Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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vendredi 9 mai 2025

Bailor, un personnage secondaire anecdotique mais fort méprisable

Il existe des personnages qui n’apparaissent que quelques pages et arrivent à laisser un sentiment bien désagréable au lecteur. Ils n’inspirent que du dégoût et du rejet, c’est le cas de Bailor. Cet homme apparait dans le septième tome des aventures de Fitz, alors qu’il est devenu Tom Blaireau, et qu’il vit dans sa petite maison, coupé du monde des Loinvoyant avec son loup Oeil-de-Nuit et son fils adoptif Heur.


Bailor est le voisin de Tom Blaireau, il élève des porcs et on le retrouve au marché alors que Fitz tente de vendre quelques encres et produits.

La première impression qu’il donne est immédiatement déplaisante, d’autant plus que nous suivons l’action du point de vue de Fitz et que ce dernier est doué de l’Art et du Vif. Il peut donc ressentir les humains, mais surtout les animaux. C’est ce fait qui rendra Bailor antipathique. Car, cet éleveur traite ses animaux sans aucun respect, presque méchamment. Il ne les considère pas, ne leur apporte aucun confort. Pour lui, ils ne sont bons qu’à vendre. On peut lire que « je sentis aussi que son boeuf avait la chair à vif à cause du harnais inadapté qui le frottait sans cesse, et je perçus la terreur et l’inconfort des cochonnets ligotés en plein soleil ». Sa cruauté et son manque d’empathie sont donc bien mis en valeur. Pour Bailor, les animaux ne valent que ce qu’ils peuvent rapporter et il est hors de question de faire un effort pour leur confort.


En s’installant près de l’étal de Tom Blaireau, Bailor jette des accusations : il l’accuse de lui avoir volé des animaux. Si ils ont disparu, c’est nécessairement parce que quelqu’un lui veut du mal. Il ne lui vient pas à l’idée qu’ils aient pu s’enfuir ou qu’ils n’aient pas assez sécurisé son enclos.


Quand Fitz lui fait remarquer la chose, Bailor le juge. Il le prend de haut, le considère comme faible et influençable. Il met en valeur ses muscles sans savoir qui est en face de lui. Or, Fitz n’est pas n’importe qui. Il ne détourne pas le regard, il ne baisse pas la tête. Sans doute grandement influencé par Oeil-de-Nuit, Fitz montre qu’il n’est pas une vulgaire proie, mais un prédateur. Il ne se laisse pas faire et tient tête à Bailor. Pour ce dernier, ainsi que pour tous ceux qui assistent à la scène, c’est comme une révélation. Ils ne reconnaissent pas l’individu qui se tient devant eux. Ils sont choqués. Bailor, lui, a tout simplement peur. Son attitude ne laisse place à aucun doute : « le plus frappant fut le changement d’expression de Bailor. Il n’aurait pas eu l’air plus apeuré si un ours s’était soudain dressé devant lui, les crocs dénudés ». Notons que l’image employée (de l’ours) n’est pas anodine car c’est un des rares animaux de la sage qui a impressionné Fitz et le loup.


Bailor est alors un homme humilié. Il lui faut quelqu’un d’autre à qui s’en prendre. Il ne peut plus s’attaquer à Tom Blaireau alors il s’en prend à groupe que la majorité déteste : les gens doués du Vif. Il parle d’eux avec des termes dévalorisants (« possible qu’on ait des vifards dans une colline »). Il colporte des rumeurs entendues ici et là sur la pratique de cette magie (« il leur suffirait d’ensorceler ma truie et ses petits, et de s’en aller simplement avec eux »). Bailor partage donc un trait commun avec bon nombre de duchéens : la détestation gratuite d’une magie qu’ils ne connaissent pas et qu’ils ne cherchent pas à comprendre. Il est bien plus simple de haïr quelque chose de cette façon.


La réalité politique rattrape Fitz : il est convoqué à Castelcerf afin de retrouver le prince Devoir qui a disparu. Il passe donc de longues semaines loin de chez lui. Pour Bailor, c’est une invitation ouverte à se servir, à voler. Il le fait sans aucune finesse, sans aucune discrétion. Il saccage la maison et les possessions de Fitz : « ce pillage était une injure difficile (…) l’envie de me venger bouillonnait en moi ». Bailor réussit donc l’exploit de toujours parvenir à faire sortir Fitz de ses gonds. Sa simple présence, sa simple évocation semblent suffire à attiser la colère de Fitz. A chaque fois, le bâtard de Chevalerie semble proche de perdre le contrôle de lui-même.

mercredi 30 octobre 2024

Fitz et la mode

Formé pour espionner et tuer, Fitz doit rester discret. On lui a appris à vivre dans l’ombre, à ne pas se faire remarquer. Pour atteindre ses objectifs, il porte souvent des tenues neutres qui ne le mettent pas en valeur. Il ne fait pas particulièrement d’efforts dans la manière de se vêtir, il ne cherche à valoriser son apparence. Pourtant, Fitz semble être un bel homme, un jeune homme avec un certain charme lorsque l’aventure commence. Si Fitz ne se tracasse pas avec sa manière de s’habiller, d’autres font des remarques différentes. C’est par exemple le cas d’une tisseuse de Pressée qui remarque que « ce bleu flatte son teint sombre ». On comprend assez rapidement que s’habiller, faire attention à ce qu’il porte ennuie Fitz. Et, quand Charim prend soin de son apparence avant un banquet, Fitz trouve tout cela bien fastidieux (« pour un garçon habitué à se vêtir tout seul, ce pomponage et ces examens semblaient ne jamais de voir finir »).


Des années plus tard, lors du couronnement de Royal, on se rend compte que les choses n’ont pas changé. Fitz n’a toujours pas appris à apprécier la variété dans la façon de s’habiller. Il ne s’est même pas habitué à porter des tenues de cérémonie alors qu’il en a souvent eu l’occasion : « debout parmi l’assistance, mal à l’aise dans une chemise aux manches trop amples et des chausses qui me démangeaient épouvantablement, mais le faste et l’apparat n’étaient pas au centre de mes préoccupations ». Même dans un moment aussi tendu que cela, Fitz n’a pas la volonté de faire un effort.


Fitz se fait donc à ses tenues sans goût, fades. Il a compris que cela lui a permis de passer inaperçu dans ses activités. Le Fou lui apporte un autre niveau de réponse : Subtil a volontairement négligé l’apparence de Fitz pour que les gens oublient qu’il était de sang royal (« ne t’es-tu jamais étonné autrefois de tes vêtements simples, voire grossiers, qui te donnaient plus l’apparence d’un garçon d’écurie et d’un soldat que du bâtard d’un prince ? »). Le Fou pense que cela est un immense gâchis, que Fitz mérite bien mieux. Après tout, le Fou a toujours trouvé que Fitz était un bel homme, même avez son nez cassé.

Il fallait tout faire pour effacer le statut royal de Fitz : on ne devait pas se le rappeler en le regardant. D’une certaine façon, cela a inculqué l’idée à Fitz que son apparence ne compte pas. Pire, ayant ses habits fournis par Pressée, la tisseuse royale, Fitz n’avait pas son mot à dire et obéissait aux choix des autres (« même quand elle avait l’autorisation de se laisse aller (…) c’était toujours dans un sens qui attirait l’oeil sur les créations et ses talents de couturière, et détournaient l’attention de toi »).

Alors, quand le Fou devient Sire Doré et Fitz devient Tom Blaireau, Sire Doré saisit sa chance. Etant le maître de Tom Blaireau, il a l’opportunité de choisir ses vêtements et ne s’en prive pas (« Ah, Fitz, j’ai toujours rêvé, si un jour l’occasion s’en présentait, de te montrer sous l’aspect qui t’avantage le plus - et regarde toi aujourd’hui ! »).


