Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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jeudi 4 avril 2024

Clerres : perversion et chute

 

La trilogie du Fou et de l'assassin élargit le monde connu. Ce qui n'était que des suppositions ou des allusions devient bien plus concret. On découvre alors en profondeur Clerres : une ville, un lieu de pouvoir. On comprend que Clerres a une histoire aussi riche que d'autres grandes villes de la saga comme Kelsingra, Terrilville ou Castelcerf.

Très tôt dans la saga, Clerres est évoquée. La ville n'est pas nommée mais fortement suggérée (lorsque le Fou révèle qui il est et d'où il vient à la fin du second tome ou le moment où le Fou et Prilkop révèlent à Fitz qu'ils vont retourner dans leur école). Si ces deux prophètes désirent retourner à Clerres, c'est aussi parce que c'est le lieu qui accueille les gens comme eux, des individus qui ont des dispositions spéciales. Les gens du Nord n'en ont pas connaissance mais « il existait une école à Clerres où l'on apprenait aux enfants dotés de caractéristiques des Blancs à noter leurs rêves, les images qui leur venaient, et leurs visions de l'avenir ». On a là un premier aperçu de Clerres : un endroit de connaissances, de savoirs. Avant d'être pervertie, Clerres était un endroit unique, mythique et fantasmé, presque un refuge. Quand le Fou parle du Clerres d'avant, c'est avec des mots positifs : « c'était une bibliothèque qui regroupait toute l'histoire des Blancs, tous les rêves qui avaient été archivés (…) c'était une ville faite pour les historiens et les linguistes (…) les gens se rendaient compte que leur enfant était étrange, et ils l'amenaient à Clerres, ou bien il grandissait chez lui en sachant qu'il devait entreprendre un jour ce voyage ». Autrement dit, Clerres était une destination incontournable, qu'on le veuille ou non. Ceux qui avaient un don étaient immanquablement attirés.

Géographiquement, Clerres fait voyager le lecteur vers des terres inconnues, bien plus au Sud qu'il n'a jamais été, loin de Terrilville et autres villes des Marchands. Fitz se rend compte que c'est une « cité très loin dans le Sud,au-delà de Chalcède, des Îles Pirates, de Jamaillia et des îles aux Épices ». Quand le Fou raconte à Fitz la façon dont il est retourné à Clerres après la libération du Glasfeu, il l'informe que « nous sommes parvenus à Clerres puis nous avons continué jusqu'à l'île Blanche, où se trouve l'école qui s'appelle aussi Clerres ». Clerres est donc à la fois le nom de l'île et le nom de l'école. Notons que Clerres est un carrefour, un lieu de passage fréquenté qui n'attire pas que les Blancs. C'est un lieu de commerce, un endroit influent. Selon le Fou, « toute sorte d'individus se rendent là-bas, des marchands venus de porcs lointains, des gens impatients de connaître leur avenir, d'autres qui souhaitent devenir serviteur des Blancs, des mercenaires qui veulent entrer dans la garde ». A ce niveau, Clerres est un peu en opposition à Castelcerf, une ville qui, si elle a commercé, a longtemps été peu tournée vers le monde puisque tourné vers la guerre.

Clerres est une grande ville. Quand on lit ses descriptions, la façon dont les lecteurs la considèrent, on a bien plus l'impression d'être en présence d'une Terrilville ou d'une Kelsingra époque des Anciens que de Castelcerf. Il y a l'impression d'une ville riche et prospère, propre et organisée. Le Fou et Prilkop sont de bons observateurs de la ville : ils l'ont connue à des moments différents et ils peuvent noter les changements lorsqu'ils y retournent. On comprend avec leur témoignage que la ville ne s'est pas seulement enrichie, elle s'est agrandie, a gagné en importance : « Clerres s'était beaucoup étendu depuis mon départ, et Prilkop était abasourdi de constater que le petit village de ses souvenirs était devenu une masse de murailles, de tours, de jardins et de portes. » Alors qu'ils approchent de la ville pour sauver Abeille, le Fou (devenu Ambre) éclaire Fitz. Il le prévient que « Clerres a des patrouilles qui parcourent efficacement les rues et les ponts ». C'est un endroit comme il a rarement vu. Pourtant, Fitz a beaucoup voyagé : il a parcouru de long en large les Six-Duchés, il a remonté le fleuve du désert des Pluies, il a été à Terrilville, en Chalcède, dans les Montagnes, à Kelsingra... Il est malgré touché par ce qu'il voit : « j'observai Clerres pendant que le ciel s'éclairait. La ville était encore plus charmante au lever du jour, étendue de verdure soignée et d'habitations bien ordonnées ». Cela n'a rien à voir avec le côté désorganisé et sauvage de Castelcerf.

Tout cela peut donc laisser croire que tout est beau à Clerres. Mais, la ville a une face obscure, une face sombre symbolisée par l'emprise des Serviteurs et des Quatre. Là encore, il y avait des indications que cette école n'était pas si parfaite que ça. Le Fou avait prévenu qu'on avait tout fait pour le retenir, pour l'empêcher d'accomplir son destin car cela ne correspondait pas aux attentes des décideurs. Si il y est malgré tout retourné, c'est en partie à cause de Prilkop qui l'a convaincu que Clerres ne pouvait pas être si changée que ça : « Lui avait toujours eu envie de regagner Clerres (…) il en avait gardé un souvenir très différent du mien, car il venait d'une époque où les Serviteurs n'étaient pas encore corrompus, où ils servaient vraiment les Blancs. » Il faut bien préciser que Clerres existe pour permettre aux Blancs d’œuvrer correctement, toute la logistique doit leur servir. Les Serviteurs ont retourné la relation, pris le pouvoir et asservi les potentiels prophètes, les gens qui faisaient des rêves. Au fil des années, Clerres est devenue un élevage, un lieu d'expériences et une ville d'où se déploie le pouvoir des Serviteurs. Ils ne servent plus l'histoire mais leurs propres intérêts et sont prêts à tout pour atteindre leurs buts (« les Serviteurs croisent des enfants les uns avec les autres, entre cousins, entre frères et sœurs, et les enfants mal formés qui naissent de ces unions, ceux qui ne présentent aucun signe de la lignée des Blancs sont détruits avec la même indifférence qu'on arrache une mauvaise herbe dans un jardin »). C'est pour cela que la Femme Pâle a été préférée au Fou : lui allait à l'encontre de ce que désirait les Serviteurs, il était bien trop indépendant. On pourrait presque croire que la Femme Pâle a été construite pour contrecarrer les plans du Fou mais surtout permettre aux Serviteurs de maintenir leur influence. C'est en tout cas ce que pense le Fou : « Les richesses de Clerres avaient été mises à sa disposition afin qu'elle oriente le monde sur leur fameuse vraie Voie. »

Les dirigeants de Clerres ont le besoin de contrôle. C'est pour eux une nécessité ; ils élèvent leurs prophètes pour être certains qu'ils adhéreront à leurs idées. Quelqu'un comme Prilkop est pour eux un danger, un ennemi (Dwalia : « étant que c'était un Blanc naturel et non élevé à Clerres, il est resté trop peu de temps dans notre école pour que nous puissions nous assurer de sa loyauté »). Prilkop se retrouve alors derrière des barreaux. Le Fou, lui, a été torturé à son retour.

Clerres a un ennemi historique : les dragons. Ils ont tout fait pour les éliminer et ils ont tout fait pour qu'ils ne reviennent pas. Puisqu'ils avaient accès à des rêves prophétiques, ils pouvaient analyser différents scénarios et choisir ceux qui leur convenaient.

