Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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mercredi 24 juillet 2019

Patience

 
Patience est introduite dans les premiers chapitres de l'Apprenti assassin. Comme Fitz, le lecteur ne sait pas exactement qui elle est ni d'où elle vient et son histoire, plus complexe que ce qu'on peut croire, sera développée au fur et à mesure des romans.

Épouse du prince Chevalerie, elle n'a pas la vie facile à la cour (elle est moquée pour ses pratiques, sa façon d'être et ses passions), d'autant plus qu'elle doit voir quasiment chaque jour le visage d'un homme qu'elle a aimé et qui l'a rejetée : Burrich. Ce triangle amoureux assez bizarre aura résisté au temps, sans doute parce que deux des protagonistes ont fermé leur cœur à double tour et mis leurs peines de côté.
Quand Fitz nait, Patience et Chevalerie quittent la capitale et se retirent dans la paisible campagne des Six-Duchés. Mais, Patience ne parvient pas à éviter la mort (ou l'assassinat) de son mari et décide de revenir à Castelcerf pour protéger Fitz : c'est une preuve indéniable de son grand cœur puisqu'elle avait toutes les raisons de détester le bâtard royal. C'est un personnage de premier plan qui revient dans les intrigues politiques. Grâce à elle, Fitz est formé à l'Art. Grâce à elle, Fitz s'intéresse à un tas de choses, des plantes à l'histoire. Grâce à elle, Fitz retrouve Molly à son retour des Montagnes.

Patience assume ses extravagances, ses convictions et son comportement. Elle n'a pas peur et se moque de ce qu'on dit d'elle. Elle a déjà assez bien souffert des silences de Chevalerie de retour de mission et des non-dits de la famille royale. On en a la preuve à la fin de la Nef du crépuscule lorsqu'une vague d'obscurité s'abat sur les Six-Duchés et que Royal prend le pouvoir à la faveur d'un coup d'État. Alors que beaucoup refusent de s'opposer au nouveau Roi, elle (et Dame Grâce) rappellent à tous l'importance de Fitz et son sans royal, Patience empêche sa mise à mort immédiate. Quand Fitz décide de cesser de vivre dans son corps, elle prend soin de la dépouille du bâtard de son mari.
Précisons que depuis son retour au château, elle a tout fait pour traiter et considérer Fitz comme si il était son fils. Elle a fait en sorte qu'il ait un bon enseignement et droit à ce que son rang permet. Contrairement à d'autres, elle ne le tient pas pour responsable de la mort de Chevalerie et de son renoncement aux autres. Elle sait aussi être ferme, elle interdit à Fitz et Molly de se fréquenter alors que les deux adolescents brûlent de passion. Elle sait se cacher derrière une apparence légère et lunatique pour déjouer les plans de ses ennemis et parfois de ses amis : les imprudents la considèrent à tort comme quantité négligeable alors qu'elle est une redoutable adversaire.

Les Pirates Rouges sèment la peur sur les mers et dans les terres. Aucune autorité ne semble en mesure de les arrêter, Royal est perdu dans ses drogues et ses peurs injustifiées vis-à-vis de Fitz et Vérité, les nobles et ducs doivent fuir à l'image de Félicité et Célérité qui résistent cachées dans des grottes.
Une figure de ralliement émerge alors : elle prend la place du responsable fantoche de Castelcerf et organise les troupes, le ravitaillement et les soins. Elle ne se contente pas de puiser dans les fonds du royaume, elle donne de son propre argent et plus encore de son énergie et d'elle-même. Elle est à la pointe du combat et il n'est donc pas étonnant de la retrouver quand Vérité-le-Dragon vient enfin sauver son peuple.

Patience aura donc survécu à la cour de la Reine Désir, aux machinations de Royal, aux bêtises de son époux et secrets des Loinvoyant, aux Pirates Rouges et à la maladresse de Fitz. Elle fait partie de ces personnages qui semblent faibles mais qui révèlent une force de caractère étonnante (comme Célérité, d'ailleurs celle-ci aurait très bien pu devenir une future Patience si elle s'était retrouvée au centre de l'intrigue, ce qu'on sait d'elle nous montre en tout cas qu'elle a continué d'évoluer sur un droit chemin en faisant d'elle quelqu'un de respectable).
Les moments forts de Patience sont sa première rencontre avec Fitz, ce qu'Umbre rapporte de sa conversation avec Subtil, un bon nombre de ses rencontres avec Fitz (notamment celle où on apprend qu'elle est revenue au château royal pour prendre soin de lui malgré les dangers) et tout ce qu'elle a entrepris pour aider les Six-Duchés durant la guerre des Pirates Rouges.

Patience aura essayé d'écarter Fitz de Molly ou inversement, sans doute parce qu'elle pense que cette relation ne peut apporter que de la souffrance aux deux. L'époque est troublée et tous les deux sont mal acceptés au château : un parce que c'est un bâtard et l'autre parce que c'est une servante. Le Roi ne tolèrerait jamais un tel mariage. Malheureusement pour elle, les deux jeunes gens n'en feront qu'à leur tête. Sans doute aussi se rappelle-t-elle ce qu'est de voir un amour brisé : après tout, Burrich ne lui a guère laissé le choix en décidant de stopper leur histoire.
Enfin, on ne peut pas parler Patience sans évoquer Brodette, sa fidèle amie, une autre femme bien plus talentueuse que ce que laissent croire les impressions. Elle est de bon conseil, quasiment l'égal de sa maîtresse et elle lui sert de protectrice (on en a un aperçu à quelques reprises).

samedi 25 mai 2019

Insultes et autres attaques

On ne peut pas dire que la relation entre Fitz et Astérie a été un long fleuve tranquille. De leur rencontre à leur première séparation il a toujours plané au dessus d'eux le nuage du désir et le besoin d'Astérie de se sentir importante : pour elle-même, pour Fitz et pour la postérité.
Après la libération des Six-Duchés par Vérité, Fitz se coupe du monde. Il a déjà été trahi par Burrich et abandonné par Molly. La ménestrelle est la seule personne de son ancienne vie à lui rendre fréquemment visite, elle est son lien régulier avec le monde extérieur. Et entre autres choses, ils deviennent amants.
Quand l'Histoire rattrape Fitz, ce n'est pas vers elle qu'il se tourne mais le Fou, cet être qu'elle juge curieux et pour qui elle a toujours éprouvé de la jalousie. Très vite, les choses s'enveniment entre les deux et les paroles blessent. C'est un festival de paroles méprisantes, d'attaques gratuites. Astérie ne comprend pas le besoin de Fitz de rester à tout prix dans l'ombre, de vivre comme un misérable, comme un simple serviteur alors qu'il pourrait avoir ce qu'il veut. Et, comme d'autres (Devoir, Civil), elle questionne la sexualité du Fou et pense que les deux vieux amis sont partenaires dans l'intimité.


Lorsque Fitz revient des Montages, c'en est définitivement terminé du jeune homme innocent, d'ailleurs déjà largement entamé par l'enseignement du maître d'Art Galen.
Royal veut le tuer, Subtil le regarde faire. Lâché par le trône, il revient misérablement à Castelcerf avec Vérité et Burrich. C'est un homme affaibli qui ne maîtrise même plus son corps (et son esprit). Pire, il a vu son amour en très mauvaise posture : Vasebaie, le village où Molly avait cherché refuge après la faillite de sa boutique, a été attaqué par les Pirates Rouges.
Sa surprise est donc totale quand il la retrouve dans les couloirs du château en tant que servante. Pour justifier cela et son état, il lui sort des explications qui ne peuvent que paraître fumeuses. Molly, dont l'existence jusque là n'a été que moqueries, prend la mouche, d'autant plus qu'il apprend qu'il lui a menti et qu'il est de sang royal.