Malheureusement, le conditionnement de Blaireau (Fitz) perdure. Il a conservé ses vieux réflexes, ses vieilles habitudes. Il freine à l’idée d’être mieux habillé : « je ne veux pas être resplendissant ; je veux passer inaperçu ». Même bien habillé, Blaireau reste un domestique ; il est donc invisible pour les nobles et il est juste un élément de pouvoir, de la puissance de Sire Doré. En étant capable de pouvoir fournir des tenues de qualité et qui sortent du lot à son domestique, Sire Doré montre sa richesse. Sire Doré doit lui rappeler qu’une tenue n’est pas que fonctionnelle mais qu’elle a aussi une portée symbolique (« tu passeras inaperçu. Si on te remarque, c’est ta livrée qu’on se rappellera (…) Elle te dissimulera autant que des habits de domestiques peuvent trans former une ravissante demoiselle en simple femme de chambre »).

De plus, Blaireau semble hostile au changement. L’idée qu’il y ait des modes dans sa façon de s’habiller ne l’effleure pas. Il ne comprend pas pourquoi certains s’infligent des tenues si complexes, si peu pratiques. Blaireau râle : il affirme que « pendant mon enfance, on s’habillait à Castelcerf… ma foi, à la mode cervienne. On ne parlait pas de style jamaillien, on ne voyait pas ces capes baugiennes avec des capuches à la pointe si longue qu’elle traînait par terre ».

En tout cas, la nouvelle apparence physique de Blaireau plait. A Myrteville, il attire quelques regards intéressés. A Castelcerf, Sire Doré lui dit que « tout est visible mais pas ce dont tu te soucies »…


Des années plus tard, Fitz et Molly se sont remis ensemble. Ils sont à la tête de Flétribois et préparent la fête de l’Hiver. Les années ont passé et Fitz est toujours aussi réticent à s’habiller pour les grandes occasions. Cela le fatigue et il ne le ferait pas si ce n’était pas pour Molly (ses chausses « étaient d’un vert foncé tirant vers le noir, en lin fin et presque aussi volumineux qu’une jupe ; elles se fixaient à la taille par des rubans et une lange ceinture en soie parachevant le ridicule de l’ensemble. Je me consolai en songent que me voir ainsi vêtu plairait à Molly »).

Fitz est donc enclin à faire des efforts pour Molly. Tout change quand sa femme meurt. Il se néglige, se laisse aller. Il n’a pas l’air d’être à la tête d’une maison. Abeille, sa fille, est triste qu’il ressemble plus à son grand-père qu’à son père. Elle lui dit franchement que « tu devrais te couper les cheveux, ou les plaquer avec de la graisse demain - je ne sais pas comment les garçons font ce genre de choses - ; en tout cas, tu fais hirsute. Et ta barbe est affreuse ». Dès lors, Fitz fait des efforts même si il lui reste encore beaucoup de chemin à faire. On en a un exemple quand Evite arrive. On peut lire que « j’avais sorti ma dernière chemise propre et utilisé la sale pour donner un rapide coup de chiffon sur mes bottes ; il fallait que je prisse le temps de faire un paquet de mon linge sale et de demander à un des domestiques de s’en occuper ». Fitz s’habille donc proprement mais il le fait avec ce qu’il a sous la main. Surtout, il ne prend aucun soin de ses tenues, les laisse s’entasser.

mercredi 19 avril 2023

Sire Doré, du plaisir encore et encore ?

Le Fou n'est plus, bienvenue Sire Doré ! Quand s'ouvre la seconde saga de l'assassin royal, Fitz n'est pas le seul à avoir changé d'identité. Quand l'ancien bouffon du roi Subtil réapparaît, c'est un nouvel homme que nous voyons. Il est riche, sa prestance impose le respect. Si il se base sur l'apparence, c'est quasiment un inconnu pour Fitz (« ses habits fins, sa monture de haute lignée, son café de Terrilville, et à présent cette eau-de-vie »). Tout laisse à croire que Sire Doré est riche : dans les Aventuriers de la Mer, alors qu'il est Ambre, Sire Doré a hérité d'une part du trésor d'Igrot, un immense trésor dont il s'est en partie pour investir dans la reconstruction de Terrilville.

Fitz vit reculé du monde. Il n'a aucune idée de ce qui se passe à Castelcerf. Il s'est volontairement plongé dans cet isolement. Ce n'est pas le cas de Sire Doré qui est revenu à Castelcerf car il sentait que c'était là qu'il devait être. Sire Doré n'est qu'un costume, une incarnation ; Sire Doré, Ambre ou le Fou, peu importe son identité, homme ou femme, il sait qu'il doit mener le monde vers une certaine direction (le retour des dragons).

Le Fou est capable de trouver le déguisement qui lui permettra d'atteindre ses buts. Il s'est déguisé en femme commerçante à Terrilville car cela lui assurait une certaine invisibilité et liberté, il se déguise en noble étranger qui soulève le mystère et l'envie à Castelcerf. Quand Fitz (Tom Blaireau) finit par retourner à Castelcerf, le personnage de Sire Doré est bien établi. Sire Doré sait ce qu'on dit de lui ; d'après la rumeur, « Sire Doré est un homme orgueilleux aux caprices imprévisibles ; jamais il ne garderait à son service un domestique à l'aspect aussi négligé ».

On comprend que Sire Doré a un certain mode de vie, il détonne par son opulence et ses désirs dans une société assez conservatrice, malgré tous les efforts de Kettricken pour l'ouvrir. Il est une réelle attraction, pas seulement pour les gens du château, mais aussi pour toute la population. Jinna, une amante de Tom Blaireau, nous apprend que Sire Doré a une très bonne réputation auprès des artisans car il paie abondamment: « j'espère qu'il est aussi généreux pour vos gages que lorsqu'il descend faire des achats à Bourg-de-Castelcerf ».

Umbre, avec son œil avisé, résume parfaitement la situation. Il dit que « notre illustre seigneur est un personnage en vogue à la cour de Castelcerf et il crée une sensation telle qu'on n'en a pas vu depuis plus de dix ans ».

Grâce à sa position de serviteur, Tom Blaireau est un bon témoin de la situation. Il se rend compte que les propos d'Umbre sont vrais. Sire Doré n'est pas qu'un homme séduisant, il cherche à plaire et est content des effets qu'il provoque. Il profite de toutes les occasions publiques pour cela (« il charma ses auditrices par toutes sortes de compliments élégamment trouvés sur leurs robes, leurs coiffures et le parfum qu'elles portaient »). Pour un noble, pour un homme influent, toutes les occasions sont bonnes pour asseoir son autorité, sa légitimé, son caractère. Sire Doré semble être un maître en la matière quand on voit les réactions lorsqu'il se montre à la présentation d'Elliania : « à peine fûmes-nous entrés que plusieurs damoiselles ravissantes interrompirent leur conversation avec de jeunes aristocrates et convergèrent (…) on se fût cru dans un vol de papillons ».

Si ces descriptions semblent plutôt avantageuses, Tom Blaireau juge plutôt durement Sire Doré. Il n'est pas un grand admirateur du noble. Quand Sire Doré lui demande ce qu'il en pense, la réponse de Tom Blaireau est cinglante : « je crois n'avoir jamais connu d'aristocrate plus médisant et dépourvu de moralité ! Si je ne t'avais pas connu avant ce soir, je t'aurais méprisé de tout mon cœur. Tu me faisais penser à Royal ».

