Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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samedi 11 novembre 2023

Qu'est devenu Hiémain ?

Quand on rencontre Hiémain dans les Aventuriers de la mer, on a tout de suite l’impression que c’est un jeune adolescent docile. Sa vie au monastère contribue à cette image. Quand il est retiré de force de cet endroit par son père autoritaire, il se trouve plongé dans une vie bouleversée : il est marqué comme un esclave, il rencontre le charismatique et manipulateur Kennit et il tombe sous le charme d’Etta. Surtout, il se trouve lié à la vivenef de la famille, la Vivacia. Il vit des aventures loin de ce qu’il pouvait imaginer. La fin des Aventuriers de la Mer le voit se déchirer avec sa tante Althéa et devenir l’homme le plus proche de la reine Etta, la femme du défunt Kennit. On sent qu’il est attiré par elle.

Dans les Cités des Anciens ou dans le Fou et l’assassin, l’intrigue ne tourne pas autour de Hiémain mais il apparait quand même à quelques reprises, ce qui nous permet de savoir ce qu’il est devenu.


Dans les Cités des Anciens, la situation de Hiémain est paradoxale. Il semble plongé dans les affaires de famille alors qu’une longue distance le sépare des autres membres. Sa situation de conseiller d’Etta le force à rester dans les îles Pirates. Malta résume la situation en situation en disant qu’il est « exilé depuis longtemps dans les îles Pirates » et qu’il ne « revenait quasiment plus jamais à Terrilville ». Tous les membres de la famille sont joignables, sauf Selden qui a disparu. Le jeune homme est prisonnier du duc de Chalcède, sauf que personne ne le sait. Ses proches sont inquiets et demandent à Hiémain de se renseigner. Il faut dire que sa position lui offre un large de point de vue et lui permet de collecter des renseignements (« il n’a pas entendu parler d’Anciens mais s’est inquiété d’une rumeur concernant un homme-dragon exhibé par une foire aux monstres itinérante qui passait sur son territoire »).


Alors qu’ils sont à la recherche d’Abeille, Fitz et ses compagnons de voyage rencontrent les personnages des Aventuriers de la Mer et des Cités des Anciens : Leftrin et Alise, Althéa et Brashen, Clef, Etta, Hiémain, Tintaglia… 

Le Fou (ou Ambre) les connait déjà, en partie, et est donc la bonne personne pour expliquer certaines choses. Il apprend à Fitz l’histoire de la Vivacia et la place qu’occupe Hiémain : « d’étranges tours du destin et la cruauté de certains en ont arraché le commandement à Althéa ; c’est son neveu Hiémain qui en est le capitaine désormais ». Même si diriger une vivenef est un accomplissement, ce n’est pas le seul rôle de Hiémain. Il est resté proche d’Etta : il a conservé son amitié et est devenu un personnage important dans la gestion de ses affaires. Le petit Hiémain qui n’avait aucune voix sur la façon de mener sa vie a fait du chemin, il est passé de petit enfant docile à « premier ministre de la reine Etta des îles Pirates et grande amirale de sa flotte ».


Hiémain a privé Althéa du commandement de la Vivacia. C’est un autre de ses coups porté à sa tante, alors qu’il avait déjà nié la réalité de son viol. Pourtant, les deux ont des points communs, ne serait que physiquement : il « ressemblait tant à Althéa qu’ils eussent pu être frère et soeur plutôt que neveu et tante ».


Il semblerait que Hiémain ne soit pas parvenu à effacer l’impact de sa vie au monastère. Il y avait esprit le respect d’une certaine frugalité, d’une vie simple tournée vers la recherche. Des années plus tard, cela a l’air d’être encore un trait saillant de son caractère comme le remarque Gamin, le fils d’Althéa et Brashen : « cousin Hiémain est un excellent capitaine, mais sa table est maigre ». Fitz confirme cette impression lorsqu’il le rencontre ; ses préjugés ne sont pas confortés. Il pensait voir un capitaine exubérant et certain de lui, ce n’est pas le cas puisqu’ on lit que « je ne m’étais pas attendu à l’aura de calme qui l’entourait ni à sa tenue discrète ».


Hiémain semble toujours hanter par le souvenir de Kennit et la présence d’Etta. Il faut dire que le couple de pirates a eu un tel impact sur sa vie. Sans eux, il serait resté sous la domination de son père. Il est devenu un confident d’Etta, il sait ce qui peut déranger la reine des pirates. Il connait l’histoire tragique de cette famille, la façon dont Kennit est mort et les propriétés d’une vivenef. Il se doute, comme Etta, qu’il ne soit pas bien vu que le fils de Kennit et Etta foule le pont de la vivenef (« elle jugeait préférable que le prince ne soit pas seul et que quelqu’un surveille sa rencontre avec le bateau de son père »).

A vrai dire, Hiémain connait bien Etta. Il a sans doute passé de longs moments à l’observer car tout laisse croire qu’il est amoureux d’elle. En tout cas, il connait son caractère et il sait que le comportement de Kanaï peut agacer Etta. Kanaï est en effet assez rustre, pas de façon volontaire, mais simplement parce qu’il semble passer peu de temps avec les humains et qu’il semble influencer par la supériorité des dragons sur les hommes et les femmes. Kanaï prend donc Etta de haut et on sent que la situation est explosive. Hiémain agit : il « recula vivement sur sa chaise, il savait quand sa souveraine avait atteint les limites de sa tolérance ».


Après la destruction de Clerres, on comprend la réalité : Hiémain n’est pas seulement amoureux d’Etta, il est totalement sous son charme. Sans le savoir, il court après une femme qu’il ne pourra jamais avoir. Etta n’aime que Kennit, elle ne ressent rien pour Hiémain. Si elle lui envoie des signaux, c’est bien involontaire. Hiémain est encore prisonnier de tous ces moments où il enseignait la lecture à Etta, où il admirait sa grâce du temps de la vie de Kennit et de sa vie sur la Vivacia. Il n’est jamais parvenu à dépasser ça. Vivacia le sent et le sait. Elle l’exhorte à tourner la page : » elle ne t’aimera jamais comme elle a aimé Kennit (…) Rentre chez toi, Hiémain ; ramène-moi chez moi. Il est temps que nous soyons libres, toi et moi ».

mardi 20 juin 2023

L'importance du nom

La saga du Royaume des Anciens baigne dans la magie, dans de vieilles magies qui parcourent les hommes, les dragons, les animaux ou encore les vivenefs. Une semble moins palpable, en tout cas moins connue ou reconnue : celle que procure le savoir d'un nom. Tout laisse à croire que savoir le nom d'une personne, d'un être vous donne un pouvoir de domination, de contrôle.

Alors qu'il est en train de se noyer dans sa douleur après une escapade sur l'île des Autres, Hiémain est ramené à la vie par Foudre/Vivacia. Pour y arriver, la vivenef prononce son nom. La réaction du jeune Vestrit est assez claire et illustre bien la force du nom : « il savait que l'antique magie du nom agissait dans les deux sens. Connaître le vrai nom d'un être, c'était posséder le pouvoir de la ligoter ». Fitz ne dit pas autre chose quand il fait remarquer à Devoir que « appeler quelqu'un par son véritable nom est un acte de pouvoir ». Il faut dire que Fitz et Devoir sont dans le courant d'Art et ont peur que Tintaglia les repère (« ne me donnez pas ce nom, pas ici, pas maintenant, alors que le dragon nous écoute peut-être »). Les dragons semblent d'ailleurs avoir une forte implication dans cette magie. Il est compliqué de tracer son apparition et son développement même si le Fou émet une hypothèse : « c'est une vieille tradition, ou peut-être une superstition : il ne faut jamais employer le nom de quelqu'un si on veut éviter d'attirer son attention. Ca remonte peut-être au temps où dragons et humains coexistaient. Tintaglia détestait que les humains sachent son vrai nom ».

