (…) toutes tes mauvaises pensées, ils les connaissent, et ils te font honte, ils te dégoûtent de toi-même »).


Quand Lyra raconte son histoire dans le monde des morts, elle entasse autour d’elle un bon nombre de fantômes. Lyra et les autres sont une distraction bienvenue dans un monde morne, sans vie. Lyra parvient même à ranimer un peu de sensations en Roger : « seul Roger fut autorisé à rester tout près d’elle. Il la dévorait des yeux et l’écoutait avec passion ». 

D’ailleurs, Roger semble avoir compris ce que Will et Lyra n’ont pas encore compris : ils sont amoureux l’un de l’autre. Cela se voit, entre autres, à la façon dont Will se comporte avec Lyra, la façon dont Lyra parle de Will. Il y a incontestablement un lien fort entre les deux. On lit que « ses yeux brillaient d’une lueur différente tandis qu’elle racontait l’histoire de sa rencontre avec Will (…) Roger le vit, lui, avec la jalousie triste et muette des morts pour qui rien ne changeait jamais ».


Will et Lyra changent tout. Convaincu par Lyra, Will ouvre un passage avec le poignard subtil qui permet de quitter le monde des morts. Pour les captifs, c’est la promesse de la fin d’un tourment éternel, la promesse de vivre une dernière forte émotion. C’est la fin d’une monotonie annoncée. Roger est le premier mort à connaître cette expérience : il « se retourna pour regarder Lyra et, soudain, il éclata de rire, au moment où il se mettait à tournoyer dans les airs, le ciel, les étoiles… et il disparut, laissant derrière lui une explosion de bonheur ». Après de longs temps de douleur et de peine, Roger peut enfin vivre un dernier moment appréciable grâce à Lyra.

[Philip Pullman] Une envie d'humanité

On les voit cupides et arrogants, manipulateurs et méchants. Mais aussi curieux et ayant le pouvoir. Ce sont les hommes et les femmes qui mènent la marche des mondes. Naturellement, ils peuvent susciter chez certains de l’envie, voire de la jalousie. C’est ce qui arrive au roi des Ours, Iofur Raknison. Celui qui vient de battre Iorek Byrnison singe le comportement des humains, au point qu’il rêve d’avoir un daemon.


Ce désir de daemon est vue par les humais comme une faiblesse. Quelques uns voient là l’opportunité de manipuler le roi des Ours. Ils se rendent compte qu’ils ont là une prise sur lui, une façon de le mener par le bout du museau. Alors qu’elle est cachée dans un placard du Jordan Collège, Lyra surprend une conversation et les paroles du professeur Trelawney. Ce dernier pointe la faiblesse de Iofur : « trouvez un moyen de lui donner un daemon, et il fera n’importe quoi pour vous ». Car, il semble impossible pour tout ce qui n’est pas homme ou femme d’avoir un daemon. Avoir un daemon est donc le signe de votre caractère humain. 

En attendant, Iofur imite le comportement des hommes. A Svalbard, ill bouleverse le mode de vie des ours et leur impose de nouvelles pratiques. Trelawney précise que Iofur est « un individu puissant, nullement un imbécile en dépit de ses caprices grotesques, comme se faire construire un palais avec du marbre importé, et installer ce qu’il appelle une université ». On voit donc que Iofur reprend les symboles du pouvoir des humains ; il veut imiter ce qu’ils construisent, l’endroit où les plus puissants règnent.


Serafina Pekkala, une sorcière, confirme plus tard que Iofur a mené ses projets à bien. Elle confirme que, même si l’envie de daemon peut être une faiblesse, il ne faut pas pour autant sous-estimer l’ours. Il n’assurerait pas le pouvoir sur la société des ours en étant faible. Ainsi, Serafina dit que Iofur est « aussi très intelligent, au sens humain du terme ; il passe des alliances et signe des traités. Il ne vit pas comme les autres ours, dans des forteresses de glace, mais dans un palais tout neuf ». D’une certaine façon, Iofur semble repoussé une partie de son animalité, de son caractère d’ours.


Prisonnière à Svalbard, Lyra rencontre Jotham Santelia, un professeur. Ce dernier lui apprend beaucoup de choses sur les ours. Il lui montre que Iofur est fasciné par les hommes et qu’il a été quelque temps sous l’emprise de Marisa Coulter (« Iofur était follement épris de cette femme. Il en parlait sans cesse. Il ferait n’importe quoi pour elle »). On peut penser que cela ressemble à de l’amour. En tout cas, cette phrase montre bien que Iofur est plus intéressé par les hommes et les femmes que par le sort des ours. 

