Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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mardi 14 juillet 2026

Fitz manque-t-il d'ambition ?

Quand on arrive à la fin de la saga, on se rend compte que Fitz n’a jamais régné, qu’il n’a même jamais réellement cherché à avoir le pouvoir. Il n’a été qu’un pion manipulé par quelques (Subtil, Umbre) ou que d’autres (Royal) ont voulu abattre dans leur conquête du pouvoir. Pourtant, même bâtard, Fitz reste un Loinvoyant, le fils du prince Chevalerie.


Alors, comment expliquer ce manque d’ambition ?


On peut bien entendu mettre en avant son éducation. Tout a été fait pour que Fitz reste dans l’ombre. Il a été conditionné pour obéir et agir avec une étroite mage de manœuvre. Tout ce que lui a appris Umbre a mené à ça. Quand Fitz a voulu faire preuve d’indépendance d’esprit lors d’un exercice, il a été renié par Umbre durant de longues semaines. Il en a tiré la conclusion qu’il ne fallait pas faire de vagues, ne pas avoir de désir de pouvoir ou de gloire. Subtil et Umbre ont fait en sorte que tous ses actes soient tournés vers les Loinvoyant, et non pas vers l’accumulation d’influence. 

Alors qu’il n’était qu’un gosse, le roi Subtil a éteint toute velléité. Il s’est acheté la loyauté de Fitz en lui fournissant un toit, une éducation et l’appartenance familiale aux Loinvoyant : certains poussaient pour mettre de côté (tuer) ce fils illégitime, pas Subtil. Les deux nouent un marché : « si un homme o une femme cherche à te retourner contre moi en t’offrant plus que je ne te donne, viens me voir, expose-moi l’offre et je la surpasserai ». Là, Subtil dit à Fitz qu’il sera toujours là, qu’il prendra toujours en compte ses besoins. Fitz n’a rien à gagner à vouloir outrepasser un roi qui lui donne tant.


Pour d’autres (Royal), il faut voir le manque d’ambition de Fitz comme un héritage paternel. Après tout, Chevalerie a renoncé à la fonction suprême. Il a refusé d’être roi à cause d’un motif futile. Royal trouve cette décision pathétique, ridicule. Selon lui, cela montre que Chevalerie n’avait pas les épaules pour régner (« tu es le misérable bâtard d’un petit prince qui m’a même pas eu le courage de devenir roi-servant »). Fitz n’aurait pas d’autre choix que répéter ce comportement.


La principale critique du manque d’ambition de Fitz est Astérie. La ménestrelle a rencontré Fitz alors qu’elle cherchait à écrire une belle histoire, à entrer dans la légende. Elle a vu Fitz participer au réveil du dragon d’Art et de pierre de Vérité. Mais, surtout, elle l’a vu se couper du monde, se réfugier dans une cabane perdue au milieu de nulle part plutôt que revenir triomphal à Castelcerf. Astérie n’a jamais réellement digéré ce choix. Pour elle, l’attitude de Fitz est incompréhensible.

Quand Fitz revient plus tard au château, ce n’est même pas en tant que noble. Non, il revient comme un vulgaire domestique, un être invisible sans influence et sans pouvoir ! Ce choix dégoûte Astérie qui ne se gêne pas pour montrer son dépit (« le fils d’un roi sacrifie son existence entière pour la famille de son père, tout ça pour finir comme valet, soumis aux mauvais traitements d’un gentilhomme étranger bouffi d’orgueil »). Fitz expose toute sa faiblesse en faisant ce choix. 

Astérie a alors la confirmation de ses doutes. Elle fait partie des rares personnes qui connaissent une bonne partie de la vie du bâtard de Chevalerie. Elle le connait intimement, elle a bien pu cerner sa personnalité. Elle pense que Fitz est heureux de finir comme domestique de Sire Doré : « ç’a toujours été ton rêve le plus cher, n’est-ce-pas ? Avoir ta petite existence à toi, n’être en rien responsable de ta lignée ni des événements de la cour, faire partie des petites gens, ne laisser aucune trace dans l’histoire ». Ce qui est assez ironique avec ces propos est que Fitz a certainement rêvé de ça quand il était en couple avec Molly alors que ses activités d’assassin le retenaient à la cour ? Il aurait sans doute tout donné pour qu’un autre exerce ses fonctions ou qu’il y ait la paix, afin de pouvoir vivre avec celle qu’il aimait….


Étrangement, un autre détracteur est Umbre. Lui qui a formé Fitz, qui l’a mis en garde contre la déloyauté lui reproche une certaine forme de manque de courage. Umbre était à deux doigts de l’insulter de tous les noms quand Fitz a participé à la conspiration de Brondy de Béarns pour renverses les manipulations de Royal ; Umbre sous-entendait même que Fitz basculait vers la traîtrise alors que les actions étaient légitimes et nécessaires tant Royal menait le royaume vers sa chute. Des années plus tard, il adresse à Fitz des reproches méchants, cruels, injustes : « c’est ta plus grande faiblesse, Fitz, et ce depuis toujours : tu es trop prudent. Tu manques d’ambition. C’est ce qui plaisait à Subtil chez toi ; il ne t’a jamais craint comme il me redoutait, moi ».


Fitz aurait donc pu avoir plus. Si on suit Umbre, il aurait pu réclamer plus ou obtenir plus de pouvoir par des machinations. Il aurait pu influencer la politique de Kettricken en murmurant à ses oreilles, en devenant son principal conseiller après la guerre des Pirates Rouges. Grâce à Devoir, on apprend que Kettricken l’aurait sans aucun doute écouté (« si elle vous baptise oblat, c’est qu’elle vous regarde comme le roi légitime des Six-Duchés »).  

Fitz avait donc tout pour devenir le roi officieux. Il avait la légitimé familiale, les compétences, l’expérience ; il aurait été soutenu par un bon nombre de nobles. Même sa pratique du Vif aurait pu être atténuée par sa belle histoire : savoir qu’il a pratique la magie aurait pesé bien peu face à son sauvetage du pays. Comme le dit Astérie, Fitz aurait pu suivre une autre voie : « tu aurais pu être quelqu’un. Peu importe ta naissance, on t’a donné toutes les chances de gravir les échelons et tu aurais pu devenir un personnage important ». Cela n’a pas été le cas. Notons que si Astérie est si véhémente, c’est parce que son parcours personnel a été très compliqué, qu’elle en a bavé et qu’elle a misé gros sur Fitz : elle se serait élevée avec lui.

samedi 4 avril 2026

Petit billet # 3 : Au revoir

Le Fou a dit : « Ne le laisse pas se fermer à toi. Tu devrais savoir, depuis le temps, combien il est facile de perdre quelqu’un simplement en ne le retenant pas ».


Est-ce vrai ?


Il a perdu Molly en ne lui disant pas la vérité. Il ne lui a pas dit qu’il était de sang royal, le fils d’un prince. Il ne lui a pas dit ce qu’il faisait réellement au château. Quand il l’a fait, il ne l’a même pas fait volontairement. Il l’a fait (deux fois)  en étant au pied du mur : quand Molly est venue chercher de l’aide après avoir perdu sa boutique et quand Molly a dit qu’elle devait  partir (car elle était enceinte). Pourtant, Molly n’a eu de cesse de lui répéter que leur amour était impossible.


