Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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mardi 12 mars 2024

Martel, au bon endroit au mauvais moment ?

Il est des rencontres qui ne durent que quelques temps, quelques mois, et qui, pourtant, vous marquent dans la chair. C’est le cas de la relation de Vif entre Fitz et Martel. Quand Fitz rencontre Martel, il est à l’aube de plonger dans un des moments les plus durs de sa vie : l’apprentissage de l’Art avec Galen. Sa vie personnelle connait quelques remous puisque Patience apparait dans sa vie : la femme de son père tente de prendre sa vie en main. C’est d’ailleurs elle qui lui offre le chiot, sans doute pour se rapprocher de Fitz, peut-être pour s’excuser de son absence : « celui-ci est pour toi. Il est à toi, maintenant. Tous les garçons doivent avoir une bête à eux ».


Très vite, Fitz se rend compte que Martel est plein d’enthousiasme, qu’il a une réelle fureur de vivre. Il diffère des autres chiots de portée, puisque « le petit gaillard possédait déjà une identité solidement établie et un profond intérêt pour tout ce qui l’entourait ». Fitz accueille le chiot avec joie : Umbre, Burrich ou le Fou lui ont promis un enseignement compliqué avec Galen et c’est ce qui se passe. Le maître d’Art est un homme sec, qui ne semble avoir aucun plaisir à vivre. Il ne se retire pas simplement du monde et des liens avec les gens, il impose aussi cette attitude à ses élèves. Ils mangent à part, ils ne participent plus à la vie du château. Fitz trouve en Martel un réconfort : « l’accueil chaleureux et l’appétit de Martel me mirent du baume au coeur, et, dès qu’il eut fini de manger, nous nous pelotonnâmes au fond du lit ».

Pour le jeune chien, tout est une découverte. Il ne semble avoir connu que les murs du château et la moindre sortie de la chambre de Fitz est pour lui toute une aventure. On en a la preuve lorsqu’ils se rendent dans les écuries : cela « constituait pour lui la plus grande joie de son existence ; il me transmettait tout ce qu’il flairait, tout ce qu’il voyait avec une intensité qui, malgré ma morosité, réactivait en moi l’émerveillement ». La bonne humeur de Martel parvient donc à déteindre et contaminer Fitz, ce qui n’est pas un mince exploit.


Mais, très vite, on comprend que le tragique va accompagner la vie de Martel. Dans ce sens, le choix de son prénom est presque prophétique si on écoute le Fou. Le curieux ami de Fitz proclame que « ton coeur sera martelé contre lui et que ta force sera trempée dans son feu ». On peut comprendre que de la souffrance attendent Martel et Fitz, et que des moments durs les attendent.

Très vite, on en a un aperçu. La formation à l’Art de Fitz se passe mal. Galen le traite durement et méchamment, il le rabaisse. Il lui fait croire qu’il ne vaut rien et tout cela donne des envies de suicide au bâtard royal. Il est à deux doigts de se tuer jusqu’à ce que Martel lui rappelle sa présence : « le muret qui surplombait le vide m’attira irrésistiblement. De ce côté, la forteresse ne donnait pas sur la mer, mais il ne manquerait pas de rochers déchiquetés au pied de la muraille. Une chute à cet endroit serait fatale (…) Alors j’entendis l’écho lointain d’un gémissement ». Le lien de Vif a alerté Martel à propos de la détresse émotionnelle de Fitz. Le chien a rappelé à Fitz sa présence, qu’il l’aimait. Il lui a donné une raison de rester en vie, de voir un peu de lumière dans une période bien obscure de sa vie.


Loin de Castelcerf, Fitz assiste à l’attaque de Burrich via Martel. Il voit le maître d’écuries être attaqué et il voit Martel intervenir. Il voit son compagnon de Vif mettre son corps entre un couteau et un homme, et récolter de terribles blessures : « le poignard plongea et plongea encore dans ma chair (…) le sang qui me coulait dans la bouches et les narines m’étouffait ». Fitz ne se contente pas de vivre la chose, il est Martel. 

