Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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vendredi 15 août 2025

La réputation de Dwalia

Rentrer chez soi n’est pas toujours synonyme de bon accueil. Dwalia s’en rend compte quand elle ne reçoit que des regards de défiance et aucun entrain. Pourtant, elle a été envoyée accomplir une importante mission par les Quatre et elle pense avoir réussi.


Dwalia n’a pas été envoyée seule, elle était accompagnée d’hommes et de femmes. Hors, elle ne revient qu’avec Vindeliar et Abeille qui est une inconnue pour les gens de Clerres. Cette procession limitée questionne. Un garde ne se contente pas d’être perplexe (« il prononça son nom d’un ton accusateur »), il exprime également clairement ses doutes : « tu es partie d’ici avec une garde montée de luriks. Où sont-ils, et où sont les beaux coursiers ? ». Même un simple garde se sent donc légitime pour remettre en cause Dwalia. Cela en dit long sur la façon dont elle est vue. D’ailleurs, il ne lui demande même pas comment elle va, comme si les épreuves traversées et sa situation n’avait aucune importance.


Dwalia fait face aux Quatre. Elle les prend de haut, leur parle comme si elle se considérait leur égale. Elle leur reproche leur aveuglement quant au Fou ou au traitement de son amour, Ilistore (la Femme Pâle). Pourtant, Dwalia aurait dû comprendre qu’elle devait faire preuve de retenue. Les Quatre l’accueillent sans respect. Capra est claire quand elle lui dit que « ton salut est plus une insulte qu’une marque de respect ». Capra et les autres ne vont donc pas faciliter la tâche de Dwalia. 


Dwalia ne peut même pas compter sur la sympathie de Symphe. Cette dernière a beau apprécier Dwalia, elle ne peut pas laisser passer son échec et les morts des luriks. Pour Dwalia, c’est presque une trahison de voir Symphe se retourner contre elle. Symphe, elle, n’a pas le choix car l’attitude et la virulence des propos de Dwalia remettent en cause son autorité et plus globalement celle des Quatre (« Dwalia, tu es allée trop loin. Trop souvent, je t’ai permis de parler crument, mais tes insultes sont au-delà de la franchise »). Autrement dit, Dwalia a visé trop haut. Elle en paie le prix en étant fouettée et battue, presque à mort. Sa punition est commentée et appréciée par le peuple. Quand Fitz arrive à Clerres, il écoute les rumeurs et les discussions. Ce qu’il retient est que Dwalia semble « universellement détestée ». La chose n’est pas surprenante tant Dwalia suinte l’arrogance et une confiance en elle déplacée. Les quarante coups de fouet reçus sont alors vus comme mérités : des « voisins parlaient avec satisfaction de la flagellation qu’elle avait reçue pour être revenue seule ».


Dwalia est tuée par Abeille. Même dans la mort, elle ne trouve pas le respect. Sa dépouille est souillée (« on eu l’honneur de balancer Dwalia dans la fosse, et Ferb lui a pissé dessus. Cette vieille garce était plus jolie morte »). Elle n’a donc eu aucune célébration, aucune cérémonie. Son corps a été traité comme un déchet, une chose disposable.

dimanche 12 mai 2024

Les dragons ne sont pas là pour rigoler

Les différents livres de la saga du Royaume des Anciens sont remplis de sang, de morts et de violence. Fitz est un assassin, Kennit un pirate, il est normal qu’il y ait des victimes. Des esclaves meurent dans des cales de bateaux, des soldats sont tués à la guerre. Les pays se disputent : Chalcède attaque tout ce qui est à sa portée, les Pirates Rouges menacent les côtes des Six-Duchés. 

Et puis tout change dans le tome la Reine Solitaire. Vérité construit son dragon d’Art et de pierre, et même si ce n’est pas un véritable dragon, on a un aperçu de ce qu’ils peuvent faire. Le dragon de Vérité est particulier, il est rempli des souvenirs de Vérité, il a ses motivations. Contrairement aux réels dragons, Vérité a conscience des frontières humaines. Il ne considère pas toutes les terres et toutes les mers comme son territoire légitime. C’est pour ça qu’il ne sème pas la désolation dans les Six-Duchés. Il se réserve pour l’île d’où viennent les Pirates Rouges : « il devait s’agir des îles d’outre-Mer. Vérité avait toujours rêvé de porter la guerre là-bas, et il s’y employa furieusement ». Des années plus tard, la narcheska Elliania sera courtisée par Devoir ; nul doute que son ressentiment vient en partie des dégâts commis par Vérité et ses dragons. Lors de leur quête de Glasfeu, Fitz et son groupe doivent se rendre à Aslevjal : ils font escale à Zylig et trouvent une ville encore marquée (« je me rappelai avoir entendu raconter que les dragons des Six-Duchés avaient poussé jusqu’à cette grosse bourgade pour apporter la mort et la destruction »). Une de ces armes de ces dragons est leur capacité à troubler les esprits. On peut ainsi lire que « les dragons les ont survolés et ont jeté les hommes dans une hébétude complète avant de détruire le vaisseau à l’aide de bourrasques et de vagues violentes que leurs ailes pouvaient susciter ». Les dragons ont donc semé la désolation et la mort, ils ont permis aux gens des Duchés d’envoyer un signal fort aux outriliens. Ces derniers ont vu leurs terres et leurs maisons déjà horriblement éprouvées par le temps être ravagées. Il y a un autre aspect important à prendre en compte : leur société valorise les femmes fortes. Les outriliens manifestent un grand respect pour Kettricken, cette femme qui est parvenue à envoyer des dragons pour sauver son peuple (« elle leur inspire une révérence sans bornes d’avoir su non seulement préserver un royaume mais encore porter le fer chez eux sous la forme de dragons »).

Pendant un moment, la seule véritable dragonne fut Tintaglia. Libérée grâce aux efforts de Malta, Selden et Reyn, elle découvre un monde qui a changé. Il n’y a plus de dragons et les humains n’obéissent plus à ses désirs. Voulant faire revenir les dragons, et cela nécessite la protection des serpents, elle décide de négocier un accord avec les gens de Terrilville. Pour cela, elle doit nettoyer le port de la ville des navires de Chalcède. Elle s’y emploie vaillamment : « à son second passage, elle choisit comme proie un deux-mâts. Les hommes à bord, en la voyant fondre sur eux, remplirent l’air de leurs flèches qui rebondirent sur elle pour retomber sur le navire ». Tintaglia est impitoyable. Elle parle aux gens d’un ton hautain, elle méprise leurs intentions, elle les considère à son service. Ce n’est pas tout. Elle est une créature puissante, certaine de sa force. Quand elle combat, elle ne se retient pas. Ceux qui sont témoins sont choqués par ce qu’ils voient. Reyn nous fournit un bon aperçu. La guerre est quelque chose de sale, la mort n’a rien de noble et elle l’est encore moins quand il existe un fort écart entre les belligérants. Il est donc écrit que « Reyn se sentit pris de nausée. Les Chalcédiens étaient des ennemis, plus vils que des chiens et ils ne méritaient aucune pitié. Mais le spectacle de cette mort soulevait le cœur. Les corps continuaient à se désagréger, perdant toute forme humaine. Une tête roulait détachée du tronc, et s’immobilisa sur le côté tandis que la chair liquéfiée coulait du crâne ».

Les prouesses de Tintaglia entrent dans la légende et deviennent presque un mythe. Ceux qui ont vécu la bataille en parlent encore des années après. Ils s’attendent à ce que tout le monde soit au courant de ce qui s’est passé, comme le souligne le Marchand Jorban à Castelcerf (« N’avez-vous pas eu vent de la bataille de la baie des Marchands, où un dragon de Terrilville, bleu et argent, à chassé les Chalcédiens de notre côte ? ») 

Les Marchands parlent de Tintaglia avec fierté, elle a détruit la flotte qui menaçait leur ville et leurs possessions. Ils se l’approprient et ils sont presque enclins à faire circuler la rumeur que la dragonne est à eux. Est-ce en réponse aux dragons des Six-Duchés ? Est-ce pour impressionner leurs ennemis ? Difficile de savoir. En tout cas, un rapport de Vinfodra contribue au mythe : « Cette créature, baptisée Tinnitgliat par ses auteurs, s’éleva des ruines fumantes auxquelles les Chalcédiens avaient réduit le quartier des entrepôts et chassa les navires ennemis des eaux de Terrilville ».

Dans les Cités des Anciens, les dragons sont présents en masse. On les suit jusqu’à Kelsingra, on les voit grandir et s’affirmer, devenir indépendants et capables de se débrouiller seuls. C’est aussi dans ces romans que les nouveaux dragons font la connaissance de Glasfeu, un mythe parmi ces créatures exceptionnelles. Glasfeu est en colère, il cherche la vengeance depuis que des gens de Chalcède ont voulu l’empoisonner. Il propose donc aux dragons de détruire la capitale et le château du duc de Chalcède.

Selden est captif du duc. L’homme suce le sang de l’Ancien, il veut prolonger sa vie. Il fait ça en attendant de capturer un dragon, leur sang aurait des propriétés magiques. De sa tour il a une bonne vue sur ce qui se passe : « un sillage de destruction était à présent visible tout autour de la forteresse du duc, il s’élargissait vers le centre, les bâtiments effondrés et les corps, rongés par l’acide se rapprochaient de la tour où logeaient les deux prisonniers. Le plan des dragons était évident : tout ce qui se situait dans le cercle serait noyé dans le venin ». Les dragons ne crachent pas de feu, ils produisent du venin, une substance mortelle.  La ville est ravagée, le duc meurt. Un compte-rendu succinct fait à Umbre résume bien ce qui s’est déroulé (« le duc de Chalcède n’est plus ; une horde de dragons montés par des hommes en armure a surgi des étendues sauvages et attaqué la cité de Chalcède »).

