Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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vendredi 15 mai 2026

Quel héritage pour Caudron ?

Caudron est un autre personnage qui parait totalement anecdotique. Elle n’est qu’une vieille femme étrange que Fitz rencontre lorsqu’il est à la recherche de Vérité. Caudron ne fait rien pour être appréciée tant elle est sèche et mystérieuse, peu encline à se livrer. Elle semble obsédée par la question du temps et des prophéties.

Cependant, la suite des événements montre que Caudron occupe une place importante. Elle devient une héroïne oubliée dans l’histoire des Six-Duchés. Sans Caudron, Vérité aurait été incapable de terminer son dragon d’Art et de pierre et les Six-Duchés auraient sombré face aux Pirates rouges.

Ainsi, des années plus tard, des décennies plus tard, Coeur de Loup (Oeil-de-Nuit) rappelle à un Fitz bien mal en point l’expérience et l’importance de Caudron. En effet, après avoir passé quelques temps dans le courant d’Art, Fitz est désorienté, perdu. Il ne sait plus ce qu’il doit faire; Oeil-de-Nuit lui rapporte des propos tenus par un Vérité présent dans le courant : « lui-même a failli échouer : si tu n’avais pas amené Caudron et si elle n’avait pas été ce qu’elle était, il ne serait resté qu’un dragon à moitié achevé et un roi mort ». Caudron est donc celle qui a permis l’achèvement du dragon de Vérité et ce n’est pas un mince exploit car il en faut des choses, des émotions, des expériences pour remplir un dragon.


Caudron n’est pas une femme comme une autre. Des années après sa mort, son cas est discuté et elle est jalousée par Umbre. Le vieil assassin vieillit, il se sent dépassé par le temps. Fitz refuse de le former à l’Art alors que cela pourrait l’aider à lutter contre ses tourments. Il en voit un Caudron un exemple à suivre : « quel âge avait cette Caudron avec qui tu avais voyagé ? Deux siècles ? Trois ? Or, elle était restée assez solide pour affronter un hiver montagnard ». Caudron semble donc faire partie d’une ancienne génération d’artiseurs bien plus doués et mieux formés.


En parlant d’Art, Caudron a enseigné à Fitz un jeu qui lui permettait de canaliser son Art. Fitz n’a pas laissé mourir ce jeu. Il en a rédigé un traité et en a parlé à Umbre. De toute façon, curieux comme il est, le vieil homme a tout de suite repéré l’importance du jeu en rendant visite à Fitz (« il s’agit bien du jeu des cailloux n’est ce pas ? Celui que Caudron t’a enseigné pour t’aider à détourner ton esprit de la route d’Art ? C’est passionnant »). On pourrait presque croire que cela en resterait là, que ça serait un simple outil pour les artiseurs. Tout a changé quand Fitz a appris les règles à Devoir (« j’ai presque éprouvé du soulagement à lui enseigner le jeu des cailloux de Caudron »). 

Devoir étant le prince, ses actes sont nécessairement scrutés et suivis. Il est aussi celui qui peut créer des tendances et c’est ce qu’il a fait en popularisant le jeu, parfois à ses dépens. Il dit à Fitz que « je me suis fabriqué un damier en tissu et des pions. Je pensais m’améliorer en jouant contre des adversaires en plus de vous ». Devoir ne sait pas que c’est Caudron qui a créé ce jeu, une preuve de plus que l’histoire de cette femme est bien peu connue.

samedi 9 août 2025

Petit billet # 1 : Le temps

Dans le prologue du Fou et de l'assassin, on peut lire que « le temps est un professeur cruel qui donne des leçons que nous apprenons beaucoup trop tard pour en avoir l’utilité » et « des leçons apprises trop tard, des situations comprises avec des dizaines d’années de retard. Et tant de choses perdues à cause de cela ».


On en a un bon exemple quand Fitz se vide dans un dragon dans le tome La Reine solitaire. Il y met là bien de ses souffrances, bien des choses qui lui ont fait et lui font du mal comme l’abandon par sa mère, certaines émotions liées à Molly, la torture subie par Royal ou le regret de n’avoir jamais rencontré son père. Caudron le met en garde : « ce dont vous vous êtes débarrassé va vous manquer. Avec le temps, vous retrouverez une partie des émotions perdues, naturellement (…) avec le temps encore, ils auraient cessé de vous faire mal ; un jour peut-être, vous regretterez de ne pouvoir ressentir ces peines ».


Des années plus tard, après avoir tué la Femme Pâle, Fitz et le Fou retrouvent la Fille-au-Dragon, là où Fitz a enfoui ses souvenirs. Là, Fitz prend conscience de son erreur (« j’ai dû payer le prix pour la rémission de mes souffrances »). Le Fou insiste : « tu avais vieilli et mûri, sans doute, mais tu n’avais rien fait de ton propre chef pour rentrer dans le courant de ta vie » et « tu vivais comme une souris dans un mur, en te nourrissant des miettes d’affection qu’Astérie te jetait ; elle-même s’était aperçue de ton état, et pourtant elle a le cuir épais ». 