Vive d’esprit, Lyra met au point un plan. Si elle décide d’agir contre Iofur, c’est aussi parce qu’elle a rencontré Iorek Byrnison et qu’elle a une grande estime pour cet ours. C’est d’ailleurs un sentiment réciproque partagé : les deux forment un duo où l’un respecte l’autre. Lyra veut donc rendre à Iorek sa place. Elle a compris que Iofur était tellement pris par son désir de daemon qu’il était influençable : « tout ce qu’elle avait entendu dire au sujet de l’ours-roi se recoupait : le plus grand désir du puissant Iofur Raknison était d’être un homme avec un daemon ».


Lyra finit par rencontrer l’ours. Quand elle le voit, elle ne perçoit pas la même chose que chez Iorek. En Iofur, elle voit un ours qui est devenu un homme, un ours qui ne se comporte plus en ours. Elle n’oublie pas que Iofur règne sur les ours et cela détonne sur ce qui se dégage de lui. Il ne faut pas considérer que Iofur est faible parce qu’il imite les humains, cela le rend au moins aussi dangereux, si ce n’est plus. Lyra remarque donc que « quand Iofur Raknison posa son regard sur elle, Lyra eut l’impression que c’était un homme qui la regardait, un homme comme ceux qu’elle avait rencontrés chez Mme Coulter, un politicien habile, habitué au pouvoir ».


Le choc se fait pour le lecteur, et la confirmation pour Lyra, quand son regard parcourt la salle du trône. On comprend que Iofur a basculé quand on voit ce qu’il a (« elle s’aperçut que Iofur tenait quelque chose sur ses genoux, comme un humain tiendrait un chat, ou un daemon. Il s’agissait, en réalité, d’une grande poupée de chiffon »). Iofur cherche donc à avoir à tout prix un daemon. Son daemon n’est d’ailleurs pas un animal comme les daemons le sont normalement ; non, c’est un être humain. L’obsession de Iofur est claire.


Iorek finit par revenir à Svalbard et à défier Iofur en duel. Ce dernier est manipulé par Lyra qui lui fait croire qu’elle sera son daemon si il gagne. C’est la seule façon pour le convaincre de se plier à ce duel.

Iorek, lui, est atterré par ce qu’il voit. On voit toute sa colère quand il pose ses termes du défi : « ma première décision sera de détruire ce palais, ce lieu clinquant et grotesque qui empeste le parfum, et de jeter à la mer tout l’or et tout le marbre. Les ours n’ont qu’un seul métal : le fer ! Pas l’or. Iofur Raknison a souillé le royaume de Svalbard ». Les ours doivent redevenir des ours.

jeudi 17 juillet 2025

[Philip Pullman] La tentation Mary Coulter

Marisa Coulter tente. Elle est une femme séduisante et intelligente, qui connaît ses capacités et ses atouts. Elle n’hésite pas à les utiliser pour arriver à ses fins. Cela fait d’elle une personne incroyablement dangereuse. Elle peut se montrer passionnée ou froide, impulsive ou calculatrice. Elle sait quelle tactique employée en fonction de la personne à qui elle fait face.


Quand elle rencontre Will, elle le cerne très vite. Elle remarque son âge, son attitude. Elle sait qu’elle peut l’amadouer avec un peu de douceur, un peu de tendresse. Bien entendu, elle ne connait pas le passé de Will (sa mère malade, son père disparu). Pourtant, il lui suffit d’un sourire pour briser Will et le dominer (« Elle sourit. Will faillit lui sourire en retour, car il n’était pas habitué à la douceur et à la gentillesse qu’une femme pouvait mettre dans un sourire, et il était troublé »). Will est immédiatement captivé par cette femme : elle brise sa carapace, sa détermination. Ce n’est pas étonnant quand on lit qu’il la compare à Lyra, celle qu’il aime sans le savoir : « Will se mit à éprouver un sentiment de tendresse pour cette femme, parce qu’elle était courageuse, et parce qu’elle ressemblait à Lyra ». Cela n’aurait pas été si grave si il n’y avait pas d’autres enjeux derrière. Car, Will cherche à sauver Lyra, il cherche à retrouver son amie, retenue captive par cette femme. Surtout, il est en possession d’un artefact puissant, le poignard subtil, qui permet d’ouvrir des portes sur d’autres mondes et qui, normalement, peut tout couper. Or, Will fait face à un obstacle : Marisa Coulter. La femme perturbe tout. Elle fait voler en éclat sa résolution tout comme la lame du poignard. Will est bouleversé car « l’espace d’un instant, ce ne fut pas le visage de Mme Coulter qu’il avait devant lui, mais celui de sa mère ». Pour Will, c’est un choc car ses derniers instants avec sa mère, le fait de l’avoir laissée derrière, l’obsède toujours. Les conséquences sont immédiates : « au moment où il enfonçait le couteau dans le vide, son esprit abandonna la pointe de la lame (…) il était brisé ». Marisa Coulter a donc contribué à briser un couteau prétendument incassable.