Les dragons ne pardonnent pas, n’oublient pas et se vengent. Clerres l’apprend à ses dépends. La cité avait presque réussi à détruire les dragons des décennies auparavant. Les Quatre ont tout fait pour que les dragons ne réapparaissent pas. Malheureusement pour eux, Tintaglia, Glasfeu, Gringalette et les autres sont de retour. Et quand Fitz vient demander de l’aide, ils se rappellent qu’ils doivent réparer des méfaits du passé. L’heure est à la vengeance, elle est impitoyable et touche tout le monde. Le fou le dit à sa façon, il n’y a pas d’innocents. Et même si il y en avait, que pourraient-ils faire ? Même les alliés des dragons risquent leurs vies, certains meurent d’ailleurs comme Parangon Akennit. A la part de destruction apportée par Fitz et Abeille, les dragons en font de même. Le malheureux Prilkop voudrait une trêve, une port de sortie pour quelques uns. Il se rend compte que les dragons « détruisent tout (…) ce qu’Abeille a commencé avec l’incendie, ils l’achèvent avec de l’acide et à grands coups d’ailes et de queue ».

Les dragons vont et viennent, ne prêtent pas attention aux frontières. Quand ils ont faim, ils chassent et se moquent de savoir si le bétail appartient à quelqu’un. Tintaglia, la dragonne la plus connue, montre son entêtement et son indépendance, elle n’obéit à personne et se moque des querelles des humains. Elle intervient seulement quand cela sert son intérêt. Ou quand il s’agit de vengeance. Réparer une offense semble être une des activités préférées des dragons et ils ne font pas les choses à moitié. Quand ils l’exercent, c’est totalement et de façon radicale. Et le monde s’en trouve changé. 

jeudi 4 avril 2024

Clerres : perversion et chute

 

La trilogie du Fou et de l'assassin élargit le monde connu. Ce qui n'était que des suppositions ou des allusions devient bien plus concret. On découvre alors en profondeur Clerres : une ville, un lieu de pouvoir. On comprend que Clerres a une histoire aussi riche que d'autres grandes villes de la saga comme Kelsingra, Terrilville ou Castelcerf.

Très tôt dans la saga, Clerres est évoquée. La ville n'est pas nommée mais fortement suggérée (lorsque le Fou révèle qui il est et d'où il vient à la fin du second tome ou le moment où le Fou et Prilkop révèlent à Fitz qu'ils vont retourner dans leur école). Si ces deux prophètes désirent retourner à Clerres, c'est aussi parce que c'est le lieu qui accueille les gens comme eux, des individus qui ont des dispositions spéciales. Les gens du Nord n'en ont pas connaissance mais « il existait une école à Clerres où l'on apprenait aux enfants dotés de caractéristiques des Blancs à noter leurs rêves, les images qui leur venaient, et leurs visions de l'avenir ». On a là un premier aperçu de Clerres : un endroit de connaissances, de savoirs. Avant d'être pervertie, Clerres était un endroit unique, mythique et fantasmé, presque un refuge. Quand le Fou parle du Clerres d'avant, c'est avec des mots positifs : « c'était une bibliothèque qui regroupait toute l'histoire des Blancs, tous les rêves qui avaient été archivés (…) c'était une ville faite pour les historiens et les linguistes (…) les gens se rendaient compte que leur enfant était étrange, et ils l'amenaient à Clerres, ou bien il grandissait chez lui en sachant qu'il devait entreprendre un jour ce voyage ». Autrement dit, Clerres était une destination incontournable, qu'on le veuille ou non. Ceux qui avaient un don étaient immanquablement attirés.

Géographiquement, Clerres fait voyager le lecteur vers des terres inconnues, bien plus au Sud qu'il n'a jamais été, loin de Terrilville et autres villes des Marchands. Fitz se rend compte que c'est une « cité très loin dans le Sud,au-delà de Chalcède, des Îles Pirates, de Jamaillia et des îles aux Épices ». Quand le Fou raconte à Fitz la façon dont il est retourné à Clerres après la libération du Glasfeu, il l'informe que « nous sommes parvenus à Clerres puis nous avons continué jusqu'à l'île Blanche, où se trouve l'école qui s'appelle aussi Clerres ». Clerres est donc à la fois le nom de l'île et le nom de l'école. Notons que Clerres est un carrefour, un lieu de passage fréquenté qui n'attire pas que les Blancs. C'est un lieu de commerce, un endroit influent. Selon le Fou, « toute sorte d'individus se rendent là-bas, des marchands venus de porcs lointains, des gens impatients de connaître leur avenir, d'autres qui souhaitent devenir serviteur des Blancs, des mercenaires qui veulent entrer dans la garde ». A ce niveau, Clerres est un peu en opposition à Castelcerf, une ville qui, si elle a commercé, a longtemps été peu tournée vers le monde puisque tourné vers la guerre.

Clerres est une grande ville. Quand on lit ses descriptions, la façon dont les lecteurs la considèrent, on a bien plus l'impression d'être en présence d'une Terrilville ou d'une Kelsingra époque des Anciens que de Castelcerf. Il y a l'impression d'une ville riche et prospère, propre et organisée. Le Fou et Prilkop sont de bons observateurs de la ville : ils l'ont connue à des moments différents et ils peuvent noter les changements lorsqu'ils y retournent. On comprend avec leur témoignage que la ville ne s'est pas seulement enrichie, elle s'est agrandie, a gagné en importance : « Clerres s'était beaucoup étendu depuis mon départ, et Prilkop était abasourdi de constater que le petit village de ses souvenirs était devenu une masse de murailles, de tours, de jardins et de portes. » Alors qu'ils approchent de la ville pour sauver Abeille, le Fou (devenu Ambre) éclaire Fitz. Il le prévient que « Clerres a des patrouilles qui parcourent efficacement les rues et les ponts ». C'est un endroit comme il a rarement vu. Pourtant, Fitz a beaucoup voyagé : il a parcouru de long en large les Six-Duchés, il a remonté le fleuve du désert des Pluies, il a été à Terrilville, en Chalcède, dans les Montagnes, à Kelsingra... Il est malgré touché par ce qu'il voit : « j'observai Clerres pendant que le ciel s'éclairait. La ville était encore plus charmante au lever du jour, étendue de verdure soignée et d'habitations bien ordonnées ». Cela n'a rien à voir avec le côté désorganisé et sauvage de Castelcerf.

Tout cela peut donc laisser croire que tout est beau à Clerres. Mais, la ville a une face obscure, une face sombre symbolisée par l'emprise des Serviteurs et des Quatre. Là encore, il y avait des indications que cette école n'était pas si parfaite que ça. Le Fou avait prévenu qu'on avait tout fait pour le retenir, pour l'empêcher d'accomplir son destin car cela ne correspondait pas aux attentes des décideurs. Si il y est malgré tout retourné, c'est en partie à cause de Prilkop qui l'a convaincu que Clerres ne pouvait pas être si changée que ça : « Lui avait toujours eu envie de regagner Clerres (…) il en avait gardé un souvenir très différent du mien, car il venait d'une époque où les Serviteurs n'étaient pas encore corrompus, où ils servaient vraiment les Blancs. » Il faut bien préciser que Clerres existe pour permettre aux Blancs d’œuvrer correctement, toute la logistique doit leur servir. Les Serviteurs ont retourné la relation, pris le pouvoir et asservi les potentiels prophètes, les gens qui faisaient des rêves. Au fil des années, Clerres est devenue un élevage, un lieu d'expériences et une ville d'où se déploie le pouvoir des Serviteurs. Ils ne servent plus l'histoire mais leurs propres intérêts et sont prêts à tout pour atteindre leurs buts (« les Serviteurs croisent des enfants les uns avec les autres, entre cousins, entre frères et sœurs, et les enfants mal formés qui naissent de ces unions, ceux qui ne présentent aucun signe de la lignée des Blancs sont détruits avec la même indifférence qu'on arrache une mauvaise herbe dans un jardin »). C'est pour cela que la Femme Pâle a été préférée au Fou : lui allait à l'encontre de ce que désirait les Serviteurs, il était bien trop indépendant. On pourrait presque croire que la Femme Pâle a été construite pour contrecarrer les plans du Fou mais surtout permettre aux Serviteurs de maintenir leur influence. C'est en tout cas ce que pense le Fou : « Les richesses de Clerres avaient été mises à sa disposition afin qu'elle oriente le monde sur leur fameuse vraie Voie. »

Les dirigeants de Clerres ont le besoin de contrôle. C'est pour eux une nécessité ; ils élèvent leurs prophètes pour être certains qu'ils adhéreront à leurs idées. Quelqu'un comme Prilkop est pour eux un danger, un ennemi (Dwalia : « étant que c'était un Blanc naturel et non élevé à Clerres, il est resté trop peu de temps dans notre école pour que nous puissions nous assurer de sa loyauté »). Prilkop se retrouve alors derrière des barreaux. Le Fou, lui, a été torturé à son retour.

Clerres a un ennemi historique : les dragons. Ils ont tout fait pour les éliminer et ils ont tout fait pour qu'ils ne reviennent pas. Puisqu'ils avaient accès à des rêves prophétiques, ils pouvaient analyser différents scénarios et choisir ceux qui leur convenaient.

