Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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dimanche 21 novembre 2021

Parangon et Fitz

Défiguré volontairement par un jeune Kennit, Parangon finit par accepter qu’on lui sculpte un nouveau visage. C’est une attitude qui sort du commun car tout le monde, vivenefs comprise, pense que c’est impossible. Mais, Ambre est une artiste et une artisane hors pair. Au fur et à mesures des aventures, elle lui créera son nouveau visage et on comprendra par des allusions que c’est ce lui de Fitz. Par exemple, dans les Marches du Trône, Althéa lui demande ce qu’elle sculpte. Ambre répond que ce sont « des cerfs qui chargent ».

Cela se confirme dans les secrets de Castelcerf quand Jek traverse le monde et rend visite à sa vieille amie Ambre. Elle finit par comprendre pourquoi Ambre a donné à Parangon ce visage : « ce… Tom Blaireau, quand il est entré et que j’ai reconnu son visage, je me suis sentie follement heureuse pour toi. Je t’ai vue sculpter la figure de proue : tu es amoureuse de lui ». Jek est la première personne d’une liste de gens qui seront marqués par la ressemblance entre Fitz et le navire. Sur les Rives de l’Art voit Fitz et son groupe (le Fou, Lant, Braise, Persévérance) avoir besoin de navires pour se rendre jusqu’à Clerres. Ils obtiennent l’aide des gens de Kelsingra (Malta), puis d’Alise et Leftrin, et enfin Brashen et Althéa. Or, Parangon est la vivenef des deux derniers : la rencontre se fait. La réaction de Lant est claire, il est choqué, surpris : « Douce Eda, Fitz, il a votre visage ! Jusqu’à votre nez cassé ». Althéa a le même genre de réactions («  c’est un curieux plaisir de rencontrer l’homme qui porte les traits de mon bateau – mais je doute que vous voyez la situation à l’inverse »). Althéa se met à la place de Fitz, elle peut comprendre qu’il se sente mal à l’aise. C’est presque comme si une part de son identité lui avait été volée. D’autant plus que Fitz, de par son éducation et son caractère, a toujours préféré ne pas être dans la lumière.

Fitz a déjà navigué sur des vivenefs, il a fini par comprendre que ce sont des créatures totalement différentes de tout ce qu’il a connu. Celles qui auraient pu être des dragons ont des caractères forts et Parangon n’échappe pas à la règle. Parangon est une vivenef capricieuse et rêvant de devenir un dragon. C’était clair à la fin des Aventuriers de la Mer, ça l’est toujours. Par conséquent, le navire interpelle Fitz (« toi, avec mes traits, ne t’en va pas. Je veux te parler, Cervien. Approche »). Parangon se place clairement au-dessus de Fitz et cela se confirme par ce qu’elle dit ensuite : « j’ai demandé à Ambre de me donner des traits qu’elle pouvait aimer, et c’est le tien qu’elle a sculpté. Mais, j’ai bien précisé qu’elle pouvait aimer, non qu’elle aimait, ne l’oublie ; Elle m’aime et m’aimera toujours beaucoup plus que toi. » On retrouve bien dans ces propos des traits saillants de la personnalité de Parangon : il a besoin d’être aimé, il est jaloux, il se sent et se sait supérieur aux humains. Mais surtout, il confirme que Ambre/le Fou aime Fitz, elle l’aime à un point où elle avait besoin de montrer son amour au monde.

Ambre donne de l’Argent à Parangon. Cela transforme la figure de proue en deux dragons (même si elle prendra parfois l’apparence de Fitz) et l’éveille encore plus. Parangon partage alors la volonté de vengeance de Fitz. Il comprend la douleur et la peine de Fitz et du Fou qui ont perdu leur enfant (Abeille) et veulent faire payer les ravisseurs : « je te connais maintenant, tu ne peux plus m’éviter si j’ai envie de te parler (…) nous irons à Clerres et nous éliminerons ceux qui l’ont torturée et ont volé son enfant ». Elle rappelle au passage à Fitz, si il l’avait oublié, que le Fou a souffert à Clerres. Cela montre bien que Parangon a compris l’importance du Fou dans la vie de Fitz. Il sait que les deux se sont sauvé la vie plus d’une fois et se sont tiré des griffes de la mort. Il sait également qu’il y a malheureusement des non-dits entre eux : « elle t’imagine en train de mourir et elle ne veut pas que tu meures en vain. Tu dois le savoir : si elle doit choisir qui va mourir, elle choisira que ce soit toi, parce qu’elle croit que c’est ce que tu souhaiterais ».

Fitz n’a plus beaucoup d’intimité car une vivenef sait tout ce qui se passe sur son pont, dans ses cales. Parangon est aussi indiscret, il écoute les conversations d’Art de Fitz avec Ortie (« je me trouve sur une vivenef et sa présence est envahissante »).

