Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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samedi 4 avril 2026

Petit billet # 3 : Au revoir

Le Fou a dit : « Ne le laisse pas se fermer à toi. Tu devrais savoir, depuis le temps, combien il est facile de perdre quelqu’un simplement en ne le retenant pas ».


Est-ce vrai ?


Il a perdu Molly en ne lui disant pas la vérité. Il ne lui a pas dit qu’il était de sang royal, le fils d’un prince. Il ne lui a pas dit ce qu’il faisait réellement au château. Quand il l’a fait, il ne l’a même pas fait volontairement. Il l’a fait (deux fois)  en étant au pied du mur : quand Molly est venue chercher de l’aide après avoir perdu sa boutique et quand Molly a dit qu’elle devait  partir (car elle était enceinte). Pourtant, Molly n’a eu de cesse de lui répéter que leur amour était impossible.


Burrich, aussi, est parti. Son départ a été sale. Fitz s’est mis en colère et a prononcé des paroles extrêmement méchantes, déplaisantes. Il a détruit tout ce que Burrich avait construit, tout rabaissé. En gros, il lui a hurlé dessus que Burrich avait gâché deux vies : celle de Burrich et celle de Fitz. Pourtant, Burrich voulait juste aider, et il est parti…


Enfin, il y a la magnifique Astérie qui ne demandait qu’à passer du temps avec lui, qu’à être estimée et pouvoir vivre publiquement sa passion. Fitz lui a refusé tout cela. Et elle aussi est partie.

mardi 20 mai 2025

Burrich admire Chevalerie

Dans la saga de l’assassin royal, une bonne place est faite aux liens forts, aux relations marquantes : Fitz et le Fou, Fitz et Oeil-de-Nuit, Hiémain et Etta, Kanaï et Gringalette par exemple.  Celle entre Chevalerie et Burrich peut aussi s’ajouter à cette liste. Maître des écuries de Castelcerf, Burrich a connu Chevalerie des années avant d’occuper ce poste. Mais, c’est le prince Loinvoyant qui lui offrira cette opportunité et qui lui a permis de trouver son chemin. On comprend que, sans l’aide Chevalerie, Burrich aurait été un vaurien, qu’il aurait succombé à l’affliction du Vif. Ayant une bien piètre opinion de cette magie, Burrich se convainc qu’elle aurait fait de lui un moins-que-rien, un individu ne pensant qu’à se battre et courir les femmes, vivant au jour le jour, sans aucun objectif dans la vie. Il dit clairement à Fitz que sa rencontre avec Chevalerie a tout changé. Chevalerie a fait de lui un autre homme puisque « il ne m’a pas seulement appris à travailler : il m’a donné des habitudes de propreté et d’honneur (…) il m’a montré que c’étaient des valeurs d’homme et pas seulement des manière de bonne femme ; il m’a appris à être un homme et non une bête déguisée en homme ».

Burrich a alors fidèlement servi Chevalerie. Il n’était pas son frère et il n’avait donc pas ce lien que Vérité pouvait avoir avec Chevalerie, mais il était sans conteste une des personnes les plus proches de lui. En le côtoyant au jour le jour, Burrich a pu se forger une opinion sur Chevalerie, une opinion presque idéalisée. On saisit vite que Chevalerie est un modèle pour Burrich, une référence (« c’est ainsi que Chevalerie gouvernait : par l’exemple et la grâce de ses paroles. Et c’est ainsi que doit faire un vrai prince »). Dès lors, il est possible de comprendre pourquoi Burrich respectait Vérité et dédaignait Royal.


D’ailleurs, même après la mort de Chevalerie, il reste une référence pour Burrich. C’est presque comme si il comparait toutes les personnes à son ancien prince. Il le fait même avec Fitz qui est à deux doigts de baisser les bras quand Galen le martyrise. Burrich est déçu de voir Fitz se comporter ainsi. Ce n’est pas digne du fils de Chevalerie, ce n’est pas digne d’un individu qui veut gérer sa propre vie. Il emploie alors des mots durs : « Chevalerie n’était pas un homme à se laisser prendre à ce genre de magicaillerie. Et son fils n’est pas un imbécile pleurnichard ».

S’il admire Chevalerie, Burrich n’est pas non plus naïf. Il n’est ni stupide ni aveugle. Il sait que comme toute personne Chevalerie a ses travers (« on peut aimer un homme tout en gardant les yeux ouverts »). A ce sujet, il semble avoir gardé une légère rancoeur envers Chevalerie après la naissance de Fitz. Il n’en veut pas au bâtard d’être né, il en veut plus à Chevalerie de l’avoir abandonné.

Plus globalement, il en veut à Chevalerie de ne pas avoir réussi à dépasser son statut de Loinvoyant. Cette idée murira longuement et lentement en Burrich et il l’exprimera des décennies plus tard. En effet, Devoir est au pied du mur et doit décider de libérer (ou non) Glasfeu. Cette situation de prise de décision a été vécue à de nombreuses reprises par Burrich. Il a vu plus d’une fois les princes Loinvoyant et le roi Subtil nouer des accords, jouer avec des choses qui les dépassent. Il ne comprend pas ce qui les attire dans ça surtout que ça les met toujours en difficulté : « cette soif irrésistible des Loinvoyant de mettre des forces en mouvement puis de se laisser emporter sans savoir où, tous ces secrets, voilà ce qui a tué ton père, le meilleur homme que j’aie jamais connu ».

Cette dernière affirmation montre bien tout l’amour que portait Burrich pour son prince. Cela lui a même permis de supporter une immense déception amoureuse. En effet, Chevalerie a fini par épouser un des premiers amours de Burrich : Patience (« je savais qu’elle avait cessé de m’aimer il y a des années, quand elle a donné son coeur à Chevalerie. Ça, je pouvais l’accepter : c’était un homme digne d’elle »). Il ne faut pas seulement une sacrée force de caractère pour supporter ça, il faut aussi une énorme confiance. D’ailleurs, on peut faire un parallèle avec des propos tenus par Ambre dans les Aventuriers de la Mer : « pour aimer ainsi, il faut admettre que l’autre a des besoins que ne peux pas satisfaire (…) Le prix, c’est la solitude, et la nostalgie, et le doute ».


Chevalerie a donc quitté Castelcerf en laissant Burrich derrière lui. Il a laissé à son vieil ami l’éducation de son fils. C’est bien la preuve de l’énorme confiance et du respect qu’il a pour Burrich. Ce dernier prend la mission à coeur. Il y met toute son ardeur, toute son énergie (« tu es peut-être un bâtard, mais tu es celui de Chevalerie, et je compte bien faire de toi un homme dont il sera fier »). Concrètement, il tente de reproduire avec Fitz ce que Chevalerie a fait avec lui : « Chevalerie ne veut pas de moi près de lui, c’est bien le moins que je puisse faire pour lui ! Je veillerai à ce que son fils devienne un homme et pas un loup ! ».


Durant de longues années, Burrich croit Fitz mort. Pour Burrich, c’est de sa faute, c’est sa responsabilité, c’est son erreur. Il n’a pas réussi à éliminer la mauvaise magie (le Vif) que Fitz avait en lui et ça l’a mené à sa perte. En effet, Burrich a vu la façon dont Royal s’est servi de ça pour accuser Fitz. Puis, après le retour à la vie de Fitz, il a vu la façon dont il avait été transformé quelques temps en un être sauvage, incapable de vivre en société. Enfin, quand Burrich a quitté Fitz et est revenu pour voir ce qu’il devenait, il n’a vu qu’un cadavre incapable de se débrouiller seul (tous ces événements se déroulent dans les premiers chapitres du tome quatre, le Poison de la vengeance).