La cruauté de ces individus était telle qu'ils étaient capables de laisser se développer des terribles maladies ou des catastrophes naturelles sans prévenir si ça les arrangeait. On sait, par exemple, que la famille Vestrit a été lourdement touchée par la Peste ; on apprend que les Quatre savaient et n'ont rien fait (« nous étions au courant de la Peste sanguine avant qu'elle ne fasse sa première victime »). Ce n'est même pas du désintérêt, un repli sur leur monde ; c'est surtout une volonté de tout faire pour que les dragons ne reviennent pas. Sans doute pensaient ils qu'une Terrilville prospère se développerait et explorerait les mystères du monde des Anciens. Les Anciens étaient une menace, bien trop proches des dragons, bien trop indépendants et non soumis. Clerres a donc assisté de loin à la catastrophe : « la montagne qui explose en gerbes de feu, les tremblements de terre qui ont dévoré les cités des Anciens et les vagues géantes qui ont mis fin à leur emprise sur le monde (…) S'ils nous avaient été un peu plus utiles, peut-être les Anciens en auraient-ils aussi été informés ; mais ils préféraient les dragons aux humains. Ce fut leur perte. »

Mais, les dragons sont de retour et le destin de Clerres est menacé. Capra, une des Quatre, le sait. Elle est quasiment convaincue que les choses vont mal tourner. Il y a trop de rêves d'un Destructeur qui viendrait tout mettre à bas. Il y a surtout le retour des dragons et une vengeance inévitable de leur part. Elle tente de prévenir ses collègues (Coultrie, Symphe et Fellodi) : « les dragons sont à nouveau en liberté dans le monde, et les luriks qui nous restent rêvent de sombres visions de loups, de fils et de dragons. Nous étions pourtant à ça de les arrêter pour toujours : Les dragons ne pardonnent pas et ils n'oublient pas ». En étant incapables de tuer le Fou pour de bon, les Quatre ont laissé le cours des choses leur échapper. Le Fou a tout fait pour faire revenir les dragons et il y est parvenu. Pire, ils n'ont rien arrangé en enlevant Abeille, la fille de Molly et Fitz. Fitz fait tout pour la retrouver, ou la venger. Sur sa route, il forge des alliances inédites et rencontre des dragons. Quand il évoque à Tintaglia le nom de Clerres, la réaction de la dragonne est intéressante (« Peur. Un dragon pouvait éprouver de la peur ? ») Tintaglia, comme tous les dragons, a le souvenir de ses ancêtres. Ils sont certes incomplets mais suffisamment équivoques pour faire émerger cette émotion. Elle sait que quelque chose de terrible a eu lieu pour son espèce mais ne sait pas quoi exactement. Tintaglia ira alors rencontrer le vieux dragon noir Glasfeu qui l'éclairera sur ce qui s'est passé, notamment les empoisonnements. Dès lors, le sort de Clerres est écrit : la ville doit être détruite. Il y a eu trop de torts causés aux dragons pour qu'ils ferment les yeux ; Clerres a tenté de les éradiquer, a volé leurs œufs pour faire des expériences. Tintaglia est claire quand elle dit que « un humain ne peut exécuter la punition que Clerres mérite. Quand nous arriverons là-bas, nous détruirons pierre par pierre et dévorerons ceux qui ont osé tuer des dragons ». Une assemblée constituée de pirates, Marchands, de gens des Six-Duchés et des dragons arrive alors sur Clerres et détruit la ville. En réalité, le plus gros du travail est fait par les dragons qui ne connaissent aucune limite, ne montrent aucune retenue. Pour ne rien arranger, Glasfeu retrouve un peu courage et se mêle à la fête. Lui aussi est revanchard, d'autant plus qu'il a été humilié (« te souviens-tu de moi, Clerres (…) te rappelles-tu comment tu nous as fait mourir avec un festin de bétail empoisonné ? »)

Les Quatre sont tués un par un. La ville est ravagée comme l'observe de loin Fitz : « je vis les ruines du château de Clerres (…) la forteresse n'existait plus que sous la forme de décombres répandues à l’extrémité de la péninsule ». Clerres est battue, les dragons ont gagné. Surtout, le Fou a atteint son but : les futurs gens doués ne seront plus exploités.

lundi 25 mars 2024

Qui est le Fils inattendu (dans le Destin de l'assassin) ?

Fitz est le Catalyseur de son époque, il est celui qui a permis de mettre en branle le retour des dragons. D’autres ont, bien entendu, eu un impact sur le retour de ces magnifiques créatures (comme Malta). Mais, le Prophète a marqué Fitz comme son Catalyseur.

Abeille, elle, est le Destructeur de son époque. Dans les croyances de Clerres, le Destructeur vient répandre la mort et la destruction sur la ville : c’est ce que fait Abeille en incendiant la citadelle et en faisant en sorte que les dragons, les Anciens, des pirates et des duchéens détruisent la ville.

Une autre figure légendaire émerge : celle du fils inattendu, un enfant qui défie toute la logique de l’histoire, un enfant qui n’aurait pas dû naître. Fitz est un fils inattendu désigné, lui le bâtard royal ; Chevalerie rêvait tant d’un fils et ce fils a émergé d’une ancienne relation.


Pourtant, les Prophètes Blancs du passé ont théorisé l’apparition et le concept du Fils inattendu. Là encore, comme souvent, c’est une histoire liée à la vengeance. Della, un ancien membre de l’école de Clerres, rapporte que « j’ai rêvé de ma propre version du Fils inattendu. Je crois que c’est un rêve de justice et de punition à venir, destiné à ceux qui s’y attendent le moins ». Une analyse est possible : la justice serait la volonté de Fitz de se venger alors que les Quatre ont enlevé Abeille alors que ceux qui s’y attendent le moins sont justement les Quatre, bien à l’abri dans leur citadelle. Dans tous les cas, l’arrivée du Fils inattendu ne semble pas pacifique. Il apporte et promet la colère, et il se mêle à d’autres grandes figures prophétisées. Capra affirme que « nous sommes inondés de cauchemars qui évoquent la colère du Fils inattendu. Des visions terrifiantes de la vengeance du Prophète qui vécut deux fois réveillent les jeunes dans les hurlements de peur ». Ce Prophète est le Fou, mort à Aslevjal, tué par la Femme Pâle, et ressuscité par Fitz et la couronne au coq. Encore une fois, on a un autre témoignage qui montre que le Fils inattendu doit participer à un grand changement de Clerres.


Tous ne croient pas en cette histoire de Fils inattendu. Un soldat qui garde Clerres et assiste au retour de Dwalia réagit en disant que c’est une « vieille légende ». Dwalia, grande partisane de la théorie du fils inattendu, a bien conscience que tout le monde n’y croit pas : « certains affirmaient que le temps de cette prophétie était révolu, que son ingérence dans les flots du temps était derrière nous ».


Dwalia ramène donc Abeille à Clerres. Elle est convaincue que c’est le Fils inattendu. C’est pour elle qu’elle a entrepris cette quête et traversé le monde. C’est pour capturer le Fils inattendu, donc Abeille, qu’elle a sacrifié quelques uns des gens de Clerres. Dwalia parade même devant les Quatre : « nous rapportons le trophée que j’avais annoncé : le Fils Inattendu ». Cette déclaration ne récolte que mépris. Les Quatre, en particulier Capra, se moquent de son aplomb. Comment est-ce que ce Fils inattendu, donc un garçon, pourrait être Abeille, une fille ? La réponse de Capra transpire le mépris (« ce n’est pas le Fils inattendu. Le moins que ce puisse être, c’est la bâtarde d’un misérable traître »).

Vindeliar a passé de longs moments avec Abeille. Il a appris à la connaître, il pense avoir un lien spécial avec elle et la magie influe grandement sa perception des choses. Surtout, Vindeliar admire Dwalia et il partage son avis. Capra dit à Abeille que Vindeliar « croit toujours que tu es le Fils inattendu et il affirme que tu es capable de magie et pleine de ruse et de fourberie ». Ici, peu importe qu’Abeille soit le Fils inattendu ; la deuxième partie de la description illustre bien la nature du Fils inattendu : c’est un individu qui a tous les atouts pour changer les choses.


D’autres pensent que le Fils inattendu est Fitz. C’est le cas de Capra (Abeille : « Capra savait que mon père était le Fils inattendu. »). Un autre partage cet avis : Prilkop. Lui aussi a un titre particulier : l’Homme noir, une figure mythique à Aslevjal et pour le peuple des îles d’Outre-Mer. C’est surtout un Prophète Blanc, un homme qui a accompli ce qu’il devait accomplir et qui depuis transcende son temps. Prilkop est prisonnier à Clerres. Il rencontre Abeille et sa position est claire : « pauvre petite ! Non, tu n’es pas le Fils inattendu. Je le sais, car je l’ai rencontré ». Autrement dit, selon Prilkop, le Fils inattendu est Fitz. Finalement, on ne peut pas mettre de côté l’avis du Fou. Après tout, il est le Prophète de son époque, il a étudié bon nombre de textes et il s’est rarement trompé sur les gens. C’est lui qui dit à Abeille que « ton père était le Fils inattendu. Quand tout jeune, je rêvais de lui, je voyais toujours qu’il avait peu de chances de survivre ». Le Fils inattendu n’apporte pas seulement la mort, il doit y résister. Et c’est bien le cas de Fitz qui a à de nombreuses reprises défié la mort et les probabilités de survie.

samedi 11 novembre 2023

La vengeance

Une fois Abeille enlevée, qui aurait pu prédire la suite ? Qui aurait pu prédire que cela réunirait une coalition composée de dragons, de gens des Six-Duchés, de pirates, de Marchands ? Qui aurait pu prédire que la vengeance les réunirait ? Les uns veulent se venger d’un tort qui leur a été infligé, les autres demandent le paiement d’une longue dette et d’un tort causé il y a bien des années.