Burrich, aussi, est parti. Son départ a été sale. Fitz s’est mis en colère et a prononcé des paroles extrêmement méchantes, déplaisantes. Il a détruit tout ce que Burrich avait construit, tout rabaissé. En gros, il lui a hurlé dessus que Burrich avait gâché deux vies : celle de Burrich et celle de Fitz. Pourtant, Burrich voulait juste aider, et il est parti…


Enfin, il y a la magnifique Astérie qui ne demandait qu’à passer du temps avec lui, qu’à être estimée et pouvoir vivre publiquement sa passion. Fitz lui a refusé tout cela. Et elle aussi est partie.

jeudi 26 février 2026

Fitz désire-t-il le Fou ?

Fitz est clair. Il ne ressent aucun désir physique pour le Fou, il n’a pas envie de coucher avec lui. La simple idée le dégoûte et lui fait perdre tous ses moyens. Quand quelqu’un ose suggérer que les deux amis sont amants, il perd tous ses moyens toute logique.


Il prend bien soin de dire à tous que le Fou est un ami, simplement un ami. Et qu’il n’y a rien de plus entre eux. Le Fou est un homme et Fitz aime les femmes. Mais, Fitz ne peut pas contrôler ce que le Fou dit ou laisse entendre. D’autant plus que le Fou a l’habitude de parler de façon détournée, parfois peu claire. Il manie si bien les mots qu’on peut y trouver le sens qu’on veut. Ainsi, le Fou, sans doute avec un peu de méchanceté, taquine Astérie en disant que Fitz et lui ont une relation qui va au-delà de l’amitié. Jalouse, Astérie confronte Fitz : elle veut savoir ce qui se passe réellement entre les deux. 

La même chose se passe des années plus tard quand Jek, une amie du temps où le Fou était Ambre, se rend à Castelcerf. Jek se rend compte à quel point la vie d’ Ambre (ou Sire Doré ou le Fou) est un gâchis. La jeune femme n’ayant pas sa langue dans sa poche, elle s’en va trouver Fitz pour le mettre au pied du mur.

Et, bien entendu, le bâtard est offusqué. Il nie toute aventure avec le Fou et le confronte même : « tu as laissé Astérie et Jek imaginer que nous pouvions être amants (…) De ton point de vue, il n’est peut-être pas grave que Jek te prenne pour une femme amoureuse de moi, mais je suis incapable de traiter ce genre de suppositions pardessus la jambe ».

Fitz se sent presque insulté. Il a l’impression d’être trahi, d’être victime d’une bien mauvaise plaisanterie.


Ce qui est surprenant avec Fitz est son immense maladresse. L’Art ou le Vif ne lui ont pas permis d’acquérir du tact. Il lui arrive de dire des choses qui blessent, qui font réellement mal. On en avait vu un exemple quand il avait dit ses vérités à Burrich : il reprochait à son ancien mentor de vouloir diriger sa vie. Il fait la même chose avec le Fou (« Jamais je ne pourrais te désirer comme compagnon de lit. Jamais ! ») Fitz n’avait aucun besoin de prononcer ces mots-là puisque le Fou ne lui a jamais rien demandé. Mais, se sentant tellement menacé, il a voulu régler la question une fois pour toute.

Le Fou tente de le raisonner. Il lui dit que « je n’imposais aucune limite à mon amour pour toi, et c’est vrai, toutefois jamais je n’ai espéré que tu t’offres physiquement à moi ». Cette phrase mesurée et pesée n’a aucun impact sur Fitz tant il est pris par sa colère et sa rage.


Si Fitz est catégorique, d’autres doutent et pensent même que Fitz couche avec le Fou. L’enragée et passionnante Astérie crache son venin quand Fitz la rejette. Ses mots sont clairs : «  ton nouveau maître t’a-t-il inculqué ses moeurs jamailliennes ou bien avais-je tort, il y a tant d’années ? Peut-être que le fou était bel et bien un homme, finalement, et que tu es simplement revenu à tes penchants véritables ». Astérie est vindicative. Si elle est l’autant, c’est parce qu’elle est vexée que Fitz refuse de coucher avec elle. C’est d’autant plus incompréhensible qu’elle était la seule personne à avoir des relations sexuelles avec lui depuis le départ de Molly. Astérie pense donc avoir été remplacée par le Fou.


Devoir et Civil, eux, pensent que les deux ont des relations sexuelles. C’est surtout Civil qui a influencé l’avis de Devoir. En effet, Civil n’a jamais pardonné au Fou de l’avoir embrassé. Fitz doit donc préciser que « sire Doré et moi ne couchons pas ensemble, à dire vrai, je ne l’ai jamais vu coucher avec personne ». Cela laisse entendre que Fitz n’a jamais envisagé le Fou comme un partenaire potentiel.


Mais, à Aslevjal, la Femme Pâle apparait. Elle est le Fou au féminin. Tout dans son attitude, son comportement et sa façon d’être rappellent le Fou à Fitz. Et, Fitz ressent un fort désir pour la Femme Pâle. Quand celle-ci dit que « je vous charmerai mille fois plus que votre fou pitoyable, car nous représentons enfin le couple parfaitement complémentaire, non seulement Prophète et Catalyseur, mais aussi mâle et femelle (…) Je serai tout ce que secrètement il rêvait en vain d’être pour vous », Fitz est à deux doigts de succomber. La Femme Pâle offre à Fitz tout ce qu’il a toujours désiré : une relation totale et complète avec le Fou, un Fou femme. 

jeudi 29 mai 2025

La relation entre Astérie et Oeil-de-Nuit

Quand Fitz se rend dans les Montagnes pour retrouver Kettricken puis Vérité, il ne le fait pas seul : il rencontre la ménestrelle Astérie et il est rejoint par Oeil-de-Nuit, après sa tentative de s’intégrer à une meute de loups. Astérie partage le préjugé négatif des Six-Duchés sur le Vif : elle le voit comme une perversion même si elle n’en est pas à vouloir démembrer Fitz. D’ailleurs, elle voit en Fitz une occasion d’entrer dans l’Histoire en écrivant une chanson épique.


La première fois qu’Astérie voit le loup, on se rend compte qu’elle est impressionnée. Rien ne pouvait la préparer à l’arrivée du loup, pas même les rumeurs qui circulaient. Elle est comme tétanisée, sans réaction : « Astérie regardait fixement le loup avec des yeux immenses et noirs comme le ciel nocturne ». Pour une personne qui passe son temps à parler et à tout commenter, cette réaction est assez révélatrice. On peut penser qu’Astérie a peur du loup, un animal qui est sauvage et qui est perçu comme un prédateur. On comprend aussi qu’il y a la vieille peur du Vif qui s’exprime ; le Vif est perçu comme une perversion. Astérie a longtemps refusé de croire que Fitz ait pu avoir le Vif. Elle l’explique clairement : « je croyais que c’était un mensonge pour vous noircir. Que le fils d’un prince puisse avoir le Vif… Vous ne paraissiez pas le genre d’homme à partager la vie d’une bête ». Là encore, comme bien souvent, on a l’idée que le Vif est une magie sale. Et comme cela est honteux, Astérie ne peut avoir qu’une vision dégradante d’Oeil-de-Nuit.


