Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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mardi 8 septembre 2026

La Femme Pâle et les tatouages

Quand Elliania arrive à Castelcerf dans l’optique de se fiancer avec Devoir, personne n’imagine qu’elle le fait sous pression de la Femme Pâle. Elliania n’a pas d’autre choix qu’épouser un adolescent qu’elle ne connait pas si elle veut sauver sa mère et sa soeur. 


On pourrait croire que, loin de la Femme Pâle, Elliania trouverait un moyen d’échapper à son emprise. Mais, la Femme Pâle a pris des précautions. Bien avant d’envoyer Elliania vers les Six-Duchés, elle l’a marquée : les tatouages ne sont pas que des tatouages. Ils sont aussi un moyen d’infliger la douleur. Peottre dit même qu’ils sont « un empoisonnement de l’âme ». Quand Elliania a été tatouée, elle n’était qu’une gamine (« un matin, elle est partie en promenade avec Henja, en qui elle avait toute confiance ; deux jours plus tard, la suivante l’a ramenée. Elle tenait à peine sur ses jambes et elle portait ces tatouages »). Les tatouages sont d’autant plus douloureux que la Femme Pâle a appris beaucoup de choses sur la magie, l’Art et autres grâce aux manuscrits récoltés ici ou là. Grâce à cela, elle peut faire souffrir et elle ne s’en prive pas.


Lorsque Fitz espionne Elliania, il se rend compte qu’il y a quelque chose de bizarre dans son  comportement. C’est quand il voit le dos de la jeune femme qu’il comprend pourquoi elle souffre autant (« la mystérieuse punition des tatouages qui infligeaient d’insupportables brûlures à la narcheska laissait entrevoir l’existence d’une magie dont nous ne savions rien »). Fitz ne comprend pas pourquoi de simples dessins sur la peau peuvent faire du mal. Il se tourne naturellement vers le Fou pour en savoir plus.

Avec bien peu d’envie, le Fou lui montre son dos. Fitz constate alors que « si ses tatouages n’étaient pas identiques à ceux d’Elliania, ils étaient extrêmement similaires ». Le Fou lui explique alors que « leur application a été extrêmement pénible et longue » et que c’était un souhait de la Femme Pâle que ce soit douloureux (« ils prenaient grand soin de planter leurs aiguilles là où elle l’ordonnait »). D’une certaine façon, la Femme Pâle prenait plaisir à voir des enfants être torturé. Car, que ce soit Elliania ou le Fou, ils ont tous les deux été tatoués alors qu’ils n’étaient que des gosses. Le Fou précise qu’ « infliger un tel traitement à un enfant, à n’importe quel enfant, l’empêcher de bouger et le faire souffrir est atroce ». La peine accompagne donc le tatouage. Et savoir qu’on est marqué vous accompagne durant toute votre vie. Des années plus tard, malgré tout ce qu’il a vécu, tout ce qu’il a vu, le Fou est toujours tatoué contre sa volonté.


La Femme Pâle vaincue, les tatouages restent un des derniers témoignages de sa vengeance, de sa méchanceté et de sa cruauté. C’est comme si la défaite de la Femme Pâle avait décuplé la douleur. Fitz s’en rend compte en regardant le dos d‘Elliania (« la beauté luisante des serpents et des dragons avait disparu. Les tatouages s’enfonçaient en creux dans la peau qu’ils tiraient comme si on les avait gravés au fer rouge »). La relative beauté qu’on pouvait trouver en regardant les tatouages a disparu. Il n’y a plus rien d’artistique, plus rien de beau ; simplement un instrument de douleur.

Personne ne semble capable d’apaiser la douleur d’Elliania. Lourd est inefficace et même craintif en utilisant l’Art, la neige n’apaise pas le mal. C’est Fitz qui se chargera d’effacer les tatouages lors d’un processus marquant, presque dégoûtant et repoussant. Elliania vit un véritable moment de calvaire (« une encre à l’odeur pestilentielle suintant, contrainte et forcée, par les pores de la malheureuse qui, pour couronner le tout, souffrait le martyre. Elle serrait les dents et martelait le sol à coup de poings ») mais elle préfère supporter ça que garder les tatouages. D’ailleurs, elle le dit clairement : « peu importe les moyens, je veux seulement qu’on m’enlève ces tatouages. Je refuse de porter les marques de cette femme sur moi ! »

dimanche 30 août 2026

Petit billet # 6 : Le Fou a peur de la Femme Pâle

Il existe une femme qui concurrence le Fou en terme de prophétie, de façonnage du monde. Elle est la Femme Pâle. Elle est autant convaincue que le Fou d’être le Prophète Blanc de son époque. Les deux considèrent l’existence de l’autre comme anachronique, comme une anomalie. Quand un Fitz demande si un autre ne peut pas se charger du fardeau d’orienter le temps, Le Fou réagit immédiatement vertement (« le simple fait que le germe de cette idée réside dans ton esprit m’emplit de sinistres prémonitions »). Il apparait clairement que le Fou a peur de la Femme Pâle. Encore une fois, elle est celle qui l’entrave (« une femme qui rêve de s’approprier le manteau de Prophète blanc et de lancer le monde sur la route de ses visions »). 

Si on écoute le Fou, la Femme Pâle ne vit que pour lui causer du tort. Le Fou est persuadé d’être le prophète… Même si la Femme Pâle est née avant lui et présente tous les signes pour être un Prophète, cela ne peut être elle ! Le Fou ne lui prête que des intentions malveillantes (« là où je construirais, elle détruit ; là où j’unirais, elle divise »). Il en fait clairement une affaire personnelle. Il admet aussi qu’elle est brillante (« ses machinations sont subtiles ; elle est plus âgée que moi et beaucoup plus retorse »). 

Peut-on le lui reprocher ? La réponse est négative puisqu’il existe un lourd passif entre eux. La Femme Pâle a maltraité le Fou. Elle a tout fait pour lui montrer qu’elle avait un ascendant physique et psychologique du temps où ils étaient à Clerres ensemble. Plus vieille, La Femme Pâle avait été consacrée comme le Prophète et les gens de Clerres ont tout fait pour la soutenir et ne pas écouter les déclarations du Fou. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a dû s’exiler. La Femme Pâle maîtrise l’art du tatouage douloureux, elle s’en sert pour dominer ceux qu’elle veut contrôler (Elliania peut en témoigner). Elle a aussi marqué le Fou : « ils prenaient grand soin de planter les aiguilles précisément là où elle l’ordonnait. Infliger un tel traitement à un enfant, à n’importe quel enfant, l’empêcher de bouger et le faire souffrir, est atroce ».