Plus tard, Will sera interrogé par Iorek pour savoir ce qui s’est passé. Ses propos sont clairs : « quand cette femme m’a regardé, j’ai cru voir le visage de ma mère (…) Le couteau a rencontré une chose qu’il ne pouvait pas découper (…) Cette femme savait ce qu’elle faisait, j’en suis sûr. Elle est très intelligente ». L’admiration est perceptible. Will reconnait là une personne de valeur.


Très peu de gens peuvent résister au charme de Marisa Coulter, encore plus si ils sont humains. Roke, un allié de Lord Asriel, s’en rend bien compte. Marisa Coulter est une femme trop séduisante, trop brillante et elle ne peut que croquer un jeune homme inexpérimenté. Lord Roke précise donc qu’il « était insensible au charme de Mme Coulter, mais il était fasciné de la voir s’exercer sur les autres. Le soldat était un jeune homme ; ils auraient dû envoyer un vieux guerrier blanchi sous le harnais ».

Marisa Coulter finit par revenir vers son mari, Asriel. Elle a donc, en apparence, changé de camp. Auparavant, elle participait aux pires recherches de l’Eglise (séparer les enfants de leurs daemons), maintenant elle rejoint le camp de ceux qui veulent mettre à bas cette organisation. Les partisans d’Asriel expriment leur inquiétude à savoir que Mme Coulter les rejoint. Ils ne craignent pas nécessairement une trahison mais l’effet qu’elle peut avoir sur Lord Asriel. Ogunwe dit que « si cette femme décidait de vous tenter, vous ne pourriez pas résister ».

Asriel a conscience des capacités de manipulation de sa femme. Il doit faire attention : il se réfugie alors derrière une indifférence, une dureté. Il ne veut pas se laisser affaiblir ou attendrir même si il est admiratif devant les efforts déployés par Marisa Coulter (« lorsqu’un sanglot la secoua, elle le camoufla sous la forme d’un hoquet, comme si elle étouffait ses émotions par respect des convenances. Ce qui rendait ses mensonges éhontés encore plus convaincants, se dit Lord Asriel avec dégoût. Cette femme avait le mensonge dans le sang »).

On finit par comprendre que cette dureté est feinte. Asriel fait exprès d’être insensible. C’est une stratégie de défense car, dans les moments fatidiques, elle lui dit que « nous aurions dû nous marier (…) et élever notre fille ensemble ». Pour une fois, Asriel baisse ses murailles et laisse déborder ses sentiments pour elle. Sa réaction est assez équivoque : « cette remarque était si inattendue qu’il sursauta. Son daemon laissa échapper un grognement à peine perceptible, venu du fond de sa gorge ». Marisa Coulter est donc capable de surprendre lord Asriel, de lui faire perdre ses moyens. D’ailleurs, à ce moment de l’histoire, elle est sincère.


Une relation intéressante est celle avec Métatron, l’ange le plus important et le plus influent après l’Autorité. Métatron est celui qui exerce réellement le pouvoir, mène la guerre. Il tente de tuer Lyra, il sait qu’elle est celle qui faut abattre. Asriel et Coulter veulent empêcher cela. Fidèle à ses habitudes, Coulter tente de le charmer, de le séduire. A cette occasion, elle s’offre toute entière au regard pénétrant du Régent Métatron. Le résultat reflète bien ce qu’elle est : « la corruption, la jalousie et la soif de pouvoir. La cruauté et la froideur. Une curiosité perverse et inquisitrice. Une méchanceté pure, venimeuse et toxique (…) vous avez trahi et intrigué, et vous avez tiré fierté de votre duplicité. Vous êtes un cloaque d’obscénité morale ». Cette description résume bien ce que le lecteur a vu de Marisa Coulter : une personne prête à tout pour réussir et dominer, être en position de décider.

Coulter sait qu’elle a une carte à jouer : celle du désir. Elle se sait belle et attirante. Elle sait qu’elle a tout ce dont peut rêver un ange, une créature étrangère au corps depuis des siècles (« privés d’enveloppe corporelle, ils en rêvaient et se languissaient de ce contact charnel. Métatron était tout près d’elle maintenant, assez pour sentir l’odeur de ses cheveux, et admirer la texture de sa peau »). Autrement dit, Marisa Coulter tente Métatron. Comme tant d’autres, Métatron est subjugué, captivé. Son désir efface sa raison. Lui, le plus puissant des anges, n’est plus qu’une chose pathétique : « le Régent était un être doté d’un intellect supérieur qui avait eu des milliers d’années pour s’étoffer et se renforcer (…) à cet instant, il était aveuglé par une double obsession : détruire Lyra et posséder sa mère ». Cela sera sa perte.