Le nom est pouvoir et Reyn en a la preuve. Le jeune homme révèle aux Marchands rassemblés l'identité du dragon. Pour Tintaglia, c'est un réel affront, une vraie humiliation. Elle qui se voit comme le seigneur du ciel, de la terre et des mers se voit maintenant sous l'emprise de créatures qui ne valent pas grand-chose. Tintaglia fulmine : « il sentit la foureur qui bouillonait en elle. Il lui avait fait honte, devant des humains en prononçant son nom. Il avait révélé son nom aux autres, qui ne le méritaient pas ». La réaction de Tintaglia n'est pas anodine. Dans les Cités des Anciens, on apprend et comprend qu'un dragon ne donne son nom qu'aux gens qu'il respecte. Donner son nom est tout sauf une décision banale.

Le dragon Mercor commet un affront envers Sintara en disant son nom à sa gardienne, Thymara. Sintara est outrée, scandalisée. Maintenant qu'elle connait son nom, Thymara peut la forcer à des choses. Prononcer le nom d'un dragon, c'est obtenir des faveurs grâce à un contrat magique. Sintara précise que « nul dragon ne pouvait mentir à quelqu'un qui exigeait la vérité ou l'utilisait convenablement en posant une question ; il pouvait refuser de répondre, certes, mais non mentir (…) Mercor avait donné un pouvoir démesuré à une humaine dotée de l'espérance de vie d'un poisson ». Mais, heureusement pour Sintara, Thymara n'a aucune idée de la chance qu'elle a. Elle ne profite pas de ça et demande même au dragon des explications. Sintara n'en croit pas ses yeux (« ignorait-elle vraiment le pouvoir du nom d'un dragon ? Celle qui possédait ce savoir pouvait, en l'employant correctement, contraindre le dragon à dire la vérité, à tenir une promesse, voire à accorder une faveur »).

Sur les humains, les impacts sont un peu différents. Dans les Aventuriers de la Mer, quand Malta ou Hiémain entendent leurs noms, ils reprennent conscience alors que leur esprit est en train de se briser. Cela permet à Hiémain de regagner son corps : « cette très antique magique, l'utilisayion du nom pour entraver un homme, le captura. Il était Hiémain Vestrit, un simple huamin ». Entendre son nom ramène Hiémain à son échelle. C'est exactement la même chose qui arrive à Malta alors qu'elle tente de libérer Tintalgia de son cocon et qu'elle est emportée par la magie des pluies. Le dragon prononce son nom et tout change, on lit que « telle est la puissance que détient le nom ! Elle revint soudain à elle-même, Malta, la jeune femme aux vêtmeents crottés, dans les ténèbres ».

dimanche 8 janvier 2023

Il était une fois Partage

Pour les rebuts de la société, ceux qui refusent l'ordre de Jamaillia ou les esclaves, Partage est la ville rêvée. Comme d'autres îles, elle est considérée le dernier refuge des exclus. En réalité, c'est un coupe-gorge, c'est la ville des exclus. C'est mieux que rien. Partage n'a pas une bonne réputation. Tout le monde le sait, des pirates aux Marchands en passant par les vivenefs. Parangon en dresse un portait assez explicite : « tu ne sens pas la puanteur de Partage ? Les deux de bois, les latrines, les charniers où ils brûlent leurs morts ? Quand ce n'est pas l'eau, c'est le fleuve qui m'apporte le goût aigre de Partage ». Cette image déplaisante de la ville est répandue. Pour les visiteurs, c'est toujours un choc ; pour ceux et celles qui y vivent, cela semble une normalité réconfortante. Kennit, lui, rêve d'autre chose. Il rêve que les pirates dépassent le fait de survivre dans un cloaque. Il jette donc un regard lucide sur Partage : « qu'avons nous à Partage actuellement ? Une collection de brutes ». Les gens y sont donc violents, ne pensant qu'au présent sans se projeter vers le lendemain. Ils boivent, s'aiment et se tuent. Ce n'est pas une ville où on cherche la repos, où on peut espérer élever paisiblement sa famille. La cité déborde de bruits et de violence (« Kennit avait fermé le petit hublot de la cabine pour empêcher la puanteur de Partage de pénétrer, mais les bruits de débauche nocturne se faisaient néanmoins entendre »).

Ce mode de vie semble plaire. Les gens qui y vivent ont l'illusion de la liberté. Ils peuvent faire ce qu'ils veulent sans rendre de compte à personne. Sorcor précise que « Partage est une ville d'hommes libres. On n'a pas de chef ». Ce sont de belles paroles. Elles sont loin de correspondre à la réalité. C'est la loi du plus fort, des brutes. Des brigands dévalisent et terrorisent , des femmes sont exploitées pour vendre leurs corps. Il n'y a ni système de protection ni système d'alerte, encore moins de navires de patrouille. Partage est donc ouverte à tous, et surtout aux menaces. Quand les Chalcédiens attaquent Partage, ils la ravagent. La ville est détruite, les gens perdent tout. Lorsque l'équipage de Kennit s'y rend, ils sont choqués par ce qu'ils voient : « on aurait dit des spectres silencieux, loqueteux ». Pire, les habitants de Partage sont là, ils se contentent d'attendre un miracle. Rien n'est fait pour tenter de colmater les brèches, lutter contre les incendies, rebâtir les bâtiments (« la dévastation était complète (…) indiquait que l'attaque avait eu lieu des semaines auparavant mais nul signe d'un effort quelconque de reconstruction (…) Partage, une des plus anciennes colonies pirates, était morte »). Les gens de Partage sont résignés, ils ont baissé les bras. Ils n'ont jamais réellement cherché à développer leur ville et ils en paient là les conséquences. Aucun d'entre eux n'a de réelle vision, de réel projet. Le manque de leader se fait sentir.

Kennit, lui, est ambitieux. L'homme rêve de devenir le Roi des Pirates, il veut marquer l'histoire, dépasser Igrot (celui qui fut son tourmenteur, son bourreau). Ses intentions sont claires : « Nous allons lancer la construction de Partage ». Il faut noter que c'est totalement inattendu et inédit de la part des pirates : d'habitude, ils ne pensent qu'à eux.

Dans son entreprise, il est aidé et soutenu par Hiémain. L'homme est plus ou moins impartial : son éducation ne l'a pas fait fréquenté les pirates ni même les Marchands. Il a étudié l'histoire, il saisit les grandes forces à l’œuvre, il comprend ce qui peut motiver un homme ou un groupe d'hommes. C'est aussi un enfant qui est devenu un homme depuis que son père l'a forcé à naviguer. Les épreuves l'ont marqué et il n'est plus cet individu qui se laisse marcher sur les pieds. Il prend la parole pour exposer ses idées et il le fait clairement : « ce port pourrait être fortifié. Partage pourrait se déclarer au grand jour. Vous pourriez draguer ce bourbier puant que vous appelez port et revendiquer votre place sur les cartes des Marchands. Vous n'auriez qu'à redresser la tête et dire « Nous sommes un peuple, non une bande de hors-la-loi et de proscrits de Jamaillia » - Choisissez vous un chez et prenez-vous en main ». Pour Hiémain, Partage n'est qu'un immense gâchis. Son mythe n'est que mensonge. Partage n'a jamais été un refuge pour les pirates, c'est uniquement un endroit où quelques rejetés du monde attendent que la mort vienne les prendre (« Partage est morte. Elle n'a jamais figuré sur aucune carte, et n'y figurera jamais. Parce que ses habitants étaient déjà morts »).

La résignation est manifeste. Les rescapés se plaignent, ils ne font que se plaindre ou pleurer, chercher de faux coupables. Ils reprochent à Kennit d'en avoir trop voulu : « on risque pas de retrouver une cachette comme Partage ! On était en sécurité, ici, et vous avez tout fichu par terre. Les pillards qui sont venus ici, c'est vous qu'ils cherchaient tout spécialement ».