Fouinot avait déjà donné sa vie, Martel en fait de même. Un autre animal lié par le Vif se sacrifie et meurt (« je crus voir un bout de queue frémir dans un ultime effort pour me faire fête. Puis le fil se rompit et l’étincelle disparut. J’étais seul »). La perte est énorme pour Fitz. D’autant plus qu’il est loin de la capitale. Il doit voyager avec sa douleur, avec sa culpabilité de ne pas être là.

Et, pour ne rien arranger, Burrich se comporte mal.  Burrich ne montre aucun respect pour la mort de Martel. Le maître des écuries ne parvient pas à dépasser ses préjugés sur le Vif. Il réduit la mort de Martel à pas grand-chose, et fait même des reproches à Fitz en disant que son lien avec le chien ne valait pas la peine. C’est sans doute un des moments les plus honteux de la vie de Burrich car on peut lire que « tu aurais pu être le digne fils de Chevalerie ; mais tu as tout gâché, et pour quoi ? Pour un chien ! Je sais ce que peut représenter un chien dans la vie d’un homme, mais on ne fout pas son existence en l’air pour un … ». Burrich vit dans le fantasme de Chevalerie : il imagine les réactions de Chevalerie sans savoir ce qu’elles seraient. Pire, il transpose ses mauvaises expériences à Fitz : toute sa haine du Vif émerge là.

dimanche 14 août 2022

Sacrifices

Les animaux liés par le Vif sont les héros oubliés de la saga. Sans eux, un bon nombre d'événements n'aurait pu avoir lieu ou Fitz aurait connu la mort. Ils ont donné leur énergie, parfois leur vie, pour permettre à leurs compagnons de traverses des épreuves. D'autres ont offert le confort de leur corps à un partenaire en grande difficulté. Si Oeil-de-Nuit est considéré par un bon nombre de personnages comme un loup puissant, intelligent et important, ce n'est pas nécessairement le cas d'autres animaux avec qui Fitz a eu un lien.

Martel en est un bon exemple. Il est le chien que Patience a offert à Fitz pour se rapprocher de lui. Le présent était sincère, le signe d'une mère tentant de nouer des relations avec son fils. Mais, à cette époque, Fitz est éduquée par Burrich, un homme qui, malgré qu'il soit le maître des écuries, a un préjugé négatif sur le Vif. Dès qu'il apprend que Fitz a un chien, il fait preuve de suspicion. Et rien ne s'arrange au moment de l'épreuve d'Art (Galen a envoyé Fitz au loin et le fait revenir en le contactant par l'Art) : Fitz est témoin d'une agression que subit Burrich. Il voit cela à travers Martel, il se rend compte de ce que fait le chien pour sauver Burrich : "le poignard plongea et plongea encore dans ma chair (...) d'une ruade, l'homme se débarrassa de moi et me projeta contre la cloison d'un box. Le sang qui me coulait de la bouche et les narines m'étouffait." Les conséquences sont claires : Martel meurt ("je crus voir un bout de queue frémir dans un ultime effort, pour me faire fête. Puis le fil se rompit et l'étincelle disparut. J'étais seul." Le décès de Martel aurait pu être beau, le sacrifice d'un chien pour son maître et l'ami de son maître. Martel a tout donné, sans aucune retenue, sans aucune réserve. Il a même adressé un petit adieu à Fitz, un homme avec qui il a eu une relation courte et très intense. En soi, cela aurait pu être magnifique si Burrich n'avait pas eu un comportement égoïste : "tu as tout gâché, et pour quoi ? Pour un chien ! Je sais ce que peut représenter un chien dans la vie d'un homme, mais on ne fout pas son existence en l'air pour..." En ne parvenant pas à dépasser sa détestation du Vif, Burrich manque de respect à ce qu'a fait Martel. Son comportement ternit le dévouement de Martel. On peut presque croire que, selon Burrich, les hommes et les animaux ne valent pas la même chose, que la vie d'un chien vaut bien moins que celle d'un homme.

