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mercredi 5 août 2026

[Fonda Lee] Le cas Aun Uremayada

On ne peut pas comprendre Anden sans évoquer sa mère, Urema (Aun Uremayada). Si elle est si importante dans l’histoire du jeune homme, c’est à cause de son destin tragique. Elle qui était puissante avec le jade en a grandement souffert puisqu’elle était terrassée par les démangeaisons. Dans la croyance populaire, Urema est la « Sorcière folle ». Même son fils l’appelle comme ça.


L’ancien Pilier du Clan Sans Cime, Kaul Sen, a bien connu Urema. Pour Kaul Sen, le jade d’Urema avait une vibration particulière tout comme son comportement. Si certains dégagent de la puissance, de la maîtrise ou de la force, d’autres dégagent une autre sensation. Kaul Sen précise bien qu’Urema était remarquable mais que son pouvoir avait dégénéré ; il dit d’elle qu’elle « était émeraude, sans le moindre doute, une monstruosité émeraude ». Urema était donc une combattante de premier plan mais pervertie.


Anden est au courant de tout cela et il est fort à parier que cela a joué dans on refus de porter du jade et de rejoindre le clan. Clairement, Anden a peur de ce qu’il pourrait devenir (« je vais devenir pire que ma mère, la Sorcière folle ; je le sais. Je le sens dans mon sang, peu importe ce que tu prétends »). Les paroles sont prononcés à Hilo, le nouveau Pilier du Clan Sans Cime (suite à la mort de Lan). Anden a donc bien plus peur de ressembler à sa mère que du courroux de son chef. Or, Hilo est particulièrement reconnu pour sa violence et son inflexibilité. Anden est donc prêt à risquer à sa vie, son destin ; il en paiera les conséquences en étant exilé.

Urema est donc un personnage de second plan. Elle est morte quand se déroule l’intrigue principale et elle a malgré tout un effet direct sur la vie de son fils. Globalement, tous la décrivent comme une abomination. Tous, sauf Hilo qui en parle avec des mots appréciatifs : « on dit que ta mère avait la faculté de Percevoir un oiseau qui volait en l’air et de Canaliser à distance pour faire cesser de battre son coeur en plein air ». Hilo se fiche donc des mauvais travers d’Urema, il ne voit que son énergie et ses capacités.


La vérité est que Aun Uremayada était habitée par la douleur. Elle ne supportait plus son jade. Cela la conduit à s’auto-détruire, à se mutiler. Quand elle se blesse gravement, c’est Anden qui la retrouve dans la baignoire, couverte de sang. Pour le jeune homme, la vision est forcément marquante et traumatisante : « la seule chose qu’elle portait était le collier de jade ras-de-cou qu’elle ne retirait jamais. Le bain était à moitié rempli, l’eau rosie par le sang (…) La peau de ses avant-bras était déchiquetée, la chair exposée comme de la viande hachée ». C’est quelque chose qui l’accompagne encore des années après. Urema meurt quelques temps après.


Pour ne rien arranger, on peut penser que les derniers mots d’Urema ont nourri la peur que pourra avoir Anden du jade . Elle lui dit que « je ne pouvais pas dormir ; cela me démangeait trop. Retourne au lit, mon petit ». Ayant sept ans à l’époque, Anden ne peut que prendre en pleine face de tels mots. Les paroles l’accompagnent tout au long de sa jeunesse et nourrissent sa peur. Pour Anden, le jade, bien que renforçant les facultés et les capacités, est aussi une malédiction. D’ailleurs, Anden connaîtra un autre individu puissant supportant mal le jade : Kaul Lan (le Pilier du Clan Sans Cime avant Hilo). Et, tout comme Urema, Lan meurt à cause du jade…

dimanche 5 avril 2026

[Fonda Lee] L'héritage du jade : Kaul Shaelinsan et Ayt Madashi : estime ou haine ?

Shae et Ayt sont des ennemis. Si Ayt Madashi est à la tête de son clan, Shae est la principale conseillère de son frère. Toutes les deux douées avec le jade, elles se sont affrontées dans un combat violent où Ayt a pris le dessus. Leur opposition n’est donc pas seulement lié à la survie de leur clan, elle est aussi personnelle, viscérale. D’ailleurs, Ayt Madashi avait bien conscience que Shae était une formidable adversaire puisqu’elle a tenté de la convaincre de la rejoindre. En vain.


