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jeudi 9 janvier 2025

[George R.R. Martin] Robert Baratheon et les Lannister

Quand Robert Baratheon se rend dans le Nord pour revoir son vieil ami Ned Stark, ce n’est pas uniquement pour rendre hommage aux regrettés Lyanna Stark ou Jon Arryn. Ce n’est pas simplement pour offrir la position de Main du Roi à Ned. 


C’est aussi pour échapper à l’emprise des Lannister : depuis qu’il a conquis le trône, il est entouré par les membres de cette famille. Il a épousé Cersei Lannister, Jaime fait partie de sa garde personnelle et Tywin ne rate pas une occasion pour en placer près de Robert. On en a un exemple quand Robert tente d’enfiler son armure avec l’aide de ses écuyers pour participer au Tournoi qu’il offre à sa nouvelle Main  (« Neveux de Lord Tywin. Fils de l’un de ses défunts frères. Ou du survivant, maintenant que j’y pense. Me rappelle pas. Sont si nombreux dans la famille de ma femme »).


Jaime semble être le Lannister qu’il tolère le plus. Il sait qu’une bonne partie de sa réussite repose sur lui ; Jaime a effectué le sale travail en tuant l’ancien roi et en bafouant son honneur pour ça. Sans Jaime, c’est lui qui aurait dû faire ça : « pourquoi devrais-je me défier de lui ? Il a contenté chacune de mes demandes. Son épée a contribué à la conquête de mon trône ». Surtout, Robert semble avoir un certain respect de combattant à combattant. Il sait que Jaime manie remarquablement bien l’épée. D’ailleurs, à ce fameux Tournoi de la Main, Jaime tente de le raisonner et ne veut pas qu’il participe à la mêlée. Mais Robert le repousse et Jaime « essuya une rebuffade si virulente qu’il trébucha, tomba ». Robert est fier de sa vigueur, de sa force. Il a beau avoir pris du poids, il n’a pas perdu toutes ses qualités de guerrier.


Les choses sont bien moins positives avec son épouse, Cersei. Il ne la supporte pas. Elle n’est pas Lyanna, elle n’est pas celle qu’il aime. Elle n’est qu’un mariage de raison, qu’un mariage politique.

Cersei semble l’exaspérer par son intransigeance. Elle est celle qui force Robert à se comporter comme un roi, comme celui qui doit trancher les différends alors que lui ne voudrait passer son temps qu’à boire, se battre et profiter des petits plaisirs de la vie. C’est par exemple le cas quand le loup-garou mord Joffrey lors du retour vers Port-Real. Pour Robert, ce n’est qu’une petite peccadille entre enfants alors que pour Cersei, c’est bien plus que ça. En disant que c’est un crime, un manque de respect, elle force Robert à prendre position. Robert est exaspéré : « par les sept enfers ! jura-t-il, mais regarde-la, Cersei ! Une enfant… Que prétends-tu de moi ? que je la fasse fouetter (…) pour une querelle de gosses ? Affaire classée, sacrebleu ! ». On peut presque croire que Robert est choqué par l’attitude de sa femme, de sa volonté de punir à tout prix une jeune enfant.

Robert semble se méfier de Cersei. Il a vite compris que les apparences ne correspondaient pas réellement à qui elle était. Il se sert pour cela d’une comparaison sexuelle et sur son apparence : « oh, Cersei, pour le coup d’oeil, rien à redire, mais pour la chose…, d’un froid ! Rien qu’à la manière dont elle se couve le con, tu jurerais qu’elle y a foutu tout l’or de Castral Roc ». La tragédie est qu’aucun des deux n’est satisfait de ce mariage : Robert n’a jamais pu dépasser la mort de Lyanna alors que Cersei ne rêve que de Jaime, son frère.

Lors du Tournoi de la Main, Cersei tente aussi de donner son avis et de convaincre Robert. Quand elle lui dit qu’il ne doit pas y aller, on peut penser qu’elle tente de le raisonner. On peut aussi penser qu’elle le pousse à combattre ; elle connait bien son époux et elle sait qu’il sera enclin à faire le contraire de ce qu’elle lui dit. La réaction de Robert semble montrer qu’elle a raison. Il parle d’un ton méprisant et dur en éructant que « tu n’as pas à me dire ce que je dois faire, femme (…) C’est moi qui décide, ici, et si je dis que je combattrai, demain, c’est que je combattrai ! ».

