Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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vendredi 15 août 2025

La réputation de Dwalia

Rentrer chez soi n’est pas toujours synonyme de bon accueil. Dwalia s’en rend compte quand elle ne reçoit que des regards de défiance et aucun entrain. Pourtant, elle a été envoyée accomplir une importante mission par les Quatre et elle pense avoir réussi.


Dwalia n’a pas été envoyée seule, elle était accompagnée d’hommes et de femmes. Hors, elle ne revient qu’avec Vindeliar et Abeille qui est une inconnue pour les gens de Clerres. Cette procession limitée questionne. Un garde ne se contente pas d’être perplexe (« il prononça son nom d’un ton accusateur »), il exprime également clairement ses doutes : « tu es partie d’ici avec une garde montée de luriks. Où sont-ils, et où sont les beaux coursiers ? ». Même un simple garde se sent donc légitime pour remettre en cause Dwalia. Cela en dit long sur la façon dont elle est vue. D’ailleurs, il ne lui demande même pas comment elle va, comme si les épreuves traversées et sa situation n’avait aucune importance.


Dwalia fait face aux Quatre. Elle les prend de haut, leur parle comme si elle se considérait leur égale. Elle leur reproche leur aveuglement quant au Fou ou au traitement de son amour, Ilistore (la Femme Pâle). Pourtant, Dwalia aurait dû comprendre qu’elle devait faire preuve de retenue. Les Quatre l’accueillent sans respect. Capra est claire quand elle lui dit que « ton salut est plus une insulte qu’une marque de respect ». Capra et les autres ne vont donc pas faciliter la tâche de Dwalia. 


Dwalia ne peut même pas compter sur la sympathie de Symphe. Cette dernière a beau apprécier Dwalia, elle ne peut pas laisser passer son échec et les morts des luriks. Pour Dwalia, c’est presque une trahison de voir Symphe se retourner contre elle. Symphe, elle, n’a pas le choix car l’attitude et la virulence des propos de Dwalia remettent en cause son autorité et plus globalement celle des Quatre (« Dwalia, tu es allée trop loin. Trop souvent, je t’ai permis de parler crument, mais tes insultes sont au-delà de la franchise »). Autrement dit, Dwalia a visé trop haut. Elle en paie le prix en étant fouettée et battue, presque à mort. Sa punition est commentée et appréciée par le peuple. Quand Fitz arrive à Clerres, il écoute les rumeurs et les discussions. Ce qu’il retient est que Dwalia semble « universellement détestée ». La chose n’est pas surprenante tant Dwalia suinte l’arrogance et une confiance en elle déplacée. Les quarante coups de fouet reçus sont alors vus comme mérités : des « voisins parlaient avec satisfaction de la flagellation qu’elle avait reçue pour être revenue seule ».


Dwalia est tuée par Abeille. Même dans la mort, elle ne trouve pas le respect. Sa dépouille est souillée (« on eu l’honneur de balancer Dwalia dans la fosse, et Ferb lui a pissé dessus. Cette vieille garce était plus jolie morte »). Elle n’a donc eu aucune célébration, aucune cérémonie. Son corps a été traité comme un déchet, une chose disposable.

mercredi 28 février 2024

Loups et prophéties

Le Destin de l’assassin est marqué par un bon nombre de mentions à des prophéties, par l’apparition de grandes figures prophétisées. On y retrouve le Fils Inattendu (Fitz), le Destructeur (Abeille), l’Homme Noir (Prilkop), le Prophète Blanc (le Fou) ; du côté des gens de Clerres, une Prophète déchue est mentionnée : la Femme Pâle. Il y a également des créatures mythiques comme les dragons, en particulier Tintaglia ou Glasfeu, les dragons d’Art et de pierre comme celui de Vérité ou le Loup du Ponant, ou encore les esprits dans le courant d’Art.


Dans ce roman, des prophéties et des visions de loups qui se vengent sont donc abordées, en partie par les Quatre de Clerres. Ces derniers ont en effet passé des décennies à les collecter. C’est sur ça qu’ils basent leurs pouvoirs, leurs influences et leurs richesses. Cela leur permet d’anticiper le futur et de tordre le présent pour qu’il colle à leurs besoins. Les Quatre savent que le Fou est une épine dans leurs pieds, qu’il peut contre-carrer leurs projets. Capra, la plus vindicative, reproche aux autres d’avoir autorisé Dwalia à partir en quête du Fils Inattendu ; cela a mis en branle des événements qui peuvent faire chuter Clerres. Ses propos sont clairs : « ta petite vengeance nous a projetés dans une situation très dangereuse. Aveugle, il voit le chemin et le loup vient sur ses talons ». Il faut préciser que Dwalia ne cherche pas uniquement à trouver le Fils Inattendu mais aussi à ceux qui ont tué celle qu’elle a aimée (la Femme Pâle). Dwalia a donc enlevé Abeille, se trompant sur l’identité du Fils Inattendu. Mais, cela a éveillé un désir de vengeance du Fou (aveugle suite à la torture subie lors de son retour à Clerres). Et le loup auquel il est fait référence ne laisse pas de place au doute : c’est Fitz. Les deux vont traverser le monde du nord vers le sud, de Castelcerf à Clerres pour retrouver Abeille. Et les conséquences seront désastreuses pour Clerres.


Capra développe la suite qui dit que « tu as réveillé le loup endormi, et excité les dragons en lui jusqu’à la fureur ». Sans cette vendetta de Dwalia, Fitz serait sans doute resté paisiblement à Flétribois à s’occuper de sa fille Abeille. Fitz n’a pas cherché à retrouver le Fou, il se contentait d’être morose en pensant à son vieil ami. Même quand le Fou est parvenu à lui faire parvenir un message, Fitz n’envisageait pas de quitter les Six-Duchés pour le retrouver. Mais, Dwalia a commis une erreur en enlevant Abeille. Fitz, le loup endormi, a fini par comprendre qu’il devait partir à la recherche de sa fille. Cela lui a certes pris un long moment pour le comprendre mais une fois la décision prise, il est parvenu à se faire de précieux alliés, dont des dragons et des vivenefs (des dragons prisonniers de bateaux). Cette assemblée improbable et inattendue est crainte par Capra. La femme est suffisamment intelligente pour avoir compris les rêves. Elle sait que le pire arrive (« les dragons sont à nouveau en liberté dans le monde, et les luriks qui nous restent rêvent de sombres visions de loups, de fils et de dragons. Nous étions  pourtant à ça de les arrêter pour toujours »). Il faut noter que le loup n’est pas uniquement Fitz, il est aussi Père Loup (Oeil-de-Nuit) qui accompagne durant une bonne partie du récit Abeille et attise en elle un esprit de colère et de violence. Père Loup fait comprendre à Abeille qu’elle ne peut pas être une proie, qu’elle ne peut pas se contenter de subir les événements. C’est grace à Père Loup qu’Abeille répandra la mort à Clerres et mettra le feu à la citadelle. 


Prilkop est également un fournisseur de visions et de rêves. Il raconte l’un d’entre eux à Abeille : « Habituellement, quand je fais un rêve, je sens sa probabilité de devenir un avenir ; et si je le fais à plusieurs reprises, je sais qu’il est presque inévitable. J’ai rêvé d’un loup blanc, une fois, avec des dents en argent ». Ici, il peut s’agir du loup d’Art et de pierre que Fitz va construire à la fin du récit, celui qui lui permettra de devenir une créature légendaire à un prix énorme. La construction du dragon pousse Fitz dans ses retranchements et il n’y serait pas arrivé sans absorber le Fou. Autrement dit, rien ne pouvait garantir la réussite de son entreprise tant les efforts étaient importants.

Abeille aussi a rêve de Fitz dans la carrière en train de construire son loup de pierre. Elle dit au Fou que, dans son rêve, « je suis assise près d’un feu avec papa et un loup. Il est très vieux. Il me raconte des histoires et je les écris ». C’est exactement ce qui se passera dans les Montagnes. Un Fitz au bout de sa vie, apathique, raconte à Abeille l’histoire de sa vie et la jeune fille en prend note. C’est un moment tragique, presque pathétique.


Un blanc, prénommé Sycorn, écrit que « puis vient un cerf bleu couronné. Il éveille la pierre ; s’il éveille la pierre, un loup apparait. Un homme doré tient le loup par une chaîne qui va vers son coeur. Si l’homme doré amène le loup, la femme qui règne dans la glace tombe ». On peut supposer que le cerf bleu couronne est un Loinvoyant, soit Devoir soit Vérité. Dans les deux cas, l’homme doré est nécessairement le Fou et le loup est Fitz. L’événement décrit ne peut être que la chute de la Femme Pâle à Aslevjal. Mais, ce qui est intéressant ici, est le lien entre le loup et l’homme doré : on comprend que c’est une relation plus qu’amicale ou fraternelle, c’est un lien fort et qui dépasse ces simples considérations (même si il a fallu du temps pour que ce soit le cas).

samedi 11 novembre 2023

La vengeance

Une fois Abeille enlevée, qui aurait pu prédire la suite ? Qui aurait pu prédire que cela réunirait une coalition composée de dragons, de gens des Six-Duchés, de pirates, de Marchands ? Qui aurait pu prédire que la vengeance les réunirait ? Les uns veulent se venger d’un tort qui leur a été infligé, les autres demandent le paiement d’une longue dette et d’un tort causé il y a bien des années.