La vengeance change les gens. Elle peut transformer un paisible garçon d’écuries en une boule de colère. C’est le cas de Persévérance qui a été lourdement touché par les actions des dirigeants de Clerres. Il était là quand les troupes ennemies ont attaqué Flétribois, il y a perdu sa meilleure amie Abeille. Pour ne rien arranger, sa mère a été en partie forgisée et les souvenirs de son fils lui ont été enlevés ; Persévérance a été un inconnu, un étranger pour sa mère et cela l’a profondément marqué et changé. Des membres de sa famille sont morts. Dès lors, il n’est pas étonnant de l’entendre dire que « moi aussi, je veux ma vengeance, pour mon père et pour mon grand-père (…) je n’ai pas oublié comment Allègre est tombé ». Fitz s’interroge : « qu’avais-je fait de mon jeune et honnête garçon d’écurie, naguère si gentil ? ». C’est une interrogation bien naïve, Persévérance aurait-il pu fermer les yeux et oublier les atrocités vécues ? Pouvait-il passer à côté de l’occasion d’infliger du mal à ceux qui lui en ont fait ?


La vengeance est une arme à double tranchant. Elle doit être manipulée avec précautions. Quand ils s’en vont vers Clerres, Fitz et le Fou n’ont pas de réel plan, sauf leur volonté de punir ceux qui ont enlevé Abeille. Ils ne savent pas trop comment s’y prendre. 

En chemin, ils croisent les Anciens, puis Tintaglia la dragonne. Leur rencontre avec cette dernière va tout faire basculer. Elle va réveiller des forces qui étaient endormies ou cachées, elle va réveiller des traumatismes du passé. En fouillant dans leurs souvenirs, les dragons vont se rappeler des choses et trouver là une opportunité de réclamer leur dû. Le Fou résume parfaitement la situation : « pour ce qui est des dragons, nous n’y pouvons rien : leur soif de vengeance est encore plus ancienne que la mienne ». Les humains n’ont donc aucun contrôle sur les dragons. Les imposantes créatures font ce qu’elles veulent : elles désirent détruire Clerres et elles le font consciencieusement. 

Il faut dire que les dragons ont de quoi être en colère. Des années avant, les Quatre ont intrigué pour faire disparaître les Anciens et les dragons. Puis, ils ont tout fait pour stopper les machinations du Fou qui cherchait à faire revenir les dragons. Enfin, ils ont contribué à créer des abominations et à tuer les dragons dès leur naissance. Tintaglia exprime clairement la raison de sa colère : « vengeance pour mes oeufs volés et détruits, pour nos serpents emprisonnés et torturés ». Dès lors, comment stopper des dragons en colère ? C’est impossible ; Le Fou que « c’est la vengeance des dragons. Nul ne peut l’arrêter ».


Pour ne rien arranger, les dragons veulent redorer leur image et leur légitimité. Ils veulent rappeler qu’ils sont les seigneurs des terres, de la mer et du ciel. Ils veulent à nouveau être craints et respectés par les humains. On l’avait déjà vu quand ils ont attaqué Chalcède : leurs actions ont aussi un but politique, il s’agit d’envoyer un signal, de détruire ceux qui les ont fait souffrir. Leur colère est encore plus forte lorsqu’ils apprennent que les torts faits n’ont jamais été vengés. Un dragon en avait la possibilité, il n’a rien fait (« Glasfeu est un pleutre. Un dragon qui préfère s’ensevelir dans la glace, plutôt que de se venger, par crainte pour sa propre sécurité n’est pas un dragon »). En fait, c’est presque comme si la vengeance faisait partie de la nature profonde des dragons.


Du côté des gens de Clerres, ils savent qu’ils vont souffrir. Ils le savent car tous les rêves l’indiquent. Ils le savent également parce que un dragon ne peut laisser un tel affront impuni. C’est pour cela qu’ils ont tout faire pour que les dragons ne reviennent pas. C’est ce que dit Capra : « tu as réveillé le loup endormi, et excité les dragons en lui jusqu’à la fureur. Tu nous as placés sur une voie obscure par ta vanité, ta colère et ton appétit égoïste de vengeance ». La dernière remarque est intéressante. Dwalia n’a pas pourchassé le Fou sans raison : elle le tient pour responsable de la mort de la Femme Pâle. Elle a perdu l’amour de sa vie, elle veut punir les coupables de sa mort. Le désir de vengeance est donc un mauvais conseiller : il a entraîné les gens de Clerres sur leur propre destruction. Capra pointe cela du doigt. Sa sagesse lui permet de savoir que la mission accordée à Dwalia était une mauvaise idée (« comme si la vengeance avait jamais donné autre chose que des fruits amers »).


Pour d’autres, la vengeance est un lot de consolation, c’est ce qui est là quand il n’y a plus rien d’autre. Ce point de vue est partagé et porté par Fitz : « elle est morte, Fou ; elle a disparu dans le courant d’Art. Tout ce qui nous reste, c’est la vengeance ». A ce moment du récit, Fitz a perdu tout espoir de retrouver sa fille vivante. Ses derniers espoirs se sont envolés quand il a appris qu’elle était passée dans un pilier d’Art sans avoir jamais reçu de formation. Dès lors, la vengeance devient une nécessité. Elle ronge Fitz, elle l’empêche de profiter de ce que la vie lui offre. Il n’a que ça en tête : il ne peut même pas apprécier la compagnie de son autre fille ou de son petit-enfant à venir (« je regrette, Ortie, mais je dois m’en aller ; je dois venger Abeille ; je dois trouver ceux qui lui envoyé les tueurs et je dois la venger »).

Ce que Fitz dit assez calmement Elliania l’exprime avec colère : « la vengeance ! Une vengeance sanglante et méritée contre ceux qui ont volé une fille de notre sang ». La passion empare Elliania et lui enlève toute lucidité. D’ailleurs, elle aussi a déjà souffert des complots des Quatre. Son enthousiasme surprend Fitz (« ma reine était intervenue avec une véhémence qui me laissa pantois »). Sans doute n’a-t-il jamais réellement appréhendé la peine que l’enlèvement de sa soeur et de sa mère avait causé à Elliania. Elliania voit peut-être là un exutoire à toute sa colère accumulée.


Le Fou y trouve une réponse à son désespoir. Abeille n’est pas simplement un Catalyseur, elle est le Fils inattendu, elle est celle qui doit permettre de briser la saleté qu’est Clerres. Elle est surtout, d’une certaine façon, son héritière. C’est pour cela que sa colère contre les hésitations du Fitz est presque pathétique. Il ne comprend pas pourquoi Fitz hésite tant à partir, à se lancer. Sa colère éclate : « ce n’était pas seulement ton enfant ! C’était l’espoir du monde. Et elle était de moi, et je ne l’ai jamais touchée qu’un bref instant ! Pourquoi imagines-tu que j’hésiterais à risquer ma vie si j’avais l’occasion de la venger ». Une nouvelle fois, le Fou est prêt à donner sa vie pour atteindre son but. Il n’y a là rien de noble, il n’y a pas l’accomplissement d’une prophétie ; c’est simplement l’envie de faire souffrir ceux qui l’ont fait souffrir. C’est un acte gratuit quoi doit permettre de soulager sa conscience.


Enfin, Abeille, comme Fitz lorsqu’il s’agissait des Pirates Rouges, met en avant le côté cyclique de la vengeance. Elle ne fait que se répéter dans le temps : on venge un mal qui a été commis et les victimes de cette vengeance accumulent du ressentiment puis agissent à leur tour. Selon Abeille, « la vengeance ne tient compte ni de l’innocence ni du droit ; c’est la chaîne qui lie entre eux deux évènements horribles, qui décrète qu’un acte épouvantable doit en engendrer un autre (…) les survivants ce carnage haïraient ensuite les dragons et les gens des Six-Duchés ». La vengeance appelle la vengeance.

dimanche 16 juillet 2023

L'île des Autres et abominations

Les abominations sont les Autres.


Les serpents deviennent des dragons. Voilà idéalement ce qui passe : les dragons ont des oeufs sur l’Ile des Autres, les serpents vont jusqu’à un lieu de nidification, s’enferment dans un cocon dont prennent soin des Anciens et en ressortent comme des dragons. 

Les choses ont changé et les dragons ont disparu. Leur existence est devenu un mythe et ceux qui fouillaient les ruines du Royaume des Anciens ont été incapables de se rendre compte que ce qui devenait ensuite une vivenef était en réalité un dragon. Combien de dragons sont devenus prisonniers, forcés de devenir une vivenef ? Difficile de savoir. Et, ce n’est même pas la pire chose qui peut arriver. En effet, un dragon peut donner naissance à une créature  appelée Abomination.


Alors qu’elle est assez naïve sur la question des dragons, Ambre (le Fou) en est presque à envisager une existence pacifique entre les deux espèces, et même une influence de l’une sur l’autre. Cette idée ne fait pas que rire Parangon, la vivenef folle. Elle l’alarme. Parangon met en garde Ambre de ne pas envisager cette idée, ce serait une hérésie : « des dragons mêlés d’humain ? Sais-tu ce que c’est ? Des abominations ? Voilà ce que sont ceux qui naissent et grandissent sur l’île des Autres, ceux qui sont autant des humains que serpents, et qui ne sont donc ni l’un ni l’autre ! Ce ne seront jamais des dragons ». 