Royal. La comparaison est-elle pertinente ? Car, l'ancien roi Royal se servait de façon impitoyable des autres pour arriver à ses fins. Royal avait également une consommation démesurée des substances (notamment la Fumée). Royal avait bien peu d'intérêt pour les autres. On ne peut pas dire que tout cela corresponde à Sire Doré même si ce qui se passe à Myrteville offre un aperçu bien peu flatteur.

Sire Doré irradie, il illumine les soirées où est il est invité. Sa tenue, sa façon de parler et son ton ne peuvent que plaire. Pour une jeune femme comme Sydel, qui n'a jamais mis les pieds à Castelcerf, c'est un réel piège dans lequel elle tombe : « elle a pris grand soin, pendant la partie de chasse, de m'expliquer qu'ils étaient amis d'enfance et qu'il n'y avait absolument rien entre eux ». Pour la défendre, tous tombent sous le charme de Sire Doré : il est tellement à part qu'il est impossible de détourner le regard. Sire Doré n'est pas un noble de passage, il est un spectacle : « l'attitude scandaleuse de mon maître fascinait et horrifiait à la fois les autres invités et les murmures allaient bon train autour de la table, ainsi que les coups d’œil choqués ».

Sire Doré décide alors de pousser son avantage. Il sait qu'il a charmé Sydel. Il sait aussi que son attitude énerve le fiancé de Sydel : Civil. Il fait alors l’inattendu : il embrasse Civil. On peut lire que « je ne l'ai même pas embrassé sur la bouche ; j'ai tendrement pressé mes lèvres dans le creux de sa main, et je n'ai donné qu'un petit coup de langue sur sa paume ». Cela choque les hôtes, Civil et même Tom Blaireau. Pour eux, Sire Doré a repoussé toutes les limites en se comportant comme ça.

D'ailleurs, la sexualité de Sire Doré intrigue. Une Astérie revancharde est convaincue que Sire Doré et Tom Blaireau couchent ensemble. Un garde de Castelcerf pense que Tom Blaireau n'est pas qu'un garde ou un serviteur et qu'il offre d'autres services à son maître. Devoir, lui, se laisse influencé par la rumeur populaire et les ragots de son nouvel ami Civil. Il appuie sur les prétendues origines de Sire Doré pour pointer du doigt ses envies sexuelles : « Sire Doré est jamaillien, après tout ; chacun sait que ces gens font peu de cas de ces choses ».

Plus tard, les événements se bousculent. Elliania défie Devoir de tuer un dragon prisonnier des glaces. Sire Doré voit là l'opportunité de ramener un dragon à la vie tout en sachant qu'il devra mourir pour arriver à ses fins. Il n'a donc plus besoin de sa richesse et se met à la dépenser avec entrain. Il se met à jouer et à perdre (« Devoir m'apprit qu'il s'adonnait à présent aux jeux de hasard à Bourg-de-Castelcerf »). Il dépense son argent dans des tenues plus extravagantes les unes que les autres (« l'homme qui se tenait devant moi portait une somptueuse robe de chambre en soie brodé de pierres précieuses »).

Sire Doré devient alors une figure de légende, son nom est sur toutes les lèvres. Les autres nobles sont admiratifs ou jaloux, outrés, scandalisés. Sire Doré ne semble plus avoir aucune limite et son comportement déteint sur d'autres : « ses fresques paraissaient n'accroître sa popularité qu'auprès d'une certaine tranche de l'aristocratie des Six-Duchés ; plus d'un jeune noble dut quitter Castelcerf en hâte (…) je percevais une fascination quasi lubrique devant les excès et l'immoralité de Sire Doré ».

Au final, Sire Doré finit par tout perdre : sa richesse, sa réputation, sa bonne place. C'est comme si il n'avait jamais réellement existé. Son nom reste sur toutes les lèvres mais il n'a plus aucune possession, plus aucune trace physique de ses possessions. Il s'en explique à Fitz : « tout a disparu, Fitz, dilapidé ou destiné à être donné (…) Me débarrasser de tout cet argent a représenté non seulement une gageure mais un plaisir bien plus grand que le posséder ». On retrouve là un trait qui dépasse Sire Doré. Il faut preuve d'altruisme, de générosité en donnant certaines de ses affaires à des gens bien précis. C'est par exemple le cas de Garetha, une servante qui l'a toujours aimé et qui a toujours tu un de ses secrets ; il lui offre de quoi avoir un avenir radieux.

dimanche 29 janvier 2023

Devoir, à la recherche d'un père ?

Dès la fin de la Reine solitaire, le lecteur comprend que le prince Devoir (ou Dévoué si on se fie à la traduction de l'époque) va grandir sans père. Vérité est mort en se sacrifiant pour son royaume. On pourrait croire que l'histoire serait racontée à son fils et que ce dernier grandirait avec un exemple. Pas du tout. L'histoire de Vérité est taboue, et Devoir grandit sans rien savoir de son père. On ne peut pas savoir si sa fugue est consécutive à ça ou à la pression du mariage arrangé ; en tout cas, il fuit et c'est Fitz (Tom Blaireau) qui finit par le retrouver. Les relations entre Tom Blaireau et Devoir sont compliquées : Fitz ne peut pas dire à Devoir que Vérité s'est servi de son corps pour avoir une relation charnelle avec Kettricken. Et, Devoir ne sait pas qui est Tom Blaireau ; il n'a aucune idée de sa place dans l'histoire familiale, il ne sait pas du tout pourquoi cet homme l'a cherché à travers les Six-Duchés.

Sur le chemin du retour vers Castelcerf, Devoir est encore sous le choc de sa fausse relation avec la marguette. Le jeune adolescent est seul, il n'a personne à qui se confier si ce n'est Sire Doré et Tom Blaireau (connus comme le Fou et Fitz). Il observe Tom Blaireau et en déduit que c'est un bâtard Loinvoyant éloigné. Il se rend compte surtout que c'est un homme plus âgé, intéressant à observer et qui peut lui servir de mentor et de guide, autrement que dans l'apprentissage du Vif et de l'Art. On peut penser qu'il y a eu des manquements dans l'éducation de Devoir lorsqu'on se rend compte à quel point il est fasciné par le simple fait que Tom Blaireau se rase (« j'avais à peine commencé que je pris conscience du regard scrutateur du prince posé sur moi »). Sans père, l'adolescent n'a jamais sans doute vu quelqu'un faire ça et personne à la cour n'a pensé à lui montrer. Très vite, Devoir crée un lien de dépendance envers Tom Blaireau. Il cherche des prétextes pour rester proche de l'homme et est bien content de trouver les cours d'Art pour justifier la présence au château et auprès de lui.

Mais, Devoir apprend que Tom Blaireau a un autre fils, Heur. Peu importe qu'il ait été adopté, Devoir est jaloux. Il pensait occuper une place particulière pour Tom Blaireau, il se rend compte qu'il n'est qu'une personne parmi d'autres. Sa réaction est explicite et les mots montrent toute la souffrance et l'envie. Devoir boude et demande à Tom Blaireau « alors quel besoin avez-vous de moi, si vous avez déjà un fils ? » Tom Blaireau n'est pas réputé pour bien saisir les émotions des gens ; pourtant là, il sent clairement ce que ressent Devoir. Il est même surpris par la force des sentiments, il est déstabilisé : « la jalousie avide que je perçus dans son ton me laissa pantois ». Savoir que quelque chose va mal ne veut pas dire qu'on va bien traiter la situation. Il faudra un conseil de Sire Doré pour que Tom Blaireau parle à Devoir. Sire Doré lui rappelle comment les relations se construisent, qu'elles tiennent parfois à peu de choses (« ne le laisse pas se fermer à toi. Tu devrais savoir, depuis le temps, combien il est facile de perdre quelqu'un simplement en ne le retenant pas »).