La vengeance change les gens. Elle peut transformer un paisible garçon d’écuries en une boule de colère. C’est le cas de Persévérance qui a été lourdement touché par les actions des dirigeants de Clerres. Il était là quand les troupes ennemies ont attaqué Flétribois, il y a perdu sa meilleure amie Abeille. Pour ne rien arranger, sa mère a été en partie forgisée et les souvenirs de son fils lui ont été enlevés ; Persévérance a été un inconnu, un étranger pour sa mère et cela l’a profondément marqué et changé. Des membres de sa famille sont morts. Dès lors, il n’est pas étonnant de l’entendre dire que « moi aussi, je veux ma vengeance, pour mon père et pour mon grand-père (…) je n’ai pas oublié comment Allègre est tombé ». Fitz s’interroge : « qu’avais-je fait de mon jeune et honnête garçon d’écurie, naguère si gentil ? ». C’est une interrogation bien naïve, Persévérance aurait-il pu fermer les yeux et oublier les atrocités vécues ? Pouvait-il passer à côté de l’occasion d’infliger du mal à ceux qui lui en ont fait ?


La vengeance est une arme à double tranchant. Elle doit être manipulée avec précautions. Quand ils s’en vont vers Clerres, Fitz et le Fou n’ont pas de réel plan, sauf leur volonté de punir ceux qui ont enlevé Abeille. Ils ne savent pas trop comment s’y prendre. 

En chemin, ils croisent les Anciens, puis Tintaglia la dragonne. Leur rencontre avec cette dernière va tout faire basculer. Elle va réveiller des forces qui étaient endormies ou cachées, elle va réveiller des traumatismes du passé. En fouillant dans leurs souvenirs, les dragons vont se rappeler des choses et trouver là une opportunité de réclamer leur dû. Le Fou résume parfaitement la situation : « pour ce qui est des dragons, nous n’y pouvons rien : leur soif de vengeance est encore plus ancienne que la mienne ». Les humains n’ont donc aucun contrôle sur les dragons. Les imposantes créatures font ce qu’elles veulent : elles désirent détruire Clerres et elles le font consciencieusement. 

Il faut dire que les dragons ont de quoi être en colère. Des années avant, les Quatre ont intrigué pour faire disparaître les Anciens et les dragons. Puis, ils ont tout fait pour stopper les machinations du Fou qui cherchait à faire revenir les dragons. Enfin, ils ont contribué à créer des abominations et à tuer les dragons dès leur naissance. Tintaglia exprime clairement la raison de sa colère : « vengeance pour mes oeufs volés et détruits, pour nos serpents emprisonnés et torturés ». Dès lors, comment stopper des dragons en colère ? C’est impossible ; Le Fou que « c’est la vengeance des dragons. Nul ne peut l’arrêter ».


Pour ne rien arranger, les dragons veulent redorer leur image et leur légitimité. Ils veulent rappeler qu’ils sont les seigneurs des terres, de la mer et du ciel. Ils veulent à nouveau être craints et respectés par les humains. On l’avait déjà vu quand ils ont attaqué Chalcède : leurs actions ont aussi un but politique, il s’agit d’envoyer un signal, de détruire ceux qui les ont fait souffrir. Leur colère est encore plus forte lorsqu’ils apprennent que les torts faits n’ont jamais été vengés. Un dragon en avait la possibilité, il n’a rien fait (« Glasfeu est un pleutre. Un dragon qui préfère s’ensevelir dans la glace, plutôt que de se venger, par crainte pour sa propre sécurité n’est pas un dragon »). En fait, c’est presque comme si la vengeance faisait partie de la nature profonde des dragons.


Du côté des gens de Clerres, ils savent qu’ils vont souffrir. Ils le savent car tous les rêves l’indiquent. Ils le savent également parce que un dragon ne peut laisser un tel affront impuni. C’est pour cela qu’ils ont tout faire pour que les dragons ne reviennent pas. C’est ce que dit Capra : « tu as réveillé le loup endormi, et excité les dragons en lui jusqu’à la fureur. Tu nous as placés sur une voie obscure par ta vanité, ta colère et ton appétit égoïste de vengeance ». La dernière remarque est intéressante. Dwalia n’a pas pourchassé le Fou sans raison : elle le tient pour responsable de la mort de la Femme Pâle. Elle a perdu l’amour de sa vie, elle veut punir les coupables de sa mort. Le désir de vengeance est donc un mauvais conseiller : il a entraîné les gens de Clerres sur leur propre destruction. Capra pointe cela du doigt. Sa sagesse lui permet de savoir que la mission accordée à Dwalia était une mauvaise idée (« comme si la vengeance avait jamais donné autre chose que des fruits amers »).


Pour d’autres, la vengeance est un lot de consolation, c’est ce qui est là quand il n’y a plus rien d’autre. Ce point de vue est partagé et porté par Fitz : « elle est morte, Fou ; elle a disparu dans le courant d’Art. Tout ce qui nous reste, c’est la vengeance ». A ce moment du récit, Fitz a perdu tout espoir de retrouver sa fille vivante. Ses derniers espoirs se sont envolés quand il a appris qu’elle était passée dans un pilier d’Art sans avoir jamais reçu de formation. Dès lors, la vengeance devient une nécessité. Elle ronge Fitz, elle l’empêche de profiter de ce que la vie lui offre. Il n’a que ça en tête : il ne peut même pas apprécier la compagnie de son autre fille ou de son petit-enfant à venir (« je regrette, Ortie, mais je dois m’en aller ; je dois venger Abeille ; je dois trouver ceux qui lui envoyé les tueurs et je dois la venger »).

Ce que Fitz dit assez calmement Elliania l’exprime avec colère : « la vengeance ! Une vengeance sanglante et méritée contre ceux qui ont volé une fille de notre sang ». La passion empare Elliania et lui enlève toute lucidité. D’ailleurs, elle aussi a déjà souffert des complots des Quatre. Son enthousiasme surprend Fitz (« ma reine était intervenue avec une véhémence qui me laissa pantois »). Sans doute n’a-t-il jamais réellement appréhendé la peine que l’enlèvement de sa soeur et de sa mère avait causé à Elliania. Elliania voit peut-être là un exutoire à toute sa colère accumulée.


Le Fou y trouve une réponse à son désespoir. Abeille n’est pas simplement un Catalyseur, elle est le Fils inattendu, elle est celle qui doit permettre de briser la saleté qu’est Clerres. Elle est surtout, d’une certaine façon, son héritière. C’est pour cela que sa colère contre les hésitations du Fitz est presque pathétique. Il ne comprend pas pourquoi Fitz hésite tant à partir, à se lancer. Sa colère éclate : « ce n’était pas seulement ton enfant ! C’était l’espoir du monde. Et elle était de moi, et je ne l’ai jamais touchée qu’un bref instant ! Pourquoi imagines-tu que j’hésiterais à risquer ma vie si j’avais l’occasion de la venger ». Une nouvelle fois, le Fou est prêt à donner sa vie pour atteindre son but. Il n’y a là rien de noble, il n’y a pas l’accomplissement d’une prophétie ; c’est simplement l’envie de faire souffrir ceux qui l’ont fait souffrir. C’est un acte gratuit quoi doit permettre de soulager sa conscience.


Enfin, Abeille, comme Fitz lorsqu’il s’agissait des Pirates Rouges, met en avant le côté cyclique de la vengeance. Elle ne fait que se répéter dans le temps : on venge un mal qui a été commis et les victimes de cette vengeance accumulent du ressentiment puis agissent à leur tour. Selon Abeille, « la vengeance ne tient compte ni de l’innocence ni du droit ; c’est la chaîne qui lie entre eux deux évènements horribles, qui décrète qu’un acte épouvantable doit en engendrer un autre (…) les survivants ce carnage haïraient ensuite les dragons et les gens des Six-Duchés ». La vengeance appelle la vengeance.

lundi 12 juin 2023

Ellik a bien peu de respect pour les femmes

Ellik est de Chalcède. Quand on fait sa connaissance, on en sait déjà un peu sur Chalcède. Kyle Havre permet d'avoir un aperçu négatif sur ce pays. La façon dont il traite sa femme, Keffria, et les autres femmes de la famille Vestrit est expliquée par sa culture où les femmes semblent avoir peu d'importance. Dans l'assassin royal, on a également un aperçu négatif sur le pays qui semble être une menace pour les Six-Duchés. 