La cruauté de ces individus était telle qu'ils étaient capables de laisser se développer des terribles maladies ou des catastrophes naturelles sans prévenir si ça les arrangeait. On sait, par exemple, que la famille Vestrit a été lourdement touchée par la Peste ; on apprend que les Quatre savaient et n'ont rien fait (« nous étions au courant de la Peste sanguine avant qu'elle ne fasse sa première victime »). Ce n'est même pas du désintérêt, un repli sur leur monde ; c'est surtout une volonté de tout faire pour que les dragons ne reviennent pas. Sans doute pensaient ils qu'une Terrilville prospère se développerait et explorerait les mystères du monde des Anciens. Les Anciens étaient une menace, bien trop proches des dragons, bien trop indépendants et non soumis. Clerres a donc assisté de loin à la catastrophe : « la montagne qui explose en gerbes de feu, les tremblements de terre qui ont dévoré les cités des Anciens et les vagues géantes qui ont mis fin à leur emprise sur le monde (…) S'ils nous avaient été un peu plus utiles, peut-être les Anciens en auraient-ils aussi été informés ; mais ils préféraient les dragons aux humains. Ce fut leur perte. »

Mais, les dragons sont de retour et le destin de Clerres est menacé. Capra, une des Quatre, le sait. Elle est quasiment convaincue que les choses vont mal tourner. Il y a trop de rêves d'un Destructeur qui viendrait tout mettre à bas. Il y a surtout le retour des dragons et une vengeance inévitable de leur part. Elle tente de prévenir ses collègues (Coultrie, Symphe et Fellodi) : « les dragons sont à nouveau en liberté dans le monde, et les luriks qui nous restent rêvent de sombres visions de loups, de fils et de dragons. Nous étions pourtant à ça de les arrêter pour toujours : Les dragons ne pardonnent pas et ils n'oublient pas ». En étant incapables de tuer le Fou pour de bon, les Quatre ont laissé le cours des choses leur échapper. Le Fou a tout fait pour faire revenir les dragons et il y est parvenu. Pire, ils n'ont rien arrangé en enlevant Abeille, la fille de Molly et Fitz. Fitz fait tout pour la retrouver, ou la venger. Sur sa route, il forge des alliances inédites et rencontre des dragons. Quand il évoque à Tintaglia le nom de Clerres, la réaction de la dragonne est intéressante (« Peur. Un dragon pouvait éprouver de la peur ? ») Tintaglia, comme tous les dragons, a le souvenir de ses ancêtres. Ils sont certes incomplets mais suffisamment équivoques pour faire émerger cette émotion. Elle sait que quelque chose de terrible a eu lieu pour son espèce mais ne sait pas quoi exactement. Tintaglia ira alors rencontrer le vieux dragon noir Glasfeu qui l'éclairera sur ce qui s'est passé, notamment les empoisonnements. Dès lors, le sort de Clerres est écrit : la ville doit être détruite. Il y a eu trop de torts causés aux dragons pour qu'ils ferment les yeux ; Clerres a tenté de les éradiquer, a volé leurs œufs pour faire des expériences. Tintaglia est claire quand elle dit que « un humain ne peut exécuter la punition que Clerres mérite. Quand nous arriverons là-bas, nous détruirons pierre par pierre et dévorerons ceux qui ont osé tuer des dragons ». Une assemblée constituée de pirates, Marchands, de gens des Six-Duchés et des dragons arrive alors sur Clerres et détruit la ville. En réalité, le plus gros du travail est fait par les dragons qui ne connaissent aucune limite, ne montrent aucune retenue. Pour ne rien arranger, Glasfeu retrouve un peu courage et se mêle à la fête. Lui aussi est revanchard, d'autant plus qu'il a été humilié (« te souviens-tu de moi, Clerres (…) te rappelles-tu comment tu nous as fait mourir avec un festin de bétail empoisonné ? »)

Les Quatre sont tués un par un. La ville est ravagée comme l'observe de loin Fitz : « je vis les ruines du château de Clerres (…) la forteresse n'existait plus que sous la forme de décombres répandues à l’extrémité de la péninsule ». Clerres est battue, les dragons ont gagné. Surtout, le Fou a atteint son but : les futurs gens doués ne seront plus exploités.

dimanche 16 juillet 2023

L'île des Autres et abominations

Les abominations sont les Autres.


Les serpents deviennent des dragons. Voilà idéalement ce qui passe : les dragons ont des oeufs sur l’Ile des Autres, les serpents vont jusqu’à un lieu de nidification, s’enferment dans un cocon dont prennent soin des Anciens et en ressortent comme des dragons. 

Les choses ont changé et les dragons ont disparu. Leur existence est devenu un mythe et ceux qui fouillaient les ruines du Royaume des Anciens ont été incapables de se rendre compte que ce qui devenait ensuite une vivenef était en réalité un dragon. Combien de dragons sont devenus prisonniers, forcés de devenir une vivenef ? Difficile de savoir. Et, ce n’est même pas la pire chose qui peut arriver. En effet, un dragon peut donner naissance à une créature  appelée Abomination.


Alors qu’elle est assez naïve sur la question des dragons, Ambre (le Fou) en est presque à envisager une existence pacifique entre les deux espèces, et même une influence de l’une sur l’autre. Cette idée ne fait pas que rire Parangon, la vivenef folle. Elle l’alarme. Parangon met en garde Ambre de ne pas envisager cette idée, ce serait une hérésie : « des dragons mêlés d’humain ? Sais-tu ce que c’est ? Des abominations ? Voilà ce que sont ceux qui naissent et grandissent sur l’île des Autres, ceux qui sont autant des humains que serpents, et qui ne sont donc ni l’un ni l’autre ! Ce ne seront jamais des dragons ». 

Il faut bien préciser que cela n’a rien à voir avec un Ancien puisque les Anciens résultent d’un choix volontaire et assumé d’un dragon de changer un humain. Dans le roman Sur les rives de l’Art, Kanaï nous apprend qu’une abomination est une catégorie à part, un être qui n’a rien à voir avec le reste. Les dragons et les Anciens ne leur accordent aucune valeur, ne leur apportent aucune reconnaissance. Quand Kanaï en parle, c’est avec des mots durs et méprisants : « elles apparaissent quand une dragonne qui a vécu trop longremps avec des hommes pond des oeufs, et qu’ils ne donnent pas des serpents mais des créatures qui ne sont ni serpents ni humains ni Anciens, monstrueuses et maléfiques ». Il ajoute que « nous les massacrerons ». Autrement dit, on pourrait presque dire que les abonminations sont le secret honteux des dragons. Si il existe des abominations, c’est à cause des dragons. Pour ne rien arranger, les abominations ont survécu au cataclysme qui ont détruit les dragons. Ces bêtes ont même capturé le serpent qui conserve la mémoire des dragons et s’en sont servis pour influencer les rares humains visiteurs de l’île des Autres en faisant des prophéties. 

Si les abominations ont survécu alors que les dragons sont morts, c’est sans doute parce que les dragons les ont écartées et leur ont permis d’éviter les tremblements de terre, éruptions et autres joyeusetés. C’est le Fou qui informe Fitz que les dragons « considèrent leurs rejetons modifiés comme une honte et les exilent. Tu as visité l’île des Autres ».


Le grand ennemi des dragons sont les gens de Clerres et en particulier les Serviteurs. Ces derniers sont engagés dans une lutte à mort et sont prêts à tout pour terrasser les dragons et les Anciens. Ils n’ont rien fait pour empêcher les dragons d’échapper à la grande catastrophe alors qu’ils savaient que cela allait arriver. Ils avaient en fait interprété les rêves des Blancs. 

