Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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vendredi 24 mai 2024

Ronica Vestrit, une simple figure d'opposition ?

La famille Vestrit est en train de chuter. Les revenus se font plus rares, le commerce grâce à la vivenef se fait de plus en plus périlleux. A la mort du patriarche, Ephron Vestrit, les filles, Keffria et Althéa se déchirent et se séparent. Ronica assiste impuissante à tout cela. Elle qui a passé une bonne part de sa vie à tenter de contrôler les choses ne peut rien. Quand on lit les Aventuriers de la Mer, on peut penser que Ronica est une figure d’autorité ; les choses sont plus complexes : Ronica subit les choses et supporte la pression comme elle peut.


Les premiers tomes de la saga nous montrent donc une famille, les Vestrit, qui perd tout. Leur richesse s’envole, Kyle Havre prend le contrôle du navire familial, la Vivacia. On pourrait trouver des causes dans la situation politique de Terrilville, la réalité est que Ephron et Ronica ont pris une mauvaise décision. Ils ont confié le commandement de la Vivacia à Keffria, et donc à son époux Kyle Havre, plutôt qu’à Althéa. Pourtant, Althéa adorait le bateau, elle avait les compétences pour naviguer et le commander. Le choix a donc été différent et Ronica a perdu le respect de sa fille. Ronica tente de se justifier en disant que « j’ai persuadé ton père de signer le document. Je l’ai persuadé, Althéa, je ne l’ai pas trompé (…) Keffria était l’aînée qui doit pouvoir aux besoins de ses enfants, j’ai suivi la tradition et j’ai fait d’elle l’unique héritière ». Elle se réfugie donc derrière des prétextes fallacieux mais qui résument bien ce qu’est Terrilville à cette époque : une ville ouverte sur le commerce mais repliée sur elle-même, qui se ment à elle-même (on le voit, par exemple) avec sa position sur l’esclavage, interdit en apparence et grandement pratiqué). 

Ronica prend donc une mauvaise décision. Pour quelqu’un habituée à gérer les affaires familiales, habituée à prendre des décisions d’affaires, c’est un bien mauvais choix. Comment expliquer cela ? Il faut avoir conscience que Ronica est soumise à une forte pression. Son mari meurt, Terrilville est sous la menace du Gouverneur, de Chalcède et des Nouveaux Marchands… Et les Vestrit sont soumis à des accords du passé qui l’effraient avec les gens du désert des Pluies. L’obtention d’une vivenef et des cartes de navigation n’a pas été gratuite ; il faut la rembourser, en argent ou en donnant un enfant. Caoloun, une envoyée du désert des Pluies, le lui rappelle : « et si le montant n’y est pas, nous nous tiendrons au serment original qui nous lie : en or ou en sang, la dette doit être payée. Vous remettrez une de vos filles ou un de vos petits-enfants à ma famille ». Dès lors, l’unité de la famille Vestrit repose sur une personne que Ronica méprise, un étranger : le chalcèdien Kyle Havre. En décidant de donner la Vivacia à Keffria, Ronica a remis son destin entre les mains d’un homme qu’elle n’estime pas.


Althéa prend la fuite. Keffria, elle, reste à la maison et doit vivre avec sa mère, Ronica et Kyle (avant son départ à bord de la Vivacia). Les deux se disputent sa loyauté et ne laissent aucune place à Keffria pour s’exprimer. De toute façon, Keffria ne sait pas quoi faire, elle n’a pas assez de volonté pour s’imposer (« les yeux de Keffria quittèrent le visage de sa mère pour le regard granit de son époux. Elle avait le souffle court comme un animal acculé »). Keffria ne peut pas s’opposer à sa mère, elle en est physiquement et mentalement incapable. C’est en tout cas ce que pense Kyle. L’homme dresse un portrait bien peu flatteur de sa femme et de son lien avec sa mère : « je n’ai pas oublié ce que tu étais avant notre mariage, ni le fait que ta mère te retenait dans ses jupes ». Pour Keffria, entendre ça dans la bouche de son époux est comme un coup de poing dans le ventre : elle est saisie, sans voix. Mais, c’est aussi le début d’une prise de conscience. Keffria réalise qu’elle était comme une prisonnière dans sa propre famille, incapable de tracer son propre chemin.

Keffria réfléchit à son passé, elle réalise son auto-critique. C’est un signe de maturité, la preuve qu’elle commence à se construire sa personnalité. Keffria éprouve une forme de rancoeur envers sa mère. Elle lui reproche d’avoir toujours préféré, volontairement ou non, Althéa (« quand elle était petite, elle était la préférée de papa à cause de son entêtement et de son indiscipline ; aujourd’hui, il est mort, elle est partie et, par sa nouvelle absence, elle t’a détournée de moi »). Keffria en veut donc à ses parents, mais aussi à Althéa. Si elle avait poussé la réflexion un peu plus loin, elle en aurait peut-être conclu que son salut était de quitter le domicile familial comme sa soeur. Mais, cela n’a pas été le cas et elle est restée chez elle, tenant de gagner sa place auprès d’une mère étouffante (« te rends-tu compte à quel point j’ai toujours eu l’impression d’être stupide et bonne à rien ? »). Ronica décide de tout.