Fitz est étonné et surpris par le comportement de la vivenef sur l’eau. Elle est capable de repérer les meilleurs courants, et elle semble demander bien peu d’efforts inutiles aux marins (« je n’étais pas le seul à m’émerveiller des capacités de la vivenef. Les membres d’équipage que nous avions engagé à Partage étaient visiblement ravis de la façon dont Parangon participait au déroulement de sa propre navigation »).

Mais, un événement banal va créer un moment important entre Fitz et Parangon. Persévérance exprime son inquiétude à Fitz à propos de Cendre et Akennit. Le jeune homme sait que le père d’Akennit est un violeur et il craint pour la sécurité de son amie. Il s’en ouvre à Fitz qui se met à la surveiller discrètement. Si Fitz agit ainsi, c’est qu’il a bien vu à quel point la simple apparition du jeune homme a troublé Althéa ; Akennit lui a même fait penser à Royal ! Parangon fait alors remarquer à Fitz qu’il est au courant de tout ce qui se passe à bord : croit-il réellement qu’il laisserait faire ça ? Fitz tente d’argumenter mais ses propos sont étouffés par Parangon qui s’empare de son esprit et lui fait revivre un viol subi par Kennit (« je voulus crier mais il me coupait la respiration. Je pris appui sur le pont pour repousser mon assaillant (…) c’est alors que je sentis avec horreur ce qu’il me réservait (…) des heures entières de Kennit qui se traîne à terre, déchiré et en sang, à la recherche d’un endroit où Igrot ne pourra pas l’attraper »). Kennit et Parangon étaient étroitement liés, cela durablement traumatisé Parangon. Il vit avec cette douleur, cette horreur depuis des années. Il a même absorbé celle d’Althéa, violée par Kennit. Parangon dit en plus à Fitz que la mère d’Akennit est Etta et que la Reine des Pirates a bien fait son éducation. Etta était quasiment la seule à défendre Althéa, à croire à la réalité de son viol : elle a été violée aussi, dès son enfance puis lors de ses années en tant que prostituée. Elle a trop bien influencé son fils pour qu’il se comporte comme ça : « crois-moi, Akennit en sait plus contre le viol qu’il voudrait bien l’admettre, et je doute qu’il reproduise sur les autres ce que sa mère regarde avec horreur (…) c’est peut-être pour ça que sa mère a si bien fixé le talisman à sa gorge avant de le laisser monter à bord ».



dimanche 26 septembre 2021

L'histoire de Malta (partie 2)

Les choses vont mal pour Malta à Terrilville. Elle se sent prisonnière auprès des parents qui lui restent (Ronica et Keffria) et son père donne très peu de nouvelles. Courtisée par Trell et Reyn, elle oscille entre l’un et l’autre sans vouloir réellement décider. C’est là qu’intervient un personnage majeur qui va tout basculer : Tintaglia. Bien qu’encore captive dans son cocon, Tintaglia a une capacité majeure, elle peut parler aux humains en pénétrant leurs rêves. Elle va d’abord se tourner vers Reyn puis Malta en se rendant compte que l’homme est intéressé par la jeune femme. C’est lors d’un moment d’évasion nocturne que Tintaglia et Malta font connaissance : « c’est un rêve. Je suis en sécurité dans mon lit. Je n’ai qu’à me réveiller tout de suite. Réveille-toi. » Si Tintaglia parle avec Malta, c’est uniquement par intérêt. Elle désire que Malta la délivre de son cocon. Après quelques péripéties (des effondrements, un tremblement de terre), Tintaglia est libérée et parcourt à nouveau les ciels et les mers. Mais, Malta est perdue ; Reyn va alors voir la dragonne pour lui demander de l’aide. En colère, alcoolisé ou plein de désespoir, il accuse la dragonne d’avoir tué Malta. Il refuse de croire Tintaglia qui lui affirme à plusieurs reprises que Malta est bien vivante, qu’elle le sent en elle (« nous avons été liés un certain temps, comme tu le sais, Reyn Khuprus. En conséquence, je conserve une certaine conscience d’elle »).

On peut presque penser que Tintaglia a une certaine affection pour Malta. Elle n’a pas que partager des souvenirs des Anciens avec la jeune femme, elle la conseille. C’est elle qui lui dit comment se comporter avec Reyn, c’est elle qui tente de la convaincre que les femmes valent mieux que les hommes. Son ton est clair et péremptoire : « Ne dis pas de sottises ! Il n’est qu’un homme. Toi et moi, nous sommes des reines. Nous sommes destinés à dominer nos mâles. C’est l’équilibre du monde. Réfléchis-y. Tu sais très bien comment obtenir ce que tu veux. » Malta et Reyn affronteront un bon nombre d’événements ensemble et y trouveront un lien fort, l’amour. Fortement influencés par Tintaglia, ils auront également des changements physiques sur leur corps. Pour Malta, c’est principalement une crête, une sorte de récompense pour ce qu’elle a fait. A nouveau, Tintaglia est très franche et montre également que Malta est plus qu’une humaine à ses yeux (« avance dans la lumière petite sœur, que je te voie (…) je vois que tu as été bien récompensée pour la part que tu as prise à ma délivrance, jeune reine. Une crête écarlate. Tu en tireras beaucoup de plaisir »). C’est à nouveau une réflexion liée à la féminité de Malta.