Fouinot a été le premier animal avec qui Fitz a eu un lien. C'étaient deux enfants qui passaient des bons moments ensemble sans y réfléchir. Pour Fitz, la relation représentait l'enfance, une époque où il n'était pas encore pris dans les intrigues politiques. Quand Fouinot a été éloigné par Burrich, cela a symbolisé la fin de l'enfance. Fitz était convaincu de ne jamais revoir Fouinot, le destin lui a prouvé le contraire. A la fin du tome L'apprenti assassin, Fitz retrouve Fouinot dans les Montagnes. Le chiot a été confié à Rurisk, un prince des Montagnes. Fouinot n'a pas oublié Fitz : si ce n'est plus la même joie enfantine, il y a quand même du contentement à se revoir. Ce lien, toujours vivant, est plus qu'utile car la vie de Fitz est menacée par Royal. Royal laisse Fitz et Burrich pour morts dans les bains ; c'est la fin qu'ils auraient connu sans l'intervention de Fouinot ("sa tête reposait sur ma poitrine quand on nous avait découvert ; les liens qui le rattachaient à ce monde s'étaient rompus. Fouinot était mort"). Fouinot a donc donné toutes ses ressources d'énergie pour tirer Fitz de ce mauvais pas. Il a lutté de toutes ses forces pour sauver son premier ami. Sans cet acte, Fitz aurait été écarté du tableau et la route aurait été grande ouverte pour Royal. Ce décès marque grandement Fitz. Puisqu'il est le narrateur, on a accès à ses pensées, à ses sentiments. Et Fitz nous offre un des plus beaux passages de la saga, deux phrases extrêmement marquantes : "les hommes ne pleurent pas leurs morts avec l'intensité des chiens. Mais nous pleurons de longues années".

Pour les gens des Six-Duchés, la mort de Royal est un acte barbare, d'une sauvagerie sans nom puisque le roi a été tué dans son sommeil par un animal. Il a été saigné. En réalité, la mort de Royal est la juste récompense de sa politique : en pourchassant et traquant les gens du Vif, en les exposant et en les tuant, il a mis en branle sa propre fin. Cela a créé des désirs de vengeance. Petit-Furet a vu son compagnon mourir : ce dernier lui a donné un dernier ordre (tuer Royal) qui a grandement marqué le furet. Cela est même devenu son obsession, possiblement la seule raison qui le pousse à continuer à vivre. Petit-Furet a donc été privé d'un lien sain, d'une relation complète et il a dû accomplir la mission d'autres. Pourchasser sur des centaines de kilomètres, durant plusieurs mois, ce n'est pas un comportement pour un furet. Fitz le rencontre alors que lui-même tente de tuer Royal, il voit bien que l'animal n'est pas en bonne santé mentale, qu'il est à la limite de la démence. Fitz remarque que "la souffrance vidait sa tête de tout sauf de son but (...) La mort de son compagnon de lien avait rendu l'animal à moitié fou, et c'était le dernier message que lui avait transmis Grand-Furet. Il me paraissait bien vain de donner pareille mission à un si petit animal". Très peu de personnes savent que c'est un furet qui a délivré les Six-Duchés de l'emprise d'un roi incompétent et dangereux. Notons toutefois que si Petit-Furet était prisonnier de la mission, il a quand même tiré un grand plaisir de ce qu'il a fait ; sans doute avait-il conscience que les derniers mois avec son compagnon étaient pénibles tant il fallait faire sans cesse attention à ne pas attirer les regards des haineux du Vif. Petit-Furet n'a pas que tué Royal, il "le déchiqueta dans son lit une nuit" et "laissa des traces sanglantes non seulement sur les draps mais dans toute la chambre, comme si son acte l'avait rendue folle d'exultation".

Des animaux privés de l'usage normal de leur corps pour accueillir leur compagnon humain, il y en a eu d'autres dans la saga. L'exemple le plus marquant est celui de Fitz et Oeil-de-Nuit lorsque le loup a permis à l'esprit de Fitz de survivre à sa mort. Si cela bien fini, d'autres ont connu des fins plus tragiques.