A Jhaampe, Fitz est en convalescence après avoir reçu une flèche dans le dos. Elle n’est pas de tout repos car Umbre et Kettricken lui demandent des comptes, le Fou lui reproche d’avoir caché l’existence d’un enfant Loinvoyant alors qu’Astérie et Caudron ne cessent de l’harceler par leurs présences. Fitz a donc très peu de moments pour lui. Une fois, quand les choses vont trop loin, le loup manifeste sa désapprobation en entrant dans la pièce et en grognant. Astérie a alors peur (« nous devrions peut-être le laisser quelques temps, dit Astérie d’un ton hésitant »). Le loup a visiblement un ascendant sur la femme.


Astérie étant une ménestrelle, elle est curieuse et s’intéresse au monde qui l’entoure. De plus, c’est dorénavant un tout petit groupe (Le Fou, Kettricken, Caudron, Astérie, Fitz et Oeil-de-Nuit) qui est parti à la recherche de Vérité et ses membres se rapprochent les uns des autres. Tous semblent curieux sur la nature du Vif. Quand Fitz leur explique que c’est un lien partagé qui fonctionne dans les deux sens, Astérie en tire une conclusion assez drôle : « voilà qui éclaire d’un jour tout à fait nouveau le fait de lui gratter des oreilles ». 

Astérie parvient donc à plaisanter. Elle rira un peu après avoir couché avec Fitz.  Les deux ont pris du plaisir et tout laisse croire que le loup a vécu la chose avec intensité (« le loup, en s’étirant, s’inclina profondément devant elle. La ménestrelle se retourna vers moi les yeux écarquillés »). Oeil-de-Nuit remercie donc la ménestrelle pour ce bon temps passé. Il le fait en sachant en que cela la choquera. De son côté, on peut admettre qu’Astérie soit perturbée : il n’est pas simple d’admettre qu’un autre a assisté à vos ébats sexuels.

Il faut dire que le loup n’est pas un grand partisan de la ménestrelle ; il trouve qu’elle parle trop. Elle parle encore et encore, fait du bruit et complique la chasse (« il poussa un soupir résigné, puis s’en alla dans la pénombre »). Elle ne fait pas qu’éloigner les potentielles proies, elle le prive aussi de moments importants avec Fitz. Astérie devient alors un obstacle comme le loup le fait remarquer. Le regret pointe quand il dit à Fitz que « tu fais tellement attention à elle que tu ne verrais pas un lapin même si tu marchais dessus ! »


Après avoir sauvé les Six-Duchés, Fitz se réfugie dans une cabane près de Forge et se coupe de ses anciennes fréquentations. Pendant longtemps, Astérie est la seule personne qui lui rend visite. Elle a gagné un nouveau surnom : « la chienne qui hurle ».

Astérie a toujours autant de mal à supporter le loup. Son attitude est presque blessante puisqu’elle a pu voir à quel point Oeil-de-Nuit est vital pour Fitz et la palce qu’il occupe dans la libération des Six-Duchés. Mais non, elle reste prisonnière de ses préjugés (« il ne me dérange pas. Enfin, je crois (…) Mais est-ce qu’il est obligé de… de rester dans la maison ? »). Cela est une insulte envers Oeil-de-Nuit, c’est une idée méprisante.

Dans un moment de colère, quand Fitz la rejette, elle laisse échapper ce qu’elle pense réellement du loup. Elle dit que c’est « un vieux loup décrépit ».


lundi 20 janvier 2025

Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les choses, qui met à bas les antagonistes et accomplit, parfois en partie, les prophéties. Et même si Hobb ne traite pas les prophéties comme des choses comme devant absolument se réaliser, elle fait de Fitz le catalyseur, celui que le Prophète de son époque (le Fou) choisit pour mener à bien à ses ambitions.

Fitz, lui, ne se voit pas nécessairement comme un héros. Il faut dire que, dès son enfance, on lui a appris à rester dans l’ombre, à ne pas chercher la gloire, à obéir aux ordres des autres. On martèle à Fitz qu’il n’est qu’un outil.


La bataille de l’île de l’Andouiller oppose les Pirates rouges aux forces des Six-Duchés. Alors qu’il navigue sur le Rurisk, un navire de guerre, Fitz et d’autres font enfin face aux agresseurs venus des Îles d’Outre-mer. Le combat en lui-même n’a rien de glorieux, rien d’ordonné. Pour Fitz, c’est enfin la chance de savourer la vengeance, de faire couler le sang de ceux qui oppriment son peuple. D’ailleurs, Fitz en a conscience ; il sait que le combat est simplement une opportunité d’apaiser un peu de colère : « il n’y avait nulle stratégie, nulle formation, nul plan de bataille, seulement un groupe d’hommes et de femmes à qui s’offrait soudain l’occasion de se venger. C’était plus qu’il n’en fallait ».

La façon dont Fitz perçoit la chose est différente de la façon dont cela est perçu pour le peuple. Avoir défait un équipage de Pirates rouges réveille la fierté populaire. Cela laisse croire que la guerre n’est pas perdue d’avance. C’est une victoire inattendue qui fait beaucoup de bien. Bien entendu, la victoire est célébrée et mise en chanson. Fitz devient un personnage inscrit dans la légende (« j’ai entendu des histoires, et même une chanson, sur ce que j’ai fait ce jour-là. Je ne me rappelle pas avoir poussé de rugissement l’écume à la bouche pendant que je me battais »). Si cette dernière image est sans doute un peu exagérée, on peut voir là le côté terre à terre de Fitz qui l’empêche, à ce moment du récit, d’assumer son statut de héros.

Pourtant, Fitz aurait dû comprendre le besoin d’avoir des héros pour le peuple. C’est une période trouble pour les Six-Duchés et les dirigeants sont incapables de fixer un cap. Kettricken a beau faire ce qu’elle peut, elle n’est qu’une étrangère ; Subtil est vieux et fatigué alors que Vérité se perd dans l’Art. Le peuple a besoin de héros et de belles histoires qui rassemblent, de succès à fêter. C’est ce qu’ils font suite à la bataille : « plus vite que je ne l’aurais cru possible, la nouvelle du combat et de la capture du vaisseau pirate fit le tour de Bourg-de-Castelcerf, il n’y eut bientôt plus une taverne où l’on ne se battit pour nous servir de la bière et entendre nos exploits ».


On a une preuve que Fitz n’assume pas son statut quand il écrit une lettre à sa promise, Célérité. Alors que Subtil lui demande d’écrire de façon positive à la fille du duc de Brondy, le bâtard en est incapable. Il parle froidement de ce qu’il a vécu, il se dévalorise presque. Si certains mettraient en avant leurs prouesses, Fitz ne le peut pas. D’après Célérité et le duc de Brondy, « l’homme qui doit vanter ses mérites sait que personne d’autre ne le fera à sa place ». Toutefois, on peut se dire que Fitz est modeste, qu’il est un héros qui ne s’assume pas. On peut même penser que c’est sa retenue qui le rend héroïque.