Ellik n'est pas un homme quelconque. Il est le chancelier de Chalcède, le bras droit du duc et donc un des hommes les plus puissants. L'homme a envie de pouvoir et il est prêt à tout pour atteindre son but. Ellik rêve grand : il veut devenir le duc de Chalcède. Or, ce dernier n'a qu'une fille, Chassim, et elle ne peut régner. Ellik pense donc l'épouser (quitte à tuer sa femme actuelle). Dès lors, en plus de faire germer l'idée dans l’esprit du duc, il se met à surveiller Chassim. Chassim en a bien conscience ; elle sait que Ellik ne la regarde que parce qu'elle est un moyen d'ascension au pouvoir. Il la veut pour solidifier sa lignée, lui faire des enfants et légitimer son pouvoir. Prisonnière avec Selden Vestrit, Chassim précise que « il souhaitait m'épouser pour accroître son influence de façon à ce que, quand mon père s’affaiblira, il puisse s'emparer du pouvoir ».

Chassim sait ce qui l'attend si elle devient la femme d'Ellik. Elle en a d'ailleurs un aperçu alors qu'elle est prisonnière. Elle est victime à de nombreuses reprises de sévices (« il m'a seulement violée, et même pas de façon très imaginative : strangulation, gifles et viol. Le grand classique (…) Quoi ? Tu croyais que c'était la première fois ? Non. Ou bien veux-tu feindre la surprise et prétendre que les hommes ne font pas »). Le ton détaché montre à quel point Chassim n'a plus d'espoir. Sa détermination a cédé face aux assauts d'Ellik.

Il faut dire qu'Ellik pense qu'il peut prendre tout ce qu'il veut, surtout si cela appartient à une femme. Il se pense supérieur à elles, il pense qu'il peut contrôler non seulement leurs corps mais aussi leurs idées. On en a la preuve quand il surprend sa femme en train de lire de la poésie. Le simple fait d'en lire le pousse à la frapper : « je l'ai giflée pour la punir de son insolence (…) elle (…) a évoqué une espèce de déesse nordique, une certaine Eda, en lui demandant de me retirer tous les bienfaits de la terre. Je l'ai à nouveau frappée pour avoir l'audace de me maudire ».

On retrouve Ellik dans le Fou et l'assassin. C'est un homme plein de rancœur, loin de l'homme dominant qu'il était. Il vend ses services au plus offrant, et même à une femme (Dwalia). Il passe son temps à ressasser le passé, à pleurer sur ce qu'il est devenu. Il en veut à tous et au monde, et surtout pas à lui (« je m'appelle Ellik ; je n'avais au-dessus de moi que le duc de Chalcède quand il s'est assis sur le trône (…) je devais devenir duc de Chalcède ; mais ces saletés de dragons sont arrivés, et puis sa fille, cette putain qu'il m'avait donnée, s'est retourné contre son propre peuple et s'est réclamée duchesse (…) elle occupe le trône qui me revient ». Ellik ne reproche pas seulement à Chassim d'être une femme, il lui reproche aussi ses actes. Elle est faible car elle a tourné le dos aux traditions et s'est servi de dragons pour prendre le pouvoir.

Ellik a été embauché par Dwalia pour enlever le fils inattendu. En l’occurrence, il s'agit d'Abeille. Le groupe de ravisseurs s'enfonce dans les Six-Duchés. Pendant un long moment, Dwalia a le pouvoir et l'autorité, jusqu'à ce que Ellik comprenne qu'il peut regagner sa splendeur en s'emparant de Vindeliar et de ses talents de magicien. Dwalia sent que le pouvoir lui échappe, elle tente de tenir tête à Ellik. Il lui rétorque que « je suis chalcédien, commandant et seigneur, non par naissance mais par la vertu de mes épées. Je n'obéis pas à des femmes pleurnichardes et je n'ai pas peur des prêtresses qui parlent à mi-voix ». Après avoir dénigré les croyances des Six-Duchés, Ellik dénigre une autre religion. Surtout, il semble redevenir l'homme qu'il était en renversant Dwalia. Il faut dire qu'on sentait un fort mépris de sa part envers elle : « c'est ton insistance de femelle à jouir de tout ce confort qui nous ralentit ». Il pousse son avantage en discréditant Dwalia : « tout le monde sait qu'une femme ne peut pas donner sa parole à personne, parce que les femmes ne peuvent pas avoir d'honneur ». Sa façon de penser est donc claire : une femme ne vaut que pour son corps et sa soumission aux hommes.

Et pour asseoir son autorité, Ellik n'hésite pas à sortir la menace du viol. La pauvre Odessa devient un jouet dans les mains d'Ellik (« il saisit Odessa par le devant de son manteau pour l'entraîner hors du groupe, comme s'il venait de choisir un porcelet pour la broche ») alors que Dwalia est forcée de se taire si elle ne veut pas y avoir droit.

dimanche 23 octobre 2022

Le Destructeur est là

En finissant le roman le Destin de l'assassin, on sait ce qui arrive à Clerres, la ville, la bibliothèque, l'île ; Tout cela est détruit par les Dragons. Tintaglia, Glasfeu et les autres ont enfin eu leur revanche contre ceux et celles qui ont participé à la chute des Anciens et des Dragons. Cela leur a été permis par l'enlèvement d'Abeille qui a mis en marche un bon nombre d'événements : il a motivé la vendetta du Fou, il a poussé Fitz à traverser le monde et se faire des nouveaux alliés. Autrement dit, en envoyant Dwalia à l'autre bout du monde, dans les Six-Duchés, les Quatre ont creusé eux-mêmes leurs tombes. Ils ont changé le cours du destin, un destin qui ne leur était plus favorable depuis le retour des Dragons dans les Aventuriers de la Mer et les Cités des Anciens. En s'en prenant à Abeille, une Loinvoyant qui a le Vif et l'Art, et qui a du sang de Blanc à cause d'un lien entre le Fou et son père, ils ont attiré la destruction.

Quand Dwalia revient à Clerres, accompagnée d'Abeille, on sent que c'est la panique qui domine les autorités de la ville. Les Quatre sont inquiets : eux ont basé tout leur pouvoir et leur richesse sur la manipulation des rêves. Or, les rêves annoncent de terribles choses, les signes sont clairs. Capra perd son contrôle et ses nerfs, elle est craintive: « des visions terrifiantes de la vengeance du Prophète qui vécut deux fois réveillent les jeunes dans des hurlements de peur. Des rêves d'un Destructeur ». Ce prophète est le Fou, lui qui a été tué par la Femme Pâle et qui a ressuscité grâce à Fitz et à la magie de la Couronne des Anciens. En revenant à la vie, le Fou a modifié le cours des choses. C'est un monde qui est inconnu pour tout le monde, que personne n'a jamais vu dans les rêves. Les Quatre ont cru que la chance leur souriait quand le Fou et Prilkop ont décidé de revenir à Clerres. Là, ils pouvaient les garder dans une prison dorée, ils pouvaient les torturer à loisir pour tirer tous leurs secrets. Mais, les Quatre font un mauvais choix : ils permettent au Fou de s'évader et le Fou retrouve Fitz. Ils sombrent encore plus dans l'inconnu (« au cours de la dernière année, le nombre de rêves au sujet d'un Destructeur a considérablement augmenté. Cela nous dit qu'il s'est passé quelque chose, un événement auquel nous ne nous attendions pas »). Les Quatre, en particulier Capra, savent qu'ils ont provoqué leur propre perte. Ils avaient les atouts en main pour reprendre les choses en main et contrecarrer le retour des Dragons. Ils ont pêché par ambition, ils ont réveillé d'anciens ennemis qui ne pensaient qu'à se reposer. C'est ainsi qu'en enlevant Abeille, ils ont forcé Fitz à sortir de sa retraite, à demander l'aide des Anciens, de la famille Vestrit et des vivenefs, des Dragons et des Pirates. Capra résume la situation en disant que « les rêves du Destructeur ont commencé à tomber comme une neige tardive juste après que le lingstra Dwalia a donné un coup de pied dans la fourmilière en provoquant un Catalyseur usé ».