Le Fou a vécu cela comme une torture, une perte de son libre arbitre. D’une petite voix, il dit à Fitz que « on a l’impression que nous devenons sa propriété, ses instruments, ses créatures ». Rien que le fait de repenser à tout ça le met dans tous ses états (« les frissons qui le parcouraient s’étaient transformés en violent tremblement »). Cela suffit bien à illustrer à quel point le Fou la craint. Il ne l’a pas vue depuis des années et son souvenir reste malgré tout traumatisant.


lundi 22 juin 2026

On a failli ne pas avoir le Fou tel qu'on le connait !


Source : https://cscsnews.com/744/literary-arts/an-interview-with-robin-hobb-character-writing/

Cela laisse entendre que le Fou devait être, au mieux, un personnage secondaire. Il ne devait avoir que quelques apparitions, sans aucun impact majeur sur l'histoire. Clairement, les choses n'ont pas évolué de cette façon-là. Au contraire, plus on progresse dans les tomes, et plus le Fou prend une place importante. D'ailleurs, on le retrouvera dans les Aventuriers de la Mer et le Fou et l'Assassin. 
D'ailleurs, le Fou a trouvé sa place dans l'Histoire du Royaume des Anciens tout comme il a trouvé sa place dans l'écriture de Robin Hobb. Lui qui voulait marquer son époque et lui donner une certaine voie, lui qui a défié ses enseignants de Clerres a aussi, en quelque sorte, challengé les idées de Robin Hobb. 

jeudi 2 avril 2026

Fitz et le Fou en ont fait du chemin

 

Le Fou a traversé le monde, pas pour trouver un ami ou un compagnon, mais pour mettre la main sur son Catalyseur, celui qui lui permettra de mettre le monde sur la voie qu'il juge bonne. Le Fou se définit comme un prophète, comme le Prophète Blanc de son époque. Ses rêves, ses prophéties, les écrits qu'il a étudiés l'ont mené vers le Nord, vers les Six-Duchés. Si à ce stade du récit son but est encore flou, on comprend toutefois la volonté que le Fou a de maintenir les Six-Duchés en un royaume uni. Cela semble être un point important : il soutient donc ceux qui luttent contre les Pirates Rouges. Le bon vieux roi Subtil dans un premier temps puis quand il se rendra compte que Subtil perd tout pouvoir, il guidera Fitz et Vérité vers les Anciens.
 A quel moment Fitz et le Fou sont-ils devenus amis ? Je pense qu'ils se sont rapprochés après l'épisode des Montagnes, quand Fitz est revenu affaibli. Leur relation a failli se briser lorsque tout le monde était quasiment convaincu que Fitz avait tué Subtil. D'ailleurs, le Fou a prononcé des paroles affreuses en le traitant de traître, la pire chose à entendre pour un homme qui a prêté serment de loyauté. Le point de bascule de leur amitié est à Jhaampe quand un Fou en train de mourir s'est réfugié sans le savoir chez le Fou. Les deux se sont retrouvés sans se reconnaître. 

samedi 21 mars 2026

Quelques répliques du Fou que j'apprécie

On est à Clerres, Fitz vient de mourir, c'est en tout cas ce que croit le Fou. Prilkop vient négocier la paix pour les habitants de Clerres. Les dragons ravagent tout, détruisent la ville et tout le savoir accumulé au fil des siècles va être perdu. Le Fou semble dire qu'il est la victime de tout cela, que les choses auraient pu tourner différemment si il avait été écouté, si il avait été éduqué comme il le fallait. Lui prônait le retour des dragons, pas les Quatre. Il est donc remonté vers le Nord, a trouvé Fitz et une amitié est née entre les deux.

Le Fou a dit à Fitz qu'il va mourir à Aslevjal. Fitz l'a bien entendu mal pris et s'est mis en tête d'empêcher cette mort. C'est une réaction normale. Mais, le Fou le prend mal puisque il est convaincu qu'il doit décéder pour permettre au futur qu'il a vu d'émerger. En en entravant cela, Fitz risque donc de mettre à bas tout ce qu'il a construit. 

C'est cela une prophétie, ce n'est pas un texte figé, c'est quelque chose ouvert à l'interprétation et dont on ne sait pas ce qu'elle signifie tant qu'elle n'est pas réalisée. Une prophétie se mesure au regard du futur. Ici, le cerf noir qui émerge d'une pierre brillante fait référence, selon le Fou, à Fitz arpentant la route d'Art. Mais, cela peut aussi être, plus tard, Vérité donnant naissance au dragon d'Art et de pierre. Après tout, Vérité est un Loinvoyant, la famille symbolisée par un cerf...

Pour moi, c'est la déclaration la plus importante du Fou, dans toute la saga. 

 

jeudi 26 février 2026

Fitz désire-t-il le Fou ?

Fitz est clair. Il ne ressent aucun désir physique pour le Fou, il n’a pas envie de coucher avec lui. La simple idée le dégoûte et lui fait perdre tous ses moyens. Quand quelqu’un ose suggérer que les deux amis sont amants, il perd tous ses moyens toute logique.


Il prend bien soin de dire à tous que le Fou est un ami, simplement un ami. Et qu’il n’y a rien de plus entre eux. Le Fou est un homme et Fitz aime les femmes. Mais, Fitz ne peut pas contrôler ce que le Fou dit ou laisse entendre. D’autant plus que le Fou a l’habitude de parler de façon détournée, parfois peu claire. Il manie si bien les mots qu’on peut y trouver le sens qu’on veut. Ainsi, le Fou, sans doute avec un peu de méchanceté, taquine Astérie en disant que Fitz et lui ont une relation qui va au-delà de l’amitié. Jalouse, Astérie confronte Fitz : elle veut savoir ce qui se passe réellement entre les deux. 

La même chose se passe des années plus tard quand Jek, une amie du temps où le Fou était Ambre, se rend à Castelcerf. Jek se rend compte à quel point la vie d’ Ambre (ou Sire Doré ou le Fou) est un gâchis. La jeune femme n’ayant pas sa langue dans sa poche, elle s’en va trouver Fitz pour le mettre au pied du mur.

Et, bien entendu, le bâtard est offusqué. Il nie toute aventure avec le Fou et le confronte même : « tu as laissé Astérie et Jek imaginer que nous pouvions être amants (…) De ton point de vue, il n’est peut-être pas grave que Jek te prenne pour une femme amoureuse de moi, mais je suis incapable de traiter ce genre de suppositions pardessus la jambe ».

Fitz se sent presque insulté. Il a l’impression d’être trahi, d’être victime d’une bien mauvaise plaisanterie.


Ce qui est surprenant avec Fitz est son immense maladresse. L’Art ou le Vif ne lui ont pas permis d’acquérir du tact. Il lui arrive de dire des choses qui blessent, qui font réellement mal. On en avait vu un exemple quand il avait dit ses vérités à Burrich : il reprochait à son ancien mentor de vouloir diriger sa vie. Il fait la même chose avec le Fou (« Jamais je ne pourrais te désirer comme compagnon de lit. Jamais ! ») Fitz n’avait aucun besoin de prononcer ces mots-là puisque le Fou ne lui a jamais rien demandé. Mais, se sentant tellement menacé, il a voulu régler la question une fois pour toute.

