Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

Article épinglé

Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

Affichage des articles dont le libellé est umbre. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est umbre. Afficher tous les articles

mardi 14 juillet 2026

Fitz manque-t-il d'ambition ?

Quand on arrive à la fin de la saga, on se rend compte que Fitz n’a jamais régné, qu’il n’a même jamais réellement cherché à avoir le pouvoir. Il n’a été qu’un pion manipulé par quelques (Subtil, Umbre) ou que d’autres (Royal) ont voulu abattre dans leur conquête du pouvoir. Pourtant, même bâtard, Fitz reste un Loinvoyant, le fils du prince Chevalerie.


Alors, comment expliquer ce manque d’ambition ?


On peut bien entendu mettre en avant son éducation. Tout a été fait pour que Fitz reste dans l’ombre. Il a été conditionné pour obéir et agir avec une étroite mage de manœuvre. Tout ce que lui a appris Umbre a mené à ça. Quand Fitz a voulu faire preuve d’indépendance d’esprit lors d’un exercice, il a été renié par Umbre durant de longues semaines. Il en a tiré la conclusion qu’il ne fallait pas faire de vagues, ne pas avoir de désir de pouvoir ou de gloire. Subtil et Umbre ont fait en sorte que tous ses actes soient tournés vers les Loinvoyant, et non pas vers l’accumulation d’influence. 

Alors qu’il n’était qu’un gosse, le roi Subtil a éteint toute velléité. Il s’est acheté la loyauté de Fitz en lui fournissant un toit, une éducation et l’appartenance familiale aux Loinvoyant : certains poussaient pour mettre de côté (tuer) ce fils illégitime, pas Subtil. Les deux nouent un marché : « si un homme o une femme cherche à te retourner contre moi en t’offrant plus que je ne te donne, viens me voir, expose-moi l’offre et je la surpasserai ». Là, Subtil dit à Fitz qu’il sera toujours là, qu’il prendra toujours en compte ses besoins. Fitz n’a rien à gagner à vouloir outrepasser un roi qui lui donne tant.


Pour d’autres (Royal), il faut voir le manque d’ambition de Fitz comme un héritage paternel. Après tout, Chevalerie a renoncé à la fonction suprême. Il a refusé d’être roi à cause d’un motif futile. Royal trouve cette décision pathétique, ridicule. Selon lui, cela montre que Chevalerie n’avait pas les épaules pour régner (« tu es le misérable bâtard d’un petit prince qui m’a même pas eu le courage de devenir roi-servant »). Fitz n’aurait pas d’autre choix que répéter ce comportement.


La principale critique du manque d’ambition de Fitz est Astérie. La ménestrelle a rencontré Fitz alors qu’elle cherchait à écrire une belle histoire, à entrer dans la légende. Elle a vu Fitz participer au réveil du dragon d’Art et de pierre de Vérité. Mais, surtout, elle l’a vu se couper du monde, se réfugier dans une cabane perdue au milieu de nulle part plutôt que revenir triomphal à Castelcerf. Astérie n’a jamais réellement digéré ce choix. Pour elle, l’attitude de Fitz est incompréhensible.

Quand Fitz revient plus tard au château, ce n’est même pas en tant que noble. Non, il revient comme un vulgaire domestique, un être invisible sans influence et sans pouvoir ! Ce choix dégoûte Astérie qui ne se gêne pas pour montrer son dépit (« le fils d’un roi sacrifie son existence entière pour la famille de son père, tout ça pour finir comme valet, soumis aux mauvais traitements d’un gentilhomme étranger bouffi d’orgueil »). Fitz expose toute sa faiblesse en faisant ce choix. 

Astérie a alors la confirmation de ses doutes. Elle fait partie des rares personnes qui connaissent une bonne partie de la vie du bâtard de Chevalerie. Elle le connait intimement, elle a bien pu cerner sa personnalité. Elle pense que Fitz est heureux de finir comme domestique de Sire Doré : « ç’a toujours été ton rêve le plus cher, n’est-ce-pas ? Avoir ta petite existence à toi, n’être en rien responsable de ta lignée ni des événements de la cour, faire partie des petites gens, ne laisser aucune trace dans l’histoire ». Ce qui est assez ironique avec ces propos est que Fitz a certainement rêvé de ça quand il était en couple avec Molly alors que ses activités d’assassin le retenaient à la cour ? Il aurait sans doute tout donné pour qu’un autre exerce ses fonctions ou qu’il y ait la paix, afin de pouvoir vivre avec celle qu’il aimait….


Étrangement, un autre détracteur est Umbre. Lui qui a formé Fitz, qui l’a mis en garde contre la déloyauté lui reproche une certaine forme de manque de courage. Umbre était à deux doigts de l’insulter de tous les noms quand Fitz a participé à la conspiration de Brondy de Béarns pour renverses les manipulations de Royal ; Umbre sous-entendait même que Fitz basculait vers la traîtrise alors que les actions étaient légitimes et nécessaires tant Royal menait le royaume vers sa chute. Des années plus tard, il adresse à Fitz des reproches méchants, cruels, injustes : « c’est ta plus grande faiblesse, Fitz, et ce depuis toujours : tu es trop prudent. Tu manques d’ambition. C’est ce qui plaisait à Subtil chez toi ; il ne t’a jamais craint comme il me redoutait, moi ».


Fitz aurait donc pu avoir plus. Si on suit Umbre, il aurait pu réclamer plus ou obtenir plus de pouvoir par des machinations. Il aurait pu influencer la politique de Kettricken en murmurant à ses oreilles, en devenant son principal conseiller après la guerre des Pirates Rouges. Grâce à Devoir, on apprend que Kettricken l’aurait sans aucun doute écouté (« si elle vous baptise oblat, c’est qu’elle vous regarde comme le roi légitime des Six-Duchés »).  

Fitz avait donc tout pour devenir le roi officieux. Il avait la légitimé familiale, les compétences, l’expérience ; il aurait été soutenu par un bon nombre de nobles. Même sa pratique du Vif aurait pu être atténuée par sa belle histoire : savoir qu’il a pratique la magie aurait pesé bien peu face à son sauvetage du pays. Comme le dit Astérie, Fitz aurait pu suivre une autre voie : « tu aurais pu être quelqu’un. Peu importe ta naissance, on t’a donné toutes les chances de gravir les échelons et tu aurais pu devenir un personnage important ». Cela n’a pas été le cas. Notons que si Astérie est si véhémente, c’est parce que son parcours personnel a été très compliqué, qu’elle en a bavé et qu’elle a misé gros sur Fitz : elle se serait élevée avec lui.

mardi 7 juillet 2026

Umbre aime Fitz

Pour le lecteur, qui est Umbre ? Il est ce vieil homme retiré du monde et qui sert le royaume. Il est celui qui forme Fitz aux arts de l’espionnage et de l’assassinat. Il est presque perçu comme un père de substitution pour Fitz. Pour d’autres, il est un des rares Loinvoyant fiable.