En étant à Clerres, en étant présentée comme le Fils inattendu par Dwalia, Abeille suscite l'interrogation. Peut-elle être le fils inattendu alors qu'elle est une fille ? Les Quatre pensent-ils que c'est un garçon à cause de son apparence physique ? Très vite, ils ont d'autres soupçons : ils pensent qu'Abeille pourrait être le Destructeur. Surtout qu'elle a avec une chandelle héritée de Molly, une chandelle qui apparaît de façon récurrente dans les rêves. Fellodi s'interroge : « une chandelle en deux morceaux. Pas trois ni quatre ? »

Dwalia, elle, est convaincue qu'Abeille est le Destructeur (« Tu es le Destructeur. Et c'est nous qui t'avons conduite ici »). Si elle pense que la jeune Loinvoyant n'est pas le Fils inattendu mais le Destructeur, c'est qu'elle est témoin de ce qu'Abeille fait et qu'elle apporte la mort. Abeille prend le dessus sur Vindeliar, tue Symphe et instille la détresse dans le cœur de Dwalia. D'ailleurs, Abeille ordonne à Dwalia de mourir et elle meurt. Elle sème le chaos comme rarement à Clerres. Abeille trace une nouvelle Voie, une Voie jamais vue ou envisagée par le Fou, et une Voie forcément crainte par les Quatre.

Pour autant, Fellodi, un des Quatre reste dans le déni. Il refuse de croire qu'une petite gamine puisse être le Destructeur, surtout qu'elle est enfermée dans une cage. Fellodi, aveuglé par ses plaisirs, pense que rien ne change : Vindeliar « nous a dit qu'il y avait deux dragons dans le port, et qu'un Destructeur parlait dans son esprit, menaçant de raser complètement Clerres. As-tu vu des dragons aujourd'hui ? Ou les signes d'une armée ennemie ? » Pour des gens qui utilisent les rêves pour manipuler le futur, les Quatre sont bien aveugles. L'armée ennemie est là ; ce ne sont pas des dizaines de soldats mais un groupe d'individus. Quant aux deux dragons, ils se révéleront les dragons issus de la vivenef Parangon.

Abeille est donc le Destructeur. Fitz est horrifié de voir sa petite fille ainsi, Prilkop demande la pitié pour les innocents de Clerres. Abeille, elle, s'en moque. Elle revêt pleinement son nouveau costume. Elle n'a pas oublié les massacres de Flétribois, toutes les peines vécues lors de son voyage. Abeille se rend compte que tout ce qu'elle a vécu l'a rendue plus forte. Elle affirme donc que « mon Catalyseur, c'était Dwalia ! Elle m'a permis de me transformer pour devenir le Destructeur (…) elle m'a conduit de Flétribois à Clerres où j'ai accompli les changements que touts redoutaient, et enfin je l'ai tuée. Je suis le Destructeur, et j'ai détruit les Serviteurs ». D'une certaine façon, un Destructeur semble être la combinaison d'un réel Prophète Blanc et d'un Catalyseur : il rêve les changements, d'une nouvelle Voie pour le monde et les met en place.

jeudi 30 juin 2022

L'influence de la Femme Pâle

Si elle n’est pas présente physiquement dans Sur les rives de l’Art et le Destin de l’assassin (car morte), la Femme Pâle est quand même souvent mentionnée et a un impact sur ce qui se passe. C’est, en partie d’elle, que le Fou veut se venger et c’est son lien avec Dwalia qui motive cette dernière à punir le Fou.

Pour libérer Glasfeu et accomplir le défi d’Elliania, Devoir, Fitz et le Fou se rendent sur Aslevjal. C’est une île de glace et de neige, le repère de la personne qui a mené la guerre des Pirates Rouges contre les Six-Duchés. Mais avant cela, c’était une cité des Anciens qui a été prise dans la lutte entre les Blancs et les Anciens (et les Dragons). Dans leur volonté d’empêcher le retour des dragons, les Quatre de Clerres ont envoyé la Femme Pâle (également appelée Ilistore) à Aslevjal. Hormis la Femme Pâle ou le Fou, un autre Blanc a connu Aslevjal : l’Homme noir (connu sous le nom de Prilkop). Il a connu Aslevjal avant l’arrivée de la Femme Pâle, avant même l’arrivée de Glasfeu et il a bien vu à quel point la cité a changé (« Prilkop évoquait souvent la beauté qui avait disparu quand la Femme Pâle a envahi Aslevjal et s’y est installée »). Fitz s’y connaît bien en destruction. Lorsque le Fou se met à lui raconter l’histoire de son peuple, il assemble les pièces et se rend compte que le comportement de la Femme Pâle dépasse une simple attitude démolisseuse : il y a la réelle volonté d’éradiquer une civilisation. Fitz remarque que la Femme Pâle « avait tout fait pour dégrader la cité. Sous son règne, des œuvres d’art avaient été défigurées ou détruites, des bibliothèques de cubes d’Art renversées, et irrémédiablement mélangées… Tout cela n’indiquait-il pas une haine tenace ? Avait-elle cherché à effacer toute trace d’un peuple et de sa culture ? » Ces interrogations confirment bien la volonté des Serviteurs et des Blancs d’effacer les Anciens et les dragons.

Prilkop a étudié des textes, il a fréquenté des prophètes, des collecteurs. Il a eu le temps de réfléchir à tout ce qui s’est passé. Il a compris que c’était une lutte de pouvoirs, que la Femme Pâle était un outil de déstabilisation. Les Quatre ont compris que les Loinvoyant pouvaient représenter une menace : ils leur ont envoyé les Pirates Rouges. Alors qu’il est captif à Clerres, il croise Abeille et lui développe son point de vue sur Ilistore : « pour elle, son destin était de s’employer à ce que les dragons ne reviennent jamais dans notre monde, et elle voyait une Voie juste dans le fait de maintenir l’état de guerre entre les îles d’Outre-mer et les Six-Duchés. Elle souhaitait faire éclater les Six-Duchés en petits États qui se chamailleraient, et s’assurer ainsi que la magie ancienne des Anciens ne réapparaîtrait pas dans les lignées Loinvoyant ». Notons que cette magie est l’Art et que c’est sans doute pour cela que les forgisés ont convergé et traqué Vérité et Fitz. Ilistore a donc quitté sa douce île du sud, son monde qu’elle connaissait pour s’aventurer dans le nord froid et hostile. Convaincue de la nécessité de sa mission, elle y est allée seule. Ce n’était pas nécessairement sa volonté ; c’est ce qu’on comprend lorsque Dwalia revient à Clerres et fait son rapport aux Quatre (Symphe, Capra, Fellodi et Coultrie). En outre, Dwalia est pleine d’amertume et de regrets. Dans ses paroles, on se rend compte de plusieurs choses : Dwalia a aimé Ilistore, la mort de la Femme Pâle a été une réelle tragédie et tout ce qu’a fait Dwalia a été motivé par ça (à Capra, elle dit : « je t’ai supplié de me laisser partir avec Ilistore pour la protéger, et vous avez tous refusé sous prétexte que Kebal Paincru suffirait, mais il n’a pas suffi, et elle est morte. Elle est morte de façon horrible, seule, brisée, glacée »).

Reppin fait partie de ceux qui ont été jusque dans les Six-Duchés pour enlever Abeille. Reppin éclaire bien la situation entre Dwalia et la Femme Pâle : « n’oublions pas non plus que Dwalia a servi Ilistore pendant des années et qu’elle la vénérait ; elle affirmait toujours qu’à son retour Ilistore la porterait au pinacle ». Dwalia n’a donc pas simplement perdu son amour, elle a perdu son futur. Tout porte à croire que la relation entre Dwalia et la Femme Pâle est sincère, qu’elles s’aiment réellement même si chacune a un intérêt à fréquenter l’autre : la Femme Pâle peut servir d’aide à Dwalia pour gagner en influence par exemple. Le Fou se rappelle de sa formation à Clerres ; la Femme Pâle était déjà là. Elle était sa rivale, les deux se considéraient comme le Prophète Blanc de cette époque. Or, il ne peut y en avoir qu’un. C’est Ilistore qui avait été choisie, cette femme majestueuse qui « avait une tenue verte et marron semblable à celle d’un chasseur, et ses cheveux blancs étaient retenus en arrière par une tresse à fil d’or. Elle était ravissante ! Sa servante la suivait, et je crois y repensant, je crois que c’était Dwalia ».

Abeille confirme la nature de la relation amoureuse entre Dwalia et la Femme Pâle en ayant un aperçu des pensées de Dwalia. Clairement, Dwalia n’est pas qu’une agente de la Femme Pâle, pas qu’un outil ou un pion (« son cœur remonta en arrière jusqu’à une époque où elle avait connu l’amour, une fois, et avait aimé en retour. Je vis une femme de grande taille qui lui souriait : la Femme Pâle ». Il n’est donc pas étonnant de voir Dwalia détester Fitz et le Fou, compte tenu de ce qu’ils ont fait à la Femme Pâle. Ils n’ont pas que brisé sa Voie, ils lui ont donné une mort pathétique. En revenant à Clerres avec Prilkop, le Fou raconte tout ce qu’il a vécu et donc ce qui s’est passé sur Aslevjal. En évoquant les derniers moments d’Ilistore, il se crée une ennemie : « c’est ainsi qu’elle a appris que les mains de la Femme Pâle avaient été dévorés et qu’elle était morte dans le froid, affamée et gelée. Ilistore m’avait toujours méprisé, et ce jour-là, je me suis aussi attiré la haine de Dwalia pour toujours ».