La relation entre Cersei et Robert connait un tournant quand Robert gifle Cersei devant Ned. C’est un nouvel affrontement entre les Stark et les Lannister qui force Robert à se comporter comme un roi et régler un différend. Or, Robert n’aime pas ça et n’aime pas se le faire rappeler. Il ne supporte pas ça (comme le montre ses rares apparitions au conseil restreint). Pour ajouter à sa colère, Cersei doute de sa virilité devant Ned. Pour Robert, c’est une insulte et dépasse la limite en frappant sa femme (« à ces mots, Robert, ne se tenant plus, répliqua sans préavis par une gifle formidable qui l’envoya, sans un cri, aller contre la table et s’écrouler au sol »). Robert est donc à bout. Plus tard, il confesse à Ned, sur son lit de mort, qu’il a mal agi (« je n’aurais pas dû la frapper. Ce n’était pas… - ce n’était pas royal »).


Enfin, Robert a une piètre opinion de son premier fils, Joffrey.  Il n’est pas uniquement une déception en tant que fils. Il y a aussi l’idée qu’il ferait un bien mauvais roi. Robert est dégoûté à « la seule pensée de Joffrey sur le trône, avec Cersei debout, derrière à lui chuchoter mille manigance dans le tuyau de l’oreille ». Robert ne comprend pas le caractère de Joffrey. S’il ne parait pas douter que Joffrey est bien son fils, il se questionne malgré tout (« Mon fils. Comment diable ai-je pu engendrer pareil rejeton »). Mais, Robert ne fait pas que blâmer Cersei. Il assume sa part de responsabilité : alors qu’il se sait mourant, il confesse ses erreurs. L’une d’entre elles est de ne pas s’être assez occupé de son fils, de l’avoir laissé devenir perverti par les Lannister. Robert admet avoir échoué. Mais, il trouve la force de délivrer un dernier message d’espoir pour son premier fils (« et assiste mon fils, Ned. Rends-le… meilleur que moi »).


samedi 29 octobre 2022

[George R.R. Martin] Stannis en veut à Robert

Stannis Baratheon est un homme froid, il est un également un homme aigri envers son frère Robert et jaloux de l'amitié entre Robert et Ned Stark. Il se sent exclu de cette relation, privé d'un amour fraternel. Il ne fait pas que se comparer à ces deux-là ; il se déprécie et cela ajoute à sa rancœur. D'une certaine façon, il est prisonnier d'une amertume qui le ronge : « si Robert pissait dans une coupe, on s'exclamait : du vin ! Moi, j'offre de l'eau pure et fraîche, on louche dessus d'un air soupçonneux et on s'interpelle : drôle de goût, non ? »

Ned Stark était le meilleur compagnon d'armes de Robert, leur amitié plus que solide et réelle. Ils avaient un lien que Robert n'offrait à aucun de ses frères : ni Stannis et ni Renly. Cela a nourri la rancœur de Stannis au fil des ans (« Son frère était moi, pas Ned Stark, mais qui l'eût cru, vu la manière dont il me traitait »). Stannis n'avait donc pas la reconnaissance fraternelle, il n'a pas eu non plus la reconnaissance du travail accompli. Stannis attendait que son frère l'honore, le remercie de tout ce qu'il a pu faire pour la bonne marche du Royaume. Il a été déçu ; Robert a choisi une autre Main du Roi : « j'ai siégé à son Conseil quinze ans durant, aidé Jon Arryn à gouverner le royaume pendant que Robert courrait la pute et se soûlait, mon frère me nomma-t-il sa Main ? Nenni. »

Les sentiments de Stannis envers son frère sont bien connus et d'ailleurs il ne s'en cache pas. Quand vient le moment de pointer du doigt l'inceste des Lannister, Stannis fait écrire une lettre dans laquelle on parle de son frère en termes élogieux. Il refuse que cela reste comme ça, ce n'est pas la vérité et il ne cherche pas à la même travestir. Il s'offusque : « je ne vois pas davantage de raisons d'appeler Robert mon bien-aimé frère. Il ne m'aimait pas plus que de raisons, et je le lui rendais ».

Clegane fait remarquer à Sansa Stark que Stannis n'est pas du même bois que Robert. Robert était plus hardi, moins prudent. D'après Clegane, Stannis n'est pas « non plus l'homme qu'était son frère. Jamais Robert ne se serait laissé arrêter par cet obstacle aussi minable qu'une rivière ».