[Philip Pullman] Le poignard subtil, un simple outil ?

Will a un couteau entre les mains, un poignard qui lui permet d'ouvrir des fenêtres entre les mondes.  Il a été choisi parle couteau puisqu'il il l'a gagné au terme d'un combat. L'objet magique est donc puissant et il semble répondre aux besoins de Will. Il lui permet d'échapper à la réalité triste de sa vie, tenter de savoir ce qu'il est advenu à son père et aider Lyra. Mais, très vite, on comprend que cet artefact dépasse la volonté de Will, qu'il semble avoir ses propres objectifs. 

Will se rend vite compte que le couteau n'est pas un outil comme un autre. C'est un objet comme il n'en a jamais vu, qui dépasse tout ce qu'il peut imaginer : « pour la première fois, il prenait conscience des véritables pouvoirs du poignard subtil, et il le déposa avec d'infinies précautions sur la pierre devant lui ». Instinctivement, le jeune homme appréhende une partie inconnue du poignard, il ressent qu'il lui cache des choses. A sa façon, l'ange Balthamos le conforte dans ses soupçons en lui disant que « le poignard est une arme puissante, et Lord Asriel serait ravi de t'avoir à ses côtés ».


Il semblerait que ce poignard soit bien connu par un certain nombre de personnes mais que sa réelle puissance, sa réelle utilité se rapprochent plus du mythe. Asriel, en pleine guerre contre l'autorité religieuse, est forcément intéressé par ce genre d'armes. Lui aussi rencontre un ange, Baruch, qui l'informe de l'existence de cette arme (« il existe un poignard capable d'ouvrir des passages entre les mondes et de découper tout ce qu'ils contiennent. Ses pouvoirs sont illimités »). Là, on comprend bien que le couteau dépasse en lui-même le porteur. Les ennemis de lord Asriel sont inquiets lorsqu'ils apprennent les capacités du couteau. Ils ont recours à Fra Pavel, un homme capable de comprendre un aléthiomètre, pour en savoir plus. Ses propos sont inquiétants du point de vue de l'église : « ce poignard est capable de tuer les anges les plus puissants, et même les forces qui leur sont supérieures. Il n'y a rien que ce poignard ne puisse détruire ».


Le poignard semble donc avoir une dimension mystique. Il est capable d'ouvrir des ouvertures sur des mondes, il est surtout capable de tuer des créatures religieuses de premier plan. Le Président du Conseil ecclésiastique dit même que « les monstres des falaises du Nord l'appellent le destructeur de Dieu ».

Mais, tout cela dépasse Will et ses capacités intellectuelles. Cela dépasse d'ailleurs un bon nombre de personnages. Même Lyra aidée par son aléthiomètre ne parvient pas à saisir la réelle nature du couteau. Elle qui d'habitude déchiffre si naturellement la boussole magique est perdue, presque confuse : «  je n'ai jamais vu l'aléthiomètre si déconcerté (…) Il a d'abord parlé d'équilibre. Il a dit que le couteau pouvait faire le mal ou le bien, mais l'équilibre était si fragile, si délicat... » Là, on comprend bien que le couteau fait bien plus que ce que Will lui demande de faire, il ne se contente pas d'ouvrir des portes entre des mondes, il semble avoir un autre but, il accomplit d'autres choses qui sont inconnues à son porteur.

L'aléthiomètre éclaire Will et Lyra sur leur futur sans qu'ils ne le sachent (« il a dit que le couteau causerait la mort de la poussière, mais il a dit aussi que ce serait le seul moyen de maintenir la Poussière en vie »).