La mort de la Femme Pâle ne signifie pas donc la fin de l’histoire. C’est avec la naissance d’Abeille le déclencheur d’événements qui mèneront à de grands changements et, au final, à la domination des dragons.

mardi 29 mars 2022

L'histoire de Dwalia

Les romans du Fou et de l’Assassin concluent les aventures des personnages que nous avons suivi dans l’Assassin royal, les Aventuriers de la mer ou les Cités des Anciens. S’ils font apparaître des personnages déjà connus, ce n’est pas le cas de tous. Ainsi, Fitz et Molly ont un nouvel enfant, Abeille. Celle-ci sera au centre des événements lorsqu’elle se fera capturer par un groupe de mercenaires de Chalcède, mené par Dwalia. Dwalia, qui a connu le Fou à Clerres, obéit aux Quatre et a pour mission de remettre l’histoire dans le bon chemin. Pour cela, elle cherche le fils inattendu, traque le Fou. Avec Dwalia, nous découvrons une nouvelle culture basée sur l’obéissance, la torture et l’exploitation des renseignements et des rêves ; c’est un monde où tout doit favoriser l’opulence et le pouvoir des Quatre. Nous comprenons également que ces individus ont tout fait pour chasser les Anciens et les Dragons, et que leur retour ne les ravit pas.

Dwalia terrorise Abeille après l’avoir enlevée, elle lui fait peur, Abeille la craint. Pour comprendre Dwalia, il faut savoir qui elle est et ce qui la motive. Pour cela, on peut s’appuyer sur les dires du Fou qui connaît bien Clerres et son mode de fonctionnement. Il nous apprend que « c’est une Lingstra, c’est-à-dire une sorte d’émissaire, on la dépêche ici ou là pour chercher des renseignements, ou donner un coup de pouce aux événements pour leur faire suivre la direction décidée par les Serviteurs ». On retrouve bien là le côté manipulation. Le Fou prévient Fitz, il ne faut avoir aucune pitié pour Dwalia, elle n’est pas qu’un outil, elle a conscience de ce qu’elle fait et elle y prend grand plaisir. Les gens de Clerres savent qu’ils sont égoïstes, que toutes leurs actions ont pour but de satisfaire leurs intérêts et tant pis si d’autres doivent grandement en souffrir : « si tu tombes sur ceux qui ont enlevé Abeille (…) ceux qui ont conçu ce plan, les luriks et Dwalia, ils te paraîtront peut-être bienveillants, jeunes, mal conseillés (…) Ne t’y fie pas, ne les écoute pas ; n’aie aucune compassion, aucune pitié (…) chacun d’eux a été témoin de ce que les Serviteurs font à leurs semblables ; et chacun d’eux a choisi de servir plutôt que de les défier ». Il n’y a pas d’innocents à Clerres, ce ne sont pas des gens forgisés. C’est Abeille qui nous fournit quelques renseignements supplémentaires en pénétrant l’esprit d’un de ses gardes. Elle y lit que Dwalia « était jadis respectée en tant que servante à la disposition d’une Blanche hautement considérée ; elle avait vu sa maîtresse envoyée accomplir de grandes choses dans le monde. Mais lorsque la femme avait échoué et chu, la fortune de Dwalia avait péri avec elle ». Cette Blanche est la Femme Pâle (ou Ilistore) et c’est bien entendu les actions du Fou et du Fitz qui ont contrarié ses plans. Il y a donc un aspect personnel aux actions de Dwalia, elle veut se venger du tort causé par le faux Prophète Blanc et son catalyseur.

Dwalia aimait sans aucun doute Ilistore, elle avait lié son destin à elle. Reppin, un garde de Clerres, dit de ne pas oublier que « Dwalia a servi Ilistore pendant des années et qu’elle le vénérait ; elle affirmait toujours qu’à son retour Ilistore la porterait au pinacle ». Il y a donc à la fois un sentiment affectif et la promesse d’une ascension dans la hiérarchie. Dwalia n’a absolument pas digéré la mort de la Femme Pâle à Aslevjal et cela lui fait parler sans discernement aux Quatre (« Disparus notre Femme Pâle, notre belle Ilistore et Kebal Paincru ») ; cela lui causera d’ailleurs des soucis. Elle s’en veut de ne pas l’avoir accompagnée mais elle devait obéir aux ordres. On le lui a interdit et depuis elle n’a que des regrets (« je t’ai suppliée de me laisser partir avec Ilistore pour la protéger (…) elle est morte de façon horrible, seule, brisée, glacée »).

Dwalia accuse donc le Fou de la mort de sa chère Ilistore. Le contentieux remonte à bien avant. Elle reproche au Fou (Bien-Aimé) de ne pas savoir rester à sa place, d’être parti dans les Six-Duchés, loin au nord, pour modifier l’histoire. Elle rumine : « tout est sa faute. C’est à cause de lui que nous en sommes là. Il ne se satisfait pas du rôle qu’on lui avait donné ». Heureusement pour elle, après avoir permis de sauver Glasfeu, le Fou décide de retourner à Clerres avec l’espoir fou de changer les choses là-bas. C’est une mauvaise décision car il tombe sur Dwalia qui le torture, le frappe, l’insulte, le rabaisse («  ça m’était égal qu’il réponde ou non ! Je l’interrogeais, et il hurlait ; alors je serrais de nouveau »). Cela a été efficace car même Fitz, son plus proche ami, n’a pu le reconnaître tant il était changé.

Lorsque Dwalia décide d’enlever le fils inattendu (Abeille selon elle), elle embauche des mercenaires de Chalcède. Mais, la cohabitation n’est pas facile avec ces gens qui n’ont aucun respect pour les femmes. Ellik, le chef du groupe de mercenaires, est rapidement menaçant (« tes jolis cheveux blancs pourrait bien me rapporter plus que tes servantes exsangues et tes hommes débiles »). Ellik et ses hommes ont violé des femmes à Flétribois. Ce sont aussi des hommes capables de chasser et se procurer de la viande : la bonne odeur donne de la viande qui cuit donne envie à Abeille et à d’autres de leur demander de quoi se nourrir. Dwalia les met en garde : « une part de cette viande nous reviendrait à un prix qu’aucun d’entre nous n’est prêt à payer ».

Ellik et Dwalia se disputent le leadership au sein du groupe. La femme de Clerres a un avantage grâce à la magie de Vindeliar qui leur permet de se déplacer librement et secrètement dans les Six-Duchés. Mais, Ellik montre les dents : « il est encore plus utile qu’une femme prête à se faire violer ».

Plus tard, Fitz parvient à capturer un chalcédien et l’interroge. Cela nous apprend que Dwalia a été la source de bien des fantasmes et été proche d’être violée : «  je n’ai pas pu m’empêcher de rire en la voyant se débattre entre eux, avec ses gros seins et son ventre rond qui dansaient comme de la gelée. Je lui dis que je pensais pouvoir lui prouver que nous étions bien des hommes. Nous avons commencé à la déshabiller et alors... » Ce qui sauve Dwalia (et pas la pauvre Odessa, déjà violée) est la peur de Vindeliar qui irradie sur tous. Eux voyaient Vindeliar comme un jeune homme puceau, ils ne se rendent pas compte qu’à ce stade du récit, il n’est qu’une créature exploitée par Dwalia. Ils ne peuvent pas non plus savoir qu’Odessa est la sœur de Vindeliar…

Malgré tout, Dwalia devra quand même donner son corps pour arriver à Clerres. Quand il faut franchir la mer, le petit groupe embarque à bord d’un bateau et Vindeliar implante dans l’esprit du capitaine que Dwalia est la plus belle femme au monde. Il la met donc dans son lit et lui fait l’amour à tout instant (« les moments où le capitaine Dorfel s’occupait de Dwalia étaient les plus tranquilles de mon existence limitée. Elle poussait à présent de petits cris aigus, à peine audibles à travers le solide panneau de bois »).

De retour à Clerres, convaincue d’avoir ramené le fils inattendu, tout ne se passe pas comme prévu pour Dwalia. On peut déjà douter du fait qu’Abeille soit bien le fils inattendu : ne serait-ce pas plutôt Fitz ? Surtout, elle prend une volée de reproches de la part des Quatre (Capra, Coultrie, Symphe et Fellodi). Capra est claire en pointant du doigt que la mission de Dwalia était avant tout personnelle et intéressée (« oh, certes, tu as manipulé les événements, mais ta petite vengeance nous a projetés dans une situation très dangereuse »). On ne peut être que d’accord avec ce que dit Capra car l’enlèvement de la fille de Fitz a créé une alliance à l’autre bout du monde : des forces des Six-Duchés (Fitz, Lant par exemple) se sont alliés à des Dragons, des vivenefs, des Marchands (Brashen, Althéa), des Anciens (Kanaï) pour détruire Clerres et récupérer Abeille si possible. Et les Quatre comme Dwalia sous-estiment Abeille et sa capacité de nuisance et de dégâts : ils le paieront chèrement.