La suite pour Malta se déroule dans les Cités des Anciens. Son monde continue de subir de grands bouleversements. Elle est la Reine des nouveaux Anciens et, avec son frère Selden Vestrit, la porte-parole officieuse des dragons. Elle est celle qui doit négocier avec les Marchands pour ce qu’ont besoin Tintaglia et les serpents. Mais, loin dans le Nord, les gens des Six-Duchés ont trouvé un autre dragon, un mâle, et Tintaglia s’est tournée vers lui pour s’accoupler. Malta est donc abandonnée. Malgré tout, il y a des décisions à prendre. Les Marchands, en ayant assez de payer pour nourrir les dragons, décident de les envoyer à la recherche de Kelsingra. Cela attire un bon nombre de curieux, comme Alise. Alise est la fille d’un Marchand et est dans un mariage triste. Passionnée par les dragons, elle offre son soutien aux gardiens chargés de s’occuper des créatures incapables. Elle a également conscience que la situation de Malta est précaire ; elle s’interroge : « qu’adviendrait-il de Malta, de Selden et de Reyn maintenant que Tintaglia avait abandonné les nouveaux Anciens tout comme elle avait abandonné les nouveaux dragons ? » Quand Malta s’adresse à Alise, on sent cette peur dans ses propos. Alise était convaincue que la jeune femme parlerait très positivement des dragons, ce n’est pas le cas. Elle lui affirme qu’il ne faut pas faire confiance aux dragons (« ne les croyez pas particulièrement nobles ou plus moraux que les hommes, car c’est faux. Ils sont comme nous, en plus grand et en plus fort »). Malta a vu ce que Tintaglia a fait, a entendu son discours égoïste parfois. Surtout, elle a fréquenté Reyn de très près et ce dernier n’a pas des paroles très positives. En outre, elle sait que Tintaglia, à cause de sa nature, se moque du sort des humains : elle a une conception bien différente du temps, de la possession.

Le monde voit revenir les dragons. Ils pullulent sur ce qu’on appelle les Six-Duchés, Terrilville, Chalcède et tout ce qu’il y a autour. Quand on revoit Tintaglia, c’est lorsque Fitz fait étape à Kelsingra dans son chemin pour retrouver sa fille, Abeille. Là, il fait la rencontre de Malta. Dans son imaginaire, c’est la Reine des Anciens et quand il lui parle, c’est avec déférence et respect. Cela est d’autant plus accentué quand Tintaglia décide de repasser par Kelsingra. Malta et Reyn ont eu un enfant, Phron, qui a subi des malformations. Il respire mal, a du mal à se mouvoir et c’est la conséquence de la proximité des dragons. Ils espèrent que Tintaglia les aide mais elle est assez indifférente. C’est Fitz, grâce à l’Art, qui le soigne. Tintaglia débarque donc à Kelsingra et les gens présents hésitent entre attitude réservée, peur et contemplation. Malta, elle, se dresse face à la dragonne. Fitz les regarde, « l’expression de Malta était plus réservée, voire fermée, quand elle descendit les marches pour s’arrêter, minuscule, devant la dragonne. Deux reines face à face, songeai-je malgré moi, en dépit de la différence de taille ». Si Fitz pense avec des termes élogieux, c’est que ça compte, lui qui a fréquenté son lot de reines impressionnantes (Patience, Kettricken, Elliania).

La relation de Malta avec les membres de sa famille a loin d’avoir été simple. Celle avec Althéa est à ce sens assez révélatrice. D’abord moqueuse et insultante (« Malta n’avait pas l’intention de devenir rassise comme sa mère vieillie avant l’âge, ni hommasse comme ce cheval échappé de tante Althéa »), elle finit par respecter sa tante. Elle est à la fois et surprise et contente de la retrouver lors de la fin des Aventuriers de la Mer. Althéa avait une bien piètre opinion de sa fille, elle la considérait comme une fillette gâtée et impertinente. C’est pour ça que quand elle parle assez positivement de Malta, on prend ses paroles très au sérieux : « Malta est exceptionnellement grande pour une femme de ma famille, et plus belle aussi, d’une façon étrangère à la beauté humaine. Quand elle se présente sans cape ni voile, elle m’évoque une statue qui aurait pris vie, incrustée de pierres précieuses. D’après Tintaglia, ils jouiront put-être d’une vie existence beaucoup plus longue que celles des humains ordinaire, mais Malta reste Malta néanmoins ».