Contrairement à Keffria, Malta ne se laisse pas faire. La jeune femme Vestrit n’est pas timide quand il s’agit d’exprimer ses sentiments et son désaccord. Elle a vite cerné Ronica, une femme qui rêve d’un statu quo et qui est forcée de changer. La détresse de Malta éclate alors qu’elle désire se rendre à un ban pour montrer à tous qu’elle est enfin une femme : Ronica et Keffria la voient encore comme une gosse, se moquent de sa tenue. Pour Malta, c’en est trop : « tout plutôt que d’être obligée de m’habiller et de me conduire comme une petite fille alors que je suis une femme presque faite, obligée de toujours me taire, me montrer polie, rester…. Rester invisible ! Je ne veux pas de cet avenir, je ne veux pas devenir comme toi et maman ! ». Cette diatribe est adressée à Ronica puisque Malta a compris que c’est elle qui a le pouvoir. Malta ne veut pas être contrôlée ou vivre dans une prison dorée. Elle veut vivre. Même si elle ne le dit pas, on peut penser qu’elle comprend la volonté d’Althéa de quitter la maison de famille. Y rester, c’est être condamnée à un triste destin : « tu veux que je devienne une rombière mal fagotée comme maman et toi ! Tu veux que je sois vieille sans même avoir eu le temps d’être jeune ! ».

Un autre point de discorde est le cas Kyle. Malta adore son père, elle le vénère. Elle ne tolère pas qu’on dise du mal que lui, elle ne tolère pas le mépris de Ronica. Malta est convaincue que Ronica voit en Kyle seulement, un géniteur, un reproducteur (« pour te donner des petits-enfants et satisfaire maman, il est parfait, mais tu ne veux rien de lui à part ça, parce qu’alors il risquerait de mettre en péril tes propres projets : harder tout le pouvoir pour toute seul, quitte à ruiner la famille ! »). La critique est dure mais reflète ce que pensent d’autres personnages : Ronica veut les contrôler. Elle se servirait d’eux tant que cela sert ses desseins et ferait tout pout étouffer leurs volontés d’émancipation.


Cela a bien fonctionné avec Keffria, biens moins avec Althéa et Malta. Cela ne fonctionne pas du tout avec Kyle Havre. L’homme étant chalcèdien, il est fortement influencé par sa culture qui veut que l’avis d’une femme compte bien peu. Tant qu’Ephron était vivant, Kyle donnait le change et faisait semblant de considérer Ronica. Mais, le vieil homme est mort et il n’a plus besoin de faire semblant : « vous vous en êtes bien tirée, pour une femme, tout ces années : mais les temps changent et Ephron n’aurait pas dû vous laisser débrouiller toute seule ». Les mots font mal. Kyle insulte presque Ronica d’être incompétente.


dimanche 19 février 2023

Qui est Ephron Vestrit ?

Pour le lecteur, les premiers chapitres des Aventuriers de la Mer laissent un goût amer quant à Ephron Vestrit. On se rend compte que c'est un marin respecté, un capitaine de premier plan (il dirige la vivenef Vivacia) : on est plus dubitatif sur le choix fait (avec sa femme Ronica) de confier la vivenef de la famille à Kyle Havre.

Et puisqu'on suit l'aventure du point de vue de différents narrateurs, on est fortement influencé par ce qu'ils pensent et vivent. Toujours est-il que le fait que Ephron soit un bon marin et capitaine est clair. Ce n'est pas seulement grâce à ce que voit Althéa (« Ephron Vestrit n'aurait jamais laissé traîner de cartes, et n'aurait jamais toléré la présence d'une chemise sale négligemment jetée sur le dossier du fauteuil »). La pensée d'Althéa peut être mise en doute tant sa relation avec son père est forte : il lui passe tous ses caprices et lui laisse une grande latitude dans la conduite de sa vie. Mais, alors qu'Ephron est en train de mourir et que Kyle Havre a pris possession du navire, sa famille décide, conformément aux traditions, de l'emmener sur le pont du navire afin d'éveiller la Vivacia. Alors que certains marins rechignent à la tâche, il suffit à Althéa d'invoquer le souvenir d'Ephron pour qu'ils décident de s'activer : « et, quand le Capitaine Vestrit est à bord, il n'y a qu'un seul commandant. Il m'étonnerait que vous trouviez grand monde sur ce navire pour remettre cette évidence en question ».

Bon marin, Ephron est également un bon mari pour Ronica. Cette dernière parle toujours de lui avec tendresse et des mots valorisants. Ronica est triste de voir l'état de son mari, l'épave qu'il est en train de devenir alors que « quand ils s'étaient mariés, les deux mains de Ronica ne faisaient pas le tour du bras musclé de son jeune époux ; aujourd'hui, ce bras n'était plus qu'un bâton d'os recouvert de peau flasque ». La déchéance n'est pas qu'intellectuelle (il cède à sa femme le choix de savoir qui gouvernera la Vivacia), elle est aussi physique. En réalité, les deux se mêlent et sont d'autant plus durs à vivre pour ses proches qu'Ephron a été un précurseur. Il semble être celui qui a permis aux femmes de reconquérir du pouvoir (« quand Ephron Vestrit avait remis ouvertement la direction de toutes ses priorités à sa jeune épouse, Terrilville s'en était montrée presque scandalisée. Il n'était plus à la mode que les femmes prennent part à l'aspect financier des affaires, et revenir à de telles coutumes rappelait trop l'ancienne existence des pionniers »). Ronica doit donc beaucoup de son autorité et de son statut à son mari. Et elle lui a prouvé sa confiance et sa valeur en gérant les domaines, propriétés. Cependant, à la mort d'Ephron, les choses se précipitent : Kyle Have fait des choix douteux pour la Vivacia, Chalcède menace Terrilville, les intrigues politiques se développent. Face à ça, Ronica est parfois dépassé, se laisse parfois aller. Elle se sent seule d'autant plus que ses filles (Keffria et Althéa) et sa petite-fille (Malta) ne sont pas d'un grand soutien. Elle n'a personne sur qui se reposer. Elle se réfugie alors dans le souvenir de son mari pour tenter de regagner de la force (« elle inspira profondément. Ephron. Ce fut tout. Elle avait simplement prononcé son nom à voix haute. A la fois appel, excuse et adieu »).