Devoir ne connaît pas Vérité. Il a lu deux ou trois informations sur lui dans les archives royales, mais rien de plus. Il est avide du moindre détail, du moindre fait. Puisqu'on ne lui dit rien sur son père, il en devient suspicieux. Naturellement, il se sent mis à l'écart et se demande si son père n'est pas associé à un scandale : « quand je pose des questions sur ce sujet ou l'homme qu'il était, tout le monde se tait, comme si personne ne le savait, ou bien comme si je touchais à un secret honteux que j'étais le seul à ne pas connaître ». Il faut également noter qu'il ne peut pas non plus demander à Kettricken et c'est étonnant tant la montagnarde est d'habitude forte et courageuse (« ma mère parle de son roi, parfois de son époux, et, dans ces occasions, je sens qu'elle le pleure encore ; c'est pour ça que je répugne à l'accabler de questions »). Ces quelques mots montrent à quel point Kettricken aimait Vérité, à quel point sa disparition lui a fait du mal. Devoir n'est donc pas la seule personne à regretter la non-présence de Vérité.

N'ayant donc personne, Devoir s'attache à Tom Blaireau. Un événement va tout remettre en cause. Elliania lance un défi à Devoir et l’adolescent fougueux et vexé veut l'accepter. Il doit alors dépasser un ordre d'Art, implanté bien involontairement, par Tom Blaireau. Il y parvient mais lorsqu'il prend le temps de réfléchir aux implications, Devoir se demande si son attachement n'est pas faux. C'est un moment pénible car il se sent floué et perd l'estime pour Tom Blaireau (« vous m'avez ligoté, vous m'avez obligé à me plier à votre volonté depuis le premier jour. Vous m'avez sans doute forcé à éprouver de l'affection pour vous »).

D'ailleurs, la cause de tout cela (le passage dans le courant d'Art) illustre parfaitement le fait que Devoir soit à la recherche d'un père. Cet endroit particulier se matérialise dans l'esprit des humains sous la forme d'une chose qu'ils peuvent percevoir et qu'ils désirent. Fitz y voit une femme, Devoir un père (« Elle ? Cet être n'avait rien de féminin. On aurait dit... un père, un père fort, protecteur, empreint d'affection »).

Finalement, Blaireau et Devoir se réconcilieront. Puis, une fois que Blaireau trompe la mort, Kettricken se décide à dire toute la vérité à son fils. Elle lui explique qui est son père, ce que représente Fitz. La réaction de Devoir montre qu'il est libéré d'un poids : « vous êtes assis devant moi, je sais qui vous êtes. C'est comme si mon père faisait irruption pour la première fois dans ma vie ». Le jeune homme n'avait pas besoin de grand-chose, juste qu'on lui parle de son père.

jeudi 26 janvier 2023

Fitz et le Fou

Du point de vue du Fou, la relation avec Fitz a souvent offert de la douleur. Il a plusieurs fois exprimé publiquement son amour à Fitz sans rien recevoir en retour.

Pire, il y a eu des moments où Fitz a été cruel et dur envers lui ; on pense par exemple à la réaction du bâtard après avoir fait la connaissance de Jek (« Jamais je ne pourrais te désirer comme compagnon de lit. Jamais »). Fitz est vexé de savoir que le Fou a d'autres identités et qu'il est amoureux de lui. Il réduit les sentiments du Fou à une question sexuelle, d'intimité. Il le prend mal, très mal et durant un bon moment, le lien entre les deux est rompu.

Cette douleur, le Fou s'y attend. Lorsqu'il a revêtu le costume d'Ambre, il disait bien à Althéa que « pour aimer ainsi, il faut admettre que la vie de l’autre a autant d’importance que la tienne. Plus dur encore, il faut admettre que l’autre a des besoins que tu ne peux pas satisfaire et que tu as des tâches qui te retiennent loin de lui » : la référence à Fitz est claire puisque le Fou a dû vivre avec l'idée que Fitz aimait Molly.

Pour autant, Fitz n'a pas toujours eu du mal à exprimer ses sentiments. Il y a un bon nombre de moments où il a osé dire au Fou ce qu'il était pour lui, où il n'a pas eu honte de dire aux autres à quel point il comptait pour lui. Car le Fou compte pour Fitz, il occupe une place importante dans sa vie. Il faut dire que les deux ont participé ensemble à des moments éprouvants, pénibles, des moments où ils ont failli mourir. C'est par exemple le cas de la quête de Vérité où les deux amis se sont enfoncés dans les Montagnes pour retrouver le prince. Là, leur amitié a été mise à rude épreuve : l'esprit du Fou a été envahi par les artiseurs de Royal et la limite de la confiance a souvent été franchie. Dans les moments finaux de l'intrigue, Fitz et le Fou se séparent, pas parce que Fitz en veut au Fou. La séparation est un déchirement pour les deux puisque ils ont fini par comprendre qu'ils pouvaient tout se pardonner, même l'influence néfaste de Royal. Le Fou va devenir Ambre et se réfugier à Terrilville, alors que Fitz deviendra Tom Blaireau et se coupera du monde, près de Forge. Là, il ne vivra qu'avec son loup Oeil-de-Nuit et son fils adoptif Heur. Ce seront des moments de regrets ; quand il pense au Fou, ressent un vide, une douleur sourde et lente, la nostalgie d'un ami perdu : « les empreintes de doigts qu'il a laissées sur mon poignet sont désormais gris sombre. Je crois qu'il me manquera toujours. »

Des années plus tard, un Fou changé physiquement reviendra dans la vie de Fitz. Les retrouvailles sont chaleureuses et le Fou s'immerge dans la vie de Fitz sans la bouleverser. Les deux se comprennent immédiatement, partagent leurs souvenirs de leurs années d'absence. Selon Oeil-de-Nuit, à eux trois, Fitz, le Fou et le loup forment une unité. Avec le Fou, Fitz se sent particulièrement à l'aise. Quand les événements les poussent à retourner à Castelcerf, les événements poussent les deux à se déguiser pour ne pas être reconnus. Fitz se demande comment les gens de Castelcerf ne peuvent pas reconnaître le Fou tant il détonne dans le décor, tant il est atypique (« pourtant, j'ai su qui tu étais dès que je t'ai vu »). Entendre de tels mots réchauffe le cœur du Fou : Fitz voit au-delà de son apparence, leur lien est fort.

S'ils sont de retour à Castelcerf, c'est pour retrouver le prince Devoir qui a fugué. Le Fou devient Sire Doré,un noble, alors que Fitz est son serviteur, Tom Blaireau. Fitz jette un regard bien moins encourageant sur Sire Doré qui dépasse bien souvent les limites de la convenance. De son côté, le Fou est parfois choqué des actes extrêmes de Fitz pour retrouver Devoir. Leur amitié est donc mise à rude épreuve. Après avoir retrouvé Devoir, ce dernier s’étonne de savoir qui sont ces deux personnes. On pouvait attendre de Fitz un mensonge, qu'il tente de camoufler les choses ; il décide de dire la vérité : « c'est un ami, mon prince, le meilleur que j'ai jamais eu ».