Le Fou, que Malta a connu sous le personnage d’Ambre, nous donne peut-être la description la plus honnête de Malta. Il dit que c’est « peut-être la jeune femme la plus exaspérante que j’aie jamais croisée, mais ravissante ». Il a sans doute raison. Mais ce fut un réel plaisir de la voir faire tourner en bourrique Ronica et Keffria, et de bousculer une famille qui était en train de s’enfoncer.

mercredi 20 janvier 2021

Le monde de Tintaglia

Tintaglia apparaît pour la première fois dans les Aventuriers de la Mer. Elle y devient un acteur important en permettant aux gens de Terrilville de se défaire des navires chalcédiens. Elle doit tenir compte des besoins des humains pour atteindre ses propres objectifs, le retour des dragons. Tintaglia revient à la fin du second cycle de l’Assassin royal lorsque Fitz, Devoir et les autres tentent de libérer Glasfeu des glaces d’Aslevjal. On la retrouvera plus tard dans les Cités des Anciens, chassée et mise à mal par des individus de Chalcède. Enfin, elle portera la vengeance des dragons dans le Fou et l’assassin : elle participera à la destruction de Clerres et des Serviteurs.

Dans les Aventuriers de la Mer, certains personnages voguent sur des vivenefs, des bateaux magiques ; d’autres ont des liens avec des gens du Désert des Pluies. Faire face à des choses qui sortent de l’ordinaire ne donc doit pas être nécessairement dérangeant pour eux. Mais, la chose est différente avec un dragon. D’autant plus que le dragon a une volonté propre, des demandes ou des exigences. C’est encore plus renforcé avec les circonstances du retour de Tintaglia : elle revient dans un monde totalement différent de ce qui lui reste des souvenirs des anciens dragons. 

Humains ou animaux doivent s’habituer à une nouvelle force, une nouvelle menace et ils doivent le faire vite. Car Tintaglia a l’intention de rappeler qui elle est (“les dragons avaient-ils disparu depuis si longtemps du monde que les bêtes à sabots aient ainsi renoncé à se méfier du ciel ? Elle allait bientôt leur apprendre”). 

Très vite, on se rend compte que Tintaglia est arrogante et que, pour elle, les humains doivent la servir. Elle se moque de savoir s' ils sont en pleine guerre ou s’ils sont occupés. Elle n’a pas non plus conscience qu’elle a en tête un monde qui n’existe plus, qui a profondément changé : les Anciens (ceux qui vivaient à proximité des Dragons) ont disparu. Les témoignages sur ce qu’ils furent sont très rares, on l’a bien vu dans l’Assassin royal quand Vérité s’est lancé à leur recherche. 

En tout cas, Tintaglia n’est pas contente lorsqu’elle est à Trois-Noues : “comment osaient-ils traiter un dragon de la sorte ? (...) quand elle avait survolé la cité en rugissant pour faire comprendre aux habitants qu’elle allait atterrir, ils ne s’étaient pas donné la peine de débarrasser le quai.”

Les motivations de Tintaglia sont claires : permettre aux serpents de construire leur cocon puis de se transformer en dragons. Pour cela, elle doit affirmer sa souveraineté. Elle a besoin de reprendre confiance en elle, de montrer qu’elle est la dominante. Il ne suffit pas de le proclamer par la parole ou de charmer les humains, il faut le montrer. C’est pour ça qu’elle défie de grands prédateurs et éprouve une immense fierté à les abattre (“la lutte assouvit quelque chose dans son âme. C’était la preuve qu’elle n’était plus une créature impuissante, implorante, prisonnière dans le cercueil de son propre corps”). Elle prend ce qu’elle veut quand elle veut. C’est la logique du dragon.

Petit à petit, elle gagne en certitude et montre aux humains qu’elle est une créature avec laquelle ils doivent compter, et mieux encore, selon elle, à qui se soumettre. Comment ne pas comprendre autre chose quand elle affirme à Reyn que “ les dragons vont reprendre leur véritable place comme Seigneurs des Trois Règnes. Nous régnerons à nouveau sur le ciel, la mer et la terre”. 

Elle se moque des prétentions des hommes qui construisent des pays et se croient propriétaires de ce qui est dedans (“la Terre des Dragons ? Comme s’il n’y en avait qu’une, un espace délimité par des frontières”). On peut d’ailleurs trouver un écho à ce que dit le Fou dans le troisième chapitre du roman Le dragon des glaces : “vous ne possédez pas la terre à laquelle vos corps finissent par retourner, et elle ne garde pas souvenir des noms que vous lui donnez.”