Lorsque Fitz décide de se retirer du monde après avoir participé à la libération des Six-Duchés, il ne voit pas ses camarades pendant des années. Les premiers chapitres du tome 7, le Prophète Blanc, sont une succession de visites à domicile, d’un homme isolé qui voit ses vieux amis lui rendre visite pour bavarder, refaire le monde et donner des nouvelles. Umbre fait partie de ces gens qui viennent.


C’est Umbre qui fait le premier pas. C’est lui qui parcourt la longue distance qui sépare la petite maison de Fitz de Castelcerf. Cela veut donc dire qu’il s’est renseigné pour savoir où habitait Fitz, où il s’était caché. On peut aussi penser que Fitz aurait pu facilement se rendre à Castelcerf s’il l’avait réellement voulu ; il ne l’a pas fait. Apparemment, Umbre ne lui en pas tenu rancoeur. Sa première réaction en voyant son ancien apprenti est sincère, réelle, intense (« il écarta les bras dans l’intention de me serrer contre lui »). 

Bien entendu, la visite d’Umbre est motivée, il a besoin d’aide pour former le prince Devoir à l’Art. Umbre a trop de l’Homme d’Etat pour négliger une ressource comme Fitz. Ce dernier est le seul artiseur connu encore en vie à son époque. Toutefois, au fil de la conversation, Umbre en apprend beaucoup sur son vieil ami et le cerne. Il réalise que Fitz a de la souffrance, de la peine en lui, contrairement à ce qu’il pensait (« je regrette d’apprendre que tu en souffres encore (…) J’avais supposé que la soif de l’Art s’apparentait à la dépendance à l’alcool ou à la Fumée, et qu’après une période d’abstinence forcée, le besoin irait s’amenuisant »). La sincérité est bien présente. C’est sans doute pour ça qu’il ne juge pas Fitz lorsqu’il remarque toutes les drogues cultivées, la « la prépondérance parmi elles de sédatifs et d’insensibilisants ».

Umbre étant Umbre, il continue de voir Fitz comme son jeune apprenti malgré les années passées. Le maître n’est pas avare de compliments devant les prouesses de Fitz : « je t’ai apporté des encres de Castelcerf, mais je me demande maintenant si les tiennes ne sont pas de meilleure qualité ». Il y a de la fierté dans la voix du vieil assassin.


Est ce que Fitz fait confiance à Umbre ? La question se pose. En tant que lecteur, rares sont les individus qui rentrent dans cette catégorie : Vérité sans doute (mais il est mort), Kettricken possiblement et le loup Oeil-de-Nuit. Umbre, lui, a un avis clair et certain. Fitz ne fait confiance à personne. Il a développé son avis en disant à Astérie que « tu étais incapable de te fier entièrement à quelqu’un, que ton âme serait toujours déchirée entre la envie et la crainte de faire confiance ».

Umbre a eu le temps d’observer Fitz. Caché dans les murs, l’araignée regardait le jeune homme. Il l’observait tenter de trouver, gamin, une place à la cour alors qu’il avait passé ses premières années loin de tout. Pour Umbre, Fitz n’a jamais dépassé cette séparation, cette déchirure. Il pense que le traumatisme a été trop fort et a durablement marqué le bâtard (« j’ai mal de voir que tu es resté… tel que tu as toujours été depuis… oh, zut ! Depuis qu’on t’a arraché à ta mère ! Toujours sur tes gardes, méfiant, isolé »). C’est possible ; après tout, Fitz n’a jamais cherché à revoir sa mère, il n’a jamais réellement cherché à en savoir plus ni même à fouiller dans ses souvenirs pour se rappeler d’elle. Quand Caudron, dans la carrière, lui a parlé d’elle, il a même adopté une stratégie de fuite.

Umbre blâme Fitz de son comportement, de son attitude. Il admet aussi que Fitz n’est pas le seul responsable de cet état. Il est le produit des années, des épreuves traversées, des gens rencontrés (« je ne veux pas te demander ce que tu ne peux pas te donner. Tu es ce que la vie a fait de tout —et ce que, moi-même, j’ai fait de toi, Eda me pardonne »). Les paroles sonnent comme des excuses. Umbre a toujours dit qu’il était prêt à sacrifier Fitz pour le bien du royaume, cela ne veut pas dire qu’il ne l’aime pas ou qu’il le fait avec entrain.


Fitz se rend compte à Castelcerf pour retrouver Devoir. En faisant le point avec Umbre, il se rend compte qu’Umbre s’auto-forme à l’Art. Fitz dit et insiste que la méthode est dangereuse, qu’Umbre joue avec des forces qui le dépassant. Dans un premier temps, Umbre le prend mal, il est blessé dans son égo. Puis, il réalise qu’il y a plus en jeu que sa personne et se ressaisit.


A vrai dire, on peut dire que les deux jouent à se faire mal sans le faire exprès. Les deux ont à coeur le bien de l’autre mais sont incapables de le dire clairement. Par exemple, quand Fitz tente de freiner les envies d’Art d’Umbre, c’est parce qu’il sait que cette magie est dangereuse et qu’elle en lui demandera toujours plus.

Umbre, lui, veut pousser Fitz à utiliser sa magie pour retrouver Devoir. Or, Fitz fait tout pour ne pas artiser. Ses derrières expériences ont été marquantes : il a fini à chaque fois très faible.

Ce n’est pas qu’Umbre se moque des peurs de Fitz, c’est qu’il sait qu’il sera là pour l’aider si besoin (« je suis là, mon garçon, et je m’occuperai de toi »). Là encore, on ressent l’amour ressenti par Umbre pour Fitz. Comme un père pour son fils…

Umbre fait passer l’Etat avant tout. En cela, il n’a pas changé durant toutes ces années. La volonté de préserver les Six-Duchés est sa boussole. Il peut paraitre froid à cause de cela, il s’en fiche. Fitz veut se droguer après une migraine d’Art ; Umbre l’interdit. Pourquoi ? Simplement parce que « le Trône a besoin du talent que toi seul possèdes. Je ne permettrai pas que ton Art soit diminué en quoi que ce soit ».


