Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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jeudi 11 juin 2026

Qui est Rurisk ?

La première fois qu’on entend parler de Rurisk laisse une impression négative. Alors que Subtil envoie Fitz dans les Montagnes pour assister au mariage entre Kettricken et Vérité, il lui demande de tuer le prince Rurisk. C’est bien entendu une façon de consolider le pouvoir de Vérité (et donc des Six-Duchés), c’est presque un geste miséricordieux tant Rurisk semble être dans un état pathétique. Subtil dit de lui qu’il « n’est pas en bonne santé » alors que « autrefois, il était bien portant et vigoureux ». Or, la culture montagnarde prône la force physique, la vitalité ; cela pousse Subtil à se questionner (« connaissant les Montagnards, il est très suspect qu’il soit leur roi-servant »). Notons que Subtil a eu les renseignements de la part de Royal, et que Royal est tout sauf fiable…


Pour Fitz, Rurisk est une ouverture sur son père, Chevalerie. Les deux hommes se sont connus lors de négociations commerciales entre leurs deux pays. Ils ont sympathisé et sont devenus de bons amis. Chevalerie a même pu confié à Rurisk ses doutes et ses questionnements (« quand le temps parole en tant qu’ambassadeurs de cols et de négoce fut passe, nous nous sommes assis ensemble pour partager la viande et nous avons discuté, en tant qu’homme, de ce qu’il devait faire. J’avoue que je ne comprends pas pourquoi il pensait devoir refuser de devenir roi »). Rurisk et Chevalerie ont donc noué une réelle amitié. On en a une autre preuve quand Rurisk a appris la mort de Chevalerie qui l’ « a empli de tristesse ».


Le souvenir de Chevalerie n’est pas la seule chose qui rapproche cet homme et Fitz. En effet, Burrich avait séparé des années plus tôt Fitz de Fouinot. Tout laissait à croire que Burrich avait tué le chiot. Or, on se rend compte qu’il a envoyé Fouinot dans les Montagnes et l’a confié à Rurisk. Cela montre toute la valeur que Burrich accorde à cet homme, tout le respect qu’il a pour lui. Burrich a dû le rencontrer au moment des négocations et Chevalerie a sans doute dressé un portrait flatteur de Rurisk.

Fouinot est donc encore en vie. Il n’est plus le compagnon de Fitz mais de Rurisk : « il ne faisait aucun doute que c’tait désormais le chien de Rurisk ; l’intensité du lien qui nous unissait avait disparu ». Toutefois, il est difficile de dire si Rurisk maîtrise la magie du Vif. Rien ne laisse croire que ce soit le cas ; bien plus tard, sa soeur Kettricken arrivera à nouer un lien fort avec Oeil-de-Nuit…


Quand il rencontre Rurisk, Fitz est surpris par l’individu qui se tient face à lui. Il semble déjouer tous les pronostics d’une mort imminente. Tout laisse croire qu’il vivra encore de nombreuses années (« le prince Rurisk n’avait présenté aucun des symptômes de faiblesse et de maladie rapportés par Royal »).

Rurisk semble être un Homme d’Etat. Il n’est pas comme Royal qui ne pense qu’à son sort ou comme Chevalerie qui a fui à la première difficulté. Il comprend pourquoi Subtil désire le tuer et fait une contre-proposition. Comme Rurisk est tourné vers l’avenir et prêt à remettre en cause certaines traditions, il pourrait être un futur bon roi et être « un meilleur allié vif que mort ». Certes, Rurisk veut rester en vie mais il pense aussi à l’avenir des Montagnes.

Rurisk cerne très vite la situation de Fitz. Il a rapidement compris que la situation du jeune homme était précaire et ne tenait pas à grand-chose. Fitz ne peut pas désobéir aux ordres royaux car il montrerait qu’il est peu fiable. Or, « un bâtard inutile est un poids mort pour la royauté ».