Tintaglia n’a pas une grande considération pour les hommes et les femmes. Il faudra attendre les livres du Fou et de l’assassin pour comprendre pourquoi. On comprend que les Serviteurs de Clerres ont failli détruire les Dragons. Ils ont si bien réussi qu’ils ont forcé un Glasfeu attaqué physiquement et mentalement à se cacher dans les glaces d’Aslevjal. Le dernier des dragons vivants avait disparu et la Femme Pâle a été chargée de le surveiller. 

Dans le tome Sur les rives de l’Art, Tintaglia exprime clairement à Fitz que le temps est à la vengeance : “les Blancs et les Serviteurs ont fait grand tort aux dragons. Je brûle de rage à l’idée que, pendant des générations, ils ont cru pouvoir commettre leurs injustices sans avoir à payer les conséquences (...) quand nous arriverons là-bas, nous la détruirons pierre par pierre”.

Malgré tout, même si elle a peu de considération pour l’espèce humaine dans sa globalité, il y a quand même quelques individus dont elle se souvient ou qu’elle tolère près d’elle.

C’est par exemple le cas de Malta qui a contribué à sa libération. Certes, Reyn doit user de vaillants arguments pour la convaincre, mais elle finit par aider à contrecœur (“très bien, insecte, je vais t’aider à la retrouver”). Et Mata sera la Reine des Anciens.

C’est aussi le cas d’Ortie. La fille de Fitz et Molly a permis à Tintaglia de retrouver Glasfeu. Mais, comme l’a compris Fitz, “les dragons ont des dettes ; ils ne les paient pas, c’est tout”. Est-ce la conséquence d’une trop grande fierté ou d’un mépris ? Peu importe, le fait est là, Tintaglia est très réticente à remercier ces humains, cette nouvelle génération d’humains en tout cas ou même simplement à se souvenir qui ils sont. Pour en revenir à Ortie, elle avait harcelé Tintaglia pour qu’elle respecte sa part du marché (poser sa tête sur la pierre d’âtre de Zylig pour permettre à Devoir de gagner son pari). Quand Fitz évoque Ortie, ce sont tout de suite des termes désagréables qui, en fait, sont une sorte d’hommage. Elle commence par dire que “rares sont les humains que je connais, moucheron.” Puis, “Elle. Ce n’est pas un moucheron celle-là, c’est un taon, un taon qui pique, qui bourdonne et qui suce le sang”. Tintaglia se souvient bien d’Ortie.

C’est aussi Selden Vestrit. Il a succombé au charme du dragon, il l’admire, la vénère. Il est admiratif et Tintaglia perçoit ses sentiments (“elle regarda ce petit être avec tendresse. Un papillon, condamné à une vie si brève, et pourtant il se tenait devant elle, sans crainte, et il l’adorait”).

Notons au passage que Tintaglia aborde souvent un vocabulaire lié aux insectes pour parler des hommes, sans doute pour bien mettre en avant leur petitesse et leur insignifiance.

Tintaglia est fortement ancrée dans son présent. Elle a une tâche à accomplir et pour cela elle peut compter sur les souvenirs des dragons qui ont existé avant elle. Ils contribuent sans doute à lui faire ressentir une forme de nostalgie, la pensée d’un passé qu’elle n’a pas connu. Cela lui rappelle qu’il fut un temps où quelques humains et des dragons avaient créé des liens spéciaux : “il y avait une époque (...) où l’essence des dragons s’était mêlée à la nature des hommes, et les Anciens avaient procédé à ce mélange fortuit”. Malheureusement pour elle, dans les Aventuriers de la Mer, il n’y a pas d’Anciens. Il faudra attendre les romans des Cités des Anciens pour en voir enfin. Ils sont des esclaves, des gens sans avenir à qui on donne une tâche ingrate. Ils finiront par se montrer à la hauteur de la situation et à gagner l’estime et le respect des dragons.

Les humains ne sont pas tous des Anciens et le dédain est manifeste. On peut lire dans les Aventuriers de la Mer qu’elle se moque royalement de ce que font les humains si ce n’est pas tourné vers elle (“la volonté d’un dragon prime sur tous les buts médiocres des humains. Vous allez mettre fin à ce conflit et tourner votre attention sur mes désirs”). Elle leur accorde quelques mérites, ils savent détruire et construire et ces talents seront utiles pour aider les serpents et futurs dragons (“les humains ont toujours été des bâtisseurs et des terrassiers. Il est dans votre caractère de façonner la nature à vos propres fins. Cette fois, vous allez façonner le monde selon mes besoins”). Elle a bien conscience qu’il sera très compliqué de les changer, elle est même fataliste : “les hommes continueront à se quereller entre eux pour savoir qui doit récolter et où, quelle vache appartient à qui. Ainsi va le monde des hommes”.