Lors de ses aventures, Will croise un être légendaire, le roi des Ours Iorek Byrnison. L'ours est particulièrement doué avec le métal. Un objet comme le couteau ne peut donc que le rendre curieux. Il faut dire que lorsqu'il rencontre Will, il se soumet en voyant le couteau et son fil. On lit que « il était obsédé par ce poignard. Il l'examinait pendant des heures, il testait les deux tranchants ». Très vite, Iorek perçoit que ce n'est pas un couteau comme un autre (« je suis intrigué, avoua l'ours. C'est la chose la plus étrange que j'aie jamais vue »). Venant de lui, ce n'est pas un commentaire anodin tant il est un expert dans le domaine. Iorek prévient Will que le couteau n'est pas uniquement ce qu'il paraît. Il lui enseigne à craindre l'arme, à s'en méfier. Ses propos sont clairs : « j'ai peur de ce qu'il peut faire. Je n'ai jamais rien connu d'aussi dangereux (…) Le mal qu'il peut causer ne connaît pas de limites. Il aurait été mille fois préférable qu'il ne fût jamais fabriqué » et « tes intentions sont peut-être louables. Mais le couteau poursuit un but, lui aussi ». En tout cas, le poignard subtil chamboule énormément Iorek, il le fait douter (« il n'aurait pas dû fabriquer ce couteau. Peut-être ai-je eu tort de la réparer. Je suis troublé, c'est une chose qui ne m'est jamais arrivée »). La puissance non visible du couteau effraie Iorek. En le manipulant et en le réparant, il sait qu'il a un outil extraordinaire entre les pattes.


C'est Kirjava, le daemon de Will, qui révélera la triste vérité. Il leur apprend que certains porteurs ont été négligents, qu'ils n'ont pas refermé les portes ouvertes et que cela a contribué à la disparition de la Poussière : « le couteau a fait une entaille dans le vide (…) Si la fenêtre était refermée immédiatement, la Poussière n'avait pas le temps de fuir, mais des milliers de fenêtres n'ont jamais été refermées. Et pendant tout ce temps, la Poussière n'a pas cessé de s'échapper des mondes pour se déverser dans le néant ».

Le pire arrive quand il leur dit que le couteau crée les Spectres : « chaque fois qu'on ouvre une fenêtre avec le couteau, un Spectre se forme ». Autrement dit, peu importent les motivations du porteur, il crée à chaque fois un Spectre lors de l'utilisation du couteau. Il ne peut rien y faire, il ne peut pas lutter contre ça. Et, pour ne rien arranger, les Spectres sont une menace pour les adultes et tous les gens car « ils se développent en se nourrissant de Poussière. Et de daemons ».


Objet extrêmement puissant, le couteau peut être manipulé par un porteur. Mais, il a ses propres motivations, sa propre mythologie. Et cela en fait un outil dangereux.


[Philip Pullman] La question religieuse

Lyra est recherchée par un bon nombre de gens. L'un de ces groupes est celui de l’Église (Magisterium) qui la poursuit car elle pourrait les mener à leur perte, saper leur influence et donc leur retirer pouvoir et richesse. Comme ils ne savent pas réellement où elle est et que la situation est urgente, les dévots sont prêts à tout pour la trouver. Ils savent qu'un autre groupe (les sorcières) manifeste de l'intérêt pour Lyra et ils se demandent pourquoi. Quand ils parviennent à capturer une sorcière, le but à atteindre les aveugle et révèle leur véritable nature ; on comprend que les prêtres sont prêts à tout (« Tout est prêt pour recueillir le témoignage de la sorcière ? Je propose de recommencer les tortures »). Autrement dit, ils sont prêts à tout, même à commettre les pires choses, pour arriver à leurs fins. Les cruautés commises par le Magisterium sont bien documentées et marquent les sorcières. Ruta Skadi, une reine d'un clan de sorcières, affirme clairement sa position. Elle rappelle à ses congénères que « depuis qu'elle existe (…) l’Église a toujours cherché à supprimer et à contrôler toutes les pulsions naturelles. Et quand elle ne peut pas les contrôler, elle les détruit ». Le Magisterium enferme donc les gens, tente de les contraindre à sa volonté. Ruta Skadi va plus loin en évoquant un terrible événement : « Certains d'entre vous ont vu ce qu'ils faisaient à Bolvangar ». Bolvangar résonne dans la mémoire de tous, c'est un endroit où l’Église a commis une de ses pires actions en séparant des enfants de leurs daemons. 


Face à cela, certains se dressent, prêts à prendre tous les risques. Lord Asriel en est la parfaite illustration. Il sait que, face à la toute-puissance de l’Église, il est condamné à une mort certaine. Pour autant, comme le rapporte son majordome, il décide de lutter : « chez nous, Serafina Pekkala, s'opposer à l’Église est un crime passible de mort, et pourtant, Lord Asriel nourrit dans son cœur un désir de révolte ». La cause passionne Asriel et son dévouement convainc les gens. Après avoir rencontre Asriel, Ruta Skadi rend compte aux autres sorcières et rapporte que « il m'a prouvé qu'il est juste et légitime de se rebeller, lorsqu'on songe aux horreurs que les agents de l'Autorité accomplissent en son nom (…) il m'a raconté comment, dans certains mondes, on capture les sorcières pour les brûler vives ». Encore une fois, on retrouve la volonté du Magisterium d'infliger de la souffrance.