Burrich se sait coupable, il ne peut pas en être autrement. A une Kettricken et un Umbre qui tentent de lui faire comprendre que tout n’est pas si noir, il affirme que « chaque jour de ma vie, je me reproche mon échec. Mon prince, le seigneur Chevalerie, m’avait confié son seul et unique enfant, avec pour toute instruction, celle de bien l’élever. J’ai manqué à mon engagement envers mon prince ». Or, pour Burrich, ne pas tenir sa parole est un affront personnel insupportable. Il n’a pas seulement échoué à faire de Fitz un homme, il a trahi Chevalerie. Un immense camouflet.

jeudi 14 novembre 2024

Un artefact : la boucle d'oreille de Burrich

Les objets importants n’ont pas forcément un impact important sur l’histoire ou une origine magique ou légendaire. Ils peuvent l’être simplement par leur histoire, leur symbolique. Ils ont pu traverser des époques, lier des gens sans qu’ils en aient conscience. La boucle d’oreille de Burrich en est un bel exemple car elle a été portée par le maître des écuries de Castelcerf, par le prince Chevalerie, par le bâtard FitzChevalerie ou par le Fou. Il est assez rare de voir un objet être détenu par tant de personnages de premier plan.


Originaire de Chalcède, Burrich a obtenu cette boucle par sa grand-mère. Elle est la preuve qu’ils n’étaient plus des esclaves, qu’ils avaient pu acheter leur liberté. C’est donc quelque chose qui est remarquable et mémorable. Bien peu de choses auraient pu pousser Burrich à s’en débarrasser. Pourtant, il l’a donnée à Chevalerie (« je croyais qu’on l’avait enterrée avec lui (…) C’était à ton père. Je lui en avais fait cadeau »), ce qui montre bien la force de l’amitié qui unit ces deux hommes. Burrich n’aurait pas été contre que Chevalerie soit inhumé avec. D’une certaine façon, il aurait ainsi accompagné son prince. 

Mais, Patience en a décidé autrement et a changé le cours des choses. Elle a récupéré l’objet l’a conservé pendant des années. Quand elle a décidé de revenir à Castelcerf après son exil à Flétribois, elle l’a offert à Fitz : « elle en prit une à motif de minuscule résille d’argent dans laquelle une pierre bleue était emprisonnée ». Fitz n’a aucune idée de ce que c’est, de l’histoire de l’objet.


Dès lors, Fitz la porte. Quand il revient de la mort après avoir été torturé par Royal, c’est un des rares objets qu’il a conservé. Mais, Fitz devient une cible, sa tête est mise à prix et il doit se cacher comme il peut. Il change de nom et cache la boucle. Malheureusement, il est capturé par des soldats de Royal. Sa boucle lui est prise (« je remarquai que ma bourse avait disparu. Pêne avait dû s’en emparer pendant que j’étais inconscient ; mon coeur se serra à la pensée que je ne reverrai plus la boucle d’oreille de Burrich »). La tristesse de Fitz peut s’expliquer par le fait que c’est l’un des derniers objets qui le rattache à son ancienne vie. C’est aussi le témoignage qu’il tenait à Burrich, cet homme qui l’a éduqué et a sacrifié sa vie pour prendre soin de lui. Lorsque Fitz parvient à s’échapper et tuer Pêne et ses hommes, le bijou devient la première chose qu’il recherche (« je fouillai soigneusement le cadavre et mis la main sur la boucle d’oreille de Burrich »).


Après avoir permis à Vérité de chasser les Pirates Rouges, Fitz fait un choix douloureux. Il abandonne son passé derrière lui. Il fait une croix sur Molly et Ortie. Pourtant, il y a un homme à qui il veut faire savoir qu’il est encore en vie : Burrich. Il veut montrer à son ami qu’il n’est pas devenu une bête dominée par le Vif, mais qu’il a agi en tant que soldat, en tant qu’homme de Vérité. D’une certaine façon, l’objet doit montrer la dévotion de Fitz, son sens du devoir. C’est ce qu’il dit au Fou : « j’aimerais que tu le lui apportes, et aussi que tu lui dises, que je ne suis pas mort devant la chaumière d’un berger, mais en restant fidèle au serment que j’ai prêté à mon roi ».

Les choses ne se passeront pas comme prévu. Le Fou se trouve pris dans d’autres aventures à Terrilville et conserve le bijou avec lui. Il ne le remet pas à Burrich.


A Terrilville, le Fou est devenu une femme, Ambre, et elle détonne. Son apparence intrigue, ses paroles intriguent. Des questions sont soulevées sur son identité, d’autant plus qu’Ambre donne bien peu d’informations sur elle. On tente de la cerner comme on peut et on repère la moindre chose qui donne des indications. La boucle en fournit certaines. Rache remarque qu’ « elle porte un anneau de liberté à l’oreille, vous savez, l’anneau que les esclaves affranchis de Chalcède doivent acheter et arborer pour prouver qu’on leur a accordé la liberté ». L’hypothèse est donc qu’Ambre serait une esclave ou une ancienne esclave. Ambre donne une réponse différence : elle dit même la vérité bien qu’aucun de ses interlocuteurs ne soit capable de la comprendre.  Ambre confesse « que c’était un cadeau de son unique amour ». La boucle symbolise donc l’amour, l’attachement. C’est un objet qu’Ambre porte fièrement, à la vue de tous, pour montrer son lien avec Fitz, même si personne ne le sait. Pour Ambre, dans le contexte de Terrilville, la boucle devient un objet important. La chose est manifeste quand elle remodèle le visage de la folle et dévastée Parangon ; elle lui donne le visage de Fitz et n’omet aucun détail. Elle lui fait le nez cassé et « déposa la grande boucle d’oreille dans la paume de Parangon ». Ambre a donc reproduit en plus grand la boucle d’oreille. 


La boucle suit donc le Fou. Ce dernier décide de revenir dans les Six-Duchés et de retrouver son meilleur ami, Fitz. Fitz n’est pas déçu de voir que le Fou a conservé la boucle. Il ne le voit pas comme une trahison de sa volonté. Mieux, quand les deux se saluent, la boucle sert presque de connecteur émotionnel entre les deux : « il passa les autour de moi et m’étreignit brutalement ; je sentis le clou d’oreiller de Burrich presser sur ma gorge ».

Toutefois, le Fou reste le Fou. S’il est devenu Sire Doré, il reste influencé par les prophéties. L’une d’elles dit qu’il doit mourir pour atteindre son but. Il envisage alors de se débarrasser de ses possessions, de ses richesses. Il envisage même de rendre à Fitz la boucle alors que ce dernier l’avait fortement enjoint à la garder, même après leurs retrouvailles (« il leva la main pour ôter la boucle d’oreille en bois que Sire Doré portait toujours »). Fitz refuse, il ne peut tolérer comportement mortifère. Il aurait l’impression de perdre son ami si il le laissait faire. Fitz trahit alors le Fou en l’empêchant de partir avec lui à la recherche de Glasfeu. Il sait pourtant que c’est important pour le Fou.

Le Fou, laissé à Castelcerf, solde sa vie. Il rencontre même Burrich, venu demander des comptes (Ortie a transmis un message de Fitz laissant croire qu’il était encore en vie). C’est Ortie, la fille adoptée par Burrich, qui remarque le changement de Burrich : « lui-même porte maintenant une boucle d’oreille, une sphère sculptée dans le bois. Jamais, je l’avais vu porter ce genre d’ornement ». La boucle est donc revenue à son propriétaire. Le fait que Burrich la porte n’est pas anodin : cela montre qu’il sait que Fitz est vivant, qu’il accepte cette vérité. On peut même penser que c’est une façon de témoigner sa fidélité et son amitié à Fitz.