Il a fallu à Fitz des décennies pour comprendre sa mauvaise décision.

jeudi 20 février 2025

La prison corporelle de Caudron

Caudron est une vieille femme. Elle le parait tellement que Fitz s’attend à ce qu’elle décède lorsque le groupe s’enfonce dans les Montagnes afin de chercher Vérité. Contre toute attente, Caudron tient le rythme, avec difficulté parfois. Mais, on ne peut pas limiter Caudron à son apparence physique : elle semble érudite, passionnée par les questions liées aux prophéties. Surtout, elle semble cacher quelque chose. On comprend au fur à mesure de la lecture que c’est quelque chose qui la hante et la retient. Caudron n’est pas qu’usée physiquement, elle est aussi tourmentée à l’intérieur.


Fitz est énervé par le silence de Caudron. La femme sait des choses et ne dit rien. La femme fait des remontrances à Fitz et il le prend mal. Elle ne cesse de mettre en avant des prophéties et Fitz ne le tolère plus. Durant un long moment, il le supporte. Mais, il finit par éclater et la colère le prend. Fitz est rarement en colère, il dit rarement des choses gratuitement méchantes ; mais des colères presque enfantines le prennent parfois. C’est ainsi qu’il éructe : « vous avez peut-être ici appelée avec un rôle à jouer, par exemple, combler notre ignorance de façon que nous puissions accomplir votre satanée prophétie (…) je crois que vous vous taisez pour des raisons personnelles ! Parce que vous avez honte ! » Ce coup de colère résume parfaitement les hantises de Caudron.


Quand Caudron se livre, on comprend qu’elle a fait un acte ignoble qui l’a brisée. En réalité, Caudron a l’Art et a tué une membre de son clan d’Art (« je l’ai tuée sur un coup de colère (…) alors on a brûlé mon don et on m’a rejetée ; on m’a exilée pour toujours (…) j’ai provoqué en duel d’Art un membre de mon propre clan et je l’ai tué. Et c’était impardonnable »). On peut comprendre la détresse de Caudron tant l’Art semble créer des liens forts. On l’a bien vu à la façon dont Fitz a ressenti la mort de Subtil par exemple, mais aussi entre les membres du clan de Royal qui ressentent fortement la disparition des uns des autres bien que ce soit un groupe assez dysfonctionnel. A chaque fois, les artiseurs sont durement éprouvés. 


Si Caudron a tué quelqu’un, c’est par dépit amoureux, par jalousie. Elle était amoureuse d’Etance (le leader du clan) et elle l’a trouvé avec une autre. Cette autre personne n’est pas n’importe qui : c’est sa soeur. Caudron a donc trahi son clan, brisé un lien familial important. Deux artiseuses soeurs ont forcément des liens encore plus forts. Lorsqu’il l’apprend, Fitz est scandalisé. Sa réaction laisse peu de place au doute (« Sa soeur ! Pas seulement un collègue de clan, mais sa propre soeur ! Et elle l’avait tuée par fureur en la trouvant en compagnie d’Etance »). Caudron a donc été dépassée par sa passion et sa haine. Elle a perdu ses moyens.

Sa punition a été à la hauteur de son crime. Caudron confesse que « je me suis retrouvée telle que vous me voyez, murée en moi-même, incapable de franchir les remparts de mon propre corps, incapable de revoir le toucher de ceux qui m’étaient chers ». Pour un artiseur, il n’y a pas pire punition que d’être coupé du monde. Caudron l’a été. Elle a dû vivre de longues années avec son crime en tête et avec l’impossibilité d’en être guérie. Sa punition a été décidée par la reine Diligence qui a clairement exprimé ses motifs : « elle a dit qu’elle n’imaginait pas pire sanction, qu’un jour, dans mon isolement, j’appellerais la mort de mes voeux ». Autrement dit, Caudron a été condamnée à un long et lent suicide. Il s’agissait de lui infliger une agonie sur plusieurs années, de lui faire revivre encore et encore le fait qu’elle ait tué sa soeur.


C’est Fitz qui libèrera Caudron de sa peine. D’ailleurs, à cette occasion, il ne fait pas que libérer Caudron mais aide aussi, au final, Vérité à bâtir son dragon d’Art et de pierre. Il est très compliqué de bâtir un dragon seul, il faut au moins un clan d’artiseurs. Or, Vérité s’est lancé dans cela seul et sa tentative était vouée à l’échec.

Sans Caudron, Vérité n’aurait donc pas pu sauver les Six-Duchés. Et sans Fitz, Caudron n’aurait pas pu se réunir avec sa soeur : « je dois la mettre dans le dragon ! Elle vivra éternellement dans le dragon, comme nous l’avions prévu ! Toutes les deux, enfin réunies ! ».

Forger un dragon est se condamner à la mort. Cela n’effraie pas Caudron car elle attend ça depuis de nombreuses années (« il faut emplir le dragon ; Vérité et moi devons y mettre tout ce que nous sommes (…) C’est facile pour moi : Eda sait que j’ai vécu plus que ma part d’années »). On note un changement dans l’état d’esprit de Caudron : elle ne veut plus mourir pour mettre fin à sa peine mais la mort sera pour elle une chance de vivre pour toujours avec sa soeur. Sans compter qu’elle participera aussi à l’accomplissement de prophéties…


Plus Caudron se donne au dragon, moins elle a d’énergie, plus elle fait son âge. Il faut dire que Caudron a plus de deux cent ans ! Si elle a vécu aussi longtemps, c’est grâce à l’Art. Sans l’intervention de Fitz, elle aurait sans doute continué à lutter avec ses démons internes pendant de longues années.