L'Autorité, qu'est ce donc ? Dans le roman Le miroir d'ambre, le lecteur fait la rencontre de deux anges qui nous en apprennent beaucoup à son sujet. Si on les croit, l'Autorité ne serait pas le réel Dieu, mais un usurpateur (« il n'a jamais été le Créateur. C'était un ange, comme nous ; le premier ange, certes, le plus puissant »). Fort de sa puissance, cet ange devenu Autorité a donc imposé son autorité à ses confrères puis aux différents mondes. Mais l'Autorité sent son pouvoir s'effriter et veut réaffirmer sa domination : elle « considère que les êtres conscients de toutes les espèces sont devenues dangereusement indépendants (…) Son but est d'instaurer une inquisition permanente, dans tous les mondes, sous les ordres directs du Royaume ».

De son côté, Ogunwe, un allié d'Asriel, pense exactement la même chose (« le Royaume des Cieux porte ce nom depuis que l'Autorité a décrété qu'elle était au-dessus des autres anges »). On retrouve donc cette idée de prise de pouvoir par la force et une certaine illégitimité à maintenir son pouvoir sur des gens qui voudraient s'en échapper.

Pour contrôler les mondes, l’Autorité peut donc s'appuyer sur les différentes églises. Le plus fort des anges s'est également impliqué en manipulant les gens pour les contrôler. Il a créé le monde des morts, loin des promesses d'un paradis après la vie. C'est un monde où ce qui reste des individus errent, sans but, et menacés par des harpies. Ces dernières sont tout aussi prisonnières de ce monde que les morts. On comprend à quel point l'Autorité a été perfide et cynique en lisant leur témoignage : « quand les premiers fantômes sont arrivés ici, l'Autorité nous a donné la puissance de voir ce qu'il y a de plus mauvais en chacun, et, depuis, nous nous nourrissons de ces ignominies, à tel point que notre sang est empoisonné et que nos cœurs sont malades ». Une nouvelle fois, tout le monde doit ressentir de la douleur des actions de l'Autorité, même ceux qui le servent.


La survie de l'Autorité et du Magisterium sont donc mis à mal par l'existence de Lyra. Le Père MacPhail nous explique plus précisément pourquoi : « c'est encore une enfant, je suppose. Cette Eve, qui va connaître la tentation et qui, si elle suit l'exemple donné, succombera à son tour, nous entraînera tous avec elle dans sa chute (…) je propose d'envoyer quelqu'un à sa recherche, pour la tuer avant même qu'elle puisse être tentée ». Les hommes d’Église sont clairement aveuglés par leur fanatisme et enclins à commettre des actes effroyables, tuer un enfant, afin de garder leur suprématie. 

Bolvangar, Lyra... attaquer des enfants ne semble pas déranger le Magisterium. Lady Coulter (la mère de Lyra) a bien analysé leurs motivations et se rend compte qu'ils sont englués dans le passé. Coulter, elle-même un personnage bien cruel, parle avec des termes durs : « s'ils le pouvaient, ils reviendraient dans le jardin d’Éden et tueraient Eve avant qu'elle se laisse tenter. Tuer ne leur pose aucun problème. Calvin lui-même a ordonné qu'on tue des enfants. Ils la tueraient en grande pompe, avec tout un cérémonial et des prières, des psaumes et des cantiques ». Si elle est aussi vindicative, c'est parce qu'elle parlé aux responsables de la traque de Lyra. Elle n'a pas hésité à leur dire à quel point ils étaient répugnants. On sent sa passion lors qu'elle dit que « si vous avez cru un seul instant que j'allais remettre ma fille entre les mains – les mains ! – d'une bande d'hommes habités par une obsession fiévreuse de la sexualité, des hommes aux ongles noirs, empestant la vieille sueur rance, des hommes dont l'imagination furtive ramperait sur son corps comme des cafards (…) vous êtes encore plus stupide que vous pensez que je le suis ».


Le cas de Mary Malone est intéressant car elle est une ancienne nonne (« vous avez cessé de croire aux principes de l’Église et ils vous ont laissée sortir »). Son départ n'a pas été paisible : « tout le monde autour de moi était terriblement déçu. Que ce soit la mère supérieure, les prêtres ou  mes parents, ils étaient tous furieux et plein de reproches ». On le voit bien, quitter l'église pour donner un autre sens à sa vie, est mal vu. Il est mal vu de vouloir trouver son propre chemin. Cela est vécu comme une trahison. 