Clairement, Umbre est attentionné. S’il ne le dit pas forcément bien souvent, ses actes parlent pour lui. Ainsi, il a empêché que l’ancienne chambre de Fitz soit occupé (« c’est vous qui empêchez qu’on la donne à quelqu’un d’autre ») en faisant croire qu’elle est hantée. Il y a là une forme de respect, comme la volonté de figer dans le temps un souvenir. 


mardi 15 juillet 2025

Qui est dame Thym ?

Dame Thym est une création d’Umbre, elle doit lui permettre de voyager plus moins anonymement lors de ses missions. Umbre ne se contente pas de créer une vieille femme coupée du monde, il crée une vieille femme que personne ne veut chercher à fréquenter plus que raison.

Fitz fait sa connaissance lorsqu’il se rend dans les Montagnes pour le mariage de Kettricken et Vérité. La naïveté perd Fitz. Il cherche à se montrer avenant avec dame Thym. Il veut faire bonne impression, lui faciliter le voyage. Mal lui en prend car très vite des rumeurs lui viennent aux oreilles : « Pognes m’apprit que personne n’enviait ma position ; tous ceux qui l’avaient accompagnée en déplacement l’évitaient depuis ». Pourquoi donc ? Tout simplement parce que dame Thym pue. Son odeur marque les narines et embaume l’atmosphère, elle vous pénètre. Même Fitz qui en a déjà pas mal vu est choqué (« j’avais l’estomac endurci à force de nettoyer les étables et les chenils, mais j’eus le plus grand mal à me contraindre et à le nettoyer »). S’occuper du pot de chambre de dame Thym est donc un des plus grands défis de sa vie. C’est une nouvelle fois Pognes qui met en avant un autre aspect de dame Thym tout en la moquant au passage. Il affirme que « sa puanteur du matin est devenue légendaire » et qu’elle « accompagne souvent Chevalerie en voyage ». Une question se pose naturellement : pourquoi fait-elle partie des cortèges alors qu’elle présente des aspects négatifs ? Cache-t-elle quelque chose ?

Fitz et le lecteur découvrent la réelle utilité de dame Thym dans les Montagnes. Sous son apparence fétide, dame Thym se révèle un instrument de la justice du roi. Kettricken questionne : « vous êtes celui qu’on appelle Fitz ? N’accompagnez-vous pas habituellement dame Thym en voyage, l’empoisonneuse du roi Subtil ? » Autrement dit, dame Thym est un remarquable atout pour le trône des Loinvoyant. Son allure repoussante et sn attitude déplorable doivent lui permettre de mener ses missions à bien et avec une réelle discrétion.

Royal est au courant du réel rôle de dame Thym. S’il en parle en termes négatifs (« j’avais pourtant demandé à Père d’envoyer cette vieille putain de dame Thym »), c’est parce qu’il la craint, qu’il la redoute. Royal est en effet convaincu que la vieille femme a participé à l’assassinat de sa mère, la reine Désir. Cela a nourri sa haine et son mépris.

Royal doit donc faire partie des gens qui ont été heureux quand Umbre a décidé de tuer son personnage. C’est le Fou qui l’annonce le premier. Le vocabulaire employé résume parfaitement l’impression laissée ; bon manieur de mots, le bouffon du roi clame que « pucelle à la virginité opiniâtre et à la flatulence virulente, dame Thym n’est plus ». Umbre a sans doute fait ça pour démasquer ceux qui complotent contre le roi, on peut aussi penser que le secret de dame Thym était trop éventé et donc inefficace. Dame Thym était proche du roi ; elle semblait faire partie de son cercle d’intimes. Umbre précise même que « de temps en temps, des gens cherchent à gagner ses faveurs, car la rumeur veut qu’elle ait l’oreille du roi ». Il va même plus loin lors qu’il discute avec Fitz de la mort de dame Thym : « on croit peut-être que dame Thym était son seul rempart et qu’à présent tout le monde se désintéresse du sort du roi ».

Des années plus tard, dame Thym est un mystère pour les nouvelles générations. Le prince adolescent Devoir émet une hypothèse bien saugrenue : « je pense avoir deviné qui était votre mère ; c’est une dame dont on entend encore parler, quoique personne ne sache grand-chose sur elle : dame Thym ». Selon Devoir, Fitz est donc le fils d’Umbre et de dame Thym…un sacré mélange.

Avec le temps qui passe, le souvenir de dame Thym devient un sujet de plaisanterie pour Fitz. Il dit à Lant, le fils d’Umbre que dame Thym « était un des artifices les plus inspirés de votre père ». Fitz reconnait donc la brillance d’Umbre.


 

lundi 30 septembre 2024

Un personnage historique : Le Grêlé

Comme tout pays, le royaume des Six-Duchés a ses traditions, ses coutumes, ses grandes figures historiques et ses personnages légendaires. Un d’entre eux est le Grêlé, une personne qui « annonce les désastres ». Il est tellement ancré négativement dans la mémoire collective que « quand on le voit marchant à grands pas sur la route, on sait que la maladie et la pestilence ne tarderont pas ». Dans une époque difficile pour les Six-Duchés, où les Pirates Rouges menacent la stabilité du pays, l’idée que le Grêlé soit là est inquiétante pour les habitants.


L’histoire du Grêlé est liée à celle d’Eda et El : il est un vieil homme qui, manquant de mourir dans l’eau de mer, a imploré la pitié des dieux. Les ayant énervé, il finit par échouer sur une plage des Six-Duchés mais partout où il allait, les choses se passaient mal (« la maladie suivait le sillage du vieillard. Et c’étaient les varioles qu’il répandait, affections qui ne se préoccupent pas qu’un homme soit fort ou faible »).


Le Grêlé devient donc au fil du temps un personnage craint. La superstition se répand tant qu’il devient une figure marquante. Lorsqu’on pense au Grêlé, on pense à des désastres. C’est ainsi que les marionnettistes se sont emparés de lui : il fait partie de l’univers du spectacle puisque « le pantin du Grêlé suspendu au-dessus du décor prévient le public qu’il va assister à une catastrophe ». Cela montre aussi que la symbolique du Grêlé est répandue dans tous les Six-Duchés, elle est connue de tous. 


Le Grêlé est annonciateur de mauvaises nouvelles ; il n’est même pas nécessairement de réellement le voir. La simple rumeur de son apparition suffit à faire peur. On l’a vu quand les gens de Forge ont vu Umbre et l’ont confondu avec le Grêlé ; on le voit la veille du couronnement de Royal quand un petit garçon a cru le voir en pleine nuit (« tous juraient seulement de bien se garder de l’eau car, assurément, ce présage signifiait que le puits était souillé »). La réalité, ou non, du Grêlé n’a donc aucune importance : il est un mythe qui est devenu réel pour les habitants.