Il faut bien préciser que cela n’a rien à voir avec un Ancien puisque les Anciens résultent d’un choix volontaire et assumé d’un dragon de changer un humain. Dans le roman Sur les rives de l’Art, Kanaï nous apprend qu’une abomination est une catégorie à part, un être qui n’a rien à voir avec le reste. Les dragons et les Anciens ne leur accordent aucune valeur, ne leur apportent aucune reconnaissance. Quand Kanaï en parle, c’est avec des mots durs et méprisants : « elles apparaissent quand une dragonne qui a vécu trop longremps avec des hommes pond des oeufs, et qu’ils ne donnent pas des serpents mais des créatures qui ne sont ni serpents ni humains ni Anciens, monstrueuses et maléfiques ». Il ajoute que « nous les massacrerons ». Autrement dit, on pourrait presque dire que les abonminations sont le secret honteux des dragons. Si il existe des abominations, c’est à cause des dragons. Pour ne rien arranger, les abominations ont survécu au cataclysme qui ont détruit les dragons. Ces bêtes ont même capturé le serpent qui conserve la mémoire des dragons et s’en sont servis pour influencer les rares humains visiteurs de l’île des Autres en faisant des prophéties. 

Si les abominations ont survécu alors que les dragons sont morts, c’est sans doute parce que les dragons les ont écartées et leur ont permis d’éviter les tremblements de terre, éruptions et autres joyeusetés. C’est le Fou qui informe Fitz que les dragons « considèrent leurs rejetons modifiés comme une honte et les exilent. Tu as visité l’île des Autres ».


Le grand ennemi des dragons sont les gens de Clerres et en particulier les Serviteurs. Ces derniers sont engagés dans une lutte à mort et sont prêts à tout pour terrasser les dragons et les Anciens. Ils n’ont rien fait pour empêcher les dragons d’échapper à la grande catastrophe alors qu’ils savaient que cela allait arriver. Ils avaient en fait interprété les rêves des Blancs. 

Les ennemis se rapprochent. Il n’est donc pas étonnant de voir que les Serviteurs et les abominations ont créé des liens. Ambre et Parangon livrent un témoignage intéressant : « il dit qu’il y est déjà allé, et qu’Igrot avait des relations avec les Serviteurs ; de quelle sorte il ignore, mais peu après leur visite à Clerres, il a emmené Igrot à l’île des Autres, pour entendre son avenir ». On peut supposer que ce sont les Serviteurs qui ont conseillé à Igrot d’aller là-bas. 

L’île des Autres semble être l’endroit de prédilection des grands pirates qui veulent se forger une destinée. Igrot y est allé, Kennit y est allé et Kennit y a emmené Hiémain, celui pour qui il avait des sentiments ambigus, qu’il considérait presque comme un héritier (« Kennit m’a emmené là-bas pour voir ce que les Autres pouvaient prédire sur moi »).


Les Serviteurs craignent une chose : le retour des dragons. Ils savent que le retour de ces créatures signifiera leur fin puisque les dragons voudront se venger et auront le moyen de le faire. Les Serviteurs savent que les serpents peuvent devenir des dragons et ils décident de ne prendre aucun risque. C’est Abeille qui nous apprend la stratégie qu’ils ont mise en place pour limiter les risques. Abeille interpelle Prilkop : « saviez-vous qu’ils ont fait en sorte que des filets soient placés au large de l’île des autres, pour capturer et tuer les serpents afin qu’ils meurent et ne deviennent jamais des dragons ? »


Dans la Secte maudite, Fitz et Devoir traversent un pilier d’Art et se retrouvent sur une plage aux trésors sur l’île des Autres. C’est l’occasion, ou la malchance, pour eux de rencontrer une abomination. Fitz nous offre une description saisissante : « je n’arrivais pas à savoir si elle m’évoquait un reptile ou un mammifère marin ; ses yeux plats de carrelets placés sur le devant de la tête paraissaient bizarrement orientés et son crâne semblait excesivement gros, comme tumescent ».


Pour autant, malgré la présence des abominations, les dragons utilisent toujours l’île des Autres pour pondre des oeufs. Tintaglia s’y rend à la fin des Cités des Anciens, sous bonne garde. Kalo précise que « je voyage avec elle jusqu’aux plages de nidification pour surveiller le creusement des nids et tenir les Autres à distance ». Il faudra donc attendre bien plus tard (les romans Sur les rives de l’Art et le Destin de l’assassin) pour que les dragons détruisent les Autres. En acculant Glasfeu et en lui extirpant des souvenirs, Tintaglia se rendra compte de ce que sont réellement les Abominations et la nécessité de les tuer.

mercredi 22 février 2023

Glasfeu et les dragons

Les dragons sont de retour. A Aslevjal, le vieux Glasfeu sort des glaces. Dans le désert des Pluies, Tintaglia émerge d'un cocon et à Kelsingra les dragons, guidés par leurs gardiens, redeviennent enfin les magnifiques créatures qu'elles doivent être. Le monde change donc. Car, les dragons ne sont pas des animaux qui vivent dans leur coin ; ils veulent régner et dominer le monde.

Si l'histoire met fortement l'accent sur Tintaglia, un autre dragon est bien développé : Glasfeu. Tiré des glaces par Devoir et les siens, il est un immense dragon noir mâle. Tintaglia est vite intéressée par lui. Il doit lui permettre de perpétuer l'espèce, d'autant plus qu'à cette époque les dragons issus des serpents sont impotents et faibles. Très vite, même si elle s'accouple avec lui, Tintaglia comprend que Glasfeu n'est pas un dragon commode. Il est fortement indépendant, peu tourné vers le développement de son espèce. Surtout, il est un dragon d'un autre âge (il a connu les Anciens). Et, Tintaglia a des souvenirs incomplets, elle n'a pas encore retrouvé toutes les pratiques anciennes des dragons, juste des impressions. Elle constate donc qu' « elle pensait que le vieux dragon la suivrait, mais elle ne se rappelait plus pourquoi : les membres de leur espèce préfèrent la solitude, car, pour manger à leur faim, ils ont besoin de grands territoires de chasse ».

Dans les Cités des Anciens, Glasfeu et Tintaglia retrouvent les dragons de Kelsingra. Tintaglia a alors le choix pour s'accoupler, elle peut très bien trouver un autre mâle. Sintara, une dragon femelle, le remarque bien (« Tintaglia regardait le dragon noir d'un œil songeur, comme si elle le mesurait aux autres mâles. Il était plus grand que ses semblables, mais elle savait que ce n'était pas le meilleur critère pour choisir un compagnon »). Glasfeu se retrouve alors en concurrence ouverte. Tout le monde se rend compte ; Reyn remarque que « le mâle noir et Kalo se battaient sans cesse pour occuper un point derrière Tintaglia ». Les dragons étant ce qu'ils sont, ils ne règlent par leurs différends par la diplomatie mais en affirmant physiquement leur autorité. Kalo et Glasfeu s'affrontent. Thymara décrit ce qui s'est passé : « le dernier combat était sacrément violent. Pourtant Alise m'a dit que, d'après ce qu'elle a appris en étudiant les dragons dans les manuscrits et les archives, les mâles s’infligeaient rarement des blessures graves lors des batailles nuptiales ». Bien qu'en disgrâce auprès de Tintaglia, Glasfeu a donc tenté le tout pour le tout. Il ne voulait pas être relégué au second plan. Battu, il rappelle pourtant aux autres dragons une évidence : il a un droit sur la première portée de Tintaglia (« seul le père se rend à la plage de nidification avec la reine pour la protéger. Les autres mâles ne sont pas dignes de confiance. Il va détruire et piétiner les œufs »). Le ressentiment de Glasfeu apparaît clairement.

Glasfeu n'est pas un dragon comme les autres. Lui qui a vécu si longtemps dans les glaces n'en est pas sorti indemne. Plus ou moins conscient, il a eu le temps de ruminer son lent suicide (qui lui a été imposé par les gens de Clerres). C'est un vieux dragon qui n'a rien à voir avec les nouveaux. D'ailleurs, ceux-ci s'en méfient (« Glasfeu, avait confirmé Sintara quand elle avait tendu son esprit vers sa reine. Reste loin de lui ; je crois qu'il est fou »). Ce tempérament mauvais et instable est confirmé par Kanaï. L'Ancien fréquente énormément les dragons (notamment Gringalette). Il parle durement du dragon en affirmant que « c'est une brute qui ne sert à rien, ni aux dragons ni aux Anciens ; il ne nous parle jamais. Quand Tintaglia n'a plus eu le choix ; elle l'a pris comme compagnon, mais il s'est révélé indigne d'elle ».

Tintaglia remarque vite que Glasfeu n'est pas un dragon vengeur lorsqu'il n'est pas directement concerné. Quand Chalcède ose s'en prendre à Tintaglia, il ne fait rien. Elle est désolée de voir que Glasfeu ne fait rien alors qu'on s'en prend à un dragon. Elle comprend son égoïsme dans d'autres domaines mais est perplexe de le voir laisser faire du mal à un dragon (« il n'appelait pas à la vengeance quand c'est moi qui étais mourante (…) Mais que les hommes le chatouillent de trop près, et le voilà prêt à asperger toutes leurs cités de venin »). Glasfeu mène alors un assaut vengeur qui ravage la capitale de Chalcède. La ville est détruite, il ne reste rien d'elle.