Plus tard, c’est un Burrich à la porte de la morte qui donnera le bijou à Leste, son fils ayant le Vif (« l’enfant dormait à côté de son père dont une main pendait hors de ses couvertures ; en la replaçant au chaud, je m’aperçusse qu’elle était serrée sur une boucle d’oreille en bois »). Il faut aussi noter que c’est un geste de réconciliation de Burrich qui a tout fait pour éradiquer le Vif en Leste ; il lui montre ainsi qu’il l’accepte comme il l’est ; Burrich n’est plus hanté par son histoire personnelle.


mardi 30 juillet 2024

Fitz aurait-il dû mourir jeune ?

Fitz est un bâtard ; il n’est pas le fils légitime du couple Patience/Chevalerie mais le résultat d’une nuit de passion de Chevalerie. Les choses auraient pu être bien différentes si son grand-père maternel ne l’avait pas donné aux Loinvoyant. D’autres pensent même que Fitz aurait dû être tué…


Un partisan d’une mort rapide de Fitz est bien entendu Royal. Le jeune prince voit en Fitz une humiliation publique pour les Loinvoyant et la possibilité de dangers futurs pour son propre statut. Autrement dit, Royal est jaloux d’un enfant ; selon lui, il serait avisé de simplifier les choses en le tuant : « Mère et moi étions d’avis de mettre l’enfant… à l’écart. Ce n’est que simple bon sens. Il ne nous parait pas utile de compliquer davantage la ligne de succession ».

Des années plus tard, dans un contexte bien différent, un autre personnage viendra appuyer le point de vue de Royal : la Femme Pâle. Cette dernière se prend pour le Prophète Blanc de son époque et, comme le Fou, elle a un certain talent pour utiliser les mots et déployer ses arguments. Quand on écoute la Femme Pâle, une mort de Fitz dans sa jeunesse est presque quelque chose de nécessaire, à la limite d’une prophétie qui se réaliserait. Ainsi, elle dit que « vous n’aimiez pas Royal, je le sais, et il vous le rendait bien ; il sentait au fond de lui l’improbabilité de votre existence, la rareté d’une naissance comme la vôtre dans l’entrelacs des fils du temps, et, instinctivement, il voulait vous éliminer pour permettre au monde de suivre la voie prévue ». Ce n’est pas la première fois ou la dernière fois qu’il est fait cette allusion : la naissance de Fitz a perturbé l’ordre des choses et le tuer aurait pu tout remettre en place. On pourrait parler de Catalyseur, de Fils inattendu. La Femme Pâle a son idée : « si vous étiez mort au bon moment, le trône serait revenu sans heurt à Royal, le temps aidant, il aurait bénéficié de la faveur et des lumières de son père et il aurait fait un grand monarque ». Pour la Femme Pâle, les choses sont claires : tuer Fitz aurait été une nécessité pour le bien du royaume des Six-Duchés. Bien des malheurs auraient pu être évitées, et Royal n’aurait sans doute pas fait souffrir autant les gens du Château et les proches de Fitz dans sa petite vendetta.


D’ailleurs, on retrouve un peu cette idée de mort nécessaire dans la bouche de Virilia. L’élégante et charismatique jeune femme amorce un mouvement séparatiste au sein des Six-Duchés, une envie bien vite étouffée par le pouvoir royal. Avant de perdre tout crédit, Virilia rencontre Fitz et « dit d’une voix claire à sa voisine de table qu’autrefois on noyait les bâtards à la naissance. Les anciennes coutumes d’El l’exigeaient ». Par respect des traditions donc, Fitz aurait dû être tué. Sa mort aurait contenté le dieu El et sa survie illustre bien la décadence morale des Loinvoyant.


D’autres lient la présence de Fitz à la disparition et l’exil de Chevalerie. L’interrogation est inévitable puis que c’est à cause de l’arrivée de Fitz que l’ancien prince a pris la fuite.

Burrich aurait toutes les raisons du monde de s’en prendre gratuitement à Fitz. A cause de son arrivée, il a perdu le meilleur homme (Chevalerie) et la femme qu’il a aimée (Patience) ; il n’a même pas pu les suivre. Pourtant, le maître des écuries a un avis bien plus mesuré (« ce n’est sans doute la faute de personne s’il est né. En tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’un enfant n’est pas coupable d’être bâtard. Non. Chevalerie s’est attiré tout seul sa disgrâce »). L’abdication de Chevalerie est sur toutes les lèvres : il faut dire que l’homme est particulièrement apprécié. D’une certaine façon, certaines personnes accusent Fitz (« les propos des tisseuses résonnèrent dans ma tête. Sans le petit, il serait sur les rangs pour être roi »). La non-présence de Fitz aurait pu donc empêcher la fin de Chevalerie.


Umbre met en garde Fitz. Même si il n’est qu’un enfant et même si il est reconnu par le Roi qui lui offre une éducation et une place au Château, sa vie est en danger, rien ne lui garantit de rester en vie. Il le lui répète souvent. Par exemple, il affirme que « tu es un bâtard, mon garçon. Nous sommes toujours en danger et vulnérables ; nous sommes toujours bons à sacrifier, sauf quand nous représentons une nécessité absolue pour la sécurité des autres ». Umbre tente de faire comprendre à Fitz que, tant qu’il sera utile à Subtil, ce dernier ne tolèrera pas qu’on le tue.

Subtil le lui a dit de façon très claire : rien ne le forçait à recueillir Fitz, à lui offrir une place. Il lui aurait suffi de détourner les yeux. Il aurait même pu changer d’avis et le tuer sans que cela ne soulève la moindre réaction. Le vieux roi fatigué retrouve une forme d’énergie en développant son point de vue : « je ne te donne pas congé. Si j’avais dû le faire, ç’aurait été il y a bien longtemps. Je t’aurais abandonné dans quelque village perdu ; ou j’aurais fait en sorte que tu n’atteignes jamais l’âge d’homme ». Bien entendu, entendre ça de la bouche de son roi n’est pas plaisant mais c’est un rappel à l’ordre utile qui appelle Fitz à une certaine forme de prudence… Le sera-t-il ?

La mort de Chevalerie est aussi une bonne opportunité pour en finir  pour de bon avec cette sous-branche de la famille royale. Umbre en fait la remarque à Fitz (« parce que certains voudront mettre un point final définitif à l’histoire de Chevalerie ; et le meilleur moyen d’y parvenir serait de t’éliminer »).


Prévenu, Fitz se jette dans la gueule du loup. Il fonce tête baissée suivre les cours d’Art de Galen, un homme qui le déteste, un homme qui a osé tenir tête à Subtil quelques instants. Galen déteste Fitz pour ce qu’il est : un bâtard. Il souhaite sa mort presque autant qu’il a aimé Chevalerie. Galen est un fanatique incapable de faire la part des choses. Pire, son influence représente une énorme menace pour Fitz car en tant que maître d’Art, bien peu sont ceux qui peuvent le remettre en cause. Umbre et Burrich disent même qu’ils sont quasiment impuissants tant que les cours ont lieu. Galen ne désire pas seulement la mort de Fitz, il en est même à rêver qu’il ne soit jamais né. Il n’a jamais digéré sa présence qui est pour lui une insulte à Chevalerie. Il éructe : « ton existence seule jette l’opprobre sur le nom de ton père. Par Eda, j’en suis encore à demander comment tu as pu voir le jour ! Qu’un homme comme ton père ait pu déchoir au point de coucher avec une créature et te donner naissance dépasse mon imagination ! ». Par la suite, Galen mettra ses idées en pratique et tentera de faire Fitz se suicider…

mardi 12 mars 2024

Martel, au bon endroit au mauvais moment ?