Lors d’une réunion de premier plan entre les deux chefs des clans (Hilo pour le Sans-Cime et Ayt pour la Montagne), une attaque a lieu. C’est un déferlement de violence où les deux individus sont à deux doigts de mourir et sont gravement blessés. Ayt ne doit sa survie qu’à sa remarquable utilisation du jade. A la dérive après avoir sauté de plusieurs étages, elle erre dans les alentours d’un immeuble et elle est retrouvée agonisante par Shae. Tout laisse croire que cette dernière allait la tuer, elle aurait facilement pu mettre fin à la guerre. Elle ne l’a pas fait. Au contraire, elle lui a sauvé la vie.

Ainsi, elle offre un magnifique spectacle à un Anden qui reste sans réaction : « même son imagination la plus folle ne l’avait pas préparé à la vision de sa cousine Kaul shae émergeant du fond du temple du Divin Retour, le bras d’Ayt Mada passé par-dessus son épaule ».

Ayant de solides compétences en médecine, Anden participe à la survie d’Ayt. Tout en la soignant, il se demande pourquoi Shae a sauvé cette femme qui a fait tant de mal à leur clan, a participé à la mort de tant d’hommes et de femmes et a juré leur perte. Il finit par comprendre que Shae ne l’a pas fait par respect mais par nécessité. En effet, Shae était convaincue que son frère et chef de clan (Hilo) était mort ; les deux grands leaders décédés, elle avait peur que son pays (le Kékon) sombre dans le chaos. (« Shae avait sauvé la vie d’Ayt par crainte que tout le pays ne soit déstabilisé par sa disparition »). Il faut préciser que la guerre gagne les pays environnants et que la magie du jade est mal vue par certains : Shae avait sans doute peur de perdre toute indépendance pour Kékon.

Tous ne partagent pas la compréhension d’Anden.

Certains sont simplement dubitatifs ou surpris comme Hilo. L’homme, en voie de guérison après l’attaque, trouve la force de s’interroger (« je n’arrive toujours pas à croire que tu as sauvé Ayt (…) Je l’ai vue avec un couteau dans le cou, s’exclama Hilo d’une voix de plus en plus forte. Toi entre tous, Shae. Il te suffisait de te barrer »). Sa position est compréhensible ; il ne demandait même pas à sa soeur de tuer froidement Ayt mais simplement de s’en aller et de la laisser crever. Il s’attendait à cela de sa part, d’autant plus qu’Ayt a tant fait souffrir Shae (le fameux duel où elle l’a vaincue).


Plus tard, dans les derniers instants de cette guerre de clans, Ayt Madashi transmet le pouvoir à son neveu et se retire des affaires. En réalité, c’est une manoeuvre pour tenter de tuer Hilo lors d’une future réunion avec le nouveau chef du clan de la Montagne.

Juste avant cette réunion, ceux du clan Sans-Cime discutent du futur, de ce qu’il faut faire de leurs ennemis, notamment d’Ayt Madashi. Shae propose de ne pas la tuer. Cet avis dégoûte Wen, la femme et conseillère d’Hilo. On sent dans sa voix tout son dédain (« épargner Ayt Mada est devenu une mauvaise habitude chez toi, Shae »).

Bien entendu, ce qui doit arriver arrive : Ayt lance une attaque inattendue qui tue Hilo. Jaya, la fille d’Hilo et Wen, accuse Shae de sa complaisance, de sa lâcheté. Elle a la haine quand elle accuse Shae d’avoir « eu un faible pour cette sorcière maléfique ». Jaya va même plus loin en laissant entendre que Ayt comptait plus pour Shae que n’importe qui d’autre (« tu n’as jamais témoigné le moindre amour à ton propre frère, espèce de salope sans coeur »). Les mots sont durs.


Est-ce vrai ?


En partie, oui. Shae respectait la tactique et la stratégie d’Ayt. Elle s’est même sentie dépassée quand Ayt a conclu un accord qui allait permettre au clan de la Montagne d’acquérir un avantage décisif. Shae réalise que Ayt et elle ne jouent pas dans la même cour : « Shae en était muette de stupeur. Elle aurait dû lire les nuages. Ayt Mada était tout simplement une meilleure Augure des Saisons qu’elle, un maître stratège d’un niveau que ne pouvait espérer égaler. Là où d’autres cherchaient l’honneur ou la vengeance, Ayt ne cherchait que le contrôle ». Autrement dit, Shae considère Ayt comme un magnifique animal politique en plus d’une grande leader et d’une grande combattante.