Les ennemis se rapprochent. Il n’est donc pas étonnant de voir que les Serviteurs et les abominations ont créé des liens. Ambre et Parangon livrent un témoignage intéressant : « il dit qu’il y est déjà allé, et qu’Igrot avait des relations avec les Serviteurs ; de quelle sorte il ignore, mais peu après leur visite à Clerres, il a emmené Igrot à l’île des Autres, pour entendre son avenir ». On peut supposer que ce sont les Serviteurs qui ont conseillé à Igrot d’aller là-bas. 

L’île des Autres semble être l’endroit de prédilection des grands pirates qui veulent se forger une destinée. Igrot y est allé, Kennit y est allé et Kennit y a emmené Hiémain, celui pour qui il avait des sentiments ambigus, qu’il considérait presque comme un héritier (« Kennit m’a emmené là-bas pour voir ce que les Autres pouvaient prédire sur moi »).


Les Serviteurs craignent une chose : le retour des dragons. Ils savent que le retour de ces créatures signifiera leur fin puisque les dragons voudront se venger et auront le moyen de le faire. Les Serviteurs savent que les serpents peuvent devenir des dragons et ils décident de ne prendre aucun risque. C’est Abeille qui nous apprend la stratégie qu’ils ont mise en place pour limiter les risques. Abeille interpelle Prilkop : « saviez-vous qu’ils ont fait en sorte que des filets soient placés au large de l’île des autres, pour capturer et tuer les serpents afin qu’ils meurent et ne deviennent jamais des dragons ? »


Dans la Secte maudite, Fitz et Devoir traversent un pilier d’Art et se retrouvent sur une plage aux trésors sur l’île des Autres. C’est l’occasion, ou la malchance, pour eux de rencontrer une abomination. Fitz nous offre une description saisissante : « je n’arrivais pas à savoir si elle m’évoquait un reptile ou un mammifère marin ; ses yeux plats de carrelets placés sur le devant de la tête paraissaient bizarrement orientés et son crâne semblait excesivement gros, comme tumescent ».


Pour autant, malgré la présence des abominations, les dragons utilisent toujours l’île des Autres pour pondre des oeufs. Tintaglia s’y rend à la fin des Cités des Anciens, sous bonne garde. Kalo précise que « je voyage avec elle jusqu’aux plages de nidification pour surveiller le creusement des nids et tenir les Autres à distance ». Il faudra donc attendre bien plus tard (les romans Sur les rives de l’Art et le Destin de l’assassin) pour que les dragons détruisent les Autres. En acculant Glasfeu et en lui extirpant des souvenirs, Tintaglia se rendra compte de ce que sont réellement les Abominations et la nécessité de les tuer.

mercredi 5 mai 2021

Dragons contre Serviteurs

 Il est assez difficile de dresser une chronologie précise des événements qui se sont déroulés il y a des années dans le Royaume des Anciens. La première référence que nous avons des Anciens se situe dans la saga de l’assassin royal : Le Fou et Kettricken tentent de sensibiliser les Loinvoyant puis plus tard Vérité partira à leur recherche. S’enfonçant dans les Montagnes, il sera incapable de les trouver. Il finira par construire son dragon de pierre et d’Art, comme le roi Sagesse avant lui.

Tout semble se résumer à une lutte d’influence entre les Quatre (et les Blancs, et les Serviteurs) et les Dragons (et les Anciens). Les Serviteurs s’établissaient au sud, Clerres étant leur capitale. Ils cherchaient à accumuler des richesses économiques et peser sur le monde, ils volaient des œufs de Dragons par exemple (vendaient leurs coquilles, en faisaient grandir d’autres pour en faire des potions ou des médicaments) et ont détourné le rôle des Prophètes Blancs. Leur principal opposant était donc l’alliance entre les Anciens et les Dragons, surtout les Dragons qu’il était inenvisageable de contrôler.

Si on se base sur les explorations et un rapport d’ Umbre, le territoire contrôlé par les Anciens était assez vaste et recouvrait des zones que le lecteur connaît bien, puisque ce sont là que se déroulent une bonne part des aventures :  « la salle de la carte d’Aslevjal montrait un territoire qui comprenait la moitié des Six-Duchés, une partie du Royaume des Montagnes, une vaste fraction de Chalcède et des terres de la part et d’autre du fleuve du désert des Pluies. Je pense qu’il s’agit du domaine sur lequel régnaient jadis les Anciens ».

Où sont donc passés les Anciens ? Qu’est ce qui a pu mener à leur disparition ? Pourquoi était-il si difficile de trouver trace des Anciens, notamment de Kelsingra ? On se rend compte que leur absence et les particularités géographiques de la région des Pluies sont liées. Il y a eu une catastrophe. On a plusieurs témoignages qui nous donnent une idée assez précise de ce qui s’est déroulé.

Capra, une des Quatre, confirme la rivalité entre Anciens et Serviteurs. Les événements les ont bien arrangés. Il semblerait que la nature se soit déchaîné contre les Anciens, on lit que « la montagne qui explose en gerbes de feu, les tremblements de terre qui ont dévasté les cités des Anciens et les vagues géantes qui ont mis fin à leur emprise sur le monde ».

Prilkop, un ancien Prophète blanc, et présenté comme l’Homme Noir, donne un même compte-rendu de la situation : « les dragons et la plupart de leurs serviteurs, les Anciens, avaient péri lorsque la terre avait tremblé, s’était fendue, et que les montagnes avaient vomi de la fumée, du feu et des vents empoisonnés dont l’impact brûlant avait abattu les arbres et détruit toute végétation. »

Umbre a exploré Aslevjal et en a rapporté des cubes de mémoire et c’est par son intermédiaire que nous en apprenons le plus sur l’ancienne civilisation des Anciens. Lui aussi rapporte l’importance de la catastrophe qui a tout détruit, ne laissant aux Anciens et aux Dragons que très peu de chances de survivre (« c’est au cours de l’été que la montagne brûla pour la première fois (…) ce n’était pas que la première fois que le sol tremblait sous nos pieds (…) la pluie qui s’abattit sur la ville était un mélange d’eau et de sable noir (…) des oiseaux sans vie tombaient du ciel et les poissons s’échouaient sur les rives du fleuve ». La ville évoquée ici est Kelsingra. Retrouvée par la bande d’adolescents qui s’occupent des nouveaux dragons, elle est un des vestiges que les héros ont retrouvé des Anciens (avec la route d’Art, les poteaux et les mémoires altérées des dragons et vivenefs).

Pouvant prédire plus ou moins correctement l’avenir grâce aux rêves des Prophètes, les Serviteurs n’ont rien fait pour empêcher la disparition de leurs ennemis. Capra le dit clairement, elle affirme que « nous savions que ces événements allaient se produire ! S’ils nous avaient été un peu plus utiles, peut-être les Anciens en auraient-ils aussi été informés ». Clairement, les Quatre ne veulent pas que les Dragons reviennent, ils en ont peur (« les dragons ne pardonnent pas et ils n’oublient pas »). C’est pour cela qu’ils font tout pour empêcher leur retour. 

Les Marchands de Terrilville et du désert des Pluies étaient une menace car ils vivent, en partie, sur les anciennes terres des Anciens. Il faut donc tout faire pour que ça n’arrive pas. Ronica Vestrit et Davad Restart, dans les Aventuriers de la Mer, nous apprennent que la Peste sanguine a dévasté les rangs des Marchands, tuant de nombreux filles et fils. Si la maladie a pris ces gens-là par surprise, ce n’est pas le cas pour les Quatre qui savaient ce qui allait se passer (« nous étions au courant de la Peste sanguine avant qu’elle ne fasse sa première victime »). Plus au nord, ils ont tout fait pour plonger les Six-Duchés dans une guerre civile. Ils désiraient qu’ils soient occupés dans une guerre interne et que cela les empêche de regarder ce qui se passe ailleurs, ainsi que mener à la division des Loinvoyant. Prilkop précise alors que la Femme Pâle est envoyée chez les Outrîliens et les Pirates Rouges pour atteindre ces objectifs : « elle souhaitait faire éclater les Six-Duchés en petits États qui se chamailleraient, et s’assurer ainsi que la magie ancienne des Anciens ne réapparaîtrait pas dans la lignée des Loinvoyant ».