Il est des rencontres qui ne durent que quelques temps, quelques mois, et qui, pourtant, vous marquent dans la chair. C’est le cas de la relation de Vif entre Fitz et Martel. Quand Fitz rencontre Martel, il est à l’aube de plonger dans un des moments les plus durs de sa vie : l’apprentissage de l’Art avec Galen. Sa vie personnelle connait quelques remous puisque Patience apparait dans sa vie : la femme de son père tente de prendre sa vie en main. C’est d’ailleurs elle qui lui offre le chiot, sans doute pour se rapprocher de Fitz, peut-être pour s’excuser de son absence : « celui-ci est pour toi. Il est à toi, maintenant. Tous les garçons doivent avoir une bête à eux ».


Très vite, Fitz se rend compte que Martel est plein d’enthousiasme, qu’il a une réelle fureur de vivre. Il diffère des autres chiots de portée, puisque « le petit gaillard possédait déjà une identité solidement établie et un profond intérêt pour tout ce qui l’entourait ». Fitz accueille le chiot avec joie : Umbre, Burrich ou le Fou lui ont promis un enseignement compliqué avec Galen et c’est ce qui se passe. Le maître d’Art est un homme sec, qui ne semble avoir aucun plaisir à vivre. Il ne se retire pas simplement du monde et des liens avec les gens, il impose aussi cette attitude à ses élèves. Ils mangent à part, ils ne participent plus à la vie du château. Fitz trouve en Martel un réconfort : « l’accueil chaleureux et l’appétit de Martel me mirent du baume au coeur, et, dès qu’il eut fini de manger, nous nous pelotonnâmes au fond du lit ».

Pour le jeune chien, tout est une découverte. Il ne semble avoir connu que les murs du château et la moindre sortie de la chambre de Fitz est pour lui toute une aventure. On en a la preuve lorsqu’ils se rendent dans les écuries : cela « constituait pour lui la plus grande joie de son existence ; il me transmettait tout ce qu’il flairait, tout ce qu’il voyait avec une intensité qui, malgré ma morosité, réactivait en moi l’émerveillement ». La bonne humeur de Martel parvient donc à déteindre et contaminer Fitz, ce qui n’est pas un mince exploit.


Mais, très vite, on comprend que le tragique va accompagner la vie de Martel. Dans ce sens, le choix de son prénom est presque prophétique si on écoute le Fou. Le curieux ami de Fitz proclame que « ton coeur sera martelé contre lui et que ta force sera trempée dans son feu ». On peut comprendre que de la souffrance attendent Martel et Fitz, et que des moments durs les attendent.

Très vite, on en a un aperçu. La formation à l’Art de Fitz se passe mal. Galen le traite durement et méchamment, il le rabaisse. Il lui fait croire qu’il ne vaut rien et tout cela donne des envies de suicide au bâtard royal. Il est à deux doigts de se tuer jusqu’à ce que Martel lui rappelle sa présence : « le muret qui surplombait le vide m’attira irrésistiblement. De ce côté, la forteresse ne donnait pas sur la mer, mais il ne manquerait pas de rochers déchiquetés au pied de la muraille. Une chute à cet endroit serait fatale (…) Alors j’entendis l’écho lointain d’un gémissement ». Le lien de Vif a alerté Martel à propos de la détresse émotionnelle de Fitz. Le chien a rappelé à Fitz sa présence, qu’il l’aimait. Il lui a donné une raison de rester en vie, de voir un peu de lumière dans une période bien obscure de sa vie.


Loin de Castelcerf, Fitz assiste à l’attaque de Burrich via Martel. Il voit le maître d’écuries être attaqué et il voit Martel intervenir. Il voit son compagnon de Vif mettre son corps entre un couteau et un homme, et récolter de terribles blessures : « le poignard plongea et plongea encore dans ma chair (…) le sang qui me coulait dans la bouches et les narines m’étouffait ». Fitz ne se contente pas de vivre la chose, il est Martel. 

Fouinot avait déjà donné sa vie, Martel en fait de même. Un autre animal lié par le Vif se sacrifie et meurt (« je crus voir un bout de queue frémir dans un ultime effort pour me faire fête. Puis le fil se rompit et l’étincelle disparut. J’étais seul »). La perte est énorme pour Fitz. D’autant plus qu’il est loin de la capitale. Il doit voyager avec sa douleur, avec sa culpabilité de ne pas être là.

Et, pour ne rien arranger, Burrich se comporte mal.  Burrich ne montre aucun respect pour la mort de Martel. Le maître des écuries ne parvient pas à dépasser ses préjugés sur le Vif. Il réduit la mort de Martel à pas grand-chose, et fait même des reproches à Fitz en disant que son lien avec le chien ne valait pas la peine. C’est sans doute un des moments les plus honteux de la vie de Burrich car on peut lire que « tu aurais pu être le digne fils de Chevalerie ; mais tu as tout gâché, et pour quoi ? Pour un chien ! Je sais ce que peut représenter un chien dans la vie d’un homme, mais on ne fout pas son existence en l’air pour un … ». Burrich vit dans le fantasme de Chevalerie : il imagine les réactions de Chevalerie sans savoir ce qu’elles seraient. Pire, il transpose ses mauvaises expériences à Fitz : toute sa haine du Vif émerge là.

samedi 30 décembre 2023

Burrich et les femmes

Burrich est souvent associé aux chiens, chevaux et autres animaux dont il s’occupe. Il passe tout son temps avec eux, à s’assurer de leur bien-être, à les soigner. Il est le maître des écuries. Il est aussi un homme qui participe aux chasses de la cour ou qui a pris sa part lors de combat, notamment aux côtés de Chevalerie. Quand l’histoire se met en place, Burrich est célibataire ; on ne lui connait pas de vie de couple. Physiquement, c’est un homme robuste et musclé, en bonne santé, si ce n’est sa blessure à la jambe.


Il ne fait pas de doute que Burrich a été un homme séduisant. Toute son activité physique a contribué à modeler son corps. Il est un homme de parole, un homme sur qui on peut compter. Mais, le sort a décidé d’infliger de mauvais tours à Burrich : il a été blessé physiquement et l’abdication de Chevalerie lui a porté un coup au moral. Dès lors, il n’est plus que l’ombre de lui-même : « le vieux Burrich n’était plus l’homme qu’il avait été. Il y avait eu un temps où les femmes de la forteresse ne pressaient pas le pas en le croisant ; attirer son regard, c’était susciter la jalousie de tout ce qui portait jupon ».  Autrement dit, Burrich était un bon parti, un des hommes les plus convoités de Castelcerf.

C’est Molly qui nous en apprendra un peu plus sur la façon dont les femmes voient Burrich. En étant servante, Molly participe aux rumeurs et confidences. Elle entend des choses qui ne sont pas secrètes mais qui ne sont pas non plus parvenues aux oreilles de Fitz. D’ailleurs, elle dit à ce dernier que « à la cour des lavandières, certains disaient que, depuis Burrich, tu étais ce que les écuries avaient connu de mieux ». On a donc là une autre preuve que Burrich a plu. 