 
Dans toute la saga, Royal est peut-être l'ennemi le plus emblématique de Fitz. De sang royal comme lui (il est son oncle), il ne supporte pas la vue du bâtard et profite de chaque occasion pour le lui montrer. Il tente même de le tuer à plusieurs reprises. Après une tentative de meurtre avortée dans les Montages, Royal emploie une autre stratégie pour prendre le pouvoir. Il rassemble ses pions pour isoler Vérité et Fitz. Quand son frère décide de partir en quête des Anciens, il appuie sa demande afin se retrouver libre d'agir à Castelcerf. Il réorganise la garde royale et gère les affaires du Royaume, Subtil n'étant plus qu'un pantin.
Fitz a le malheur de s'immiscer dans ses affaires en donnant son avis sur les animaux des écuries. Mal lui en prend car même pour une affaire bénigne en apparence, Royal emploie ses talents d'orateur, lui l'homme à la langue si agile. Les mots claquent et il n'a que mépris pour Fitz et ses parents. Il se moque de sa manie de vivre avec les gens du peuple et parmi les animaux.


Althéa Vestrit a été lésée par Kyle Havre et ses propres parents. La vivenef de la famille, la Vivacia, a été injustement accordée à Kyle. Althea a beaucoup de rancune pour ce choix qui va radicalement changé sa vie. Mais, elle ne baisse pas les bras et au contraire elle fait tout pour montrer qu'elle est un marin respectable.
Puisqu'il faut un membre des Vestrit à bord du navire, Kyle arrache Hiémain (le neveu d'Althéa) de son monastère et le force à monter à bord dans un environnement qui s'avèrera nuisible.
Il le marque comme un esclave, le fait traiter comme un moins que rien. Après moult aventures, Hiémain rencontre le pirate Kennit. Par la suite, le hasard (ou le destin) fait que les trois se retrouvent à bord du même bateau.
Profitant de la faiblesse d'Althéa, Kennit la viole. Quand Althéa le dénonce et le confronte, son propre neveu ne la croit pas. Il se moque même de ses crises de colère en lui disant qu'elle a toujours été une sauvageonne, une marginale. Déjà violée par Devon, Althea ne peut compter sur le soutien de personne, même pas ceux d'Etta et Parangon qui savent pourtant ce qu'elle a subi, Jek lui offrant un geste d'affection minimale.


jeudi 27 décembre 2018

Les Loinvoyant contre Fitz

Fils de Chevalerie et d'une femme des Montagnes, Fitz est très vite plongé dans les intrigues de la couronne. Un de ses premiers souvenirs d'enfant est une conversation entre Royal et Vérité sur l'ordre de succession, et sur l'utilité ou non de le ramener à Castelcerf (ou donc de se débarrasser de lui).

Quand il arrive au château de la capitale, le Roi Subtil lui fait suivre des cours d'assassinat et de diplomatie auprès d'Umbre, un vieil ermite et accessoirement bâtard. Celui-ci lui offre peu de choix et lui explique clairement que seule sa formation secrète lui permettra de survivre. On en a une belle illustration quelques temps après la mort de Chevalerie, le père de Fitz (« nous sommes toujours en danger et vulnérables ; nous sommes toujours bons à sacrifier, sauf quand nous représentons une nécessité absolue pour la sécurité des autres »)

Il apparaît que les principaux opposants et ennemis de Fitz sont des membres de sa famille : Royal, la Reine Désir et celui dont on apprendra plus tard qu'il est son fils, Galen. Ces trois individus cherchent à le tuer parce qu'il est un dérangement dans leur plan : il perturbe la lignée de succession, il cherche à acquérir des compétences qui devraient lui être refusées vu son statut de bâtard.
Mais, il serait trop simple d'avoir une vision binaire des choses en ayant les bons Loinvoyant d'un côté et les mauvais Loinvoyant de l'autre. Les premiers peuvent prendre, avec les meilleures intentions possibles, des décisions qui mettront en péril la vie de Fitz.
Vérité est l'oncle préféré de Fitz. Quand Umbre met le bâtard à la disposition du Roi-servant, ce dernier, pris dans son enthousiasme et sa volonté de protéger le royaume des Pirates Rouges, ne se rend pas compte, ou trop tard, de la méconnaissance de Fitz à propos de l'Art (« si je ne m'étais pas aperçu de ton ignorance et si je ne m'étais pas retiré à temps, j'aurais pu te tuer »).

La relation entre Fitz et Subtil a changé au fur et à mesure que les années s'écoulaient. Le Roi, en le faisant former, lui a montré qu'il avait de l'importance. Il lui fait un grand honneur en lui donnant n bijou qui lui permet d'accéder aux appartements royaux quand le besoin se fait sentir. Cependant, deux événements vont tout changer : la tentative d'assassinat de Royal dans les Montagnes et le cas Molly.

Dans les Montagnes, l'apprentissage secret de Fitz est dévoilé aux dirigeants montagnards. Craignant qu'il ne soit venu tuer Rurisk, la princesse montagnarde décide de prendre les choses en main et empoisonne l'illégitime rejeton royal. Affaibli, Fitz tente par le biais de l'Art et d'Auguste (un cousin) de contacter Subtil mais le Roi des Six-Duchés se montre froid et distant. Capturé par l'ambitieux prince Royal, il est molesté et laissé pour mort. Grâce à Fouinot, son ancien chien du Vif, il parvient à survivre. Quand il retourne à Castelcerf et demande légitimement des explications, il se heurte à un mur :
  • Vérité affirme qu'il est impuissant. La décision lui est imposée, c'est la volonté du Roi (« c'est mon frère. Et le fils de mon père. Son dernier fils, son préféré »)
  • Selon Umbre, envisager de demander des comptes, poser des questions, est presque de la trahison (« et lui en poser ne fût-ce qu'une seule aurait constitué la pire trahison envers notre serment d'allégeance »)
  • Subtil apparaît totalement déconnecté de la situation et de la profondeur de la rivalité entre Fitz et Royal (« parfois, les jeunes gens ambitieux font des bêtises ; quand on leur démontre leurs erreurs, ils s'excusent (…) La vie continue son cours normal »)
Autrement dit, le Roi Subtil décide de traiter les tentatives de meurtres et de prise de pouvoir de Royal comme de petites péripéties sans importance et qui ne méritent aucune punition.