Caudron offre un spectacle pathétique. On peut lire qu’ « elle prenait lourdement appui sur un bâton et la peau de son visage semblait pendre de ses os ». Le dragon lui prend beaucoup, il lui prend aussi ses sentiments. Elle n’est plus qu’un visage froid, une femme sans émotions incapable de compatir à la détresse des autres  Pour certains, elle peut paraitre froide. Fitz, lui, comprend ce qui se passe ; elle « exprimait intellectuellement ce qu’elle aurait ressenti naguère. Elle avait de la peine pour moi, mais il ne restait plus de peine en elle à quoi la comparer ». 

Au final, l’éveil du dragon est une libération pour Caudron. C’est la fin d’un long voyage (« elle nous avait dit adieu d’un air distrait, et elle faisait à présent les cent pas devant la créature, essoufflée »). Caudron est donc arrivée au bout de sa vie et elle n’attend que ça.

mardi 10 décembre 2024

La Femme Pâle contre le Fou : les prophéties et les oppositions

Le lecteur suit Fitz dans ses aventures et péripéties sans se douter qu’il y a une logique prophétique derrière. Bien entendu, on comprend que les manœuvres de Fitz servent à ce que les Loinvoyant conservent leur autorité sur le royaume, que Fitz est là pour répandre la justice du roi (des mises à l’écart, de discrets avertissements). Les premières mentions à des prophéties se font par l’intermédiaire du Fou, un être étrange venu d’un pays lointain. Fitz n’y croit pas, refuse de les écouter. Quand le Fou lui en parle, il est mal à l’aise. Lorsque Fitz évoque la question avec Umbre, celui-ci se montre un peu curieux mais rien de plus. Il faudra attendre que Fitz rencontre Caudron pour qu’il s’ouvre enfin aux prophéties. Ce n’est pas tant qu’il croit, c’est qu’elle lui permettrait de réparer des erreurs passées ; Caudron lui met l’eau à la bouche en lui disant que les Prophètes Blancs œuvrent à la fin du temps, c’est-à-dire que l’humanité ne sera plus soumise à des contraintes temporelles. Fitz s’engouffre bien entendu dans ce fantasme et se met à la possibilité de réparer les choses avec Molly. Mais, la réalité est bien différente : pour le moment, Caudron n’est qu’à la recherche du prophète de son époque. Elle se base sur de maigres indices récoltés ici ou là. Elle ne sait pas grand-chose si ce n’est que « loin dans le Sud, il est un pays où l’on est convaincu qu’à chaque génération naît un Prophète blanc quelque part dans le monde. Il ou elle paraît, et si l’on tient compte de son enseignement, le cycle du temps prend une meilleure voie ; si on le néglige, le temps s’engage sur un chemin plus ténébreux ».

Visiblement, le Fou est le Prophète de son époque. Et il a choisi son héros, son catalyseur : Fitz. A première vue, ce qu’il demande à Fitz n’a rien d’héroïque : il doit seulement rester en vie et faire en sorte qu’un Loinvoyant reste sur le trône. Mais, les choses s’annoncent compliquées car le cours des choses n’est pas celui que le Fou prône. Les Six-Duchés sont plongés dans la violence, Royal s’est emparé du pouvoir et si il le conserve alors la lignée des Loinvoyant s’éteindra. C’est pour cela qu’il insiste pour savoir si Fitz a eu un enfant avec Molly, c’est pour cela qu’il a traversé le royaume du nord au sud avec une Kettricken enceinte et c’est pour cela, qu’en dernier recours, il se lance à la recherche de Vérité.

En tant que prophète, le Fou n’a qu’une certitude : Fitz est son Catalyseur. Il le lui dit clairement lors de leurs retrouvailles dans le Prophète blanc (« ton être est le levier dont je me sers pour obliger l’avenir à sortir de son ornière »). S’il n’est certain que de ça, c’est que le reste est flou. Les prophéties (du Fou ou d’autres) ne sont pas claires, elles sont sujettes à interprétation et à validation. D’une certaine façon, le Fou est aussi aveugle que les autres, si ce n’est sa conviction de suivre le bon chemin. Déjà, dans la Reine solitaire, il tentait d’expliquer à Fitz comment une prophétie fonctionne : « je sais qu’il se passe quelque chose avec un héritier Loinvoyant ; s’il s’agit de ta fille, alors dans des années d’ici, je lirai sans doute quelque ancienne prophétie et je m’écrierai : Ah ! oui, c’est là, tout était prédit. Nul ne comprend vraiment une prophétie tant qu’elle ne s’est pas réalisée ». On saisit bien que la prophétie ne peut être comprise que si elle se réalise. Si c’est vague, c’est aussi parce que les prophéties ont été écrites des années avant, bien longtemps dans le passé. C’est peut-être aussi la conséquence du fait que le prophète va chercher son catalyseur et naturellement l’influencer. Là, rien n’est garanti : Fitz est un catalyseur têtu, borné et parfois stupide ; le Fou est un prophète n’hésitant pas à cacher sa confusion (« j’ai eu le sentiment d’être transporté au sommet d’une montagne qui surplombait une vallée noyée dans le brouillard ; je ne prétends pas être capable de voir à travers ce brouillard, mais je le domine et je distingue dans le lointain les cimes d’un nouvel avenir possible. Un avenir qui repose sur toi »). D’ailleurs, il semble presque que le Fou ne cherche pas tant à savoir si ses prophéties se réalisent (« mon rêve a été dûment archivé, et un jour dans les années à venir, des sages se mettront d’accord sur son sens. Sans doute longtemps après notre mort à tous les deux »). S’il paraît aussi détaché, c’est possiblement parce que les prophéties (les rêves) s’imposent à lui et qu’il ne les contrôle pas.