Ephron et Ronica semblent avoir un avis différent quant à Althéa. Ronica pense qu'il faut la prendre en main et lui confier des responsabilités alors que Ephron opte pour lui laisser encore un peu de liberté (« elle devra bien assez tôt s'installer, devenir une dame, une épouse et une mère, et il m'étonnerait qu'elle trouve à son goût ce genre d'exercice monotone »). Cela n'a pas rendu service à Althéa. On pourrait presque penser que cela a convaincu Ronica que sa fille n'était pas assez sérieuse pour recevoir en héritage la vivenef de la famille. La déception est alors immense pour Althéa qui pensait avoir un lien spécial avec son père ; Ronica précise que c'est elle qui a décidé de donner la Vivacia à Keffria et qu'Ephron a fini par accepter l'idée (« j'ai persuadé ton père de signer le document. Je l'ai persuadé, Althéa, je ne l'ai pas trompé. Même ton père a fini par se convaincre de la sagesse de ce que nous avions décidé »). On peut penser que Ronica a profité de la faiblesse d'Ephron pour le convaincre et que ce dernier n'était pas en assez bon état pour résister.

Mais, avant sa déchéance mentale et physique, Ephron était un homme de convictions. Il avait des valeurs qu'il défendait auprès de ses proches et auprès de la société de Terrilville. Il avait osé confier les affaires de la famille à une femme, il ose se positionner contre l'esclavage alors que la pratique gangrène Terrilville et que les Marchands usent d'artifices pour la développer. C'est un choix d'autant plus courageux que cela leur permettrait d'accroître leur richesse. Mais, il ne cède pas alors que la pression est forte : « Ephron avait toujours désapprouvé l’esclavage ; Ronica, elle, pensait que la plupart des esclaves ne devaient leur sort qu'à eux-mêmes ». C'est une décision courageuse mais qui explique aussi le déclin de sa famille. Au début de l'intrigue, le déclin des Vestrit est manifeste : ils ont de moins en moins de fonds, de plus en plus de mal à accumuler de la richesse. Cela peut aussi s'expliquer par le côté têtu d'Ephron, un homme campé sur ses positions qui refuse de les remettre en question. On en a la preuve avec sa volonté de ne pas commercer avec les gens du désert des Pluies (« on ne touche pas à la magie sans en être souillé. Nos ancêtres ont jugé que le prix était trop élevé et ils ont quitté le désert des Pluies pour fonder Terrilville »). Cette décision les empêche donc de commercer des produits qui sont fortement demandés et pour lesquels des gens sont prêts à payer beaucoup. C'est aussi sans doute un peu hypocrite pour un homme qui navigue sur un bateau magique...

Ronica offre un autre point de vue : elle explique que la magie nécessite un prix à pater, un prix immense : l'asservissement de la famille, et en particulier des enfants. C'est ce qu'elle tente d'expliquer à Malta : « il y a bien longtemps, Ephron et moi avons décidé de ne pas en conclure de nouveaux, de ne plus nous engager auprès d'eux, parce que nous voulions que nos enfants et nos petits-enfants – oui, même toi – restent libres de leurs décisions. A cause de cela, nous avons vécu plus difficilement que nous y étions obligés ». D'une certaine façon, Ephron a donc sacrifié son présent pour l'avenir de ses enfants. Il ne pouvait pas savoir que ce choix allait être mis en doute par de profonds changements en cours.

Kyle Havre a un avis bien nuancé sur Ephron. Si il respecte l'homme et le capitaine, il remet grandement en doute certaines de ses décisions. Chalcédien d'origine, il est forcément marqué par sa culture natale où les femmes ne valent pas beaucoup. Il ose donc dire à Ronica que « les temps changent, et Ephron n'aurait jamais dû vous laisser vous débrouiller toute seule ». La question de la femme est une pierre d’achoppement importante : selon Kyle, elles ne peuvent pas faire ce que les hommes font et elles doivent être réduites à des rôles subalternes. Ephron valorisait Althéa ; Kyle n'a jamais accepté ça (« pendant des années, j'ai dû supporter de voir Ephron Vestrit traîner sa fille partout derrière lui et la traiter comme un garçon »).

Surtout, il ne comprend pas qu'Ephron refuse de commercer avec le désert des Pluies, il refuse de croire qu'Ephron a pu détruire les cartes légendaires. Ce serait un choix ridicule, pas digne de l'homme qu'il est (« Ephron n'était pas stupide, et seul un imbécile aurait détruit des cartes de cette valeur ! »)

De son côté, Kyle Havre est jugé en comparaison de ce qu'était Ephron ; Brashen affirme que si « Kyle Havre était un capitaine compétent », il n'est pas « Ephron Vestrit ». La décision de confier la vivenef à Vivacia à Kyle revient donc au premier plan, sachant les limites connues de Kyle. Pour certains, elle jette un voile sombre sur Ephron, sur sa capacité à prendre de bonnes résolutions. Un Marchand dit qu' « Ephron Vestrit a laissa son navire entre les mains de cet étranger. Il l'a perdu. C'est un problème qui concerne les Vestrit, pas Terrilville ». Autrement dit, personne ne doit aider les Vestrit et ils doivent s'en prendre au réel responsable quant à la déchéance de leur famille. En confiant le navire à un homme venu d'ailleurs, Ephron a bafoué une tradition et doit en payer le prix.