Rolf le Noir, un professeur de Vif particulièrement dur, tente d'enseigner à Fitz et à Oeil-de-Nuit qu'il faut fixer des limites à leur lien, qu'ils ne peuvent être fusionnels sans prendre le risque de s'exposer à de graves difficultés. La biche n'est pas une biche, c'est une biche qui se comporte comme une femme humaine : "Parela n'a plus d'existence à elle, ni mâle, ni faon (...) Quand le cerf brame, elle empêche Parela de lui répondre ; elle doit s'imaginer faire preuve de fidélité envers son mari ou une stupidité du même tonneau". Autrement dit, la biche est privée de tout ce qui caractérise une femelle de son espèce, elle est condamnée à la solitude et à vivre avec les remords de sa compagne de Vif. Pour Rolf, la femme a pris le dessus sur la biche et lui a imposé sa volonté. C'est une relation malsaine ("je voulais que vous le voyiez vous-mêmes, que vous vous rendiez compte de l'abomination que c'est, de la perversion absolue de ce qui aurait dû être une confiance mutuelle").

C'est exactement la même chose qui arrive avec une marguette dans les tomes le Prophète blanc et La secte maudite, sauf que la marguette possédée représente une réelle menace pour la stabilité des Six-Duchés. En effet, le prince héritier Devoir s'est entiché d'elle, il est envoûté. Devoir ne maîtrise pas du tout son Vif et il est un adolescent : la marguette possédée en a bien conscience. D'autant plus que la femme qui occupe le corps de la marguette a été marquée par la haine de Vif de Royal et les traditions sanglantes des habitants des Six-Duchés contre les gens du Vif. Elle cherche donc la vengeance et est prête à tout pour ça, même à priver l'animal de tout droit comme le remarque Oeil-de-Nuit ("elle ne lui permettait pas de s'occuper d'elle-même comme le fait un vrai marguet. Elle la possédait trop complètement et se voulait comme une femme dans la peau d'un animal"). Tout cela aura des conséquences désastreuses (la mort d'Oeil-de-Nuit et la haine de Laudevin pour Fitz) ; cela aurait même pu être pire si, dans un dernier sursaut, la marguette n'avait pas réussi à donner un dernier ordre : "Stupide frère-de-chien ! Tu es en train de laisser passer notre chance ! Tue-moi vite !" La marguette a saisi que ce qui se passe est anormal, elle a compris que le lien créé avec Devoir est abusif. Elle est donc prête à mourir pour empêcher ça. Encore une fois, un animal meurt parce que des humains ont voulu aller trop loin.

samedi 28 août 2021

Abandon et rejet dans l'apprenti assassin

La première scène de l’Apprenti assassin s’ouvre sur une séparation. On y voit un grand-père se séparer de son petit-fils, séparer un fils de sa mère. Le bâtard est le fils d’un prince et son prénom n’est pas prononcé. C’est un petit être qui ne comprend pas ce qui lui arrive, il est passif. On le tient par la main, on entend la femme en arrière-plan et c’est tout. Elle n’a pas de visage mais c’est une mère désespérée qui aurait aimé garder son fils près d’elle. C’est assez clair car on lit que « la femme lança une dernière supplication. Les paroles en sont parfaitement claires à mon oreille, le désespoir d’une voix qui aujourd’hui me paraîtrait jeune. « Père, je vous en prie, par pitié ». Tous ces mots, toutes ces attitudes ne déclenchent aucune réaction chez le jeune enfant. Il attend de voir ce qu’on fera de lui.

