Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

Article épinglé

Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

Affichage des articles dont le libellé est laudevin. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est laudevin. Afficher tous les articles

mercredi 15 juillet 2026

La mort des méchants (1)

Dans la série de l’assassin royal, les animaux sont particulièrement mis en valeur. Grâce à la magie du Vif, on est amené à mieux les cerner. Fitz ayant de nombreux liens (de Vif ou non) avec des animaux, ils aident au développement de l’intrigue et ont parfois des rôles importants. Ils aident Fitz à atteindre ses objectifs et ont parfois des morts tragiques. Ainsi, on retiendra les sacrifices de Fouinot ou Martel. Mais, il arrive aussi que ce soient eux qui apportent la mort.


Le roman La Reine solitaire est un roman de mort et de conclusion. Alors que Vérité le dragon vient de s’envoler pour libérer les Six-Duchés, Fitz est aux prises avec les artiseurs et les soldats de Royal qui veulent s’emparer de la caverne. C’est un combat déséquilibré car le bâtard fait face à des attaques physiques et contre son esprit. Lui n’est accompagné que par le loup. Mais, Oeil-de-Nuit se révèle un formidable combattant. Le chasseur est celui qui tue Ronce. Ronce est un artiseur qui a pris grand plaisir à torturer Astérie. C’est quelque chose qui ne peut pas être pardonné. La mort de Ronce est brutale : « Oeil-de-Nuit venait de trancher la grosse veine du cou, et la vie de Ronce s’écoulait en geysers écarlates (…) Le sang gicla comme une fontaine tandis que Ronce ne débattait sans savoir qu’il était mort ». La mort de Ronce n’est pas inutile car elle fournit une réponse à une énigme : comment réveiller les dragons de pierre ? Par le sang et le Vif.

Quelques temps plus tard, une autre mort marquante et attendue survient : celle de Royal. On souhaitait le pire à ce Loinvoyant depuis un long moment. Il y avait même de l’attente que ce soit Fitz qui le tue, en réponse à tout ce qui lui a été infligé. Mais, les choses ont été différentes : il a été tué par un furet. Ce n’est pas si surprenant car Royal paie les conséquences de ses actes : il a mis à mort, persécuté un bon nombre d’utilisateurs du Vif, il en a fait un moyen d’amusement en les faisant se battre contre des forgisés. La mort de Royal a été tout sauf paisible ; elle a été violente, tout à fait inattendue pour lui. Il a été pris dans un moment de faiblesse, où sa garde était baissée (« la sauvage créature qui le déchiqueta dans son lit une nuit laissa des traces sanglantes non seulement sur les draps mais dans toute la chambre, comme si son acte l’avait rendue folle d’exultation »). Le nom de cet animal mérite d’être retenu : il s’agit de Petit-Furet. D’ailleurs, Fitz l’avait rencontrée alors qu’il tentait de tuer Royal. Le furet avait réussi à lui montrer que c’était un piège et à le convaincre de le laisser faire. Fitz avait acquiescé et lui avait offert réconfort, chaleur et bonne chance.


Si durant la guerre contre les Pirates rouges, Fitz a donné la mort à beaucoup de forgisés, il a aussi tué quelques Pirates rouges (« ma hache lui enfonça son casque dans le crâne »). A chaque fois, à chaque mort donnée, ce n’est pas seulement Fitz qui tue, c’est toute la population duchéenne marquée par les exactions des Pirates. C’est un moment où Fitz ne devient que le bras armé d’un peuple qui recherche la vengeance. Lui-même n’en tire aucune gloire même si on peut le remercier pour ce qu’il fait.


Fitz cherche aussi la vengeance. Il n’a pas oublié qu’il a été torturé dans les cachots par l’équipe de Royal. Le peut-il d’ailleurs ? En tout cas, pendant de longues semaines, il en fait des cauchemars. Il se souvient des coups portés, de la douleur et qu’il est mort dans les cachots. Il porte aussi les cicatrices physiques et émotionnelles. Alors, quand il a la chance de se venger d’un de ses tortionnaires, il ne rate pas l’occasion. Pêne meurt dans d’atroces souffrances, empoisonné. Pêne meurt en sachant qu’il va mourir et qu’il n’y a rien à faire contre. Fitz semble en tirer une grande joie : « l’absence soudaine de ma perception de son existence était comme un rayon de soleil sur mon visage ».