C’est Astérie, une ménestrelle à la langue acérée, qui permettra à Fitz de commencer à assumer son statut. 

Astérie fait de la bataille un histoire personnelle. Elle en parle avec passion et remerciement. Sans l’intervention de Fitz, son frère serait mort (« mon frère me l’a racontée et je vous décris tel qu’il vous a vu : comme un héros, vous lui avez sauvé la vie »). On peut trouver la coïncidence forcée et un peu grosse, mais elle a le mérite de pousser Fitz à réfléchir et à quitter son dénigrement perpétuel. Les mots touchent très vite le jeune homme, ont un impact immédiat et marqué : « Héros… Des mots, rien que des mots. Mais j’avais l’impression qu’elle avait percé un abcès, qu’elle m’avait débarrassé du poison qu’il contenait et qu’à présent je pouvais guérir ». Entendre des mots valorisants fait donc du bien à Fitz.


Dans le tome le Poison de la vengeance, Fitz traverse incognito les Six-Duchés afin de rejoindre Vérité dans les Montagnes. Il entend des gens parler de lui. Ils discutent de la nuit où il aurait tué Subtil, de ses motivations, du fait qu’il soit aimé ou non. La bataille de l’île de l’Andouiller est évoquée et on comprend que Fitz a toujours autant de mal à être mis en avant. Il n’arrive pas à assimiler qu’on puisse penser du bien de lui (« j’éprouvais un étrange sentiment d’humiliation à entendre mes actes d’alors décrits comme plein de noblesse et désormais quasi légendaires : bien des combattants rêvent de voir leurs hauts faits chantés dans des ballades, mais, pour ma part, je trouvais l’expérience déplaisante »). Là encore, on peut penser que le conditionnement éducatif de Fitz l’empêche de savourer ce qu’il fait de bien. Il n’est convaincu d’avoir fait que son devoir. Surtout, il n’est qu’un bâtard, pas un prince ou un roi, et il ne mérite aucune lumière.

Fitz n’est plus aimé en Cerf (« c’est une chanson cervienne, vous savez, et on aimait bien le Bâtard en Cerf, à une époque) à cause de son régicide, il reste méprisé en Bauge qui lui a toujours préféré Royal (« les ballades sur le bâtard de Chevalerie ne doivent pas être assez populaires par ici pour me rapporter un sou »). Les réalisations de Fitz ont toujours été mal vues par Royal, le plus jeune fils de Subtil a toujours pris plaisir à réduire Fitz à un personnage quelconque.


Au final, c’est Umbre qui résume parfaitement ce que Fitz peut être pour certains. Il le dit à une époque où Fitz n’est plus Fitz, un enfant de la lignée royale mais Tom Blaireau, un simple domestique au service d’un noble. Umbre lui explique pourquoi Astérie tient tant à raconter son histoire : « renié, rejeté par ton père, tu es pourtant resté fidèle, tu es devenu le héros de la bataille de l’île de l’Andouiller ». Là est tout l’aspect héroïque de Fitz : il n’est pas celui qui cherche la lumière, il est juste un jeune homme qui fait ce qu’il doit faire sans rechercher de récompenses. Un vrai héros.

jeudi 10 octobre 2024

Fitz, coupé du monde ?

Après la libération des Six-Duchés et la fin de la guerre contre les Pirates Rouges, Fitz s’est-il coupé du monde ? La réponse à cette question est claire et évidente : oui. Il a trouvé refuge dans une maison, loin de tout et de tous, seulement accompagné d’Oeil-de-Nuit et de son fils adoptif, Heur. Fitz a décidé de ne plus participer à la vie royale ou à la vie de la cour, il ne s’implique plus. Rares sont ceux qui lui rendent visite, à part Astérie.

Il faut dire que Fitz a de bonnes raisons pour vivre dans son coin. La femme qu’il aimait a décidé d’épouser son mentor, Burrich, même si Fitz n’a rien fait pour la garder. Le Fou a disparu et Fitz n’a aucun moyen de le contacter. Vérité n’est plus qu’un dragon de pierre… Autrement dit, Fitz n’a plus de personnes dont il se sent proche.


Le Fou a une autre lecture des événements. Dans le tome Adieux et retrouvailles, il explique à Fitz sa vision des choses. Il pense que Fitz s’est mutilé en mettant des souvenirs douloureux dans la Fille-au-dragon. En faisant ça, il a perdu non seulement une partie de sa personnalité mais aussi de son envie de se lier au monde. D’après le Fou, Fitz n’aurait pas nécessairement perdu l’envie de vivre mais en tout cas l’envie d’entreprendre des choses, se contentant d’errer à travers le monde puis trouver refuge loin des autres. Le Fou dresse un portrait presque pathétique : « Tu avais seulement… cessé d’évoluer - sous certains aspects. Tu avais vieilli et mûri, sans doute, mais tu n’avais rien fait de ton propre chef pour entrer dans le courant de la vie (…) Tu vivais comme une souris dans un mur, en te nourrissant des miettes d’affection qu’Astérie te portait ».


Pour tenter de lutter contre sa solitude, Fitz se plonge dans l’Art. La magie devient pour lui une drogue. Son esprit se perd, tente de trouver un contact avec n’importe qui. Fitz se délecte de n’importe quelle personne qui lui répond. Il finit par repérer Devoir et Ortie dans l’Art, sans lier de liens avec eux. Il refuse de révéler qui il est, il refuse de leur dire qu’il est leur père. C’est bien une autre preuve de son repli. 

C’est Ortie qui doit prendre les choses en main et deviner qui est ce Fantôme-de-Loup qui lui parle dans les rêves et cela aura un grand impact sur sa façon d’être avec son père. Clairement, Ortie en veut à Fitz. Elle ne comprend pas pourquoi il se coupe d’elle, pourquoi il ne lui apporte aucune considération (« avant, je m’imaginais que nous allions devenir des amis ; et puis j’ai appris que tu étais mon père. De ce jour, tu n’as même plus essayé de m’adresser la parole »). Cette attitude de Fitz est assez étonnante puisqu’il a toujours rêvé de rencontrer sa fille. Mais, les actes n’ont pas suivi les envies. Et, Fitz fait ce qu’on lui a appris : il se réfugie dans l’ombre, il ne fait pas de bruit. Avec Ortie, cela ne fonctionne pas. Elle lui en fait la remarque : « crois-tu que je ne te verrai pas si tu restes parfaitement immobile, Fantôme-de-Loup ? ».


Astérie ne comprend pas. Fitz est le fils du prince Chevalerie, il est un Loinvoyant et il se contente de vivre une petite vie. Pour la ménestrelle, c’est un réel gâchis. Et, lorsque Fitz la blesse en lui refusant son lit, elle lui montre tout son mépris. Elle compare la vie de Fitz à rien du tout. Il n’a rien, il ne fait rien. Ses propos sont durs car on lit que « regarde ce qui t’entoure, Fitz. En une dizaine d’années, qu’as-tu acquis ? Une chaumière au milieu des bois et quelques poules ». On sent bien que la situation de Fitz la dégoûte. Il aurait pu tout avoir, il aurait pu avoir une belle place à la cour et il se contente d’une vie privée de tout. Pour Astérie, c’est incompréhensible.