Molly développe alors ce qui attire tant chez Burrich (« il est impressionnant avec sa mauvaise humeur, mais j’en connais plus d’une qui seraient prêtes à essayer de l’égayer »). Burrich pourrait donc être un défi à relever. Il est aussi un homme qui procure des fantasmes. Des histoires circulent à son sujet et attirent la curiosité. Molly résume la chose en répétant des propos d’une femme : « à vivre au milieu des étalons, il connait tous leurs trucs » et « j’ai gardé la marque de ses dents sur ses épaules pendant toute une semaine ». Il faut toutefois préciser que Burrich n’a pas une vie sexuelle développée, il ne recherche pas une compagne et ne fréquente pas les prostituées. Si il a couché avec cette lavandière, c’est parce que sa raison était obscurcie par une forte quantité d’alcool.


Burrich vit-il mal son célibat ? La question peut se poser. Au fur et à mesure que l’intrigue avance, on finit par comprendre que Burrich a aimé Patience. Elle aurait pu devenir sa femme, celle avec qui il partage sa vie. Cela n’a pas été le cas. 


Quand Fitz lui pose des questions sur comment se comporter avec Molly, on sent une certaine rancoeur dans ses propos. Il est amer : « tu t’adresses à moi, je suppose, parce que tu as remarqué le brillant succès que j’ai eu à me trouver une femme aimante et à lui faire de nombreux enfants ? ». Le ton est piquant, on perçoit presque de la douleur dans la voix du maître des écuries.


Burrich a donc aimé Patience.  Fille d’un noble, Patience aurait bien voulu faire sa vie avec Burrich mais il a refusé. Patience a fini par se mettre avec Chevalerie, l’homme que Burrich admire tant. C’est donc une relation complexe qui s’est dessinée. Et pour ne rien arranger, l’amour de la boisson et de la bagarre a contribué à forger une piètre image ; Patience a même en partie blâmé Burrich quant à la disgrâce de son mari. Il n’est donc pas étonnant de voir Patience dure et méchante avec Burrich quand elle revient à Castelcerf. Fitz entend des mots qui le choquent : « Cet homme est un ivrogne et un débauché et il a cultivé en vous de semblables traits. Il ravale toujours ceux qui l’entourent à son niveau ».


Comme souvent, Fitz ne comprend pas ce qui se passe. C’est une nouvelle fois Molly qui l’éclaire (« Patience a d’abord aimé Burrich (…) mais il ne voulait pas l’épouser »). L’attitude de Patience trouve donc son origine dans ce rejet. La mort de Chevalerie a sans doute ravivé sa rancœur. Heureusement, avec le temps et les événements ( la perfidie de Royal), elle parvient à dépasser cela. Lorsque Burrich revient blessé après avoir accompagné Vérité dans sa quête des Anciens, on voit qu’elle a tourné la page. Elle est prévenante et gentille, attentionnée : « avec une familiarité qui me laissa pantois, Patience passa sa main sur son front, puis lui palpa la gorge ». Burrich accepte ce geste attentionné alors qu’il n’aurait jamais laissé le guérisseur du château faire ça. Il conserve donc de l’affection pour Patience.

D’ailleurs, on peut penser, qu’à sa façon, il conserve encore des sentiments pour Patience. Burrich est un homme fidèle. Il l’a été au service de Chevalerie (en étant un ami, en lui donnant de l’énergie pour artiser), il l’a été en amour. C’est ce qu’il dit avec conviction à Fitz : « je ne suis pas un homme volage. Si je l’aimais, je l’aimerais encore (…) Patience refusait de comprendre que c’était impossible ; l’un de nous devait mettre fin à ses tourments ».


Bien entendu, Burrich regarde les femmes. Il repère très tôt les charmes physiques de Molly, notamment son fessier (« elle a une belle croupe bien large. Elle mettre bas sans problème »). C’est sans doute là que commence l’intérêt de Burrich pour Molly. Bien entendu, il n’entreprend rien tant que Molly et Fitz sont en couple. Il se contente d’être un ami présent, une personne qui écoute les peines et les douleurs de Molly. 

Une fois Fitz déclaré mort, il décide de tenter sa chance, d’autant plus que Fitz lui dit avoir tourné la page. Il ne va pas voir Molly pour lui déclarer son amour, il désire juste lui apporter son soutien. Il n’ose pas dire ouvertement à Fitz que c’est Molly qu’il rejoint, mais une femme qu’il peut aider (« j’ai une amie qui est seule. Un homme solide lui serait bien utile : son toit a besoin de réparations, et il faut planter, aussi. J’irai chez elle quelques temps »). Burrich a bien conscience de ses qualités, de ce qu’il peut apporter à une femme. Il est un homme fiable, efficace.  


A ce sujet, il semble mieux cerner les gens que Fitz. Fitz a appris que Burrich a rejoint Molly et qu’il l’aide. Il ne voit pas en cela un danger, il pense que c’est une simple relation amicale. C’est en tout cas qu’il dit à Astérie qui se moque de sa naïveté. En entendant la façon dont est décrit Burrich, Astérie se montre tout de suite intéressée : « il est ferme comme un roc, on peut compter sur lui et il est délicat ? Et il traite bien les femmes ? Vous savez à quel point de tels homme sont rares ? Dites moi qui c’est, je le veux pour moi ! ». 


Ce sont donc bien les attitudes et les actes de Burrich qui séduisent les femmes. On en a la confirmation lorsque Molly décide de confronter Burrich. Molly est claire dans ce qui lui plait : « vous ne m’entretenez jamais d’amour. Vous ne m’avez jamais effleurée, ni sous l’effet de la colère ni sous le coup du désir ; cependant, votre silence et votre regard me parlent davantage d’amour ».


dimanche 25 juin 2023

Burrich est-il hypocrite ? (2)

https://duchessix.blogspot.com/2019/02/burrich-est-il-hypocrite.html

Maître des écuries de Castelcerf, Burrich est reconnu pour son talent avec les animaux. Il est capable de les soigner, d'en prendre soin, de créer des lignées de chevaux, de dominer des mâles récalcitrants. Il est aussi un homme avec certaines valeurs, un homme sur qui on peut s'appuyer ; il a fidèlement servi Chevalerie. C'est d'ailleurs sa dévotion envers Chevalerie qui le poussera dans les intrigues royales et le forcera à se positionner quant à l'usage du Vif. Burrich menait paisiblement sa vie jusqu'à ce que Fitz, le bâtard, fasse irruption. C'est à Burrich qu'il revient d'éduquer Fitz, de faire de lui un homme.

Éduquer Fitz n'est pas chose aisée. Burrich n'a pas le temps, il doit s’occuper d'un tas d’animaux. C'est pour cela qu'il est soulagé quand il voit que Fitz et un chiot, Fouinot, s'entendent bien. Il se dit que l'animal lui fera une compagnie et le protégera de quelques dangers extérieurs. Mais, Burrich finit par se rendre compte que Fitz a une tare : le Vif. Le Vif n'est pas une magie noble, une magie qui élève. Burrich en parle avec des mots durs : le Vif réduit les gens à pas grand-chose. Il affirme que « c'est le pouvoir du sang animal, comme l'Art provient de la lignée des rois (…) ça t'attrape et ça t'attire vers le bas, ça te transforme en bête, et finalement il ne reste plus une parcelle d'humanité en toi ». Burrich n'est donc pas un partisan du Vif. Pour lui, c'est une ignominie, une honte, une saleté et une insulte au sang des Loinvoyant.

D'ailleurs, il ne peut tolérer l'idée que cela vienne des Loinvoyant car cela reviendrait à ternir l'image de Chevalerie, l'homme qu'il aimait le plus. Il faut un coupable et il le cherche du côté maternel de Fitz (« il a ça dans le sang, l'entendis-je murmurer. C'est sa maudite mère ; pas de quoi s'étonner. Mais il faut chasser ce grain »). Notons que Burrich a tort et que des Loinvoyant ont déjà eu le Vif (comme le Prince Pie, Chargeur Loinvoyant).