La vie de Prophète n’est pas de tout repos. Il ne se contente pas d’avoir des prophéties, souvent sous forme de rêves. Il s’implique, il s’attache aux gens, il traverse le monde pour trouver son catalyseur, sa survie n’est en rien garantie. Lorsque le Fou a accompagné Kettricken, de Castelcerf à Jhaampe, il a dû le faire en échappant aux troupes de Royal, il a donné de sa personne car il pensait que le bébé que Kettricken (Oblat) portait aiderait à accomplir sa prophétie. Malheureusement, ce n’a pas été le cas puisque « l’enfant de Kettricken, mon dernier espoir, est né inerte et bleu, ce ne pouvait être encore une fois que de mon fait ». Le Fou se sent coupable de la mort d’Oblat et de son échec. Pire, il est à deux doigts, quelques mois plus tôt, de faillir à sa mission en s’attachant trop à Subtil et en oubliant pourquoi il est là. Il reproche à Fitz de tuer Subtil, privilégiant son lien affectif au vieux roi plutôt que les motivations du catalyseur (« alors tu causeras la mort des rois »). Notons au passage que cette accusation s’est réalisée puisque Fitz a, involontairement, contribué à la mort de Royal et à la transformation de Vérité.

Le Fou se dit être le prophète de son époque, il en est convaincu. D’autres ont un avis différent, notamment ses instructeurs. Eux ont relâché celle qu’ils pensent être la prophète. Le Fou sait qu’elle existe et qu’elle s’oppose à lui : « il existe quelqu’un, une femme, qui rêve d’approprier le manteau du Prophète Blanc et de lancer le monde sur la route de ses visions. Depuis toujours, je lutte contre son influence, mais dans le changement de direction que nous connaissons aujourd’hui, sa puissance croit ». Elle, c’est la Femme Pâle, et elle veut la mort de Fitz. Bien trop attaché à Fitz, le Fou en fait une affaire personnelle, il est trop impliqué, trop amoureux. Il a plus à perdre que son simple catalyseur, cela le perturbe à un point qu’il doute de sa mission (« elle lance la mort sur toi et je m’efforce de t’écarter de son chemin (…) je ne veux plus être le Prophète blanc ; je ne veux plus que tu sois mon Catalyseur (…) mais, il n’est pas possible d’arrêter. Seule ta mort peut mettre un terme à cette partie »).

A Aslevjal, la Femme Pâle finit par rencontrer Fitz. Loin de chercher à le tuer comme le pensait le Fou, la Femme Pâle tente de charmer Fitz par ses mots et par son physique. Elle admet que les Blancs peuvent tenter de changer le cours du temps mais que rien n’est figé, rien n’est écrit. Elle cherche à ébranler ce que le Fou a appris à Fitz : « le premier imbécile venu comprendra que l’avenir n’est pas écrit à l’avance, il en bourgeonne un nombre infini à l’extrémité de chaque instant (…) nous les Blancs (…) nous pouvions néanmoins nous servir de notre savoir pour orienter d’autres peuples, inférieurs à nous, vers des voies qui dirigeraient progressivement le courant du temps vers des eaux plus calmes et plus sûres ». Elle va encore plus loin dans la critique négative en se moquant de son objectif (« il se croit investi de la mission de réintroduire les dragons sur cette terre ; selon lui, il faut opposer une concurrence à la domination de l’homme »). Si cet argument fonctionne, c’est parce que le Fou n’a jamais réussi ou voulu clairement expliquer en quoi le retour des dragons serait bénéfique pour l’humanité, alors que la Femme Pâle est claire sur tous les désagréments que cela apporterait. Elle persiste dans son développement : « si vous étiez mort au bon moment, le trône serait revenu sans heurt à Royal (…) Certes, la lignée aurait disparu avec lui, mais splendidement, dans la paix et l’abondance pour les Six-Duchés comme pour les îles d’Outre-Mer ». Cet argument montre qu’elle a bien cerné Fitz lui a qui si souvent voulu mourir ou se sacrifier (pour Molly, pour Vérité). Elle sous-entend également que Royal aurait pu être un bon Roi dans un contexte de paix, bénéficiant de la sagesse de Subtil et sans doute des conseils de la Femme Pâle. Mais, la Femme Pâle n’a pas que la mort et la peine à offrir à Fitz et c’est une forte différence avec le Fou. Elle est une femme, elle est encline à lui offrir son corps, à coucher avec lui (chose que Fitz a toujours refusé de faire avec le Fou) et à lui donner un enfant. Ce serait en quelque sorte la combinaison ultime comme elle l’affirme à Fitz : «  nous représentons enfin le couple parfaitement complémentaire : non seulement Prophète et Catalyseur, mais aussi mâle et femelle, nous formerons l’harmonie qui change le monde (…) Notre enfant sera magnifique (…) Notre fils fera ton bonheur, je te le promets ». C’est une prophétie bien tentante pour Fitz ; et là aussi bien plus enthousiasmante que celle que le Fou (via Caudron) lui avait fait des années auparavant (« il aura soif du sang de son propre sans et sa soif jamais ne sera étanchée. Le Catalyseur désirera en vain foyer et enfants, car ses enfants seront ceux d’un autre et celui d’un autre le sien »). Précisons que cette prophétie s’accomplit car Devoir et Ortie grandiront sans savoir qui est leur père et qu’il adoptera Heur.