Devoir est un prince, c'est surtout un adolescent à qui on demande beaucoup. Sa mère l'a éduqué dans l'idée qu'il était au service du peuple. Il doit épouser une jeune femme qu'il vient de rencontrer et qui lui lance un défi pour prouver sa valeur. Du fait de son statut de prince, il est isolé et doit faire attention à ses relations. Il n'est donc pas étonnant qu'il écoute beaucoup et attentivement les rares amis qu'il a. Civil est l'un d'entre eux ; ce dernier est un homme rancunier qui n'a pas oublié ce que Sire Doré lui a fait (il l'a embrassé). Civil met donc en garde Devoir contre Doré et ses penchants douteux. Fitz remarque le comportement de Devoir, la façon dont il s'éloigne du Fou. Il le prévient qu'il faut un choix déplorable, un choix qu'il pourrait regretter. Il parle alors du Fou de façon éloquente en disant que « j’avais remarqué votre froideur à l'égard de sire Doré, ces derniers temps. Si elle tient au motif que vous venez de m'exprimer, vous ne savez pas ce que vous perdez en ne le connaissant pas davantage. Une fois qu'il est devenu votre ami, on ne saurait en trouver de plus fidèle ». Car, si le Fou tient énormément à Fitz, il ne faut pas oublier, et Fitz le sait, que le Fou a pris soin de Kettricken quand elle a fui Castelcerf ou qu'il a pris soin de Vérité à la carrière dans les Montagnes.

La quête de Devoir mène les personnages jusqu'à Aslevjal, une forteresse des Anciens dont s'est emparée la Femme Pâle. La Femme Pâle est la grande antagoniste du Fou, celle qui cherche à contrecarrer ses plans et empêcher le retour des dragons. Elle est prête à tout pour arriver à ses fins : elle séduit Fitz, torture le Fou. Mais, les événements tournent mal pour elle ; les dragons sont de retour, ses forces sont battues. Pire, elle échappe de peu à la forgisation en y laissant les deux mains. De retour dans la forteresse, le cadavre du Fou dans ses mains, Fitz la trouve errante. La Femme Pâle est seule, privée de toutes ressources. Dans son délire, elle tente de convaincre Fitz avec de vaines promesses : elle lui promet la gloire, la renommée, un fils, tout et n’importe quoi. La réponse de Fitz est limpide : « Mon rêve je le tenais dans mes bras, et il était mort. »

Puis, il s'en va, et grâce à la magie de l'Art et un artefact des Anciens, il ramène le Fou à la vie. Le Fou plonge dans un monde inconnu lui qui avait prophétisé avec certitude sa mort à Aslevjal. Il ne sait pas où aller, quoi faire. Il a une unique certitude : il doit laisser partir Fitz, le laisser rejoindre Molly. Il décide alors de rompre le lien d'art entre les deux. En faisant cela, il espère montrer à Fitz sa conviction. La réaction de Fitz l'étonne (« Et si je te suivais ? Si je renonçais à mon autre vie pour partir avec toi ? »). Il est presque sans voix quand son meilleur ami lui dit qu'il est prêt à tout sacrifier pour lui. Il comprend la mesure du sacrifice de Fitz, le fait que Fitz est prêt à ne pas rejoindre celle qu'il a toujours aimé pour lui.

Le Fou part donc. Prilkop et lui effectuent un bien mauvais choix en retournant à Clerres. Fitz, lui, continue sa vie avec Molly. Les deux vivent une vie de noble. C'est une vie avec ses soucis inhérents, mais bien plus calme et paisible que Fitz a connue par le passé. Fitz est heureux avec Molly, il vit enfin avec la femme qu'il aime. Il est loin des intrigues de Castelcerf, sa vie n'est pas menacée, il ne doit pas mener de missions secrètes. On pourrait croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes sauf que quelque chose perturbe toujours Fitz : l'absence du Fou. On lit que ça fait plus de « dix ans que je n'ai pas vu le Fou. Je sentis mon cœur tomber comme une pierre au fond d'un puits ». Fitz a donc besoin de son vieil ami dans sa vie, il est en attente de nouvelles.

Fitz et le Fou finissent par se retrouver alors que la fille de Fitz (Abeille) est enlevée. Pour la retrouver, ils naviguent jusqu'au bout du monde (Clerres) et assistent à la destruction de la ville par les dragons. Mais, ils sont séparés et, tandis que le Fou et les autres rentrent à Castelcerf, Fitz s'en va vers la carrière pour sculpter son loup de pierre. C'est Abeille qui préviendra les autres où est Fitz et leur permettra de les rejoindre. Ils ont devant les yeux un spectacle pathétique : Fitz est rongé par les vies, obnubilé comme Vérité par la réalisation de sa dernière œuvre, sans émotions. C'est un être froid que retrouvent ses amis. Son loup de pierre et d'Art l'épuise, lui prend tout ce qu'il a. Malheureusement, Fitz n'a pas assez en lui et il demande une dernière aide. Cela ne peut être que le Fou : « et mon père leva la main (…) sa main humaine monta, puis il la retourna pour montrer sa paume ensanglantée, et ses lèvres craquelées bougèrent. Bien-Aimé ».

dimanche 20 mars 2022

Ils ont douté de la sexualité de Fitz

Fitz aime les femmes. Il a été amoureux de Molly, a vécu avec elle. Il a également eu des relations sexuelles avec Astérie, Jinna. Il a été attiré par des femmes comme Tassin, Célérité ou Virilia : il n’avait pas nécessairement envie de se mettre en couple ou de coucher avec elles, mais il a ressenti de temps en temps une pointe de désir pour elles. Fitz lui-même a clairement dit qu’il ne pourrait aimer un homme comme il aime une femme (c’est d’ailleurs un point blessant pour le Fou). Mais, Fitz est un personnage public, un homme important que beaucoup de gens observent. Il ne peut pas empêcher que des rumeurs circulent sur son compte. Quand il repousse une femme, cela fait parler. Lorsqu’il est trop proche du Fou, cela fait parler. C’est le sens de l’intervention d’Umbre dans le tome L’homme noir : Fitz vient de passer la nuit avec son ami bien affaibli. Cela ne peut que soulever des questions dans le groupe (à ce moment du récit, Devoir est à la recherche de Glasfeu, le dragon enfoui dans la glace). Umbre en fait à la remarque à Fitz (« Cela paraît curieux au reste du camp. Non, ne me fais pas les gros yeux ; cela ne me regarde pas et je te connais depuis trop longtemps pour me méprendre sur tes préférences en matière de partenaires amoureux »). La remarque a son importance puisque elle montre bien que la sexualité de Fitz interroge.

Dès ses jeunes années, Fitz doit faire face à l’hostilité. Son comportement est interrogé. Lorsqu’il est formé à l’Art, Fitz se fait un ennemi mortel : Galen. Ce dernier cherche à tout prix à rabaisser Fitz. Galen est dur avec Fitz, il le frappe, il l’insulte, il le menace. Et comme il ne comprend pas la puissance de Fitz, il échafaude des hypothèses : « je dois te demander (et dans son ton perçait une haine fielleuse) : es-tu son giton pour qu’il te laisse ainsi puiser dans ton énergie ? » Un giton est un jeune homme entretenu par un autre homme : du point de vue de Galen, la situation entre Fitz et Burrich est suspecte ; Burrich ne se montre pas avec des femmes et il s’occupe énormément de Fitz.