Les Pie sont une menace. Ils ont réussi à enlever Devoir, l’héritier de la Couronne. La mission de récupération a poussé Fitz au-delà de ses limites et a même occasionné la mort d’Oeil-de-Nuit. Bien que battus, les Pie ont continué à vouloir saborder le trône. Ils ont espionné les Loinvoyant, menacé des gens comme Laurier ou Civil. On comprend assez vite que Laudevin est un homme dangereux, très dangereux. Le Pie ne vit que pour la confrontation. Pire, il est un homme marqué par ce que Royal a infligé à sa famille. Il a vu la cruauté et il est prêt à imposer la cruauté en réponse. Alors, quand Fitz et lui sont face à face, c’est nécessairement un combat à mort qui les attend, un affrontement violent. Fitz a le dessus (« je pris mon épée à deux mains mains et la plongeai dans sa poitrine »). Ce n’est pas seulement Laudevin que Fitz tue, c’est aussi le lien entre Laudevin et son cheval de Vif (« j’entendis le hennissement de rage d’un cheval de combat y faire écho »). Fitz tue aussi le cheval de Laudevin. La population percevra cela comme un meurtre. Fitz est emprisonné, condamné à une mort certaine. D’une certaine façon, il n’aspire qu’à mourir : la façon dont il s’est lancé dans ce combat tend à le montrer.


Fitz ne tue pas la Femme Pâle, il la laisse vivre. Il pourrait et il devrait pourtant la tuer. La Femme Pâle a fait tant de mal au Fou, son ami le plus important. Elle l’a torturé, elle l’a brisé. Et pourtant, quand l’occasion se présente, quand la Femme Pâle appelle la mort, il la laisse vivre. Ceci dit, à ce stade, elle est une femme pathétique et affaiblie, sans mains et presque folle, perdue dans ses illusions de grandeur. Elle est seule et sans ressources. Fitz l’abandonne dans son triste état. Plus tard, on la trouvera morte (« la Femme Pâle gisait sur la glace (…) Les moignons desséchés et noircis de ses bras me firent songer à des pattes d’insectes »).

jeudi 28 novembre 2024

La triste histoire de Laudevin

Les Loinvoyant sont loin d’être une famille qui traite bien son peuple. On en a eu l’exemple avec Royal. De façon plus globale, la famille royale semble avoir un problème avec la magie du vif et cela la mène à mener une politique particulièrement violente contre ceux qui l’ont. Même Fitz, le bâtard de la famille, en a souffert. La répression est donc encore plus impitoyable avec les simples gens. Le cas Laudevin en est un bon exemple.


On se rend très vite compte que Laudevin est radical et violent, prêt à tout pour atteindre ses buts, même à enlever un adolescent et répandre le sang. Tuer ne lui fait pas peur. Même mourir semble ne pas l’effrayer même si on finira par réaliser qu’il tient quand même à sa vie.

La vie de Laudevin est étroitement liée aux décisions des Loinvoyant, et en particulier Royal. En créant le cirque du roi et en faisant du sort des gens doués du Vif un spectacle, Royal a poussé l’horreur un peu plus loin. En réalité, il a juste mis à sa sauce une tradition des loinvoyant et des Six-Duchés : la mise à mort des gens du Vif. Royal ne s’est pas contenté du cirque : il les a traqués, il les a privés de toute ressource.

Laudevin a été traumatisé par ce qui est arrivé à ses proches, il ne parvient pas à se débarrasser des images qu’il a en tête. Il faut dire que cela a eu l’air particulièrement abject : à propos de sa soeur il dit qu’« elle est morte lentement, en toussant et en suffoquant, chaque jour un peu plus faible », et même cela semble avoir été moins violent que la mort de sa mère (« bien qu’on l’ait pendue, elle était encore vivante lorsque la hache l’a découpée en morceaux qu’on a jetés au feu »). 