Les habitants de Partage ont beau protesté, rien ne peut résister à la marche du progrès. Kennit prend les choses en main et change la ville. Ses travaux mènent à sa transformation, et Partage se redresse. Althéa Vestrit se rend à Partage et se rend compte que « pour une ville qui avait été ravagée par le feu il n'y avait pas si longtemps, elle s'était bien relevée ». On comprend que Kennit n'a pas que reconstruit la ville, il a gagné le cœur des gens et leur a redonné de la fierté : « les gens de là-bas ne parlent pas de Kennit comme d'un tyran redoutable. Il est un chef bien-aimé qui a privilégié les intérêts de son peuple. Il libère les esclaves ». Partage est enfin devenu une cité libre, une cité où les esclaves sont en sécurité.


lundi 30 mai 2022

Que pense Tintaglia des humains ?

Libérée, Tintaglia se révèle tout de suite comme une force importante de ce qui se passe à Terrilville. La ville est en effet aux abois : les rues ne sont plus certaines et la ville est menacée par les pirates de Chalcède. Si elle offre une autre vue, plus distante, des événements en cours, elle noue quand même des relations fortes avec quelques humains (dont Malta) et a ses propres buts : aider les serpents à se transformer en dragon.

Pour arriver à ses fins, Tintaglia a besoin des hommes. Le monde a beaucoup changé depuis sa dernière apparition. Les rives ont changé de place, les terres ont bougé. Elle compte sur une caractéristique des humains ; elle le dit clairement à l’assemblée de Marchands de Terrilville avec qui elle négocie. Elle leur affirme, avec toute sa hauteur de dragon, que « les humains ont toujours été des bâtisseurs et des terrassiers. Il est dans votre caractère de façonner la nature à vos propres fins ». On peut sentir là une pointe de mépris, de dédain : les humains n’ont pas de buts propres, ils ne sont pas la puissance dominante. Ils sont là pour servir, servir les dragons. Pour autant, Tintaglia n’est ni naïve ni stupide. Elle sait que les humains sont nombreux et déterminés, elle sait qu’ils peuvent faire du mal aux dragons. Dans les Cités des Anciens, ils pourchassent Glasfeu et Tintaglia pour créer des élixirs de santé. Désirant venger ce que Glasfeu et elles ont subi, Tintaglia rassemble les dragons de Kelsingra et leur explique ce que sont les humains. Elle veut en effet que les nouveaux dragons soient aux aguets, tous les humains ne sont pas comme les gardiens qui les ont accompagnés. Une bonne partie de l’humanité est insignifiante et grossière, incapable de comprendre ou percevoir ce qu’est un dragon (« j’ai beaucoup voyagé et eu beaucoup à faire avec les hommes ; certains ne nous comprennent pas quand nous leur parlons, et ils nous prennent pour des bêtes brutes semblables à des lions ou des loups – ou les vaches qui attendent d’être menées à l’abattoir »). Une autre partie est vindicative et nécessite d’être mise au pas : on ne peut tolérer qu’il soit fait de mal à un dragon (c’est d’ailleurs ce qu’elle reprochera plus tard à un Glasfeu qui gardera longtemps sous silence les machinations des gens de Clerres). Elle leur fait comprendre que les humains peuvent nuire aux dragons en s’en prenant à leurs nids. Il faut agir : « vous pouvez rester ici à vous cacher ; mais plus vous attendrez avant de leur rappeler quelle est leur place dans le monde, plus ils opposeront de résistance quand vous constaterez que vous devez vous défendre ».

Tintaglia place les dragons au-dessus des humains. Ils son bien plus puissants, bien plus intelligents. Dans les Aventuriers de la Mer, Reyn et elle passent un long moment ensemble à rechercher Malta. Elle lui explique sa conception des choses, notamment que « les hommes continueront à se quereller entre eux pour savoir qui doit récolter et où, quelle vache appartient à qui. Ainsi va le monde des hommes. Les dragons sont plus sages ». Là où les humains s’enferment dans des cases, des frontières, les dragons considèrent que tout est à eux : le ciel, la terre, les mers.

Reyn est outré par ce qu’il entend. Il tempête, tente de défendre les humains. Il s’indigne. Cela ne fait que questionner Tintaglia sans aucune optique de remise en cause de son comportement : « Quelle tempête d’imagination ! Comme vous les humains, vous pouvez en soulever rien qu’en imagination ! Est-ce que parce que vos vies sont si brèves ? Vous vous racontez de folles histoires sur ce qui pourrait arriver demain et vous éprouvez toutes les émotions en songeant à des événements qui n’arriveront jamais ». On arrive là à une forte différence entre les dragons et les humains : les dragons vivent bien plus longtemps et pensent que l’homme n’a pas d’importance. Tout ce qu’il entreprend sera effacé. C’est pour cela que Tintaglia remet en place Hiémain. Le dernier des enfants Vestrit ne tolérait pas que la dragonne lui parle avec mépris et dédain, qu’elle désire dicter aux hommes quoi faire. Hiémain se révolte et récolte des paroles dures : « je suis un dragon, humain. Dans l’univers, vos rêves, vos projets, vos ambitions ne comptent pour presque rien. Vous ne vivez pas assez longtemps pour avoir de l’importance. Sauf quand vous venez eu aide aux dragons, bien sûr ». Cela ne peut être que démoralisant d’entendre ça. Une créature qui pourrait vous manger en une bouchée ne vous considère que comme un outil et il n’y a rien à faire pour changer ça. Ce rapport au temps, Tintaglia en fera également la remarque à une Malta qui s’offusque de ne pas la voir plus souvent (« n’oublie pas que les dragons ne comptent le temps selon les infimes gouttelettes de jours qui paraissent si importants aux humains »).

Tintaglia a donc peu de considération pour les humains. Elle en a un peu plus pour les Anciens, ces humains changés à force de fréquenter les dragons (« les hommes tels qu’ils étaient à présent ne l’attiraient guère. Il y avait eu une époque, lui murmuraient les ancêtres au fond de son cerveau, où l’essence des dragons s’était mêlée à la nature des hommes, et les Anciens avaient procédé de ce mélange fortuit »). Ainsi, Tintaglia peut avoir une certaine forme de respect pour quelques humains. Elle en a eu, pour exemple, pour Ortie qui lui a tenu tête et l’a forcée à tenir sa parole. Elle en a pour Fitz, pas parce que c’est un humain, mais parce qu’un dragon l’a jugé digne et l’a marqué (« elle amena sa tête près de moi et me huma doucement. Je ne reconnais pas le dragon qui t’a marqué ; plus tard, peut-être il me rendra des comptes pour ta forte tête »). Elle respecte également Malta qui l’a délivrée et qui comme elle est une femme (« je vois que tu as été bien récompensée pour la part que tu as prise à ma délivrance, jeune reine. Une crête écarlate. Tu en tireras beaucoup de plaisir (…) Et tu jouiras d’une longue vie durant laquelle tu t’en délecteras »).

mardi 10 mai 2022

Les Aventuriers de la Mer : la prostitution

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Dans les Aventuriers de la mer, on suit des pirates ; ces derniers attaquent des navires, prennent leurs richesses et cherchent donc à les dépenser. Une des façons de faire est de prendre du bon temps, de profiter des faveurs d’une femme. La prostitution est donc quelque chose de bien établie dans cet univers géographique, qu’elle soit publique ou dissimulée sous de faux noms. En suivant Kennit, le capitaine d’un vaisseau pirate, on le suit dans son quotidien de chef : il organise la charge, il s’occupe de diriger son équipage, il dresse des plans pour le futur et se consacre à des activités plus humaines comme le sexe. Pour un pirate qui passe du temps sur un bateau, il semble compliquer de mener une vie de couple normale et paisible. Faute de mieux, Kennit se tourne vers des prostituées, et une en particulier (Etta). Il noue avec elle une relation qui peut presque être qualifiée d’exclusive, dans le sens où Kennit ne demande qu’elle. Si il peut faire ça, c’est non seulement parce que Kennit a des moyens mais aussi parce que l’établissement où il va est de qualité (« on n’était pas dans un lupanar à matelots ; on ne pouvait pas tripoter la marchandise à titre d’essai avant de l’acheter. Bettel dirigeait une maison convenable, discrète et digne »). Pour autant, il ne faut pas se tromper sur ce qui se passe dans cet établissement : les femmes échangent leurs corps contre de l’argent. Elles ne sont pas là pour être amoureuses et bien des hommes ne les considèrent que comme des passe-temps forts agréables. Kennit, lui, est tiraillé. On sent bien son attachement pour Etta et en même temps tout lui rappelle la profession de la femme (« embrasser une pute ! Bah, il en avait le droit s’il en avait envie : il payait pour tout ce qu’il avait envie de faire avec elle. Il ne put toutefois s’empêcher de se demander où avait été la bouche de la putain cette nuit-là »).