Très vite, on apprend que c’est le fils du Prince Chevalerie et donc le petit-fils du Roi Subtil. Ce dernier décide de le faire vivre à Castelcerf, il ne le rejette pas. Contrairement à Chevalerie qui fuit la cour et la succession dès qu’il apprend qu’il a un bâtard ; il se moque de savoir les répercussions sur Fitz : on rend l’enfant plus ou moins coupable de l’abdication du prince par exemple. Fitz pénètre alors dans un monde qui lui est inconnu, guidé par un homme (Burrich) qui y évolue à la marge. Le maître d’écuries est sans aucun doute la personne la plus importante des écuries, il n’est rien dans le monde de la noblesse. Fitz est plus ou moins sans surveillance, il va et vient, il découvre la ville. L’éducation d’un membre de la famille royale n’intéresse personne jusqu’au jour où Subtil tombe sur lui. L’œil royal repère un potentiel outil et Subtil s’assure de la loyauté de Fitz (« A présent, tu m’appartiens (…) dorénavant, tu ne seras plus obligé de manger les restes de personne. Je m’occuperai de toi, et je m’en occuperai bien »). L’implacable machine royale se met en place et de petits entraînent de profonds changements pour Fitz. C’en est fini de dormir avec chiens, chevaux et Burrich dans les écuries, il a désormais sa propre chambre. Cela le perturbe grandement, et pas seulement parce que Burrich s’occupe de lui depuis des mois. Il perd aussi la compagnie des animaux qui l’avaient jusque là enveloppé dans un bulle protectrice : « les chevaux et les chiens rêvent (…) leurs rêves étaient pour moi comme les effluves odorants de la cuisson du bon pain (…) isolé dans une pièce aux murailles de pierre, j’avais tout le temps de m’immerger dans ces cauchemars dévorants, douloureux, qui sont le lot des humains ».

Subtil le confie à Umbre, un homme étrange qui baigne dans une atmosphère de secrets et de dissimulation, ce qui d’ailleurs contaminera Fitz et lui créera beaucoup de soucis dans sa vie privée. Umbre a pour mission de le former en tant qu’assassin et d’assurer sa loyauté, son attachement au trône, aux Loinvoyant et aux Sis-Duchés. Comme il est l’une des rares personnes qui lui parle, Fitz s’attache à lui. Il prend également plaisir à réussir ses mises à l’épreuve. Malheureusement, Umbre veut savoir si il peut réellement compter sur Fitz et il confie à Fitz une mission (voler quelque chose à Subtil) que ce dernier refuse. La réaction d’ Umbre est alors impitoyable, il use de mots durs et cinglants qui rabaissent Fitz. Pire, les termes impliquent que Fitz est presque un traître. Fitz est alors rejeté par Umbre (« Et en plus, tu dissimules ta lâcheté sous de beaux discours sur la loyauté ! Tu me fais honte ! Je te croyais davantage de cran, sans quoi jamais je ne t’aurais pris comme élève »). S’ouvre alors une période sombre pour Fitz où rien ne parvient à lui remonter le moral. Il erre comme une âme en peine dans le château et pas même la compagnie des animaux ou de Burrich ne lui remonte le moral. Il faudra l’intervention de Subtil pour tirer Fitz de sa morosité morbide : Umbre et lui se réconcilient. Cette réconciliation dépasse le cadre de cet exercice, elle montre que Fitz avait accumulé beaucoup de peines en lui depuis des mois ; Cet incident a créé un trop-plein : « je crois que je versai toutes les larmes que j’avais retenues depuis le jour où mon grand-père avait obligé ma mère à m’abandonner. « Maman » m’entendis-je crier. »