Ce triste sort est d’ailleurs celui qui menace Fitz selon Burrich : les duchéens sont tellement ancrés dans leur peur qu’ils sont prêts à tuer un jeune homme apprécié.


Dès lors, il n’est pas étonnant de voir Laudevin se radicaliser. Il n’a plus rien à perdre et ne désire que la vengeance. La rumeur dit que « quand Laudevin avait perdu sa soeur, il s’était consacré à la cause de ses semblables, et il n’avait pas tardé à perdre la tête ».


Laudevin en veut à beaucoup de gens : aux Loinvoyant bien entendu mais aussi à ceux qui ont le Vif et ne font rien pour se rebeller. En se taisant, on est coupable de ne pas soutenir ceux qui souffrent. Il dit au pauvre Civil que « quand nous parviendrons au pouvoir, ceux du Lignage qui auront renié leur magie, ceux qui ont auront tourné le dos à leurs frères, voire qui nous auraient trahis au profit des immondes Loinvoyant… tous ceux-là mourront. Ils périront dans leur Cirque du roi ».

Clairement, Laudevin veut changer l’ordre des choses. On ne peut pas lui reprocher de sortir le Vif de sa clandestinité ou de donner une certaine légitimité au Vif. Malheureusement, il doit faire avec une famille qui a été négativement marqué par la tragédie du prince Pie. L’agenda de Laudevin, au-delà de sa violence, est politique :  il veut façonner le futur roi, Devoir. En tout cas, c’est ce qu’il dit à Tom Blaireau (Fitz) pour justifier son enlèvement :  « que les Loinvoyant reconnaissent enfin la vérité des légendes : leur sang charrie le Vif au même titre que l’Art ! Ce garçon deviendra roi un jour ; nous pouvons en faire l’un des nôtres, et, quand il montera sur le trône, il mettra fin aux persécutions que nous endurons depuis trop longtemps ».


Malheureusement, Laudevin fait face à Fitz. Bien que doué du Vif, le bâtard a juré allégeance aux Loinvoyant, et surtout à Kettricken. Il est prêt à tout pour libérer le prince, même à donner sa vie ou celle de ses proches (le Fou et Oeil-de-nuit). Fitz n’en arrive pas là : il parvient à libérer Devoir en infligeant une terrible blessure à Laudevin (« je saisis mon arme à deux mains et lui tranchai l’avant-bras avant que se lame fût complètement sortie. Il s’écroula sur le dos avec un hurlement suraigu, en agrippant son moignon »). Immédiatement, Laudevin est marqué. Selon Fitz, son aura a tout de suite faibli. Laudevin ne semble plus être l’homme qu’il est car Fitz remarque  qu’il « était parti le dernier, dépouillé de son statut de chef, chancelant sur la selle de son cheval de bataille à la bouche écumante, maintenu en place par un jeune cavalier ».


Laudevin entame alors une traversée du désert. Son plan a échoué et bon nombre de ses soutiens s’en vont. Ayant perdu la moitié d’un bras, il est plongé dans une profonde détresse. Laurier, à la fois proche de Kettricken et proche du Vif, nous apprend que « Laudevin s’étiole dans la cicatrisation du moignon que vous lui avez laissé. A la suite de notre petite aventure, nombre de ses partisans l’ont abandonné pour revenir aux authentiques traditions du Lignage ». 

Rejeté, Laudevin ne voit pas d’autre possibilité que d’être encore plus violent, encore plus intransigeant (« les fidèles de laudevin sont les plus dangereux et les plus jusqu’au-boutistes. Il attire ceux qui veulent faire le sang et semer l’anarchie »). On en a un exemple avec le calvaire infligé à Dame Brésinga qui est violée et dont les possessions sont spoliées. 