Si Tintaglia se sent supérieure aux hommes, ce n’est pas seulement parce qu’elle est une grande prédatrice mais surtout parce que sa vie est bien plus longue que la leur et bien moins fragile. Elle peut traverser les époques là où la vie d’un homme s’éteint rapidement. Elle blesse presque Malta en le lui rappelant (Malta était inquiète de ne pas la voir). Elle lui affirme sans ménagement que “les dragons ne comptent pas le temps selon les infimes gouttelettes de jours qui paraissent si importants aux humains”.



mercredi 1 novembre 2017

Sur les rives de l'Art

Sur les rives de l'Art est la première partie du dernier tome du cycle de l'assassin royal mais aussi des Aventuriers de la mer et des Cités des Anciens. En effet, dans ce livre, nombreux sont les personnages des différents cycles à apparaître : on retrouve bien entendu le groupe parti à la recherche d'Abeille (Fitz, le Fou/Ambre, Braise/Cendre, Persévérance, Lant et Bigarrée la corneille) mais aussi les Vestrit (Althéa, Malta,…), la Reine des Pirates (Etta), les Dragons et leurs Gardiens, Alise et tant d'autres.

L'intrigue se déroule à présent loin des Six-Duchés et des différentes îles du Nord car les héros voguent vers le sud. Ils font des escales dans des lieux mythiques comme Kelsingra, Partage et Terrilville. Ils foulent les terres et les rues où vivaient autrefois les Anciens et rencontrent les Dragons désormais nombreux. Comme dans les précédents tomes, la narration alterne entre Fitz et Abeille.

Nous retrouvons donc le groupe de secours à Kelsingra, la capitale des Anciens et le lieu où les Dragons viennent se panser et ressourcer en Argent. Fitz, imprudemment, a corrigé des erreurs physiques de certains enfants présents là-bas. Alors qu'il menaçait de se perdre dans l'Art extrêmement fort à Kelsingra, Ambre n'a pas eu d'autre choix que retirer son gant et dévoiler des bouts de doigts tâchés d'Argent. Cela entraîne la virulente réaction du Gardien Kanaï (un personnage fort plaisant dans ce tome grâce à ses manières et son attitude). Pour dissiper le malaise et apaiser la tension, Fitz et le Fou n'ont pas d'autre choix que d'invoquer des souvenirs du passé ; par exemple, Ambre explique à tous l'origine de l'Argent sur ses doigts (« La magie que j'ai sur les mains est la même que celle dont le roi Vérité me fit don par accident ») : elle fait référence au moment où dans la carrière aux dragons de pierre elle a touché par inadvertance un Vérité couvert d'Argent.

Dans ce livre, Fitz continue à être un personnage tourmenté par la disparition de sa fille. Nous mesurons à quel point les pertes successives de Molly et d'Abeille ont changé sa vie.
Molly est morte il y a déjà des années et elle continue de le hanter. Il était amoureux d'elle, plein de désir et d'attention (« Les hommes du domaine étaient fiers de lui. “Le vieil étalon n'a pas perdu sa fougue”, ils disaient. Dans son bureau, dans les jardins, dans les vergers »).
On se souvient qu'à la fin d'Adieux et retrouvailles le Fou a décidé de quitter Fitz et de lui offrir des années de bonheur avec celle qu'il aime depuis l'enfance. Fitz s'y était fait (« Ma vie était belle, Fou, et j'aurais voulu qu'elle dure toujours ; j'aurais voulu vieillir et mourir avec elle dans mon lit ») : ce fut une vie loin des intrigues politiques, des assassinats, des demandes irraisonnables du Roi.

Quant à son lien avec le Fou, il est, comme toujours depuis l'épisode Sire Doré, soumis à interrogation. Fitz découvre une nouvelle facette, Ambre. Quand il dit « Vraiment. Je n'aime pas le personnage que tu deviens quand tu joues le rôle d'Ambre ; c'est quelqu'un que je ne voudrais pas comme amie. Elle est… sournoise. Fourbe », on est soulagé qu'il ait rencontré le Fou alors qu'il n'était qu'un bouffon en quête d'amitié comme lui. Ambre se montre prête à tout pour arriver à ses fins, encore plus que le Fou. Elle ne se contente plus de manipuler la vie de Fitz mais celle de tous les autres, quitte à les tromper.

Mais, le grand moment reste la confrontation entre Fitz et la vivenef Parangon. C'est une rencontre qu'on attend depuis qu'Ambre, dans les Aventuriers de la Mer Ambre, a sculpté sur la figure de proue le visage de son ami. Fitz et les autres sont témoins de l'amour porté par le Fou (« Douce Eda, Fitz, il a votre visage ! Jusqu'à votre nez cassé », Lant).

