Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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vendredi 2 décembre 2022

[George R.R. Martin] Azor Ahai

Les prophéties peuvent être interprétées de différentes façons et rien ne dit qu'elles vont réellement se réaliser. Elles peuvent être tronquées ou complètes. Elles peuvent se répéter ou se baser sur des événements passés. La prophétie liée à Azor Ahai est importante car elle motive quelques uns des personnages impliqués dans des pans importants de l'histoire en cours.

Mélisandre est celle qui nous en apprend le plus sur Azor Ahai. Elle nous dit comment on pourra la reconnaître (grâce à son épée) et quelles sont ses objectifs (dissiper les ténèbres). La voix de Mélisandre est convaincue quand elle dit que « cette épée qui, nommée Illumination, sera l'épée rouge des héros, c'est Azor Ahai ressuscité qui la brandira, dissipant devant lui les ténèbres affolées ». A Jon Snow, elle en dit encore un peu plus (« Azor Ahai renaîtra dans la fumée et le sel pour réveiller des dragons de pierre »). Il n'est donc pas étonnant de voir les protagonistes rechercher des gens qui correspondent à ces critères. Et comme pour toute bonne prophétie, il y a un aspect tragique non négligeable. Cette épée, ce puissant artefact, a un passé sanglant. Si elle peut répandre la lumière, c'est parce qu'elle a déjà eu une bonne part d'ombre. Davos rapporte une légende « selon laquelle Azor Ahai avait trempé l'acier d'Illumination en plongeant dans le sein de son épouse bien-aimée ».

Dans un premier temps, Mélisandre est convaincue que Stannis Baratheon est Azor Ahai. Tout l'indique, tout le confirme ; et c'est pour ça qu'elle crée tout autour de lui une aura mystique. Elle rejoint les envies de Stannis qui est convaincu qu'il doit devenir une figure majeure de Westeros. Être une figure de légende ne peut que le conforter. Mélisandre prêche ses convictions : « quand saignera l'étoile rouge et que les ténèbres se regrouperont, Azor Ahai renaîtra parmi le sel et la fumée pour réveiller les dragons de pierre (…) Stannis Baratheon est Azor Ahai ressuscité ». On voit là une limite au fait que Stannis puisse être Azor Ahai. Qui seraient ses dragons ? On peut alors penser à d'autres candidats, et Mélisandre le pense également. Ou plutôt cette pensée lui est imposée par son dieu, R'hllor. Les idées de Mélisandre sont troublées : « je prie pour entrevoir Azor Ahai et R'hllor ne me montre que Snow ».

Le presque mestre Haldon assiste à un discours du prêtre rouge Benerro et rapporte ses propos : « sa venue accomplit une ancienne prophétie. De la fumée et du sel, elle est née, pour refaire le monde. Elle est Azor Ahai revenu... et son triomphe sur les ténèbres amènera un été qui n'aura jamais de fin ». Là encore, on note une allusion aux ténèbres, à un long et pénible hiver qui vient, d'où la nécessité d'un héros légendaire pour guider les gens. Azor Ahai est donc le prince qui fut promis. Mestre Aemon de la Garde de Nuit en est persuadé. Lui, du sang des Targaryen, pensait que la prophétie désignait Rhaegar ou son fils Aegon, deux hommes. Mais en apprenant que Daenerys a fait renaître les dragons, tout a basculé. Il est convaincu que la prophétie a été mal comprise, qu'elle peut très bien désigner une femme : « le langage nous a tous induits en erreur pendant un millier d’années. Daenerys est l’élue véritable, elle qui est née parmi le sel et la fumée. Les dragons le prouvent ». Cet exemple montre bien à quel point les prophéties et leurs indications doivent être vues comme peu fiables. Elles sont interprétées par ceux qui les rapportent et laissent place à bon nombre de possibilités.

samedi 29 octobre 2022

[George R.R. Martin] Stannis en veut à Robert

Stannis Baratheon est un homme froid, il est un également un homme aigri envers son frère Robert et jaloux de l'amitié entre Robert et Ned Stark. Il se sent exclu de cette relation, privé d'un amour fraternel. Il ne fait pas que se comparer à ces deux-là ; il se déprécie et cela ajoute à sa rancœur. D'une certaine façon, il est prisonnier d'une amertume qui le ronge : « si Robert pissait dans une coupe, on s'exclamait : du vin ! Moi, j'offre de l'eau pure et fraîche, on louche dessus d'un air soupçonneux et on s'interpelle : drôle de goût, non ? »

Ned Stark était le meilleur compagnon d'armes de Robert, leur amitié plus que solide et réelle. Ils avaient un lien que Robert n'offrait à aucun de ses frères : ni Stannis et ni Renly. Cela a nourri la rancœur de Stannis au fil des ans (« Son frère était moi, pas Ned Stark, mais qui l'eût cru, vu la manière dont il me traitait »). Stannis n'avait donc pas la reconnaissance fraternelle, il n'a pas eu non plus la reconnaissance du travail accompli. Stannis attendait que son frère l'honore, le remercie de tout ce qu'il a pu faire pour la bonne marche du Royaume. Il a été déçu ; Robert a choisi une autre Main du Roi : « j'ai siégé à son Conseil quinze ans durant, aidé Jon Arryn à gouverner le royaume pendant que Robert courrait la pute et se soûlait, mon frère me nomma-t-il sa Main ? Nenni. »

Les sentiments de Stannis envers son frère sont bien connus et d'ailleurs il ne s'en cache pas. Quand vient le moment de pointer du doigt l'inceste des Lannister, Stannis fait écrire une lettre dans laquelle on parle de son frère en termes élogieux. Il refuse que cela reste comme ça, ce n'est pas la vérité et il ne cherche pas à la même travestir. Il s'offusque : « je ne vois pas davantage de raisons d'appeler Robert mon bien-aimé frère. Il ne m'aimait pas plus que de raisons, et je le lui rendais ».

Clegane fait remarquer à Sansa Stark que Stannis n'est pas du même bois que Robert. Robert était plus hardi, moins prudent. D'après Clegane, Stannis n'est pas « non plus l'homme qu'était son frère. Jamais Robert ne se serait laissé arrêter par cet obstacle aussi minable qu'une rivière ».

La question est de savoir pourquoi Stannis en veut autant à Robert ? Est-ce que c'est parce qu'il sait son frère meilleur combattant et stratège que lui ? Les racines semblent plus profondes et basées sur des choses concrètes. Stannis en veut à son frère de ne pas l'avoir nommé Main, il lui en veut aussi de ne pas l'avoir récompensé après la rébellion. D'autres ont eu des récompenses qui devaient lui revenir. Cersei explique bien cela à Tyrion : « Stannis a toujours considéré la perte d'Accalmie comme une spoliation (…) le siège ancestral de la maison Baratheon (…) Lorsque Robert donna la place à Renly, Stannis crispa sa ganache à s'en faire péter les dents ». Pire, Robert, cet homme bon vivant, a déçu Stannis le prude. Il a couché avec une autre femme le jour même du mariage de Stannis (« le bâtard de Robert. Celui qu'il engendra à la nuit de mes noces, dans le lit même que l'on avait apprêté pour ma femme et pour moi »). L'affront est total pour un homme comme Stannis, un homme si sec et borné. Il ne peut passer outre, il n'y arrive pas et il n'essaie même pas.