Pour arriver à mettre à bas les Loinvoyant, Laudevin avait noué une alliance avec Henja, une envoyée de la Femme Pâle. Mais, après la blessure de Fitz, il a changé de point de vue. Son handicap physique l’a grandement marqué. Il lui a fait perdre ce qui lui restait de discernement et de mesure. Ainsi, Laudevin est aveuglé par son besoin de revanche : « je me fiche de ce qui vous est utile, femme, autant que de votre proposition ! Ma vengeance m’appartient et je ne vous la donnerai pas contre de l’or étranger ! (..) Ce sire Doré me doit une vie et son traître de valet un bras ! »


Vient alors l’affrontement final entre Fitz et Laudevin. Fitz a bien cerné son adversaire. Il sait que, derrière ses beaux discours de sacrifice, Laudevin est fortement attaché à sa survie et à son corps. Il a compris que Laudevin est toujours choqué par son moignon. Fitz appuie sur cet avantage psychologique en disant que « je vais te couper l’autre bras et te laisser vivre ». La pique fait mouche et montre la fragilité de Laudevin (« l’expression d’horreur qui passa fugitivement Das son regard m’apprit que mes paroles avaient touché juste »). Finalement, Laudevin ne fait pas le poids face à un Fitz qui est comme possédé, en tout dans un état second : « il continuait à hurler, si bien que je dégageai une lame et la plantai à nouveau, cette fois dans sa gorge ».

samedi 5 août 2023

La chute de dame Brésinga

Dame Brésinga a comploté contre le trône royal et la famille des Loinvoyant. Alliée des Pie, elle a participé à l’entreprise de séduction à laquelle devait succomber Devoir. Mais, malheureusement pour elle, Fitz et le Fou ont contrarié ses plans. Elle a alors tout perdu : sa renommée et sa protection. Ce ne sont pas uniquement les Loinvoyant qui se sont méfiés d’elle mais aussi ses anciens alliés. Les Pie forment une organisation particulièrement violente, prête à tout pour atteindre leurs buts ou se venger. Ils n’hésitent pas à dénoncer publiquement ceux qui ne rejoignent pas leurs rangs : être doué du Vif est toujours vu comme une honte pour la plupart des duchéens.

Dame Brésinga apparait donc comme une bonne coupable. C’est elle qui paie l’échec de la tentative d’enlèvement de Devoir.


C’est Umbre qui nous apprend que les choses tournent mal chez les Brésinga. La famille semble avoir perdu toute influence locale. Tout laisse croire qu’ils ont changé d’orientation en ce qui concerne leurs alliances. Pour Umbre, ce n’est pas un choix volontaire mais un acte contraint et presque imposé. Il rapporte à Fitz que « au lieu de l’aristocratie terrienne et de la petite noblesse qu’elle accueillait jusque là, dame Brésinga a reçu plusieurs groupes de chasseurs dont la description m’a donné une impression de rudesse, voire de grossièreté ». Dame Brésinga n’avait pas laissé cette impression après la visite de Fitz et du Fou dans son château : on la sentait ambitieuse mais pas particulièrement vulgaire.

Pour un noble voulant être influent, participer à des fiançailles d’un prince est une nécessité, une obligation. Personne ne raterait ce moment-là. Pourtant, elle n’y assiste pas (« Dame Brésinga, selon ce que Sire Doré avait appris par les potins de la coeur, n’était pas venue assister à la cérémonie de fiançailles, prétextant un méchant tour de reins à la suite d’une chute de cheval »). C’est la deuxième indication que quelque chose ne va pas. C’est presque comme si elle était empêchée de quitter son château de Myrteville.

Tout cela ne peut qu’intriguer Umbre. C’est un mystère trop gros pour qu’il s’en désintéresse. Il enquête donc et apprend que « dame Brésinga passe de plus en plus de temps seule dans ses appartement, même lors des repas de ses invités ».