Le Grêlé n’existe donc pas : il n’est pas vivant au moment où se passe l’aventure. C’est important à préciser car les duchéens sont habitués à des phénomènes magiques : l’Art et le Vif existent comme d’autres magies. Et on finit par apprendre que les Anciens et les dragons sont réels. Mais, le Grêlé n’est qu’une superstition, un mythe. 

Malgré tout, l’espace de quelques instants, Fitz pense que son mentor, Umbre, peut être le Grêlé. Quand il le lui demande, Umbre est amusé et choqué : « le Grêlé ? L’homme légendaire qui annonce maladies et désastres ? (…) Cette légende court depuis des siècles : Tu ne me vois quand même pas si vieux ».


La vision du Grêlé va plus loin que la peur. Pour certains, c’est la preuve que les Six-Duchés vont dans une mauvaise direction et ont tourné le dos aux dieux. Les gens ont peur et cherchent des réponses, des explications au fait que tout va mal. Un habitant constate que « des fantômes sans pitié rôdent parmi les ruines de notre village dans des corps d’emprunt et le Grêlé au manteau noir répand ses maux sur nous ».  Pour lui, les forgisés et le Grêlé sont une punition envoyée par Eda et El : « les anciens dieux nous punissent de nos vies trop douillettes ! Notre prospérité sera notre perte ! ». Il faut dire que, selon la tradition, c’est le message porté par le Grêlé. Celui ne fait pas que diffuser des maladies, il porte aussi un message disant qu’ « El susciterait un nouveau peuple plus courageux auquel il donnerait leur héritage ». Autrement dit, il est reproché aux duchéens de s’être trop prélassé. 


Il est difficile de savoir si les Loinvoyant croient en l’existence du Grêlé. Mais, gouverner revient à prendre en compte tout un tas de critères et se servir du Grêlé peut être intéressant. Par exemple, Royal s’empare de cela quand il traque Fitz et Umbre. Il se sert de cette superstition avec deux objectifs en tête : traquer des ennemis et apaiser les doutes du peuple. On lit que « le roi espère faire pendre le Grêlé et mettre ainsi un terme à la malchance des Six-Duchés » et que « Subtil ne pourra se reposer que quand le Grêlé sera mort et que l’âme du roi aura retrouvé la moitié qui lui manque ».



mardi 30 juillet 2024

Fitz aurait-il dû mourir jeune ?

Fitz est un bâtard ; il n’est pas le fils légitime du couple Patience/Chevalerie mais le résultat d’une nuit de passion de Chevalerie. Les choses auraient pu être bien différentes si son grand-père maternel ne l’avait pas donné aux Loinvoyant. D’autres pensent même que Fitz aurait dû être tué…


Un partisan d’une mort rapide de Fitz est bien entendu Royal. Le jeune prince voit en Fitz une humiliation publique pour les Loinvoyant et la possibilité de dangers futurs pour son propre statut. Autrement dit, Royal est jaloux d’un enfant ; selon lui, il serait avisé de simplifier les choses en le tuant : « Mère et moi étions d’avis de mettre l’enfant… à l’écart. Ce n’est que simple bon sens. Il ne nous parait pas utile de compliquer davantage la ligne de succession ».

Des années plus tard, dans un contexte bien différent, un autre personnage viendra appuyer le point de vue de Royal : la Femme Pâle. Cette dernière se prend pour le Prophète Blanc de son époque et, comme le Fou, elle a un certain talent pour utiliser les mots et déployer ses arguments. Quand on écoute la Femme Pâle, une mort de Fitz dans sa jeunesse est presque quelque chose de nécessaire, à la limite d’une prophétie qui se réaliserait. Ainsi, elle dit que « vous n’aimiez pas Royal, je le sais, et il vous le rendait bien ; il sentait au fond de lui l’improbabilité de votre existence, la rareté d’une naissance comme la vôtre dans l’entrelacs des fils du temps, et, instinctivement, il voulait vous éliminer pour permettre au monde de suivre la voie prévue ». Ce n’est pas la première fois ou la dernière fois qu’il est fait cette allusion : la naissance de Fitz a perturbé l’ordre des choses et le tuer aurait pu tout remettre en place. On pourrait parler de Catalyseur, de Fils inattendu. La Femme Pâle a son idée : « si vous étiez mort au bon moment, le trône serait revenu sans heurt à Royal, le temps aidant, il aurait bénéficié de la faveur et des lumières de son père et il aurait fait un grand monarque ». Pour la Femme Pâle, les choses sont claires : tuer Fitz aurait été une nécessité pour le bien du royaume des Six-Duchés. Bien des malheurs auraient pu être évitées, et Royal n’aurait sans doute pas fait souffrir autant les gens du Château et les proches de Fitz dans sa petite vendetta.


D’ailleurs, on retrouve un peu cette idée de mort nécessaire dans la bouche de Virilia. L’élégante et charismatique jeune femme amorce un mouvement séparatiste au sein des Six-Duchés, une envie bien vite étouffée par le pouvoir royal. Avant de perdre tout crédit, Virilia rencontre Fitz et « dit d’une voix claire à sa voisine de table qu’autrefois on noyait les bâtards à la naissance. Les anciennes coutumes d’El l’exigeaient ». Par respect des traditions donc, Fitz aurait dû être tué. Sa mort aurait contenté le dieu El et sa survie illustre bien la décadence morale des Loinvoyant.


D’autres lient la présence de Fitz à la disparition et l’exil de Chevalerie. L’interrogation est inévitable puis que c’est à cause de l’arrivée de Fitz que l’ancien prince a pris la fuite.

Burrich aurait toutes les raisons du monde de s’en prendre gratuitement à Fitz. A cause de son arrivée, il a perdu le meilleur homme (Chevalerie) et la femme qu’il a aimée (Patience) ; il n’a même pas pu les suivre. Pourtant, le maître des écuries a un avis bien plus mesuré (« ce n’est sans doute la faute de personne s’il est né. En tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’un enfant n’est pas coupable d’être bâtard. Non. Chevalerie s’est attiré tout seul sa disgrâce »). L’abdication de Chevalerie est sur toutes les lèvres : il faut dire que l’homme est particulièrement apprécié. D’une certaine façon, certaines personnes accusent Fitz (« les propos des tisseuses résonnèrent dans ma tête. Sans le petit, il serait sur les rangs pour être roi »). La non-présence de Fitz aurait pu donc empêcher la fin de Chevalerie.