Avec le recul, après avoir assisté à la guerre de Lord Asriel contre l'Autorité, Mary Malone se plonge en pleine réflexion (« autrefois, j'avais l'impression d'être reliée à Dieu, et, grâce à sa présence, j'étais reliée à l'ensemble de sa création. Mais s'il n'existe pas... »). Cette femme nous montre bien ce que lui avait apporté l’Église, la sensation de participer à quelque chose de plus grand qu'elle. Cependant, apprendre que tout ça reposait sur une imposture a changé sa vision des choses. Volontairement ou non, Mary porte alors le coup fatal au Magisterium en permettant à Will et Lyra de concrétiser leur amour.


vendredi 4 avril 2025

[Philip Pullman] Le miroir d'ambre

Troisième tome de la trilogie A la croisée des mondes, Le miroir d'Ambre s'avère être un roman prenant et passionnant, offrant un large choix d'actions et ouvrant à la réflexion.


Une terrible lutte s'annonce entre les forces de Lord Asriel et celles de l'Autorité. Pendant ce temps-là, Will et Lyra se lancent dans une périlleuse mission (aller dans le monde des morts) durant laquelle ils feront de surprenantes rencontres.


Will a entre ses mains une arme terrifiante : le Poignard Subtil, autrement appelé le Destructeur de Dieu. Il faut un grand combattant pour repérer la puissance d'une telle arme. C'est le cas du Roi des Ours, Iorek, qui met d'ailleurs Will en garde : « les machines de guerre les plus mortelles sont des jouets inoffensif à côté de ce poignard (...)Tes intentions sont peut-être louables. Mais le couteau poursuit un but, lui aussi ». A travers cette déclaration, on peut noter une sensation qui intervient tout le long de la lecture : les différents personnages, qu'ils soient humains ou non, sont pris dans un engrenage qui les lie tous et leurs actions ont des conséquences qui les dépassent.

Il y a même parfois une sorte de résignation face aux événements, presque de la soumission à la fatalité comme lors de la scène où Will et Lyra se rendent au royaume des morts et doivent traverser un lac pour y aller. Dans un décor symboliquement parlant (gris), face à un homme tout aussi frustre, ils se rendent compte qu'ils doivent abandonner une part d'eux-mêmes pour aller de l'autre côté (représentée par l’abandon de leur daemon). Ils affirment leur intention de revenir malgré la négation du passeur ; bien entendu, ils prennent la chose mal et menacent le vieil homme. Lui répond de sa voix monocorde : « tout le monde vient ici : les rois, les reines, les assassins, les poètes, les enfants… Tout le monde emprunte ce chemin, et personne ne revient ».


La question religieuse est fortement présente dans ce roman. On se souvient des paroles de Ruta Skadi dans le second tome (la Tour des Anges) où elle disait que « depuis qu'elle existe, c'est-à-dire très peu de temps à nos yeux, mais très très longtemps d'après les critères des mortels, l'Église a toujours cherché à supprimer et à contrôler toutes les pulsions naturelles. Et quand elle ne peut pas les contrôler, elle les détruit ». C'est la même voie critique qui est développée dans le roman. Lorsque Lyra expose son plan aux gardiennes du royaume des morts et aux morts (à savoir ouvrir une sortie sur un autre monde afin de les laisser sortir sous forme d'atomes), un moine prend la parole et expose sa vision dichotomique des choses. Il est méchant, fanatique et semble totalement déconnecté du monde dans lequel il vit désormais pour toujours (« ce n'est pas une enfant. C'est un agent du Malin en personne ! (…) Le Tout-Puissant nous a offert ce lieu béni pour toute l'éternité, ce paradis, qui semble si triste et désolé aux âmes perdues, mais que les yeux de la foi voient tel qu'il est : débordant de lait et de miel (…) Nous sommes au paradis, mes amis ! »).


Le combat de Lord Asriel (le père de Lyra) est mené pour différentes raisons. Certes, il veut aider sa fille à accomplir son but mais il désire aussi mettre à bas le Régent Métatron, qui ne rêve que de passions humaines et est plein d'ambitions (notamment de remplacer la vieillissante Autorité). Asriel ne veut pas pour sa fille d'un monde où « une inquisition permanente, bien plus terrible que tout ce que pourrait rêver la Cour de Discipline, organisée par des espions et des traîtres dans chaque monde ».

Plus terre à terre, on retrouve une même critique de la pratique dévoyée de la religion dans les mots de la mère de Lyra, Mme Coulter. Quand elle discute avec le père MacPhail (un homme qui veut empêcher un nouveau Adam et Eve et une nouvelle tentation), elle lui balance sa vérité en pleine figure : « Si vous avez cru un seul instant que j'allais remettre ma fille entre les mains (…) d'une bande d'hommes habités par une obsession fiévreuse de la sexualité (…) des hommes dont l'imagination furtive ramperait sur son corps comme des cafards ». Il est étonnant d'entendre de telles paroles dans la bouche d'une femme qui s'est rendue capable et coupable des pires atrocités et horreurs.