Selon Umbre, la femme rumine. Elle n’a pas supporté son échec et s’est enfermée dans une spirale de culpabilité. En voulant enlever Devoir et en étant incapable de mener la mission à bout, elle a reçu le courroux des Loinvoyant. A l’avenir, il est impossible pour elle d’envisager de grimper dans l’échelle sociale. Dès lors, il ne serait pas étonnant de la voir déprimée. Comme à son habitude, Umbre passe un bon nombre d’options en revue : « je me suis demandé quelque temps si dame Brésinga ne se trouvait pas elle-même en danger ou en position d’otage, tant ses déplacements étaient limités, et son existence monacale ; ensuite j’ai soupçonné de simples difficultés financières, et, aujourd’hui on m’apprend qu’elle boit beaucoup plus que d’habitude ». Umbre n’est pas loin de la vérité : dame Brésinga est retenue prisonnière dans son propre château, à la merci des mains sales des Pie.


Dame Brésinga est violée. Des Pie profitent de son château, de ses richesses et d’elle pour passer du bon temps. Elle a perdu toute autorité sur ses propres terres et plus personne ne la respecte. Elle partage sa peine et sa douleur avec son fils, Civil (« vos sbires l’ont déshonorée sous prétexte de lui permettre de retrouver son héritage de Pie »). On retrouve là l’idée que le viol est une arme. Pour les Pie, c’est la un moyen de contrôler une femme en utilisant des motifs hypocrites. Laudevin, le chef des Pie, insiste sur ce fait ; il est de toute façon un fanatique de la cause des Pie et a perdu toute logique, tout discernement. Laudevin ajoute d’ailleurs que cela devrait être un honneur pour elle de coucher avec des Pie, de renouer avec sa nature profonde : « c’est difficile, je sais, pour un gamin de voir sa mère comme une femme, mais c’en est une et avenante de surcroit. Elle devrait prendre ça comme un compliment ». Autrement dit, dame Brésinga n’a même plus le contrôle de son corps. Elle n’est qu’un objet dans les mains d’une bande de pervers.


Sans fortune, sans liberté, dame Brésinga n’a même pas le loisir de se suicider. Elle est sous une emprise totale. Il faudra la miséricorde des Loinvoyant pour qu’elle s’en sorte : « dame Brésinga a succombé à un empoisonnement alimentaire, ainsi que plusieurs de ses invités et domestiques ».

samedi 30 avril 2022

Les Pie contre les Loinvoyant

Contrairement à l’Art, la maie du Vif (péjorativement appelée magie des Bêtes) est mal vue. Elle est considérée comme une abomination par les gens des Six-Duchés. Les Loinvoyant, jusqu’au règne de Kettricken, ne font rien pour arranger ça. Alimenté par sa haine de Fitz, Royal traque les gens qui ont le Vif et les jette dans son Cirque où ils s’entre-tuent pour son amusement. Umbre dit même à Fitz que c’est dans la tradition des Six-Duchés de traquer les pratiquants du Vif. Mais, un jour ou un autre, les opprimés se soulèvent et c’est ce qui se passe dans le second cycle de l’Assassin royal. Un groupe se forme, prend le nom de Pie et mène des actions radicales, violentes. Ils ne veulent pas seulement la reconnaissance de leur magie, ils veulent porter un dur coup au trône et à la couronne des Loinvoyant.

Si les Pie sont aussi vindicatifs et énervés, c’est que bon nombre de gens doués du Vif sont massacrés, tués dans des conditions ignobles. La tradition permet de les tuer, de les battre, de les faire souffrir. Cela ne remonte pas à Royal, c’est quelque chose qui est bien ancré dans la société, à un point que l’horreur ne choque pas les gens. Heur, au début du tome le Prophète blanc, n’a vécu qu’à la ferme avec Fitz, il est tenu loin de la cruauté qui peut régner dans les Six-Duchés. Il n’est donc pas étonnant de le voir révolté et choqué lorsqu’une femme est punie pour avoir le Vif (« on y a traîné une femme couverte de bleus et de sang. On l’a attachée à un poteau, et j’ai cru qu’on allait lui donner le fouet (…) Un homme s’est avancé et a lu un document à voix haute, puis il s’est écarté et la foule a lapidé la femme »).