Shae a surtout des regrets. Le regret de ne pas l’avoir tuée lors du duel. Le regret de lui avoir sauvé la vie. Ainsi, chaque personne tuée par le clan de la Montagne pèse sur ses épaules, augmente son sentiment de culpabilité (« la liste de tout ce qu’ayt avait infligé au clan sans Cime était interminable, chaque libre dessinait comme une cicatrice laide sur l’âme de Shae »). C’est un fardeau que Shae porte. Elle sait aussi qu’on lui en veut d’avoir fait preuve de faiblesse.

Face à face, les deux femmes s’observent « à travers un fossé de compréhension et d’inimitié de longue date ». On comprend donc que leur relation est complexe, difficile à évaluer ou juger. Tant d’années ont passé depuis le début de la guerre et elles sont des survivantes. Elles ont traversé bien de moments durs et compliqués, se sont fait du mal l’une à l’autre. Elles ont donné tant d’années à cette guerre et tout ça pour rien puisqu’aucun des deux clans n’a gagné. Pire, dans un moment d’intense lucidité, Shae se sent si fragile : « Shae se demanda si Ayt avait également remarqué son propre déclin, si elle la prenait en pitié en voyant qu’elle ne pouvait plus porter de jade. Quand sommes nous devenus vieilles ? songea Shae ». 

Il y a presque une obsession de Shae à savoir si Ayt la respecte. La réponse est positive.

Ayt lui rappelle que « je voulais vous persuader de vous joindre à moi, de tracer une voie plus forte pour nos clans et notre pays. Vous avez refusé. Depuis, je vous ai détestée et admirée pour ce choix ». Ayt pense donc que si Shae avait été à ses côtés, tout aurait été différent. Il n’y aurait pas eu de guerre, Kékon aurait été plus forte ; tout le monde aurait donc été gagnant (sauf bien sûr que le clan Sans Cime serait devenu une vulgaire dépendance du clan de la Montagne).

Enfin, il ne faut pas négliger le fait que Shae et Ayt sont deux femmes, deux femmes puissantes et  respectées, écoutées dans ce monde où les hommes occupent traditionnellement les positions de pouvoir. Shae en conclut que, malgré la haine, « elles se comprenaient, en tant que femmes émeraude dans un monde d’hommes ».


Quand Nau Sen (un très proche d’Ayt) meurt, Shae assiste de loin à son enterrement. Elle passe son temps à regarder Ayt (ce qui montre une nouvelle fois son obsession). Si elle fait ça, c’est pour s’assurer qu’Ayt souffre (« Shae ressentait un certain plaisir sauvage en songeant qu’Ayt pouvait éprouver un sentiment de perte, qu’elle pouvait pleurer la mort d’un ami »). 

Cette idée d’infliger de la douleur à Ayt traverse régulièrement Shae. Des mois plus tôt, quand elle avait sauvé la vie de son ennemie, elle avait quand même été jalouse de ne pas avoir porté le coup presque fatal (« après des décennies de haine meurtrière entre le clan Sans Cime et la Montagne, quelqu’un d’autre avait plongé un couteau dans le cou d’Ayt »). Tout cela illustre bien l’ambiguïté de ce que ressent Shae. Cela oscille entre haine et respect.


A la fin, Ayt est contrainte à l’exil. La sentence lui est annoncée par Anden alors qu’elle s’attendait à voir Shae. Anden lui explique que Shae « a épargné votre vie une fois, et elle dit que c’est tout ce que les dieux peuvent attendre d’elle dans cette vie ». Shae avait donc sans doute peur de perdre son contrôle. Ayt, quant à elle, aurait aimé voir Shae une dernière fois, c’est en tout cas que cela sous-entend. Cela montre bien l’importance que Shae occupe dans la vie d’Ayt. Ennemie, mais proches.


mardi 17 février 2026

[Fonda Lee] La Cité de jade

La Cité de jade (de Fonda Lee) est un roman particulièrement intéressant car il met en avant une magie (basée sur l’utilisation du jade) dans une époque moderne. La technologie est présente car on retrouve des voitures, des téléphones. Pour le reste, c’est une lutte à la mort entre des clans dans une époque qui change (« tout semblait se dérouler à une vitesse un peu trop dangereuse, comme si la ville était une nouvelle machine huileuse configurée pour une performance maximale, à la limite de la perte de contrôle et perturbant l’ordre naturel des choses »). 