Enfin, il faut aborder la relation entre Ephron et Brashen. En lui confiant un poste important sur la Vivacia, Ephron a donné à Brashen un but et une nouvelle chance, lui qui avait été disgracié et rejeté par sa famille (les Trell). Brashen en est reconnaissant (« Ephron Vestrit lui avait donné un bon coup de mail, il lui avait offert l'occasion de prouver sa valeur alors que personne d'autre ne voulait rien entendre »). Ephron lui a même donné des responsabilités importantes et un code de conduite (« si le second a la situation en main, le capitaine ne doit pas s'en occuper »). On peut penser qu'Ephron a aidé Brashen comme une forme de compensation, de substitut : Brashen aurait remplacé le fils perdu lors de l'épidémie de Peste sanguine. C'est sans doute aussi pour ça qu'il a traité Althéa de cette façon. Mais, encore une fois, en faisant cela, il a pu se mettre à dos certaines personnes de Terrilville, notamment la famille Trell. Cerwin Trell justifie cette position auprès de Ronica : « Père a été mécontent qu'Ephron prenne Brashen sous son aile après que notre famille l'a déshérité (…) Père a cru que vous vouliez nous en remontrer, nous prouver que vous pouviez remettre dans le droit chemin le fils qu'il avait chassé ».

dimanche 21 août 2022

Kyle et les femmes Vestrit

Kyle Havre n'a pas épousé seulement Keffria Vestrit que par amour, il y a vu son intérêt. Rien de bien étonnant dans cette partie du monde où les mariages font l'objet de longues discussions, tractations commerciales. Bien lui en a pris car, à la mort du patriarche Ephron Vestrit, il a pu hériter de la vivenef Vivacia et il peut dorénavant décider de l'orientation qu'il souhaite donner à la famille. Mais, rien n'est simple car il doit faire face aux doutes de sa femme Keffria, à l'opposition d'Althéa et à la forte tête de Ronica (l'épouse d'Ephron).

La principale opposante est Althéa, il faut dire que les deux ont les mêmes vues sur le poste de capitaine. Et, ils estiment que l'autre n'a pas les compétences nécessaires. Ce n'est pas une lutte à armes égales car Keffria est l'héritière légale et qu'elle décide de confier le commandement à son mari. Althéa n'a pas d'autre choix que se rebeller. Cela lui donne une attitude, selon Kyle, aigrie et d'enfant gâtée. Kyle pense qu'il faut la remettre dans le droit chemin car elle jette la honte sur la famille et qu'elle dessert la bonne réputation et donc l'avenir financier de l'affaire. Il convient également de préciser que Kyle est d'origine chalcédienne et que dans ce pays l'habitue est que les femmes obéissent aux hommes. Il n'est pas normal qu'Althéa lui tienne tête. Il s'emploie, pas nécessairement à la rabaisser, et à la remettre à sa place (« et puis j'ai compris ; c'était ce qu'elle espérait depuis toujours : quelqu'un qui pose les limites, qui la prenne en main et l'oblige à se conduire comme il faut »). On sent bien qu'en exerçant sa domination il tire une certaine satisfaction. Kyle est également convaincu qu'il est le seul à pouvoir mettre Althéa sur le droit chemin : « c'est une tête de mule qui s'intéresse si peu au sort des autres qu'elle en est inutile – non, pis, qu'elle est sur le point de ruiner le nom et la réputation de la famille. Je vous le dis carrément, j'ignore si vous êtes capable, l'une ou l'autre, de lui fixer les limites dont elle a besoin ». Clairement, Kyle pense que lui va réussir alors que les autres non. Il se considère comme l'homme providentiel de cette famille, l'homme qui va les sortir de la torpeur dans laquelle les membres se sont enfermés.

D'ailleurs, la façon dont il se comporte avec Ronica, pourtant la femme d'Ephron et son aînée, est révélatrice. Quand il lui parle, il lui arrive d'adopter un ton condescendant, presque comme si un adulte parlait à un enfant. Il lui fait remarquer que « je n'y parviendrai pas les mains liées, vous devez vous en rendre compte. Vous vous en êtes bien tirée, pour une femme, toutes ces années ; mais les temps changent, et Ephron n'aurait pas dû vous laisser vous débrouiller toute seule ». Derrière cette remarque se cache également la question du leadership tant Ronica et Kyle ont deux forts caractères. Les deux écrasent littéralement Keffria, la réduisent au rôle de figurante. Ils ont une vision différente des choses : Ronica désire maintenir l'équilibre et l'unité de la famille alors que Kyle pense avant tout à réussir pour assurer l'avenir de ses enfants quitte à sacrifier le sort de quelques uns. Pour être plus précis, Kyle pense qu'il a un avantage : il est un homme. Ses propos sont clairs : « Ephron ne vous a pas donné de garçon pour vous protéger, Ronica, d'homme pour prendre en charge la gérance des propriétés. Je me présente donc, comme un beau-fils digne de ce nom, pour accomplir ce qui doit l'être ». Les paroles sont dures et insultantes pour Ronica qui a dû gérer les choses alors que son mari agonisait, que la mort frappait sa famille (elle a perdu des enfants avec la Peste sanguine).

Kyle se sent investi d'une mission. Ce n'est pas seulement son devoir de redresser l'affaire de la famille Vestrit, c'est sa responsabilité d'offrir une meilleure vie aux femmes. Il l'explique à Hiémain (« Mais regarde ta mère et grand-mère ! Te paraissent-elles heureuses, satisfaites de leur sort ? Écrasées par le fardeau de décisions et de devoirs qui les plongent dans la dure réalité de la vie (…) Je refuse de voir ta mère vieillir comme ta grand-mère Vestrit, ployée sous le poids des responsabilités »). Cache-t-il son ambition derrière des motifs altruistes ? Sans doute, car la suite des événements montrera un Kyle inflexible, égoïste, ne pensant qu'à lui et à l'image qu'il renvoie.