Molly n'est pas de sang royal, elle est une simple chandelière, fille d'un ivrogne. Elle (et d'autres enfants) ont été les compagnons de jeu et d'évasion lors des premières années de Fitz à Bourg de Castelcerf. Ils lui permettaient de se changer les idées, de quitter l'atmosphère pesante du château, et même ça Umbre (et surtout Burrich) ont du mal à l'admettre.
En grandissant, les deux jeunes gens ont continué à se fréquenter et sans s'en rendre compte la nature de leur histoire s'est transformée.
Pendant que Fitz servait de défouloir dans les Montagnes, Molly voyait ses rêves s'envoler, s'évanouir (son père croule sous les dettes). Elle finit à Vasebaie qui sera massacrée et ravagée par les Pirates Rouges.
Par un heureux hasard, elle deviendra servante à Castelcerf, et malgré les avertissements de Patience, Fitz se met en tête de la conquérir. Les deux s'avouent leur amour (même si apprendre qu'il est le fils d'un prince a été un choc et une surprise, presque une trahison pour Molly). Malheureusement pour eux, les Loinvoyant ne réfléchissent qu'en terme d'avantages politiques et le mariage de Fitz avec une simple servante n'en offre aucun, c'est du gâchis.
C'est Royal qui agit dans un premier temps. Trop content de pouvoir faire du mal à Fitz, il s'approche de Molly et lui propose un dédommagement pour qu'elle parte (« de l'argent pour que je m'en aille et que je ne parle plus jamais de toi ni de ce qui s'était passé entre nous »).
C'est ensuite un Subtil certes affaibli et intoxiqué à la Fumée qui l'offre au duc Brondy, et à sa vaillante et courageuse fille, Célérité. Il fait clairement comprendre à Fitz qu'il n'acceptera pas une union avec Molly, et que lui seul peut décider de sa vie personnelle (« je t'avertirai quand tu pourras commencer à la courtiser ») ; les mêmes propos sortent de la bouche d'Umbre.
Le Roi se moque même de la relation et ne voit là qu'une simple amourette (« Bah, les hommes sont tous jeunes un jour »).
Quant à Umbre, il prévient que la royauté ne tolèrera pas le mariage et que si jamais ils désobéissent leur vie sera très compliquée et périlleuse. Au final, il conseille à Fitz d'abandonner (« il vaudrait peut-être mieux que tu renonces à elle »).

Le cours des choses, l'avancée inexorable des Pirates Rouges et le serment de Fitz entraîneront la fuite de Molly qui le quittera. Lorsque Royal manigancera la mort de Subtil, c'est Fitz qui sera injustement accusé et condamné : ni Umbre ni Vérité (déclaré mort) ne pourront l'aider.



mardi 1 mai 2018

Conclusions


La Farseer Trilogy se termine avec un Fitz coupé du monde. Alors qu'il a permis aux Six-Duchés d'être sauvé de la menace des Pirates Rouges, il se retrouve à devoir observer de loin la femme qu'il aime vivre avec son père de substitution (Burrich). Notons au passage que le maître des écuries n'a pas eu beaucoup de scrupule, cette fois-ci, à prendre la femme d'un autre, alors qu'il a enfermé à double tour son amour pour Patience.

La Reine solitaire se conclut donc sur Fitz vivant dans une petite maison près de Forge, avec son loup Oeil-de-Nuit, son fils adoptif Heur, loin des affaires du trône et recevant de temps en temps la visite d'Astérie. Ce n'est pas pour autant la solitude le plus grand mal qui ronge le bâtard Loinvoyant. Doué de l'Art, témoin des prouesses et de la transformation de Vérité en Dragon, il n'a qu'une envie : (« Nous rêvons de sculpter notre propre dragon »). Peut-être rêve-t-il aussi de rejoindre son ami et son mentor, Vérité, là où il se trouve ; on a d'ailleurs à ce sujet quelques indications dans les premiers chapitres du tome sept (Le prophète blanc) où Fitz se lamente sur l'absence de réponse de la part de Vérité le Dragon et plus largement de n'importe qui possédant l'Art. A ce titre, il se perdra bien souvent dans le courant d'Art… Est-ce là une preuve de sa volonté d'en faire partie ?

Il faut mentionner le Fou. Quand les Dragons des Anciens sont libérés de leur immobilité, le Fou s'en va avec eux, en direction de Castelcerf. Puis, c'est la grande inconnue : Fitz n'a aucune idée de l'endroit où il est, aucun moyen de le contacter. Rien. Le bâtard écrit clairement à quel point son ami lui manque. La même situation se reproduit au début de la trilogie Le fou et l'assassin ; il a compté les années qui le séparent de son ami.

La fin de la Tawny Man Trilogy est aussi marquée par des Dragons (des vrais cette fois-ci), Molly et le Fou. Certains événements vont se dérouler différemment.

Comme dans la première trilogie, Fitz chérit les souvenirs des moments vécus avec le Fou. Mais là où dominaient un manque et le besoin de le revoir existe à présent une espérance que, quel que soit l'endroit où il se trouve, le Fou aille bien.
Car, la grande différence est que le Fou a retrouvé Molly. Plus que l'ordre de Burrich d'aller voir Molly (un peu glauque, Molly est elle un bout de viande qu'ils se partagent ?), c'est un ensemble de petites choses qui a permis la réunion des deux : intervention de Patience (dont le rôle est sous-estimé tout le long de la saga), remarques de Molly sur la passivité de Fitz, le trône royal ne semble plus avoir besoin des talents d'assassin et d'espion de Fitz et peut donc le laisser tranquille.
C'est aussi et malheureusement selon le point de vue l'absence du Fou qui permet à Fitz et Molly d'avoir une vie commune. Non seulement, l'ancien bouffon du Roi Subtil avait la manie de le plonger dans des aventures dangereuses mais en plus sa présence aurait vraisemblablement créé un déséquilibre dans leur relation. Molly ne l'a jamais vraiment connu et son caractère aurait fait qu'elle en veuille à celui qui l'a tant privée de l'être aimé. Le dernier cadeau du Fou aura été de rendre à Fitz les souvenirs et les émotions qu'il avait enfouis dans un dragon de pierre.

Pour autant, Molly était elle le choix idéal ? Via Oeil-de-Nuit, on sait que le trio formé du loup, du fou et du bâtard forment un être complet. Il le dit au début du tome Le prophète blanc après avoir admis le Fou dans la meute (voir la Reine solitaire). Cet être unique naîtra à la fin d'Assassin's fate.
Et toujours grâce au compagnon de Vif, les interrogations sont fortes lorsqu'il dit que Kettricken aurait été une compagne idéale pour Fitz. Mais, la montagnarde le dit elle-même : Fitz ne l'a jamais vue. Il la considère avant tout comme l'épouse de Vérité, sa Reine, une chasseuse remarquable et une amie.

Assassin's fate voit Fitz vivre ce qu'a vécu Vérité.Tandis qu'il donne forme et consistance à son loup de pierre, il devient insensible à ceux qui l'entourent. Il brise à nouveau le cœur de ses deux filles, notamment celui d'Ortie qui ne rate pas une occasion de lui dire à quel point il était absent et qu'il n'a jamais été véritablement un père. Ce n'est pas très étonnant de sa part car hormis son intervention pour convaincre Tintaglia de payer sa dette à Devoir, elle a toujours été montrée quelque peu aigrie envers Fitz.

Le loup de pierre est donc la fusion de Fitz, d'Oeil-de-Nuit et du Fou. On sait que ce dernier a eu plusieurs avatars, identités. Ambre est celle qu'il a revêtu dans la dernière partie de la trilogie et c'est aussi celle que Fitz aime le moins. Elle lui rappelle bien entendu la terrible dispute qu'ils ont eue (voir Serments et Deuils) mais c'est surtout au niveau du caractère que ça coince. Ambre est prête à tout pour arriver à ses fins et ne fait presque aucun cas des sentiments et des besoins des autres. Elle n'a même pas l'excuse de s'être vidée dans un dragon de pierre ou d'avoir été forgisée.