Aussi brillants soient-ils, aussi prudents soient-ils, Rurisk et Fitz ne parviennent pas à déjouer le complot de Royal qui parvient à les assassiner tous les deux en les empoisonnant. Rurisk meurt devant Fitz (il « se cambra de nouveau et je savais que je ne pouvais rien pour lui »). La personne la plus triste à la mort du prince montagnard n’est ni son père Eyod, ni sa soeur Kettricken. C’est Fouinot : « il m’a quitté. Ça fait mal ». C’en est donc fini pour Rurisk. Il disparaît de l’histoire et de l’intrigue, il n’aura plus aucun impact.


Pourtant, son souvenir persiste. 

Il donne son nom à un des navires armés pour lutter contre les Pirates Rouges (« le Rurisk était le plus grand des quatre vaisseaux lancés à la fête de l’Hiver »).

Kettricken, elle, pense encore à lui. Des décennies plus tard, alors qu’elle a perdu Vérité, et élève seul son fils Devoir, elle est ravie de voir que Fitz est sorti de sa retraite et est revenu à Castelcerf. Elle lui adresse un sincère compliment : « je me réjouis de cette parenté, FitzChevalerie. Rurisk était mon seul frère et nul ne saurait le remplacer ; pourtant, vous en approchez autant qu’il est possible ».

mercredi 7 juin 2023

L'histoire de Fouinot

Sacrifice, voilà un mot qui peut résumer l'histoire de l'assassin royal. Vérité se sacrifie pour sauver son royaume. Fitz sacrifie Molly à ses devoirs de protection. A chaque fois, ce sont des hommes et des femmes qui se sacrifient pour un plus grand bien. Mais, une histoire, ce sont aussi des amitiés, ce sont aussi des personnes qui se trouvent et sont tout de suite liés. La relation entre Fouinot et Fitz en est un bon exemple, eux qui sont arrivés en même temps dans la vie : Fouinot vient de naître alors que Fitz est arraché à son foyer pour être confié aux Loinvoyant. Fitz atterrit dans un monde inconnu, où tout est gigantesque, où tout peut potentiellement l'effrayer. Ses premiers contacts (Burrich, Vérité, Jason) ne lui apportent pas beaucoup de chaleur. Il faudra attendre l'arrivée de Fouinot pour en avoir : « le troisième du groupe, Fouinot, un chiot, encore à mi-croissance, m'accueillit en me léchant les oreilles, en me mordillant le nez et avec force coups de patte joueurs ».

Alors qu'il arrive à Castelcerf, c'est avec Fouinot qu'il découvre la ville et les humains qui y vivent. Le jeune chiot le marque durablement, il lui apprend à faire preuve de prudence. Plus qu'Umbre qui lui a appris à se fondre dans le décor, c'est Fouinot qui instille la circonspection à Fitz. Il lui apprend qu'il faut se méfier des hommes et des femmes qui n'ont pas toujours des réactions logiques et peuvent être gratuitement méchants (« Fouinot capta une partie de ce que je ressentais, il se laissa tomber sur le flanc et exposa son ventre dans une attitude suppliante tout en battant de la queue »). Dans un monde hostile à Fitz simplement parce qu'il est un bâtard, la présence de Fouinot est la bienvenue : il n'est pas qu'un protecteur, il est aussi un ami. Ce lien est bien vu, notamment de Burrich qui « éclata de rire en nous voyant nous ruer sur la table et approuva sans rien dire ma façon de donner sa part à Fouinot avant de me caler les mâchoires ». Très vite, on comprend que le lien est fusionnel, qu'il n'y a quasiment pas de frontières dans leurs perceptions. Ce que l'un ressent, l'autre le ressent aussi. Les deux ne sont que des jeunes qui découvrent le monde. Ils évoluent sans limites, se prêtent à bon nombre de découvertes (« Fouinot partageait toutes mes expérience (…) je me servais de son nez, de ses yeux et de ses ma^mâchoires aussi spontanément que des miens et jamais je n'y vis la moindre étrangeté »). Cela est accepté par les gens que Fitz fréquente. Les enfants de Bourg-de-Castelcerf constatent que « Fouinot nous suivait, comme toujours. Les autres enfants avaient fini par l'accepter comme une extension de moi-même (…) Nous étions le Nouveau et Fouinot ».