Quand il parle du Vif, Burrich évoque toujours le pire. Pour lui, cette magie ne peut mener qu'à la chute. Il dit à Fitz que « ça n'amène jamais rien de bon ». A-t-il tort ? De son point de vue, il est difficile de penser le contraire. Burrich a consacré son temps et son énergie à élever Fitz, à tenter de faire de lui un homme dont Chevalerie serait fier. Et que voit-il ? Un Fitz qui échoue à manier l'Art. Or, l'Art aurait consacré Fitz comme un réel Loinvoyant et non comme un bâtard. Il n'est donc pas étonnant de le voir en colère et dégoûté quand Fitz lui explique qu'il a utilisé le Vif. Les mots sont durs et blessants : « si tu ne t'étais pas frotté au Vif, Fitz, tu aurais pu apprendre l'Art (…) Bâtard ou pas, tu aurais pu être le digne fils de Chevalerie ; mais tu as tout gâché, et pour quoi ? Pour un chien ! » Burrich est donc en colère et cette colère est révélatrice de sa haine du Vif, d'autant plus que grâce à cette magie, Fitz vient de lui sauver la vie.

C'est Oeil-de-Nuit qu confirmera les soupçons. Burrich a le Vif mais il répugne à l'utiliser. Les animaux lui parlent, il ne répond pas (« ils n'ont pas aimé le quitter, ils savaient qu'il les entendais, même s'il refusait de répondre »). Le nom de Vif de Burrich est Cœur de la Meute, c'est un nom de chef qui illustre bien sa puissance et sa place particulière.

Pourquoi refuse-t-il donc d'employer le Vif ? La réponse est donnée au début du roman le Poison de la vengeance. Burrich a vécu une tragédie dans son enfance qui l'a durablement marqué et qui l'a poussé à rejeter le Vif : son animal de Vif est mort violemment et sa grand-mère n'a rien fait pour apaiser son deuil,

Il a honte du garçon qu'il était et il se sent redevable envers Chevalerie de l'avoir mené sur un droit chemin. Avant sa rencontre avec le prince, il n'était qu'un animal, un individu vivant au jour le jour pour répondre à ses besoins les plus primaires.

Quand il entend ce témoignage, Fitz compatit avec le sort de Burrich. Il a pitié de lui ; ses pensées sont claires : « Burrich m'avait enlevé Fouinot alors que je n'avais même pas cet âge. J'avais cru qu'il l'avait tué mais Burrich avait lui-même connu la mort violente et soudaine d'un compagnon de lien ; c'était pratiquement comme mourir soi-même ». Autrement dit, on comprend pourquoi Burrich a été incapable ou même n'a jamais envisagé de tuer Fouinot quand il a séparé le chien de Fitz. Burrich a une forte expérience du Vif : de l'ivresse que procure un lien fort à la douleur de la séparation.

En tant que maître d'écuries, on peut penser qu'il a discrètement employé le Vif par moments. En tout cas, il est clair qu'il a continué à apprendre des choses sur la magie sinon il aurait été impossible qu'il sauve Fitz des griffes de Royal. Sans lui, Fitz serait mort dans les cachots. C'est Burrich qui suggère à Fitz d'utiliser le Vif pour s'en sortir (« change-toi en bête et sauve toi la queue entre les jambes. Si tu peux... je l'ai entendu dire... on raconte que tu peux te transformer en loup »). Dès lors, pour sauver la vie de Fitz, Burrich se plonge dans le Vif. Il communique avec Oeil-de-Nuit et emploie touts ses talents pour que l'esprit de Fitz retourne dans son corps. C'est une expérience inédite et jamais vue, c'est une prouesse qui montre à quel point Burrich est fort tout en montrant tout l'amour qu'il a pour Fitz. Il n'aurait jamais sacrifié ses convictions pour quelqu’un d'autre : « il n'y a que Cœur de la Meute et ce qu'il tient. Ça sent le vieux sang. Il secoue la chose comme pour détacher un bout de viande, puis il la frotte en bougeant ses mais comme une chienne passe les dents dans le pelage d'un chiot pour le débarrasser de ses puces ».

En réalité, Burrich est peut-être l'utilisateur du Vif le plus puissant de son temps. Les livres nous en présentent quelques uns (Fitz, Rolf, Trame, des Pie) mais aucun ne semble avoir le talent et les capacités de Burrich. Il réalise des choses incroyables même pour les utilisateurs du Vif. Lorsqu'il finit par arriver à Aslevjal, il soigne Fitz sous les yeux ébahis de Trame (« je n'en reviens pas ; je croyais perdue cette technique de la magie du Lignage (…) Qui vous a formé ? Pourquoi ne vous connaît-on pas »). Les questions de Trame sont légitimes car les gens doués de cette magie s'organisent en communauté pour échapper à la haine dont elles sont victimes. Or, Burrich qui a passé des décennies à se cacher, est totalement inconnu. Bien entendu, Burrich s'enferme dans ses préjugés et continue à insulter cette magie. Trame lui répond qu'il ne peut pas cacher qui il est ni l'étendue de ses dons. Burrich est un être à part (« donnez à cet art tous les noms injurieux que vous voulez, il n'empêche que vous le maîtrisez comme plus personne dans le Lignage »).

Il n'a pas suffi à Burrich de nier l'usage du Vif à son fils adoptif, il a aussi fallu qu'il en prive son fils Leste. Quand Leste a manifesté des signes, Burrich a tout fait pour éteindre cela. Or, Leste se rend compte que Burrich a menti. Sa réaction ne peut être que colérique et cruelle. Il se sent trahi et sa colère d'adolescent se manifeste : « pourquoi m'avoir plongé dans la boue, humilié, alors que je tenais ma magie de toi, alors que tu l'avais toi aussi ? Je ne te le pardonnerai jamais ! Jamais ! »

Il faut dire que, des mois plus tôt, Leste avait fui le domicile familial et atteint Castelcerf pour se placer sous la protection du pouvoir royal ; Kettricken ayant promis que les gens du Vif ne pouvaient être inquiétés à Castelcerf. Toutefois, Burrich n'accepte pas le choix de Leste et se rend au château pour demander des comptes à Umbre et Kettricken. A cette occasion, il réitère sa position et la motive. Si il est aussi dur avec Leste, ce n'est pas sans raison. Il sait que la lutte contre le Vif est éreintante, qu'elle demande beaucoup d'énergie et qu'elle peut être vaine. Burrich n'est pas stupide, il a bien vu la façon dont la magie vit toujours en lui (« je m'efforce depuis de longues années de l'extirper de moi-même mais il demeure toujours. Cependant, si on ne peut pas s'en débarrasser, on peut apprendre à le refuser, tout comme apprendre à refuser d'autres vices »). Et, il n'agit pas comme ça sans raison mais pour honorer la mémoire de Fitz. Burrich est convaincu que Fitz est mort parce qu'il n'a pas réussi à surmonter son attrait pour le Vif (« Ma Reine, sans le Vif, Fitz aurait appris l'Art convenablement (...)le Vif l'a condamné à mourir, et même pas comme un homme : comme un animal »).

mercredi 7 juin 2023

L'histoire de Fouinot

Sacrifice, voilà un mot qui peut résumer l'histoire de l'assassin royal. Vérité se sacrifie pour sauver son royaume. Fitz sacrifie Molly à ses devoirs de protection. A chaque fois, ce sont des hommes et des femmes qui se sacrifient pour un plus grand bien. Mais, une histoire, ce sont aussi des amitiés, ce sont aussi des personnes qui se trouvent et sont tout de suite liés. La relation entre Fouinot et Fitz en est un bon exemple, eux qui sont arrivés en même temps dans la vie : Fouinot vient de naître alors que Fitz est arraché à son foyer pour être confié aux Loinvoyant. Fitz atterrit dans un monde inconnu, où tout est gigantesque, où tout peut potentiellement l'effrayer. Ses premiers contacts (Burrich, Vérité, Jason) ne lui apportent pas beaucoup de chaleur. Il faudra attendre l'arrivée de Fouinot pour en avoir : « le troisième du groupe, Fouinot, un chiot, encore à mi-croissance, m'accueillit en me léchant les oreilles, en me mordillant le nez et avec force coups de patte joueurs ».