Le Prophète est amené à souffrir, et parfois à devoir donner sa vie. Le Fou en a conscience et c’est ce qui le différencie de la Femme Pâle. En se rendant sur Aslevjal, le Fou savait qu’il devait mourir (« Elle m’est venue en rêve, lors d’un cauchemar échevelé de mon enfante. Cette fois-ci, sur Aslevjal… Ce sera mon tour de mourir ») et il l’a fait vaillamment : il a affronté la torture, les coups sans dévier de son objectif (libérer le dragon). La Femme Pâle, défaite, s’accroche à la vie. Elle devient une créature pathétique incapable de se débrouiller seule et qui demande tout et n’importe quoi à Fitz (qu’il la sauve, qu’il la tue). Dans les deux cas, elle affronte la situation sans aucune grâce comme le lui dit Fitz : « vous n’avez pas eu son courage ; lui a accepté le prix que lui imposait le destin ; il a subi son supplice et sa mort de son plein gré, et il a gagné ».

Il arrive que les prophéties soient dépassés par les événements. C’est arrivé deux fois au Fou. La première fois est lorsque Fitz et Oeil-de-Nuit ont ranimé les dragons de pierre dans la Reine Solitaire ; il fallait quelqu’un pour les conduire et ils ont choisi le Fou. Ce dernier ne sait que répondre, il n’est pas un guerrier, il est aveugle quant aux événements en cours (« je ne l’ai jamais vu dans mes rêves, je n’en ai jamais entendu parler dans un manuscrit. J’ai peur de conduire le temps dans une mauvaise direction »). La deuxième fois a lieu lorsque Fitz ramène le Fou à la vie (dans le tome Adieux et retrouvailles). Le Fou avait accepté sa mort ; de retour à la vie, il ne sait quoi en faire. Tout ce qu’il voulait faire s’est réalisé. Continuer à vivre, c’est influencer le cours des événements et donc prendre le risque de modifier ce qu’il a créé (« j’en ai beaucoup discuté avec Prilkop ; nous sommes très ignorants de la situation que nous vivons, de cette existence par-delà le temps où nous jouions notre rôle de Prophète blanc »). Et en effet, le simple fait de revenir à la vie a suffi et amènera ce qui se passera dans la troisième partie de l’assassin royal : l’affrontement final entre les gens du Fou et les gens de la Femme Pâle.


dimanche 11 février 2024

Temps et prophéties

Le Fou est un être à part. Il n'est pas seulement cette chose fragile en apparence venue du Sud qui a traversé les mers pour devenir le bouffon du Roi Subtil et qui détonne dans la cour des Six-Duchés. Il n'est pas uniquement cet être aux paroles parfois incompréhensibles pour Fitz. Il est un Prophète Blanc, il est convaincu qu'il doit peser sur la course du monde. Pour cela, il se base, en partie, sur ses rêves et impressions, des rêves faits des années auparavant alors qu'il vivait encore à Clerres. C'est d'ailleurs ce qui a mené à son exil forcé : il refusait de se soumettre à la volonté de ses enseignants. Il est donc arrivé à Castelcerf, à la recherche d'un catalyseur, d'un cerf et il a trouvé Fitz. Il serait faux de dire que le Fou est entouré de certitudes, lui-même doute et tâtonne. Il l'admet volontiers à Fitz : ses rêves et prophéties sont loin d'être clairs. Il interprète : « c'est peut-être ce que signifiait le songe, je l'ignore. Mais mon rêve a été dûment archivé, et un jour, dans les années à venir, des sages se mettront d'accord sur son sens. Sans doute longtemps après notre mort à tous les deux ». Beaucoup (Fitz, Caudron) se laissent abuser : ils pensent que les prophéties doivent nécessairement se réaliser ; si le Fou a vu cela alors cela doit se produire. Le Fou est plus circonspect car il sait à quel point les événements peuvent être capricieux, sans compte qu'il existe d'autres forces (menées par la Femme Pâle) qui tentent de contrecarrer les visions du Fou. C'est pour cela que le Fou ne peut avoir de certitudes. Il tente de l'expliquer à Fitz qui a bien du mal à comprendre, il insiste en disant, par exemple, que « je sais qu'il se passe quelque chose avec un héritier Loinvoyant. S'il s'agit de ta fille, alors, dans des années d'ici, je lirai sans doute quelque ancienne prophétie et je m'écrierai : Ah ! Oui, c'est là, tout était prédit. Nul ne comprend vraiment une prophétie tant qu'elle ne s'est pas réalisée ». Les prophéties sont des concepts fragiles qui tiennent à peu de choses. Leur sens ne devient clair que si elles se réalisent. Le Fou avance donc à tâtons, sans être certain de faire les bons choix. Malgré tout, il a parfois des moments de lucidité, des instants parfaitement clairs, surtout quand son catalyseur est imprégné du changement ou lorsqu'il voit de ses yeux qu'il est sur la bonne voie (par exemple, le retour de Tintaglia dans les Aventuriers de la Mer le conforte dans ses positions). A ces moments, le Prophète Blanc voit le monde différemment : « j'ai eu le sentiment d'être transporté au sommet d'une montagne qui surplombait une vallée noyée dans le brouillard ; je ne prétends pas être capable de voir à travers ce brouillard, mais je le domine et je distingue dans le lointain les cimes d'un nouvel avenir possible. Un avenir qui repose sur toi ». Notons qu'il parle bien d'un avenir possible, signe que tout peut arriver, même un échec.