Deux clans s’affrontent donc pour le contrôle d’une île.

Le Clan Sans Cime (dirigé par Lan, secondé par Hilo, son frère), sur lequel est basée la narration, ne doit seulement méfier du Clan de la Montagne (dirigé par une femme, Ayt Mada) ; il doit aussi se méfier d’alliés changeants, de francs-tireurs et de membres qui refusent d’assumer leurs responsabilités.


Le jade donne des pouvoirs aux individus. Il leur permet de mieux combattre, d’être plus fort, plus endurant, plus résistant. Il améliore leur capacités. Si tout le monde n’est pas réceptif au jade, ceux qui le sont ont donc un avantage certain.


Pendant quelques années, Shae (la soeur de Lan) a cru pouvoir suivre son destin et ne pas se mêler aux affaires du clan. Elle voulait suivre une autre voie, écrire son propre destin. Elle avait cru pouvoir le faire en suivant son amoureux et en suivant des études. 

Quand elle finit par retourner sur son île natale, elle est aveuglée par sa fierté et refuse de se replonger dans les affaires de la famille. Elle n’a pas digéré son départ, la façon dont tout cela s’est passé. Il faut dire que ses proches ont été particulièrement durs, comme son grand-père (l’ancien chef du clan). Avec des mots assez secs mais justes, il avait tenté de la prévenir : « même si tu retires ton jade, tu ne seras pas comme eux. Ils ne t’accepteront jamais, car ils sentiront que tu es différente, de même que les chiens savent qu’ils sont inférieurs aux loups. Le jade est notre héritage ; notre sang n’est pas fait pour se mélanger à celui des autres ». Autrement dit, il n’y a qu’aucun près des siens que Shae pourrait être elle-même, s’épanouir. La têtue jeune femme ne pouvait et ne voulait pas entendre ce sermon.

Il lui aura fallu de longs mois et la mort de son grand frère (Lan) pour comprendra la leçon. Avant cela, elle s’était entêtée dans sa décision, persuadée qu’elle était capable de mieux savoir que les autres. Avec le recul, Shae trouve son attitude puérile, presque pathétique. Elle dresse un jugement sévère sur la femme qu’elle a été en pensant qu’« elle s’était comportée comme une idiote, mais hélas, même les idiots avaient droit à leur fierté ».

Lan meurt et Shae se sent coupable. Elle a montré toute son inutilité à son clan en n’étant pas aux côtés des siens. Elle a montré qu’elle était un poids mort pour sa famille alors qu’auparavant elle en avait été un des éléments les plus brillants. Cela lui fait honte : « elle réalisa avec un léger désespoir qu’elle était devenue ce qu’elle s’était juré de ne jamais être : une femme telle que sa mère, assise à la maison à s’inquiéter pendant que les hommes sortaient pour se confronter aux dangers et infliger la violence ». Pour Shae, cette réalisation est un choc, elle qui était au moins aussi forte et prometteuse que ses frères. Sa bouderie et son comportement ont gaspillé des ressources. Pire, elle est devenue une chose à protéger, une cible. Elle a honte, d’autant plus qu’elle s’est privée volontairement du jade.

Lorsqu’elle finit par retrouver la raison et renouer avec le jade, c’est comme une délivrance pour elle, une renaissance : « elle se trouvait à l’intérieur d’une tempête ; elle était la tempête » et « « elle se sentait malade d’excitation, et puissante comme ne l’avait jamais ressenti depuis des années »


La Cité de jade est une lutte des clans pour conquérir le pouvoir. La Montagne veut éliminer le Sans Cime pour contrôler une ressource importante : le jade. Le roman met l’accent sur les émotions et les sentiments. C’est la fidélité et la trahison, le devoir. C’est aussi l’amour, les sentiments amoureux.