Le Fou tente de le raisonner. Il lui dit que « je n’imposais aucune limite à mon amour pour toi, et c’est vrai, toutefois jamais je n’ai espéré que tu t’offres physiquement à moi ». Cette phrase mesurée et pesée n’a aucun impact sur Fitz tant il est pris par sa colère et sa rage.


Si Fitz est catégorique, d’autres doutent et pensent même que Fitz couche avec le Fou. L’enragée et passionnante Astérie crache son venin quand Fitz la rejette. Ses mots sont clairs : «  ton nouveau maître t’a-t-il inculqué ses moeurs jamailliennes ou bien avais-je tort, il y a tant d’années ? Peut-être que le fou était bel et bien un homme, finalement, et que tu es simplement revenu à tes penchants véritables ». Astérie est vindicative. Si elle est l’autant, c’est parce qu’elle est vexée que Fitz refuse de coucher avec elle. C’est d’autant plus incompréhensible qu’elle était la seule personne à avoir des relations sexuelles avec lui depuis le départ de Molly. Astérie pense donc avoir été remplacée par le Fou.


Devoir et Civil, eux, pensent que les deux ont des relations sexuelles. C’est surtout Civil qui a influencé l’avis de Devoir. En effet, Civil n’a jamais pardonné au Fou de l’avoir embrassé. Fitz doit donc préciser que « sire Doré et moi ne couchons pas ensemble, à dire vrai, je ne l’ai jamais vu coucher avec personne ». Cela laisse entendre que Fitz n’a jamais envisagé le Fou comme un partenaire potentiel.


Mais, à Aslevjal, la Femme Pâle apparait. Elle est le Fou au féminin. Tout dans son attitude, son comportement et sa façon d’être rappellent le Fou à Fitz. Et, Fitz ressent un fort désir pour la Femme Pâle. Quand celle-ci dit que « je vous charmerai mille fois plus que votre fou pitoyable, car nous représentons enfin le couple parfaitement complémentaire, non seulement Prophète et Catalyseur, mais aussi mâle et femelle (…) Je serai tout ce que secrètement il rêvait en vain d’être pour vous », Fitz est à deux doigts de succomber. La Femme Pâle offre à Fitz tout ce qu’il a toujours désiré : une relation totale et complète avec le Fou, un Fou femme. 

mercredi 4 février 2026

Le Fou a dit

  • (Le prophète blanc) : Mourir est toujours moins pénible et plus facile que vivre ! Et pourtant, jour après jour, nous ne choissisons pas de mourir, parce que, tout bien considéré, la mort n'est pas le contraire de la vie, mais le contraire du libre arbitre. C'est à la mort qu'on parvient quand il n'y a plus de choix possible.
Death is always less painful and easier than life! You speak true. And yet we do not, day to day, choose death. Because ultimately, death is not the opposite of life, but the opposite of choice. Death is what you get when there are no choices left to make.

  • (La voie magique) : Ce qu'on m'a fait, Fitz ? Grands dieux, et toi, que t'a-t-on fait pour te marquer ainsi ? Que m'est il arrivé pour que je ne te reconnaisse même pas alors que je te portais dans mes bras ?
What have they done to me, Fitz? Gods, what have they done to you, to mark you so? What has become of me, that I did not even know you though I carried you in my arms?

mercredi 3 décembre 2025

Le Fou a dit

TOME LE PROPHETE BLANC
Mourir est toujours moins pénible et plus facile que vivre ! Et pourtant, jour après jour, nous ne choisissons pas de mourir, parce que, tout bien considéré, la mort n'est pas le contraire de la vie, mais le contraire du libre arbitre. C'est à la mort qu'on parvient quand il n'y a plus de choix possible. Ai-je raison ?

lundi 8 septembre 2025

La Femme Pâle avait-elle raison ?

Dans le tome L’homme noir, la Femme Pâle parvient à capturer le Fou et Fitz. En les retenant dans les profondeurs d’Aslevjal, elle atteint un objectif qu’elle s’était fixée depuis longtemps. Surtout, elle rencontre enfin FitzChevalerie Loinvoyant et elle tente de faire de lui son Catalyseur. Mais, c’est un objectif ardu tant Fitz est sous l’emprise du Fou. Fitz est un homme du Fou et il en est fier. La Femme Pâle tente de le convaincre que leur relation est inégale, que le Fou profite de lui et qu’il obtient bien plus que ce qu’il donne : « il danse aux frontières de votre compréhension et vous jette parfois d’infimes indices sur sa véritable nature, comme on jette de petits morceaux de sucre à un chien ». Alors, la Femme Pâle a-t-elle raison ?


Il y a eu de nombreuses fois où l’attitude secrète du Fou a énervé Fitz. Le fou pouvait décider de ne rien dire ou changer de sujet ou s’exprimer de façon peu compréhensible. Il a usé de différents stratagèmes pour éviter d’en dire trop sur lui ; cela ne veut pas dire qu’il ne parlait jamais de lui (au contraire, il a révélé très tôt et plusieurs fois dans l’intrigue à Fitz d’où il venait et qui était sa famille). Il y a eu de moments où cela a pesé pour Fitz et cela l’a fait éclater de colère. C’est le cas quand Fitz est dans la carrière et tente d’aider Vérité à finir son dragon d’Art et de pierre pour lutter contre les Pirates Rouges. Là, Fitz fait face au mutisme de Caudron, de Vérité et du Fou. C’en est trop pour lui et sa fureur est manifeste (« personne dans ce groupe ne veut parler de rien ! »). Ici, s’il en veut au Fou, c’est que ce dernier refuse de lui expliquer ce qui se passe entre la Fille-au-dragon et lui.

Toutefois, il serait injuste de dire que cette manie du Fou à cacher sa vie énerve Fitz. Fitz a souvent été exposé au regard de la cour, on l’a montré du doigt comme étant un bâtard et il ne pouvait pas avoir sa vie à lui. Même s’il est en marge de la famille royale, il reste le fils d’un ancien roi-servant ; autrement dit, il ne peut pas faire ce qu’il veut. Ce n’est pas le cas du Fou qui n’est vu que comme le bouffon du roi, un amuseur, un homme de blagues. Cela lui procure un certain anonymat même si des gens rient de ses blagues et tours. Le Fou n’a pas de pouvoir, ce qu’il fait en dehors de ses tours n’a donc aucun intérêt. Un jour, un Fitz curieux grimpe les escaliers et se rend dans la chambre du Fou. Il s’en veut ensuite, il a l’impression d’avoir violé son intimité. Dans ses excuses au Fou, on sent aussi une pointe d’amertume et d’envie : « ça m’a fait regretter de n’avoir pas un coin qui me ressemble autant que ta chambre te ressemble, un jardin secret comme le tien ».