Et, l’histoire a montré que les Serviteurs ont eu raison de se méfier de la vengeance des Dragons. Glasfeu fut pendant longtemps le dernier des Dragons. La tête embrumée, il pensa au suicide et finit par se plonger dans les glaces d’Aslevjal. Les derniers moments du dragon noir furent tragiques. Il est manipulé, sans envie (« te rappelles-tu comment tu nous as fait mourir avec un festin de bétail empoisonné ? (…) Comment, alors que je me battais contre vous, vous m’avez empli l’esprit d’une malédiction ? Enterre-toi dans la glace ! » 

Et bien entendu, les nouveaux dragons règlent leur compte. Ils détruisent la cité de Chalcède qui a osé attaquer Tintaglia et Glasfeu (cf. les événements des Cités des Anciens) et s’acharnent sur Clerres, juste après avoir tué les Abominations qui s’emparaient d’œufs de serpents sur l’île des Autres (le lieu où Tintaglia va pondre ses œufs). 

Clerres n’avait aucune chance d’échapper au courroux des Dragons. Il ne fallait pas seulement détruire ceux qui les avait presque éliminés, il y avait également une question de fierté en jeu (Tintaglia : « je brûle de rage à l’idée que, pendant des générations, ils ont cru pouvoir commettre leurs injustices sans avoir à payer les conséquences »).

vendredi 2 avril 2021

Souvenirs et vengeances

Je trouve intéressant le parallèle entre la fin de l'Assassin royal et la fin des Aventuriers de la Mer.
 
Dans les derniers moments de l'Assassin Royal, alors que le groupe de Vérité est dans la carrière, Fitz se vide de ses sentiments dans la Fille-au-Dragon. Il y laisse, entre autres, de souvenirs de Molly, de Chevalerie ou de sa mère. Le Fou lui dit qu'il en paiera les conséquences plus tard, son compagnon de Vif Oeil-de-Nuit le supplie de ne pas aller trop loin car il ne veut pas être lié à un forgisé. Et, en effet, cela a un fort impact sur la future vie de Fitz. Alors qu'il aurait pu se réinsérer dans le monde, il décide de parcourir le monde. Et quand il revient dans son pays natal, il se cache dans un coin paumé et maudit (près de Forge). C'est un peu comme si se vider lui avait ôté de la sociabilité.

Dans les Aventuriers de la Mer, Althéa est violée par Kennit. La douleur, la peine, les souvenirs la détruisent petit à petit. C'est Parangon qui prendra les choses en main en lui enlevant toutes les émotions qui attachées au viol. Les vivenefs absorbent les souvenirs de leurs maîtres (via le sang), les Dragons mangent les cocons non éclos et parfois des corps de gens qu'ils considèrent (Akennit par exemple). Dans tous les cas, cela permet à Althéa de poursuivre son chemin avec Brashen.

Cela ne s'arrête pas là, puisque dans Adieux et retrouvailles, le Fou rend à Fitz tout ce dont il s'était débarrassé des années plus tôt. Fitz vient de ramener le Fou à la vie, ils se reposent dans la carrière et suite à un échange de baisers Fitz hérite enfin de son passé. C'est important car Fitz décide enfin d'aller voir Molly. Il ne va pas fuir avec le Fou (même si l'idée l'a effleuré), non. Il décide d'aller là où des gens l'attendent et possiblement l'aiment. Il ne se coupe pas du monde. Il fait connaissance avec sa fille Ortie (péniblement ) et épouse Molly.

J'ai toujours considéré Kennit comme un salopard. On ne peut pas excuser ce qu'il a fait à Althéa, même si son histoire personnelle pourrait pousser à relativiser : Igrot a sans cesse abusé de lui et a même tué deux fois le jeune homme. Parangon l'a sauvé (ce sont d'ailleurs les conséquences qui contribueront à faire du Parangon une vivenef folle : Kennit tuera le capitaine Igrot de ses mains, et son sang souillera le pont du bateau et pénétrera donc Parangon).
Pour autant, le passé de Kennit est donc tragique et le lecteur a un très bon ressenti de ce Kennit a vécu dans le chapitre 2 du Destin de l'assassin. Même Fitz qui a vécu son lot de choses horribles est submergé par les souvenirs que lui montrent Parangon.

A différents endroits du monde, des choses semblables se produisent et les gens réagissent différemment. Il ne doit pas y avoir un personnage avec une vie "propre" dans tout l'univers créé par Hobb (Royal à la rigueur, mais il a perdu sa mère). C'est Elliania qui se retrouve fiancée à un prince qu'elle ne connaît pas à cause de la volonté des Quatre, c'est Thymara qui dépasse son statut d'esclave pour devenir Ancienne, c'est Persévérance qui se relève de ce qu'il a vécu à Flétribois pour sauver Abeille. Et souvent, surtout quand ils ont fréquenté Fitz, le Fou, un Loinvoyant ou un Dragon, ces personnages cherchent la vengeance. C'est pour ça que les Iles des Outrilliens sont détruites, tout comme Clerres, la capitale de Chalcède. Et c'est pour ça que la guerre et la violence règnent dans ce monde.  Caudron, Prilkop et Fitz l'ont bien compris : la vengeance appelle la vengeance dans un cycle sans fin.

Si on parle de vengeance, le personnage d'Elliana est éclairant. Son pays a été détruit par les Six-Duchés à la fin de la guerre. Elle a fini par épouser Devoir, le fils de l'homme qui a détruit ses îles. Elle a vu Fitz et Devoir la venger de ce que la Femme Pâle a fait à son clan. On aurait pu croire que cela s'arrêtait là, que sa colère était assouvie. Mais quand Abeille a été enlevée, elle fut la plus vindicative (« une vengeance sanglante et méritée contre ceux qui ont volé une fille de notre de sang, comme celle qu’il a exercée quand la Femme Pâle a volé ma mère et ma soeur »).

Et, donc, Fitz et le Fou ont sauvé Abeille. Ils ont aussi participé à venger les Dragons du mal que leur avaient fait les Serviteurs des siècles avant… Les Serviteurs et les Anciens (et donc les Dragons) étaient pris dans une sorte de rivalité et les premiers nommés ont tenté d’empoisonner des Dragons et n’ont rien fait pour prévenir les Anciens du cataclysme qui les a frappés. Les villes des Anciens furent détruites et le climat à jamais modifié (d’où les Rivages Maudits). Glasfeu et les autres Dragons ont donc consciencieusement détruit Clerres.


samedi 4 avril 2020

L'histoire de Glasfeu

Dans la saga du Royaume des Anciens, des créatures font leur retour en force, les dragons. Nous en avons un premier aperçu quand Vérité décide de forger un dragon de pierre pour affronter les terribles Pirates Rouges. Un certain nombre d'indices lors de sa quête nous montre qu'ils ont bel et bien existé (des rêves d'Art de Fitz, des paroles du Fou, des textes anciens). La confirmation de leur existence viendra des Aventuriers de la Mer quand Tintaglia émergera d'un cocon puis Glasfeu des glaces d'Alsevjal. Dans les romans des Cités des Anciens, nous suivons le retour des dragons vers Kelsingra, une cité mythique des Anciens.