Si Galen n’a que de la haine envers Fitz, c’est la jalousie qui habite Astérie. Elle ne comprend pas pourquoi Fitz refuse de coucher avec elle. Elle cherche à le séduire avec des mots et son physique, elle cherche à faire jouer sa pitié mais rien n’y fait. Fitz ne veut pas avoir de rapport intime. Elle finira par parvenir à ses fins et entretiendra durant de longues années une aventure. Mais, Fitz finira par rompre. Or, dans le même temps, le Fou revient dans la vie de Fitz et Astérie s’en rend compte. Remontent alors des années de jalousie : Astérie n’a jamais compris l’amitié entre le Fou et Astérie, elle n’a jamais compris le Fou d’ailleurs. Quand Fitz se refuse de nouveau à elle, elle se moque de lui, de son comportement. Elle le trouve pathétique et elle insulte sa façon de vivre : « peut-être que le fou était bel et bien un homme, finalement, et que tu es simplement revenu à tes penchants véritables ! Tu me dégoûtes, Fitz. »

D’ailleurs, à cette époque, Fitz est Tom Blaireau et il est le garde de Sire Doré (une incarnation du Fou) : cela rend perplexe les gens. Pourquoi prendre un garde dans les murs du château ? Est-ce réellement pour la sécurité ou pour autre chose ? Cela ne peut que créer des supputations. Rastaud, un soldat arrogant, s’en fait le porte-parole : « vous n’avez rien à faire ici. C’est réservé aux gardes, on n’accepte ni les pages, ni les laquais, ni les serviteurs spéciaux ».

Le duo Sire Doré / Tom Blaireau soulève des questions. Ceux qui les côtoient de près sont étonnés de leur complicité. C’est par exemple le cas de Devoir et surtout Civil (un jeune noble en plus frustré que Sire Doré ait séduit sa fiancée Sydel puis embrassé Civil). Ce dernier a une grande influence sur le prince Loinvoyant. Devoir a enfin un ami à la cour, quelqu’un qui visiblement ne cherche pas à profiter de lui et qui en plus a le Vif. Il est donc perméable aux théories de Civil et dans ce cas-là à sa rancœur : « Civil dit que Sire Doré aime les garçons. Comme je me taisais, il ajouta péniblement « Pour coucher avec. » Il était resté dos à moi et sa nuque était devenue écarlate ». Devoir est un jeune homme à la recherche d’un modèle, il est dans les années où il se construit. Sans doute a-t-il du mal à accepter qu’un homme qu’il admire puisse aimer les hommes, c’est sans doute contraire à ce qu’on lui a enseigné (et contraire à ses devoirs en tant que futur roi, qui doit épouser une femme et lui faire des enfants).

Les sentiments négatifs de Civil ne font que grandir au fil des mois, il n’a jamais accepté Sire Doré. On en a la preuve lors d’un affrontement entre Civil et Sire Doré lorsqu’ils sont à la recherche de Glasfeu. Civil surprend une conversation entre Sire Doré, Tom Blaireau et Leste (le fils de Burrich). Ce qu’il entend le terrifie, il a peur que Sire Doré fasse glisser Leste vers une pente dangereuse. Ses propos sont clairs quand on lit « si on le laisse évoluer naturellement, sans lui installer d’appétits dévoyés » et « vous prétendez qu’il n’est pas votre amant, mais il est prêt à sa battre à votre place ».

Enfin, dans la dernière trilogie, Fitz fait la rencontre de Lant. Ce dernier est le fils bâtard d’Umbre qui le forme à devenir un espion et un assassin. A la naissance d’Abeille, Lant est chargé de mettre un couteau dans le berceau du bébé. Il échoue et est pris sur le fait par Fitz. Énervé, Fitz le pousse à se déshabiller pour voir si il a des armes, des poisons sur lui. Bien des années plus tard, Lant confie à Persévérance qu’il était terrifié en voyant Fitz, terrifié qu’il abuse de lui (« Romarin (…) avait ajouté qu’il était beaucoup plus dangereux que je ne pouvais l’imaginer, qu’il avait le Vif et que des rumeurs couraient depuis toujours qu’il avait certains appétits (…) qu’il désirait peut-être autant les jeunes garçons que les femmes »). Cela fait rire Persévérance qui lui répond que Fitz n’a aimé que Molly, qu’il faisait même régulièrement l’amour avec dans des lieux plus variés les uns que les autres.

lundi 18 mai 2020

L'histoire de Jinna et Tom Blaireau

Vérité et les Dragons ont sauvé les Six-Duchés des Pirates Rouges, et Fitz y a fortement contribué. Il n'a pas simplement donné une bonne partie de sa jeunesse, il a offert sa vie à Vérité et à sa quête. Il a sacrifié son amour pour Molly et la naissance de sa fille, Ortie. 

Fitz pense qu’il n’a pas d’autre choix que laisser tous ses anciens amis dans l’ignorance de sa survie : il s’en va. Il parcourt Terrilville, les Rivages Maudits et finit par retourner dans son pays natal.
Il mène alors une vie simple, avec son loup Oeil-de-Nuit, son fils adoptif Heur et ses poules, ses simples et ses travaux d’écriture.

C’est à cette vie monotone qu’on le retrouve au début du Prophète blanc. Mais les choses se bousculent : Heur a grandi et il ne peut plus se contenter d’un repas chaud et d’un lit confortable. Il lui faut un apprentissage, il est curieux et a besoin de faire des rencontres, de voir ce qui se fait ailleurs. Lors d’une de ses sorties, Heur rencontre donc Jinna et quand Fitz la verra pour la première fois, on sent tout de suite les premiers signes du désir poindre : « elle avait la silhouette pleine et séduisante d’une femme faite » ; il faut préciser que Fitz vient de se séparer d’Astérie et qu’il est à nouveau seul. Enfin, Fitz se fait appeler Tom Blaireau et c’est sous cette identité que Jinna le connaîtra.

Comme Fitz, Jinna maîtrise une magie, elle est sorcière des Haies et même si cela suscite dans un premier temps le dédain, la suite de l’histoire nous montrera (ainsi qu’à Fitz) que son talent est réel. Elle fabrique, entre autres choses, des amulettes qui influencent les comportements des gens ou favorisent, par exemple, une bonne récolte.
Elle est capable de lire la ligne des mains. Fitz est alors un vériable défi pour elle. Le lecteur sait que Fitz a eu une vie mouvementée, qu’il est mort puis revenu à la vie grâce à la magie de Vif, que Molly l’a quitté. On sait aussi que Fitz a une forte tendance à l’introspection et au doute, qu’il est toujours à la recherche de sa place dans le monde. Jinna, qui connaît très peu Fitz, arrive à la même conclusion. Après avoir observé, elle lui dit que « je n’ai jamais vu deux paumes aussi différentes chez un seul homme. Je parie que vous vous demandez parfois si vous savez qui vous êtes réellement ».

Mais, cela se fait après quelques rencontres. Car Jinna n’a pas une très bonne première impression de Fitz. C’est sans doute dû à son métier mais elle cerne tout de suite le côté dangeureux de Fitz (« elle m’avait déjà repéré et elle m’observait avec l’expression que les parents réservent d’ordinaire aux inconnus qui peuvent présenter une menace »). Le passé a montré beaucoup de gens mésestimant Fitz et se fiant à son apparence peu dangereuse, Virilia en étant une bonne illustration. Jinna, elle, arrive à voir au-delà. Il faut dire aussi qu’elle assiste à un Fitz irradiant de colère après avoir fait face à Bailor le vendeur de cochons l’accusant de vol. Comme beaucoup de gens, elle a un geste de recul face à cet homme : « vous avez l’air d’une bête féroce quand vous êtes en colère, Tom (…) pourtant, lorsque vous souriez (…) vos yeux démentent ces apparences.