Il serait injuste de dire que le Fou ne se livre pas. C’est simplement qu’il n’est pas sans cesse à parler de lui, à parler de ce qu’il fait à tout bout de champ. Il sait que le mystère fait partie de sa protection et sans doute aussi de son charme. Il sait que cela fait de lui un être mystérieux. Il comprend aussi que ses secrets peuvent être monnayés et peuvent l’aider à atteindre son but. C’est le cas quand il se lance à la recherche des Anciens. Il propose d’étancher la soif de curiosité de Fitz contre un accès à des documents ; la proposition est claire : « un secret que je détiens contre la permission de me chercher dans les manuscrits un secret (…) le mystère du Fou. D’où il vient et pourquoi ». On peut aussi noter que cette donnée est très importante s’il est enclin à briser sa carapace.


Fitz n’est pas le seul à subir les manigances du Fou. Dans les Aventuriers de la mer, on rencontre le personnage de Jek. C’est une femme avec qui le Fou noue une réelle amitié. Seulement, Jek ne connait pas le Fou sous cette identité, mais sous celle d’Ambre, une fabricante et marchande de bijoux. Jusque là, pas de problème. Mais, des années plus tard, quand le Fou revient à Castelcerf, il se fait sous l’identité de Sire Doré. Et, quand Jek est de passage à Castelcerf, elle se rend compte que le Fou lui a menti. Certes, elle n’en fait pas tout un scandale comme Fitz. Elle est simplement étonnée : « si je n’étais pas au courant, je me serais laissée abuser ! Mais je ne comprends à quoi sert ce subterfuge ». Jek n’est pas réellement choqué que Ambre soit devenu Sire Doré, elle l’est plus qu’elle ne dise rien à Fitz. Selon Jek, Fitz est pourtant le grand amour d’Ambre, celui qui a servi de modèle pour sculpter une figure de proue ! Quand Sire Doré (le Fou ou Ambre) doit s’expliquer, il fait dans le mélodrame et l’exagération. Il la supplie de se taire car si elle « raconte ce que tu sais dans une taverne un soir et c’est comme si tu me tranchais la gorge ». 


Oeil-de-Nuit avait baptisé le Fou en Sans-Odeur. C’est une bonne indication de ce qu’il est, un homme difficile à saisir. Trame, sans doute un des utilisateurs le plus puissant du Vif, ressent la même chose : « même après avoir entendu son nom, j’ai gardé l’impression que je ne le connaissais pas du tout (…) Je le trouve très insolite ; arrivez vous à le percevoir ? » On pourrait penser que Trame est sous le choc de l’arrivée surprise du Fou à Aslevjal ou étonné de voir qu’il a changé d’identité et n’a plus rien de Sire Doté. Mais, cela dépasse ça : même en déployant son Vif, il ne parvient pas à le saisir.


En réalité, très peu de gens peuvent percer le Fou à jour et cela lui plait. A chaque fois que son identité a été découverte, le Fou a été mal à l’aise. Il se sentait exposé, presque en danger. C’est ce qu’il explique à Fitz alors qu’il revient dans la vie de son ami (dans le tome le Prophète blanc). Il lui explique que « toi, tu m’as donné un nom : le Fou, et tu m’as vu , tu as soutenu mon regard quand les autres, désorientés, détournaient le leur ». Là, on comprend que le Fou jouait aussi de son apparence différente pour se tenir volontairement à l’écart. Quand on persistait, cela le mettait mal à l’aise (« t’es-tu jamais douté de l’effroi que tu as suscité en moi ? « )


Kettricken dit de lui que « ce n’est pas un homme comme les autres ». Elle semble accepter et comprendre son besoin de se protéger ou cacher qui il est. 

Encore une fois, ce n’est pas le cas de Fitz. Le bâtard de Chevalerie commet un de ses actes les plus lâches quand il confronte le Fou. Sa colère lui fait perdre toute mesure. Il a peur qu’on soupçonne une aventure entre Sire Doré et Tom Blaireau, son identité à cette époque (« c’est grave, et je veux savoir une fois pour toutes ! Qui es-tu ? Je connais le Fou, je connais Dire Doré, et je t’ai entendu t’adresser à cette Jek d’une voix de femme »). Il n’est pas seulement désespéré, il se sent également trahi. Le Fou ne lui donne pas de réponse claire, il se contente de lui dire que Fitz a déjà tous les éléments en main pour trouver la réponse. Et c’est vrai.


Le tome Adieux et retrouvailles marque un tournant dans la vie de Fitz et du Fou car ils perdent un lien unique qu’ils avaient, le lien d’Argent et d’Art. C’était cela qui permettait à Fitz d’avoir toujours le Fou quelque part près de lui. Le Fou le lui enlève : il sait que leur aventure est terminée, qu’ils doivent maintenant prendre des directions différentes. Fitz n’a plus en face de lui qu’un étranger : « mon ami d’enfance, mon compagnon d’adolescence avait disparu. Il avait détourné de moi cette facette de lui-même. Un homme à la peau brune et aux yeux noisette me regardait d’un air compatissant ».

samedi 9 août 2025

Petit billet # 1 : Le temps

Dans le prologue du Fou et de l'assassin, on peut lire que « le temps est un professeur cruel qui donne des leçons que nous apprenons beaucoup trop tard pour en avoir l’utilité » et « des leçons apprises trop tard, des situations comprises avec des dizaines d’années de retard. Et tant de choses perdues à cause de cela ».


On en a un bon exemple quand Fitz se vide dans un dragon dans le tome La Reine solitaire. Il y met là bien de ses souffrances, bien des choses qui lui ont fait et lui font du mal comme l’abandon par sa mère, certaines émotions liées à Molly, la torture subie par Royal ou le regret de n’avoir jamais rencontré son père. Caudron le met en garde : « ce dont vous vous êtes débarrassé va vous manquer. Avec le temps, vous retrouverez une partie des émotions perdues, naturellement (…) avec le temps encore, ils auraient cessé de vous faire mal ; un jour peut-être, vous regretterez de ne pouvoir ressentir ces peines ».


Des années plus tard, après avoir tué la Femme Pâle, Fitz et le Fou retrouvent la Fille-au-Dragon, là où Fitz a enfoui ses souvenirs. Là, Fitz prend conscience de son erreur (« j’ai dû payer le prix pour la rémission de mes souffrances »). Le Fou insiste : « tu avais vieilli et mûri, sans doute, mais tu n’avais rien fait de ton propre chef pour rentrer dans le courant de ta vie » et « tu vivais comme une souris dans un mur, en te nourrissant des miettes d’affection qu’Astérie te jetait ; elle-même s’était aperçue de ton état, et pourtant elle a le cuir épais ». 