Caudron est une idéaliste, elle est convaincue que les Prophètes Blancs ne peuvent apporter que de bonnes choses. Elle ne voit que la face positive de cette religion, de cette croyance. Quand elle en parle à Fitz, c'est avec de beaux mots, de façon idyllique. Elle affirme qu'ils « travaillent à libérer l'humanité du temps, car il nous asservit tous : le temps qui fait vieillir, le temps qui nous limite (…) Quand l'humanité sera libérée du temps, les anciennes injustices pourront être corrigés avant d'avoir été commises ». C'est une belle chose sur le papier, bien moins dans la réalité comme Fitz s'en rend compte. Car, Fitz est harcelé par les forgisés, les Pirates Rouges attaquent les Six-Duchés, sa vie et celle de Devoir sont menacées par les Pie. Tout cela semble sans lien sauf qu'on finit par apprendre que tout cela a été coordonné par la Femme Pâle. Elle l'a vu, elle en est certain : Fitz doit tomber sous son emprise. Elle a une vision différente du temps : « voilà le pouvoir du courant du temps, FitzChevalerie : il était pratiquement inévitable que vous veniez à moi ». Là, il n'y a pas de libération mais un asservissement.

Le Fou et la Femme Pâle sont en opposition. Les deux ont eu des visions de leurs morts, ils savent comment elle peut arriver, dans quelles conditions. Mais, les deux l'affrontent différemment. Le Fou sait qu'il est condamné lorsqu'il met les pieds sur Aslevjal, il doit mourir pour permettre le retour des dragons ; il est prêt à l'accepter car il s'est battu pour ça toute sa vie. Il connaît également son catalyseur, il sait que Fitz fera tout pour empêcher sa mort quitte à empêcher, involontairement, que ce qu'il a prophétisé arrive. Et il a raison lorsqu'on voit la réaction de Fitz (« tu vois la stupidité de ton raisonnement ? Je ne pourrais pas te regarder mourir sans réagir, fou, tu le sais aussi bien que moi »). Le Fou affronte donc sa mort avec dignité. Ce n'est pas le cas de la Femme Pâle qui est pathétique dans la défaite. Elle a toujours craint la mort. Elle découvre qu'il y a pire que la mort, il y a la lente agonie à laquelle elle est condamnée dans les ruines d'Aslevjal. Elle implore à Fitz de la clémence, tente de jouer avec sa pitié (« tu dois me tuer ici, maintenant ! C'était mon sort si j'échouais. Je le redoutais, mais je l'exige à présent. Mes visions ne m'ont jamais trompée. Le destin te commande de me tuer »). A force de trop compter sur ses visions, la Femme Pâle a été aveuglée et a sans doute oublié qu'il y avait d'autres joueurs qui tentaient de bousculer ses plans. Son attitude est d'autant plus surprenante qu'elle sait que le Fou existe, elle sait qu'il a sa propre vision des choses. Et surtout, elle sait à quel point les humains sont faillibles et imprévisibles. Quand elle capture Fitz, elle se moque d'ailleurs de ça : « le premier imbécile venu comprendra que l'avenir n'est pas écrit à l'avance ; il en bourgeonne un nombre infini à l’extrémité de chaque instant, et la chute d'une pétale de rose peut les modifier tous ». La Femme Pâle a donc été trop confiante dans ces derniers moments. Elle se sentait si proche d'atteindre son but qu'elle a relâché sa concentration.