Lan offre un bon exemple. Lui qui dirige le clan a vu sa femme le quitter. Tout laissait croire qu’il aurait ordonné sa mort, qu’il aurait fait tuer son amant. Tout le monde l’aurait compris, tout le monde attendait qu’il agisse de cette façon. Cela n’a pas été le cas. Et pourquoi ? Il se justifie en pensant  que « si on aimait quelqu’un, qu’on l’aimait vraiment, alors son bonheur n’était-il pas plus important que l’honneur ? »

Son frère, Hilo, est aussi touché par une question liée à l’amour. Il aime une jeune femme dont la famille est touchée par l’infamie, et pourtant cela ne l’empêche pas de la courtiser. Il a besoin d’elle. D’une certaine façon, il est intoxiqué par elle (« son souhait de la rendre heureuse était comme une souffrance physique. L’idée que quiconque puisse lui faire du mal ou la lui enlever le remplissait d’une rage fiévreuse. Elle aurait pu lui demander n’importe quoi ; il l’aurait fait »).


Le livre aborde aussi la question de la déchéance, de la chute.

C’est le cas du grand-père (Kaul Shen) de la famille qui a mené de nombreuses guerres et qui a fait du clan un acteur majeur de l’île. Son corps et sa mémoire le trahissent. Il s’enfonce de plus en plus dans le passé, il dit des phrases qui lui échappent et mettent à mal la famille. C’est d’autant plus dramatique qu’il est encore porteur de jade. Lan se rend compte que « de même que les voitures et les armes à feu, le jade n’était pas une chose qu’auraient dû posséder les personnages âgées atteintes de sénilité ». L’attitude de Kaul Shen complique d’autant plus les choses qu’il tente de forcer la main de Lan. Il veut l’empêcher de faire la guerre, de s’y préparer et le pousse à négocier la paix.

La déchéance porte aussi le costume de la trahison. Le clan requiert la fidélité et la sacrifice. Vivre sur le territoire des Sans Cime, c’est se plier à leurs règles : il faut respecter l’organisation, payer son tribut. En temps de paix, les petites incartades pouvaient être tolérées, pas en temps de paix. Maik Tar, un homme d’Hilo, traque Tem un traître. Quand il finit par le retrouver, et juste avant de le tuer, il le toise : «  pensais-tu vraiment que tu pouvais pisser à l’intérieur du territoire du clan Sans Cime sans que vous reniflions la puanteur qui s’en dégagerait ? » Cela illustre aussi bien un aspect important de ce qui se passe. C’est une lutte à mort entre deux groupes, un combat violent. On ne peut pas être neutre.