La relation entre Etta et Kennit est clairement atypique, elle sort de la norme. Etta finit même par s’échapper du bordel, Kennit la prend à bord et on peut la considérer, officieusement, comme sa femme. D’ailleurs, cela étonne même Bettel (la propriétaire d’Etta) qui s’étonne du choix de Kennit. Elle pense qu’elle a des produits de meilleure qualité à lui offrir, parfois même des adolescentes. Elle parle également d’Etta avec des mots crus et insultants, signe qu’elle est plus intéressée par ce que la femme rapporte que pour ce qu’elle est (« Ou, si vous aimez mieux l’innocence, j’ai d'adorables petites vierges qui viennent de la campagne. Vous pouvez vous offrir ce qu’il y a de mieux chez moi. Pourquoi préférez-vous cette pute de second choix ? ») Mais, Kennit choisit Etta (ou plutôt Etta sauve la vie de Kennit lors d’une embuscade alors qu’il se rend au bordel) et la tire de là. Toutes n’ont pas cette possibilité ou cette chance. La prostitution est pour beaucoup de femmes une malédiction. Ce sont des femmes qu’on force à faire ça, qu’on vend comme de la simple marchandise. Elles peuvent être en établissement, dans les rues ou être des serviteurs sous contrat. Hiémain, un jeune homme particulièrement naïf quant aux plaisirs charnels, en rencontre lorsque la vivenef Vivacia menée par son père Kyle Havre fait escale dans la ville de Cresson. Lui qui vivait jusque là dans le réconfortant cadre d’un monastère décide de parcourir cette ville inconnue à pied, et il y voit la laideur : saleté, pauvreté et prostitution. Son dégoût est palpable quand on lit que « jamais personne n’avait ainsi abordé Hiémain, et cette façon de faire le rebuta plus encore que les ulcères révélateurs d’une maladie de la peau autour de la bouche de la malheureuse ».

Terrilville illustre bien l'hypocrisie autour de la prostitution. C’est exactement la même que pour l’esclavage et c’est celle que pointe Kennit. Tout le monde se berce dans la douce et réconfortante illusion que les femmes sont de simples travailleuses qui recevront un salaire juste et seront dignement traitées. C’est faux. Kennit ne dénonce pas seulement l’hypocrisie des puissants, il pointe aussi du doigt la naïveté et l’aveuglement des femmes achetées (« un riche achète leurs talents pour sa propre gloire. Il les achète avec de l’argent ; et elles ne savent même pas qu’elles sont des putains. Pas une qui ait la fierté dire son propre nom »).

Être une prostituée est mal vue. Dans le langage courant, c’est une insulte. C’est un mot que l’on emploie pour rabaisser les femmes, moquer leur comportement. Kyle Havre en fait la démonstration avec Althéa Vestrit : Kyle essaie d’assurer son emprise sur la famille Vestrit (il est l’époux de Keffria Vestrit), de montrer sa domination, son leadership. Il tente de remettre Althéa à sa place. Mais, la femme ne se laisse pas faire ; Kyle pense alors qu’il doit la briser, l’humilier. Il emploie envers elle des mots insultants, presque dégradants (« pieds nus, avec l’air et l’haleine d’une catin ivre, accompagnée d’un ruffian qui vous suit à la trace comme une putain de bas étage »). Se faire comparer à une prostituée semble être une habitude dans la famille Vestrit : Malte en fera également les frais et cette fois-là de la part de sa grand-mère, Ronica. Contre l’avis de sa mère et de sa grand-mère, Malta décide de se rendre à un bal : elle achète discrètement une robe mais est vue par un ami de la famille qui s’empresse de la ramener chez elle. Keffria et Ronica sont outrées par sa tenue. Une discussion animée et passionnée a alors lieu ; Ronica remet alors Malta à sa place en lui disant que « tu n’es pas séduisante à la façon d’une femme convenable peut l’être (…) Nous ne sommes pas à Jamaillia et tu n’es pas une putain ». Autrement dit, pour les Vestrit, une prostituée n’est même plus une femme. Un autre exemple confirme cela. Des années auparavant, Althéa, alors adolescente, avait eu une relation sexuelle avec un matelot. Elle en avait alors parlé à sa sœur Keffria qui avait été scandalisée par ce qu’elle avait entendu. Au lieu de soutenir sa sœur qui craignait d’être enceinte et de lui apporter du réconfort, elle lui jette son opprobre. L’éducation de Keffria lui laisse penser que le sexe hors mariage est mal vu et que celles-ci qui se prêtent à ça sont des moins que rien : « elle s’est mise à pleurer, et elle m’a déclaré que je n’avais plus d’avenir, que j’étais une prostituée, une traînée, que j’avais jeté l’opprobre sur la famille ».

Une femme sort du monde de la prostitution : Etta. Elle devient la compagne de Kennit. Mais, c’est sa relation avec Hiémain qui est intéressante. Le jeune homme se sent attiré par elle, pas uniquement physiquement, mais par la vision des choses de la femme. Lui qui avait jusque là grandi via et dans les livres se rend compte que, même une femme anciennement prostituée, peut lui apprendre des choses. Etta a suffisamment avancé dans sa vie pour jeter un regard honnête sur son passé (« au bout d’un moment, les sentiments disparaissant (…) et c’est un soulagement. Tout devient beaucoup plus facile. Alors, ce n’est pas pire que n’importe quel sale boulot. A moins qu’on tombe sur un homme qui fasse mal »). On comprend bien que la prostitution n’est pas aisée, qu’elle pousse les femmes à se débarrasser d’une partie d’elle-même si elles espèrent survivre sans grand traumatisme. Il faut mettre de côté le romantisme, le désir amoureux. Les clients ne sont là que pour profiter de leurs corps, pas pour autre chose, et si elles cherchent plus, cela peut mal tourner pour elles. On peut penser que c’est à ça que fait référence lorsqu’Etta dit à Hiémain avoir été violée (Althéa, captive de Kennit, est violée par le pirate et personne ne semble la croire). Etta assume avoir été une prostituée (« elle s’était traitée elle-même de putain (…) c’était un mot d’homme, l’injure dégradante qu’on lance à une femme. Mais elle ne paraissait pas avoir honte »). Elle considère cela sans doute comme un costume qu’elle a dû endosser une partie de sa vie pour survivre mais que cela ne définit pas ce qu’elle. Les faits lui donneront raison : elle apprendra à lire, secondera Kennit puis deviendra mère. Avant de finir Reine des Pirates.


jeudi 24 septembre 2020

Etta, la putain

 

Que raconte la saga des Aventuriers de la Mer ? C’est le retour des Dragons avec Tintaglia, c’est la découverte de nouvelles cultures et sociétés avec Terrilville, Jamailia et les Îles Pirates. On plonge dans une époque de bouleversement : un pirate (Kennit) ose s’attaquer aux transports d’esclaves, une famille Marchande (les Vestrit via Kyle Havre) se lance dans le commerce d’esclaves.

Mais, ce sont surtout des destins, des personnages qui grandissent et s’affirment au fur et à mesure des pages. L’agaçante Malta doit cesser de se comporter comme une gamine si elle ne veut pas mourir, ou pire, pourrir sur place. Althéa se lance dans une reconquête de la vivenef familiale (la Vivacia) injustement laissée à Keffria et Kyle Havre. Kennit veut devenir le Roi des Pirates, Davad Restart, perdu dans le chagrin suite au décès de sa famille, ne pense qu’au profit et à sa position sociale. Parangon, le navire fou, se lance dans un dernier voyage.