Subtil permet également à Fitz d’être formé à l’Art. Galen est chargé de cet enseignement et il accueille un bon nombre d’élèves. Ses méthodes sont brutales et visent à exclure les futurs artiseurs du reste de la population. Galen fait tout pour que le reste des gens paraisse sans intérêt car non pourvu du talent d’artiser. Il sépare donc Fitz de tous ces gens du commun. Mais, l’enseignement se passe mal pour Fitz. Galen a une profonde haine pour lui, il le méprise, le trouve déshonorant pour la lignée de Chevalerie. Dans un accès de colère, il bat Fitz et le laisse agonisant. Via l’art, il embrume son esprit, lui instille des idées sombres. Fitz est totalement abattu, à la limite de vouloir basculer et en finir. On lit ainsi qu’il a « l’esprit ancré sur une seule idée ». Les lignes qui suivent évoquent clairement l’envie de se suicider : « je me mis en route vers le mur bas ; j’avais l’intention de me hisser sur un banc et, de là, sur le sommet du mur. Ensuite, la chute. Et rideau. Martel (le chien offert par Patience, la femme de Chevalerie et revenue au château royal) le sortira de sa torpeur. Après une convalescence, Fitz repend sa place au sein du groupe. C’est ce qu’il espère en tout cas car ses condisciples le rejettent (« Tant de haine ! Oh comme ils me haïssaient »). Dès lors, Fitz évolue au marge du groupe, Galen le considère à peine. Quand vient le temps de l’examen, il l’envoie dans un lieu désolé : Fitz doit attendre des instructions claires pour revenir. Mais, elles ne viennent pas. Pire, il est témoin de l’agression de Burrich et de la mort de Martel son chien. Il est impuissant. A son retour, Burrich le rejette (« bâtard ou pas, tu aurais pu être le digne fils de Chevalerie, mais tu as tout gâché, et pour quoi ? Pour un chien ! ») Dès lors, Burrich fait en sorte de ne plus avoir aucun rapport avec Fitz. Et pire, il refuse d’admettre le rôle de Martel dans sa survie, ce qui laisse penser à Fitz que son chien est mort dans l’indifférence totale.

Des mois plus tôt, quand Fitz a été confié à la famille royale, c’est Burrich qui s’en est chargé. Ne sachant réellement quoi faire de ce gamin, il a fait ce qui lui semblait juste en le confiance à Renarde, sa chienne. Fitz a tout de suite trouvé sa place dans ce petit groupe (« je m’avançai d’un pas hésitant parmi eux et finis par m’étendre à côté d’une vieille chienne au museau blanchi qui arborait une oreille déchirée ») qui lui a permis de rencontrer Fouinot, son premier compagnon de Vif. Les deux ont alors un lien fort et passent un bon nombre de moments ensemble à Castelcerf. Cela déclenche la suspicion de Burrich. Hostile au Vif qu’il considère comme une perversion, il décide de briser le rapport entre Fitz et Fouinot : « je gémis, puis hurlai en griffant la porte en et m’évertuant à le percevoir à nouveau. Il y eut un brusque éclair de douleur écarlate et Fouinot disparut. » On comprend que Fitz est convaincu que Fouinot est mort et que c’est Burrich l’instigateur. Burrich persiste à surveiller Fitz, il ne veut pas que le fils de son vieil ami Chevalerie succombe au Vif. Fitz, lui, n’a pas d’autre chose que vivre auprès de Burrich.

Bien plus tard, dans les Montagnes, une délégation a été envoyée pour sceller le mariage entre Vérité et la princesse Kettricken. A sa grande surprise, Fitz retrouve Fouinot ; Burrich ne l’a pas tué mais envoyé là-bas. C’est le prince Rurisk qui l’a accueilli. Fitz et Fouinot se retrouvent (« il ne faisait aucun doute que c’était désormais le chien de Rurisk ; l’intensité du lien qui nous unissait avait disparu ; mais il m’offrit une grande tendresse et des souvenirs chaleureux »). La joie de ces retrouvailles est bien utile à Fitz car il se trouve pris dans un complot qui le dépasse. Royal, son oncle, a décidé de tuer Vérité et d’épouser Kettricken. Mais, pour cela, il doit se débarrasser de Fitz (et Burrich). Fils de Subtil, Royal use de son autorité pour les convoquer : il fait assommer Burrich et pousse Fitz à la noyade. C’est sans compter l’intervention de Fouinot qui donne sa vie et son énergie pour sortir Fitz de l’eau. Fouinot est mort. La disparition du chien ne crée pas qu’une douleur immédiate à Fitz, elle lui procure également une peine diffuse et permanente (« les hommes ne pleurent pas leurs morts avec l’intensité des chiens. Mais nous pleurons de longues années »).