Umbre met en garde Fitz. Même si il n’est qu’un enfant et même si il est reconnu par le Roi qui lui offre une éducation et une place au Château, sa vie est en danger, rien ne lui garantit de rester en vie. Il le lui répète souvent. Par exemple, il affirme que « tu es un bâtard, mon garçon. Nous sommes toujours en danger et vulnérables ; nous sommes toujours bons à sacrifier, sauf quand nous représentons une nécessité absolue pour la sécurité des autres ». Umbre tente de faire comprendre à Fitz que, tant qu’il sera utile à Subtil, ce dernier ne tolèrera pas qu’on le tue.

Subtil le lui a dit de façon très claire : rien ne le forçait à recueillir Fitz, à lui offrir une place. Il lui aurait suffi de détourner les yeux. Il aurait même pu changer d’avis et le tuer sans que cela ne soulève la moindre réaction. Le vieux roi fatigué retrouve une forme d’énergie en développant son point de vue : « je ne te donne pas congé. Si j’avais dû le faire, ç’aurait été il y a bien longtemps. Je t’aurais abandonné dans quelque village perdu ; ou j’aurais fait en sorte que tu n’atteignes jamais l’âge d’homme ». Bien entendu, entendre ça de la bouche de son roi n’est pas plaisant mais c’est un rappel à l’ordre utile qui appelle Fitz à une certaine forme de prudence… Le sera-t-il ?

La mort de Chevalerie est aussi une bonne opportunité pour en finir  pour de bon avec cette sous-branche de la famille royale. Umbre en fait la remarque à Fitz (« parce que certains voudront mettre un point final définitif à l’histoire de Chevalerie ; et le meilleur moyen d’y parvenir serait de t’éliminer »).


Prévenu, Fitz se jette dans la gueule du loup. Il fonce tête baissée suivre les cours d’Art de Galen, un homme qui le déteste, un homme qui a osé tenir tête à Subtil quelques instants. Galen déteste Fitz pour ce qu’il est : un bâtard. Il souhaite sa mort presque autant qu’il a aimé Chevalerie. Galen est un fanatique incapable de faire la part des choses. Pire, son influence représente une énorme menace pour Fitz car en tant que maître d’Art, bien peu sont ceux qui peuvent le remettre en cause. Umbre et Burrich disent même qu’ils sont quasiment impuissants tant que les cours ont lieu. Galen ne désire pas seulement la mort de Fitz, il en est même à rêver qu’il ne soit jamais né. Il n’a jamais digéré sa présence qui est pour lui une insulte à Chevalerie. Il éructe : « ton existence seule jette l’opprobre sur le nom de ton père. Par Eda, j’en suis encore à demander comment tu as pu voir le jour ! Qu’un homme comme ton père ait pu déchoir au point de coucher avec une créature et te donner naissance dépasse mon imagination ! ». Par la suite, Galen mettra ses idées en pratique et tentera de faire Fitz se suicider…

dimanche 9 juin 2024

Les meilleures citations d'Umbre (volume 1)

  • Nous fabriquons souvent nous-mêmes nos propres prions. Mais on peut aussi créer sa propre liberté.
  • Mais parfois, les seuls choix possibles sont tous mauvais, parfois, en de tristes époques comme la nôtre.
  • (à propos de Patience) Elle n'avait guère plus de substance qu'une toile d'araignée ou l'écume des vagues (...) Le simple fait de l'écouter m'épuisait.
  • Je ne suis que le fabricant d'outils. Un autre se set de ce que je crée.
  • Nous ne sommes pas les agents miséricordieux d'un roi plein de sagesse, mais des assassins politiques qui donnent la mort pour permettre à notre monarchie de se maintenir.
  • Ah, si ton père était toujours en vie, et s'ils étaient mariés, nous aurions des souverains capables de tenir le monde dans le creux de leurs mains !
  • Parfois, il est plus facile de sortir un poignard du corps d'un homme que de lui demander d'oublier les paroles qu'on vient de prononcer, même sous le coup de la colère.
  • On ne tue pas les gens parc que ça nous arrange. C'est mal ; c'est du meurtre mon garçon.
  • Tout est affaire de foi, mon garçon. Crois-tu en ton roi ? Attention, ton roi, ce doit être plus que le brave vieux Subtil ou le gentil Vérité avec son franc-parler. Ce doit être le roi, le coeur du royaume, le moyeu de la roue.

samedi 27 avril 2024

Le progrès technique, l'explosif

Le monde a changé. La magie est revenue en force lorsque Vérité est parvenue à créer son Ancien et réveillé les dragons d’Art et de pierre. Parallèlement, dans les Rivages Maudits, un réel dragon est revenu à la vie. De plus, l’Art a montré son utilité en permettant de défaire les Pirates Rouges et les gens doués du Vif continuent de tenter de vivre paisiblement leur vie. Tout cela dresse un portrait assez flatteur de la magie. Toutefois, ce n’est pas le seul changement en cours. Dans les Six-Duchés, un vieil homme continue de faire des expériences : Umbre. L’assassin royal décide de changer d’échelle et de perfectionner sa maîtrise des explosifs. 


Lorsqu’il finit par revoir Fitz au début du tome Le Prophète Blanc, il aborde tout de suite la chose (« tu te rappelles de ma passion pour les feux et les fumées artificiels, et tout ce genre de choses ? »). Avec enthousiasme, il en fait une démonstration à Fitz, mais la chose ne se passe pas comme prévue : « je vis une lumière éblouissante, et explosion semblable à un coup de tonnerre m’assourdit. Des braises et des étincelles me brulèrent, et leu feu poussa un rugissement d’animal en rage ». Cela montre que Umbre a encore du travail avant de maîtriser cet art. Cela montre aussi que c’est un domaine particulièrement dangereux et qui dépasse, en potentiel de destruction, tout ce qu’on a vu jusqu’à présent (hormis les dragons). Fitz, lui, est inquiet : la déflagration l’a surpris et l’a convaincu que ce n’était pas le genre de technique qu’il aimerait connaître.


Malgré tout, Umbre parvient à impressionner Fitz. En retournant à Castelcerf, Fitz entre dans les ateliers d’Umbre. L’endroit opère tout de suite un charme sur lui. En mettant les pieds dans cette pièce, il est comme attiré par ce qu’il voit et ce qu’Umbre entreprend ; le vieil assassin a toujours eu cet effet sur lui. Ses pensées sont assez claires car on lit que « je restais sensible à l’envoutement des petits récipients, soigneusement étiquetés de son écriture ferme, des casseroles noircies et des mortiers maculés ». Cette petite description signale également que Umbre n’a pas abandonné ses projets.