Dwalia fait donc son rapport et elle emploie un ton colérique et hautain. Cela déplaît aux Quatre qui décident de la punir : « ce ne furent pas dix coups de fouet, mais quarante, dix décrétés par chacun des Quatre (…) Avant qu’ils eussent fini, les lanières frappaient sa chair à vif et faisaient jaillir des gouttes de sang ». Dwalia sera tuée par Abeille grâce à l’Art. Même morte, son cadavre et son corps ne connaîtront pas la paix (« Ferb et moi, on a eu l’honneur de balancer Dwalia dans la fosse, et Ferb lui a pissé dessus. Cette vieille garce était plus jolie morte »). Cela montre bien que Dwalia était très peu respectée à Clerres : on ne note aucun enthousiasme à son retour de mission de longs mois après son départ, on ne cesse de lui répéter toutes les pertes.

Car Dwalia est antipathique. Elle a livré à la mort et au viol des dizaines de gens simplement pour enlever Abeille. Elle a souvent battu sa captive (« Dwalia avait laissé sa marque sur moi : par temps froid et humide, ma pommette gauche me faisait souffrir »). Elle n’a montré aucune solidarité envers ses propres compagnons de voyage, laissant par exemple Alaria se faire abuser quand ils sont coincés dans un poteau d’Art à Chalcède : « il n’en a place, alors ne fais pas attention à lui. Il ne peut pas baisser son pantalon, et le tien non plus » ; ce qui n’empêchera pas l’homme de se frotter à Alaria. Notons qu’elle vendra plus tard Alaria contre des places sur un bateau.

dimanche 10 octobre 2021

Sexe et séduction

La Femme Pâle / Elle possédait une beauté surnaturelle, aussi froide que le palais qui nous entourait (…) elle portait une robe de laine immaculée qui ne laissait rien ignorer des courbes de son corps (…) une imperceptible nuance rosée teintait les mamelons dressés de ses seins ronds, et l’absence de couleur de sa toison à l’entrejambe répondait à celle de sa chevelure

Dans le tome 12 de l’assassin royal, Fitz rencontre enfin la Femme Pâle, celle qui a envoyé les Pirates Rouges attaquer les Six-Duchés et semer la port et la peur. C’est une rencontre attendue car elle permet au lecteur de mettre enfin un visage sur la principale force qui s’oppose aux héros. La description est intéressante puisqu’elle met fortement en avant le teint de la Femme Pâle, en totale opposition avec les femmes des Six-Duchés, et donc des femmes avec qui Fitz a couché. Elle nous montre aussi une femme qui n’a pas peur de se montrer pour séduire, mais surtout pour arriver à ses fins. Enfin, elle joue également de sa ressemblance avec le Fou, sachant que Fitz a un lien particulier avec celui qui a partagé son enfance à Clerres.

Tassin / Elle avança le visage sucré et m’embrassa, la bouche ouverte. Son haleine avait un parfum sucré d’encens. J’eus soudain envie d’elle avec une violence qui me fit tourner la tête ; envie non pas de Tassin, mais d’une femme, de douceur, d’intimité.

A ce moment du récit, Fitz vient à nouveau d’échapper à la mort et erre seul sur les routes des Six-Duchés. Il vient d’intégrer une caravane qui doit lui permettre de se rapprocher de Vérité. Tassin est une jeune femme qui va d’un homme à un autre, non pas pour assouvir ses envies, mais pour ensuite faire chanter les hommes et récupérer de l’argent. Fitz représente une bonne cible, d’autant plus que l’on sait que ça fait un moment qu’il n’a pas eu de rapport intime avec une femme. Depuis que Molly l’a quitté, il n’a connu personne, repoussant les avances auparavant de Miel et Fifre. La douceur fait écho avec tout ce qu’a vécu dans ce tome (le Poison de la vengeance) jusqu’à présent : le brutal retour à la vie, la violente colère contre Burrich, la tentative de meurtre par un forgisé et ainsi de suite. On peut penser qu’il a un trop-plein de choses en lui qui ont besoin de sortir. Et là où il n’avait pas pu contrôler sa fureur envers Burrich, il a pu cette fois le faire.

Molly / la courbe d’une épaule tiède et nue, le moelleux purement féminin d’un sein, le petit hoquet surpris que l’on émet lorsque toutes les barrières tombent soudain, le parfum de sa gorge, le goût de sa peau ne sont que des fragments, et si doux soient-ils, ils n’englobent pas le tout.

L’assassin du roi nous présente par moments un Fitz poétique, pris dans des rêves. Cela arrive lorsqu’il se méprend sur la nature de ses rêves avec Oeil-de-Nuit, cela arrive surtout lorsqu’il passe la nuit avec Molly. C’est nécessairement la nuit car leur relation est secrète, réprouvée par le Roi Subtil ou Patience. Pour Fitz, Molly est un exutoire, une manière d’échapper à ses soucis quotidiens. Elle est aussi une porte vers un monde nouveau, lui qui évolue dans un univers très masculin ou où il peut nouer très peu de relations amicales.

Jinna / Et puis, alors que je gisais sur elle dans le vertige de l’assouvissement, elle d’une petite voix : « Eh bien, tu es un rapide, Tom » (…) « Tom, la première fois est rarement la meilleure. Tu m’as montré ta passion d’adolescent, voyons tes talents d’adulte ». (…) Je procédais cette fois avec une habileté qui eut tôt fait de réveiller nos sens ; Astérie m’avait enseigné plusieurs trucs et Jinna parut satisfaite de ma seconde prestation.

Jinna et Fitz (Tom) se tournent autour depuis les premiers chapitres du Prophète blanc. Ils se rencontrent grâce à Heur, le fils adopté par Fitz. Ils passent du temps ensemble dans la petite maison de Fitz et c’est à cette occasion que la sorcière des Haies fait une référence au côté animal de Fitz (en disant qu’il a des yeux de loups, la violence d’un animal sauvage). Plus tard, ils se retrouveront à Castelcerf et ils deviendront amant. La référence à la précocité de Fitz est importante : au-delà de la valeur de sa prestation, il y a l’allusion au fait que Fitz a le Vif et qu’elle a eu vent de certaines choses des Vifiers quand ils font l’amour. Elle fera alors une remarque qui blessera grandement Fitz et ressortira des mois plus tard : Fitz, gravement blessé, finit par revoir Jinna et elle lui dit que ses émotions violentes sont nécessairement le loup qui est en lui qui ressort. Là où Fitz n’avait été que vexé et enclin à prouver à nouveau sa valeur au lit, là il décide de couper les liens pour de bon. Enfin, Astérie occupe une grande part dans la vie sexuelle de Fitz. Elle est sans doute, à ce stade du récit, la femme avec qui il a le plus couché et qui lui a enseigné comment faire réagir un corps de femme.

Burrich / A vivre au milieu des étalons, il connaît tous leurs trucs. J’ai gardé la marque de ses dents sur ses épaules toute une semaine.

Fitz et Molly discutent des beaux hommes des écuries et même du château. Molly fait alors un compliment à Fitz en lui disant qu’il est plus le bel homme depuis Burrich. Bien entendu, Fitz le prend mal, il est choqué d’être comparé à Burrich, il ne s’est jamais intéressé à la beauté de l’homme. Pour autant, il a remarqué sa force, sa douceur avec les animaux, le fait qu’il inspire confiance à d’autres. Notons aussi que Fitz a très peu d’amis de son âge et que la cour semble très coincé au niveau des mœurs : Chevalerie a bien dû partir parce qu’il a eu une aventure avant son mariage ! Il n’est donc pas étonnant de le voir choqué quand Molly raconte cette anecdote. Il ne comprend dans un premier temps à quoi Molly fait référence. Et quand il finit par saisir, il est choqué par ce qu’elle suppose.

Elliania / Elle plaqua sa bouche contre la sienne et, comme il la saisissait gauchement dans ses bras pour l’attirer, elle se laissa aller pour qu’il sente ses seins nus contre sa poitrine

La relation entre Elliania et Devoir est forcément publique : elle est une narcheska et lui l’héritier des Six-Duchés. Tout ce qu’ils font est exposé, espionné et scruté. Le groupe de Devoir vient d’arriver dans les îles d’Outre-Mer et comprennent que la situation sera bien plus compliquée que ce que cela en a l’air. Car les gens de l’île voient d’un mauvais œil la mission de Devoir (ramener la tête du dragon Glasfeu) mais aussi remettent en cause la légitimité d’Elliania. Les cousines d’Elliania se moquent d’elle, disant qu’elle est trop plate, trop timide et que Devoir peut trouver mieux. Elliania se défend alors, physiquement ; elle se bat avec une autre prétendante et montre sa force physique et de caractère. Le passage montre aussi que ce sont deux jeunes inexpérimentés qui n’en sont qu’à leurs premiers émois amoureux.