Il a fallu à Fitz des décennies pour comprendre sa mauvaise décision.

samedi 15 mars 2025

Le Fou perd tout

A Clerres, Fitz meurt. En tout cas, tous ses proches le croient mort alors qu’il a survécu. Fitz est laissé derrière, abandonné. Son corps n’est pas ramené. Pour le Fou, c’était une éventualité envisagée mais qui reste douloureuse. Car si Fitz est son Catalyseur, il est avant tout son ami, son meilleur ami, la personne dont il est le plus proche. Le Fou devait donc concilier son travail de Prophète Blanc et sa relation amicale avec Fitz, ce qui n’était pas chose aisée. Le Fou a toujours tenté d’offrir à Fitz une vie propre tout en sachant qu’il devait parfois l’en arracher.


Fitz est donc mort et le Fou va quitter Clerres sans lui. Pour le Fou, la douleur est palpable. Elle l’est d’autant plus qu’il ne peut la partager avec personne. Encore une fois, il est seul, isolé de tous. Sa différence et son histoire l’empêchent de partager sa tristesse et sa culpabilité. Car, il se rend responsable, en partie, de la mort de Fitz. (« je me suis servi de lui, Prilkop ! J’ai plongé FitzChevalerie dans la mort une dizaine de fois ! Personne ne peut savoir ce que ça m’a coûté. Personne ! »). La peine est tellement forte qu’il décide de revenir en arrière. Il n’emmène personne avec lui, il le fait presque comme un pèlerinage. Persévérance dit à une Abeille qui ne comprend pas que « je pense qu’il avait besoin d’y aller seul ».


Fitz parti, le Fou se sent des responsabilités envers Abeille. Elle n’est pas que la fille de son ami ; elle est aussi, possiblement, une Prophète, le Destructeur. Elle est de la lignée des Blancs, elle a des rêves prophétiques et il faut donc l’instruire.  

Malheureusement, Abeille n’est pas une élève commode. Elle en veut au Fou et fait tout pour qu’il comprenne sa colère. Elle lui concède que « tu peux endosser le rôle de précepteur » mais « tu n’es pas mon père. Ne fais pas semblant ». Elle lui enlève donc toute possibilité de créer une relation sincère.

Abeille va même plus loin dans la perfidie et dans sa volonté de se venger (elle n’a pas accepté la mort de son père). Elle fait croire au Fou que Fitz ne voulait pas de son retour, que tout ce qu’il a retenu de leurs décennies passées ensemble est négatif. Abeille fait même croire au Fou que « votre prétendue amitié n’avait jamais été qu’un moyen pour toi de te servir de lui ». 

Abeille sait que le Fou lit ses carnets, elle écrit donc de fausses choses pour l’atteindre. Et quand les mots ne suffisent pas, il reste la parole, d’autant plus qu’elle manie bien les choses blessantes. Abeille presque un cap dans sa vengeance quand elle dit que « tu n’es revenu que pour te servir de lui à nouveau. Tu as détruit notre famille, et il est mort à cause de toi, de toutes tes facettes ». Elle pointe exactement tout ce que le Fou craignait. L’ancien bouffon de Subtil avait peur que Fitz le choisisse au lieu de vivre sa vie (avec Molly par exemple). Le Fou a aussi mal vécu tous les doutes sur son orientation et ses identités ; d’une certaine façon, il a toujours regretté que presque personne n’ait pu l’appréhender dans sa globalité.

Au bout du rouleau, sans ressources, le Fou finit par mendier. Il implore Abeille (« je t’en prie, laisse-moi apprendre à te connaître; Il n’y a rien de plus important pour moi »). Mais, la jeune Loinvoyant est têtue et obstinée, et il semble bien difficile de la faire changer d’avis (« à chaque fois que je regardais l’homme variable qui cherchait à le remplacer, je l’aimais un peu moins »).


Plus tard, le légendaire Oeil-de-Nuit parvient à parler à Abeille et il lui apprend que Fitz est vivant. Pour tout le monde, c’est un réel choc. La réaction du Fou ne laisse pas de place au doute. On peut lire que « l’espoir et l’horreur le disputaient sur les traits de Bien-Aimé ».

Abeille, le Fou, Kettricken, Ortie, Devoir et d’autres se rendent alors dans les Montagnes et trouvent Fitz en train de forger son loup d’Art et de pierre. Pour bon nombre d’artiseurs, c’est la voile logique. Mais, cela ne peut pas être réalisé seul. Il faut des vies bien remplies, avoir ressenti beaucoup d’émotions pour espérer y arriver. Le Fou n’ose pas proposer son aide à Fitz. D’ailleurs, Fitz semble avoir d’autres projets pour lui : « Abeille, en toutes choses, et de bien meilleure façon que moi, le Fou tiendra le rôle de père pour toi ». Le Fou est donc exclu du dernier projet de Fitz. Il est aussi exclu du projet qui lui aurait permis de rester lié pour l’éternité à Fitz et Oeil-de-Nuit. La chose est presque vécue comme une trahison ; en tout cas, elle l’atteint et lui fait mal.

Le Fou n’a qu’une envie : être avec Fitz. Cependant, il se refuse d’aller contre le choix de son ami (« j’ai pris beaucoup de décisions à ta place ; le temps est venu que j’accepte une des tiennes, même si elle est difficile »). C’est un acte courageux et remarqué car le Fou a toujours eu tendance à contrarier le destin, à vouloir orienter les choses vers une certaine voie. Pour une fois, il se soumet. 


Pire, le Fou devient pathétique : il n’est plus grand-chose. Il se morfond, il a perdu toute sa confiance, toute sa superbe. Il semble incapable de dépasser ses actions du passé, il revient sans cesse sur sa relation passée avec Fitz comme si c’était la raison de ses malheurs ou de la décision de Fitz de ne pas le mettre dans le loup d’Art et de pierre. On comprend que le Fou est toujours influencé par ce qu’il a lu dans les carnets d’Abeille ou par ce que la jeune femme lui a dit. Il donne le bâton pour se faire battre comme si il devait faire pénitence (« je me suis servi de toi, Fitz, nous le savons l’un comme l’autre. Je t’ai déjà dit mes regrets d’avoir agi ainsi ; j’espère que tu me crois, et que tu peux me pardonner »). Cet immense quiproquo est donc alimenté par Abeille : Fitz croit que le Fou veut prendre soin de la future génération de Prophète et le Fou croit que Fitz lui garde rancoeur et rancune.