Mais, c'est avec sa femme qu'il sera le plus dur. Il ne se contente pas de vouloir la dominer, il la rabaisse, il la fait passer pour une moins que rien. En la comparant à Malta (« aucune mère n'a envie de se faire éclipser par sa fille ; une adolescente est pour une femme mûre un constant rappel qu'elle n'est plus dans sa prime jeunesse »), il lui fait comprendre qu'elle n'est plus sa priorité. Il le rappelle d'ailleurs souvent : il est là pour assurer le futur de Selden et Malta. En outre, ses actes montrent autre chose : il est là pour lui. Même Keffria est là pour satisfaire ses besoins et ses envies sexuelles : « je n'ai pas oublié ce que tu étais avant notre mariage, ni le fait que ta mère te retenait dans ses jupes, exactement comme tu cherches à restreindre Malta ». Il fanfaronne : il a façonné Keffria, il a fait d'elle la femme à sa disposition, celle dont il avait besoin et pas celle que Keffria aurait pu ou voulu être.

dimanche 19 septembre 2021

Keffria, une femme rabaissée ?

Les romans des Aventuriers de la Mer ont leur lot de personnages qui décident de prendre leur destin en main : Kennit, Althéa, Malta. D’autres subissent les événements mais luttent quand même pour ne pas se faire emporter par la vague : Ronica. Et puis, d’autres encore, apparaissent presque résignés : Parangon la vivenef maudite et Keffria en sont de bons exemples. Keffria est entourée de gens charismatiques, énergiques et volontaires : Ronica gère fermement sa famille, Althéa contrarie son destin de seconde fille en voguant sur la Vivacia, Malta commence à s’épanouir en tant que femme. Quelle place peut elle alors avoir ?

Quand démarre l’histoire, son père Ephron est en train de mourir. Ce décès annoncé va créer de grands changements dans la famille et va bousculer toutes les cartes. Contre toute attente, Ronica force la main d’Ephron et le pousse à choisir Keffria comme principale héritière, au détriment d’Althéa. Sans doute la considère-t-elle comme plus malléable et plus encline à respecter les conditions de l’héritage. Même dans cette situation, là où on pourrait croire que des liens familiaux suffiraient pour que Ronica prenne soin de sa sœur, on lui impose des conditions (« Keffria était au courant de son héritage (…) le document établi clairement qu’elle doit continuer à pourvoir aux besoins de sa sœur jusqu’à son mariage (…) Keffria est donc tenue, non seulement par le sang, mais aussi par écrit de bien te traiter »). Si Keffria a choisi son mari (Kyle, un chalcédien !), cela n’empêche pas sa mère d’avoir des regrets, vains puisque trop tard. Mais, elle les exprime quand même et ça pèse sur le moral de sa fille. Même si la mère aime sa fille, cela ne fait que renforcer l’idée de la vision utilitariste des enfants et du poids des traditions (« tu aurais peut-être dû épouser le fils d’une famille de Marchands ; nous n’en serions peut-être pas là si tu t’étais mariée avec quelqu’un davantage habitué à nos coutumes »). Ronica accuse clairement Keffria d’être responsable des maux de la famille Vestrit. Keffria a un avis différent. Selon elle, tout a commencé à décliner des années auparavant. Elle pointe du doigt « la Peste Sanguine » qui « avait mis fin ces jours heureux ». Elle insiste en pensant qu’elle « avait l’impression que toute joie, tout enjouement, tout bonheur simple avait péri dans la maison en même temps que ses frères ».

Keffria a épousé Kyle parce qu’il lui plaisait. Ensemble, ils ont eu trois enfants : Malta, Hiémain et Selden. Kyle, commerçant sur les navires, a laissé l’éducation des enfants aux mains de Keffria. Keffria héritant des affaires Vestrit, c’est Kyle qui dirigera la Vivacia, la vivenef. Or, il faut obligatoirement un Vestrit à bord. Ce ne peut être Malta (c’est une fille) ou Selden (il est trop jeune). Le rôle est donc dévolu à Hiémain. Kyle doute des capacités de son fils, il passe son temps à l’humilier, à mettre en avant son manque de virilité. Il reproche même à Keffria d’avoir suivi les traditions de Terrilville en le confiant à la prêtrise de Sâ (« tu as pourri ce gosse en l’envoyant chez les prêtres »).

Kyle va bien plus loin. Il attaque sa femme sur son physique, sur son apparence. Il a bien vu à quel point Keffria a du mal à gérer l’impétueuse Malta et il met ça sur le compte de la jalousie. Il pense que Keffria ne supporte pas de voir une Malta pleine de vigueur et de rêves, une Malta qui lui tient tête (« tu es furieuse par que ta fille est passée par-dessus toi ! ») Il en profite pour lui faire des reproches sur leurs premières années de mariage, son manque d’ardeur pour le sexe, sa passivité (« je n’ai pas oublié ce que tu étais avant notre mariage, ni le fait que ta mère te retenait dans ses jupes (…) Rappelle-toi tout le temps qu’il m’a fallu pour t’éveiller à ta sensualité de femme (…) je ne tiens pas à voir Malta, une fois adulte, aussi timide et complexée que toi »).