Malheureusement pour lui, Glasfeu va perdre toute l'estime de Tintaglia quand cette dernière apprendra ce que les gens de Clerres ont fait (ils ont empoisonné les dragons) et participé à leur disparition). C'est d'autant plus décevant que Glasfeu savait ce qui s'était passé et n'a rien fait. Il n'a rien fait et a en plus tout caché aux autres dragons. Il n'a pas transmis ses souvenirs. Tintaglia raconte qu'elle a dû « batailler pour arracher à Glasfeu ce qu'il aurait dû partager avec nous depuis bien longtemps, plutôt que de se moquer de nous parce que nous ignorons une histoire pour nous inaccessible ». Pire, Tintaglia juge durement Glasfeu et le fait savoir à tous. Pour elle, Glasfeu ne vaut rien, n'est qu'une perte de temps. Elle fustige son attitude, lui qui a préféré s'enfouir dans les glaces d'Aslevjal au lieu de se battre : « Glasfeu est un pleutre. Un dragon qui préfère s'ensevelir dans la glace plutôt que de se venger, par crainte pour sa propre sécurité, n'est pas un dragon ».

Finalement, Glasfeu retrouve ses esprits. Il est là quand il s'agit de mettre à bas le règne des Quatre. Il est là pour réduire en cendres Clerres. Il faut preuve de sa puissance et de sa détermination. Sa furie repousse les humains et même les autres dragons (« le dragon bleu et vert tournoyaient autour de lui en larges cercles et n’attaquaient plus activement le château. Ils gardaient leurs distances vis à vis de Glasfeu, et je me demandai s'ils n'aient pas peur de devenir ses proies »). On peut penser que Glasfeu, vexé, a été touché dans son orgueil et qu'il veut montrer qu'il est un réel dragon, avec tout ce que cela implique.

dimanche 23 octobre 2022

Le Destructeur est là

En finissant le roman le Destin de l'assassin, on sait ce qui arrive à Clerres, la ville, la bibliothèque, l'île ; Tout cela est détruit par les Dragons. Tintaglia, Glasfeu et les autres ont enfin eu leur revanche contre ceux et celles qui ont participé à la chute des Anciens et des Dragons. Cela leur a été permis par l'enlèvement d'Abeille qui a mis en marche un bon nombre d'événements : il a motivé la vendetta du Fou, il a poussé Fitz à traverser le monde et se faire des nouveaux alliés. Autrement dit, en envoyant Dwalia à l'autre bout du monde, dans les Six-Duchés, les Quatre ont creusé eux-mêmes leurs tombes. Ils ont changé le cours du destin, un destin qui ne leur était plus favorable depuis le retour des Dragons dans les Aventuriers de la Mer et les Cités des Anciens. En s'en prenant à Abeille, une Loinvoyant qui a le Vif et l'Art, et qui a du sang de Blanc à cause d'un lien entre le Fou et son père, ils ont attiré la destruction.

Quand Dwalia revient à Clerres, accompagnée d'Abeille, on sent que c'est la panique qui domine les autorités de la ville. Les Quatre sont inquiets : eux ont basé tout leur pouvoir et leur richesse sur la manipulation des rêves. Or, les rêves annoncent de terribles choses, les signes sont clairs. Capra perd son contrôle et ses nerfs, elle est craintive: « des visions terrifiantes de la vengeance du Prophète qui vécut deux fois réveillent les jeunes dans des hurlements de peur. Des rêves d'un Destructeur ». Ce prophète est le Fou, lui qui a été tué par la Femme Pâle et qui a ressuscité grâce à Fitz et à la magie de la Couronne des Anciens. En revenant à la vie, le Fou a modifié le cours des choses. C'est un monde qui est inconnu pour tout le monde, que personne n'a jamais vu dans les rêves. Les Quatre ont cru que la chance leur souriait quand le Fou et Prilkop ont décidé de revenir à Clerres. Là, ils pouvaient les garder dans une prison dorée, ils pouvaient les torturer à loisir pour tirer tous leurs secrets. Mais, les Quatre font un mauvais choix : ils permettent au Fou de s'évader et le Fou retrouve Fitz. Ils sombrent encore plus dans l'inconnu (« au cours de la dernière année, le nombre de rêves au sujet d'un Destructeur a considérablement augmenté. Cela nous dit qu'il s'est passé quelque chose, un événement auquel nous ne nous attendions pas »). Les Quatre, en particulier Capra, savent qu'ils ont provoqué leur propre perte. Ils avaient les atouts en main pour reprendre les choses en main et contrecarrer le retour des Dragons. Ils ont pêché par ambition, ils ont réveillé d'anciens ennemis qui ne pensaient qu'à se reposer. C'est ainsi qu'en enlevant Abeille, ils ont forcé Fitz à sortir de sa retraite, à demander l'aide des Anciens, de la famille Vestrit et des vivenefs, des Dragons et des Pirates. Capra résume la situation en disant que « les rêves du Destructeur ont commencé à tomber comme une neige tardive juste après que le lingstra Dwalia a donné un coup de pied dans la fourmilière en provoquant un Catalyseur usé ».

En étant à Clerres, en étant présentée comme le Fils inattendu par Dwalia, Abeille suscite l'interrogation. Peut-elle être le fils inattendu alors qu'elle est une fille ? Les Quatre pensent-ils que c'est un garçon à cause de son apparence physique ? Très vite, ils ont d'autres soupçons : ils pensent qu'Abeille pourrait être le Destructeur. Surtout qu'elle a avec une chandelle héritée de Molly, une chandelle qui apparaît de façon récurrente dans les rêves. Fellodi s'interroge : « une chandelle en deux morceaux. Pas trois ni quatre ? »

Dwalia, elle, est convaincue qu'Abeille est le Destructeur (« Tu es le Destructeur. Et c'est nous qui t'avons conduite ici »). Si elle pense que la jeune Loinvoyant n'est pas le Fils inattendu mais le Destructeur, c'est qu'elle est témoin de ce qu'Abeille fait et qu'elle apporte la mort. Abeille prend le dessus sur Vindeliar, tue Symphe et instille la détresse dans le cœur de Dwalia. D'ailleurs, Abeille ordonne à Dwalia de mourir et elle meurt. Elle sème le chaos comme rarement à Clerres. Abeille trace une nouvelle Voie, une Voie jamais vue ou envisagée par le Fou, et une Voie forcément crainte par les Quatre.

Pour autant, Fellodi, un des Quatre reste dans le déni. Il refuse de croire qu'une petite gamine puisse être le Destructeur, surtout qu'elle est enfermée dans une cage. Fellodi, aveuglé par ses plaisirs, pense que rien ne change : Vindeliar « nous a dit qu'il y avait deux dragons dans le port, et qu'un Destructeur parlait dans son esprit, menaçant de raser complètement Clerres. As-tu vu des dragons aujourd'hui ? Ou les signes d'une armée ennemie ? » Pour des gens qui utilisent les rêves pour manipuler le futur, les Quatre sont bien aveugles. L'armée ennemie est là ; ce ne sont pas des dizaines de soldats mais un groupe d'individus. Quant aux deux dragons, ils se révéleront les dragons issus de la vivenef Parangon.

Abeille est donc le Destructeur. Fitz est horrifié de voir sa petite fille ainsi, Prilkop demande la pitié pour les innocents de Clerres. Abeille, elle, s'en moque. Elle revêt pleinement son nouveau costume. Elle n'a pas oublié les massacres de Flétribois, toutes les peines vécues lors de son voyage. Abeille se rend compte que tout ce qu'elle a vécu l'a rendue plus forte. Elle affirme donc que « mon Catalyseur, c'était Dwalia ! Elle m'a permis de me transformer pour devenir le Destructeur (…) elle m'a conduit de Flétribois à Clerres où j'ai accompli les changements que touts redoutaient, et enfin je l'ai tuée. Je suis le Destructeur, et j'ai détruit les Serviteurs ». D'une certaine façon, un Destructeur semble être la combinaison d'un réel Prophète Blanc et d'un Catalyseur : il rêve les changements, d'une nouvelle Voie pour le monde et les met en place.

dimanche 2 octobre 2022

Fellodi, une bien mauvaise réputation

Plus on lit de choses sur Clerres et plus on comprend que cet école a dévié de son ambition d'origine. L'objectif de collecte et de traitement des rêves des Blancs a été exploité et perverti. Il n'y a rien de bien étonnant quand on voit la personnalité de ceux qui dirigent cette école : les Quatre. Parmi eux, il y a Fellodi.

Le Fou a vécu à Clerres. Il a quitté l'école car il a senti qu'elle le brimerait, qu'elle ferait tout pour le faire taire. Il a fui et est arrivé à Castelcerf. C'était un territoire inconnu, une ville qu'il a atteint des semaines après son départ de Clerres. Malgré tout, il était encore marqué par ce qu'il avait vécu. Quand il rencontre Subtil, il est méfiant, craintif (« quand il m'a annoncé que je pouvais dormir sur le socle de la cheminée de sa chambre, j'ai été sûr qu'il allait... »). La référence est claire, le Fou a eu peur d'être abusée. Car, la réputation de Fellodi est connue et a traversé les époques. Le problème n'est pas tant qu'il ait un fort appétit sexuel ou la diversité de ses partenaires, plutôt le fait qu'il se tourne vers de jeunes personnes.