samedi 2 septembre 2017

Quelques personnages secondaires de la farseer trilogy

Commençons avec Dame Grâce. Cette jeune femme issue du peuple se trouve propulsée au plus haut rang, à savoir Duchesse. Mais, elle n'a pas le comportement qui va avec et son Duc passe son temps à la couvrir de bijoux ; cet argent gaspillé étant la cause d'une dispute qui demande l'intervention de Vérité. Ce dernier va donc régler le problème et ne se déplace pas seul. Il emmène, entre autres, Fitz dans ses bagages. Le bâtard va changer le destin de Grâce.
Un soir, il est affamé et va donc dans les cuisines se servir un bol quand il tombe sur une demoiselle qui porte un chien malade. Il le sauve (le chien pisse sur la dame) et finit par se rendre compte que la dame n'est autre que Dame Grâce ! Celle-ci, consciente qu'elle est supérieure à lui au niveau du protocole, pense que Fitz lui demandera des pièces d'argent ou une place. Non ! Il lui assène un discours un brin naïf mais qui a un fort impact sur la jeune femme (« car je serais fière de marcher sans ornement devant le roi et les gens du commun, sachant que les défenses qui protègent notre peuple sont les joyaux de notre terre »). Dès lors, c'est fini de la Grâce qui rougissait à chaque compliment. Nous la reverrons à deux autres occasions qui montreront à quel point elle est devenue une femme forte et importante. Quand Kettricken, Fitz, Burrich et les soldats s'en vont secourir Finebaie (attaquée par les Pirates Rouges), Fitz tombe sur Grâce et remarque que celle-ci est plus que digne de son rang (« on eût dit qu'elle portait ce titre depuis toujours »).
Enfin, il y a ce terrible moment où Subtil est tué. Fitz est emprisonné, suspecté et Royal cherche à le tuer par tous les moyens. Or, Grâce signale à tous que Fitz est de sang royal et lui offre un sursis. Il lui a fallu bien du courage dans cet atmosphère chaotique et enragé pour faire entendre sa voix.

Parlons ensuite de Célérité, la timide jeune fille. Si Fitz n'avait pas aimé Molly… C'est une fille discrète, effacée et dans l'ombre de son père, le duc Brondy. Elle tombe sans doute sous le charme de Fitz quand l'assassin royal vient au château de Brondy pour régler le problème Virilia (une guerrière qui se moquait de la prétendue faiblesse des Loinvoyant). Très vite, Brondy et Subtil arrangent un mariage entre Fitz et Célérité : « Célérité apportera un titre et de la terre, et votre union me fournit l'occasion de te faire le même cadeau. Je ne veux que ton bien ».
Tout le long des romans, on a l'impression que Fitz sous-estime Célérité, qu'il ne la considère pas. Certes, il aime Molly et la voit comme un obstacle. Il aura fallu des circonstances extraordinaires pour que le bâtard prenne enfin conscience de la force de la fille du duc : un coup d'état en préparation, des terres dévastées par les Pirates. Il voit « la volonté de fer que dissimulaient ses apparences d'enfant timide » et « c'était déroutant ».

Fouinot et Martel, deux chiens, ont été les deux premiers compagnons de Vif de Fitz. A l'époque, il connaissait très peu le fonctionnement de la magie. Les deux ont d'ailleurs comme point commun d'arriver dans sa vie dans des moments de solitude ou de grande difficulté. Il se lie à Fouinot au tout début de l'histoire quand son grand-père le remet à sa famille paternelle (celle de Chevalerie donc). Patience lui remet Martel au moment de l'apprentissage de l'Art.
Ce n'est pas évident d'avoir un compagnon de Vif quand Burrich est là. Le maître des écuries arrache Fouinot des mains du bâtard et l'envoie très loin dans les Montagnes. Quant à Martel, il est tué alors qu'il vient au secours de Burrich.
Fouinot nous offre un des plus beaux passages de la première partie de la Farseer Trilogy : « Fouinot était mort. Je crois qu'il avait donné sa vie librement, en se rappelant notre affection mutuelle lorsque nous étions chiots. Les hommes ne pleurent pas avec l'intensité des chiens. Mais nous pleurons de longues années. » Fitz cesse d'être un innocent jeune homme. Il ne sera plus jamais le même par la suite.