Sire Doré / Sydel se nourrissait de l’attention de Sire Doré et s’épanouissait à sa chaleur, et, en l’espace de quelques instants, son admiration d’adolescente pour son âge, sa fortune et ses belles manières avaient laissé la place à l’intérêt et à l’attirance d’une femme pour un homme

Sydel n’avait pas grande chance de résister à Sire Doré (aussi connu comme le Fou ou Ambre). Car l’homme sait séduire par son physique ou grâce à ses mots. Il charme, il flatte, captive par les mots ou par son agilité, il porte des tenues qui détonnent dans l’atmosphère des Six-Duchés. C’est peut-être aussi la première fois que Sydel voit un homme si mystérieux, si riche et si influent. Elle n’est qu’une adolescente dans une famille quelconque sans réel pouvoir. Elle tombe donc sous le charme de Sire Doré et cela déclenchera la colère et la jalousie de son fiancé Civil. Bien plus tard, Civil demandera des comptes à Sire Doré, arguant qu’il a abusé Sydel.

Dwalia / J’entendis des coups rythmés en provenance de la cabine (…) et la cadence s’accéléra (…) elle poussait à présent des petits cris aigus.

C’est Abeille qui est témoin, sans s’en rendre compte, des relations sexuelles entre Dwalia et un capitaine de bateau. Il faut préciser que l’homme est influencé par la magie de Vindeliar qui lui fait croire que Dwalia est la plus belle femme et la plus désirable. Dwalia doit donc donner de son corps tout le long du trajet. Dwalia n’a pas eu la vie facile dans sa volonté de ramener Clerres à Abeille. Elle a été menacée de viol, humiliée physiquement et doit donc coucher.Il faut également noter qu’Abeille ne comprend pas ce qui se passe, elle est bien trop jeune pour ça et personne n’a pu lui en parler de tout façon ; Fitz lui a donné une éducation très limitée.

Malta / « Je vois que tu as été bien récompensée pour la part que tu as prise à ma délivrance, jeune reine. Une crête écarlate. Tu en tireras beaucoup de plaisir. » Malta rougit, l’air perplexe, et le dragon gloussa avec affection.

Depuis que Malta a contribué au retour de Tintaglia, les deux ont eu un lien spécial, à un point que la jeune Vestrit en a gagné un nouvel attribut physique. On peut penser que Malta en sera très contente car elle ne cesse de répéter son envie de vivres de nouvelles aventures, de ne pas être une créature froide comme Ronica et Keffria. Mais, vouloir n’est pas faire : clairement, Malta n’a pas testé sa crête. Et quand aurait-elle pu ? Elle a tout le temps été prise dans des péripéties et les rares hommes croisés ont été dégoûtants avec elle (et la compagne Keki l’a prévenue et lui a donné des conseils pour ne pas être violée). Malta est chanceuse car c’est une modification bénéfique, trop de gens souffriront de l’influence et des changements des dragons.

Fitz / « Rien n’est visible » demandai-je en tournant sur moi-même. Il m’examina, un sourire aux lèvres, puis répondit d’un ton salace : « Tout est bien visible, mais pas ce dont tu te soucies ».

La relation entre Fitz et le Fou aura toujours pâti de la frilosité de Fitz et de sa peur que d’autres se méprennent de son lien avec son ami. Ils furent nombreux à sous-entendre que les deux étaient amants, comme Astérie ou Civil. Ce qu’ils ne savent pas est qu’ils sont deux amis très proches et que bien souvent Fitz a eu des propos stupides qui ont failli tout détruire entre eux. A ce moment du récit, les deux sont connus sous l’identité de Tom Blaireau et de Sire Doré, un maître et son serviteur. Et Sire Doré en profite pour enfin habiller son ami comme il l’a toujours souhaité, notamment des tenues qui mettent en valeur ses formes. Et attirent les regards des autres femmes car Fitz est un bel homme.



mercredi 1 novembre 2017

Sur les rives de l'Art

Sur les rives de l'Art est la première partie du dernier tome du cycle de l'assassin royal mais aussi des Aventuriers de la mer et des Cités des Anciens. En effet, dans ce livre, nombreux sont les personnages des différents cycles à apparaître : on retrouve bien entendu le groupe parti à la recherche d'Abeille (Fitz, le Fou/Ambre, Braise/Cendre, Persévérance, Lant et Bigarrée la corneille) mais aussi les Vestrit (Althéa, Malta,…), la Reine des Pirates (Etta), les Dragons et leurs Gardiens, Alise et tant d'autres.

L'intrigue se déroule à présent loin des Six-Duchés et des différentes îles du Nord car les héros voguent vers le sud. Ils font des escales dans des lieux mythiques comme Kelsingra, Partage et Terrilville. Ils foulent les terres et les rues où vivaient autrefois les Anciens et rencontrent les Dragons désormais nombreux. Comme dans les précédents tomes, la narration alterne entre Fitz et Abeille.

Nous retrouvons donc le groupe de secours à Kelsingra, la capitale des Anciens et le lieu où les Dragons viennent se panser et ressourcer en Argent. Fitz, imprudemment, a corrigé des erreurs physiques de certains enfants présents là-bas. Alors qu'il menaçait de se perdre dans l'Art extrêmement fort à Kelsingra, Ambre n'a pas eu d'autre choix que retirer son gant et dévoiler des bouts de doigts tâchés d'Argent. Cela entraîne la virulente réaction du Gardien Kanaï (un personnage fort plaisant dans ce tome grâce à ses manières et son attitude). Pour dissiper le malaise et apaiser la tension, Fitz et le Fou n'ont pas d'autre choix que d'invoquer des souvenirs du passé ; par exemple, Ambre explique à tous l'origine de l'Argent sur ses doigts (« La magie que j'ai sur les mains est la même que celle dont le roi Vérité me fit don par accident ») : elle fait référence au moment où dans la carrière aux dragons de pierre elle a touché par inadvertance un Vérité couvert d'Argent.

Dans ce livre, Fitz continue à être un personnage tourmenté par la disparition de sa fille. Nous mesurons à quel point les pertes successives de Molly et d'Abeille ont changé sa vie.
Molly est morte il y a déjà des années et elle continue de le hanter. Il était amoureux d'elle, plein de désir et d'attention (« Les hommes du domaine étaient fiers de lui. “Le vieil étalon n'a pas perdu sa fougue”, ils disaient. Dans son bureau, dans les jardins, dans les vergers »).
On se souvient qu'à la fin d'Adieux et retrouvailles le Fou a décidé de quitter Fitz et de lui offrir des années de bonheur avec celle qu'il aime depuis l'enfance. Fitz s'y était fait (« Ma vie était belle, Fou, et j'aurais voulu qu'elle dure toujours ; j'aurais voulu vieillir et mourir avec elle dans mon lit ») : ce fut une vie loin des intrigues politiques, des assassinats, des demandes irraisonnables du Roi.

Quant à son lien avec le Fou, il est, comme toujours depuis l'épisode Sire Doré, soumis à interrogation. Fitz découvre une nouvelle facette, Ambre. Quand il dit « Vraiment. Je n'aime pas le personnage que tu deviens quand tu joues le rôle d'Ambre ; c'est quelqu'un que je ne voudrais pas comme amie. Elle est… sournoise. Fourbe », on est soulagé qu'il ait rencontré le Fou alors qu'il n'était qu'un bouffon en quête d'amitié comme lui. Ambre se montre prête à tout pour arriver à ses fins, encore plus que le Fou. Elle ne se contente plus de manipuler la vie de Fitz mais celle de tous les autres, quitte à les tromper.

Mais, le grand moment reste la confrontation entre Fitz et la vivenef Parangon. C'est une rencontre qu'on attend depuis qu'Ambre, dans les Aventuriers de la Mer Ambre, a sculpté sur la figure de proue le visage de son ami. Fitz et les autres sont témoins de l'amour porté par le Fou (« Douce Eda, Fitz, il a votre visage ! Jusqu'à votre nez cassé », Lant).

Pour ceux qui n'ont pas lu les Cités des Anciens, on apprend aussi pas mal de choses sur les dragons ; Kanaï nous rappelle que «  quand un serpent se transforme en dragon, il se réveille avec les souvenirs de ses ancêtres ; il sait où chasser, où nidifier, il se rappelle les noms et les événements de sa lignée – enfin, en principe. Nos dragons sont restés trop longtemps sous leur forme de serpent et pas assez dans leurs cocons, et ils ont éclos avec une mémoire incomplète ». C'est important car si la trame du livre est la vengeance de Fitz, on va vite se rendre compte qu'il se fait des alliés dans sa mission.