Ceux qu'on appelle les gardiens sont forcément intéressés par ce qui a trait aux dragons. Bien qu'ils ne soient que des pauvres gens, des esclaves, des déformés, des sans ressources, les rumeurs du vaste monde viennent jusqu'à eux. C'est par exemple Thymara qui est au courant de la prouesse de Devoir (« la grande créature noire avait émergé de son long sommeil, pris Tintaglia comme compagne ; et ils s'étaient envolés ensemble pour chasser, manger et s'accoupler »).

Pourquoi Glasfeu s'est-il volontairement enfermé dans les glaces ? Était-ce un suicide ? C'est visiblement un enchaînement : des catastrophes naturelles, une attaque coordonnée des Blancs et de leurs Serviteurs et une attaque contre son mental. On a un aperçu de ce qui leur est arrivé dans l'Homme noir ; on y lit que « les dragons et la plupart de leurs serviteurs, les Anciens, avaient péri lorsque la terre avait tremblé, s'était fendue, et que les montagnes avaient vomi de la fumée, du feu et des vents empoisonnés ». Notons au passage que grâce à leur science, les Blancs savaient ce qui pouvait arriver et n'ont rien fait pour aider les dragons. Mais, les Blancs et les dragons étaient engagés dans une féroce compétition pour contrôler le monde...
Glasfeu, ne voyant que serpents et dragons morts, subissant le harcèlement de ses ennemis, ne pense avoir qu'un seul recours : en finir avec la vie. On a presque un peu de pitié pour le vieux dragon. Quand il partage ses pensées, involontairement, avec Fitz, on se rend compte à quel point ses derniers instants furent pathétiques : « Glasfeu avait glissé dans un état suspendu, mais sans parvenir à se défaire de son organisme (…) Il aspirait à la mort, il rêvait de la mort. »

Devoir le libère donc de la glace et les choses ne furent pas aisées. Il fallait bien entendu lutter contre les manigances de la Femme Pâle, il fallait aussi prendre en compte les superstitions locales. Quand Elliania lance le défi au Prince Loinvoyant, l'adolescent ne sait pas que sa quête n'est pas bien vue dans les Îles Outriliennes. Le clan de l'Ours et du Hibou sont très vindicatifs (« nul homme ne doit tuer Glasfeu, narcheska, pas même pour l'amour de vous »). Le dragon emprisonné dans la glace est devenu un lieu de contemplation, il est comme une figure divine : « voilà la bonne fortune que nous obtenons en honorant Glasfeu. Déshonorez-le, doutez de lui, et je préfère ne pas imaginer le malheur qui s'abattra sur vos maisons ».

Fitz et le Fou, aidés par Burrich, Umbre, Lourd et d'autres, parviennent à contrecarrer les plans de la Femme Pâle, Illistore. Cette dernière ne se contente pas de regarder la lente agonie du dragon, elle veut sa mort. On l'apprend quand Prilkop (l'Homme noir) raconte son histoire à Abeille dans Le destin de l'assassin. Il lui dit qu' « elle cherche le dragon, et je suis stupide : je montre le chemin. Alors elle trahit, elle essaie tuer Glasfeu » ou encore « son destin était de s'employer à ce que les dragons ne reviennent jamais dans notre monde ». Prilkop est plus que choqué par le choix de Glasfeu.
Malheureusement pour les Blancs, Devoir est parvenu à relever le défi. Umbre informe Fitz que « le dragon a déposé tout seul sa propre tête sur la pierre d'âtre ». Ortie nous en apprend un peu plus et son éclaircissement illustre bien le caractère hautain et peu reconnaissant de ceux de son espèce (« Glasfeu était trop mesquin pour reconnaître sa dette »).

Dans le puits d'Argent, les gardiens font connaissance avec Glasfeu et tout ne se passe pas très bien. Glasfeu et Tintaglia viennent d'être empoisonnés par du bétail contaminé donné par les Chalcédiens. Ils viennent donc à Kelsingra pour se panser et avoir de l'argent. Il fait une entrée fracassante : « les humains m'appellent Glasfeu. Il en reste au moins ici qui n'a pas oublié les anciennes formules de politesse de votre espèce ». On voit bien là l'habituel sentiment de supériorité qu'ont les dragons envers les humains.
Les gardiens le craignent, les autres dragons sont circonspects. Tatou pense qu' « il est fou de douleur (…) il est imprévisible », Sintara conseille son gardien (« reste loin de lui, je crois qu'il est fou »). Et un peu plus loin, on lit que « tous les gardiens s'étaient assemblés pour voir le plus vieux dragon du monde, mais à distance prudente ».

Sa relation avec Tintaglia est plus compliquée.
Quand ils étaient le dernier de leurs espèces, ils n'avaient pas eu d'autre choix que s'accoupler. Mais avec le retour des dragons, tout a changé. Tintaglia a décidé de s'occuper d'eux. Bien qu'elle accepte la nécessité de se venger de Chalcède, elle lui en veut quand même (« il n'appelait pas à la vengeance quand c'est moi qui étais mourante »). Les choses changent quand la meute de dragons s'en va vers Chalcède. Reyn est un observateur bien placé pour analyser les dynamiques des dragons. Il note que leur formation de vol répond à une logique de domination, de pouvoir et qu'être bien placé près de la Reine Tintaglia est important. Les mâles se disputent pour elle. Reyn «  se rendait compte que le mâle noir et Kalo se battaient sans cesse pour occuper un point derrière Tintaglia ».
A la fin des Cités des Anciens, c'est Kalo qui domine Glasfeu (« après leur dernier affrontement, Glasfeu a dû se déclarer vaincu et il est sans doute allé tuer une grosse proie, la dévorer et cuver son festin »).

Nous retrouvons Glasfeu dans la dernière trilogie. Tintaglia et les autres dragons finissent par apprendre la terrible vérité, que Glasfeu a fui et failli à ses responsabilités. C'est une époque de vengeance (pour Fitz et les dragons) et chacun a besoin d'informations. Glasfeu, le dragon qui a traversé les époques, en a. Malheureusement, il les cache et se cache. Gringalette s'exprime à travers Kanaï pour transmettre l'avis général des dragons : « Glasfeu ? Rien, c'est une brute qui ne sert à rien, ni aux dragons ni aux Anciens. » La colère de Tintaglia éclate quand elle apprend la façon dont le vieux dragon noir a vécu ses derniers jours avant de s'enfouir dans la glace. Il fait honte, il n'est pas digne. Ses propos sont clairs, « Glasfeu est un pleutre. Un dragon qui préfère s'ensevelir dans la glace plutôt que de se venger, par crainte pour sa propre sécurité, n'est pas un dragon ! »
Dorénavant, puisqu'elle a pris le dessus sur Glasfeu, Tintaglia sait que « les Blancs et les Serviteurs ont fait grand tort aux Dragons. Ils ont cru pouvoir commettre leurs injustices sans avoir à payer les conséquences ! Cette honte est toute entière due à la lâcheté de Glasfeu ! »

Mais, tout n'est pas négatif. Il serait injuste de le limiter à un vieux dragon suicidaire. Il est aussi une créature puissante, intrépide.
Il est celui qui organise l'assaut contre Chalcède (« Glasfeu avait l'expérience du combat contre les humains (…) le vieux dragon noir tenait à prendre Chalcède par surprise »), il est le dernier à s'en aller et semer la mort (« le palais du duc était tombé sous les assauts orchestrés par Glasfeu, implacable et sans pitié .»)
Glasfeu sera aussi de la partie quand il faudra détruire Clerres. Il fait une remarquable entrée (« je suis de retour, et je vous apporte la mort ! »). Lui aussi ouvre une fenêtre sur les événements du passé et renseigne le lecteur sur ce qui s'est passé des années avant : « te rappelles-tu de moi Clerres ? Te rappelles-tu comment tu nous as fait mourir avec un festin de bétail empoisonné (…) Comment alors que je me battais contre vous, vous m'avez rempli l'esprit d'une malédiction ? (…) A l'époque, je me suis enfui. Vous m'avez couvert de honte ! Vous avez fait de moi le dernier dragon au monde. » Et bien entendu, il tue, détruit des bâtiments.