Assassin's fate est aussi la seule conclusion où le roman ne se termine pas sur Fitz. Grâce à la double narration, on suit le petit groupe constitué autour d'Abeille. Elle semble avoir appris de ses erreurs et des observations de son père. Les deux ont vécu une enfance compliquée, très tôt impliqués dans les aventures et les meurtres. Mais là où le Fitz se referme (Reine Solitaire, notons aussi qu'il a donné certaines se des peines à la Fille-au-dragon et que ça a joué sur son futur comportement et que le Fou est parvenu à empêcher qu'Abeille répète cette erreur), elle semble s'ouvrir un peu et devenir moins méfiante, surtout qu'elle est entourée de gens qu'elle apprécie dorénavant, notamment Heur et Persévérance.


dimanche 10 décembre 2017

Extrait de La nef du crépuscule

Pourtant, aujourd’hui encore, quand la douleur se fait trop présente et qu’aucun simple ne parvient à l’apaiser, quand je regarde le corps qui enferme mon esprit, je me rappelle mes jours de Loup ; pour moi, ils ne durèrent pas quelques journées mais toute une saison de vie. Leur souvenir me réconforte et me tente aussi. Viens, viens chasser avec moi, souffle une voix dans mon cœur ; dépouille-toi de ta souffrance, que ta vie soit tienne à nouveau ; il est un lieu où tout temps est maintenant, où les choix sont simples et ne sont jamais ceux d’un autre.


Les loups n’ont pas de roi.

lundi 30 octobre 2017

Neuf moments forts de la Farseer trilogy

  • Je roulai sur le ventre ; incapable de me mettre debout, je parvins à ramper – lentement, sans même me soulever complètement, je me traînais sur les pierres. L’esprit ancré sur une seule idée, je me mis en route vers le mur bas ; j’avais l’intention de me hisser sur un banc et, de là, sur le sommet du mur. Ensuite, la chute. Et rideau.

A ce moment du récit, Fitz a entamé sa formation d'artiseur auprès de Galen, le Maître d'art. Mais Galen le déteste, ne fait que l'insulter et le frapper. Il lui reproche sa condition de bâtard, la souillure de son sang et de son rang. Lors d'un exercice, le comportement de Fitz lui déplaît et il le roue de coups, le laissant pour mort. Le bâtard royal récolte en plus mépris et crachats des autres élèves du cours. Fatigué, épuisé, il décide de se suicider, de faire le grand saut. Il faut préciser que le suicide est mal vu dans ce pays, une marque de lâcheté. Si Fitz ne saute pas, c'est uniquement parce que Martel, son chien de Vif, résonne dans son esprit.

  • Rendors-toi, répondit-il. Galen est mort et j’ai serré la bride à Royal. Tu n’as rien à craindre. Rendors-toi et cesse de rêver si fort.

Quelques temps, Fitz est parvenu à déjouer un complot. Il a réussi à avertir Vérité avant que Royal ne s'empare de Kettricken (la future femme de Vérité), des Montagnes et monte d'un cran dans l'ordre de succession en éliminant Vérité. Mais, le prix à payer a été élevé. Non seulement Fouinot est mort mais en plus Fitz a de graves séquelles physiques : il perd le contrôle de son corps, sombre dans un pessimisme qui énerve ceux qui l'entourent.
On a là une première illustration de ce qui est demandé à Fitz en tant qu'homme lige du roi. Il doit tout donner de lui, même sa vie, si la situation l'exige.

  • « Naturellement, lorsqu’on boit et qu’on chante, on ne voit pas le sang, on ne sent pas l’odeur de la chair brûlée, on n’entend pas les cris. Mais cela se comprend : avez-vous déjà essayé de trouver une rime à « enfant écartelé » ? Un jour, quelqu’un a proposé « au crâne martelé », mais le vers ne passait toujours pas très bien. »

Le Fou et Subtil (Fitz est présent à travers l'Art et prend parfois possession du vieux Roi) sont témoins de l'attaque de Vasebaie. Fitz est inquiet car il a vu Molly là-bas et demande au Fou de se servir de ses talents (prophétiques) afin de savoir si celle qu'il aime est vivante. Le Fou hésite, renâcle et finit par obtempérer. Il ne décrit alors qu'horreur et carnage, les Pirates Rouges sont passés par là et la ville est attaquée, brûlée.

  • Elle était toute petite, avec des cheveux châtains et lisses et des yeux sombres. Son corps était encore tiède et souple et c’était horrible. Je la pris contre moi et repoussai les cheveux de son visage, un petit visage, une petite bouche avec des dents de bébé, des joues rebondies. La mort n’avait pas encore obscurci son regard et les yeux braqués sur les miens semblaient contempler une énigme au-delà de toute compréhension.

Puisque les forgisés errent sur les routes, Vérité et Subtil demandent à Fitz de leur offrir une mort miséricordieuse par le poison. Lors d'une ses chasses, il tombe sur trois hommes en train d'attaquer une gamine. Il se jette sur eux, accompagné d'Oeil-de-Nuit pour tenter de la sauver. Mais c'est trop tard car elle mort. Toujours est il que la scène est une boucherie ; Fitz s'étant servi de toutes les armes possibles, même de sens dents. Et le loup a mordu, griffé. Cette scène montre aussi l'impuissance des Loinvoyant à protéger leur peuple, la futilité de leurs réactions et contribue à montrer que Fitz continue à se jeter corps et âme dans ce combat, cette guerre.

  • « Je dois te faire un aveu : il y a quelqu’un d’autre dans ma vie, maintenant ; quelqu’un qui est pour moi ce que ton roi est pour toi, quelqu’un qui passe avant ma propre vie, avant tout ce qui m’est cher. Selon tes propres paroles, tu ne peux pas m’en vouloir. » Et elle me regarda. J’ignore ce qu’elle vit sur mon visage, mais elle détourna les yeux comme si elle ne le supportait pas.

Molly et Fitz sont deux amis d'enfance devenus amoureux puis un couple. Et leur relation n'est pas évidente car Fitz a tant de secrets à cacher, tant de choses à faire passer avant Molly. Celle-ci supporte les choses tant bien que mal. Il y a déjà une première alerte quand son amoureux lui apprend qu'il est promis à une autre (Célérité). Finalement, ils se séparent alors que Fitz est pris dans un tourbillon d'événements. Leur rupture se fait dans l'ombre, dans un escalier, un symbole de leur histoire où ils ont tout le temps dû se cacher. Ce que Fitz ne sait pas à ce moment-là est que Molly est enceinte (et la jeune femme sait que même pour son bébé Fitz sera incapable de rompre avec les Loinvoyant). Elle s'en va, laissant un Fitz anéanti.

  • Mon jeune assassin, qu’ai-je fait de toi ? Comment ai-je pu ainsi pervertir ma propre chair ? Tu ignores à quel point tu es jeune encore ; fils de Chevalerie, il n’est pas trop tard pour te redresser. Relève la tête, vois au-delà de tout cela.

Ce sont quasiment les derniers mots du roi Subtil qui meurt devant Fitz. Alors qu'il tente de contacter Vérité par l'Art (ce dernier est parti en quête des Anciens), il est tué par les artiseurs fidèles à Royal qui pompaient son sang et son énergie comme des parasites. Dans un dernier souffle, il témoigne enfin à Fitz d'un réel amour (un peu comme dans leur scène où il le prend officiellement sous sa coupe) : ce sont presque des excuses adressées. Après tout, il a tant demandé à Fitz sans jamais lui accorder en retour ce que le bâtard demandait. Quand Fitz demande à épouser Molly, il l'offre à une autre. Il y a aussi les regrets à voir un autre enfant Loinvoyant sacrifié : Vérité éloigné, Auguste inutile, Umbre vivant dans l'ombre.