On ressent également cette même forme de déception et de scepticisme vis-à-vis de la religion dans le personnage de Mary Malone (une scientifique, amie de Lyra). C'est intéressant car c'est une femme qui a été élevée dans la soumission au Dieu et qui a par ensuite grandi dans le monde de la science. Ainsi, elle dit que « figurez-vous dans le temps, j'étais religieuse. Je pensais que la physique pouvait servir la gloire de Dieu, jusqu'à ce que je découvre qu'il n'avait pas de dieu du tout et que la physique était bien plus intéressante de toute façon. La religion chrétienne n'est qu'une erreur fort puissante et convaincante, rien d'autre. »


Le roman traite également des sentiments des hommes, tels l'amour ou la solitude. Qui de mieux pour montrer la force de l'amour que Mme Coulter ? Cette femme a été hypocrite et vile, cruelle, méchante, a su être perfide et trompeuse au point de duper le Régent. Elle a caché sa fille au fond d'une grotte en espérant que ce mauvais choix la protégerait de faits futurs potentiellement horribles. Et pourquoi a-t-elle pris tous ces risques ? Elle-même s'interroge : « d'où vient cet amour ? Je l'ignore ; il s'est emparé de moi comme un voleur dans l'obscurité et, aujourd'hui, mon cœur est si plein d'amour qu'il menace d'exploser ». D'ailleurs, dans ce roman, l'amour est fortement lié au sacrifice, à la douleur.

C'est le cas de Mme Coulter qui donne sa vie pour assurer un avenir à sa fille. Et c'est le cas de Lyra et Will qui doivent mettre de côté leur amour s'ils désirent vivre. Venant de mondes différents, ils ne peuvent vivre dans le monde l'un ou l'autre sans se condamner à terme, sans voir l'un des deux décliner physiquement jour après jour… Il est bien cruel qu'un amour naissant et si fort doive être mis entre parenthèses de cette façon.

Pour autant, nos deux jeunes héros font preuve d'une grande force d'esprit. Ils n'ont pas peur de clamer leur amour l'un à l'autre et ils ont conscience que la vie continue :


Will : Je t'aimerai toujours, quoi qu'il arrive. Jusqu'à ma mort et après ma mort.

Lyra : Nous vivrons dans les oiseaux, les fleurs, les libellules, dans les sapins et les nuages.


Un des changements les plus notables, entre le premier et le dernier tome, est la maturité acquise par Lyra. Elle se manifeste dans la gestion de son amour et son acceptation de la situation. Elle ne baisse pas les bras, est trop consciente de la fragilité de la vie pour s'enfermer dans des regrets (« et si… plus tard… (…) si on rencontre quelqu'un qui nous plaît (…) il faudra être bon avec elle, ne pas faire de comparaisons tout le temps en regrettant de ne pas être mariés l'un avec l'autre »).

Ce début de sagesse a été durement acquis, au prix de nombreuses pertes, d'amis morts, de blessures. Mais aussi de labeur comme souligné par Xanaphia quand Lyra s'aperçoit qu'elle ne comprend plus l'aléthiomètre : « il faut travailler. Tu croyais qu'il suffisait de claquer des doigts pour posséder ce savoir, comme un don ? Ce qui mérité d'être possédé mérite qu'on travaille pour l'obtenir ».

On sent une première manifestation de sa transformation lorsqu'elle répond à Tialys (une partenaire de voyage vers le monde des morts) qui la considère comme une gamine irresponsable et insolente. C'est une Lyra aux abois, sensible à sa faiblesse et de ses erreurs, qui parle (« vous autres, vous tuez les gens comme ça ! dit-elle en claquant des doigts. Pour vous, ça ne compte pas. Mais pour moi, c'est une torture et une souffrance permanentes ; je n'ai pas pu dire adieu à mon ami Roger, je veux lui demander pardon et essayer de me racheter si je peux »).

Et, la boucle est bouclée au moment où Lyra se retrouve face au Maître du Jordan College et Dame Hannah : «  je sais que je n'ai pas toujours dit la vérité (…) Je sais que j'ai beaucoup menti, et je sais que vous le savez, mais mon histoire est trop importante pour que vous la croyiez à moitié ». C'en est fini de la Lyra presque sauvageonne, qui espionnait, inventait des histoires. En allant dans le monde des morts, en trouvant puis perdant l'amour, en faisant de superbes rencontres, en devenant une sorcière (elle réussit le test lors de sa séparation avec Pan pour accéder au monde des morts), c'est une nouvelle Lyra qui naît.