Pour ceux qui n'ont pas lu les Cités des Anciens, on apprend aussi pas mal de choses sur les dragons ; Kanaï nous rappelle que «  quand un serpent se transforme en dragon, il se réveille avec les souvenirs de ses ancêtres ; il sait où chasser, où nidifier, il se rappelle les noms et les événements de sa lignée – enfin, en principe. Nos dragons sont restés trop longtemps sous leur forme de serpent et pas assez dans leurs cocons, et ils ont éclos avec une mémoire incomplète ». C'est important car si la trame du livre est la vengeance de Fitz, on va vite se rendre compte qu'il se fait des alliés dans sa mission.

Il est beaucoup question de vivenef dans le roman. Ils s'en servent pour remonter le fleuve et ses eaux particulières (à part Fitz et Oeil-de-Nuit, personne ne l'a jamais fait à pieds). Ils passent devant la ville de Cassaric (« c'est là que vivent des traîtres, des gens qui ont trahi la tradition Marchande sans jamais en subir les conséquences ; des gens qui ont donné abri à ceux qui voulaient massacrer des dragons pour récupérer leur sang, leurs os et leurs écailles ») où c'est l'occasion de faire un point sur les péripéties des Gardiens. Dans les Cités des Anciens, les Marchands avaient embauché les rebuts de la société pour transférer les pathétiques dragons. Mais, leur route avait été semée d'embûches et de dangers. Aux eaux acides s'ajoutaient les attaques de ceux qui voulaient du sang des dragons pour allonger leur durée de vie. Les vivenefs avaient donc joué un rôle important en permettant de voyager et distancer les poursuivants.
Les gens de Cerf s'interrogent sur la nature de ces bateaux : Cendre remarque les petites particularités qui le font si bien naviguer, Fitz communique même avec. Le Fou précise que « ce n'est pas une création des hommes ni des constructeurs navals. Chaque vivenef était à l'origine destinée à devenir un dragon, et certaines s'en souviennent mieux que d'autres. Ces bateaux sont vivants, Fitz ».

Puisque les vivenefs sont de potentiels dragons coincés dans une enveloppe de bois, il n'est pas étonnant de les voir enclins à vouloir se venger. Il faut préciser qu'une lutte a opposé les Dragons et les Anciens aux gens de Clerres. C'est pour ça que les Dragons ont disparu, qu'un Glasfeu à bout de souffle a décidé de se cacher dans un glacier d'Aslevjal.
Parangon dit clairement à Fitz que «  ta vengeance est aussi une vengeance de dragon ». La Reine Tintaglia, toujours aussi majestueuse et imposante, se lance aussi dans ses propres quêtes. Au début du roman, un Fitz téméraire lui demande des explications. Il veut savoir si elle ou les autres dragons ont entendu parler de Clerres et des Serviteurs. Malheureusement, sa mémoire est incomplète et elle doit aller chercher des renseignements auprès de Glasfeu. Tintaglia retrouvera donc Fitz et ses amis à Partage (la capitale des Îles Pirates). Là, elle l'informe sommairement que Clerres sera détruit par les Dragons et que si Fitz veut trouver sa fille, il ferait mieux de se dépêcher.

Kanaï nous dévoile une partie du passé car les Dragons, surtout Tintaglia, ont tendance à consacrer peu de temps aux humains, à manger et dormir avant tout. Il dit à l'assemblée réunie (Fitz, le Fou, Etta, Althéa, etc.) que «  FitzChevalerie n'est pas le seul à qui les Serviteurs ont fait du mal ; leur préjudice envers nous est bien pire ! De connivence avec les Abominations, ils ont pillé la plage de nidification, volé des œufs de dragon et tué ou emprisonné les serpents nouveau- nés ! ». A ce stade du récit, il revient en mémoire le début des Aventuriers de la Mer (le périple de Kennit).

On apprend aussi que les Serviteurs avaient connaissance d'un tremblement de terre qui allait frapper les Rivages Maudits et n'en ont pas informé les Anciens. C'est un passage important du récit car il justifie la haine entre les Dragons et ceux de Clerres ; dans le tome Adieux et retrouvailles (le dernier de la Tawny Man trilogy), Prilkop et le Fou décident de retourner dans leur ville natale afin de rendre compte de tout ce qu'ils ont vu et de tout ce qu'ils ont contribué à changer.
C'était la tradition avant, Les Serviteurs servaient alors que maintenant ils ne servent que leurs intérêts. Les Quatre (qui dominent Clerres) ne pensent qu'à s'enrichir, engranger du pouvoir et tourner le cours des choses pour leur propre bien. On a vu dans les précédents tomes qu'ils ont torturé et manipulé le Fou, on sait qu'ils ont tout fait pour qu'il ne trouve pas son Catalyseur, on apprend que la Femme Pâle a été envoyée pour détruire le dernier Dragon mais aussi éradiquer le reste de magie des Anciens (l'Art des Loinvoyant).
Vindeliar, un des hommes qui a participé à la destruction de Flétribois et à l'enlèvement d'Abeille, l'affirme clairement : « Clerres est le cœur du monde, et les battements du cœur du monde doivent toujours rester réguliers ».