  • Puis un loup pivote d’un coup et s’enfuit, la queue entre les jambes, se sauve tout seul sur la neige, loin de trop d’étrangeté. Il s’arrête au sommet d’une colline pour pointer le museau vers le ciel et pousser un hurlement. C’est l’injustice qui le fait hurler.
Quand Fitz est torturé par Royal, Umbre et Burrich mettent en place un stratagème pour le sauver. Ils lui demandent de mourir ou plutôt de laisser son corps derrière lui et aller en Oeil-de-Nuit, grâce à une vieille pratique du Vif. Plus tard, Royal s'est lassé de Fitz et Patience a pu récupérer le corps, soigner les blessures du cadavre et enfin l'enterrer. Comme de vieux charognards, Umbre et Burrich déterrent le corps et récupèrent l'esprit de Fitz.
C'est donc un Oeil-de-Nuit victime de l'égoïsme des hommes qui voit Fitz le quitter. Il ne comprend pas ce qui lui arrive, seulement que son compagnon de lien le quitte. Pour Fitz, c'est le retour aux intrigues et l'abandon d'un corps en parfaite santé, d'une vie où on ne lui demandait rien et il pouvait enfin vivre.

  • REJOINS-MOI !

Le cri du coeur de Vérité. Loin, dans les Montagnes, il assiste au piège dans lequel Fitz tombe quand il s'en va tuer Royal. Pris au piège, cerné, Fitz s'empoisonne et se prépare à mourir, ne voulant pas que ses ennemis trouvent Vérité. Conscient de ce que Fitz fait, Vérité se révèle dans l'Art et exerce sa puissance. Tous ceux qui menacent Fitz sont frappés et envoyés au sol, permettant au bâtard de s'échapper et rejoindre son oncle.

  • Je n’oublierai jamais, je crois, ce dernier sourire qu’il m’adressa par-dessus son épaule. Ses yeux se tournèrent une ultime fois vers sa reine, puis il appuya fermement ses mains sur la tête ciselée et il disparut sans quitter Kettricken du regard.

Là, il s'agit du sacrifice du roi Vérité. L'homme est prêt à tout laisser derrière lui pour sauver son royaume des Pirates Rouges. Parti en quête des Anciens, il s'est rendu compte de l'impossibilité de la tâche et s'est mis en tête de construire son propre dragon. Or, il est impossible de survivre à cette tâche puisque cela nécessite l'abandon de sa vie. Or, ce n'est pas une opération brutale et rapide. Il faut, en même temps qu'on le sculpte dans la pierre, y verser tous ses souvenirs, toutes ses émotions, tout ce qui fait de vous un être humain.
Fitz, Kettricken et d'autres retrouvent donc un Vérité hagard, loin de l'homme qu'ils connaissaient à Castelcerf. A l'incompréhension de la situation succède vite un sentiment d'urgence car Royal l'Usurpateur veut s'emparer de la carrière aux Dragons. Vérité s'en va et Vérité le Dragon apparaît. Il part livrer sa guerre contre les Pirates Rouges. Pour autant, il a conscience de tout ce qu'il a demandé à sa femme et à son neveu. A Fitz, il a présenté ses excuses et laissé une épée, à Kettricken il laisse un futur héritier.


samedi 2 septembre 2017

Quelques personnages secondaires de la farseer trilogy

Commençons avec Dame Grâce. Cette jeune femme issue du peuple se trouve propulsée au plus haut rang, à savoir Duchesse. Mais, elle n'a pas le comportement qui va avec et son Duc passe son temps à la couvrir de bijoux ; cet argent gaspillé étant la cause d'une dispute qui demande l'intervention de Vérité. Ce dernier va donc régler le problème et ne se déplace pas seul. Il emmène, entre autres, Fitz dans ses bagages. Le bâtard va changer le destin de Grâce.
Un soir, il est affamé et va donc dans les cuisines se servir un bol quand il tombe sur une demoiselle qui porte un chien malade. Il le sauve (le chien pisse sur la dame) et finit par se rendre compte que la dame n'est autre que Dame Grâce ! Celle-ci, consciente qu'elle est supérieure à lui au niveau du protocole, pense que Fitz lui demandera des pièces d'argent ou une place. Non ! Il lui assène un discours un brin naïf mais qui a un fort impact sur la jeune femme (« car je serais fière de marcher sans ornement devant le roi et les gens du commun, sachant que les défenses qui protègent notre peuple sont les joyaux de notre terre »). Dès lors, c'est fini de la Grâce qui rougissait à chaque compliment. Nous la reverrons à deux autres occasions qui montreront à quel point elle est devenue une femme forte et importante. Quand Kettricken, Fitz, Burrich et les soldats s'en vont secourir Finebaie (attaquée par les Pirates Rouges), Fitz tombe sur Grâce et remarque que celle-ci est plus que digne de son rang (« on eût dit qu'elle portait ce titre depuis toujours »).
Enfin, il y a ce terrible moment où Subtil est tué. Fitz est emprisonné, suspecté et Royal cherche à le tuer par tous les moyens. Or, Grâce signale à tous que Fitz est de sang royal et lui offre un sursis. Il lui a fallu bien du courage dans cet atmosphère chaotique et enragé pour faire entendre sa voix.

Parlons ensuite de Célérité, la timide jeune fille. Si Fitz n'avait pas aimé Molly… C'est une fille discrète, effacée et dans l'ombre de son père, le duc Brondy. Elle tombe sans doute sous le charme de Fitz quand l'assassin royal vient au château de Brondy pour régler le problème Virilia (une guerrière qui se moquait de la prétendue faiblesse des Loinvoyant). Très vite, Brondy et Subtil arrangent un mariage entre Fitz et Célérité : « Célérité apportera un titre et de la terre, et votre union me fournit l'occasion de te faire le même cadeau. Je ne veux que ton bien ».
Tout le long des romans, on a l'impression que Fitz sous-estime Célérité, qu'il ne la considère pas. Certes, il aime Molly et la voit comme un obstacle. Il aura fallu des circonstances extraordinaires pour que le bâtard prenne enfin conscience de la force de la fille du duc : un coup d'état en préparation, des terres dévastées par les Pirates. Il voit « la volonté de fer que dissimulaient ses apparences d'enfant timide » et « c'était déroutant ».

Fouinot et Martel, deux chiens, ont été les deux premiers compagnons de Vif de Fitz. A l'époque, il connaissait très peu le fonctionnement de la magie. Les deux ont d'ailleurs comme point commun d'arriver dans sa vie dans des moments de solitude ou de grande difficulté. Il se lie à Fouinot au tout début de l'histoire quand son grand-père le remet à sa famille paternelle (celle de Chevalerie donc). Patience lui remet Martel au moment de l'apprentissage de l'Art.
Ce n'est pas évident d'avoir un compagnon de Vif quand Burrich est là. Le maître des écuries arrache Fouinot des mains du bâtard et l'envoie très loin dans les Montagnes. Quant à Martel, il est tué alors qu'il vient au secours de Burrich.
Fouinot nous offre un des plus beaux passages de la première partie de la Farseer Trilogy : « Fouinot était mort. Je crois qu'il avait donné sa vie librement, en se rappelant notre affection mutuelle lorsque nous étions chiots. Les hommes ne pleurent pas avec l'intensité des chiens. Mais nous pleurons de longues années. » Fitz cesse d'être un innocent jeune homme. Il ne sera plus jamais le même par la suite.