Prilkop, lui aussi, connaît bien Clerres. Lorsqu'il y retourne après avoir la libération de Glasfeu, il a l'espoir de retrouver l'école qu'il a connue. Quelle déception pour lui ! Tout a changé et les Serviteurs sont devenus des êtres égoïstes. Prilkop est battu puis emprisonné. Il a le temps d'observer la laideur de Clerres, les déviances des Quatre et les crimes de Fellodi. Il l'interroge : « Fellodi, tu n'as pas de gamin violer aujourd'hui ? » C'est quelque chose de connu. Quand le Fou rend compte à Fitz, quand il lui donne des informations sur Clerres, il dit que « Fellodi, c'est de notoriété publique, a des appétits charnels qu'il assouvit en divers lieux ». Fellodi ne se cache même pas, il salit tous ceux qu'il fréquente, peu importe leurs rangs : « on y trouve également les rêveurs Blancs les plus prolifiques, là où les Quatre peuvent descendre de leurs tours altières pour échanger avec eux – et pas seulement dans les domaines éthérés de la pensée, dans le cas de Fellodi ».

Même les partenaires de Fellodi savent qui il est. Dwalia remarque que « Fellodi est incapable de penser à autre chose qu'à sa débauche ». Dwalia ose parler de façon impertinente aux Quatre et elle le paiera : elle sera battue, son dos réduit à des lambeaux de chair sous le regard de plaisir évident des Quatre. Capra, elle, est en colère : le Fou a retrouvé son Catalyseur et l'avenir de Clerres est menacée puisque les dragons sont de retour et que les rêves de destruction se multiplient. Elle pointe du doigt les erreurs de ses collègues en disant que « mais, non, vous vouliez son sang de Blanc, et Fellodi qui en voulait encore davantage rêvait de lui comme un jeune paysan transi d'amour ». En attendant, il faut s'occuper de l'otage ramené par Dwalia : Abeille. Dwalia est convaincu que le Fils inattendu. Cela intrigue les Quatre. Fellodi veut passer du temps seul avec Abeille dans le but, officiel, de l'interroger. Tous les présents savent que ça cache quelque chose ; Capra en fait la remarque : « Nous savons quelle valeur tu lui accorderas, Fellodi. »

jeudi 30 juin 2022

L'influence de la Femme Pâle

Si elle n’est pas présente physiquement dans Sur les rives de l’Art et le Destin de l’assassin (car morte), la Femme Pâle est quand même souvent mentionnée et a un impact sur ce qui se passe. C’est, en partie d’elle, que le Fou veut se venger et c’est son lien avec Dwalia qui motive cette dernière à punir le Fou.

Pour libérer Glasfeu et accomplir le défi d’Elliania, Devoir, Fitz et le Fou se rendent sur Aslevjal. C’est une île de glace et de neige, le repère de la personne qui a mené la guerre des Pirates Rouges contre les Six-Duchés. Mais avant cela, c’était une cité des Anciens qui a été prise dans la lutte entre les Blancs et les Anciens (et les Dragons). Dans leur volonté d’empêcher le retour des dragons, les Quatre de Clerres ont envoyé la Femme Pâle (également appelée Ilistore) à Aslevjal. Hormis la Femme Pâle ou le Fou, un autre Blanc a connu Aslevjal : l’Homme noir (connu sous le nom de Prilkop). Il a connu Aslevjal avant l’arrivée de la Femme Pâle, avant même l’arrivée de Glasfeu et il a bien vu à quel point la cité a changé (« Prilkop évoquait souvent la beauté qui avait disparu quand la Femme Pâle a envahi Aslevjal et s’y est installée »). Fitz s’y connaît bien en destruction. Lorsque le Fou se met à lui raconter l’histoire de son peuple, il assemble les pièces et se rend compte que le comportement de la Femme Pâle dépasse une simple attitude démolisseuse : il y a la réelle volonté d’éradiquer une civilisation. Fitz remarque que la Femme Pâle « avait tout fait pour dégrader la cité. Sous son règne, des œuvres d’art avaient été défigurées ou détruites, des bibliothèques de cubes d’Art renversées, et irrémédiablement mélangées… Tout cela n’indiquait-il pas une haine tenace ? Avait-elle cherché à effacer toute trace d’un peuple et de sa culture ? » Ces interrogations confirment bien la volonté des Serviteurs et des Blancs d’effacer les Anciens et les dragons.

Prilkop a étudié des textes, il a fréquenté des prophètes, des collecteurs. Il a eu le temps de réfléchir à tout ce qui s’est passé. Il a compris que c’était une lutte de pouvoirs, que la Femme Pâle était un outil de déstabilisation. Les Quatre ont compris que les Loinvoyant pouvaient représenter une menace : ils leur ont envoyé les Pirates Rouges. Alors qu’il est captif à Clerres, il croise Abeille et lui développe son point de vue sur Ilistore : « pour elle, son destin était de s’employer à ce que les dragons ne reviennent jamais dans notre monde, et elle voyait une Voie juste dans le fait de maintenir l’état de guerre entre les îles d’Outre-mer et les Six-Duchés. Elle souhaitait faire éclater les Six-Duchés en petits États qui se chamailleraient, et s’assurer ainsi que la magie ancienne des Anciens ne réapparaîtrait pas dans les lignées Loinvoyant ». Notons que cette magie est l’Art et que c’est sans doute pour cela que les forgisés ont convergé et traqué Vérité et Fitz. Ilistore a donc quitté sa douce île du sud, son monde qu’elle connaissait pour s’aventurer dans le nord froid et hostile. Convaincue de la nécessité de sa mission, elle y est allée seule. Ce n’était pas nécessairement sa volonté ; c’est ce qu’on comprend lorsque Dwalia revient à Clerres et fait son rapport aux Quatre (Symphe, Capra, Fellodi et Coultrie). En outre, Dwalia est pleine d’amertume et de regrets. Dans ses paroles, on se rend compte de plusieurs choses : Dwalia a aimé Ilistore, la mort de la Femme Pâle a été une réelle tragédie et tout ce qu’a fait Dwalia a été motivé par ça (à Capra, elle dit : « je t’ai supplié de me laisser partir avec Ilistore pour la protéger, et vous avez tous refusé sous prétexte que Kebal Paincru suffirait, mais il n’a pas suffi, et elle est morte. Elle est morte de façon horrible, seule, brisée, glacée »).

Reppin fait partie de ceux qui ont été jusque dans les Six-Duchés pour enlever Abeille. Reppin éclaire bien la situation entre Dwalia et la Femme Pâle : « n’oublions pas non plus que Dwalia a servi Ilistore pendant des années et qu’elle la vénérait ; elle affirmait toujours qu’à son retour Ilistore la porterait au pinacle ». Dwalia n’a donc pas simplement perdu son amour, elle a perdu son futur. Tout porte à croire que la relation entre Dwalia et la Femme Pâle est sincère, qu’elles s’aiment réellement même si chacune a un intérêt à fréquenter l’autre : la Femme Pâle peut servir d’aide à Dwalia pour gagner en influence par exemple. Le Fou se rappelle de sa formation à Clerres ; la Femme Pâle était déjà là. Elle était sa rivale, les deux se considéraient comme le Prophète Blanc de cette époque. Or, il ne peut y en avoir qu’un. C’est Ilistore qui avait été choisie, cette femme majestueuse qui « avait une tenue verte et marron semblable à celle d’un chasseur, et ses cheveux blancs étaient retenus en arrière par une tresse à fil d’or. Elle était ravissante ! Sa servante la suivait, et je crois y repensant, je crois que c’était Dwalia ».

Abeille confirme la nature de la relation amoureuse entre Dwalia et la Femme Pâle en ayant un aperçu des pensées de Dwalia. Clairement, Dwalia n’est pas qu’une agente de la Femme Pâle, pas qu’un outil ou un pion (« son cœur remonta en arrière jusqu’à une époque où elle avait connu l’amour, une fois, et avait aimé en retour. Je vis une femme de grande taille qui lui souriait : la Femme Pâle ». Il n’est donc pas étonnant de voir Dwalia détester Fitz et le Fou, compte tenu de ce qu’ils ont fait à la Femme Pâle. Ils n’ont pas que brisé sa Voie, ils lui ont donné une mort pathétique. En revenant à Clerres avec Prilkop, le Fou raconte tout ce qu’il a vécu et donc ce qui s’est passé sur Aslevjal. En évoquant les derniers moments d’Ilistore, il se crée une ennemie : « c’est ainsi qu’elle a appris que les mains de la Femme Pâle avaient été dévorés et qu’elle était morte dans le froid, affamée et gelée. Ilistore m’avait toujours méprisé, et ce jour-là, je me suis aussi attiré la haine de Dwalia pour toujours ».

La mort de la Femme Pâle ne signifie pas donc la fin de l’histoire. C’est avec la naissance d’Abeille le déclencheur d’événements qui mèneront à de grands changements et, au final, à la domination des dragons.

mardi 29 mars 2022

L'histoire de Dwalia

Les romans du Fou et de l’Assassin concluent les aventures des personnages que nous avons suivi dans l’Assassin royal, les Aventuriers de la mer ou les Cités des Anciens. S’ils font apparaître des personnages déjà connus, ce n’est pas le cas de tous. Ainsi, Fitz et Molly ont un nouvel enfant, Abeille. Celle-ci sera au centre des événements lorsqu’elle se fera capturer par un groupe de mercenaires de Chalcède, mené par Dwalia. Dwalia, qui a connu le Fou à Clerres, obéit aux Quatre et a pour mission de remettre l’histoire dans le bon chemin. Pour cela, elle cherche le fils inattendu, traque le Fou. Avec Dwalia, nous découvrons une nouvelle culture basée sur l’obéissance, la torture et l’exploitation des renseignements et des rêves ; c’est un monde où tout doit favoriser l’opulence et le pouvoir des Quatre. Nous comprenons également que ces individus ont tout fait pour chasser les Anciens et les Dragons, et que leur retour ne les ravit pas.