Toujours est-il que le Fou ou la Femme Pâle sont d'accord sur un point : le futur n'est pas certain. Les deux diffèrent seulement sur les méthodes. La Femme Pâle est coercitive, menaçante. Le Fou, lui, est plus dans l'attachement : il s'est attaché à Subtil, à Fitz. Il use certes de belles paroles et de belles phrases pour influencer les gens. Il est aussi franc : il dit à de nombreuses reprises à Fitz que ce dernier va connaître la souffrance et la peine avant que le Fou n'atteigne son but. Le Fou se bat pour garder Fitz en vie, pas seulement parce qu'il l'aime, mais aussi de façon intéressée (« tant que tu es vivant, nos options sont plus nombreuses, et plus il y a de choix possibles, plus nous avons de chances de nous diriger vers des eaux plus calmes »). La Femme Pâle désire réduire les possibilités à une seule, contrairement au Fou. Pour la Femme Pâle, il ne peut y avoir qu'un futur, qu'une espèce dominante, qu'un Prophète, qu'un Catalyseur... Le Fou pense différemment : « dans tous les temps possibles, le destin est en guerre contre les Loinvoyant. Ici et maintenant, nous protégeons Devoir. Mais si nous nous laissons terrasser, si Ortie devient le seul nœud de cette guerre... Je ne vois aucun avenir où Ortie survit après la mort de Devoir. Il n'y a même pas de fin rapide et miséricordieuse pour elle ». Le Fou veut donc garder le plus d'options possibles en main, il ne cherche pas à tordre le présent à sa convenance. On l'avait déjà vu dans les Aventuriers de la Mer : faute de trouver la personne à neuf doigts (Hiémain), il s'est rabattu sur Althéa.

dimanche 28 janvier 2024

L'écorce elfique

Les produits addictifs sont présents dans les Six-Duchés. Royal boit beaucoup, prend plaisir à fumer et respirer des herbe, tout comme sa mère. Subtil s’abrutit avec des plantes pour chasser la douleur. Umbre est d’ailleurs un expert en ce domaine. C’est lui qui fournit à Vérité de l’écorce elfique quand ce dernier emploie fortement l’Art contre les Pirates Rouges. L’écorce elfique est censé faire du bien à Vérité, chasser des maux de tête et le revigorer.


Quand Royal demande au Fou ce qu’il envisage de donner à un Subtil mal en point, le bouffon de la cour répond que « l’écorce elfique est un fortifiant courant dont je suis sûr que même Murfès a entendu parler ». Fitz et Vérité en consomment donc fréquemment et dans de belles quantités. Mais, très vite, on comprend que cette plante est une drogue qui a des effets néfastes et qui peut expliquer leur morosité. Burrich, un autre expert en traitement médicamenteux, prévient Fitz que « quand on prend trop d’écorce elfique, on risque de voir la vie en noir ». Fitz ne l’écoute pas, pas plus que Fitz n’écoute le commentaire d’une cuisinière d’une auberge (dans le tome le Poison de la vengeance). La femme est choquée et peinée de voir qu’un jeune homme se plie à ce vice : « c’est une saleté, ce truc (…) on refile ça aux esclaves à Terrilville, mélangé à la nourriture, pour les faire tenir debout. Ça leur donne de la force mais ça leur enlève l’envie de se bagarrer et même de vivre ». Autrement dit, l’écorce elfique trompe le corps et plonge l’esprit dans une sorte d’apathie.


Le fait que l’écorce elfique permette de donner un coup de fouet au corps est bien connu d’Umbre. C’est la raison qui l’a poussé à en donner à Vérité. Poussé dans ses retranchements quant à son utilisation par Caudron, Fitz se justifie et explique que « jamais il n’avait employé l’Art avec autant d’intensité et ne s’en était jamais trouvé aussi épuisé, si. Bien qu’Umbre a décidé de lui donner de l’écorce elfique pour le revigorer ».


Caudron emploie un ton alarmiste. Elle tente de prévenir Fitz que l’écorce est un produit redoutable et puissant. Ce n’est pas pas quelque chose à consommer à la légère. Selon Caudron, le produit a des effets que Fitz ne soupçonne même pas (« droguer au moins le fou ; ça l’insensibilisera contre les attaques de nos ennemis et leur dissimulera ses pensées (…) Donné à un bâtard royal assez jeune, le produit peut détruire tout potentiel d’Art chez lui »). C’est un constat effrayant entendu par Fitz. Caudron récidive puisque Fitz fait la sourde oreille. Elle assène que l’écorce « a la réputation d’empêcher la croissance de l’Art, voire de le détruire chez les jeunes, et chez les plus vieux d’empêcher son développement total ». Fitz et Vérité ont donc pris un énorme risque en en consommant. 

La vieille Caudron persiste ; elle pense qu’un « homme qui a pris de l’écorce elfique perd aisément espoir, et il est plus facile à manipuler ». Cela rejoint la position de Burrich. Finalement, Caudron semble penser que rien ne vaut le repos naturel et que l’emploi de l’écorce doit être exceptionnel (« et si elle donne un coup de fouet momentané, on le paye toujours par la suite. On ne triche pas avec le corps, jeune homme »).


Mais, l’écorce semble attirer les consommateurs. Elle leur donne envie de recommencer, d’en prendre à nouveau. Fragilisé, affaibli, le fou demande sa dose à Fitz (« puis-je te demander un peu d’écorce elfique ? Rien n’a réussie à me réchauffer autant la nuit dernière. »). Fitz, lui, connait les effets du produit (« l’écorce elfique revitalise l’organisme même si on peut se sentir pris de mélancolie après l’avoir utilisée ») et continue pourtant d’en absorber.