Mais, toutes les bonnes choses ont une fin. C'est Burrich, très négatif sur la relation de Vif entre un animal et un homme, qui se charge de les séparer. Plus tard dans les livres, on apprendra que Burrich a une très forte connexion à cette magie et on saisira qu'il a fait preuve d'une magnifique hypocrisie en les séparant. Burrich est convaincu que le Vif peut empêcher Fitz de bien grandir, d'être une bonne personne. Il est le bourreau de ce qui existe entre Fitz et Fouinot : « le chien dégage et toi tu restes ! (…) Je veillerai à ce que son fils devienne un homme et pas un loup ». Pour le lecteur et pour Fitz, ce n'est pas seulement une déchirure, la fin d'une histoire : tout laisse à croire que Burrich a tué Fouinot tant ce qui se passe est brutal. Burrich est comme possédé, il semble avoir perdu tout sens logique. On lit qu' « il y eut un brusque éclair de douleur écarlate et Fouinot disparut. Sentant ses perceptions canines se diluer, je me mis à crier et à pleurer comme n'importe quel enfant ». Fouinot est parti et Fitz ne peut parler de sa perte à personne (« Fouinot me manquait de façon aussi lancinante qu'un membre dont Burrich m'aurait amputé. Mais nous n'en parlions jamais ni l'un ni l'autre »). Fitz tient donc Burrich comme responsable. Et pour ne rien arranger, il doit vivre avec le maître des écuries, il doit vivre avec celui qui lui a causé une énorme souffrance. Pour Fitz, c'est un nouvel épisode de séparation injuste, lui qui a été séparé de sa mère sans savoir pourquoi.

Des années plus tard, on retrouve un Fouinot bien vivant dans les Montagnes. Burrich ne l'a pas froidement assassiné mais l'a envoyé au prince Rurisk. C'est un soulagement, mais Burrich aurait pu éclaircir ce point avec Fitz au lieu de le laisser croire au pire. Fitz retrouve donc Fouinot et est content de voir qu'il a eu une belle vie (« dors, mon vieux. Tu as engendré assez de chiots pour te passer de chasser, bien que tu adores çà »). Immédiatement, Fitz va trouver Burrich pour mettre les choses au clair. Il lui reproche, à demi-mots, de l'avoir laissé dans l'ignorance et d'avoir développé tant de scénarios du pire dans sa tête (« j'avais toujours cru que tu lavais tué, Burrich, cette nuit-là, que tu lui avais fracassé le crâne, que tu l'avais égorgé, étranglé »).

Les événements dans les Montagnes confirment ce qu'on sait de Fouinot. Bien que séparé de Fitz, il a su trouver en son nouveau maître, Rurisk, un ami fidèle et un très bon compagnon. On en a la preuve lorsque Rurisk meurt : « comme en réponse à ma question, un cri qui exprimait le chagrin le plus absolu monta vers la lune. Le maître de Fouinot était mort ». Fouinot n'a même pas le temps de faire le deuil de Rurisk que Royal déploie ses tentacules. Le prince Loinvoyant, aigri et jaloux, planifie un coup d’État en tentant de tuer Vérité et d'épouser Kettricken. Son plan aurait pu fonctionner si Fitz n'avait pas mobilisé des ressources insoupçonnés pour survire et si Fouinot n'existait pas. Fouinot offre sa vie pour sauver Fitz. Il effectue un magnifique geste de bravoure, de sacrifice. Il le fait de façon totalement désintéressée, sans rien espérer en retour : « il avait planté profondément ses crocs usés dans ma main avant de parvenir à me sortir du bassin ». Fouinot utilise donc ses dernières forces pour aider fitz. Il y laisse sa vie (« Fouinot était mort. Je crois qu'il avait donné sa vie librement, en se rappelant notre affection mutuelle lorsque nous étions chiots. Les hommes ne pleurent pas leurs morts avec l'intensité des chiens. Mais nous pleurons de longues années »). Fitz est durablement marqué par cette mort. Et cette idée de sacrifice, de tout donner pour un homme qu'on estime, il la fera sienne afin d'aider Vérité.