Dwalia terrorise Abeille après l’avoir enlevée, elle lui fait peur, Abeille la craint. Pour comprendre Dwalia, il faut savoir qui elle est et ce qui la motive. Pour cela, on peut s’appuyer sur les dires du Fou qui connaît bien Clerres et son mode de fonctionnement. Il nous apprend que « c’est une Lingstra, c’est-à-dire une sorte d’émissaire, on la dépêche ici ou là pour chercher des renseignements, ou donner un coup de pouce aux événements pour leur faire suivre la direction décidée par les Serviteurs ». On retrouve bien là le côté manipulation. Le Fou prévient Fitz, il ne faut avoir aucune pitié pour Dwalia, elle n’est pas qu’un outil, elle a conscience de ce qu’elle fait et elle y prend grand plaisir. Les gens de Clerres savent qu’ils sont égoïstes, que toutes leurs actions ont pour but de satisfaire leurs intérêts et tant pis si d’autres doivent grandement en souffrir : « si tu tombes sur ceux qui ont enlevé Abeille (…) ceux qui ont conçu ce plan, les luriks et Dwalia, ils te paraîtront peut-être bienveillants, jeunes, mal conseillés (…) Ne t’y fie pas, ne les écoute pas ; n’aie aucune compassion, aucune pitié (…) chacun d’eux a été témoin de ce que les Serviteurs font à leurs semblables ; et chacun d’eux a choisi de servir plutôt que de les défier ». Il n’y a pas d’innocents à Clerres, ce ne sont pas des gens forgisés. C’est Abeille qui nous fournit quelques renseignements supplémentaires en pénétrant l’esprit d’un de ses gardes. Elle y lit que Dwalia « était jadis respectée en tant que servante à la disposition d’une Blanche hautement considérée ; elle avait vu sa maîtresse envoyée accomplir de grandes choses dans le monde. Mais lorsque la femme avait échoué et chu, la fortune de Dwalia avait péri avec elle ». Cette Blanche est la Femme Pâle (ou Ilistore) et c’est bien entendu les actions du Fou et du Fitz qui ont contrarié ses plans. Il y a donc un aspect personnel aux actions de Dwalia, elle veut se venger du tort causé par le faux Prophète Blanc et son catalyseur.

Dwalia aimait sans aucun doute Ilistore, elle avait lié son destin à elle. Reppin, un garde de Clerres, dit de ne pas oublier que « Dwalia a servi Ilistore pendant des années et qu’elle le vénérait ; elle affirmait toujours qu’à son retour Ilistore la porterait au pinacle ». Il y a donc à la fois un sentiment affectif et la promesse d’une ascension dans la hiérarchie. Dwalia n’a absolument pas digéré la mort de la Femme Pâle à Aslevjal et cela lui fait parler sans discernement aux Quatre (« Disparus notre Femme Pâle, notre belle Ilistore et Kebal Paincru ») ; cela lui causera d’ailleurs des soucis. Elle s’en veut de ne pas l’avoir accompagnée mais elle devait obéir aux ordres. On le lui a interdit et depuis elle n’a que des regrets (« je t’ai suppliée de me laisser partir avec Ilistore pour la protéger (…) elle est morte de façon horrible, seule, brisée, glacée »).

Dwalia accuse donc le Fou de la mort de sa chère Ilistore. Le contentieux remonte à bien avant. Elle reproche au Fou (Bien-Aimé) de ne pas savoir rester à sa place, d’être parti dans les Six-Duchés, loin au nord, pour modifier l’histoire. Elle rumine : « tout est sa faute. C’est à cause de lui que nous en sommes là. Il ne se satisfait pas du rôle qu’on lui avait donné ». Heureusement pour elle, après avoir permis de sauver Glasfeu, le Fou décide de retourner à Clerres avec l’espoir fou de changer les choses là-bas. C’est une mauvaise décision car il tombe sur Dwalia qui le torture, le frappe, l’insulte, le rabaisse («  ça m’était égal qu’il réponde ou non ! Je l’interrogeais, et il hurlait ; alors je serrais de nouveau »). Cela a été efficace car même Fitz, son plus proche ami, n’a pu le reconnaître tant il était changé.

Lorsque Dwalia décide d’enlever le fils inattendu (Abeille selon elle), elle embauche des mercenaires de Chalcède. Mais, la cohabitation n’est pas facile avec ces gens qui n’ont aucun respect pour les femmes. Ellik, le chef du groupe de mercenaires, est rapidement menaçant (« tes jolis cheveux blancs pourrait bien me rapporter plus que tes servantes exsangues et tes hommes débiles »). Ellik et ses hommes ont violé des femmes à Flétribois. Ce sont aussi des hommes capables de chasser et se procurer de la viande : la bonne odeur donne de la viande qui cuit donne envie à Abeille et à d’autres de leur demander de quoi se nourrir. Dwalia les met en garde : « une part de cette viande nous reviendrait à un prix qu’aucun d’entre nous n’est prêt à payer ».

Ellik et Dwalia se disputent le leadership au sein du groupe. La femme de Clerres a un avantage grâce à la magie de Vindeliar qui leur permet de se déplacer librement et secrètement dans les Six-Duchés. Mais, Ellik montre les dents : « il est encore plus utile qu’une femme prête à se faire violer ».

Plus tard, Fitz parvient à capturer un chalcédien et l’interroge. Cela nous apprend que Dwalia a été la source de bien des fantasmes et été proche d’être violée : «  je n’ai pas pu m’empêcher de rire en la voyant se débattre entre eux, avec ses gros seins et son ventre rond qui dansaient comme de la gelée. Je lui dis que je pensais pouvoir lui prouver que nous étions bien des hommes. Nous avons commencé à la déshabiller et alors... » Ce qui sauve Dwalia (et pas la pauvre Odessa, déjà violée) est la peur de Vindeliar qui irradie sur tous. Eux voyaient Vindeliar comme un jeune homme puceau, ils ne se rendent pas compte qu’à ce stade du récit, il n’est qu’une créature exploitée par Dwalia. Ils ne peuvent pas non plus savoir qu’Odessa est la sœur de Vindeliar…

Malgré tout, Dwalia devra quand même donner son corps pour arriver à Clerres. Quand il faut franchir la mer, le petit groupe embarque à bord d’un bateau et Vindeliar implante dans l’esprit du capitaine que Dwalia est la plus belle femme au monde. Il la met donc dans son lit et lui fait l’amour à tout instant (« les moments où le capitaine Dorfel s’occupait de Dwalia étaient les plus tranquilles de mon existence limitée. Elle poussait à présent de petits cris aigus, à peine audibles à travers le solide panneau de bois »).

De retour à Clerres, convaincue d’avoir ramené le fils inattendu, tout ne se passe pas comme prévu pour Dwalia. On peut déjà douter du fait qu’Abeille soit bien le fils inattendu : ne serait-ce pas plutôt Fitz ? Surtout, elle prend une volée de reproches de la part des Quatre (Capra, Coultrie, Symphe et Fellodi). Capra est claire en pointant du doigt que la mission de Dwalia était avant tout personnelle et intéressée (« oh, certes, tu as manipulé les événements, mais ta petite vengeance nous a projetés dans une situation très dangereuse »). On ne peut être que d’accord avec ce que dit Capra car l’enlèvement de la fille de Fitz a créé une alliance à l’autre bout du monde : des forces des Six-Duchés (Fitz, Lant par exemple) se sont alliés à des Dragons, des vivenefs, des Marchands (Brashen, Althéa), des Anciens (Kanaï) pour détruire Clerres et récupérer Abeille si possible. Et les Quatre comme Dwalia sous-estiment Abeille et sa capacité de nuisance et de dégâts : ils le paieront chèrement.

Dwalia fait donc son rapport et elle emploie un ton colérique et hautain. Cela déplaît aux Quatre qui décident de la punir : « ce ne furent pas dix coups de fouet, mais quarante, dix décrétés par chacun des Quatre (…) Avant qu’ils eussent fini, les lanières frappaient sa chair à vif et faisaient jaillir des gouttes de sang ». Dwalia sera tuée par Abeille grâce à l’Art. Même morte, son cadavre et son corps ne connaîtront pas la paix (« Ferb et moi, on a eu l’honneur de balancer Dwalia dans la fosse, et Ferb lui a pissé dessus. Cette vieille garce était plus jolie morte »). Cela montre bien que Dwalia était très peu respectée à Clerres : on ne note aucun enthousiasme à son retour de mission de longs mois après son départ, on ne cesse de lui répéter toutes les pertes.

Car Dwalia est antipathique. Elle a livré à la mort et au viol des dizaines de gens simplement pour enlever Abeille. Elle a souvent battu sa captive (« Dwalia avait laissé sa marque sur moi : par temps froid et humide, ma pommette gauche me faisait souffrir »). Elle n’a montré aucune solidarité envers ses propres compagnons de voyage, laissant par exemple Alaria se faire abuser quand ils sont coincés dans un poteau d’Art à Chalcède : « il n’en a place, alors ne fais pas attention à lui. Il ne peut pas baisser son pantalon, et le tien non plus » ; ce qui n’empêchera pas l’homme de se frotter à Alaria. Notons qu’elle vendra plus tard Alaria contre des places sur un bateau.