Chronologie de la farseer trilogy


Naissance de Fitz

+6
Fitz est remis par son grand-père maternel à Vérité puis celui-ci à Burrich
Abdication du Prince Chevalerie, Vérité et Royal montent d'un cran dans la succession du Roi Subtil

+9
Roi depuis dix-sept années, Subtil acquiert le Fou
Subtil fait de Fitz son homme-lige
Umbre entame la formation en tant qu'assassin de Fitz

+10
Décès de Chevalerie

+11
Décès de la Reine Désir
Intensification des raids des Pirates Outriliens

+13
1ère mission de Fitz et avènement de Dame Grâce
La ville de Forge donne son nom au terrible mal qui va ronger les Six-Duchés de l'intérieur : la forgisation 

+13/14
Forgisations de plusieurs villages dont Clos
A l'initiative des marchands de Castelcerf, des bateaux de patrouille escortent les navires le long de la côte
Patience, la veuve de Chevalerie, effectue son retour à Castelcerf

+14
Galen commence à former le nouveau clan d'Art

+14/15
Conflit entre le maître des écuries (Burrich) et le maître d'Art (Galen) devant les Pierres Témoins
Royal se met en quête d'une Reine-Servante pour son frère, Vérité
Fitz reçoit son nom d'homme (Changeur)
A la fête du Printemps, Galen présente le clan d'Art au Roi Subtil, les membres étant Auguste, Sereine, Justin, Guillot,Carrod et Ronce

+15/16
Fitz commence sa chasse aux forgisés
Mariage de Vérité et Kettricken.
Royal tente de tuer Fitz, Burrich et Vérité mais échoue. Galen meurt ainsi que Fouinot ; Royal en profite pour récupérer les livres d'Art.
Kettricken devient héritière du Royaume des Montagnes suite à la mort du prince Rurisk
Massacre de Vasebaie

+16/17
Début de la construction des navires de guerre des Six-Duchés
Vérité charge Royal de prélever l'impôt et de régler les éventuels problèmes internes
Fitz et Oeil-de-Nuit se rencontrent

+17
Fitz se rend à Castellonde (en Béarns) pour régler le problème Virilia, jeune femme qui menace l'unité du duché

+17/18
Suite à l'attaque de Ketticken par des forgisés, les environs de Castelcerf sont nettoyés dignement. Les victimes des Pirates reçoivent un dernier hommage
Création de la garde personnelle de Kettricken
Vérité remet à Kettricken le jardin de la Reine
Fitz ne parvient pas à sauver une petite fille des griffes des forgisés et des rumeurs sur son Vif apparaissent après examen des cadavres
Présentation des bateaux de guerre de Vérité

+18
Fitz demande à Subtil la permission d'épouser Molly, une servante. Le Roi refuse et lui offre une des filles du duc de Béarns : Célérité
Première victoire des troupes de Vérité à l'île de l'Andouiller, capture d'un bateau pirate
Vérité obtient de Subtil la permission de partir à la quête des Anciens
Suite à l'attaque de ville de Bac dans le duché de Béarns et alors que le Roi reste inactif, Kettricken offre ses bijoux personnels pour aider la ville et protéger les terres des mains des Pirates
Kettricken tombe enceinte. Le secret est gardé.
Suite à l'attaque de Finebaie, l'état de Kettricken devient public.
Vérité est déclaré mort
Molly, enceinte, quitte Fitz
Le Duc de Béarns engage Fitz dans une rébellion contre Royal
Royal est intronisé Roi-Servant
Le Roi Subtil meurt
Kettricken et le Fou fuient Castlecerf
Fitz tue Justin et Sereine mais est capturé, torturé et finit par se donner la mort
Royal devient Roi

+19
Fitz est ressuscité grâce à la magie du Vif
Royal transfère la capitale à Gué-de-Négoce et se met à la recherche de Kettricken, il lance le Cirque du Roi (arène où s'affrontent criminels, forgisés, animaux, etc) et vend des manuscrits d'Art aux Pirates
Umbre, dont la tête est mise à prix, écrit aux représentants du pouvoir de la Côte pour leur dire que Vérité et son héritiers reviendront les sauver
Patience devient Duchesse "de fait" en Cerf
Mort d' Oblat, fils de Kettricken et Vérité
Fitz qui a échoué à tuer Royal va à la recherche de Vérité dans les Montagnes
Naissance d'Ortie, fille de Molly et Fitz

+19/20
Fitz est capturé et mis sous la garde Ronce à Oeil-de-Lune ; la ville est détruite par un incendie suite à des différends entre contrebandiers et représentants de l'ordre
Fitz retrouve le Fou dans la capitale montagnarde où il est soigne de sa grave blessure au dos
Fitz, le Fou, Astérie, Oeil-de-Nuit, Kettricken et Caudron se lancent à la recherche de Vérité
Mort de Carrod, un des derniers vivants  du clan d'artiseurs
Vérité est retrouvé par Fitz et les autres
Eveil de Vérité-le-Dragon puis des autres Dragons.
Ronce meurt puis Guillot, tous les membres du clan ont disparu
Les Dragons libèrent les Six-Duchés puis portent la guerre dans les îles des Outriliens
Kettricken devient Reine des Six-Duchés. 
Royal prête allégeance puis meurt.
Fitz se retire du monde, laissant Burrich et Molly vivre ensemble




Fitz s'exprime

Robin Hobb nous propose de suivre Fitz de son adolescence. Celui-ci change, grandit physiquement, rencontre l'amour, se forge des amitiés et des ennemis. Il s'affirme également dans le discours. A la fin de la trilogie, il ne reste pas grand-chose du gamin qui répond timidement à Vérité quand le prince l'interroge sur son identité.
S'il n'est pas un modèle d'éloquence comme Royal, s'il ne jongle pas avec les mots comme le Fou, il sait quand même, si nécessaire, manier les mots.
A travers cinq exemples, nous allons voir Fitz dans différentes situations où il est amené à s'exprimer pour convaincre des individus.

« Car je serais fière de marcher sans ornement devant le roi et les gens du commun, sachant que les dépenses qui protègent notre peuple sont les joyaux de notre terre »

Fitz vient de commencer son apprentissage d'assassin quand le Roi Subtil lui confie une première mission : savoir la raison pour laquelle une tour de guet n'est pas correctement approvisionnée en fournitures et hommes. Il découvre rapidement que le noble dépense son argent pour contenter sa femme, et un soir il se retrouve seule avec Dame Grâce dans les cuisines du château. Alors qu'il vient de sauver le chien de celle qu'il prenait pour une simple servante, il se rend compte de qui elle est et la dame lui propose d'exaucer un vœu de son choix. Or, Burrich venait de lui raconter une anecdote sur Chevalerie (son père) et ses bijoux. Plus tard, on apprendra que Fitz a tout fait pour en apprendre sur son père ; il n'est donc pas étonnant qu'il ait été influencé par l'histoire racontée par le maître d'écuries. Il faut également prendre en compte la personnalité de Dame Grâce, sans aucun dote sensible aux propos de Fitz : elle est une jeune femme qui évolue dans un monde très différent du sien, sensible aux belles paroles, et qui vient d'endosser un costume de Dame. Elle cherche donc une façon de l'endosser pleinement. La référence aux gens du commun fait donc mouche.

