Pour le lecteur, qui est Umbre ? Il est ce vieil homme retiré du monde et qui sert le royaume. Il est celui qui forme Fitz aux arts de l’espionnage et de l’assassinat. Il est presque perçu comme un père de substitution pour Fitz. Pour d’autres, il est un des rares Loinvoyant fiable.
Lorsque Fitz décide de se retirer du monde après avoir participé à la libération des Six-Duchés, il ne voit pas ses camarades pendant des années. Les premiers chapitres du tome 7, le Prophète Blanc, sont une succession de visites à domicile, d’un homme isolé qui voit ses vieux amis lui rendre visite pour bavarder, refaire le monde et donner des nouvelles. Umbre fait partie de ces gens qui viennent.
C’est Umbre qui fait le premier pas. C’est lui qui parcourt la longue distance qui sépare la petite maison de Fitz de Castelcerf. Cela veut donc dire qu’il s’est renseigné pour savoir où habitait Fitz, où il s’était caché. On peut aussi penser que Fitz aurait pu facilement se rendre à Castelcerf s’il l’avait réellement voulu ; il ne l’a pas fait. Apparemment, Umbre ne lui en pas tenu rancoeur. Sa première réaction en voyant son ancien apprenti est sincère, réelle, intense (« il écarta les bras dans l’intention de me serrer contre lui »).
Bien entendu, la visite d’Umbre est motivée, il a besoin d’aide pour former le prince Devoir à l’Art. Umbre a trop de l’Homme d’Etat pour négliger une ressource comme Fitz. Ce dernier est le seul artiseur connu encore en vie à son époque. Toutefois, au fil de la conversation, Umbre en apprend beaucoup sur son vieil ami et le cerne. Il réalise que Fitz a de la souffrance, de la peine en lui, contrairement à ce qu’il pensait (« je regrette d’apprendre que tu en souffres encore (…) J’avais supposé que la soif de l’Art s’apparentait à la dépendance à l’alcool ou à la Fumée, et qu’après une période d’abstinence forcée, le besoin irait s’amenuisant »). La sincérité est bien présente. C’est sans doute pour ça qu’il ne juge pas Fitz lorsqu’il remarque toutes les drogues cultivées, la « la prépondérance parmi elles de sédatifs et d’insensibilisants ».
Umbre étant Umbre, il continue de voir Fitz comme son jeune apprenti malgré les années passées. Le maître n’est pas avare de compliments devant les prouesses de Fitz : « je t’ai apporté des encres de Castelcerf, mais je me demande maintenant si les tiennes ne sont pas de meilleure qualité ». Il y a de la fierté dans la voix du vieil assassin.
Est ce que Fitz fait confiance à Umbre ? La question se pose. En tant que lecteur, rares sont les individus qui rentrent dans cette catégorie : Vérité sans doute (mais il est mort), Kettricken possiblement et le loup Oeil-de-Nuit. Umbre, lui, a un avis clair et certain. Fitz ne fait confiance à personne. Il a développé son avis en disant à Astérie que « tu étais incapable de te fier entièrement à quelqu’un, que ton âme serait toujours déchirée entre la envie et la crainte de faire confiance ».
Umbre a eu le temps d’observer Fitz. Caché dans les murs, l’araignée regardait le jeune homme. Il l’observait tenter de trouver, gamin, une place à la cour alors qu’il avait passé ses premières années loin de tout. Pour Umbre, Fitz n’a jamais dépassé cette séparation, cette déchirure. Il pense que le traumatisme a été trop fort et a durablement marqué le bâtard (« j’ai mal de voir que tu es resté… tel que tu as toujours été depuis… oh, zut ! Depuis qu’on t’a arraché à ta mère ! Toujours sur tes gardes, méfiant, isolé »). C’est possible ; après tout, Fitz n’a jamais cherché à revoir sa mère, il n’a jamais réellement cherché à en savoir plus ni même à fouiller dans ses souvenirs pour se rappeler d’elle. Quand Caudron, dans la carrière, lui a parlé d’elle, il a même adopté une stratégie de fuite.
Umbre blâme Fitz de son comportement, de son attitude. Il admet aussi que Fitz n’est pas le seul responsable de cet état. Il est le produit des années, des épreuves traversées, des gens rencontrés (« je ne veux pas te demander ce que tu ne peux pas te donner. Tu es ce que la vie a fait de tout —et ce que, moi-même, j’ai fait de toi, Eda me pardonne »). Les paroles sonnent comme des excuses. Umbre a toujours dit qu’il était prêt à sacrifier Fitz pour le bien du royaume, cela ne veut pas dire qu’il ne l’aime pas ou qu’il le fait avec entrain.
Fitz se rend compte à Castelcerf pour retrouver Devoir. En faisant le point avec Umbre, il se rend compte qu’Umbre s’auto-forme à l’Art. Fitz dit et insiste que la méthode est dangereuse, qu’Umbre joue avec des forces qui le dépassant. Dans un premier temps, Umbre le prend mal, il est blessé dans son égo. Puis, il réalise qu’il y a plus en jeu que sa personne et se ressaisit.
A vrai dire, on peut dire que les deux jouent à se faire mal sans le faire exprès. Les deux ont à coeur le bien de l’autre mais sont incapables de le dire clairement. Par exemple, quand Fitz tente de freiner les envies d’Art d’Umbre, c’est parce qu’il sait que cette magie est dangereuse et qu’elle en lui demandera toujours plus.
Umbre, lui, veut pousser Fitz à utiliser sa magie pour retrouver Devoir. Or, Fitz fait tout pour ne pas artiser. Ses derrières expériences ont été marquantes : il a fini à chaque fois très faible.
Ce n’est pas qu’Umbre se moque des peurs de Fitz, c’est qu’il sait qu’il sera là pour l’aider si besoin (« je suis là, mon garçon, et je m’occuperai de toi »). Là encore, on ressent l’amour ressenti par Umbre pour Fitz. Comme un père pour son fils…
Umbre fait passer l’Etat avant tout. En cela, il n’a pas changé durant toutes ces années. La volonté de préserver les Six-Duchés est sa boussole. Il peut paraitre froid à cause de cela, il s’en fiche. Fitz veut se droguer après une migraine d’Art ; Umbre l’interdit. Pourquoi ? Simplement parce que « le Trône a besoin du talent que toi seul possèdes. Je ne permettrai pas que ton Art soit diminué en quoi que ce soit ».
Clairement, Umbre est attentionné. S’il ne le dit pas forcément bien souvent, ses actes parlent pour lui. Ainsi, il a empêché que l’ancienne chambre de Fitz soit occupé (« c’est vous qui empêchez qu’on la donne à quelqu’un d’autre ») en faisant croire qu’elle est hantée. Il y a là une forme de respect, comme la volonté de figer dans le temps un souvenir.
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