Il faut dire que Umbre est stimulé par l’énorme défi qui se présente à lui. En effet, Elliania a provoqué Devoir : pour l’épouser, il devra tuer un dragon prisonnier des glaces. Or, afin d’y arriver, il faut déjà le retirer de cette glace.  Umbre pense utiliser ses explosifs : « s’il s’agit d’évacuer rapidement des masses de glace et de neige, je crois avoir inventé une technique plus efficace ». Fitz se rend compte qu’Umbre a continué ses exercices et ses essais. Les tentatives sont passés à une autre dimension : ils ne se font plus uniquement dans des cheminées mais aussi à ciel ouvert. Le terrain de jeu d’Umbre devient la plage qui borde Castelcerf et la nuit (« on n’avait vu aucun éclair dans le ciel, ce qui n’avait rien d’anormal par un temps pareil mais personne ne pouvait nier avoir entendu l’explosion, qui avait déplacé un volume considérable de pierre et de sable »).

Pourtant, tout n’est pas rose. Un Umbre trop enthousiaste fait les frais d’une explosion et est gravement atteint au niveau du visage(« je travaillais toujours sur le même mélange, celui que je t’ai montré chez toi, dans ta chaumière, mais cette fois l’expérience a trop bien réussi. Tout a sauté ! »). L’explosion lui laisse des marques et des traces qu’il ne peut camoufler que grâce aux talents du Fou.

Cela ne fait que refroidir Fitz ; le bâtard royal ne veut rien savoir des explosifs et des essais (« je me doutais aussi Umbre continuait ses expériences sur sa poudre explosive, mais moins j’en savais sur ce sujet, mieux je me portais »).


Certains proches d’Umbre ont une crainte : qu’il utilise son mélange de poudre pour tuer Glasfeu à Aslevjal. Umbre n’a pas laissé de place au doute : il considère le dragon comme une menace, non seulement pour les Six-Duchés, mais aussi pour l’humanité dans son ensemble. Quand le Fou a parlé des dragons en disant qu’ils étaient des créatures indépendantes et puissantes, cela a effrayé Umbre et l’a convaincu que rien de bon ne pouvait sortir de cela.

Heureusement, la magie des dragons fait effet. La puissance de la volonté de Tintaglia effleure l’esprit d’Umbre et suffit à le faire changer d’opinion. Il est même un des plus pressés, un des plus intrépides pour libérer Glasfeu. Il met tout de suite un plan en place. Il affirme que « la poudre fera l’affaire, elle délaiera la glace ». Il précise sa pensée en disant que « je ne veux pas le tuer, nigaud ! Je veux le libérer à l’aide de ma poudre explosive ».

Dès lors, Umbre réalise une véritable prouesse. Il dispose soigneusement ses explosifs, les déclenche. Glasfeu est libéré dans une magnifique explosion de glace que même le malvoyant Burrich perçoit et ressent. Toujours aussi direct, l’ancien maître des écuries de Castelcerf est choqué : « je m’attendais à des flammes, des étincelles et de la fumée, non à ça. Qu’a-t-il donc fait, cet insensé ? »


Umbre a donc complété son projet. Lui qui maîtrisait déjà les plantes et les poisons, qui avait une appétence pour la magie de l’eau, maîtrise dorénavant les explosifs. Et comme souvent, il désire transmettre son savoir à un homme en qui il a confiance : Fitz. Il n’est pas peu dire que Fitz est peu enthousiaste ; il n’en a simplement aucune envie.  Alors qu’il reste en arrière à Aslevjal pour retrouver le Fou, Fitz est atterré de voir que Umbre lui a « laissé un tonnelet de poudre explosive ». Sa réaction ne laisse aucune place en doute, il n’a aucune intention de l’utiliser (« comme s’il imaginait que j’allais y toucher »).




jeudi 21 décembre 2023

Umbre a dit

Nous nous fabriquons souvent nous-mêmes nos propres prisons. Mais on peut aussi créer sa propre liberté.

vendredi 13 octobre 2023

Peut-on pardonner Romarin ?

Romarin a trahi Kettricken de la pire des façons en gagnant sa confiance puis en rapportant ses moindres faits et gestes à l’ambitieux Royal. Royal a mis en place un superbe plan : il a approuvé l’exil volontaire de Vérité et sa folle quête des Anciens ; il harcèle Fitz et le fait tourner en rond à Castelcerf ; il dénigre publiquement Kettricken avec des formules drôles et méchantes ; il affaiblit Subtil en permettant à ses artiseurs d’aspirer son énergie ; il espionne Kettricken en s’emparant de Romarin.


Car c’est la jeune femme qui a trahi les plans d’évasion de la montagnarde, c’est même possiblement elle qui a graissé l’escalier ayant contribué à sa chute. Royal se vante auprès de Fitz qu’il connaissait tous ses plans. Il nargue Fitz en disant qu’il l’a sous-estimé. Fitz réalise qu’il n’a pas seulement agi ainsi avec Royal mais aussi avec Romarin. Il l’a considérée comme une petite chose anodine, quelqu’un de peu important. Il aurait dû s’en méfier : le Fou l’avait averti que les gens impuissants avaient le plus de pouvoir et lui-même n’était qu’un gosse quand sa formation a commencé. Fitz se rend alors compte de sa naïveté, de sa nonchalance intellectuelle : « si intelligente qu’on pouvait lui demander n’importe quel service, si jeune qu’on oubliait sa présence… Pourtant, j’aurais dû m’en douter : je n’étais pas plus vieux qu’elle quand Umbre avait commencé à m’enseigner sa profession ».

Romarin était une servante efficace, toujours là pour servir Kettricken. Quand Fitz rencontre Kettricken, Romarin est systématiquement et rares sont les moments où on lui demande de partir. Elle n’était pas assez dangereuse, on ne l’a pas regardée (« j’ai été stupide. C’est ma faute. La petite servante de la reine, Romarin, toujours dans ses jambes »).