samedi 2 septembre 2017

Assassin's fate en citations

Their « true path » is a conspiracy to enable whatever brings to them most wealth and power ! / Le Fou à Fitz

Clerres a changé et n'est plus le lieu où ont vécu Le Fou et Prilkop (il est l'homme noir qui attend le Fou et Fitz à Aslevjal, il est un ancien prophète blanc resté là-bas pour voir le travail de la Femme Pâle et l'empêcher de tuer Glasfeu pour de bon). Les Serviteurs ont détourné les Prophètes Blancs (et leurs rêves et prophéties) pour assurer leur profit, ceux-ci sont élevés et choisis comme on assure une bonne lignée à des chiens. On sait déjà, à ce stade du récit, qu'ils ont torturé et manipulé le Fou et Prilkop pour retrouver le Fils inattendu.

Beloved, every young White wishes to be the White Prophet (…) There are other tasks for you, to do humbly and well to aid the true White Prophet / Capra au Fou

Capra est une des quatre Serviteurs. Elle a très vite cerné le potentiel du Fou et a décidé de le prendre sous son aile. Mais, face aux protestations du Fou qui se voit comme le Prophète Blanc de son époque, elle est obligée de prendre des mesures plus énergiques qui seront inefficaces puisqu'il parviendra à s'échapper et gagner les Six-Duchés de Subtil.
Comme la Femme Pâle est la Prophète, il doit tout faire pour l'aider quitte à vivre dans une servitude améliorée : en échange d'un beau petit lieu de vie, tous ses rêves seront enregistrés, copiés et exploités sans son consentement.

Oh, no. I'm Bingtown born and bred, from an illustrious Trader family. But, I'm the black sheep and not the heir, so here I am, captaining a liveship instead of mindling the family fortune / Brashen

Dans Assassin's fate, nous retrouvons un grand nombre de personnages présents dans les autres sagas de Robin Hobb : les Aventuriers de la Mer et les Cités des Anciens. Ainsi, nous revoyons les gardiens devenus Anciens, les Dragons qui ont bien grandi, la famille Vestrit, Etta, les vivenef,etc. Nous visitons aussi certaines villes comme Kelsingra ou Terrilville. Ici, nous avons le droit à un extrait de discussion entre Brashen et Fitz, deux personnes qui se ressemblent étrangement, deux hommes écartés des lignes officielles de la famille.

That he smashed all we had so carefully built and planned for a century ? Gone. Our Pale Woman, our beautiful Ilistore, and Kebal Rawbread, and the damned dragons set to loose again / Capra

Il faut savoir que parmi les quatre Serviteurs règne le désaccord sur le sort qui a été réservé au Fou. Il a été décidé de le laisser partir pour mieux traquer le Fils Inattendu, en le gardant à portée de vue.
Bien avant, après la première évasion du Fou, ils ont déjà subi les conséquences avec l'élimination de la Femme Pâle et le retour des dragons, créatures gigantesques qu'ils craignent de voir revenir se venger (on apprend dans le livre la façon dont les Serviteurs ont piégé les dragons). Non seulement le Fou a changé le monde et contrarié leurs plans mais il a aussi ouvert la voie à la destruction de Clerres si on en croit tous ces jeunes gens qui rêvent de destruction. Il n'est donc pas étonnant de voir une Capra particulièrement énervée et en colère.

The mountain that burst info fire and flame, the earthquakes that levelled the Elderling cities and the great waves that destroyed their stranglehold on the world

En lisant les livres de l'assassin royal, des aventuriers de la mer ou des cités des anciens, on se demande souvent ce qui a pu entraîner la disparition des anciens et de leurs villes. Certains personnages ont avancé l'idée d'un cataclysme et c'est bien ce qui s'est passé, avec des tremblements de terre et des tsunamis. Il n'est donc pas étonnant de lire, notamment dans les aventuriers de la mer, l'état déplorable des ruines restantes. Cet extrait souligne aussi l'importance et le poids des Anciens dans le vieil ordre des choses.

I am the Destroyer. You not only brought me here, you created me. I was unlikely, almost impossible. Then, you came to my home / Abeille

Juste avant d'ôter à Dawlia sa vie, Abeille fait cette déclaration et se proclame comme la Destructrice. Elle insiste sur le fait qu'elle n'a rien demandé et que c'est Dwalia qui a fait d'elle ce qu'elle est. En quelque sorte, Dwalia agit comme le catalyseur. Cela montre aussi le côté inattendu, presque bizarre, des événements qui se déroulent : les destins sont multiples et il suffit d'un rien pour les faire basculer vers un en particulier. Abeille ne demandait qu'à vivre une vie paisible à Flétribois avec ses gens et son père, elle voulait être Abeille Blaireau. On peut faire un parallèle avec les propos tenus par son père au Fou dans la carrière au Dragon (« je suis le caalyseur et je suis là pour tout changer »).

She wished to crack the Six-Duchies into squabling minor states, and ensure that the ancient magic of the Elderlings did not resurface in the Farseer lines / Prilkop

Dans la tawny man trilogy, nous apprenons que la guerre des Pirates Rouges contre les Six-Duchés avait été planifiée et commandée par la Femme Pâle, nous découvrons à présent ses motivations qui sont encore liées à la haine portée contre les Anciens. Il fallait éviter que la magie de l'Art des Loinvoyant ne se développe, il fallait la faire disparaître en les gardant la tête sous l'eau et occupés par la défense de leur royaume.

Bee. I've come to save you / Persévérance

Persévérance est le jeune garçon d'écuries qui a appris à Abeille à monter à cheval à Flétribois, qui a assisté avec elle à l'attaque du château, qui a été sauvée par Abeille et qui a prêté allégeance à Fitz. Il fait aussi partie de l'équipe de sauvetage lancé à la recherche de la fille de Fitz. Le garçon aura avec les autres parcouru le monde et traversé un certain nombre d'épreuves. Il est assez plaisant de noter que dans ce passage si Fitz ne reconnaît pas immédiatement sa fille, c'est le cas du jeune homme. A la fin, Fitz donnera des indications pour qu'on prenne soin de lui. Une façon de remercier le jeune homme pour tout ce qu'il a fait.

And I am very angry at Beloved. Amber. I spoke the name with dedain.

Souvenons-nous : Fitz a poignardé le Fou car il croyait que c'était un mendiant qui mettait en danger la vie de sa fille. Puis, Abeille a été enlevée et conduite jusqu'à Clerres. Quand Dwalia fait son rapport, elle se rend compte que tout cela ne serait pas arrivé sans le Fou et elle lui en veut. Elle lui en veut encore plus quand elle apprend que son papa est déclaré mort tandis que le Fou vit toujours. La tension entre les deux est palpable sur le chemin du retour vers Castlcerf même si ils ont eu quelques bons moments. Le Fou est constamment à la regarder, à la surveiller quand elle effectue des guérisons d'Art.

Remember me, Clerres ? Recall how you poisoned us with a fealt of toxic cattle / Glasfeu

Glasfeu, le daron libéré par Devoir des glaces, nous explique comment les dragons ont été abusés par les Serviteurs. En colère, il vient chercher vengeance et avec les autres, dont Tintaglia, détruit Clerres.