« C'est mon peuple (…) Il y a très longtemps un vieil homme m'a dit qu'un jour je comprendrais quelque chose. Il a dit que les gens des Six-Duchés étaient mon peuple, que c'était dans mon sang de les protéger, de ressentir leurs blessures comme les miennes »

Ces quelques mots de Fitz sont d'autant plus marquants qu'il vient de subir un grand choc. En effet, une gamine vient de mourir dans ses bras, chassée par des forgisés. Lui-même en a laissé des morceaux de peaux et quelques blessures. A cette époque, Fitz est encore un jeune cheval fougueux, un pion qu'on est prêt à sacrifier pour telle ou telle mission périlleuse. Ce n'est pas un hasard s'il est entouré de ces deux mentors à ce moment-là ! Burrich et Vérité. D'ailleurs, Burrich doute du bien-fondé d'envoyer Fitz accomplir de telles missions. Le vieil homme nous évoque Umbre et les propos qu'il avait tenus lors de leur escapade à Forge. On peut aussi mettre en avant une différence, une opposition avec le prince Royal qui se moque de son attachement pour le peuple. Un peu plus tard, Fitz prendra conscience que le seul rempart efficace entre son peuple et la barbarie des pirates est l'effort d'Art du prince Vérité.

« Je ne suis pas roi, je ne suis pas prince, je ne suis qu'un bâtard, mais un bâtard qui aime Cerf (…) Que Royal courre se terrer dans l'Intérieur ; quand les chiens qui lui reniflent les talons seront partis, je serai à votre service »

Trahison ou non ? En tout cas, Fitz vient de faire sa déclaration d'intention lors d'un face à face avec le vieux duc Brondy. La situation est catastrophique : Vérité est partie à la chasse aux Anciens, Kettricken est une étrangère, Subtil est trop vieux et les duc refusent de faire confiance à Royal. Certains, ceux des duchés côtiers, se tournent donc vers Fitz pour qu'il prenne le pouvoir. C'est un exercice de réponse délicat qui attend Fitz, car les mots qu'il emploie peuvent faire basculer le royaume dans une guerre civile. Il affirme son soutien à Kettricken et à son futur fils, il insiste sur son côté illégitime mais montre bien qu'il s'oppose à Royal.

« Vous ne comprenez pas : si Molly se trouvait devant moi avec notre fille, je devrais encore chercher mon roi ; quoi qu'on me fasse, quelque soit le tort qu'on m'inflige, je dois chercher Vérité »

Ces paroles sont très fortes. Car de Gué-de-Négoce (et sa tentative ratée de tuer Royal) à la capitale des Montagnes, Fitz n'a pensé qu'à Molly et sa petite fille. Il les aurait d'ailleurs déjà rejoints sans l'ordre d'Art de Vérité (« Rejoins-moi ! »). S'il a d'autres tentations (l'Art), il place malgré tout son devoir envers son envie. Le contexte est également important car il sort d'un trajet pénible (il a pris une flèche dans le dos) et n'a trouvé sur place que de l'hostilité et de la déception. Il doit rendre compte à Kettricken qui fait preuve de très peu de sympathie et lui fait revivre tout ce qu'il a vécu depuis sa torture par Royal dans les cachots. D'ailleurs, à ce stade de la séance, il coupe la parole à la princesse montagnarde et lui adresse la parole en omettant son titre.


« Je suis le Catalyseur et je suis là pour tout changer. Les prophètes deviennent guerrier, les dragons chassent comme les loups. Il en est ainsi qu'il doit être. Va »


Voilà le dernier dialogue entre le Fou et le Fitz. Les rôles s'inversent, le Fitz guide le Fou vers un futur inconnu. Lui qui doutait des paroles prophétiques ! Il le dit d'ailleurs dans le passage, il s'exprime d'une voix venue d'il ne sait où. Il avait déjà pris les devants plus tôt, quand chacun se cachait derrière ses secrets (Caudron, le Fou). Là, Fitz prend les décisions, il devient acteur. Ce n'est plus le gamin qui obéissait aux ordres, parfois en faisant la tête.

Royal

S'il y a un personnage marquant dans le premier cycle de l'Assassin Royal, c'est bien Royal. Fils de Subtil, frère de Vérité, oncle de Fitz, Royal est ambitieux, malin et a la langue agile. Sa rivalité avec Vérité est proche de mener les Six-Duchés au bord de la disparition et l'homme est également cruel, n'hésitant pas à tuer tous ceux qui se dressent sur sa route, même les membres de sa famille (Subtil). D'ailleurs, sa mort à la fin du cycle est une disparition importante puisqu'à titre personnel, je trouve qu'il manque beaucoup dans la suite de la saga (un peu comme Oeil-de-Nuit).

Royal n'aime pas Fitz et l'inverse est également vrai. Ils sont pourtant de la même famille, ont des parents communs mais le plus jeune fils de Subtil ressent une aversion quasi instantanée pour le bâtard de Chevalerie. Ainsi, avant même que Fitz ne soit mêlé aux affaires royales, le prince éprouve de la suspicion à son égard et n'hésite pas à être méchant, mesquin. C'est par exemple le cas le fameux jour où le Roi Subtil décide d'offrir à Fitz l'éducation que son rang lui offre ; quand le vieil homme demande à Royal ce qu'il pense du fils de Chevalerie, il lui répond qu'il est « encore à voler et à espionner le monde, comme d'habitude ». Comme ça. Uniquement de la jalousie.
Tout le long des romans, on a la sensation que Royal considère Fitz comme un usurpateur. Après tout, il est le fils, certes d'un prince, mais d'une femme quelconque alors que lui est l'enfant de deux nobles de premier plan. Il le lui dit clairement à plusieurs reprises.
Quand Royal tente un premier coup d’État dans les Montagnes, Fitz s'oppose à lui mais perd le combat. Royal menace de le tuer et Fitz lui demande s'il n'a pas peur de laisser des morts derrière lui, même si ce sont de simples gens. La réponse de Royal est cinglante et révèle bien sa nature : « tu es tellement plein de ton importance de plébéien que tu l'étends à tes serviteurs ».

Et lorsque Fitz tente de s'intéresser aux affaires royales, le prince est encore plus cruel et perfide. On peut dire beaucoup de choses du personnage de Royal, on peut dire de lui qu'il est méchant, drogué, etc. mais il faut reconnaître qu'il sait manier les mots (« tu es le misérable bâtard d'un petit prince qui n'a même pas eu le courage de devenir roi-servant (…) Toi qui te donnes le nom de FitzChevalerie Loinvoyant, il te suffit de te gratter un peu pour trouver Personne, le garçon de chenil »). Ouch. Quand Royal s'adresse à Fitz, c'est parfois à travers de remarques gratuites, d'insultes cinglantes ; « es-tu insolent ou stupide » ou bien le très facile « bâtard inefficace ».

Il faut préciser que Royal pense que Fitz et Umbre ont tué sa mère, la Reine Désir. Il leur voue une réelle haine, une rancune tenace. Il cherchera plusieurs fois à tuer les deux, à mettre leurs têtes à prix. Mais, il aime bien également s'en prendre à ceux que Fitz aime. Il tente de flatter et charmer Kettricken ou Molly, il offre à Fitz la lente chute aux enfers du Roi Subtil, il organise le passage à tabac du Fou. Et puis, il y a aussi ces mots qui sont aussi forts que des claques en pleine face.