La force de ces romans est qu’ils nous font également suivre des personnages en bas de l’échelle sociale. Ici, il s’agit d’une prostituée, Etta. D’un bordel au palais du Gouverneur, du pont d’un bateau de pirate à celui d’une vivenef, Etta se révèle intéressante à découvrir. Si elle a beaucoup de mal à dépasser le statut de Kennit, on se rend vite compte qu’elle a beaucoup de possibilités.

Nous faisons connaissance avec Etta lorsque le pirate Kennit se rend dans son bordel habituel. Alors que la patronne lui propose de nouvelles femmes, il demande expressément Etta. Etta, la tenancière, les autres prostituées, toutes savent que le pirate veut cette femme (« sais-tu comment les autres m’appelaient ici ? La putain de Kennit. ») Pour Etta, c’est sans doute réconfortant et rassurant de savoir qu’un homme la veut malgré ce qu’elle est et son passé. Elle a l’impression d’être choisie, de compter. La vie de prostituée n’est pas facile et encore moins dans une ville comme Partage. Les pirates sont violents, sans foi ni loi, ils sont sales et souvent rustres. Et le métier en lui-même est compliqué : « les putains se font souvent battre par les clients ». Inévitablement, elle se raccroche à celui qui lui offre un tant soi peu de respect.

Pour autant, il serait naïf de croire que la relation entre Kennit et Etta est d’égal à égal. Kennit est un homme égoïste, imbu et au passé compliqué, lourd. Il a énormément de mal à accorder sa confiance et à se défaire de son costume d’autorité.

Kennit se place au-dessus d’Etta. Et même si ses conseils peuvent parfois être bons, il ne faut surtout pas lui montrer qu’il les écoute. On en a la preuve quand elle veut l’aider à capturer une vivenef (Kennit pense qu’avoir un bateau magique l’aidera à devenir le Roi des Pirates). Une fois qu’elle ait fini de lui parler, il lui répond que «  ne te crois plus jamais le droit de me dire ce que je dois faire. Je n’ai pas besoin des conseils d’une femme. Je sais parfaitement comment obtenir ce qui me plaît ».

Etta accepte cette réponse. Elle est sincèrement éprise de lui et en plus son passé l’a conditionnée. Elle a été battue, méprisée, insultée ; elle se contente donc de la maigre affection qu’il lui offre (« elle avait vécu si longtemps en se contentant de si peu que les mots qu’il venait de lui adresser lui suffiraient pour toute une existence »). Le moindre signe public d’affection devient un réel événement. Elle les chérit et cela se voit dans le vocabulaire employé. On a ainsi le droit à un « il l’honorait ainsi, il manifestait ses sentiments aux yeux de tous en l’embrassant. Elle s’en sentit magnifiée. »

Ce n’est pas réellement un amour à sens unique, mais presque. Etta en a conscience et elle l’accepte, elle a fait son deuil de quelque chose de plus poussé : « elle savait qu’il l’aimait. Cela lui avait suffi ; elle n’avait pas besoin d’être aimée en retour. C’était Kennit, elle n’en demandait pas davantage ».

Putain à Partage, Etta a du apprendre à s’endurcir, à se battre si elle voulait rester en vie. Cela lui sera profitable à de nombreuses reprises tant la vie sur un bateau de pirates réserve des surprises. Bien entendu, ceux qui sont sous les ordres de Kennit n’ont jamais levé la main sur elle mais il y a d’autres dangers.

Kennit veut devenir Roi des Pirates et cela suscite de la méfiance, de la jalousie et des réactions d’animosité. Quand il rentre à Partage après avoir commencé à libérer des esclaves, il tombe dans une embuscade. Il est sauvé, entre autres, par Etta dans un passage qui met à la fois en avant sa beauté et sa férocité (« Etta, nue, comme la main, accroupie au-dessus de sa victime, avait l’air d’un chat sauvage avec ses dents inconsciemment dénudées »).

On en a la confirmation un peu plus tard quand elle fait face à Sa’Adar. Ce dernier était un esclave à bord de la Vivacia, la vivenef que Kennit est parvenue à capturer. Resté à bord du bateau magique, il mène depuis quelques temps une sorte de coup d’État silencieux, profitant de la blessure de Kennit. Quand Hiémain tente de soigner Kennit, il a besoin du coffre à pharmacie mais Sa’Adar l’a dissimulé. Etta confronte donc le pirate, elle le taillade nonchalamment et montre une certaine maîtrise du couteau. Il n’y a pas que la lame qui blesse mais aussi ses mots : « on a bien compris, je crois : c’est moi qui te commande. »

Il serait injuste de limiter Etta à une femme prompte à la violence et partenaire de sexe de Kennit. Elle est avide d’apprendre. Hiémain sera son professeur. Si les leçons seront compliquées pour le jeune homme, elle parviendra à la maîtrise des lettres. Etta est une femme souvent impulsive, qui montre ce qu’elle ressent. Ne pas aller si vite dans ses cours la frustre, l’énerve (« la hargne d’Etta n’était pas dirigée contre lui, mais contre sa propre ignorance crasse. Elle avait honte de ne pas savoir. Elle se sentait humiliée d’avoir à lui demander son aide ».

D’ailleurs, la relation avec Hiémain est intéressante. Hiémain est le fils de Keffria Vestrit et de Kyle Havre. Frère de Malta et Selden, il est retiré de son enseignement à la prêtrise pour embarquer à bord de la vivenef (un membre des Vestrit doit absolument être à bord). Il subira la méchanceté de son père et, quand la Vivacia sera prise par les pirates de Kennit, il restera sur la vivenef, nouant des liens avec Kennit et Etta.

Dès qu’il la voit, le jeune homme sent tout de suite qu’Etta est une femme dangereuse (« le regard noir et froid de la femme qu’il sentait dans son dos lui glaçait les entrailles »). Kennit lui confirme qu’il doit se méfier de la putain devenue pirate, il lui dit que « tu as peur de cette femme, n’est-ce pas ? Tu as raison. »

Très vite, Hiémain développe des sentiments pour elle. Est-ce de la fascination ou de l’amour ? Dans tous les cas, il parle d’elle avec en train et avec des mots qui la valorisent. N’ayant connu que ses sœurs ou sa mère comme femmes, il est forcément envoûté par Etta. Le pauvre ne peut pas tenir le coup (« elle ne ressemble à aucune femme que j’ai connue et je ne peux résister à l’envie de percer son mystère »). On peut penser qu’il est jaloux de Kennit, après tout le pirate partage son intimité avec Etta et profite de ses charmes. Lui doit se contenter d’en rêver : « elle le fascinait (…) elle s’emparait de tous ses sens (…) il avait conscience d’elle et, parfois, elle troublait son sommeil. »

Mais, ce n’est pas réciproque. Pour Etta, Hiémain est un professeur, un compagnon de voyage et rien de plus. Ce n’est pas un homme, encore un enfant (« c’est un gamin déchiré entre sa nature douce et son besoin de te suivre ») ; il faut dire qu’Etta a très peu, pour ne pas dire jamais, rencontré ce genre de personne.

Sorcor est le second de Kennit. C’est lui convaincra Kennit dans un flamboyant plaidoyer de s’en prendre aux esclavagistes. Il est intéressant de noter qu’il considère au début des aventures Etta comme une faible femme sans défense et facilement impressionnable (« il vaudrait peut-être mieux que la dame se retire dans sa cabine en attendant que tout soit fini »). Le temps passe, il verra ce dont Etta est capable. Il sait maintenant que c’est une femme capable. Dans le roman Sur les rives de l’Art, il prévient Fitz et les autres (qui font escale sur les Îles Pirates avant de se rendre sur Clerres) que « la Reine Etta ne rechigne pas à prendre les choses en main en cas de problème. » Il parle d’elle comme une Reine car elle est la compagne de Kennit (le Roi des Pirates) mais aussi parce qu’elle porte, dans les Aventuriers de la Mer, l’héritier. Etta tombe enceinte et la nouvelle ravit Sorcor (« Sorcor se leva d’un bond puis se jeta sur Etta pour l’embrasser à l’étouffer »).