Toutefois, les choses ont changé : le Fou a trouvé son catalyseur et a fait revenir les Dragons. Et en passant, il a contribué à la chute de la Femme Pâle. Il s'est alors créé là une ennemie : Dwalia (« Elle était jadis respectée en tant que servante à la disposition d'une Blanche hautement considérée ; elle avait vu sa maîtresse envoyée accomplir de grandes choses dans le monde. Mais, lorsque la femme avait échoué et chu, la fortune de Dwalia avait péri avec elle »). Il n'est donc pas étonnant de la voir tout mettre en œuvre pour détruire et anéantir la vie de Fitz et du Fou.

Abeille traverse une période extrêmement difficile. Elle est prisonnière d'un groupe où elle est maltraitée, attachée et frappée. Leur voyage se complique car ses ravisseurs ont peu de moyens et semblent mal préparés après que certains de leurs compagnons aient été tués par Fitz et les autres. Ils voyagent par piliers d'Art (où ils sont parfois coincés sans aucune intimité), bateaux (où Dwalia doit monnayer son corps) et à pieds. Abeille parvient parfois à s'échapper mais elle est toujours rattrapée, il lui arrive de mendier pour manger. Elle doit cacher ses rêves récurrents, protéger son esprit et éviter les intrusions de Vindeliar. Heureusement, elle peut compter sur la présence de père Loup (Oeil-de-Nuit) pour lui donner de précieux conseils (« chaque fois qu'un choix s'offre à toi, tu dois suivre la voie qui te garde en vie et indemne. Les regrets ne servent à rien »).
Quand le petit groupe cherche à fuir Chalcède, ils parviennent à monter sur un bateau à destination de Clerres. Là, on est témoin d'une émotion particulière que Vindeliar éprouve pour Abeille, il la considère comme son « frère ». Il lui apprendra, volontairement ou non, beaucoup de choses sur Clerres. Et il la protégera comme il le peut de l'appétit sexuel des matelots. Grâce à ses capacités en Art, il jettera un voile obscur sur Abeille, la présentant comme pas désirable : « pour qu'ils te laissent tranquille ; sur le bateau d'avant, il y en avait qui te regardaient et qui avaient envie de… qui avaient envie de ce qu'il fait à la pauvre Dwalia. »

Enfin, une autre menace semble peser sur Clerres. Nombreux sont les personnages, les situations où il est fait mention d'un Destructeur venant d'ailleurs. Comment cela va-t-il s'intégrer avec la vengeance de Fitz et des Dragons ?

Sur les Rives de l'Art nous plonge aussi dans quelques événements passés. Il jette un regard nouveau sur ceux-ci. C'est par exemple la difficulté de Fitz à concentrer son talent d'artiseur à Kelsingra qui entraîne une discussion avec le Fou où ils font référence à Auguste Loinvoyant (le cousin de Fitz) dont l'Art a noyé l'esprit. Ou de Vérité qui n'a pas su résisté à l'appel de l'Art et s'est perdu dans la construction d'un dragon.
Dragons et vivenefs sentent que Fitz a été marqué par un dragon inconnu (le dragon de pierre Vérité), il y a de nombreuses allusions à ce propos.

Il est aussi fait mention du vieux Roi Subtil. On apprend que c'est grâce au Fou que Subtil n'a pas sacrifié Fitz à Royal. On en découvre aussi un peu plus sur l'arrivée du Fou à Castelcerf, la façon dont Subtil et lui ont tissé des liens, l'appréhension du Fou au début (« Il me protégeait, Fitz. Il lui a fallu des mois pour gagner ma confiance, mais, à la fin, quand la reine Désir voyageait et que je dormais près de la cheminée, je me sentais en sécurité »).

Ortie est également évoquée. Tintaglia revient à Kelsingra et s'étonne de trouver ceux qu'elle a marqués changés. Elle demande donc des comptes et Fitz lui répond. Il en profite pour lui demander un service et la Dragonne le prend de haut. Il lui rappelle qu'elle est redevable (le sauvetage de Glasfeu) et la conversation dévie sur Ortie. Tintaglia s'en rappelle très bien. Elle grogne que « ce n'est pas un moucheron, celle-là ; c'est un taon, un taon qui pique, qui bourdonne et qui suce le sang… » Une description bien flatteuse de la part d'un Dragon.