D’ailleurs, Astérie se sent en position de force. Elle a l’impression de rendre des faveurs à Fitz en lui rendant visite (« cela ne représente peut-être qu’un jour ou deux de temps à autre, mais pour toi je suis la seule véritable présence de ton existence »). En effet, quand Astérie lui rend visite, elle lui apprend ce qui se passe dans le vaste monde. Surtout, elle jette un oeil aiguisé sur la vie de Fitz et ne voit qu’un loup vieillissant et un bâtard bizarre.


Ce bâtard s’appelle Heur. Il est un adolescent qui a envie de vivre. Il ne se voit pas rester dans la petite maison. Il veut apprendre un métier, rencontrer des gens. Sa visite de châteaux avec Astérie lui a mis l’eau à la bouche. Après avoir vu tant de beauté, tant de gens, il ne peut pas se contenter d’une petite vie. Avec tout l’orgueil et l’insouciance de son âge, il s’en ouvre à Fitz : « as-tu déjà eu l’impression de sentir le temps s’écouler en te laissant en arrière ? Comme si le fleuve de la vie poursuivait sa course pendant que tu restes coincé dans un bras mort au milieu des poissons crevés et des vieux troncs moisis ? ». La comparaison fait mal mais éclaire assez bien la situation de Fitz : il se laisse porter, il vieillit, il perd ses capacités.


Quand il finit par retourner à Castelcerf, ce n’est pas de son propre chef. Le Fou devenu Sire Doré vient de lui dire qu’il va se servir de lui pour façonner le monde alors qu’Umbre le presse en disant que la famille royale a besoin de lui. Si Fitz reprend une place dans le monde, ce n’est donc pas de sa propre initiative. En tout cas, en arrivant à la ville, il voit que les choses ont changé et le regrette : « l’accroissement du nombre des bâtiments et l’intense circulation des barques et des bateaux indiquaient que Bourg de Castelcerf prospérait, mais je n’arrivais pas à m’en réjouir : je n’y voyais que la disparition des dernières traces de mon enfance ». L’apathie physique a donc aussi contaminé son esprit : Fitz n’arrive pas à assimiler que sans changement, le Royaume aurait stagné.

Fitz finit par prendre conscience qu’il a passé trop de temps isolé. Sa mélancolie transpire dans ses mots et il se lance dans une explication où on perçoit tout son désespoir. Il n’accuse personne de son sort : « à présent que je suis revenu, je regarde ce qui m’entoure et j’ai le sentiment d’avoir raté ma vie. Pendant que je coulais des jours solitaires, loin de tout, le monde poursuivait son chemin ici, sans moi, et je suis désormais condamné à rester étranger de ma propre maison ». Cette réflexion est bien mélodramatique et montre que Fitz n’est pas totalement guéri. Ce n’est pas parce qu’il est revenu à Castelcerf qu’il va se lier aux autres. Il prend une identité de serviteur, il refuse qu’on révèle au Price Devoir qu’il est FitzChevalerie Loinvoyant, il ne veut pas qu’Ortie vienne à Castelcerf et soit formé à l’Art, il ne prend pas de compagnon de Vif après la mort d’Oeil-de-Nuit…

mardi 10 septembre 2024

Voyeurisme ?

L’amour physique est présent dans la saga de l’Assassin royal. Fitz étant le narrateur pendant une bonne partie des romans, c’est à travers ses yeux que nous vivons les choses. Mais, au-delà d’assister aux ébats de Fitz avec des femmes, dont Molly, le lecteur a aussi à certaines scènes cocasses, des moments plus légers, presque drôles, parfois déplaisants. Ce n’est pas la sexualité en elle-même qui produit ce genre de réactions mais le côté voyeur de la chose.


Molly est la femme que Fitz a désirée. Son statut de sang royal l’empêchait de la convoiter, de l’aborder. Si il a passé quelques temps à l’espionner, cela a fini ne par lui suffire. Fitz avait besoin de plus ; il a fini par rêver de Molly de façon intense. Or, Fitz a une particularité : il maîtrise plus ou moins bien la magie de l’Art, c’est-à-dire que certaines de ses pensées peuvent lui échapper. Cela lui arrive une fois alors qu’il est tranquillement perdu dans son songe nocturne. Un Vérité amusé et grognon de ne pas assez dormir le convoque. Il lui explique que Fitz lui impose ses pensées assez coquines (« et moi, j’ai besoin de dormir, pas de me réveiller en sursaut enfiévré par ton… admiration pour cette jeune fille »). Bien entendu, la situation dérange Fitz. Il a honte d’être surpris comme ça. Et pour ne rien arranger, Vérité le titille, le fait tourner en bourrique quand il lui laisse croire que Molly a pu surprendre ses fantasmes (« et prie pour que ta dame Jupe-Rouges n’ait pas le don de l’Art, car sinon elle n’a pas dû manquer de t’entendre pendant toutes ces nuits »). Pour Fitz, l’humiliation est totale et sa réaction ne laisse pas de place au doute : « je ne me serais pas senti plus gêné si je m’étais présenté tout nu devant la cour »).


La situation inverse produit. Quand Kettricken lance une chasse aux forgisés et réveille la fierté de son peuple, elle enflamme également le désir de Vérité. Ce dernier ne voit plus en elle une jeune femme fragile qu’il faut protéger, mais une reine, sa femme, la femme qu’il désire et celle qui doit porter son héritier. S’ensuit alors une nuit de passion à laquelle Fitz assiste bien involontairement. Tout enfiévré par son désir, Vérité abaisse sans le vouloir ses murailles. Témoin, Fitz se sent pris par du désir pour Kettricken : « j’espérais être le seul à avoir ainsi tout perçu ; alors, nul mal n’en sortirait tant que je n’en parlerais pas. Tant que je parviendrais à effacer de mon souvenir la fraîcheur des lèvres de Kettricken et la douceur de sa peau blanche ». La chose est claire : Fitz sait que son voyeurisme, bien involontaire, est mal. Il en a honte. Mais, on sent pointer aussi une autre chose : une passion de Fitz pour Kettricken. C’est quelque chose qui se répètera plusieurs fois dans le récit et qui sera accentué par Oeil-de-Nuit qui estime énormément la Montagnarde.