Si Fitz n’était pas de sang royal, il aurait fini découpé en morceaux du temps où Royal l’a torturé (la nef du crépuscule). Tous n’ont pas la chance d’être protégée par une belle lignée : Laudevin, un de leaders des Pie, a de la rancœur depuis ce que sa mère et son père ont vécu. Il explique qu’ « elle était encore vivante lorsque la hache l’a découpée en morceaux qu’on a jetés au feu. Quand à mon père, ma foi, je suis convaincu que le temps que les soldats de Royal Loinvoyant ont mis à exécuter ma mère sous ses yeux a dû lui sembler durer des années ».

Lorsque Devoir est enlevé par des Pie, Umbre et Kettricken demandent à Fitz de retrouver le Prince. Accompagné du Fou et de Laurier (une proche de Kettricken), ils partent à la recherche du jeune homme et finissent par capturer un jeune individu vifier. Le captif se rend compte que Fitz a le Vif et ne comprend pas pourquoi il agit ainsi. Certes, par le passé, des Vifiers se sont laissé acheter… Il insiste, questionne Fitz, tente de faire vibrer sa corde sensible (« quelle récompense vous a-t-on promise, à votre loup et à vous, si vous rameniez le prince ? (…) Ceux qui vous ont payé ont-ils juré de vous laisser la vie sauve, à vous et à votre famille, si vous meniez votre mission à bien ? Ils ont menti, croyez-moi. Ils mentent toujours »). Cette déclaration suffit à elle seule à montrer que les deux camps ont des positions irréconciliables. Il y a eu trop de sang versé, trop de morts pour se rapprocher. Laudevin fait preuve de la même perplexité lorsqu’il rencontre Fitz. Il ne comprend pas que l’homme en face de lui ne prenne pas position, traque les gens ayant le Vif (« vous réjouissez vous de ce que nous subissons, des flagellations, des pendaisons, des démembrements et des incinérations ? Pourquoi soutenir cet état de fait ? »)

Fitz n’est pas le seul menacé ; il n’est pas le seul à subir des intimidations, à être la victime de la façon binaire dont les Pie voient le monde. Laurier n’a pas le Vif mais vient d’une famille de Vifiers. Elle explique à Fitz que les Pie sont les plus extrêmes, qu’ils rejettent même ceux qui se disent du Lignage (des cerviens ayant le Vif et qui vivent tranquillement, sans vouloir imposer leur magie à d’autres) : « selon eux, les gens du Lignage doivent choisir : ou bien faire cause commune avec eux, ou bien être éliminés de la communauté ». La situation de Laurier est d’autant plus compromise du fait de sa situation et de sa proximité avec la Reine Kettricken. Elle est une cible facile et évidente (« les Pie savent qui je suis et où je vis, et je les ai doublement trahis à leurs yeux. Par la famille dont je suis issue, ils me considèrent comme du Lignage, or je sers le régime Loinvoyant qu’ils haïssent. Ils me tueraient s’ils en ont l'occasion »).

Fitz est également menacé. Le fait que Fitz Loinvoyant ait le Vif est une information bien répandue dans les Six-Duchés. Pour certains, il est une fierté, pour d’autres une abomination. Beaucoup de gens, quasiment la totalité de la population le croit mort. Mais, les Pie ont découvert qu’il est vivant et s’en servent pour faire pression sur les Loinvoyant (« le Bâtard-au-Vif est vivant (…) Vous l’abritez tandis que vous laissez d’honnêtes gens mourir parce qu’ils sont du Lignage (…) Peut-être mettre vous un terme à ce massacre lorsque nous vous aurons infligé la douleur de perdre un être cher »). La menace est claire et prend forme lorsqu’ils enlèvent Devoir. Fradecerf, une membre des Pie, justifie cet enlèvement : « ceux qui cherchent notre perte inventent de toutes pièces des torts et des préjudices que nous leur aurions causés (…) Si la Reine voit peser sur son fils la même menace que ma mère sur le sien, peut-être prendra-telle des mesures plus énergiques en notre faveur ». Car Kettricken a beau prendre des mesures pour améliorer le sort des vifiers, les choses changent très peu.