Etta se contente de ce que lui donne Kennit. La dame n’est pas au bout de ses peines quand le pirate parvient à s’emparer de la Vivacia. Il tombe amoureux du bateau magique, il la charme, il lui murmure des mots doux, il est bienveillant, il est tout ce qu’il n’est pas avec Etta. Etta en souffre, elle l’avoue à Hiémain. Elle lui dit que « il veut être seul avec elle », elle se sent donc exclue. Quelques lignes après, on peut lire que « Etta énonça le fait avec une franchise brutale. La jalousie flamboyait dans ses yeux. » Vivacia (devenue Foudre) et Etta se confrontent. Etta lui dit affirme que « je ne désire pas t’écarter ni te prendre Kennit ».

Les deux concluent en quelque sorte un arrangement d’autant plus que la vivenef lui ouvre une nouvelle voie, à savoir devenir mère et cela même sans en avertir Kennit. Selon elle, les hommes sont faibles alors que les femmes se doivent d’être fortes («  nous savons, nous, dans nos entrailles que le but de tous nos mouvements, c’est la perpétuation de l’espèce »).

En outre, il faut noter qu’Etta n’est pas dans une admiration béate de Kennit. Elle sait que le pirate a de mauvais côtés. On savait déjà ce qu’elle reprochait à Hiémain (son côté suiveur), on remarque que c’est une femme observatrice : « Kennit et toi, vous couvez parfois toute l’étendue de la bêtise masculine. Lui avec sa raideur, sa froideur et sa répugnance à reconnaître le moindre besoin, et toi avec tes grands yeux de chiot mendiant un instant d’attention ».

Le viol d’Althéa par Kennit est un des moments les plus durs des livres. Kennit nie, Hiémain refuse de croire sa tante. Etta s’emporte et on finit par comprendre qu’elle est en colère contre elle-même. Son passé de putain l’a habituée aux abus et souillures. Elle sait ce que ça fait. Elle prend donc Hiémain à part pour remettre les choses en place : « ta tante n’est pas folle, Hiémain. Du moins pas plus folle que n’importe quelle femme après un viol (…) Cette révolte, chez une femme, rien d’autre ne peut la provoquer (…) Je l’ai ressentie moi-même. »

Kennit emmène Etta sur l’Île des Autres, un endroit qui attire des marins superstitieux et cherchant des signes du destin. Etta y rapporte un objet qui la conforte dans son désir d’enfant (« au creux de ses paumes, pas plus gros qu’un œuf de caille, se nichait un bébé »). C’est à Hiémain à qui elle annonce le premier la nouvelle de sa grossesse (« je suis enceinte, je porte l’enfant de Kennit »), les deux ont fini par avoir un lien fort. Toute à son bonheur, elle ne se rend pas compte à quel point cela affecte le jeune homme (« les paroles fermèrent la porte au nez de Hiémain, l’exclurent de la vie d’Etta et de la lumière »). Hiémain fait preuve ici d’une attitude très mélodramatique, sa réaction est tout de suite exagérée. De toute façon, à la mort de Kennit, Etta se tourne vers Hiémain et lui supplie de l’aider («  je ne veux pas élever cette enfant toute seule »). Il n’est pas question de relation sentimentale ou amoureuse, Etta honore trop la mémoire de Kennit pour ça. Il est donc là quand elle a besoin de lui, que ce soit pour administrer les affaires ou lui tenir compagnie au bal du Gouverneur.

Avant de mourir, Kennit a une dernière demande, celle de nommer le futur bébé. Il demande qu’il ait un prénom étroitement lié à son histoire, Parangon (« Mon amour. Prends l’amulette en bois-sorcier à mon poignet. Porte-la toujours jusqu’au jour où tu la transmettras à notre fils. A Parangon. Tu l’appelleras Parangon ? »)

Kennit est mort sans vraiment l’être. Parangon a en lui les souvenirs du pirate, c’est la tradition. Etta lui pose une dernière question et il lui répond que Kennit « t’aimait aussi profondément qu’il en était capable. » C’est une réponse évasive mais Etta s’en satisfait. Elle connaît l’homme et ses complexités. Ce n’est pas réellement un mensonge ou une réponse franche, juste ce qu’elle a besoin d’entendre.

« Sur les rives de l’Art » permet à Fitz de rencontrer les héros des Aventuriers de la Mer et des Cités des Anciens (il a déjà vu Selden ou Jek). Il verra Malta et Reyn, Alise et Leftrin, Kanaï et Gringalette, Brashen et Althéa. Il rencontrera également Etta et elle lui fera forte impression : « une femme extraordinaire s’encadra dans la porte ».

Les deux auront quelques interactions et comme d’autres avant elle (Astérie, le Fou, Umbre, la Femme Pâle), la Reine des Pirates sent que Fitz apporte le changement : « FitzChevalerie Loinvoyant, grâce à vous, Partage connaît une effervescence, des destructions et des interrogations qu’elle n’a pas connues depuis bien des années ». C’est une affirmation compréhensible quand au même endroit sont réunis des Loinvoyant, des Vestrit, des Anciens, des vivenefs et des Dragons.



samedi 29 août 2020

Hiémain et Kyle, une relation compliquée

La saga des Aventuriers de la Mer s’ouvre sur un mauvais choix et des incompréhensions. Mourant, Ephron Vestrit doit décider qui aura la charge de la vivenef de la famille. Tout laisse croire que ce sera Althéa, après tout elle a navigué sur le bateau magique. Mais, il choisit Keffria au grand étonnement de tous (et de celui du lecteur) : avec sa femme, Ronica, ils pensent que Keffria et son mari Kyle Havre auront besoin d’une source de revenus pour leur famille.
Keffria et Kyle ont trois enfants : Malta, Selden et Hiémain. Ce sont des Vestrit et il faut un Vestrit pour naviguer sur la vivenef Vivacia. Kyle décide donc de faire revenir Hiémain de son monastère.

Kyle Havre est ambitieux, il est un chalcédien et il manipule sa femme. Il lui dit des mots doux, l’enferme dans une prison de promesses. Il se révèle colérique et dur avec les mots. Prendre le commandement de la Vivacia est une opportunité inespérée pour lui, il est prêt à tout pour que tout aille bien. Il va briser des tabous en commerçant des esclaves.
Il va aussi revenir sur la parole familiale en se servant de Hiémain. Puisqu’il faut un Vestrit sur le bateau et que les deux autres enfants sont trop jeunes, ce sera Hiémain. L’éveil de la Vivacia montre déjà son côté absolu et ce que seront les futures relations avec son fils. Il ne fait pas que se moquer des croyances de son fils, il est déjà autoritaire : “Je me moque de Sa ! (...) Prends la cheville et éveille le navire”.

Déçu ou simplement méchant avec son fils, il ne fait que le rabaisser. Il tourne en dérision ses convictions religieuses, sa façon d’appréhender la vie. De sa bouche ne sortent que des paroles rabaissant son physique. Ainsi, alors qu’il retrouve son fils après de longues années, aucune parole de bienvenue n’est proposée. Il est blessant, volontairement blessant : “ta petite soeur est plus grande que toi, ; et pourquoi portes-tu une robe comme une femme”. Il s’attaque à la virilité de Hiémain, un concept très important dans la culture de Chalcède. Et à bord de la Vivacia, il sera encore plus explicite (“tu es revenu avec ta robe brune, ta voix douce, tes muscles de fillette, tes manières de mouton et ta timidité de lapin”). Il ne fait aucun effort pour comprendre son fils, pour tenter de saisir que l’éducation qu’il a reçue dans son monastère l’a profondément changé et qu’il lui faut du temps pour essayer de devenir ce que son père attend de lui. Car, Hiémain a évolué dans un cocon protecteur et pacifique, seulement rythmé par sa progression dans la maîtrise des préceptes. Rien ne le prépare à ce qu’il va affronter.