Et, pour ne rien arranger, plus Fitz construit son loup et plus il se forgise d’une certaine façon. Il perd de sa logique, de sa capacité à raisonner et ressentir les choses. Pour tous, et en particulier le Fou, c’est un réel crève-coeur à vivre.

mardi 10 décembre 2024

La Femme Pâle contre le Fou : les prophéties et les oppositions

Le lecteur suit Fitz dans ses aventures et péripéties sans se douter qu’il y a une logique prophétique derrière. Bien entendu, on comprend que les manœuvres de Fitz servent à ce que les Loinvoyant conservent leur autorité sur le royaume, que Fitz est là pour répandre la justice du roi (des mises à l’écart, de discrets avertissements). Les premières mentions à des prophéties se font par l’intermédiaire du Fou, un être étrange venu d’un pays lointain. Fitz n’y croit pas, refuse de les écouter. Quand le Fou lui en parle, il est mal à l’aise. Lorsque Fitz évoque la question avec Umbre, celui-ci se montre un peu curieux mais rien de plus. Il faudra attendre que Fitz rencontre Caudron pour qu’il s’ouvre enfin aux prophéties. Ce n’est pas tant qu’il croit, c’est qu’elle lui permettrait de réparer des erreurs passées ; Caudron lui met l’eau à la bouche en lui disant que les Prophètes Blancs œuvrent à la fin du temps, c’est-à-dire que l’humanité ne sera plus soumise à des contraintes temporelles. Fitz s’engouffre bien entendu dans ce fantasme et se met à la possibilité de réparer les choses avec Molly. Mais, la réalité est bien différente : pour le moment, Caudron n’est qu’à la recherche du prophète de son époque. Elle se base sur de maigres indices récoltés ici ou là. Elle ne sait pas grand-chose si ce n’est que « loin dans le Sud, il est un pays où l’on est convaincu qu’à chaque génération naît un Prophète blanc quelque part dans le monde. Il ou elle paraît, et si l’on tient compte de son enseignement, le cycle du temps prend une meilleure voie ; si on le néglige, le temps s’engage sur un chemin plus ténébreux ».

Visiblement, le Fou est le Prophète de son époque. Et il a choisi son héros, son catalyseur : Fitz. A première vue, ce qu’il demande à Fitz n’a rien d’héroïque : il doit seulement rester en vie et faire en sorte qu’un Loinvoyant reste sur le trône. Mais, les choses s’annoncent compliquées car le cours des choses n’est pas celui que le Fou prône. Les Six-Duchés sont plongés dans la violence, Royal s’est emparé du pouvoir et si il le conserve alors la lignée des Loinvoyant s’éteindra. C’est pour cela qu’il insiste pour savoir si Fitz a eu un enfant avec Molly, c’est pour cela qu’il a traversé le royaume du nord au sud avec une Kettricken enceinte et c’est pour cela, qu’en dernier recours, il se lance à la recherche de Vérité.

En tant que prophète, le Fou n’a qu’une certitude : Fitz est son Catalyseur. Il le lui dit clairement lors de leurs retrouvailles dans le Prophète blanc (« ton être est le levier dont je me sers pour obliger l’avenir à sortir de son ornière »). S’il n’est certain que de ça, c’est que le reste est flou. Les prophéties (du Fou ou d’autres) ne sont pas claires, elles sont sujettes à interprétation et à validation. D’une certaine façon, le Fou est aussi aveugle que les autres, si ce n’est sa conviction de suivre le bon chemin. Déjà, dans la Reine solitaire, il tentait d’expliquer à Fitz comment une prophétie fonctionne : « je sais qu’il se passe quelque chose avec un héritier Loinvoyant ; s’il s’agit de ta fille, alors dans des années d’ici, je lirai sans doute quelque ancienne prophétie et je m’écrierai : Ah ! oui, c’est là, tout était prédit. Nul ne comprend vraiment une prophétie tant qu’elle ne s’est pas réalisée ». On saisit bien que la prophétie ne peut être comprise que si elle se réalise. Si c’est vague, c’est aussi parce que les prophéties ont été écrites des années avant, bien longtemps dans le passé. C’est peut-être aussi la conséquence du fait que le prophète va chercher son catalyseur et naturellement l’influencer. Là, rien n’est garanti : Fitz est un catalyseur têtu, borné et parfois stupide ; le Fou est un prophète n’hésitant pas à cacher sa confusion (« j’ai eu le sentiment d’être transporté au sommet d’une montagne qui surplombait une vallée noyée dans le brouillard ; je ne prétends pas être capable de voir à travers ce brouillard, mais je le domine et je distingue dans le lointain les cimes d’un nouvel avenir possible. Un avenir qui repose sur toi »). D’ailleurs, il semble presque que le Fou ne cherche pas tant à savoir si ses prophéties se réalisent (« mon rêve a été dûment archivé, et un jour dans les années à venir, des sages se mettront d’accord sur son sens. Sans doute longtemps après notre mort à tous les deux »). S’il paraît aussi détaché, c’est possiblement parce que les prophéties (les rêves) s’imposent à lui et qu’il ne les contrôle pas.

La vie de Prophète n’est pas de tout repos. Il ne se contente pas d’avoir des prophéties, souvent sous forme de rêves. Il s’implique, il s’attache aux gens, il traverse le monde pour trouver son catalyseur, sa survie n’est en rien garantie. Lorsque le Fou a accompagné Kettricken, de Castelcerf à Jhaampe, il a dû le faire en échappant aux troupes de Royal, il a donné de sa personne car il pensait que le bébé que Kettricken (Oblat) portait aiderait à accomplir sa prophétie. Malheureusement, ce n’a pas été le cas puisque « l’enfant de Kettricken, mon dernier espoir, est né inerte et bleu, ce ne pouvait être encore une fois que de mon fait ». Le Fou se sent coupable de la mort d’Oblat et de son échec. Pire, il est à deux doigts, quelques mois plus tôt, de faillir à sa mission en s’attachant trop à Subtil et en oubliant pourquoi il est là. Il reproche à Fitz de tuer Subtil, privilégiant son lien affectif au vieux roi plutôt que les motivations du catalyseur (« alors tu causeras la mort des rois »). Notons au passage que cette accusation s’est réalisée puisque Fitz a, involontairement, contribué à la mort de Royal et à la transformation de Vérité.

Le Fou se dit être le prophète de son époque, il en est convaincu. D’autres ont un avis différent, notamment ses instructeurs. Eux ont relâché celle qu’ils pensent être la prophète. Le Fou sait qu’elle existe et qu’elle s’oppose à lui : « il existe quelqu’un, une femme, qui rêve d’approprier le manteau du Prophète Blanc et de lancer le monde sur la route de ses visions. Depuis toujours, je lutte contre son influence, mais dans le changement de direction que nous connaissons aujourd’hui, sa puissance croit ». Elle, c’est la Femme Pâle, et elle veut la mort de Fitz. Bien trop attaché à Fitz, le Fou en fait une affaire personnelle, il est trop impliqué, trop amoureux. Il a plus à perdre que son simple catalyseur, cela le perturbe à un point qu’il doute de sa mission (« elle lance la mort sur toi et je m’efforce de t’écarter de son chemin (…) je ne veux plus être le Prophète blanc ; je ne veux plus que tu sois mon Catalyseur (…) mais, il n’est pas possible d’arrêter. Seule ta mort peut mettre un terme à cette partie »).