La question est de savoir pourquoi Stannis en veut autant à Robert ? Est-ce que c'est parce qu'il sait son frère meilleur combattant et stratège que lui ? Les racines semblent plus profondes et basées sur des choses concrètes. Stannis en veut à son frère de ne pas l'avoir nommé Main, il lui en veut aussi de ne pas l'avoir récompensé après la rébellion. D'autres ont eu des récompenses qui devaient lui revenir. Cersei explique bien cela à Tyrion : « Stannis a toujours considéré la perte d'Accalmie comme une spoliation (…) le siège ancestral de la maison Baratheon (…) Lorsque Robert donna la place à Renly, Stannis crispa sa ganache à s'en faire péter les dents ». Pire, Robert, cet homme bon vivant, a déçu Stannis le prude. Il a couché avec une autre femme le jour même du mariage de Stannis (« le bâtard de Robert. Celui qu'il engendra à la nuit de mes noces, dans le lit même que l'on avait apprêté pour ma femme et pour moi »). L'affront est total pour un homme comme Stannis, un homme si sec et borné. Il ne peut passer outre, il n'y arrive pas et il n'essaie même pas.

samedi 15 octobre 2022

[George R. R. Martin] Le souvenir de Lyanna Stark

Morte depuis des années quand démarre le premier roman, Lyanna Stark laisse pourtant un fort souvenir. Sa non-présence est regrettée par quelques uns des plus hauts personnages, notamment le roi Robert Baratheon.

On comprend très vite que ce dernier est encore prisonnier de l'amour qu'il avait pour elle et qu'il n'a jamais réussi à dépasser sa mort. Lorsqu'il se rend dans la Nord pour demander à Ned Stark de devenir sa Main (le poste le plus prestigieux et plus important), il admire la statue rendant hommage à la jeune femme (« femme enfant d'un charme incomparable, Lyanna était morte, elle, à seize ans. Et si Ned l'aimait de tout son cœur, Robert la chérissait encore davantage. Elle devait devenir sa femme »). Robert n'a jamais pu passer outre, il s'est marié, a eu de nombreuses maîtresses, cela n'a rien changé. Lyanna a continué de le hanter. Son attitude avec Cersei a sans doute contribué à créer la détestation de sa femme. Il faut dire que la reine accomplissait son devoir conjugal sans envie et qu'il n'était pas agréable pour elle d'entendre que Robert rêvait de coucher avec une autre : « quand me chevauchant et me besognant (…) il me souffla au nez : Lyanna ». Lyanna reste donc la femme la plus importante dans la vie de Robert Baratheon.

C'est encore plus révélateur quand on sait que c'est la mémoire de Lyanna qui a permis à Robert de se réconcilier avec son meilleur ami, Ned Stark. Juste après avoir défait et démis le roi fou Aerys Targaryen, les massacres commis par les forces Lannister arrivent aux oreilles de Ned Stark : il apprend que la princesse épouse de Rhaegar a été violée puis tuée, que les jeunes enfants ont été abattus de façon horrible, c'en est trop pour lui et il s'en va. Lyanna permettra à Ned et Robert de renouer des liens. On lit que « il se souvenait enfin trop bien qu'il avait fallu une autre mort, la mort de Lyanna, et leur deuil commun, pour amener la réconciliation ».

Lyanna aimait-elle Robert ? Rhaegar ? C'est la grande question. Puisque l'histoire se fait à travers des narrateurs vivants, on ne peut pas réellement savoir. Ce sont des histoires racontées, des impressions, des souvenirs vieux de plusieurs années et pas nécessairement fiables. On en a un exemple frappant quand Daenerys Targaryen parle de la situation alors qu'elle n'a jamais connu Lyanna ou son frère Rhaegar. Daenerys ne fait que rapporter des propos entendus, construire sa propre vision des choses en se basant sur ce qu'on lui a dit, notamment venant de son frère Viserys. En parlant d'Harrenhal, elle rapporte que « ce fut aussi le tournoi où il couronna Lyanna Stark reine d'amour et de beauté ! Bien que la princesse Elia, sa femme, fût présente, mon frère n'en décerna pas moins la couronne à la jaune Stark, avant de la ravir à son fiancé ». Barristan Selmy a vécu la chose de près. Il dit que « Rhaegar aimait Lyanna, sa dame, et des millions ont péri à cause de cela ». Là, encore, on ne sait pas réellement ce que veut Lyanna, ce qu'elle désire. On comprend en tout cas que cela a motivé Robert à entrer en rébellion contre la famille Targaryen.