Oh. Bee was not sarcastic. I enjoyed that about her / Oeil-de-Nuit

Durant son enlèvement puis son voyage et sa captivité à Clerres, Abeille avait en elle la voix de Père Loup (ou Oeil-de-Nuit) : il lui donnait des conseils, de l'aide, il lui expliquait comment survivre et être forme, comment ne pas s'apitoyer sur son sort comme son père le fait souvent (et c'est le cas dans ce passage où Fitz se vautre dans la mélancolie en pensant à sa mort).

I would rather face men with knives than that circle of bitches with their needles / Abeille

Abeille met pour la première fois les pieds dans la capitale du royaume et c'est un endroit inconnu pour elle. Non seulement elle ne peut voir ses anciens compagnons (Cendre, Lant, Persévérance) mais en plus elle doit prendre ses marques dans la cour des nobles et au sein des Loinvoyant. Elle doit assimiler un certain nombre de connaissances et d'attitudes et donner une bonne image. C'est compliqué pour elle. Sa complicité avec Evite (la fille d'Umbre) est loin d'être parfaite même si ici elle cloue le bac à une courtisane trop curieuse.

Verity found you. He is a large fish there now, swimming in these deep currents. He told you to carve your dragon. King Shrewd was there, smaller and thinner. Chade was with him.

Le livre nous donne des réponses sur ce que sont devenus certains des membres des Loinvoyant. Quand Fitz tente, malade, de renter au pays, il décide de passer par un pilier d'Art dans lequel il se perd. Il en ressort plus tard désorienté et sans se rappeler ce qu'il a vécu. Oeil-de-Nuit le lui rappelle. Il y a vu Vérité, Subtil et Umbre (qui meurt dans ce tome). Vérité a indiqué à Fitz ce qu'il devait faire maintenant : son dragon de pierre.

Every day, I told tales to my little daughter , ad every day I gave memories to the stone / Fitz

Tout à son dragon, Fitz obéit à une requête de sa fille qui lui demande de raconter sa vie. Il obtempère et tandis que la fille voit son père être moins sensible, elle en apprend plus sur lui. Cela est sans doute un spectacle pénible pour elle.

It's not the sort of things one asks of a friend. He hasn't offered, and Iw ill not ask it / Fitz

Visiblement, Fitz a bien retenu la leçon. Quand Vérité faisait son dragon d'Art et de pierre, il a été confronté au même souci : il n'avait pas assez en lui pour donner vie à la sculpture. Si Caudron n'avait pas été là et si Fitz et lui n'avaient pas changé de corps, le dragon serait resté inanimé.
Le Fou est donc la clé mais Fitz n'ose pas lui demander cet énorme sacrifice même si le loup insiste. Il faudra alors qu'Abeille s'en mêle pour pousser le Fou à agir (« he loved you more than he ever loved any of the rest of us »). Encore un fait à ajouter à la longue liste d'accomplissements d'Abeille.

And so the Wolf of the West rose from the stone. And so he will rise again if ever the folk of the Six-Duchies call to him in need / Heur

Heur, ménestrel, est le fils adoptif de Fitz. Comme une autre ménestrelle (Astérie), il assiste à l'émergence d'une créature de pierre : le loup. Avec ses mots, il immortalise la scène et nul doute qu'il écrira une chanson sur ça.
Le loup contient toute la vie, les souvenirs de Fitz et du Fou, et d'Oeil-de-Nuit, réunis ainsi.

Il faut aussi considérer la deuxième phrase. Les Duchés pourraient très bien avoir besoin de l'aide : après tout, Fitz a réveillé ils ne savent comment des dragons endormis et surtout le cycle de vengeance peut très bien reprendre (si jamais Clerres cherche l'occasion comme d'autres peuples l'ont fait par le passé, on pense ici aux Outriliens qui ont vu la guerre des Pirates Rouges comme un exutoire des forgisations et crimes commis par les gens du Roi Sagesse.  

Assassin's fate

Assassin's fate n'est pas que la conclusion des aventures de Fitz. Il offre une poursuite et des réponses à un tas de questions soulevées dans les trois univers développés par Robin Hobb : l'assassin royal bien entendu mais aussi les aventuriers de la mer et les cités des Anciens.

Des rencontres attendues depuis longtemps se font, des mystères sont résolus, le sang coule. Des personnages se transforment, d'autres se révèlent, certains meurent, quelques uns vieillissent. La double narration est efficace, plus que dans les précédents tomes ; mais il faut dire que tant de choses se passent. Fitz et le Fou créent toujours autant de changement partout où ils passent, sans parfois se soucier des conséquences. Des détails présentés dès le premier tome sont utilisés, expliqués. Nous en apprenons même plus sur la guerre des Pirates Rouges, les motivations de la Femme Pâle et du Fou. Abeille fait preuve de beaucoup de courage et notre vieil ami le Loup est là. Les familles se réunissent et des promesses faites à la fin de la farseer trilogy sont enfin remplies.
SPOILER sur l'histoire.
Fitz rencontre Parangon ! Et Althéa, Brashen et les vivenefs. Et les Anciens ! Et il revoit Kettricken pour un dernier adieu. Et il a un destin à la Vérité. Abeille s'affirme : elle répand sang et chaos sur son passage. Et les Dragons détruisent. D'autres Dragons apparaissent.  Le Fou et Abeille ne s'entendent pas bien. Lourd est toujours là. Persévérance fait preuve d'une grande force de caractère et de dévouement, Lant n'est pas le gamin gâté et pourri qu'on croyait. Nous visitons des lieux bien connus : Kelsingra, Terrilville ou encore la carrière aux Dragons ; nous découvrons de nouveaux endroits. La question des Autres est abordée comme ce qui a amené la fin des Anciens et des Dragons. 800 pages, une très bonne lecture.



  • Voilà. Fitz est enfin devenu un dragon (ici un loup) de pierre ; on s'y attendait depuis la fin de la reine solitaire et divers propos de Fitz. Pour y arriver, il a fallu mettre Oeil-de-Nuit (Père Loup) et le Fou : comme quoi cela demande beaucoup.
  • Cela m'a fait plaisir quand Fitz a demandé à ce que Persévérance soit traité avec considération. Le pauvre a été un ami fidèle d'Abeille, a vécu des moments plus que difficiles et il finit mis à l'écart.
  • Ortie est énervante, elle répète les erreurs subies du passé.
  • Kettricken est bien la Reine, peut-être même le personnage royal le plus charismatique de la saga (avec Vérité).
  • Que de sang, de morts ! Mais forcément, entre les Dragons, l'envie de vengeance de Fitz et du Fou, Abeille qui devient la Destructrice et Dwalia l'impitoyable…
  • Il faut avoir lu les Aventuriers de la Mer et les Cités des Anciens : nombreux sont les personnages des autres séries à apparaître et les lieux que l'on visite.
  • Le Fou continue sa longue descente aux enfers, il subit les événements, abandonne Fitz qu'il croyait mort, est boudé par Abeille. Il se révèle aussi manipulateur (notamment en ce qui concerne les vivenefs) et ingrats. Fitz le dit bien, il n'est pas certain que le Fou et lui soient devenus amis, si il l'avait connu en tant qu'Ambre.
  • Kettricken est la seule personnage apparaissant dans le tout premier tome encore vivante, vu qu'Umbre meurt. La vieille araignée est morte et ça fait un sacré choc.
  • Dans le groupe parti sauver Abeille, on trouve un bâtard (Lant), un garçon d'écurie (Persévérance) et une apprentie assassin (Cendre) : trois aspects qui forment Fitz.
  • Vivent les Dragons !
  • Dommage qu'on n'ait pas le droit à un petit retour d'Astérie et de Célérité quelque part dans le récit.
  • Terrible le coup des vers qui rongent Fitz de l'intérieur.
  • Il y a beaucoup de réponses aux questions qu'on se posait sur les Blancs, sur la Femme Pâle et mieux, sur l'île qui a vu grandir le Fou. Souvenons-nous que si dès le deuxième tome (l'assassin du roi) le Fou avait révélé la nature de sa mission et son origine à Fitz, il n'avait pas donné de noms précis. Et qui aurait pu imaginer que les Blancs avaient voulu exterminer les Dragons ?
  • Glasfeu est un vieux borné mais quelle puissance !
  • J'aurais aimé voir Fitz, le Fou, Abeille, Oeil-de-Nuit et Molly vivre en famille. Certes, il y aurait eu l'incompatibilité entre le Fou et Molly mais quand même…

Le retour de l'assassin

Quatrième tome de la saga « Le fou et l'assassin », Le retour de l'assassin est en réalité la traduction de la deuxième partie du tome 2 de la trilogie originale.