Il est beaucoup question de vivenef dans le roman. Ils s'en servent pour remonter le fleuve et ses eaux particulières (à part Fitz et Oeil-de-Nuit, personne ne l'a jamais fait à pieds). Ils passent devant la ville de Cassaric (« c'est là que vivent des traîtres, des gens qui ont trahi la tradition Marchande sans jamais en subir les conséquences ; des gens qui ont donné abri à ceux qui voulaient massacrer des dragons pour récupérer leur sang, leurs os et leurs écailles ») où c'est l'occasion de faire un point sur les péripéties des Gardiens. Dans les Cités des Anciens, les Marchands avaient embauché les rebuts de la société pour transférer les pathétiques dragons. Mais, leur route avait été semée d'embûches et de dangers. Aux eaux acides s'ajoutaient les attaques de ceux qui voulaient du sang des dragons pour allonger leur durée de vie. Les vivenefs avaient donc joué un rôle important en permettant de voyager et distancer les poursuivants.
Les gens de Cerf s'interrogent sur la nature de ces bateaux : Cendre remarque les petites particularités qui le font si bien naviguer, Fitz communique même avec. Le Fou précise que « ce n'est pas une création des hommes ni des constructeurs navals. Chaque vivenef était à l'origine destinée à devenir un dragon, et certaines s'en souviennent mieux que d'autres. Ces bateaux sont vivants, Fitz ».

Puisque les vivenefs sont de potentiels dragons coincés dans une enveloppe de bois, il n'est pas étonnant de les voir enclins à vouloir se venger. Il faut préciser qu'une lutte a opposé les Dragons et les Anciens aux gens de Clerres. C'est pour ça que les Dragons ont disparu, qu'un Glasfeu à bout de souffle a décidé de se cacher dans un glacier d'Aslevjal.
Parangon dit clairement à Fitz que «  ta vengeance est aussi une vengeance de dragon ». La Reine Tintaglia, toujours aussi majestueuse et imposante, se lance aussi dans ses propres quêtes. Au début du roman, un Fitz téméraire lui demande des explications. Il veut savoir si elle ou les autres dragons ont entendu parler de Clerres et des Serviteurs. Malheureusement, sa mémoire est incomplète et elle doit aller chercher des renseignements auprès de Glasfeu. Tintaglia retrouvera donc Fitz et ses amis à Partage (la capitale des Îles Pirates). Là, elle l'informe sommairement que Clerres sera détruit par les Dragons et que si Fitz veut trouver sa fille, il ferait mieux de se dépêcher.

Kanaï nous dévoile une partie du passé car les Dragons, surtout Tintaglia, ont tendance à consacrer peu de temps aux humains, à manger et dormir avant tout. Il dit à l'assemblée réunie (Fitz, le Fou, Etta, Althéa, etc.) que «  FitzChevalerie n'est pas le seul à qui les Serviteurs ont fait du mal ; leur préjudice envers nous est bien pire ! De connivence avec les Abominations, ils ont pillé la plage de nidification, volé des œufs de dragon et tué ou emprisonné les serpents nouveau- nés ! ». A ce stade du récit, il revient en mémoire le début des Aventuriers de la Mer (le périple de Kennit).

On apprend aussi que les Serviteurs avaient connaissance d'un tremblement de terre qui allait frapper les Rivages Maudits et n'en ont pas informé les Anciens. C'est un passage important du récit car il justifie la haine entre les Dragons et ceux de Clerres ; dans le tome Adieux et retrouvailles (le dernier de la Tawny Man trilogy), Prilkop et le Fou décident de retourner dans leur ville natale afin de rendre compte de tout ce qu'ils ont vu et de tout ce qu'ils ont contribué à changer.
C'était la tradition avant, Les Serviteurs servaient alors que maintenant ils ne servent que leurs intérêts. Les Quatre (qui dominent Clerres) ne pensent qu'à s'enrichir, engranger du pouvoir et tourner le cours des choses pour leur propre bien. On a vu dans les précédents tomes qu'ils ont torturé et manipulé le Fou, on sait qu'ils ont tout fait pour qu'il ne trouve pas son Catalyseur, on apprend que la Femme Pâle a été envoyée pour détruire le dernier Dragon mais aussi éradiquer le reste de magie des Anciens (l'Art des Loinvoyant).
Vindeliar, un des hommes qui a participé à la destruction de Flétribois et à l'enlèvement d'Abeille, l'affirme clairement : « Clerres est le cœur du monde, et les battements du cœur du monde doivent toujours rester réguliers ».

Toutefois, les choses ont changé : le Fou a trouvé son catalyseur et a fait revenir les Dragons. Et en passant, il a contribué à la chute de la Femme Pâle. Il s'est alors créé là une ennemie : Dwalia (« Elle était jadis respectée en tant que servante à la disposition d'une Blanche hautement considérée ; elle avait vu sa maîtresse envoyée accomplir de grandes choses dans le monde. Mais, lorsque la femme avait échoué et chu, la fortune de Dwalia avait péri avec elle »). Il n'est donc pas étonnant de la voir tout mettre en œuvre pour détruire et anéantir la vie de Fitz et du Fou.

Abeille traverse une période extrêmement difficile. Elle est prisonnière d'un groupe où elle est maltraitée, attachée et frappée. Leur voyage se complique car ses ravisseurs ont peu de moyens et semblent mal préparés après que certains de leurs compagnons aient été tués par Fitz et les autres. Ils voyagent par piliers d'Art (où ils sont parfois coincés sans aucune intimité), bateaux (où Dwalia doit monnayer son corps) et à pieds. Abeille parvient parfois à s'échapper mais elle est toujours rattrapée, il lui arrive de mendier pour manger. Elle doit cacher ses rêves récurrents, protéger son esprit et éviter les intrusions de Vindeliar. Heureusement, elle peut compter sur la présence de père Loup (Oeil-de-Nuit) pour lui donner de précieux conseils (« chaque fois qu'un choix s'offre à toi, tu dois suivre la voie qui te garde en vie et indemne. Les regrets ne servent à rien »).
Quand le petit groupe cherche à fuir Chalcède, ils parviennent à monter sur un bateau à destination de Clerres. Là, on est témoin d'une émotion particulière que Vindeliar éprouve pour Abeille, il la considère comme son « frère ». Il lui apprendra, volontairement ou non, beaucoup de choses sur Clerres. Et il la protégera comme il le peut de l'appétit sexuel des matelots. Grâce à ses capacités en Art, il jettera un voile obscur sur Abeille, la présentant comme pas désirable : « pour qu'ils te laissent tranquille ; sur le bateau d'avant, il y en avait qui te regardaient et qui avaient envie de… qui avaient envie de ce qu'il fait à la pauvre Dwalia. »

Enfin, une autre menace semble peser sur Clerres. Nombreux sont les personnages, les situations où il est fait mention d'un Destructeur venant d'ailleurs. Comment cela va-t-il s'intégrer avec la vengeance de Fitz et des Dragons ?

Sur les Rives de l'Art nous plonge aussi dans quelques événements passés. Il jette un regard nouveau sur ceux-ci. C'est par exemple la difficulté de Fitz à concentrer son talent d'artiseur à Kelsingra qui entraîne une discussion avec le Fou où ils font référence à Auguste Loinvoyant (le cousin de Fitz) dont l'Art a noyé l'esprit. Ou de Vérité qui n'a pas su résisté à l'appel de l'Art et s'est perdu dans la construction d'un dragon.
Dragons et vivenefs sentent que Fitz a été marqué par un dragon inconnu (le dragon de pierre Vérité), il y a de nombreuses allusions à ce propos.

Il est aussi fait mention du vieux Roi Subtil. On apprend que c'est grâce au Fou que Subtil n'a pas sacrifié Fitz à Royal. On en découvre aussi un peu plus sur l'arrivée du Fou à Castelcerf, la façon dont Subtil et lui ont tissé des liens, l'appréhension du Fou au début (« Il me protégeait, Fitz. Il lui a fallu des mois pour gagner ma confiance, mais, à la fin, quand la reine Désir voyageait et que je dormais près de la cheminée, je me sentais en sécurité »).

Ortie est également évoquée. Tintaglia revient à Kelsingra et s'étonne de trouver ceux qu'elle a marqués changés. Elle demande donc des comptes et Fitz lui répond. Il en profite pour lui demander un service et la Dragonne le prend de haut. Il lui rappelle qu'elle est redevable (le sauvetage de Glasfeu) et la conversation dévie sur Ortie. Tintaglia s'en rappelle très bien. Elle grogne que « ce n'est pas un moucheron, celle-là ; c'est un taon, un taon qui pique, qui bourdonne et qui suce le sang… » Une description bien flatteuse de la part d'un Dragon.