Ensuite, tout va s’accélérer. Le Fou revient de Terrilville et pénètre dans la vie de Fitz. Il est précédé par Umbre qui le met au courant des derniers potins royaux. Tout ça laisse à croire que des grands événements vont avoir lieu et c’est le cas. Devoir (le fils de Kettricken et Vérité, conçu lorsque Fitz a prêté son corps à son oncle) a disparu. Fitz est convoqué à Castelcerf et n’a pas d’autre choix que partir à sa recherche avec Oeil-de-Nuit, le Fou et Laurier (une envoyée de Kettricken). Ensemble, ils retrouvent Devoir mais le prix à payer est lourd, immense : Oeil-de-Nuit est mort.
Parallèlement, Heur a commencé un apprentissage et vit donc chez Jinna, dans sa maison de Bourg-de-Castelcerf.

De retour à la capitale, Fitz doit annoncer à Heur la mort du vieux loup, du loup avec qui il a passé toute son enfance. Jinna ne peut pas saisir à quel point Fitz est marqué par la mort de son compagnon du Vif. Ce n’est pas le cas de Fenouil, son chat qui n’en fait qu’à ses aises. Lui sent la peine de Fitz, il sait qu’il a été privé d’une bonne part de lui-même, ses mots sont clairs : « il est vide comme une bûche creuse quand on a mangé toute les souris ». Jinna saisit malgré tout que la nouvelle fera du mal à Heur.

Heur a mal tourné. Il faut admettre que la ville est pleine de tentations pour un jeune homme comme lui qui n’a connu que la campagne. C’est encore plus compliqué après qu’il ait fait la rencontre de Svanja, une jeune femme. Il en vient même à délaisser son apprentissage. Jinna pourrait se moquer du sort du jeune Heur, ce n’est pas le cas. Elle tente plusieurs fois d’alerter Fitz de la gravité de la situation (« mets-le au pied du mur et impose lui quelques règles »), Fitz finira par admettre la réalité des conseils (« la vie en ville changeait Heur et l’entraînait dans des directions que je n’avais pas prévues »).
Jinna, comme d’autres auparavant, a remarqué la fâcheuse tendance de Fitz à tout prendre pour lui, à vouloir recueillir le malheur des autres. Quand Heur accumule les mauvais choix avec Svanja, elle lui demande « pourquoi dois tu toujours te rendre responsable de tout ce qui va mal dans le monde ? »

Bien entendu, cette question n’est pas désinterrée. Jinna veut passer du temps avec lui, des moments intimes. Et même là, Fitz se perd encore dans des lamentations (« Heur avait dû deviner que je partageais à l’occasion la couche de Jinna. Piètre exemple à donner à mon garçon »). Heureusement pour lui, tout cela s’efface bien vite lorsque Jinna se met en valeur et lui offre une belle vue de son corps et de ses formes : « Elle prit une grande inspiration (…) et je ne vis plus soudain que ses seins qui tendaient le tissu de son corsage. »
Les deux ont donc des relations intimes. Et dans un premier temps, Jinna n’est pas impressionnée, elle fait des remarques qui blessent Fitz : « eh bien tu es un rapide, Tom » et « tu devais vraiment mourir de faim dis donc ». Fitz est vexé et il doit sortir tout ce qu’il a appris avec Astérie pour contenter Jinna. Cette dernière fait alors une remarque qui illustrera bien la future raison de leur rupture (« je n’avais jamais couché avec un vifier »).

On savait à la lecture du Prophète blanc que Jinna avait un avis arrêté sur la diffusion des pratiques magiques et de leur enseignement. Elle dit à Fitz qu’ « il ne faut peut-être pas que le savoir soit disponible à tous, il faut peut-être le mériter, qu’il soit seulement transmis petit à petit d’un maître à un élève qui s’est montré digne. » On comprend, à la lecture, qu’elle n’a pas nécessairement une très bonne estime du Vif même si elle tolère cette magie. Tout va changer quand Fitz tuera des Pie, dont Laudevin leur chef. Civil, un ami de Devoir, a été menacé par les Pie et Devoir demande à Fitz de le sauver. Fitz obéit et se jette sur eux, tuant trois personnes et finissant en prison. Là, il git, il agonise, il meurt peu à peu. Kettricken et le Fou (connu sous le pseudonyme de Sire Doré) doivent user de toute leur ingéniosité pour sortir Fitz de la cellule. De retour au château, l’état de Fitz ne s’arrange pas. Umbre, accompagné de Lourd (un domestique puissant dans l’Art), de Devoir et du Fou, se lance dans une guérison d’Art. Puis, Fitz se plonge dans la convalescence où il recevra la visite de son amante (« une femme du nom de Jinna s’est présentée aussi, mais nous l’avons également refoulée »).
Jinna est une inconnue pour la famille royale, Fitz a bien fait attention à cacher sa liaison. Et puisqu’il est connu par tous en tant que Tom Blaireau, simple serviteur, cela ne déclenche pas de rumeurs. 

Elle doit donc attendre que Fitz aille mieux pour le revoir. Il finit par se présenter chez elle et l’atmosphère est pesante. Jinna n’est que questions, elle veut savoir ce qui s’est passé rue du Revers. Elle est maladroite dans un premier temps : « j’ai toujours répété que les histoires colportées sur les vifiers n’étaient pour la plupart que des mensonges ». Sa tentative de justification passe mal auprès de Fitz et rien ne s’arrange quand elle dit que « Tom, tu as tué trois hommes plus un cheval. N’est ce pas le loup en toi qui agissait ? N’était-ce pas le Vif ? » 
Fitz peut assurément supporter beaucoup de choses et de paroles mais pas qu’on insulte la mémoire de son plus vieil ami, Oeil-de-Nuit. C’est la rupture. Fitz s’en va. 

samedi 2 septembre 2017

Sire Doré et Tom Blaireau

A la fin de la Reine Solitaire, Fitz se retire du monde, il part vivre près de Forge avec son fils adoptif, Heur, et reçoit de temps en temps les visites d'Astérie. Kettricken s'en va régner sur les Six-Duchés, le Fou est on ne sait où.

S'ouvre donc le septième tome (Le Prophète Blanc). Nous faisons face à un Fitz vieilli qui vient de refuser la proposition d'Umbre de devenir le maître d'Art d'Ortie et de Devoir. Et tout d'un coup, le Fou revient, pas le bouffon du Roi Subtil, non un fou qui a une riche apparence, des vêtements et un cheval de qualité.
Alors que leurs présences respectives ont toujours suffi à Fitz et Oeil-de-Nuit, le loup se rend compte que la présence du Sans-Odeur a solidifié leur relation. Le retour du Fou offre la possibilité à Fitz de se confesser à cœur ouvert, de parler de tout, de ses doutes, rêves perdus et déceptions, de ses voyages. Et de temps en temps, il sort des propos qui vont jusqu'à remettre le Fou dans le droit chemin.

Très vite, il faut revenir à Castelcerf : le prince Devoir a disparu ! Mais Fitz ne peut pas revenir comme ça, il lui faut une identité, un moyen de se glisser discrètement dans la vie du château. Il sera alors le serviteur de Sire Doré ; ce dernier le met très vite en garde, certes ils sont proches et amis mais le danger est partout et ils doivent jouer une partie serrée (« FitzChevalerie, la partie est finie avant même d'avoir commencé si tu n'es pas capable de tenir ton rôle sans la moindre faille »).
Fitz parvient à retrouver la trace de Devoir du côté de Myrteville et arrive alors une première scène qui montre des doutes de Fitz quant au personnage de Sire Doré. Pour pouvoir se lancer à la poursuite de Devoir et en même temps remplir les obligations de son personnage de noble, le Fou doit trouver un moyen (sulfureux) de s'échapper : il décide d'embrasser Civil, un jeune noble. Et bien entendu, Fitz est choqué ! On lit : « les manœuvres du Fou étaient peut-être nécessaires mais je m'en sentais sali ».