Bien plus tard, Fitz finira par céder aux avances d’Astérie. La ménestrelle n’a cessé de le draguer, de mettre en avant son intérêt. Alors que Vérité est prêt à éveiller son dragon pour combattre les Pirates Rouges, Astérie et Fitz s’isolent pour partager un moment intime. Mais, Fitz n’est jamais seul car Oeil-de-Nuit est avec lui, liés qu’ils sont par le Vif. Ainsi, même si la distance les sépare, une connexion émotionnelle, sensorielle les lie. On a donc un moment assez amusant quand Astérie voit le loup agir comme si il avait participé aux ébats (« le loup, en s’étirant, s’inclina profondément devant elle. La ménestrelle se retourna vers moi, les yeux écarquillés »). Astérie est donc surprise. Toutefois, sa réaction laisse songeur car la ménestrelle savait le lien entre les deux (« voilà qui éclaire d’une façon tout à lait nouveau le fait de lui gratter les oreilles »)…


La passion entre Fitz et Molly a traversé les âges. Après avoir sauvé les Six-Duchés des Pirates Rouges, après avoir sauvé Devoir des Pie puis de la Femme Pâle, Fitz a enfin pu vivre une vie de couple avec Molly, son amour d’enfance. Et ils en ont profité pour rattraper le temps perdu, passant beaucoup de temps l’un avec l’autre, de façon intime et peu importe l’endroit. Persévérance rapporte qu’il fallait « toujours frapper deux fois à leur porte (…) puis attendre un peu et frapper à nouveau ». Car leur appétit sexuel était bien connu : « on n’entre jamais sans y avoir été invités : on ne sait jamais quand ils vont se sauter dessus ». On peut supposer que quelques serviteurs sont tombés sur le couple en train de faire l’amour.


Enfin, il faut finir sur une note plus négative, plus déplaisante et qui concerne Dwalia. Même si elle est celle qui a enlevé Abeille, il est triste de la voir subir les assauts d’un capitaine d’un navire qui la prend pour un autre. Dwalia n’a pas d’autre choix que coucher avec lui si elle veut maintenir l’illusion. Abeille entend ce qui se passe sans comprendre ce qui se passe (« j’entendais des coups rythmés en provenance de la cabine, et je caressais l’espoir que c’était sa tête qui cognait contre la cloison (…) Elle poussait à présent de petits cris aigus, à peine audibles à travers le solide panneau de bois »). La description laisse peu de place au doute : Dwalia est en train de coucher avec le capitaine.

dimanche 20 novembre 2022

Grossesses et peines

La saga de l'assassin royal nous fait suivre Fitz, un enfant né hors mariage et qui remet en cause bon nombre de choses à la cour royale. Il est le symbole que le prince Chevalerie a eu, au moins, un fils avant son mariage et que si il ne parvient pas en avoir avec sa femme Patience, ce n'est pas de sa faute. La question d'un enfant (un fils ou une fille) est importante pour la royauté : elle permet de fixer la lignée dans le temps. Ce n'est pas une question privée ou personnelle, c'est un débat public. Quand Vérité épouse Kettricken, tout le peuple attend que la montagnarde tombe enceinte et rapidement. Elle est là pour ça. Plus le temps passe et plus sa non-grossesse inquiète : « certains, je le savais, se demandaient si Kettricken n'était pas stérile pour n'avoir pas encore conçu au bout d'un an de mariage, mais l'absence d'enfant de la reine-servante était une question d'ordre public ».

Kettricken finit par tomber enceinte. Sa grossesse devient une pièce, un pion dans la terrible lutte qui oppose Royal à Vérité. Royal voit en Kettricken enceinte un obstacle et il la traque. Il sait que l'enfant de Kettricken et Vérité peut devenir un point ralliement et une opposition à son règne. Kettricken est donc pourchassé alors qu'elle fuit Castelcerf. Elle vit dans des conditions pénibles, dangereuses physiquement et émotionnellement. La conséquence est terrible pour Kettricken : elle met au monde un enfant (appelé Oblat) mort-né. Cela a un un effet terrible sur Kettricken qui est convaincue d'avoir failli à son devoir et à son époux. Elle pense que si son fils est mort, c'est de sa faute. Elle ne parvient pas à dépasser sa culpabilité et elle est au fond du trou lorsqu'elle l'annonce à Vérité (« mon seigneur... fit-elle, puis sa voix se brisa. Vérité, j'ai perdu notre enfant. Notre fils est mort »). Kettricken a dû puiser profondément en elle pour accumuler assez de courage pour annoncer la nouvelle. Malheureusement pour elle, Vérité se montre insensible à la nouvelle (son dragon de pierre et d'Art épuise tous ses sentiments). L'attitude de Vérité ébranle Kettricken. Elle a l'impression que Vérité se moque que leur fils soit mort, se moque de ce qu'éprouve Kettricken. Fitz est témoin de la scène et se rend compte à quel point Kettricken se sent en échec (« je pris seulement alors la mesure du fardeau qu'elle portait tandis qu'elle cherchait son époux »). On note également que Fitz avait relégué la mort d'Oblat au second plan, que pour lui ce n'était pas si grave que ça....

Ne pas pouvoir faire un enfant a grandement marqué Patience. Elle aurait tant aimé pouvoir donné à Chevalerie un héritier. Elle n'a pas pu et depuis elle porte un poids. Elle vit tant bien que mal avec ça jusqu'à son retour à Castelcerf. Là, elle côtoie Fitz, le bâtard de son mari et a bien du mal à se contenir. Sa détresse la dépasse : « Tu aurais dû être de moi ! Ce n'est pas juste ! Tu aurais dû être de moi ! » Cela la hante. Patience ne parvient pas à passer outre son apparente incapacité à mener une grossesse à terme. C'est d'autant plus intéressant de le noter que dans les autres domaines Patience est une femme forte et volontaire. Elle n'est pas du genre, habituellement, à subir les événements ou baisser les bras. On en a une preuve manifeste quand elle apprend que Kettricken a fait une fausse couche (un stratagème pour échapper aux griffes de Royal). Elle est tétanisée ; on lit que « j'étais trop lâche pour aller me rendre compte moi-même de son état, si tu veux savoir la vérité ; je connais trop bien la douleur que cause la perte d'un enfant avant qu'on ait pu le tenir dans ses bras ».

Ne pas pouvoir tomber enceinte peut être un traumatisme. Astérie, une ménestrelle, menait une vie assez simple, allant et venant, chantant pour gagner sa vie. Elle couchait avec qui elle voulait. La guerre contre les Pirates Rouges a tout changé pour elle. Après avoir été violée, elle est tombée enceinte. Elle ne voulait pas garder et a donc avorté. Mais, cela a eu un impact sur son corps (« je me suis rendue chez une autre guérisseuse qui m'a remis une autre potion ; celle-ci m'a fait saigner. L'enfant a été éliminé ainsi, mais je n'ai pas cessé de saigner (…) Elles m'ont dit que les saignements s'arrêteraient d'eux-mêmes avec le temps ; mais la première m'a prévenue que je ne pourrais sans doute plus jamais concevoir »). Se croire stérile marquera fortement Astérie et aura un fort impact sur ses futures relations amoureux. Elle se convaincre de ne pas pouvoir offrir pleinement à un homme ce qu'il désire (un enfant).