Alors qu'il arrive à Castelcerf, c'est avec Fouinot qu'il découvre la ville et les humains qui y vivent. Le jeune chiot le marque durablement, il lui apprend à faire preuve de prudence. Plus qu'Umbre qui lui a appris à se fondre dans le décor, c'est Fouinot qui instille la circonspection à Fitz. Il lui apprend qu'il faut se méfier des hommes et des femmes qui n'ont pas toujours des réactions logiques et peuvent être gratuitement méchants (« Fouinot capta une partie de ce que je ressentais, il se laissa tomber sur le flanc et exposa son ventre dans une attitude suppliante tout en battant de la queue »). Dans un monde hostile à Fitz simplement parce qu'il est un bâtard, la présence de Fouinot est la bienvenue : il n'est pas qu'un protecteur, il est aussi un ami. Ce lien est bien vu, notamment de Burrich qui « éclata de rire en nous voyant nous ruer sur la table et approuva sans rien dire ma façon de donner sa part à Fouinot avant de me caler les mâchoires ». Très vite, on comprend que le lien est fusionnel, qu'il n'y a quasiment pas de frontières dans leurs perceptions. Ce que l'un ressent, l'autre le ressent aussi. Les deux ne sont que des jeunes qui découvrent le monde. Ils évoluent sans limites, se prêtent à bon nombre de découvertes (« Fouinot partageait toutes mes expérience (…) je me servais de son nez, de ses yeux et de ses ma^mâchoires aussi spontanément que des miens et jamais je n'y vis la moindre étrangeté »). Cela est accepté par les gens que Fitz fréquente. Les enfants de Bourg-de-Castelcerf constatent que « Fouinot nous suivait, comme toujours. Les autres enfants avaient fini par l'accepter comme une extension de moi-même (…) Nous étions le Nouveau et Fouinot ».

Mais, toutes les bonnes choses ont une fin. C'est Burrich, très négatif sur la relation de Vif entre un animal et un homme, qui se charge de les séparer. Plus tard dans les livres, on apprendra que Burrich a une très forte connexion à cette magie et on saisira qu'il a fait preuve d'une magnifique hypocrisie en les séparant. Burrich est convaincu que le Vif peut empêcher Fitz de bien grandir, d'être une bonne personne. Il est le bourreau de ce qui existe entre Fitz et Fouinot : « le chien dégage et toi tu restes ! (…) Je veillerai à ce que son fils devienne un homme et pas un loup ». Pour le lecteur et pour Fitz, ce n'est pas seulement une déchirure, la fin d'une histoire : tout laisse à croire que Burrich a tué Fouinot tant ce qui se passe est brutal. Burrich est comme possédé, il semble avoir perdu tout sens logique. On lit qu' « il y eut un brusque éclair de douleur écarlate et Fouinot disparut. Sentant ses perceptions canines se diluer, je me mis à crier et à pleurer comme n'importe quel enfant ». Fouinot est parti et Fitz ne peut parler de sa perte à personne (« Fouinot me manquait de façon aussi lancinante qu'un membre dont Burrich m'aurait amputé. Mais nous n'en parlions jamais ni l'un ni l'autre »). Fitz tient donc Burrich comme responsable. Et pour ne rien arranger, il doit vivre avec le maître des écuries, il doit vivre avec celui qui lui a causé une énorme souffrance. Pour Fitz, c'est un nouvel épisode de séparation injuste, lui qui a été séparé de sa mère sans savoir pourquoi.

Des années plus tard, on retrouve un Fouinot bien vivant dans les Montagnes. Burrich ne l'a pas froidement assassiné mais l'a envoyé au prince Rurisk. C'est un soulagement, mais Burrich aurait pu éclaircir ce point avec Fitz au lieu de le laisser croire au pire. Fitz retrouve donc Fouinot et est content de voir qu'il a eu une belle vie (« dors, mon vieux. Tu as engendré assez de chiots pour te passer de chasser, bien que tu adores çà »). Immédiatement, Fitz va trouver Burrich pour mettre les choses au clair. Il lui reproche, à demi-mots, de l'avoir laissé dans l'ignorance et d'avoir développé tant de scénarios du pire dans sa tête (« j'avais toujours cru que tu lavais tué, Burrich, cette nuit-là, que tu lui avais fracassé le crâne, que tu l'avais égorgé, étranglé »).

Les événements dans les Montagnes confirment ce qu'on sait de Fouinot. Bien que séparé de Fitz, il a su trouver en son nouveau maître, Rurisk, un ami fidèle et un très bon compagnon. On en a la preuve lorsque Rurisk meurt : « comme en réponse à ma question, un cri qui exprimait le chagrin le plus absolu monta vers la lune. Le maître de Fouinot était mort ». Fouinot n'a même pas le temps de faire le deuil de Rurisk que Royal déploie ses tentacules. Le prince Loinvoyant, aigri et jaloux, planifie un coup d’État en tentant de tuer Vérité et d'épouser Kettricken. Son plan aurait pu fonctionner si Fitz n'avait pas mobilisé des ressources insoupçonnés pour survire et si Fouinot n'existait pas. Fouinot offre sa vie pour sauver Fitz. Il effectue un magnifique geste de bravoure, de sacrifice. Il le fait de façon totalement désintéressée, sans rien espérer en retour : « il avait planté profondément ses crocs usés dans ma main avant de parvenir à me sortir du bassin ». Fouinot utilise donc ses dernières forces pour aider fitz. Il y laisse sa vie (« Fouinot était mort. Je crois qu'il avait donné sa vie librement, en se rappelant notre affection mutuelle lorsque nous étions chiots. Les hommes ne pleurent pas leurs morts avec l'intensité des chiens. Mais nous pleurons de longues années »). Fitz est durablement marqué par cette mort. Et cette idée de sacrifice, de tout donner pour un homme qu'on estime, il la fera sienne afin d'aider Vérité.

dimanche 28 mai 2023

Quelques réactions suite à la mort de Fitz

Fitz est mort. Il a été battu, torturé à mort pas les sbires de Royal. Ce dernier voyait en lui un obstacle à son ascension au trône. Royal a fait croire que Fitz a tué Subtil et en a profité pour justifier sa mise à mort. Il aurait bien voulu prouver officiellement qu'il avait le Vif, l’infâme magie des bêtes, la souillure du sang des Loinvoyant. Mais, Fitz l'a déçu : Fitz a décidé de cesser de vivre et son esprit a quitté l'enveloppe corporelle. Grâce à sa pratique du Vif, Fitz a rejoint, temporairement, le corps d'Oeil-de-Nuit. Mort, Fitz n'offre plus aucune importance aux yeux de Royal : « en mourant trop tôt, je l'avais frustré du spectacle de ma pendaison et de ma crémation ; privé de sa vengeance complète, Royal s'était simplement désintéressé de mon sort ».