Si vous n'avez pas suivi l'intrigue, voilà un bref résumé. Lors de la précédente trilogie, Fitz a permis le retour des Dragons, a sauvé le trône des Six-Duchés et a donné l'occasion à Devoir d'en devenir le Roi. Surtout, il a retrouvé Molly et est enfin parvenu à vivre avec elle, sans devoir se cacher. Connu sous son identité de Tom Blaireau, il gère le domaine de Flétribois ; Molly tombe enceinte, et elle nomme sa fille Abeille.
Malheureusement, Molly meurt et laisse Fitz seul avec sa fille. Abeille ne parle pas, ne grandit pas vite et les gens autour d'eux sont inquiets de la façon dont Fitz s'en occupe (à un point que sa première fille, Ortie, veut la ramener à Castelcerf). La vie au château de Flétribois est paisible jusqu'à ce que les événements se bousculent :
  • une envoyée du Fou est gravement blessée par des ennemis inconnus (Fitz, tout en délicatesse, fait disparaître son corps devant Abeille grâce à un bûcher)
  • Umbre envoie à Fitz deux jeunes gens : Vigilant et Évite. Ils ne sont pas bien accueillis par Fitz.
  • Un jour, lors d'une sortie au marché, en compagnie de Vigilant, Évite, Crible (le compagnon d'Ortie), Fitz poignarde un vieux mendiant qui tenait Abeille contre lui ; or c'est le Fou !
  • Fitz décide de se rendre à Castelcerf pour soigner le Fou, il voyage par les piliers d'Art et doit donc laisser Abeille et les autres derrière lui. Abeille est enlevée (ainsi qu'Evite) par un groupe de Chalcédiens et les Serviteurs.
  • Le Fou révèle à Fitz qu'il est le père d'Abeille (grâce au lien qui les unit), qu'elle est de la lignée des Prophètes blancs et qu'ils doivent aller à Clerres tuer tous les Serviteurs.
  • Devoir révèle au grand public que Fitz Chevalerie Loinvoyant est toujours vivant. Umbre est gravement blessé. Fitz recherche Abeille.

Fitz et sa famille usent de tous les moyens (Art, Vif, enquêtes) pour retrouver Abeille mais ne font face qu'à des échecs jusqu'au jour où on leur signale une troupe près d'un village. Fitz (accompagné de Lant, Crible et Persévérance) tombe sur des Chalcédiens esseulés, accumulent des indices et font un massacre. A la suite de ce passage, ils trouvent une Evite terrorisée qui les informe qu'Abeille est passée par un pilier d'Art. Tout le monde pense que la cause est entendue (mort d'Abeille) jusqu'à ce que le Fou fasse une remarque qui donne un peu d'espoir à Fitz.
A la fin de ce roman, une équipe de sauvetage composée du Fou, Braise (ou Cendre, sa servante), Fitz, Lant et Persévérance se retrouvent à Kelsingra (voir la saga des Aventuriers de la mer) chez Le Roi Reyn et la Reine Malta. Ils se retrouvent, encore, pris dans des intrigues politiques et Fitz use de son talent d'artiseur, peut-être un peu trop.

Quelques citations marquantes

Le Fou : j'y voyais de nouveau, non par les yeux, mais par ma vue de ce qui pouvait être, tous les avenirs possibles et les moments charnières les plus cruciaux ; et pour la première fois de ma vie, j'avais contre moi (…) un véritable Prophète blanc que les Serviteurs n’avaient pas corrompu .

Devoir : FitzChevalerie, vous ne serez plus jamais un assassin ; vous ne serez plus jamais celui qui exécute les « besognes discrètes » ni la « justice du roi ».

Fitz, à propos du lien de Vif entre Patience (une fille des écuries) et Véloce (son cheval) : j'avais vu l'éclat dans les yeux de Patience quand je lui avais donné mes ordres, et je savais qu'elle saurait apprécier Véloce de tout son cœur.

Devoir : j'en ai fini des secrets, Fitz (…) Quand je regarde Umbre aujourd'hui (…), je me demande ce qu'il savait d'autre et a désormais oublié.

Le Fou : Quand on a le pouvoir de maîtriser le cours des événements, Fitz, quand on peut déclencher une famine ou apporter la fortune à un port et à tous ceux qui vivent alentour, la souffrance individuelle perd son sens.

Kettricken :
  • Vous ne pensez pas revenir, n'est ce pas !
  • Merci pour mon fils (…) je sais depuis des années comment ça s'est passé (…) votre corps, la volonté de Vérité.

(Vigi)Lant : je ne suis pas comme vous : Je ne suis pas comme mon père
Le Fou (à propos de Malta) : Peut-être la jeune femme la plus exaspérante que j'aie jamais connue, mais ravissant ; j'avais donné son nom à une jument.

Fitz : Molly est mort, Abeille a disparu, je ne sens plus la présence d'Oeil-de-Nuit (…) je dois aller tuer tous les Serviteurs. Je n'ai rien de mieux à faire dans les années qui me restent, alors pourquoi pas ?

Père Loup (à Abeille): Il y a quelqu'un qui nous aidera si j'arrive à le réveiller.

Pensées en vrac :

  1. Persévérance est un futur Burrich : il prendra soin d'Abeille (si elle survit) comme l'ancien maître des écuries se comportait avec Chevalerie
  2. Cela fait bien plaisir de voir que Fitz accepte les multiples identités du Fou !
  3. J'ai beaucoup aimé la scène d'adieu entre Kettricken et Fitz
  4. Devoir devient mon Roi préféré : il est le seul à respecter réellement Fitz ; Royal le haïssait et Subtil ne voyait en lui qu'un outil
  5. Fitz est agaçant à toujours désobéir, alors que c'est un homme maintenant et qu'il a des responsabilités.
  6. Les accès de rage d'Elliania tranchent bien avec la caractère plus posé de son mari Devoir.
  7. Je me demande si Umbre ne va pas se faire tuer par Romarin
  8. Cela me fait de la peine que Fitz ne parvienne toujours pas à avoir un nouveau lien de Vif.
  9. Le Fou est le seul personnage encore vivant et en bonne condition (avec Fitz) qui était présent au début des aventures, même si on pourrait ajouter Kettricken.
  10. Evite est un personnage secondaire qui a atteint son maximum, je pense. Je ne lui vois pas d'autre avenir que devenir une future noble un peu capricieuse.
  11. J'ai souri à la remarque d'une femme au moment où Fitz met au pas une bande de soldats désobéissants et peu fiables : ce sont des mots qui nous ramènent aux vieilles légendes sur le Vif.
  12. La famille Loinvoyant s'agrandit encore, avec des enfants qui étaient cachés (Lant, Evite).
  13. Kettricken est à la fois une femme remarquable et une reine intelligente.