Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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jeudi 18 décembre 2025

Lourd, différence et handicap

L'assassin royal est l'histoire de gens à part qui changent les choses : Fitz est un enfant illégitime, le Fou est un étranger inquiétant, Kettricken est une grande blonde qui détonne. Mais, tous autant qu'ils sont, ils finissent par être acceptés par leurs pairs et leurs différences leur permettent de grandir. Ce n'est pas le cas de Lourd, un serviteur différent physiquement et mentalement. Il est plutôt petit et réfléchit différemment des autres. Cela se remarque. Ce que très peu savent est que Lourd est extrêmement puissant dans l'Art, sans doute la personne la plus forte à ce moment des événements. Il n'est donc pas étonnant qu'il attire le regard d'Umbre ; le maître assassin est toujours à la recherche de talents particuliers. Umbre dit donc que Lourd n'a pas « le cerveau le plus brillant du château, mais il convient admirablement à mes desseins ». Umbre ne s'intéresse donc pas à la personnalité de Lourd mais à ce qu'il peut lui apporter.

Quand Fitz finit par rencontrer Lourd, il a un mouvement de recul, il a instinctivement un acte de défiance (« je ne sais pourquoi, ses différences le rendaient un peu effrayant : un frisson de répulsion me parcourut : il ne présentait pas de danger, j'en étais sûr, mais, je n'avais aucune envie qu'il m'approche »). Clairement, la différence de Lourd rebute Fitz. Dans un premier temps, il s'arrête aux apparences sans chercher à creuser. Puis, lorsqu'il passe de plus en plus de temps avec lui, Fitz développe ses arguments. Ce qui dérange Fitz est de ne pas pouvoir partager réellement avec Lourd. Quand ils discutent, il ne sait pas si le petit homme comprend ce qu'il dit : « la manière qu'avait son esprit d'emprunter d'autres directions que le mien, d'attacher de l'importance à des détails que je négligeais tout en désintéressant de pans entiers de ce que j'appelais la réalité ».

Alors qu'il a été séparé de sa mère, Lourd a de la chance d'être vivant. Dans d'autres contrées, il aurait connu la mort. Fitz nous apprend que « dans le royaume des Montagnes, un enfant comme Lourd aurait été abandonné dans la nature dès sa naissance ». Le constat est le même dans les îles d'Outre-Mer (« à l'évidence, les Outrîliens partageaient l'avis des Montagnards sur les enfants déficients. Si Lourd était né à Zylig, il n'aurait pas vécu un jour »).

Pour autant, il n'est pas nécessaire d'aller chercher dans d'autres pays le mépris ou le dédain. Ce sont des choses bien répandues dans les Six-Duchés. Devoir nous en donne une belle preuve en s'exclamant : « vous plaisantez, j'espère (…) cette créature doit faire partie de mon clan ». Il n'est pas seulement choqué de devoir lier des liens avec Lourd, il emploie également un terme qui retire à Lourd son statut d'humain. Mais, le talent de Lourd avec l'Art le rend indispensable au trône Loinvoyant et Devoir se rapproche de lui. Ce rapprochement est mal vu à la cour : Lourd n'est qu'un serviteur débile. Aux propos méchants sur ce qu'il est se développe en plus une jalousie qui l'ostracise encore plus. En espionnant, Fitz se rend compte que « nombre de nobles acceptaient avec difficulté l'amitié du prince pour le simple d'esprit, et pour des raisons que je ne comprenais pas, certains serviteurs s'offusquaient encore davantage ». Toutes les classes sociales se moquent donc de Lourd, de sa différence. On en a une autre preuve sur le bateau qui se rend chez les Outrîliens lors de la quête de Devoir. Lourd est malade en bateau et cela réjouit les soldats (« Lourd était différent, simple d'esprit empêtré dans un corps maladroit, et ils se réjouissaient de sa détresse qu'ils prenaient pour une preuve de son infériorité »).

Tout cela participe également à la façon dont voit Fitz lourd. Il est partagé entre pitié et admiration.

La pitié est due au destin qui attend Lourd, il n'a aucun espoir d'être normal selon les critères de l'époque. Il est condamné à rester le même homme fragile, à part et moqué. Cela attriste donc Fitz lorsqu'il le comprend (« il était simple d'esprit, gros, maladroit, contrefait, sans raffinement (…) aussi peu à sa place dans la château où régnaient luxe et plaisir (…) Lourd resterait toujours vulnérable »).

Cependant, grâce à l'Art, Fitz sait que Lourd est bien plus que ça, il sait qu'il a un talent unique et qu'il participe grandement à la stabilité du royaume. Il est même étonné que ce soit le cas : Lourd est un puissant artiseur qui n'a pas l'air de s'en apercevoir : « je me demandai comment un esprit aussi simple pouvait concevoir une musique aussi complexe et subtile – et une intuition m'illumina soudain : cette broderie musicale constituait le cadre de ses pensées et de son univers ».