Si Royal chasse Fitz de ses idées et se plonge dans ses plaisirs et la recherche de son frère Vérité, ce n'est pas le cas de tous. Certains ont aimé Fitz et pleurent sa disparition. Patience est une de ses personnes. Sa relation avec Fitz avait mal démarré mais elle a toujours montré un réel attachement pour le bâtard de son mari. Elle le considérait même comme son réel fils. Il n'est donc pas étonnant de la voir touchée par la mort de Fitz. Elle a perdu un enfant, la seule personne pour qui elle était prête à plonger dans les intrigues de la cour. Elle rend donc hommage à Fitz en l'enterrant et en lui rendant une certaine dignité (« pour des raisons connues d'elle seule, la maladroite, l’excentrique dame Patience nettoya mes blessures et les banda aussi soigneusement que si j'eusse été vivant (…) elle me pleura quand tous les autres, par peur ou par dégoût de mon crime m'avaient abandonné »). Patience a eu le courage d'affirmer sa position publiquement. Elle n'avait pas peur des conséquences de ses actes, d'être ostracisée ou montrée du doigt. Dame Grâce a agi de la même façon.

Pour d'autres, parce qu'ils n'ont pas autant de pouvoir ou d'influence, il faut agir prudemment. C'est le cas de Molly. La jeune femme ne peut pas permettre qu'on se rende compte qu'elle pleure Fitz car elle ferait une proie trop facile. On comprend qu'elle s'est rendue discrètement sur la tombe de Fitz quand Burrich dit que « quelqu'un avait fait brûler une bougie sur ta tombe, on avait dégagé la neige, et il restait le moignon de cire quand je suis venu te déterrer ».

Le peuple des Six-Duchés est plus circonspect. Ceux qui l'ont côtoyé de près ou de loin semblent attachés à son souvenir. Quelques uns pensent qu'il a réellement tué le vieux roi Subtil alors que beaucoup plus craignent qu'il ait réellement eu le Vif. Pire, cela lui aurait permis de revenir à la vie afin de traquer le nouveau roi (Royal). Burrich prévient Fitz : il ne doit rien attendre de la population. Peu importe en réalité ce qu'ils pensent de lui, le voir vivant prouverait qu'il a usé d'une terrible et odieuse magie. Il signerait une nouvelle fois sa mise à mort : « on te pendrait au-dessus de l'eau et on brûlera ton cadavre, ou bien on le démembrera ; en tout cas, les gens veilleront à ce que tu sois mort pour de bon et que tu le restes, cette fois ».

Pognes est un bon exemple de cette peur. Quand Fitz le croise à Gué-de-Négoce, son ancien ami est choqué et craintif (« je m'attendais, je crois, à ce qu'il éclate de rire et me fasse signe de passer ; mais il continua de me dévisager, en blêmissant de plus en plus, au point que je pensais le voir défaillir »). Cette réaction est révélatrice du sentiment de peur puisque Pognes et Fitz ont été très proches. Ils ont partagé ensemble des moments compliqués (le deuil de Renarde, l'empoisonnement de Fitz dans les Montagnes) et, malgré tout, Pognes rejette Fitz. Il ne peut accepter sa survie. Fitz vit cela comme une énorme déception. Il est atteint car tous leurs liens sont effacés : « toutes nos années d'amitié, la longue routine du travail accompli ensemble à l'écurie, qu'il pleuve ou qu'il vente, tout cela balayé par un instant de terreur superstitieuse ». Fitz perd une partie de lui-même.

Loin, Molly est dans la peine. Elle n'a toujours pas accepté la mort de Fitz, d'autant plus qu'elle est enceinte. Leur séparation a été un moment pénible pour les deux. Il semblerait qu'elle ait voulu placer Fitz devant ses responsabilités ; elle espérait sans doute qu'il fasse le bon choix et place Molly avant ses devoirs royaux. Cela ne s'est pas déroulé comme ça, et Molly ne peut que pleurer : « Fitz, Fitz ! Pourquoi es-tu mort ? Pourquoi m'as tu abandonné ? Ce n'est pas ainsi que ça devait se passer ! Tu devais te mettre à ma recherche, tu devais me retrouver pour que je puisse te pardonner ».

Ce n'est pas vers Molly que Fitz s'est tourné mais vers Vérité. Il désire retrouver celui qu'il considère comme son roi et l'aider dans sa recherche des Anciens. Il fait escale à Jhaampe, gravement blessé. Là, il retrouve le Fou. Son ami ne le reconnaît pas. Cela est une preuve que les différentes épreuves traversées par Fitz (sa mort, le voyage) l'ont bien changé. Le Fou s'interroge et s'en veut presque : « ce qu'on m'a fait, Fitz ? Grands dieux, et toi, que t'a-ton fait pour te marquer ainsi ? Que m'est-il arrivé pour que je ne te reconnaisse même pas alors que je te portais dans mes bras ? » Apprendre la mort de Fitz a plongé le Fou dans une grande torpeur, une grande résignation. Il a cessé d'être le Prophète blanc de son époque pour devenir un simple fabricant de jouets.

Umbre, lui, a su que Fitz avait survécu aux traitements de Royal mais le pensait mort puisque Burrich avait trouvé un cadavre dans la cabane où ils vivaient. Cela a grandement marqué le vieil espion : « quand Burrich m'a annoncé qu'ils avaient trouvé ton cadavre, j'ai cru que mon cœur allait se briser. Nos derniers mots avant notre séparation... »

Des années plus tard, Fitz a cédé la place à Tom Blaireau. Il vit sous une nouvelle identité au château de Castelcerf. FitzChevalerie Loinvoyant semble être un homme enterré, une figure du passé. Pourtant, il n'a pas été oublié et quelques uns le pleurent encore. Brodette et Patience le croisent par hasard et leurs réactions montrent qu'elles ne l'ont pas oublié. Brodette remarque que « c'est lui ou son fantôme. Il ressemble trait pour trait à son père au même âge ». Patience, elle, lui fait des reproches (« Seize ans. Tu peux me rendre seize années de ma vie ! (…) Seize ans, et pas une visite, pas un mot. Tom, Tom, mais qu'avais-tu donc dans la tête ? »). On voit là tout l'attachement de Patience pour Fitz. Derrière cette réaction outrée, on perçoit un amour sincère.

Des années plus tard, grâce à l'intervention d'Elliania et de Kettricken, Fitz est réhabilité. Il peut sortir de l'anonymat et révéler à tous qu'il est toujours vivant. Astérie participe à lui construire une vie de légende en disant qu'il était avec les Anciens. La foule est emballée par l'histoire et applaudit son retour. Les réactions à la survie de Fitz semblent unanimement positives. Quelques unes méritent d'être soulignées. Célérité montre que Fitz a toujours conservé une place particulière dans son cœur en disant que « je n'ai jamais douté du vous, vous n'auriez pas dû douter de moi ». Le petit-fils du soldat Lame est en colère. Il reproche à Fitz d'avoir caché le fait qu'il ait été vivant à un homme qui fut son compagnon d'armes et qui a dû vivre avec l'idée de l'avoir mené à la mort. En effet, c'est Lame qui a capturé Fitz le soir où il a été accusé d'avoir tué Subtil. Les mots sont durs : « Mon grand-père est mort convaincu de vous avoir envoyé à la mort ; jusqu'à la fin de ses jours, Lame a cru vous avoir trahi. A lui au moins, vous auriez pu faire confiance ».

La confiance... Fitz a eu bien du mal à l'offrir.