Les liens ne sont pas meilleurs avec sa sœur Althéa. Elles semblent avoir une nature différente puisque Althéa adore les bateaux et la mer alors que Keffria est bien plus casanière. On peut aussi penser que l’incident entre Devon et Althéa (un jeune marin a profité de la naïveté d’Althéa pour coucher avec elle) les a séparées. Althéa s’est confiée à sa sœur et n’a récolté aucun soutien, que des reproches : « elle s’est montrée terrifiée. Elle s’est mise à pleurer, et elle m’a déclaré que je n’avais plus d’avenir, que j’étais une prostituée, une traînée, que j’avais jeté l’opprobre sur la famille. Puis elle a refusé de me parler ».

Sa fille, Malta, ne supporte plus l’ambiance lourde et oppressante depuis la mort d’Ephron Vestrit. Elle rêve de belles robes, d’être courtisée. Et pour cela, quoi de mieux que le bal des Moissons ? Malheureusement pour Malta, Keffria refuse qu’elle y aille. La jeune femme finira par y aller discrètement mais sera surprise par un ami de la famille qui la ramènera chez elle. S’ensuit une violente dispute où Malta balance à sa mère ses quatre vérités. Les mots sont durs, crus, violents. Elle lui hurle que « tu veux que je devienne une rombière mal fagotée comme maman et toi ! » Keffria prend alors conscience que sa fille est gâtée et pleine de caprices, qu’elle doit se pencher sérieusement sur son éducation et pas la déléguer à des servantes (« c’est moi qui m’occuperai de Malta désormais (…) Tu doutes peut-être que j’y parvienne ; moi-même, j’en doute. Mais je vais essayer ; voilà ce que je sais »). Keffria va donc s’atteler à cette tâche immense en sachant que sa propre mère est sceptique quant à ses chances de réussite. Keffria apparaît comme une femme fragile ; des années d’étroite surveillance de la part de ses parents l’ont convaincue qu’elle n’était pas capable de grand-chose. Malgré tout, on note très vite de petits changements, comme cette pointe d’humour qui fait peur à Malta (« un jeune homme qui roule sur l’or, voilà ce qui ne ferait pas de mal à notre famille en ce moment »). En laissant croire à sa fille qu’elle pourrait la marier pour le bien de tous, elle la remet à sa place. Cela rappelle aussi au lecteur que Keffria est dorénavant la Marchande de la Famille dans un contexte compliqué : les Pirates, moins de commerce suite à la guerre des Six-Duchés contre les Outriliens, la menace de Chalcède.

Keffria a bien conscience de ne pas avoir l’impétuosité de Malta ou l’audace d’Althéa. Elle a été la bonne fille, le gentille fille bien sage : « je ne crois pas vous avoir jamais fait passer une nuit blanche, à papa et toi. J’étais une enfant modèle, je ne me rebellais jamais contre vos décisions, j’obéissais à toutes les règles et je devais récolter plus tard les fruits de ma vertu. Du moins je le pensais ». On sent là pointer des regrets. En veut-elle à ses parents ou à l’époque troublée ? Elle fait des premiers reproches à sa mère qui ne lui a jamais réellement montré comment faire, qui a passé son temps à faire à sa place (« te rends-tu compte à quel point j’ai toujours eu l’impression d’être stupide et bonne à rien ? »)

C’est sans doute pour ça que les moments où elle redresse la tête sont suivis de moment d’abattement. Par exemple, après une maladresse de Malta, la famille Trell vient demander des comptes. Là, Keffria se dresse pour protéger sa fille et l’honneur familial (« on n’offense pas non plus les Vestrit (…) son inflexion était si semblable à celle qu’aurait pu avoir son père que Ronica en resta pétrifiée »). Mais, cela ne dure pas et Keffria tombe dans l’apitoiement. Elle retrouve sa position de femme soumise et obéissante (« un jour, tu vas mourir et je cesserai de me trouver prise entre le marteau et l’enclume ; peut-être laisserai-je alors toutes les responsabilités à Kyle pour ne m’occuper que de mes jardins »). La situation de Keffria est clairement fragile. La volonté de femmes comme Ronica et Malta lui renvoie sa passivité, sa langueur en plein visage.


samedi 29 août 2020

Hiémain et Kyle, une relation compliquée

La saga des Aventuriers de la Mer s’ouvre sur un mauvais choix et des incompréhensions. Mourant, Ephron Vestrit doit décider qui aura la charge de la vivenef de la famille. Tout laisse croire que ce sera Althéa, après tout elle a navigué sur le bateau magique. Mais, il choisit Keffria au grand étonnement de tous (et de celui du lecteur) : avec sa femme, Ronica, ils pensent que Keffria et son mari Kyle Havre auront besoin d’une source de revenus pour leur famille.
Keffria et Kyle ont trois enfants : Malta, Selden et Hiémain. Ce sont des Vestrit et il faut un Vestrit pour naviguer sur la vivenef Vivacia. Kyle décide donc de faire revenir Hiémain de son monastère.

Kyle Havre est ambitieux, il est un chalcédien et il manipule sa femme. Il lui dit des mots doux, l’enferme dans une prison de promesses. Il se révèle colérique et dur avec les mots. Prendre le commandement de la Vivacia est une opportunité inespérée pour lui, il est prêt à tout pour que tout aille bien. Il va briser des tabous en commerçant des esclaves.
Il va aussi revenir sur la parole familiale en se servant de Hiémain. Puisqu’il faut un Vestrit sur le bateau et que les deux autres enfants sont trop jeunes, ce sera Hiémain. L’éveil de la Vivacia montre déjà son côté absolu et ce que seront les futures relations avec son fils. Il ne fait pas que se moquer des croyances de son fils, il est déjà autoritaire : “Je me moque de Sa ! (...) Prends la cheville et éveille le navire”.