A Aslevjal, la Femme Pâle finit par rencontrer Fitz. Loin de chercher à le tuer comme le pensait le Fou, la Femme Pâle tente de charmer Fitz par ses mots et par son physique. Elle admet que les Blancs peuvent tenter de changer le cours du temps mais que rien n’est figé, rien n’est écrit. Elle cherche à ébranler ce que le Fou a appris à Fitz : « le premier imbécile venu comprendra que l’avenir n’est pas écrit à l’avance, il en bourgeonne un nombre infini à l’extrémité de chaque instant (…) nous les Blancs (…) nous pouvions néanmoins nous servir de notre savoir pour orienter d’autres peuples, inférieurs à nous, vers des voies qui dirigeraient progressivement le courant du temps vers des eaux plus calmes et plus sûres ». Elle va encore plus loin dans la critique négative en se moquant de son objectif (« il se croit investi de la mission de réintroduire les dragons sur cette terre ; selon lui, il faut opposer une concurrence à la domination de l’homme »). Si cet argument fonctionne, c’est parce que le Fou n’a jamais réussi ou voulu clairement expliquer en quoi le retour des dragons serait bénéfique pour l’humanité, alors que la Femme Pâle est claire sur tous les désagréments que cela apporterait. Elle persiste dans son développement : « si vous étiez mort au bon moment, le trône serait revenu sans heurt à Royal (…) Certes, la lignée aurait disparu avec lui, mais splendidement, dans la paix et l’abondance pour les Six-Duchés comme pour les îles d’Outre-Mer ». Cet argument montre qu’elle a bien cerné Fitz lui a qui si souvent voulu mourir ou se sacrifier (pour Molly, pour Vérité). Elle sous-entend également que Royal aurait pu être un bon Roi dans un contexte de paix, bénéficiant de la sagesse de Subtil et sans doute des conseils de la Femme Pâle. Mais, la Femme Pâle n’a pas que la mort et la peine à offrir à Fitz et c’est une forte différence avec le Fou. Elle est une femme, elle est encline à lui offrir son corps, à coucher avec lui (chose que Fitz a toujours refusé de faire avec le Fou) et à lui donner un enfant. Ce serait en quelque sorte la combinaison ultime comme elle l’affirme à Fitz : «  nous représentons enfin le couple parfaitement complémentaire : non seulement Prophète et Catalyseur, mais aussi mâle et femelle, nous formerons l’harmonie qui change le monde (…) Notre enfant sera magnifique (…) Notre fils fera ton bonheur, je te le promets ». C’est une prophétie bien tentante pour Fitz ; et là aussi bien plus enthousiasmante que celle que le Fou (via Caudron) lui avait fait des années auparavant (« il aura soif du sang de son propre sans et sa soif jamais ne sera étanchée. Le Catalyseur désirera en vain foyer et enfants, car ses enfants seront ceux d’un autre et celui d’un autre le sien »). Précisons que cette prophétie s’accomplit car Devoir et Ortie grandiront sans savoir qui est leur père et qu’il adoptera Heur.

Le Prophète est amené à souffrir, et parfois à devoir donner sa vie. Le Fou en a conscience et c’est ce qui le différencie de la Femme Pâle. En se rendant sur Aslevjal, le Fou savait qu’il devait mourir (« Elle m’est venue en rêve, lors d’un cauchemar échevelé de mon enfante. Cette fois-ci, sur Aslevjal… Ce sera mon tour de mourir ») et il l’a fait vaillamment : il a affronté la torture, les coups sans dévier de son objectif (libérer le dragon). La Femme Pâle, défaite, s’accroche à la vie. Elle devient une créature pathétique incapable de se débrouiller seule et qui demande tout et n’importe quoi à Fitz (qu’il la sauve, qu’il la tue). Dans les deux cas, elle affronte la situation sans aucune grâce comme le lui dit Fitz : « vous n’avez pas eu son courage ; lui a accepté le prix que lui imposait le destin ; il a subi son supplice et sa mort de son plein gré, et il a gagné ».

Il arrive que les prophéties soient dépassés par les événements. C’est arrivé deux fois au Fou. La première fois est lorsque Fitz et Oeil-de-Nuit ont ranimé les dragons de pierre dans la Reine Solitaire ; il fallait quelqu’un pour les conduire et ils ont choisi le Fou. Ce dernier ne sait que répondre, il n’est pas un guerrier, il est aveugle quant aux événements en cours (« je ne l’ai jamais vu dans mes rêves, je n’en ai jamais entendu parler dans un manuscrit. J’ai peur de conduire le temps dans une mauvaise direction »). La deuxième fois a lieu lorsque Fitz ramène le Fou à la vie (dans le tome Adieux et retrouvailles). Le Fou avait accepté sa mort ; de retour à la vie, il ne sait quoi en faire. Tout ce qu’il voulait faire s’est réalisé. Continuer à vivre, c’est influencer le cours des événements et donc prendre le risque de modifier ce qu’il a créé (« j’en ai beaucoup discuté avec Prilkop ; nous sommes très ignorants de la situation que nous vivons, de cette existence par-delà le temps où nous jouions notre rôle de Prophète blanc »). Et en effet, le simple fait de revenir à la vie a suffi et amènera ce qui se passera dans la troisième partie de l’assassin royal : l’affrontement final entre les gens du Fou et les gens de la Femme Pâle.


jeudi 14 novembre 2024

Un artefact : la boucle d'oreille de Burrich

Les objets importants n’ont pas forcément un impact important sur l’histoire ou une origine magique ou légendaire. Ils peuvent l’être simplement par leur histoire, leur symbolique. Ils ont pu traverser des époques, lier des gens sans qu’ils en aient conscience. La boucle d’oreille de Burrich en est un bel exemple car elle a été portée par le maître des écuries de Castelcerf, par le prince Chevalerie, par le bâtard FitzChevalerie ou par le Fou. Il est assez rare de voir un objet être détenu par tant de personnages de premier plan.