Kyle Havre décide de faire de son fils un mousse. Il a l’espoir qu’il se montre à la hauteur, gagne son respect et celui des hommes du bateau. Il le voit déjà devenir second puis capitaine un jour. Pourtant, dès le début, Hiémain fait preuve de ses objections, il s’est donné à Sa et aux études. Kyle fait alors preuve de violence pour le convaincre (“le poing le frappa sur le côté du visage, avec un craquement assourdissant”).
D’autres personnages comme Ronica Vestrit (l’épouse d’Ephron) ont conscience que la vie à bord du bateau sera rude pour Hiémain. Car non seulement il n’est pas du métier mais en plus Kyle Havre a choisi une cargaison particulière, des esclaves. C’est un interdit à Terrilville, c’est aussi un sacré défi pour une vivenef qui vient de s’éveiller et qui a conscience de tout ce qui se passe à son bord. Ronica es sceptique quant aux chances de réussite de Hiémain, elle dit à sa fille Keffria que “même si Kyle traitait Hiémain aussi délicatement qu’une petite fille, ton fils souffrirait de ce qu’il verra : les cales bondées, la mort”.

La vie à bord du navire est compliquée pour Hiémain. Kyle le confie à Torg, ne voulant pas de traitement de faveur pour son fils. Torg est le lieutenant, c’est surtout un homme brutal et jaloux, une terrible combinaison. Il trouve toutes les excuses pour ridiculiser le jeune homme, il désire plus tout que le faire craquer. Il le rabaisse devant les autres membres de l’équipage. Il ne fait que se débarrasser de lui, il s’y emploie avec des termes humiliants comme lorsqu’il dit à Clément que “c’est toi qui fais la nounou. Veille à ce que le bébé à sa maman ait toujours les mains occupées.”

Est-ce que Hiémain a conscience que son père le méprise ? Grâce à Clément, il sait déjà qu’il sera traité comme les autres à bord, qu’il ne faut rien attendre du fait qu’il soit le fils du capitaine (“non, m’sieur, pas quand tu sers à bord de son bateau ; à ce moment-là, c’est ton capitaine et rien d’autre”).
Hiémain verra que son père est détaché de lui lorsqu’il faudra lui amputer d’un doigt suite à  un accident sur le bateau. Les deux se défient, se regardent et se tiennent afin de voir qui cédera le premier. Le doigt infecté, Hiémain insiste pour que son père lui coupe. Ce dernier refuse et s’en ira même quand l’acte sera fait. Hiémain fera preuve d’un courage énorme et plus tard, assez étrangement, Kyle lui reprochera de s’être comporté comme un monstre en ne pleurant pas. Pour Hiémain, c’est la révélation, il “comprit alors que jamais il ne plairait à son père, que Kyle n’avait jamais désiré être fier de lui.”

A Jamaillia, les choses empirent. Hiémain tente de s’évader, est capturé par un esclavagiste et se retrouve à vendre. La vente publique voit Torg et Kyle prendre place dans la foule et ne pas faire plus d’efforts que ça pour racheter le fils. Hiémain sera tatoué deux fois, une première comme esclave et la seconde comme la propriété de la Vivacia, le bateau qu’il aime tant selon Kyle.

  • “il lui avait raconté qu’il avait tatoué Hiémain réduit en esclavage et qu’il l’avait acheté au nom de la Vivacia (....) car son père ne voulait plus entendre parler de lui”
  • “il était déjà défiguré par deux tatouages d’esclave, dont le plus grand était dû à sa propre réaction impulsive, sous le coup de la colère, à une suggestion facétieuse de Torg”

Tout est hors de contrôle. Kyle est dégoûté par son fils, le bateau est de plus en plus dépendant de Hiémain et instable à chaque fois que Kyle lève la main. Kyle ne sait que faire. A peine exprime-t-il des doutes sur sa propre attitude qu’il sait que ça ne sert à rien : “il regrettait son geste envers Hiémain mais il lui était impossible de revenir en arrière ; il savait aussi qu’on ne lui pardonnerait jamais”. 
Pas de pardon pour Kyle, Althéa le déteste déjà, Ronica le regarde de haut et il doit bien se rendre compte que Keffria ne le suit qu’à reculons. Seule Malta aime inconditionnellement son père.
Poussé à bout, Kyle est à deux doigts de tuer son fils. Hiémain ne doit sa survie qu’à un serpent (“une tête blanche comme la mort se dressa soudain hors de l’eau, les mâchoires béantes (...) elle attendait son repas”). Le serpent est lui aussi un bénéficiaire du choix du commerce d’esclaves, il mange les cadavres jetés par dessus le bord.

Le choix de Kyle Havre de se lancer dans le commerce d’esclaves aura des répercussions majeures. Cela ne fragilise pas seulement la famille Vestrit, cela aiguise l’appétit du pirate Kennit, un homme extrêmement ambitieux qui se voit le premier des pirates et ambitionne de libérer les esclaves et de capturer une vivenef. Il profitera de la révolte à bord de la Vivacia pour s’en emparer. Mais Kennit est gravement blessé à la jambe et Hiémain lui propose de l’aide, son éducation le pousse à ça. Là où on pourrait voir un acte de noblesse, Kyle ne voit que de la faiblesse, de la lâcheté : “tu opérerais même s’ils m’avaient jeté au serpent. C’est ta morale : courber l’échine devant celui qui a le pouvoir”. Il retire tout grandeur à la décision de Hiémain.

Etant donné le traitement que lui réserve son père, ce n’est pas anormal de voir par la suite que Hiémain vénérera Kennit et Etta. Il les placera sur un piédestal malgré toutes leurs ignominies. Il prendra même la défense de Kennit quand ce dernier violera Althéa.

lundi 11 mai 2020

Les malheurs des enfants Vestrit

Tomes 1 et 2.

La saga des Aventuriers de la Mer s'ouvre sur un choix douteux d'Ephron et de Ronica Vestrit. Les parents de Keffria et Althéa doivent décider à qui doit revenir la vivenef familiale, la Vivacia. Keffria, en plus de ne pas être intéressée par la navigation ou le commerce, a très peu mis les pieds sur le bateau magique. De son côté, Althéa a passé sa jeunesse à bord, connaissant les moindres recoins du navire. Dans une culture où la possession d'une vivenef est une fierté de famille et de Marchands, tout laissait croire que la vivenef et son commandement reviendraient à Althéa. Non. Assez curieusement, ils décident de confier le navire à Kyle Havre, l'ambitieux époux de Keffria. Et Ronica cherche des excuses pour atténuer sa terrible, en tout cas perçue comme telle de la part d'Althéa. Elle se réfugie derrière les traditions qui veulent que ce soit l’aînée qui soit privilégiée, d'autant plus que Keffria a des enfants et doit donc penser à leur avenir.
C'est un mauvais choix car dès le début Kyle montre qu'il n'a aucune subtilité et qu'il ne comprend pas les particularités des vivenefs, et pire, aux coutumes de Terrilville. Il est à deux doigts de vouloir empêcher Ephron de mourir sur son propre bateau, il fait tout pour écarter Althéa de la cérémonie d'éveil de la Vivacia. Contre toute attente, il retire Hiémain de son monastère, de ses enseignements de Sa, et fait de lui la personne de la famille nécessaire à l'équilibre du bateau. Il poussera son ignominie plus loin en décidant de se lancer dans le commerce d'esclaves, un grand tabou à Terrilville. Et pendant tout ce temps, Keffria reste passive, se contenant de légères réserves et suivant en réalité fidèlement les positions de son mari. Kyle affirme qu'il agit pour renflouer les finances de la famille dans un contexte difficile, il semble plus qu'il fait ça pour clairement se démarquer des Vestrit et de leur prétendue honorabilité.