Déçu ou simplement méchant avec son fils, il ne fait que le rabaisser. Il tourne en dérision ses convictions religieuses, sa façon d’appréhender la vie. De sa bouche ne sortent que des paroles rabaissant son physique. Ainsi, alors qu’il retrouve son fils après de longues années, aucune parole de bienvenue n’est proposée. Il est blessant, volontairement blessant : “ta petite soeur est plus grande que toi, ; et pourquoi portes-tu une robe comme une femme”. Il s’attaque à la virilité de Hiémain, un concept très important dans la culture de Chalcède. Et à bord de la Vivacia, il sera encore plus explicite (“tu es revenu avec ta robe brune, ta voix douce, tes muscles de fillette, tes manières de mouton et ta timidité de lapin”). Il ne fait aucun effort pour comprendre son fils, pour tenter de saisir que l’éducation qu’il a reçue dans son monastère l’a profondément changé et qu’il lui faut du temps pour essayer de devenir ce que son père attend de lui. Car, Hiémain a évolué dans un cocon protecteur et pacifique, seulement rythmé par sa progression dans la maîtrise des préceptes. Rien ne le prépare à ce qu’il va affronter.

Kyle Havre décide de faire de son fils un mousse. Il a l’espoir qu’il se montre à la hauteur, gagne son respect et celui des hommes du bateau. Il le voit déjà devenir second puis capitaine un jour. Pourtant, dès le début, Hiémain fait preuve de ses objections, il s’est donné à Sa et aux études. Kyle fait alors preuve de violence pour le convaincre (“le poing le frappa sur le côté du visage, avec un craquement assourdissant”).
D’autres personnages comme Ronica Vestrit (l’épouse d’Ephron) ont conscience que la vie à bord du bateau sera rude pour Hiémain. Car non seulement il n’est pas du métier mais en plus Kyle Havre a choisi une cargaison particulière, des esclaves. C’est un interdit à Terrilville, c’est aussi un sacré défi pour une vivenef qui vient de s’éveiller et qui a conscience de tout ce qui se passe à son bord. Ronica es sceptique quant aux chances de réussite de Hiémain, elle dit à sa fille Keffria que “même si Kyle traitait Hiémain aussi délicatement qu’une petite fille, ton fils souffrirait de ce qu’il verra : les cales bondées, la mort”.

La vie à bord du navire est compliquée pour Hiémain. Kyle le confie à Torg, ne voulant pas de traitement de faveur pour son fils. Torg est le lieutenant, c’est surtout un homme brutal et jaloux, une terrible combinaison. Il trouve toutes les excuses pour ridiculiser le jeune homme, il désire plus tout que le faire craquer. Il le rabaisse devant les autres membres de l’équipage. Il ne fait que se débarrasser de lui, il s’y emploie avec des termes humiliants comme lorsqu’il dit à Clément que “c’est toi qui fais la nounou. Veille à ce que le bébé à sa maman ait toujours les mains occupées.”

Est-ce que Hiémain a conscience que son père le méprise ? Grâce à Clément, il sait déjà qu’il sera traité comme les autres à bord, qu’il ne faut rien attendre du fait qu’il soit le fils du capitaine (“non, m’sieur, pas quand tu sers à bord de son bateau ; à ce moment-là, c’est ton capitaine et rien d’autre”).
Hiémain verra que son père est détaché de lui lorsqu’il faudra lui amputer d’un doigt suite à  un accident sur le bateau. Les deux se défient, se regardent et se tiennent afin de voir qui cédera le premier. Le doigt infecté, Hiémain insiste pour que son père lui coupe. Ce dernier refuse et s’en ira même quand l’acte sera fait. Hiémain fera preuve d’un courage énorme et plus tard, assez étrangement, Kyle lui reprochera de s’être comporté comme un monstre en ne pleurant pas. Pour Hiémain, c’est la révélation, il “comprit alors que jamais il ne plairait à son père, que Kyle n’avait jamais désiré être fier de lui.”

A Jamaillia, les choses empirent. Hiémain tente de s’évader, est capturé par un esclavagiste et se retrouve à vendre. La vente publique voit Torg et Kyle prendre place dans la foule et ne pas faire plus d’efforts que ça pour racheter le fils. Hiémain sera tatoué deux fois, une première comme esclave et la seconde comme la propriété de la Vivacia, le bateau qu’il aime tant selon Kyle.

  • “il lui avait raconté qu’il avait tatoué Hiémain réduit en esclavage et qu’il l’avait acheté au nom de la Vivacia (....) car son père ne voulait plus entendre parler de lui”
  • “il était déjà défiguré par deux tatouages d’esclave, dont le plus grand était dû à sa propre réaction impulsive, sous le coup de la colère, à une suggestion facétieuse de Torg”

Tout est hors de contrôle. Kyle est dégoûté par son fils, le bateau est de plus en plus dépendant de Hiémain et instable à chaque fois que Kyle lève la main. Kyle ne sait que faire. A peine exprime-t-il des doutes sur sa propre attitude qu’il sait que ça ne sert à rien : “il regrettait son geste envers Hiémain mais il lui était impossible de revenir en arrière ; il savait aussi qu’on ne lui pardonnerait jamais”. 
Pas de pardon pour Kyle, Althéa le déteste déjà, Ronica le regarde de haut et il doit bien se rendre compte que Keffria ne le suit qu’à reculons. Seule Malta aime inconditionnellement son père.
Poussé à bout, Kyle est à deux doigts de tuer son fils. Hiémain ne doit sa survie qu’à un serpent (“une tête blanche comme la mort se dressa soudain hors de l’eau, les mâchoires béantes (...) elle attendait son repas”). Le serpent est lui aussi un bénéficiaire du choix du commerce d’esclaves, il mange les cadavres jetés par dessus le bord.