Originaire de Chalcède, Burrich a obtenu cette boucle par sa grand-mère. Elle est la preuve qu’ils n’étaient plus des esclaves, qu’ils avaient pu acheter leur liberté. C’est donc quelque chose qui est remarquable et mémorable. Bien peu de choses auraient pu pousser Burrich à s’en débarrasser. Pourtant, il l’a donnée à Chevalerie (« je croyais qu’on l’avait enterrée avec lui (…) C’était à ton père. Je lui en avais fait cadeau »), ce qui montre bien la force de l’amitié qui unit ces deux hommes. Burrich n’aurait pas été contre que Chevalerie soit inhumé avec. D’une certaine façon, il aurait ainsi accompagné son prince. 

Mais, Patience en a décidé autrement et a changé le cours des choses. Elle a récupéré l’objet l’a conservé pendant des années. Quand elle a décidé de revenir à Castelcerf après son exil à Flétribois, elle l’a offert à Fitz : « elle en prit une à motif de minuscule résille d’argent dans laquelle une pierre bleue était emprisonnée ». Fitz n’a aucune idée de ce que c’est, de l’histoire de l’objet.


Dès lors, Fitz la porte. Quand il revient de la mort après avoir été torturé par Royal, c’est un des rares objets qu’il a conservé. Mais, Fitz devient une cible, sa tête est mise à prix et il doit se cacher comme il peut. Il change de nom et cache la boucle. Malheureusement, il est capturé par des soldats de Royal. Sa boucle lui est prise (« je remarquai que ma bourse avait disparu. Pêne avait dû s’en emparer pendant que j’étais inconscient ; mon coeur se serra à la pensée que je ne reverrai plus la boucle d’oreille de Burrich »). La tristesse de Fitz peut s’expliquer par le fait que c’est l’un des derniers objets qui le rattache à son ancienne vie. C’est aussi le témoignage qu’il tenait à Burrich, cet homme qui l’a éduqué et a sacrifié sa vie pour prendre soin de lui. Lorsque Fitz parvient à s’échapper et tuer Pêne et ses hommes, le bijou devient la première chose qu’il recherche (« je fouillai soigneusement le cadavre et mis la main sur la boucle d’oreille de Burrich »).


Après avoir permis à Vérité de chasser les Pirates Rouges, Fitz fait un choix douloureux. Il abandonne son passé derrière lui. Il fait une croix sur Molly et Ortie. Pourtant, il y a un homme à qui il veut faire savoir qu’il est encore en vie : Burrich. Il veut montrer à son ami qu’il n’est pas devenu une bête dominée par le Vif, mais qu’il a agi en tant que soldat, en tant qu’homme de Vérité. D’une certaine façon, l’objet doit montrer la dévotion de Fitz, son sens du devoir. C’est ce qu’il dit au Fou : « j’aimerais que tu le lui apportes, et aussi que tu lui dises, que je ne suis pas mort devant la chaumière d’un berger, mais en restant fidèle au serment que j’ai prêté à mon roi ».

Les choses ne se passeront pas comme prévu. Le Fou se trouve pris dans d’autres aventures à Terrilville et conserve le bijou avec lui. Il ne le remet pas à Burrich.


A Terrilville, le Fou est devenu une femme, Ambre, et elle détonne. Son apparence intrigue, ses paroles intriguent. Des questions sont soulevées sur son identité, d’autant plus qu’Ambre donne bien peu d’informations sur elle. On tente de la cerner comme on peut et on repère la moindre chose qui donne des indications. La boucle en fournit certaines. Rache remarque qu’ « elle porte un anneau de liberté à l’oreille, vous savez, l’anneau que les esclaves affranchis de Chalcède doivent acheter et arborer pour prouver qu’on leur a accordé la liberté ». L’hypothèse est donc qu’Ambre serait une esclave ou une ancienne esclave. Ambre donne une réponse différence : elle dit même la vérité bien qu’aucun de ses interlocuteurs ne soit capable de la comprendre.  Ambre confesse « que c’était un cadeau de son unique amour ». La boucle symbolise donc l’amour, l’attachement. C’est un objet qu’Ambre porte fièrement, à la vue de tous, pour montrer son lien avec Fitz, même si personne ne le sait. Pour Ambre, dans le contexte de Terrilville, la boucle devient un objet important. La chose est manifeste quand elle remodèle le visage de la folle et dévastée Parangon ; elle lui donne le visage de Fitz et n’omet aucun détail. Elle lui fait le nez cassé et « déposa la grande boucle d’oreille dans la paume de Parangon ». Ambre a donc reproduit en plus grand la boucle d’oreille. 


La boucle suit donc le Fou. Ce dernier décide de revenir dans les Six-Duchés et de retrouver son meilleur ami, Fitz. Fitz n’est pas déçu de voir que le Fou a conservé la boucle. Il ne le voit pas comme une trahison de sa volonté. Mieux, quand les deux se saluent, la boucle sert presque de connecteur émotionnel entre les deux : « il passa les autour de moi et m’étreignit brutalement ; je sentis le clou d’oreiller de Burrich presser sur ma gorge ».

Toutefois, le Fou reste le Fou. S’il est devenu Sire Doré, il reste influencé par les prophéties. L’une d’elles dit qu’il doit mourir pour atteindre son but. Il envisage alors de se débarrasser de ses possessions, de ses richesses. Il envisage même de rendre à Fitz la boucle alors que ce dernier l’avait fortement enjoint à la garder, même après leurs retrouvailles (« il leva la main pour ôter la boucle d’oreille en bois que Sire Doré portait toujours »). Fitz refuse, il ne peut tolérer comportement mortifère. Il aurait l’impression de perdre son ami si il le laissait faire. Fitz trahit alors le Fou en l’empêchant de partir avec lui à la recherche de Glasfeu. Il sait pourtant que c’est important pour le Fou.

Le Fou, laissé à Castelcerf, solde sa vie. Il rencontre même Burrich, venu demander des comptes (Ortie a transmis un message de Fitz laissant croire qu’il était encore en vie). C’est Ortie, la fille adoptée par Burrich, qui remarque le changement de Burrich : « lui-même porte maintenant une boucle d’oreille, une sphère sculptée dans le bois. Jamais, je l’avais vu porter ce genre d’ornement ». La boucle est donc revenue à son propriétaire. Le fait que Burrich la porte n’est pas anodin : cela montre qu’il sait que Fitz est vivant, qu’il accepte cette vérité. On peut même penser que c’est une façon de témoigner sa fidélité et son amitié à Fitz.

Plus tard, c’est un Burrich à la porte de la morte qui donnera le bijou à Leste, son fils ayant le Vif (« l’enfant dormait à côté de son père dont une main pendait hors de ses couvertures ; en la replaçant au chaud, je m’aperçusse qu’elle était serrée sur une boucle d’oreille en bois »). Il faut aussi noter que c’est un geste de réconciliation de Burrich qui a tout fait pour éradiquer le Vif en Leste ; il lui montre ainsi qu’il l’accepte comme il l’est ; Burrich n’est plus hanté par son histoire personnelle.