L’enlèvement de Devoir se solde sur un échec pour les Pie. Devoir retourne à Castelcerf et son secret (il a le Vif) est éventé. Malgré tout, les Pie continuent d’observer le prince, de l’espionner. Ils ont des gens sur qui ils font pression pour espionner : Lourd le serviteur d’Umbre est un espion involontaire du fait de sa candeur, Civil n’a pas d’autre choix que d’espionner Devoir s’il ne veut pas que trop de mal soit fait à sa mère. Laudevin est sans pitié avec Civil, il se moque de sa naïveté, de sa tendance à croire les mensonges du trône (« tu crois aux fausses promesses de la reine montagnarde ? Tu la crois vraiment prête à nous écouter, à prendre les mesures nécessaires pour améliorer notre ? Peuh ! » on sent bien là tout son dédain, tout son mépris.

Kettricken prend les choses en main. Elle organise des négociations entre le Lignage et la Couronne. Elle envoie Devoir pour parlementer alors que des vifiers sont accueillis à Castelcerf. Par mi eux se trouve des Pie qui sont nécessairement plein d’émotions et de ressentis mais aussi des gens plus mesurés et raisonnables comme Trame. Ils répètent leurs histoires, montrent bien que tout cela est du vécu et qu’on peut difficilement passer outre les traumatismes qu’ils ont vécu. La responsabilité des Loinvoyant paraît difficilement niable. Le témoignage de Mercuroeil est ainsi saisissant et produit son effet (« elle parla des assassins de sa famille (…) Trame paraissait abattu et attristé, et les traits de ma reine se figèrent peu à peu tandis que ceux d’Umbre semblaient sculptés dans la pierre (…) la femme exigeait une vengeance et un châtiment beaucoup trop extrêmes pour qu’on songeât seulement à les lui accorder »). On voit bien que les positions sont difficilement réconciliables, d’autant plus lorsqu’on entend ce que réclament les Pie (« que les sanctions soient exactement proportionnés au crime ! Pour un père tué, qu’un père meure ; pour une mère, une mère ; pour un enfant, un enfant ! »

Fitz se rend compte que Mercuroeil tente de raviver la colère de ses pairs. Elle est pleine de rage, elle ne peut dépasser ce qu’elle a vu, ce qu’elle a vécu. Le traumatisme perdure : « avez-vous oublié les hurlements de vos cousins, les amis à qui vous rendiez visite et dont vous ne retrouviez comme seule trace qu’un tas de cendres près d’une rivière ? » D’autres sont plus mesurés, c’est le cas de Trame et aussi de Civil. Lui a ouvertement le Vif et pourtant il continue de fréquenter Devoir, les Loinvoyant ne l’ont pas jeté en prison. Il témoigne et s’offusque de la radicalité de certains (« Renverser les Loinvoyant ? Quelle idée de génie ! Éliminez la seule reine qui ait jamais tenté de mettre un terme aux exécutions »).

Kettricken prend les choses en main. Elle met en place des mesures symboliques (un clan du Vif va accompagner Devoir dans sa quête de Glasfeu) et légales (« aucune exécution ne pouvait légalement avoir lieu sans l’aval de la maison régnante de chaque duché (…) les ducs et les duchesses avaient l’obligation d’étudier personnellement chaque cas »). on comprend bien qu’éliminer des siècles de massacres et de persécution ne sera pas facile, mais qu’en obligeant chaque accusation à passer devant un noble, elle espère réduite le nombre de morts, de fausses accusations.

Et à son retour d’Aslevjal, Fitz se rend compte qu’il y a eu des purges dans les rangs du Lignage. Des accusations gratuites ont continué à être proférées et en plus contre des gens influents. Mais cela est allé plus loin : les modérés du Lignage ont décidé de faire ménage et traquer les Pie (« nous avons entrepris de nettoyer notre maison, et la pollution dont nous devons débarrasser notre sang nous fait honte. Détournez les yeux, nous vous en implorons, tandis que nous éliminons de nos lignées ceux qui les déshonorent »). Du sang, des morts et des tueries gratuites. Si la situation des gens du Vif semble s’améliorer à la fin du deuxième cycle de l’assassin royal, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.