Puisqu'il est retardé ou simple d'esprit, beaucoup pensent qu'il n'est pas capable de ressentir des choses et se permettent donc d'avoir une attitude déplorable ou des mots durs en sa présence. C'est le cas de Civil, sur les îles d'Outre-Mer, qui se sent contraint de s'occuper de Lourd et le fait crûment remarquer (« moi, je reste avec l'idiot »). Quand Fitz lui dit de ne pas parler comme ça, Civil est surpris et perplexe, on dirait presque qu'il croit que Lourd est comme un forgisé, vide (« il se tourna vers le petit homme endormi, comme étonné d'apprendre qu'il éprouvait des sentiments »).

Or, Lourd ressent les insultes et il est capable de dire que ça lui du mal. Il se plaint à Fitz que « tu dis mots gentils mais je sais que tu penses sur moi ; c'est comme des poignards, des cailloux et des gourdins ».

Alors que la quête de Devoir se conclut sur une terrible bataille avec des dragons et les forces de la Femme Pâle, le regard sur Lourd change. Il use de ses dons avec l'Art pour guérir des blessés. Il devient alors une personne importante, une personne appréciée ; on lit qu'il « devint l'incarnation des Mains d'Eda. J'entendis l'Ours implorer le pardon du prince Devoir pour l'irrespect dont ils avaient fait preuve ».

Bien entendu, tout ne devient pas rose du jour au lendemain. La vie de Lourd et son acceptation progressent doucement (« les occupants de la salle de garde avaient appris à tolérer la présence du compagnon du prince »). Certains continuent de lui faire du mal, de façon assez méchante, et pas même l'amitié que lui montre Devoir ne suffit à leur faire dépasser les préjugés. Devoir témoigne, par exemple, que « les domestiques s'en prennent à Lourd, ils le piquent avec leurs aiguilles par accident si je ne suis pas là pour le défendre ».

Dans la trilogie du Fou et de l'assassin, Lourd est bien moins présent ou important. Sa puissance dans l'Art n'a pas diminué mais il est très fatigué, son corps le freine. Or, Lourd peut très bien changer cela comme signale Ortie : « j'ai répondu qu'il était beaucoup plus fort que moi dans ce domaine et plus que capable d'employer son talent sur lui-même s'il le souhaitait. Il ne le fait pas, et je respecte son choix ». Ortie éprouve donc de la considération, elle comprend qu'à sa façon Lourd fait preuve de sagesse.

Malheureusement, dans d'autres aspects de sa vie, Lourd fait preuve d'une énorme naïveté. Alors qu'il est sur le chemin vers Castelcerf avec des soldats, il ne saisit par leur humour et leur méchanceté. Il est à la merci de leur cruauté et là où d'autres auraient vu le piège, ce n'est pas son cas. Il est donc victime d'une déplorable plaisanterie (« ils ont envoyé des filles m'embêter ; elles ont dit que je n'étais pas capable de leur toucher les seins, et elles m'ont giflé quand je l'ai fait »). Les moqueries n'ont pas cessé : Lourd continue d'être moqué et humilié publiquement à cause de sa différence. Cette anecdote illustre bien ce qu' a été sa vie ; il a été un homme à part, jamais reconnu ou accepté par la population pour ses apports ou pour ce qu'il est ; il a été une cible facile que certains ne se sont pas gênés d'attaquer ou de rabaisser.

samedi 20 mai 2023

Comment Fitz vit-il ses crises ?

Défait par Royal, Fitz est battu physiquement et manque de se noyer. C'est Fouinot qui vient le sauver, en sacrifiant sa vie. Fitz vit là un nouveau traumatisme. Cela a un impact certain sur le jeune homme qui se rend compte, enfin, qu'il n'est qu'un pion dans le jeu du roi Subtil. Si les blessures sont en partie mentales, elles sont surtout physiques. Fitz perd de sa vigueur, de sa vitalité. Il perd possession de ses moyens physiques. Il a des crises de tremblements, des moments où son corps ne lui répond plus. Pour un assassin, c'est une tare. Fitz le vit donc mal et ce qui est une incapacité physique se transforme en apitoiement moral.

A vrai dire, Fitz est presque pathétique. Certes, Royal l'a dominé et il a frôlé la mort. Mais, il est étrange de le voir renoncer si fortement : « je suis fatigué, je suis épuisé. Je ne suis plus à la hauteur de ce qu'on attend de moi (…) Peu importe mon devoir, peu importe mon serment, je suis trop diminué pour tenir ma parole ». Cette attitude étonne ses proches. Voir Fitz si défaitiste les questionne. Ils ne comprennent pas pourquoi le jeune homme baisse les bras et est prêt à renoncer à sa vie. Burrich tente de le raisonner de différentes façons, notamment en employant un discours plus optimiste. Il lui rappelle que Fitz a des devoirs envers le trône ; Fitz n'entend pas cet argument. Il lui dit alors qu'il n'est mort, qu'il peut encore faire des choses (« tu n'es pas aveugle, tu n'es pas paralysé ; tu as encore toute ta tête. Cesse de te définir parce que tu ne peux pas faire. Vois plutôt ce que tu n'as perdu »). Bien entendu, Fitz n'est pas en état d'entendre ce genre de paroles. Il se ferme.