Accompagnés de Laurier, nos deux héros finissent par capturés un jeune archer qui devrait les conduire à Devoir. Mais pour cela, il faut obtenir des renseignements et Fitz est prêt à user de moyens extrêmes tout en sachant que ça détruirait le respect que le Fou lui porte. Et le bâtard royal tire la conclusion implacable (en parlant du fou) qu'il devrait l'éliminer (« je devais le tuer, lui aussi, afin qu'il ne puisse jamais me regarder avec ces morts dans les yeux »). Le prisonnier finit par s'évader, Oeil-de-Nuit l'ayant laissé partir. Le fou doute (« j'en suis même venu à me demander si je te connaissais vraiment »).
S'il a peur parfois de Fitz, le Fou est le seul à pouvoir lui ôter sa folie meurtrière lors de la mort de la marguette de Devoir. Il le soulage comme il le soulageait lors des migraines d'Art et les gens autour semblent marqués par cette prouesse : « j'entendis un murmure stupéfait parcourir la foule, comme s'il venait d'accomplir un geste d'une bravoure extraordinaire »).

Nous sommes donc quasiment arrivés à la fin du tome huit (la secte maudite) marquée par la mort d'Oeil-de-Nuit. On fait alors face à une faiblesse dans les déguisements de serviteur et de noble adoptés. Le fou est dans l'incapacité de pouvoir aider Fitz sans se trahir, le laissant porter seul son fardeau et sa peine.
Finalement, ce sera Kettricken qui parviendra à partager ce poids avec Fitz, au grand désespoir du Fou. Il est envieux ; « même si je suis jaloux de Kettricken (…), je l'envie d'avoir su te consoler.

Entre-temps, sur le chemin du retour, Devoir avait demandé à savoir qui étaient ses deux libérateurs. Fitz fait alors preuve de sincérité : « c'est un ami, mon prince, le meilleur que j'ai jamais eu ».

Et puis tout bascule quand débarque Jek. Jek, si vous ne le savez pas, est un des personnages de la saga des Aventuriers de la Mer. C'est une femme libre, forte et partenaire des aventures d'Ambre (Ambre est le personnage que le fou se crée à Terrilville). D'abord une méprise, cela se transforme ensuite en mélodrame quand Fitz remet en cause toute sa relation avec le Fou. Il doute, doute et doute encore (« il avait lu tous mes journaux personnels, exigé un compte-rendu détaillé de mes voyages, et je ne lui avais rien refusé. Mais que m'avait-il donné en échange ? D'infimes parcelles de lui-même, des énigmes et des devinettes »).
Dès lors, après que Fitz ait cherché à tirer les vers du nez de son ami qui aime tant son intimité, ils ne se parlent plus. Cela a des conséquences extérieures à leur propre relation. Umbre en fait la remarque à Fitz : « tu ne vaux pas une breloque quand tu es dans cet état-là ».

On peut regretter que Fitz fonce tête baissée mais le fou ne lui facilite pas la tâche. Il ne comprend pas que Fitz soit tant attachés aux apparences, au regard des gens (« les questions que les autres peuvent se poser ne nous concernent pas »).
Il y a bien entendu la question du sexe du Fou et de la sexualité entre les deux. Fitz veut savoir s'il est un homme ou une femme, refuse de comprendre que le Fou l'aime entièrement ; on peut ici faire un retour en arrière lors de la recherche de Vérité quand le Fou se demande si c'est un trou ou tuyau qu'on voit quand il pisse. En outre, la sexualité et les rapports ont déjà été mis en doute par Devoir, Astérie, des gardes royaux et Civil.

Même quand Fitz manque de mourir après sa bagarre sanglante contre des individus doués du Vif, ça ne s'arrange pas. Certes, il l'empêche de mourir mais ça s'arrête là. Leurs échanges sont sans saveur, froids.
Lors de sa convalescence, Fitz a un échange très éclairant avec le Fou :

Fitz : T'est-il déjà arrivé d'éprouver de l'affection pour quelqu'un et te rendre compte un jour qu'au fond tu n'apprécies guère sa nature ?
Le Fou : Je trouve curieux que ce soit à moi que tu poses cette question.

Finalement, à l'initiative de Fitz, la réconciliation se fait : « cesse cette comédie et sois toi-même. C'est tout ce que je demande. »

Les deux sont à nouveau réunis, ils vont pouvoir se lancer dans un de leurs plus grands défis : libérer le dragon sur Aslevjal, l'île où le Fou annonce qu'il va mourir. Bien entendu, Fitz s'affole, panique et prend des mesures radicales pour l'empêcher d'y aller.
On a alors une scène qui nous rappelle fortement un passage de la Nef du crépuscule, juste avant la mort du roi Subtil. Le Fou avait alors repéré Fitz caché derrière un rideau et accroché son regard ; ici, il fait de même sur un balcon alors qu'il fait noir.

Lors d'une séance d'Art, Lourd nous montre la force du lien qui unit les deux amis (« le petit homme se retourna et posa sur le fou un regard curieusement évaluateur qu'il transféra ensuite sur moi »).

Quelle est la surprise du Fitz quand il se rend compte que le Fou l'attend à Aslevjal ! Celui-ci lui fait des reproches, manifeste son incompréhension quant à la volonté du bâtard de l'empêcher de faire face à son destin (« … mais jamais je ne me suis opposé à ta volonté de courir ces risques »).

Plus tard, le Fou et le Fitz sont capturés par la Femme Pâle qui va tenir des propos qui vont jeter la suspicion sur le Fou. Elle affirme qu' « il danse aux frontières de votre compréhension et vous jette parfois d'infimes indices sur sa véritable nature, comme on jette de petits morceaux de sucre à un chien ». Fitz ne peut qu'acquiescer (« la cruelle exactitude de sa description du fou »).

Le Fou meurt. Fitz le ressuscite.
Fitz va chercher son corps dans le palais de la Femme Pâle et il finit par tomber sur elle, sans mains. Elle lui jette à la figure une dernière révélation avec la volonté de le blesser : « tu ne connais sans doute pas les coutumes de son peuple d'origine, l'échange des noms en signe des liens que les gens forment pour la vie ? »
Mais, le sauvetage du Fou le pousse dans un futur inconnu, où il se sent perdu et sans repères. Et des grandes décisions vont être prises.
Déjà, il rend à Fitz tous les souvenirs et toutes les émotions que celui-ci avait versés dans la Femme-au-Dragon, lors du réveil des dragons de pierre (voir la Reine Solitaire).
Ensuite, il décide de partir avec Prilkop (l'Homme Noir) vers son pays natal. Et pour cela, il faut couper tous les ponts et liens. Fitz voit dorénavant le Fou comme tous les autres (« je le voyais mais ne le sentais plus, ni par le Vif, ni par l'Art, ni par l'odorat. Plus de fou. Mon ami d'enfance, mon compagnon d'adolescence avait disparu. ») Seule consolation pour le Fou, Fitz manifeste sa volonté de retrouver Molly (quoique dans un premier temps, il avait pensé suivre le Fou).

Leurs adieux sont incomplets, le Fitz étant prisonnier dans le courant d'Art. Le Fou lui laisse une petite statue qui s'anime quand Fitz la prend en main. Le tome treize (Adieux et retrouvailles) se termine sur ces mots : « je sais que je ne connaîtrai nul autre semblable à eux, et je mesure le bonheur dont j'ai été gratifié par leur présence « .