Malheureusement, avec la chute de Royal, les choses prennent une mauvaise tournure pour Royal. Ceux qui comptent (Kettricken, Umbre) savent que c’est une traîtresse : ils lui tournent le dos. Romarin est une étrangère dans le château de Castelcerf, cet endroit où elle a grandi. Elle n’est pas seulement ignorée, elle est ostracisée. En se détournant d’elle, Kettricken envoie un message clair (« Romarin se trouvait donc à Castelcerf, orpheline à huit ans, et elle n’était pas dans les bonnes grâces de la reine. Inutile, je crois, que je vous décrive qu’elle était sa vie à la cour »). Kettricken n’a donc même pas eu à punir Romarin, il lui a suffi de s’en désintéresser. Mais, Kettricken ne peut pas garder rancune. Son éducation et son caractère le lui interdisent ; elle n’oublie pas non plus que, malgré tout, Romarin a été proche d’elle. Elle se convainc même que ce n’était qu’une enfant, qu’elle n’était pas totalement responsable de ses actes. Elle se justifie auprès de Fitz en disant que « il y avait chez moi une enfant rejetée, une petite fille à qui j’en voulais d’être devenue ce qu’on l’avait faite. Je la négligeais ».


Fitz, lui, n’a pas forcément digéré le fait que Romarin soit encore en vie. Sa formation d’assassin et sa volonté de punition le font se questionner : pourquoi Umbre ne l’a pas tuée ? Quelle est son utilité ? Il finit par comprendre que le pouvoir royal a et aura toujours besoin d’un assassin, de quelqu’un qui fait les sales besognes. Romarin, grâce à son parcours, peut être une bonne candidate : « bien qu’incomplète, c’était un assassin que Royal avait dressé à vous haïr. Il n’était pas possible de la laisser vagabonder sans surveillance » et « dame Romarin était le nouvel apprenti d’Umbre ! Mais pourquoi pas, après tout ? Royal lui avait enseigné les rudiments du métier d’assassin quand elle était enfant ; pourquoi refuser un espion déjà formé ? ».

D’ailleurs, Fitz se sert d’une idée de Subtil pour résumer la situation : « l’arme qu’on jette aujourd’hui peur servir demain contre son roi ». Il aurait été trop dangereux de laisser Romarin vagabonder en ces temps troubles. Elle aurait été une proie facile pour les Pie qui se seraient régalés de ses secrets. 

En tout cas, il semble que la formation de Romarin se passe bien et qu’elle sache une nouvelle fois utiliser ses atouts. Finie la discrétion et le sens du service, elle met en avant son physique : « j’aperçus dame Romarin en grande conversation avec deux kaempras outrîliens ; avec son charmant sourire et son ample poitrine, elle devait faire bonne récolte d’information ».


Dans la trilogie du Fou et de l’assassin, on se rend compte que Fitz respecte Romarin en tant qu’assassin mais pas en tant que personne. Il n’a toujours pas digéré sa trahison.


Lorsque le roi Devoir décide que des soldats incompétents méritent une punition, il envoie Romarin régler le problème. Fitz est présent et ne fait aucun commentaire (« c’était la mission de Romarin, et l’ordre venait du roi lui-même ; la courtoisie professionnelle m’interdisait d’intervenir ou de juger ses décisions »).


Pour ne rien arranger, Romarin prête la main à un plan tordu d’Umbre : les deux décident d’envoyer un apprenti assassin à Flétribois alors qu’Abeille vient de naître. Mais, Fitz intercepte Lant et l’humilie. Puis, il décide de se venger en pénétrant le repaire secret des assassins au château de Castelcerf. C’est une humiliation pour Umbre et Romarin. Lant est choqué de trouver Fitz là ; Fitz joue avec ses nerfs (« nous nous connaissons depuis longtemps. Ce n’était qu’une fillette la première fois que je l’ai connue »). En disant cela à Lant, Fitz veut prendre un ascendant sur Romarin, il veut instiller le doute dans l’esprit de celui que Romarin forme. Il va même plus loin en montrant les crocs quand Romarin prononce à haute voix son vrai nom (FitzChevalerie Loinvoyant). Ses mots sont menaçants : «  ne vous a-t-on jamais prévenu de ce qu’on risque d’évoquer quand on souhaite la bienvenue à un fantôme et qu’on l’appelle par son nom ? ».

Lant assiste donc à cette scène et cela le marquera longtemps. Bien plus tard, il parlera de Fitz avec Persévérance. Il dit à son compagnon de voyage que « Romarin me l’avait dit, et elle avait ajouté qu’il était beaucoup plus dangereux que je ne pouvais l’imaginer, qu’il avait le Vif et que des rumeurs couraient depuis toujours qu’il avait certains… appétits ». Romarin fait référence à la prétendue homosexualité de Fitz. Romarin a donc exposé les secrets de Fitz ; voulait-elle éviter que Lant change d’allégeance ? 

Car, il serait mal vu de croire que Romarin ne participe pas à une lutte d’influence. Après tout, la femme fréquente Umbre et ne peut que se rendre compte que le vieil homme fait tout pour garder de pouvoir. Elle sait que tant qu’Umbre sera en vie, elle ne sera jamais la réelle maître assassin. C’est ce que pense Umbre également : « je ne veux pas que Romarin me regarde comme une menace pour son ascension au pouvoir (…) qu’elle s’empare de tout (…) elle ne trouvera pas les plus essentiels. Personne ne les trouvera ».

dimanche 30 juillet 2023

Umbre et les femmes

Ce qui marque chez Umbre, au-delà de sa vie nocturne et son métier d’assassin, est la facilité avec laquelle il change de costume. Il peut passer de maître assassin reculs au personnage de Dame Thym ou de conseiller royal officieux. Lorsque Royal prend le pouvoir, Umbre perd toutes ses ressources au château de Castelcerf et endosse une nouvelle fois un nouveau rôle. Il parcourt les Six-Duchés pour rencontrer des gens influents (comme Patience) ou se rend dans les Montagnes pour aider Kettricken. Il tente également de mobiliser, en coulisses, des individus avec des moyens contre les Pirates Rouges et le le règne de Royal. Pour cela il doit déployer son charme, une qualité qu’on ne pensait pas qu’il aurait.


L’histoire est vue à travers les yeux de Fitz. Ce dernier a toujours eu une vision biaisée d’Umbre, le voyant avant tout comme un mentor qui faisait passer les intérêts du royaume avant tout. Sa vision d’Umbre n’est pas nécessairement négative, il ne voit pas en tout cas en lui un homme de la cour qui cherche à courtiser et prendre du bon temps.