Fitz et Molly ont des relations sexuelles. Molly peut tomber enceinte et elle le sait. Fitz ne semble pas en avoir conscience. Sa naïveté est manifeste et se révèle au grand jour quand Patience le met en garde : « c'est de la pointillé, une plante très amère. On dit qu'elle empêche les femmes de concevoir, mais ce n'est pas vrai ; du moins, pas de façon fiable. Mais si une femme en consomme trop longtemps, elle risque d'en tomber malade ». Fitz comprend alors la terrible réalité : Molly peut tomber enceinte et cela aurait d'énormes répercussions pour la famille royale et la propre sécurité de la chandelière ; Molly peut tomber malade à force de consommer ces plantes. Fitz réalise que Molly fait face à des choses dont il n'avait pas idée.

dimanche 20 mars 2022

Ils ont douté de la sexualité de Fitz

Fitz aime les femmes. Il a été amoureux de Molly, a vécu avec elle. Il a également eu des relations sexuelles avec Astérie, Jinna. Il a été attiré par des femmes comme Tassin, Célérité ou Virilia : il n’avait pas nécessairement envie de se mettre en couple ou de coucher avec elles, mais il a ressenti de temps en temps une pointe de désir pour elles. Fitz lui-même a clairement dit qu’il ne pourrait aimer un homme comme il aime une femme (c’est d’ailleurs un point blessant pour le Fou). Mais, Fitz est un personnage public, un homme important que beaucoup de gens observent. Il ne peut pas empêcher que des rumeurs circulent sur son compte. Quand il repousse une femme, cela fait parler. Lorsqu’il est trop proche du Fou, cela fait parler. C’est le sens de l’intervention d’Umbre dans le tome L’homme noir : Fitz vient de passer la nuit avec son ami bien affaibli. Cela ne peut que soulever des questions dans le groupe (à ce moment du récit, Devoir est à la recherche de Glasfeu, le dragon enfoui dans la glace). Umbre en fait à la remarque à Fitz (« Cela paraît curieux au reste du camp. Non, ne me fais pas les gros yeux ; cela ne me regarde pas et je te connais depuis trop longtemps pour me méprendre sur tes préférences en matière de partenaires amoureux »). La remarque a son importance puisque elle montre bien que la sexualité de Fitz interroge.

Dès ses jeunes années, Fitz doit faire face à l’hostilité. Son comportement est interrogé. Lorsqu’il est formé à l’Art, Fitz se fait un ennemi mortel : Galen. Ce dernier cherche à tout prix à rabaisser Fitz. Galen est dur avec Fitz, il le frappe, il l’insulte, il le menace. Et comme il ne comprend pas la puissance de Fitz, il échafaude des hypothèses : « je dois te demander (et dans son ton perçait une haine fielleuse) : es-tu son giton pour qu’il te laisse ainsi puiser dans ton énergie ? » Un giton est un jeune homme entretenu par un autre homme : du point de vue de Galen, la situation entre Fitz et Burrich est suspecte ; Burrich ne se montre pas avec des femmes et il s’occupe énormément de Fitz.

Si Galen n’a que de la haine envers Fitz, c’est la jalousie qui habite Astérie. Elle ne comprend pas pourquoi Fitz refuse de coucher avec elle. Elle cherche à le séduire avec des mots et son physique, elle cherche à faire jouer sa pitié mais rien n’y fait. Fitz ne veut pas avoir de rapport intime. Elle finira par parvenir à ses fins et entretiendra durant de longues années une aventure. Mais, Fitz finira par rompre. Or, dans le même temps, le Fou revient dans la vie de Fitz et Astérie s’en rend compte. Remontent alors des années de jalousie : Astérie n’a jamais compris l’amitié entre le Fou et Astérie, elle n’a jamais compris le Fou d’ailleurs. Quand Fitz se refuse de nouveau à elle, elle se moque de lui, de son comportement. Elle le trouve pathétique et elle insulte sa façon de vivre : « peut-être que le fou était bel et bien un homme, finalement, et que tu es simplement revenu à tes penchants véritables ! Tu me dégoûtes, Fitz. »

D’ailleurs, à cette époque, Fitz est Tom Blaireau et il est le garde de Sire Doré (une incarnation du Fou) : cela rend perplexe les gens. Pourquoi prendre un garde dans les murs du château ? Est-ce réellement pour la sécurité ou pour autre chose ? Cela ne peut que créer des supputations. Rastaud, un soldat arrogant, s’en fait le porte-parole : « vous n’avez rien à faire ici. C’est réservé aux gardes, on n’accepte ni les pages, ni les laquais, ni les serviteurs spéciaux ».

Le duo Sire Doré / Tom Blaireau soulève des questions. Ceux qui les côtoient de près sont étonnés de leur complicité. C’est par exemple le cas de Devoir et surtout Civil (un jeune noble en plus frustré que Sire Doré ait séduit sa fiancée Sydel puis embrassé Civil). Ce dernier a une grande influence sur le prince Loinvoyant. Devoir a enfin un ami à la cour, quelqu’un qui visiblement ne cherche pas à profiter de lui et qui en plus a le Vif. Il est donc perméable aux théories de Civil et dans ce cas-là à sa rancœur : « Civil dit que Sire Doré aime les garçons. Comme je me taisais, il ajouta péniblement « Pour coucher avec. » Il était resté dos à moi et sa nuque était devenue écarlate ». Devoir est un jeune homme à la recherche d’un modèle, il est dans les années où il se construit. Sans doute a-t-il du mal à accepter qu’un homme qu’il admire puisse aimer les hommes, c’est sans doute contraire à ce qu’on lui a enseigné (et contraire à ses devoirs en tant que futur roi, qui doit épouser une femme et lui faire des enfants).

Les sentiments négatifs de Civil ne font que grandir au fil des mois, il n’a jamais accepté Sire Doré. On en a la preuve lors d’un affrontement entre Civil et Sire Doré lorsqu’ils sont à la recherche de Glasfeu. Civil surprend une conversation entre Sire Doré, Tom Blaireau et Leste (le fils de Burrich). Ce qu’il entend le terrifie, il a peur que Sire Doré fasse glisser Leste vers une pente dangereuse. Ses propos sont clairs quand on lit « si on le laisse évoluer naturellement, sans lui installer d’appétits dévoyés » et « vous prétendez qu’il n’est pas votre amant, mais il est prêt à sa battre à votre place ».

Enfin, dans la dernière trilogie, Fitz fait la rencontre de Lant. Ce dernier est le fils bâtard d’Umbre qui le forme à devenir un espion et un assassin. A la naissance d’Abeille, Lant est chargé de mettre un couteau dans le berceau du bébé. Il échoue et est pris sur le fait par Fitz. Énervé, Fitz le pousse à se déshabiller pour voir si il a des armes, des poisons sur lui. Bien des années plus tard, Lant confie à Persévérance qu’il était terrifié en voyant Fitz, terrifié qu’il abuse de lui (« Romarin (…) avait ajouté qu’il était beaucoup plus dangereux que je ne pouvais l’imaginer, qu’il avait le Vif et que des rumeurs couraient depuis toujours qu’il avait certains appétits (…) qu’il désirait peut-être autant les jeunes garçons que les femmes »). Cela fait rire Persévérance qui lui répond que Fitz n’a aimé que Molly, qu’il faisait même régulièrement l’amour avec dans des lieux plus variés les uns que les autres.

dimanche 28 novembre 2021

Le viol dans le Royaume des Anciens

Le viol d'Althéa Vestrit : https://duchessix.blogspot.com/2020/06/le-viol-dalthea-vestrit.html

Société dirigée par un Roi et des nobles, les Six-Duchés sont un pays relativement sûr. Les criminels peuvent être envoyés en prison, subir la justice du Roi ou dans les cas nécessitant la discrétion être punis par l’assassin du Roi (Umbre au début, Fitz ensuite). Mais, tout change dans le Royaume quand les Pirates rouges font irruption : c’est la guerre. La guerre avec son lot de crimes impunis. Des gens sont tués, blessés, violés, des maisons sont détruites ou incendiées, des villages rasés.