A la recherche de Vérité, enfoncés dans le froid des Montagnes, harcelés par l’Art des artiseurs de Royal, Fitz et le Fou consomment donc de l’écorce elfique. On sent une certaine addiction chez eux. En prendre est une des  rares bonnes choses de leur journée. La drogue leur offre de l’apaisement. C’est bien visible quand on peut lire que « je sentit d’abord l’acre morsure de la décoction sur ma langue, puis sa chaleur apaisante qui se répandait dans mon estomac et tout mon organisme. J’observais le fou et je le vis se détendre  lui aussi tandis que ses yeux se mettaient à pétiller »… 

Comme toute drogue, l’accoutumance se crée et il en faut de plus en plus pour ressentir le même effet. C’est une triste vérité à laquelle Fitz fait face : « j’eus un instant d’effroi en me rendant compte de la quantité d’écorce elfique que j’avais consommée en une seule fois ; un an plus tôt, avec la même dose, je me serais retrouvé à faire le cochon pendu accroché aux poutres ».

samedi 2 septembre 2017

Quelques souffrances de Fitz

Tout le long de ses aventures, Fitz a traversé un certain nombre d'épreuves et d’événements. Certains ont été des moments de joie (chasse avec Oeil-de-Nuit, amour de Molly, partage d'Art avec Vérité, péripéties avec Kerry, etc.) mais beaucoup ont meurtri son corps et son esprit. Ce ne sont pas seulement des blessures récoltées lors de la guerre contre les Pirates Rouges ou lors de chasse des forgisés mais des souffrances infligées par des membres de sa propre famille ou par des gens qu'il aimait.

Lors du tome 6, Caudron a des propos qui résument parfaitement la situation de Fitz. Alors que Vérité cherche comment ranimer son dragon, Caudron propose la solution évidente : prendre Fitz. Mais Vérité refuse ; « il dit que vous aimez trop votre vie et qu'il exclut de vous la prendre, que vous déjà dû renoncer à trop de bonheurs pour un roi qui ne vous a donné que des peines et des épreuves en guise de remerciement ».
La référence à Subtil (et plus largement à la famille royale) est explicite : le vieux Roi a livré son petit-fils à la fureur et la haine de Royal lors du mariage de Kettricken et de Vérité au Royaume des Montagnes, il a refusé que Fitz épouse Molly en lui préférant Célérité.

Et puis, il y a cette scène où Fitz se vide de ses peines et souffrances dans la femme-au-dragon. Pourquoi fait-il ça ? Par l'intermédiaire de l'Art, il vient de voir son seul et unique amour se jeter dans les bras d'un autre homme, et pas n'importe lequel, mais celui qui l'a élevé et qui a été son mentor : Burrich. Fitz ayant tendance à souvent voir le côté négatif des choses et à faire des actes extrêmes, il n'est pas étonnant de le voir agir comme ça .

Regardons plus en détail certaines souffrances.


  • « prends mes souvenirs de ma mère et les émotions qui les accompagnent »
Fitz a été abandonné par sa mère et remis aux soldats royaux très tôt. Il ne garde aucun souvenir d'elle, en fait très peu mention ; cependant on peut penser que la femme qui l'appelle « Keppet »lors d'un marché à Castelcerf est sa mère. Mais ce n'est pas que ça : jusqu'à l'arrivée de Patience, Fitz a eu très peu de présence féminine dans son entourage. Et cela lui manque, notamment dans son rapport avec les femmes. On peut aussi faire référence à cette scène où le Fou lui demande comment il réagirait s'il apprenait que Subtil avait tué son père, Fitz le prend très mal bien entendu (en fait, le Fou évoquait la Reine Désir, la mère de Royal).


  • « prends le garrot qui me serre quand je pense à Molly »
On l'a vu juste avant, Molly a fini par se mettre avec Burrich, croyant Fitz mort.
Molly, ce n'est pas qu'un amour de jeunesse et une folle passion mais elle était aussi pour Fitz synonyme d'évasion, loin des intrigues de la cour et des méchancetés. Malheureusement, Molly aura souffert des actes de Fitz et lui s'en veut.
Ce qui est triste est que jusqu'à ce moment, Fitz gardait un tout petit espoir de revenir de la quête et de reconquérir Molly. Et là, tout s'écroule, encore un sacrifice immense pour peu de satisfaction personnelle et égoïste en retour.


  • « Prends mes jours et mes nuits dans les cachots de Royal »
Fitz est mort et avant de mourir, il a été torturé, brisé physiquement et moralement. Son corps a subi les assauts répétés des coups des gardes de Royal en même temps que son esprit était tourmenté par l'Art de Guillot. Et comme si ce n'était pas suffisant, Royal en personne lui assénait de terribles nouvelles : la traque de Molly, la fuite avortée de Kettricken, etc.
Et seul dans sa prison, il n'a eu de cesse de revivre tous ces moments tragiques .


  • « prends mes souvenirs du sommet de la tour (…) alors que Galen se dressait au-dessus de moi »
La seule fois où il a voulu mourir. Même dans les cachots de Royal, il a fallu qu'il soit poussé par les demandes insistantes d'Oeil-de-Nuit et de Burrich, et même d'Umbre. Non, là, il était prêt à sauter du haut de la tour. Galen aura durablement et terriblement marqué Fitz.