vendredi 19 décembre 2025

[Fonda Lee] L'héritage du jade / Quelques extraits que j'apprécie

  • (Fuyin à Hilo) : Mon fils vous admirait tellement, il voulait être comme vous. Il n’avait que 20 ans, c’était un Doigt depuis à peine six mois, lorsqu’il a été tué pour rien, dans une guerre des clans qui ne se serait jamais produite sous votre frère ou votre grand-père. Vous avez l’arrogance de vous attendre à ce que je fasse preuve d’allégeance envers vous ? Non, Kaul-jen, vous n’avez de Pilier que le nom, et votre soeur lèche les bottes des Espéniens. Je ne vous dois rien.
  • (Tyne Rebutin à Shae) : la Montagne et le clan Sans Cime sont les deux tigres de Kékon. Dès que vous rugissez, les petites créatures comme nous courent en tous sens, en essayant de déterminer lequel est le moins susceptible de nous dévorer.
  • (Dauk à Anden) : Puis j’ai appris de toi qu’il existait des femmes os émeraude à Kékon, dont ta propre cousine, et même une femme Pilier. Le monde change si rapidement, et je suis un vieil homme.
  • (Hilo à Wen) : Parfois, je trouve les menteurs presque aussi méprisables que les voleurs, déclara-t-il, la mâchoire contractée. Ils volent la confiance, une chose qu’on ne peut pas rendre.
  • (Kiya à Shae) : Kaul Shaelinsa, Augure des Saisons du clan Sans Cime, répondit-elle, vous pouvez aller vous faire foutre et crever.
  • Le discours de Guriho était parfois si véhément que Béro s’attendait à ce que la bouche de l’homme commence à écumer ou à ce que celui-ci soit victime d’une rupture d’anévrisme.
  • (Shae trouve Ayt en train d’agoniser) : Elle avait fait coaguler le sang dans la blessure profonde à son cou et ralenti le saignement en redirigeant et en utilisant sa propre énergie vitale, en la puisant dans tout le reste de son corps. C’était une tactique insoutenable, comme un homme affamé qui mangerait sa propre chair.
  • Shae s’accroupit prudemment. Ayt était peut-être mortellement blessée et presque morte, mais un tigre pris au piège peut profiter de son dernier souffle pour arracher la gorge de son adversaire.
  • Anden avait vécu des événements choquants au cours de sa vie, mais même son imagination la plus folle ne l’avait pas préparé à la vision de sa cousine Kaul Shae émergeant du fond du temple du Divin Retour, le bras d’Ayt Mada passé par-dessus son épaule tandis que toutes deux s’avançaient en chancelant, couvertes du sang d’Ayt.
  • Le premier jour de son retour, il s’assit sur un banc du parc de Paw-Paw pour laisser la ville imprégner le moindre de ses pores : la graisse de la nourriture de rue, les cris en kékonais des colporteurs et des chauffeurs de taxi, l’humidité du printemps sur sa peau desséchée. Même les ordures de Janloon sentaient meilleur qu’ailleurs et les rats étaient plus élégants.
  • A l’âge de 40 ans, Béro était parvenu à la conclusion cynique qu’il avait toujours été un détritus balloté par les aléas du destin. La chance et la malchance étaient les deux faces d’un même jeton de pari, jeté négligemment sur une table de jeu cosmique pour prolonger l’insondable amusement des dieux.
  • C’était un spectacle que Shae n’oublierait jamais ; le Pilier de la Montagne de profil, droite et silencieuse dans la lumière du soleil, les bras croisés, le regard immobile et légèrement dans le vide. La statue d’un ancien seigneur de guerre avant sa dernière bataille.
  • (Ayt) : Les dieux ne se soucient guère des gens ou des nations (…) Nous sommes tous pareils à leurs yeux. Ils se moquent de savoir qui vit ou meurt, qui gagne ou perd, qui doit diriger et qui doit souffrir. Moi, si.
  • (Niko) : Oncle Anden, je dirais que tu es une personne trop honnête pour te lancer en politique
  • Hilo avait dit à son neveu : En cas de doute, donne la parole à ta tante. Elle dira quelque chose d’intelligent, ce qui te donnera le temps de les observer et réfléchir à ce que tu veux dire.
  • (Jaya à Shae) : Tu aurais pu tuer Ayt il y a des années quand tu en avais l’occasion. Tu as toujours eu une faible pour cette sorcière maléfique, mais tu n’as jamais témoigné le moindre amour à ton propre frère, espèce de salope sans coeur.

[Fonda Lee] La guerre du jade / Quelques extraits que j'apprécie

  • (Béro) : L’énergie de jade qui bourdonnait dans ses veines était chaude et vive, lui procurant une sensation supérieure à toute autre, même à l’argent ou au sexe (…) Toute sa vie avant ce moment avait été un rêve terne semi-éveillé dont il avait enfin émergé. Lorsqu’il arpentait une rue, il avait l’impression de glisser tel un tigre au milieu d’un troupeau de bétail.
  • (Maro) : Lorsque les gens entendent le nom de Kaul, ils pensent héroïne de guerre, prodige du jade, ou héritière de la grande dynastie des clans d’Os d’Émeraude, expliqua Maro. Pas fan éhontée de comédies musicales à l’eau de rose.
  • (Hilo) : Il existe une différence entre un chien qui récupère les déchets à l’extérieur de votre maison, et un qui bondit à travers votre fenêtre pour voler la nourriture sur votre table. L’un est une nuisance qu’on peut ignorer ; l’autre est un problème qui doit être éliminé
  • (Zapunyo) : L’argent est l’argent ; il est forcément sale, et tout le monde peut être acheté.
  • (Tar) : Peu importe l’endroit où on se trouve dans le monde, la seule chose qui empêche les hommes de s’entre-tuer est la peur de ce qui leur arrivera après la mort.
  • (Pats) : Par les couilles du Voyant, Skinny, combien de temps on va encore se geler le cul dans le froid ?
  • (Wen) : Il était ironique qu’il soit né d’une femme aussi ingrate et infidèle qu’Eyni, mais les dieux faisaient preuve d’un sens de l’humour bien cruel, même Hilo et Shae s’accordaient là-dessus.
  • (Ayt-jen) : Le changement est inéluctable, Kaul-jen ; la seule question est de savoir si nous en contrôlons la direction ou devenons victimes d’un glissement de terrain.
  • (Anden à Hilo) :  Ce n’est pas de ton pardon dont nous avons besoin, amis simplement de ta compréhension.