Le choix de Kyle Havre de se lancer dans le commerce d’esclaves aura des répercussions majeures. Cela ne fragilise pas seulement la famille Vestrit, cela aiguise l’appétit du pirate Kennit, un homme extrêmement ambitieux qui se voit le premier des pirates et ambitionne de libérer les esclaves et de capturer une vivenef. Il profitera de la révolte à bord de la Vivacia pour s’en emparer. Mais Kennit est gravement blessé à la jambe et Hiémain lui propose de l’aide, son éducation le pousse à ça. Là où on pourrait voir un acte de noblesse, Kyle ne voit que de la faiblesse, de la lâcheté : “tu opérerais même s’ils m’avaient jeté au serpent. C’est ta morale : courber l’échine devant celui qui a le pouvoir”. Il retire tout grandeur à la décision de Hiémain.

Etant donné le traitement que lui réserve son père, ce n’est pas anormal de voir par la suite que Hiémain vénérera Kennit et Etta. Il les placera sur un piédestal malgré toutes leurs ignominies. Il prendra même la défense de Kennit quand ce dernier violera Althéa.

samedi 25 mai 2019

Insultes et autres attaques

On ne peut pas dire que la relation entre Fitz et Astérie a été un long fleuve tranquille. De leur rencontre à leur première séparation il a toujours plané au dessus d'eux le nuage du désir et le besoin d'Astérie de se sentir importante : pour elle-même, pour Fitz et pour la postérité.
Après la libération des Six-Duchés par Vérité, Fitz se coupe du monde. Il a déjà été trahi par Burrich et abandonné par Molly. La ménestrelle est la seule personne de son ancienne vie à lui rendre fréquemment visite, elle est son lien régulier avec le monde extérieur. Et entre autres choses, ils deviennent amants.
Quand l'Histoire rattrape Fitz, ce n'est pas vers elle qu'il se tourne mais le Fou, cet être qu'elle juge curieux et pour qui elle a toujours éprouvé de la jalousie. Très vite, les choses s'enveniment entre les deux et les paroles blessent. C'est un festival de paroles méprisantes, d'attaques gratuites. Astérie ne comprend pas le besoin de Fitz de rester à tout prix dans l'ombre, de vivre comme un misérable, comme un simple serviteur alors qu'il pourrait avoir ce qu'il veut. Et, comme d'autres (Devoir, Civil), elle questionne la sexualité du Fou et pense que les deux vieux amis sont partenaires dans l'intimité.


Lorsque Fitz revient des Montages, c'en est définitivement terminé du jeune homme innocent, d'ailleurs déjà largement entamé par l'enseignement du maître d'Art Galen.
Royal veut le tuer, Subtil le regarde faire. Lâché par le trône, il revient misérablement à Castelcerf avec Vérité et Burrich. C'est un homme affaibli qui ne maîtrise même plus son corps (et son esprit). Pire, il a vu son amour en très mauvaise posture : Vasebaie, le village où Molly avait cherché refuge après la faillite de sa boutique, a été attaqué par les Pirates Rouges.
Sa surprise est donc totale quand il la retrouve dans les couloirs du château en tant que servante. Pour justifier cela et son état, il lui sort des explications qui ne peuvent que paraître fumeuses. Molly, dont l'existence jusque là n'a été que moqueries, prend la mouche, d'autant plus qu'il apprend qu'il lui a menti et qu'il est de sang royal.


 
Dans toute la saga, Royal est peut-être l'ennemi le plus emblématique de Fitz. De sang royal comme lui (il est son oncle), il ne supporte pas la vue du bâtard et profite de chaque occasion pour le lui montrer. Il tente même de le tuer à plusieurs reprises. Après une tentative de meurtre avortée dans les Montages, Royal emploie une autre stratégie pour prendre le pouvoir. Il rassemble ses pions pour isoler Vérité et Fitz. Quand son frère décide de partir en quête des Anciens, il appuie sa demande afin se retrouver libre d'agir à Castelcerf. Il réorganise la garde royale et gère les affaires du Royaume, Subtil n'étant plus qu'un pantin.
Fitz a le malheur de s'immiscer dans ses affaires en donnant son avis sur les animaux des écuries. Mal lui en prend car même pour une affaire bénigne en apparence, Royal emploie ses talents d'orateur, lui l'homme à la langue si agile. Les mots claquent et il n'a que mépris pour Fitz et ses parents. Il se moque de sa manie de vivre avec les gens du peuple et parmi les animaux.


Althéa Vestrit a été lésée par Kyle Havre et ses propres parents. La vivenef de la famille, la Vivacia, a été injustement accordée à Kyle. Althea a beaucoup de rancune pour ce choix qui va radicalement changé sa vie. Mais, elle ne baisse pas les bras et au contraire elle fait tout pour montrer qu'elle est un marin respectable.
Puisqu'il faut un membre des Vestrit à bord du navire, Kyle arrache Hiémain (le neveu d'Althéa) de son monastère et le force à monter à bord dans un environnement qui s'avèrera nuisible.
Il le marque comme un esclave, le fait traiter comme un moins que rien. Après moult aventures, Hiémain rencontre le pirate Kennit. Par la suite, le hasard (ou le destin) fait que les trois se retrouvent à bord du même bateau.
Profitant de la faiblesse d'Althéa, Kennit la viole. Quand Althéa le dénonce et le confronte, son propre neveu ne la croit pas. Il se moque même de ses crises de colère en lui disant qu'elle a toujours été une sauvageonne, une marginale. Déjà violée par Devon, Althea ne peut compter sur le soutien de personne, même pas ceux d'Etta et Parangon qui savent pourtant ce qu'elle a subi, Jek lui offrant un geste d'affection minimale.