Il y a donc une certitude que Rhaegar aimait Lyanna, que la femme l'avait charmé. Même Kevan Lannister pouvait comprendre l'attirance pour Lyanna : « la Nordique avait une beauté sauvage, dans son souvenir, mais, aussi fort que flambât une torche, jamais elle ne pourrait rivaliser avec le soleil levant ». Il y a donc de l'incompréhension, il ne voit pas pourquoi Rhaegar a détruit sa famille pour une femme bien moins belle que la Martell.

Le jeune Brandon Stark, lui, offre une version différente à la sauvageonne Osha. C'est l'histoire telle qu'elle est vue dans sa famille. Selon lui, « on l'avait promise à Robert, mais le prince Rhaegar la ravit de vive force et la viola ». Là, il n'est pas question d'amour, l'histoire est tragique pour Lyanna. Elle aurait été abusée, privée d'une autre vie. Mais là encore, difficile de savoir si cette version est la bonne.

Finalement, on a un souvenir venant de Ned Stark. Lyanna doute de la sincérité de Robert, elle doute si elle pourra supporter son comportement. Lyanna sait que Robert va de femme en femme, qu'il a déjà au moins un enfant. Elle confesse à son frère que « Robert ne contentera jamais d'une seule couche ». On peut penser que c'est une idée qui la rebute, qu'elle n'est pas emballée de savoir que son futur mari la trompera avec d'autres. Car Lyanna est une femme entière, pas du genre à se laisser faire, à souffrir en silence dans son coin (« Arya, tu as du sauvage au corps, mon enfant. Ce que mon père appelait le sang du loup. Lyanna en avait un brin »). Lyanna aurait-elle supporté les infidélités de Robert ? Robert se serait-il assagi ? Difficile de le penser.

mercredi 28 septembre 2022

[George R.R. Martin] Robert Baratheon dit l'Usurpateur

Alors que cela fait des années qu'Aerys Targaryen a été tué par le traître Jaime Lannister, le roi Robert Baratheon doute encore de sa légitimité. Il sait que son accession au pouvoir est douteuse et que son règne non reconnu par tous ses sujets. On peut même penser qu'il a peur : en effet, lorsqu'il se rend dans le Nord pour recruter Ned Stark en Main du Roi, il parle avec crainte du symbole de ralliement que pourrait devenir Daenerys Targaryen. C'est d'autant plus perceptible lorsqu'il dit qu' « il y a toujours, dans les Spet Couronnes, des gens qui m'appellent l’Usurpateur. Oublies-tu combien de maisons prirent le parti du Targaryen, durant la guerre ? Ils rongent leur frein, pour l'instant, mais donnent leur une demi-chance, ils m’assassineront dans mon lit, ainsi que mes fils ». En employant ce terme, usurpateur, Robert lui donne une crédibilité. Il le reconnaît même presque comme un qualificatif officiel. Pour autant, il n'a pas tort en pensant que des gens des Sept Couronnes ne le reconnaissent pas. En plus, Robert sait qu'il ne peut aspirer aux symboles du pouvoir des Targaryen comme les crânes des dragons. D'après Viserys et Daenerys, « l'Usurpateur les a fait retirer et cacher quelque part. Il ne supportait pas d'être toisé par eux sur son trône volé ».

Exilé sur le continent d'Essos, Jon Connington a de la rancœur : lui qui fut une Main du Roi Aerys a tout perdu lors de la rébellion de Robert. Il n'a pu sauver son roi ou défaire les Robert, Ned et compagnie. Le vieil homme a en plus la charge d'un héritier présumé des Targaryen, le fils de Rhaegar : Aegon. Il a donc toutes les raisons d'en vouloir à Robert et à ses descendants, des individus prêts à tout pour tuer tout ce qui reste des Targaryen. L'homme est malade et condamné, il n'a plus que quelques semaines ou mois à vivre ; il n'a qu'un but : « assez de temps pour traverser la mer, revoir la Griffonnière. Pour exterminer une fois pour toutes la lignée de l'Usurpateur et placer le fils de Rhaegar sur le Trône de Fer ». Clairement, Connington ne reconnaît pas le fait que Robert ait été le roi, il est un imposteur.