Mais, Umbre se révèle un homme aimable et sourieur alors que les Six-Duchés s’effondrent. A sa façon, il tente d’apporter un soutien moral à des femmes qui tiennent le pays à bout de bras ou qui peuvent le sortir de sa chute. Ainsi, il encourage Patience, lui offre quelques moments de réconfort en lui rendant visite. On en a un exemple avec Fitz qui voit une de leurs rencontres grâce à l’Art : « je vis Umbre qui prenait le thé avec Patience et Brodette, vêtue d’une robe de soie rouge piquetée d’étoiles, à la coupe très démodée, il adressait des sourires gracieux aux deux femmes et faisaient naître le rire même dans les mêmes yeux de Patience ». Il a la même attitude et les mêmes résultats avec Kettricken (« il parvient même à faire sourire Kettricken. On a peine à croire qu’il a vécu tant d’années isolé : il attire les gens comme une fleur les abeilles, il a une façon des plus charmantes de faire sentir à une femme qu’il l’admire »). Ce témoignage d’Astérie n’est pas anodin. Offrir quelques instants de répit à Kettricken est un réel exploit, elle qui vient de perdre un enfant et qui est sans nouvelles de son mari. Astérie nous apprend également qu’Umbre plait aux femmes, qu’il aune sorte d’aura bienvenue.

D’ailleurs, on en a la preuve lorsque, une nouvelle fois, Fitz joue bien involontairement les voyeurs. Il aperçoit une rencontre et une voleuse de chevaux qui se joint à la cause, non par patriotisme ou par appât du gain, mais grace à Umbre (« peut-être m’as tu gagnée à ta cause »).


Umbre n’a pas toujours été l’homme qu’il est au début de l’assassin royal. Si les choses avaient tournée différemment, il aurait pu mener une vie publique. Un accident a changé sa vie : « j’étais beau autrefois, beau et vain. Presque autant que Royal. Quand je me suis défiguré, j’ai eu de mourir ; pendant des mois, je suis resté cloîtré dans mes appartements ». En lisant entre les lignes, on peut supposer qu’il a bien profité de sa jeunesse. C’est cette attitude qu’il reprend lorsque la guerre contre les Pirates Rouges se termine. Kettricken, la nouvelle reine, impulse une nouvelle façon de gouverner ; Umbre n’est plus un espion, une créature de la nuit mais un proche qui profite de la vie. On lit qu’ « Umbre ne vit plus en cachette : c’est l’honoré conseiller de la reine. D’après Astérie, c’est un vieillard qui soigne trop sa toilette et recherche à l’excès la compagnie des jeunes dames ». Il est clair qu’Umbre ne cherche plus à soutenir les femmes, il est plus dans une logique de séduction et de conquête, un peu comme si il voulait rattraper tout le temps perdu seul.


La comparaison avec Fitz est troublante. Fitz a décidé de se couper du monde et de ne plus voir personne de son ancienne vie (à part Astérie). Beaucoup sont ceux qui le croient mort. Umbre, lui, est sorti de l’ombre. C’est ce qu’il dit à Fitz quand il décide de venir chercher son aide au début du roman le Prophète blanc. La vie lui offre plein d’opportunités qu’il a décidé de saisir : « il avoua qu’il appréciait son retour à la cour et à la société (…) il avait apparemment repris l’existence de jeune homme qui aimait tant à danser et à participer à la des soupers privés en compagnie de dames à l’esprit vif ». Il semble même que son charme lui joue des tours et qu’il soit débordé par les initiatives des femmes. Astérie souligne qu’Umbre a été « aux prises avec une jeune admiratrice de seize étés qui le suppliait de danser avec elle ».


La dernière partie de la saga, constituée des livres du Fou et de l’assassin, nous offrent un nouvel aperçu d’Umbre. Il a continué à fréquenter assidument les femmes et est même devenu père.


Il ne s’est pas contenté de satisfaire ses besoins sexuels en allant voir des prostituées. Fitz apprend de Cendre, une jeune personne qui s’occupe du Fou blessé, qu’Umbre se rendait fréquemment dans les bordels (« Sire Umbre n’a jamais été client de ma mère, donc ne craignez pas que ce soit mon père »). Umbre a cherché à construire plus, il a voulu plus que de simples relations sexuelles. Il se justifie face à un Fitz dubitatif. Umbre se sent jugé et il le prend mal : « qu’y a-t-il de si étonnant que j’aie eu des maîtresses, que des enfants soient nés ? J’ai vécu des années dans une solitude quasi complète, comme un rat derrière les murs du château de Castelcerf. Quand j’ai pu enfin en sortir, manger enfin un repas raffiné, pourquoi m’en serais-je abstenu ». Pour Umbre, c’est une revanche contre le temps; il veut avoir tout ce qu’il n’a pas eu. Il a exactement la même approche avec l’Art ou quand son corps commence à subir les épreuves du temps.


A la grande surprise de Fitz, Umbre a donc eu deux enfants : Evite (Pépite) et Lant (Vigilant). Très peu de gens savent qui ils sont réellement et seul Umbre sait qu’ils sont frère et soeur.

Quand il les confie à Fitz, Umbre tente d’en dire le moins possible. Ce n’est pas qu’il a honte d’être leur père, c’est qu’il est trop enfoncé dans sa culture du secret.

Pour Fitz, c’est un sujet de questionnement, presque de ragots. Il interroge Umbre (« Evite sait-elle qui est son père ? Elle n’a pas mentionné son nom ni celui de sa mère. Pourquoi avez-vous caché son existence à tout le monde ? Mais est-ce le cas ? Kettricken a-t-elle ajouté son nom à la généalogie des Loinvoyant non reconnus »). Umbre apporte des réponses qui confirment qu’il a cherché à profiter de la vie, des moments qui s’offraient à lui. Il s’est comporté en jeune homme de vingt ans alors qu’il avait déjà au moins trois fois cet âge : « une fête, une jolie femme charmeuse, du vin, des chansons et du gâteau à la graine de carris (…) Fitz, j’ai été le jeune homme que j’aurais pu être, et nous nous sommes retrouvés dans une chambre d’auberge à bas prix ».

En ce qui concerne Lant, la situation est un peu différente. Il ne s’agit pas d’une simple aventure d’un soir. Il a été réellement amoureux de Laurier et il aurait voulu construire quelque chose avec elle. Mais, Laurier, une ancienne femme de confiance de Kettricken, a refusé. Quand Umbre dit que « elle avait appris à trop bien me connaître, et, me connaissant, ne pouvait m’aimer. Elle a décidé de quitter la cour pour accoucher discrètement, loin de la vue de tous », on sent de la peine et des regrets dans ses propos. Si Laurier a agi ainsi, c’est sans doute qu’elle a vu son comportement à la cour de Kettricken, la façon dont il séduisait les femmes et montrait bien peu de sérieux avec elles. Malheureusement, Laurier n’a pas survécu à la naissance de Lant, au grand désespoir d’Umbre (« j’espérais encore de la persuader d’essayer de partager ma vie. Mais, le temps que j’arrive, elle était morte »).