A ce moment du récit, Fitz est encore dans les Montagnes. La procession des Six-Duchés est repartie vers Castelcerf avec Royal et Kettricken alors que Fitz a décidé en arrière, officiellement pour guérir, officieusement pour se lamenter sur son sort. Burrich n'est pas le seul à tenter de le soigner ou de le remettre en état physique, Jonqui essaie aussi. Elle aussi se heurte à un mur, à un Fitz négatif, un Fitz qui semble refuser de faire des efforts (« guérir peut être long et fastidieux parfois, mais dire que vous ne pouvez pas continuer ainsi... Je ne comprends pas. Cela provient peut-être d'une différence entre nos langues ! ») Autrement dit, Burrich et Jonqui tentent de dire à Fitz que sa vie continue. Il ne peut plus faire un bon nombre de choses mais il peut encore faire certaines choses : il doit trouver sa voie.

Mais, rien ne change quand Fitz finit par retourner à Castelcerf. Il se lamente quand les autres ont des signes d'attention pour lui. Il prend cela comme une insulte, comme la preuve qu'il est un incapable. C'est par exemple le cas lorsque Pognes l'aide à prendre soin de son cheval. Fitz le prend mal et considère qu'on le prend pour un poids mort : « mais ce soir, il m'a traité comme un invalide... quelqu'un de tellement faible qu'on ne peut même plus l'insulter. Comme s'il était normal qu'il fasse les choses à ma place ».

Trembler complique la vie de Fitz. Cela pourrait avoir un impact sur sa capacité à manier l'épée ou préparer des poisons. Mais, en réalité, si il le vit aussi mal, c'est parce que c'est un signe de faiblesse, de défaite. C'est la preuve que Royal a été meilleur que lui et il ne tolère pas ça (« je ne supporterais pas qu'il me voie trembler de faiblesse ou m'écrouler subitement, pris de convulsions ; je ne veux pas le voir sourire de ce qu'il m'a fait, je ne veux pas le voir savourer sa victoire »). Fitz fait tout pour cacher sa faiblesse et il y parvient, surtout avec le temps qui passe : « mes mains se mirent à trembler ; je les posai sur la table et les serrai l'une contre l'autre pour les calmer. Je sentais toujours les spasmes qui les agitaient, mais au moins ma faiblesse n’était plus visible » et « je continuais à être parfois victime d'accès de tremblements, mais je faisais moins de crises et je m'arrangeais toujours pour regagner ma chambre avant de m'humilier et m'effondrer devant tout le monde ».

Si Fitz vit aussi mal son état, c'est aussi parce qu'il pense devoir renoncer à quelqu'un qu'il aime : Molly. Il anticipe sa réaction et se convainc qu'elle ne voudra plus de lui (« elle s'est déjà occupée d'un infirme, elle y a passé sa jeunesse, tout ça pour s'apercevoir qu'il ne lui avait laissé que des dettes. Et tu voudrais que j'aille la retrouver dans l'état où je suis ? ») Les faits lui donnent raison puisque Molly ne veut plus de lui. Mais, cela n'a rien à voir avec son infirmité mais c'est plus la conséquence d'un malentendu. Quand elle finit par voir Fitz au château, Fitz pue le vin et Molly ne supporte pas ça (« je sais que je ne serai jamais la femme d'un ivrogne. Je crois même que j'ai pas envie d'être l'amie d'un ivrogne »).

Une autre personne que Fitz apprécie énormément est le Fou. A ce moment du récit, les deux commencent à nouer des liens forts. Le Fou commence à prendre une place importante dans la vie du bâtard royal. Avoir un moment de faiblesse devant lui l'effraie : « je me mis à trembler, mes dents à claquer, les lucioles à étinceler à la lisière de mon champ de vision. Une crise ! J'allais avoir une crise, et devant le fou ! »

L'état physique de Fitz est remarqué par ses amis. Patience le constate (« tu es épuisé et plus qu'à demi malade, va te coucher ») et s'en inquiète tout comme Brodette (« Brodette me raccompagna à la porte, d'où elle me suivit d'un œil inquiet jusqu'à ce que je fusse au palier »). Umbre, lui, est plus direct. Bien qu'inquiet, il conseille Fitz avec son œil d'assassin. Il le pousse à avoir plus d'activité physique et de cesser de se lamenter. Surtout, il tente de lui retirer la peur qui le paralyse : Fitz ne peut pas comporter comme s'il était une proie ; ainsi quand il se croit à nouveau empoissonné par Royal, Fitz croit voir des signes annonciateurs et se met à suer et transpirer ; Umbre le remet à sa place : « cesse, fit Umbre sans élever le ton. C'est toi qui te crées ces réactions, Fitz ».