Dans le premier tome des Aventuriers de la Mer, Malta Vestrit est invisible. On sait que son père tient beaucoup à elle puisqu'il profite de chaque opportunité pour lui faire des cadeaux, et qu'avec Selden ils sont tenus à l'écart des affaires. On doute que cela aura un fort impact sur son caractère car très vite elle veut qu'on la considère comme une femme, et non plus une enfant. Elle devient jalouse de Hiémain quand il revient du monastère et détourne l'attention de leurs parents.
Dans le Navire aux esclaves, les choses changent. Malta prend son destin en main. Cela peut sembler anodin mais tout commence avec une cachotterie lors de l'Offrande des Moissons. Sa grand-mère Ronica et sa mère Keffria refusent de participer au bal, arguant qu'elles ne sont pas prêtes car elles portent le deuil d'Ephron Vestrit. Malta demande à y aller mais on lui refuse la permission. Elle décide donc, en le cachant, de se faire coudre une robe. Elle prend là une première claque quand la couturière Fayla ne veut pas suivre ses consignes et lui faire une tenue. Malta avait pourtant proposé une idée, elle cherche à s'ouvrir aux plaisirs de la séduction, mais selon la couturière, ce serait une tenue inappropriée pour elle qui n'est qu'une enfant. Quel camouflet pour Malta !
C'est un ami de la famille, le Marchand Davad Restart qui, choqué, la fera quitter le bal et la ramènera chez elle. S'ensuivront alors une dispute et un échange de mots qui nous donneront un aperçu de la femme que sera Malta. C'est intéressant car on assiste à un choc de générations dans la famille Vestrit. Cela semble être quelque chose de partagé. Il y avait déjà eu Althéa qui quitta la Famille Vestrit fâchée (et brave pas mal d'interdit en navigant déguisée en homme). Et à présent, c'est Malta qui veut sortir du chemin tout tracé réservé aux filles de Terrilville, de leur présentation à la société à leur mariage. En plus, Terrilville paraît au premier un regard un endroit ouvert (grâce au commerce et aux différents échanges) mais on voit bien que les traditions pèsent énormément, sont des prisons dorées. Malta n'est que le premier signe d'une lame de fond qui va tout bousculer.

Pauvre Hiémain. Il était destiné à mener la vie tranquille d'un prêtre, à acquérir et comprendre les différents préceptes de Sa. Mais les événements se sont précipités et tout a changé. Il a dû retourner dans une maison où il était presque devenu un étranger, une maison plongée à la fois en pleine contemplation morbide puis mortelle et une maison où règnent la déception et la colère, suite au décès d'Ephron Vestrit et à l'héritage de la vivenef. Les choses auraient pu s'arrêter là et la vie reprendre son paisible cours pour lui si son père, Kyle Havre, n'avait pas de projets pour lui. Le nouveau commandant de la Vivacia a besoin d'un Vestrit pour naviguer. Et comme il a chassé Althéa, il décide de soustraire Hiémain et d'en faire un mousse puis un marin accompli. L'enseignement sera dur pour le jeune homme, les autres marins profiteront sans honte de sa candeur et de sa naïveté.
Perdre un doigt ou subir les remarques désobligeantes de Kyle ne seront pas les pires affres qu'il vivra en ce début de saga. Kyle s'est en effet lancé, contre l'avis de beaucoup, dans le commerce d'êtres humains. A Jamaillia, Hiémain assiste à la mort d'une esclave et le propriétaire de cette dernière le rendra responsable. Il décide donc que Hiémain lui appartient et lui appose sa marque. Notons que Torg, le second, est au courant de ce qui arrive à Hiémain et ne fera rien pour le tirer de ce mauvais pas, il se délecte de la peine du jeune homme. Quand viendra le moment pour Kyle de racheter son fils, il le fera en l'humiliant, faisant tout pour diminuer le prix et montrant ainsi tout son dédain et son dégoût. Par la suite, rien ne s'arrangera pour Hiémain : il sera tatoué du visage de la Vivacia, une façon symbolique de le déclarer esclavedu bateau, il sera gravement perturbé par le commerce d'esclaves (c'est la même chose pour la Vivacia, surtout que la vivenef est un jeune navire aux émotions instables).

samedi 25 mai 2019

Insultes et autres attaques

On ne peut pas dire que la relation entre Fitz et Astérie a été un long fleuve tranquille. De leur rencontre à leur première séparation il a toujours plané au dessus d'eux le nuage du désir et le besoin d'Astérie de se sentir importante : pour elle-même, pour Fitz et pour la postérité.
Après la libération des Six-Duchés par Vérité, Fitz se coupe du monde. Il a déjà été trahi par Burrich et abandonné par Molly. La ménestrelle est la seule personne de son ancienne vie à lui rendre fréquemment visite, elle est son lien régulier avec le monde extérieur. Et entre autres choses, ils deviennent amants.
Quand l'Histoire rattrape Fitz, ce n'est pas vers elle qu'il se tourne mais le Fou, cet être qu'elle juge curieux et pour qui elle a toujours éprouvé de la jalousie. Très vite, les choses s'enveniment entre les deux et les paroles blessent. C'est un festival de paroles méprisantes, d'attaques gratuites. Astérie ne comprend pas le besoin de Fitz de rester à tout prix dans l'ombre, de vivre comme un misérable, comme un simple serviteur alors qu'il pourrait avoir ce qu'il veut. Et, comme d'autres (Devoir, Civil), elle questionne la sexualité du Fou et pense que les deux vieux amis sont partenaires dans l'intimité.


Lorsque Fitz revient des Montages, c'en est définitivement terminé du jeune homme innocent, d'ailleurs déjà largement entamé par l'enseignement du maître d'Art Galen.
Royal veut le tuer, Subtil le regarde faire. Lâché par le trône, il revient misérablement à Castelcerf avec Vérité et Burrich. C'est un homme affaibli qui ne maîtrise même plus son corps (et son esprit). Pire, il a vu son amour en très mauvaise posture : Vasebaie, le village où Molly avait cherché refuge après la faillite de sa boutique, a été attaqué par les Pirates Rouges.
Sa surprise est donc totale quand il la retrouve dans les couloirs du château en tant que servante. Pour justifier cela et son état, il lui sort des explications qui ne peuvent que paraître fumeuses. Molly, dont l'existence jusque là n'a été que moqueries, prend la mouche, d'autant plus qu'il apprend qu'il lui a menti et qu'il est de sang royal.


 
Dans toute la saga, Royal est peut-être l'ennemi le plus emblématique de Fitz. De sang royal comme lui (il est son oncle), il ne supporte pas la vue du bâtard et profite de chaque occasion pour le lui montrer. Il tente même de le tuer à plusieurs reprises. Après une tentative de meurtre avortée dans les Montages, Royal emploie une autre stratégie pour prendre le pouvoir. Il rassemble ses pions pour isoler Vérité et Fitz. Quand son frère décide de partir en quête des Anciens, il appuie sa demande afin se retrouver libre d'agir à Castelcerf. Il réorganise la garde royale et gère les affaires du Royaume, Subtil n'étant plus qu'un pantin.
Fitz a le malheur de s'immiscer dans ses affaires en donnant son avis sur les animaux des écuries. Mal lui en prend car même pour une affaire bénigne en apparence, Royal emploie ses talents d'orateur, lui l'homme à la langue si agile. Les mots claquent et il n'a que mépris pour Fitz et ses parents. Il se moque de sa manie de vivre avec les gens du peuple et parmi les animaux.


Althéa Vestrit a été lésée par Kyle Havre et ses propres parents. La vivenef de la famille, la Vivacia, a été injustement accordée à Kyle. Althea a beaucoup de rancune pour ce choix qui va radicalement changé sa vie. Mais, elle ne baisse pas les bras et au contraire elle fait tout pour montrer qu'elle est un marin respectable.
Puisqu'il faut un membre des Vestrit à bord du navire, Kyle arrache Hiémain (le neveu d'Althéa) de son monastère et le force à monter à bord dans un environnement qui s'avèrera nuisible.
Il le marque comme un esclave, le fait traiter comme un moins que rien. Après moult aventures, Hiémain rencontre le pirate Kennit. Par la suite, le hasard (ou le destin) fait que les trois se retrouvent à bord du même bateau.
Profitant de la faiblesse d'Althéa, Kennit la viole. Quand Althéa le dénonce et le confronte, son propre neveu ne la croit pas. Il se moque même de ses crises de colère en lui disant qu'elle a toujours été une sauvageonne, une marginale. Déjà violée par Devon, Althea ne peut compter sur le soutien de personne, même pas ceux d'Etta et Parangon qui savent pourtant ce qu'elle a subi, Jek lui offrant un geste d'affection minimale.