Opposés aux Pirates Rouges, les habitants des Six-Duchés subissent leurs attaques. Les Pirates sont insaisissables : ils attaquent dans des endroits non protégés et à des moments non attendus et ils ne semblent pas vouloir annexer le pays. Dans un premier temps, ils tuent et violent : « Les Pirates ne pillaient presque pas ; certes ils pouvaient s’emparer d’une poignée de pièces d’argent si elles leur tombaient sous la main ou d’un collier pris sur une femme qu’ils venaient de violer puis de tuer ». Composés essentiellement d’hommes, les équipages des Pirates Rouges font la détresse des femmes qu’ils abusent. Astérie nous offre un témoignage poignant, elle nous montre aussi à quel point ça l’a changée. Après son viol, elle a voulu mourir et quand elle a compris qu’elle allait survivre, elle a compris qu’elle avait perdu un morceau d’elle-même, se demandant même si il n’aurait pas fallu être forgisée. Ce qui marque réellement Astérie est l’attitude des Pirates qui ne semblent pas plus que ça prendre de satisfaction à la violer : ils l’ont violée car ils en ont eu l’opportunité. Ainsi, elle dit qu’« alors que les Pirates me violaient, ils ne paraissent en tirer aucun plaisir – du moins pas le genre de plaisir que… Ils se moquaient de ma souffrance et de mes efforts pour leur échapper : ceux qui regardaient riaient en attendant leur tour ». On comprend aussi qu’Astérie a été violée par plusieurs Pirates, que son corps a été exposé à la vue de tous. Elle s’est donc sentie salie et humiliée, réduite à pas grand-chose. Ayant des relations sexuelles contre leur volonté, les femmes des Six-Duchés craignent une sorte de double peine : tomber enceinte. Dans un pays en guerre, où on lutte chaque jour pour sa survie, très peu ont eu le temps de prendre des potions leur évitant la grossesse. Et, malheureusement, ça reste une question assez taboue : « on évoquait rarement les viols commis lors des attaques des Pirates Rouges, les grossesses qui s’ensuivaient parfois, enfin les bâtards que des femmes des Six-Duchés mettaient au monde ». Quand on en parle, c’est sous le coup de l’insulte, pour rabaisser la personne. Par exemple, dans le Prophète Blanc, Heur veut apprendre à Fitz ce qu’il a appris sur Astérie, la ménestrelle ne mâche pas ses mots : « quand je lui ai dit que je devais tout te révéler sur elle, Astérie a répondu que j’avais un cœur de forgisé comme mon violeur de père ».

Il n’y a pas que les Pirates Rouges qui violent. C’est aussi le cas des forgisés, ces victimes de la guerre privés de leurs émotions et renvoyés dans leurs foyers. Ils se comportent comme des poids morts, semant la terreur et la peur auprès de leurs proches (« qu’est ce qui était le plus affreux : recueillir son propre frère en sachant désormais que le vol, le meurtre et le viol étaient parfaitement acceptables pour lui du moment qu’il obtenait ce qu’il voulait »). Les forgisés propagent la peur, ils errent sur les routes et attaquent les voyageurs. Fitz l’a vu de ses propres lorsqu’il a accompagné Miel, Josh et Fifre (Le Poison de la vengeance) ; le groupe a été attaqué et les femmes ont craint pour leurs vies : « vous avez fui, vous les avez laissés casser le bras de Fifre, assommer mon père et essayer de me violer ! »

La guerre change le comportement des gens, elle permet à des gens d’assouvir des désirs néfastes et destructeurs, elle leur permet de faire du mal. Les soldats ne deviennent pas seulement des mercenaires en défendant ceux qui paient, ils deviennent des violeurs. A Oeil-de-Lune (La voie magique), on apprend que des « soldats des Six-Duchés avaient violé leurs captives, se comportant comme des brigands sans foi ni loi et non comme des gardes royaux ». Sans doute ne font ils qu’imiter que le comportement du Roi Royal qui estime qu’il peut prendre ce qu’il veut quand il veut.

La pauvre Astérie a également été à nouveau violée à Oeil-de-Lune. Sa réaction, lorsqu’elle parle à Fitz, montre bien que les femmes doivent vivre avec un poids, un sentiment de culpabilité. Elles sont des victimes certes, mais personne ne leur offre de la compassion en ces temps de guerre. Astérie a même de la crainte à se confier à Fitz, un homme qu’elle connaît pourtant bien et avec qui elle a traversé un bon nombre d’épreuves. Elle lui souffle que « j’ai cru que vous n’y attachiez pas d’importance. J’ai entendu des gens en Bauge affirmer que le viol ne gêne que les vierges et les femmes mariées ; je pensais que, de votre point de vue, une traînée comme moi n’avait eu que ce qu’elle méritait ». Heureusement, tous ne semblent pas avoir cette passivité face au viol. Fitz offre son amitié, son écoute et son réconfort à Astérie. Mijote, la cuisinière du château de Castelcerf, montre que parfois seule la vengeance offre une forme de réponse : « quand la fille de Sal Limande s’est fait violer, elle a découpé cette charogne avec son couteau à poisson, tchac, tchac, tchac, en plein milieu du marché ».

Enfin, Dame Brésinga nous montre à quel point l’abus sexuel et le viol peuvent détruire une femme. A force de subir les assauts d’hommes mal intentionnés, la femme a décidé de se suicider (« les Pie sont vite devenus gourmands : ils se sont d’abord approprié sa demeure, puis sa cave à vin, puis sa fortune (…) pour finir, certains ont profité de la maîtresse des lieux elle-même, et elle ne l’a pas supporté »). La peine, la douleur et la honte étaient devenues trop fortes pour cette femme. C’est sans doute ce qui aurait pu arriver à Althéa si Parangon n’avait pas pris toutes ces émotions après son viol par Kennit : « elle n’était pas obligée de s’accrocher à sa souffrance. Elle pouvait la lâcher. Le souvenir était toujours là. Il n’avait pas disparu mais il avait changé. C’était un souvenir, une chose du passé. Cette plaie se refermerait et cicatriserait ». Kennit violeur, Kennit violé par Igrot : il est la preuve que la victime peut se transformer en bourreau et que le viol peut aussi toucher les hommes. De nombreux témoignages montrent ce qu’il a vécu du temps d’Igrot. Grâce (ou à cause) de Parangon, Fitz aura un aperçu de l'effroi du viol (« j’entendis un autre homme s’esclaffer pendant que mon agresseur se pressait contre mon dos. Son avant-bras en travers de ma trachée me privait d’air et des étincelles s’agitaient devant mon regard qui s’éteignait ; c’est alors que je sentis avec horreur ce qu’il me réservait » et « je haletai, encore habité par la peur et l’indignation qu’un garçon avait ressenties. Je me redressai en titubant, furieux, choqué et plein d’une peur noire que je ne pouvais pas vaincre. Plus jamais ça ! »)