Également présent sur le continent d'Essos, Barbe-Blanche souligne la faiblesse de Robert Baratheon. Son règne n'est pas seulement illégitime, il plonge les Sept Couronnes au bord du chaos. En étant un roi inapte à faire que son fils Joffrey soit accepté par tous, il a placé le pays dans une situation périlleuse (« les Sept Couronnes ont besoin de vous. Robert l'Usurpateur est mort, et le royaume saigne. A notre appareillage de Pentos, quatre rois se le disputaient, et il n'y régnait que l'iniquité »).

Mais, ceux qui en veulent le plus à Robert Baratheon, ne peuvent être que Viserys et Daenerys. Il a tué ou participé à la mort de leur père, de leur frère, il a laissé massacrer les autres membres de la famille et il n'a eu de cesse depuis leur fuite de les harceler. Pire, avec le temps, ceux qui les soutenaient avaient fini par accepter qu'un Targaryen ne reviendrait jamais sur le trône et qu'il était temps de changer de camp (« le spectacle de l'usurpateur toujours titulaire du Trône de Fer avait fermé chaque porte une à une, et l'existence des exilés ne cessa de devenir plus chiche »). La vie des jeunes enfants devint alors compliquée, pathétique et périlleuse. Viserys se réfugia dans la colère et la colère le mena à faire des mauvais choix et ces mauvais choix à la mort. Viserys ne rêve que de vengeance, il n'a aucune réelle idée de comment tuer quelqu'un et pourtant il aspire à tuer Robert. C'est un vœu douteux surtout lorsqu'on connaît la force et la puissance de Robert Baratheon. Quand Daenerys nous rapporte les paroles de son frère (« je tuerai l'Usurpateur de ma propre main, affirma-t-il en homme qui n'avait jamais tué personne. Je le tuerai comme il a tué mon frère Rhaegar »), on ne peut être que dubitatif. Daenerys, elle, n'a jamais vu Robert ou qui qui ce soit de cette rébellion. Elle était bien trop jeune à cette époque. Pourtant, son esprit est dévoré par ces démons du passé : « bien qu'elle n'eût jamais vu la figure de l'Usurpateur, il ne s'était guère écoulé de jour sans qu'il obsédât sa pensée. Son ombre immense avait plané sur elle dès l'instant où sa naissance l'avait projetée, parmi le fracas de l'orage et les flots de sang, dans un monde où elle n'avait plus de place ». A force d'entendre Viserys dire que Robert cherche à les tuer, Daenerys ne peut que devenir paranoïaque et craintive. Quand on vient la voir en s'annonçant venir des Sept Couronnes, elle se referme : « l'Usurpateur avait offert d’anoblir quiconque m'assassinerait, et ces deux-là viennent du bout du monde ».

Pour autant, même si Robert Baratheon n'est pas nécessairement légitime, il ne faut pas négliger sa puissance. Le royaume n'a pas explosé sous sa gouvernance, aucune des couronnes n'est parvenue à devenir indépendante. Surtout, il est un très bon guerrier très bien entouré. Jorah Mormont, un proche de Daenerys, lui dresse un portait sincère : « joignant la bravoure à la force physique, il est bien suffisamment... téméraire pour affronter les hordes dothrak en terrain découvert. Mais les gens de son entourage, enfin les meneurs du bal, ne l'entendraient pas de cette oreille ». Autrement dit, Robert Baratheon est tellement certain de ses capacités qu'il n'oserait pas défier quiconque. Cette impétuosité pourrait lui jouer des tours si ses élans n'étaient pas freinés par ses conseillers.

Après avoir été chassé, de façon assez stupide par Cersei, ser Barristan Selmy offre ses conseils à Daenerys. Il lui rappelle que « Robert était un... un bon chevalier..., chevaleresque, brave... » Tout cela ne peut que faire douter Daenerys. Elle se convainc que sa tâche de reconquérir Westeros sera compliquée. Elle s'interroge : « et à ses côtés se tenaient ceux des grands seigneurs que Rhaegar surnommait les chiens de l'Usurpateur, Eddard Stark, regard de pierre et cœur de glace, ainsi que les Lannister père et fils, cousus d'or, puissants au possible et à la félonie incarnée... Comment espérer culbuter de tels hommes ? » Si Robert est un usurpateur, ceux qui le suivent également. Dès lors, la tâche de Daenerys s'avère énorme.