Umbre décide de tuer son personnage de Dame Thym, sans doute pour tenter d'apaiser Royal. Or celui-ci avait fait le rapprochement entre la dame puante et Fitz et au détour d'un couloir, il balance au bâtard : « qui vas-tu pouvoir flagorner maintenant que cette vieille putain de Thym est morte ? Enfin, tu trouveras sûrement une vieille peau pour te câliner. » Je vous fais grâce de la suite de sa déclaration faisant allusion à la princesse des Montagnes.

Peu après la mort du Roi Subtil, Royal décide de torturer Fitz pour lui arracher des aveux. Il ne cherche pas à montrer que Fitz a tué son grand-père, non il veut qu'il avoue avoir participé à un complot visant à renverser Royal. Car, il sait tout, informé par ses artiseurs et son espionne auprès de Kettricken. Son plan est simple, « je nettoierai Castelcerf depuis les fosses à purin jusqu'aux plus hautes tours de tous ceux qui ont voulu me défier».

Royal est sans aucun doute mégalomane, imbu. Il s'en prend aussi à Molly, le premier amour de Fitz. Il sait très vite que Fitz la courtise (comme en témoignent des propos de Subtil), il tente d'acheter son silence pour ne pas jeter le déshonneur sur la famille royale et plus tard il tentera de la tuer.

Ne parvenant pas à ses fins, il décide d'harceler Fitz quand celui-ci est sur la route pour retrouver Vérité dans les Montagnes. Il sait très bien que tenir des propos désagréables sur la chandelière rendra Fitz fou et imprudent. Et l'allusion est à peine voilée : « A propos, comment est son chat, Bâtard ? La trouverais-je divertissante ? » Fitz finira par triompher de Royal, en révélant au lecteur que cet homme devant qui il tremblait n'était que jalousie et gamineries. Il lui imposera une courte fidélité à la Reine, courte car l'ancien Roi Royal verra sa gorge tranchée par un rongeur.

Astérie

Le tome « Le poison de la vengeance » permet à Robin Hobb d'introduire un nouveau personnage : Astérie. Celle-ci ne quittera quasiment pas Fitz à partir de ce livre-là elle l'accompagnera quand il se rendra dans les Montagnes, puis lors de la recherche du Roi Vérité.
Ménestrelle, Astérie nous offre un nouveau regard sur Fitz et ses exploits. Femme attirante, elle se sentira en rivalité avec le Fou. C'est une personne qui dit ce qu'elle pense, qui connaît ses capacités et veut avant tout une chanson qui la rendra éternelle.

Pourquoi suit-elle avec tant d'entrain le Fitz ? On peut donner deux raisons à cela.
D'abord, il y a l'explication de sa profession et de sa quête personnelle. On sait au fur et à mesure de notre lecture qu'elle est à la recherche d'une chanson qui lui survivra et qui lui offrira une future bonne place dans un château. Si elle marche de concert avec Fitz, c'est que le bâtard royal ne fait que provoquer des événements considérables. Et elle ne compte pas les rater (« Je suis ménestrelle : je préfère assister à l'histoire que la faire ou la changer »).

Surtout, on a le droit à une explication plus intime, plus personnelle. Le frère d'Astérie a participé à une bataille (voir le début de « La nef du crépuscule ») où Fitz lui a sauvé la vie sans s'en rendre compte. Et depuis, elle rend un homme vibrant à Fitz : « mon frère me l'a racontée et je vous décris tel qu'il vous a vu : comme un héros .»

Astérie se révèle être une femme courageuse et dure au mal. Bien entendu, il vient à l'esprit le pénible voyage pour retrouver Vérité, les tempêtes de neige et le froid. Mais, il y a aussi son passé et tous les drames qu'elle a vécus.

Lorsque Fitz se fait capturer par Ronce à Oeil-de-Lune, l'artiseur lui demande des comptes. Et malgré les menaces et les intimidations, elle proclame sa fidélité à Fitz et à Vérité. Elle obtient des doigts cassés.
Pire encore, il y a les viols infligés par les hommes de Ronce et les Pirates Rouges. D'ailleurs, quand elle se confesse à Fitz, elle nous délivre une très forte et belle tirade (« ils avaient le pouvoir de m'infliger ce qu'ils m'ont fait , alors ils me l'ont infligé (…) l'honneur, la courtoisie, la justice, … rien de tout ça n'existe Fitz »). Dès lors, elle ne compte plus que sur elle-même, met de côté certains de ses rêves (« nul homme ne veut d'une femme stérile pour épouse »).

Astérie et Fitz ont une relation spéciale. La ménestrelle est très directe avec lui, le taquine et désire obtenir ses faveurs. Elle sait également écouter, ce qui permet plusieurs fois à Fitz de lui parler de choses qu'il juge importantes. Molly par exemple. Fitz prévoit de revenir vers elle une fois Vérité trouvé. Il agirait presque comme si rien ne s'était passé depuis la dernière fois qu'il a vu sona mour d'enfance. Or Astérie est extrêmement claire avec lui ; Molly n'arrêtera pas de vivre parce que Fitz est parti et ne l'attendra pas tranquillement assise devant son feu de cheminée ! Elle lui dit : (« Ah les hommes ! Ils s'en vont à la guerre ou en voyage (…) Le temps ne s'arrête pas pour elle simplement parce que vous n'êtes pas là »).

Un des intérêts de la quête de Vérité est de savoir si le rapprochement entre Fitz et Astérie sera total. Car la cervienne le tente encore et encore.

A Oeil-de-Lune, elle a retrouvé Fitz et après avoir partagé un repas, elle lui propose de dormir dans sa chambre. Fitz, chevaleresque (pas comme son père), hésite et hésite encore. Astérie doit donc insister (« allons, ne faîtes pas l'enfant. On tiendrait à quatre dans ce lit »).
Puis, nos deux héros s'en vont avec les contrebandiers atteindre les Montagnes à travers des chemins détournées. Les nuits sont froides, les lits inexistants et leurs compagnons de voyage des inconnus. Ils se rapprochent donc l'un de l'autre et on a le droit à un échange savoureux.

Fitz : « ça vous dérange si je me rendors ? »
Astérie : « Allez-y. Si vous ne voyez rien de mieux à faire ».

Isolée, se demandant où va les mener leur périple sur la Route d'Art, Astérie finit par dévoiler son histoire personnelle à Fitz. Elle lui parle de son activité, de la guerre et des viols. Elle s'expose, se montre fragile et délicate ; cette fois-ci, elle demande clairement au rejeton de Chevalerie de s'accoupler avec elle comme dirait Oeil-de-Nuit : « faites l'amour avec moi. Rien qu'ici et maintenant, avec douceur et amitié. Pour… effacer l'autre. Donnez-moi au moins cela de vous même ». Rien ne se passe.
Finalement, les deux finiront par se donner l'un à l'autre juste avant l’éveil du dragon de Vérité. Notons juste que Fitz a été proche de tout faire rater en évoquant des sentiments amoureux mais qu'Astérie a su le faire taire au bon moment, « alors pourquoi ne pas vous taire un peu ? Ne compliquez pas la situation. Cessez de penser un petit moment. »

Peut-être que si Astérie désire tant avoir le Fitz, c'est parce qu'elle est jalouse du lien entre le jeune homme et le fou. Elle suspecte ce dernier d'être une femme à un moment. Elle semble comme d'autres être repoussée par le physique et la langue agile du bouffon du Roi Subtil (« il me fait peur (…) il n'a jamais un mot gentil, ni même simple pour quiconque »).

Les deux seront séparés quand Vérité-le-Dragon s'envolera ramener sa Reine Kettricken à Castelcerf. Fitz part vivre dans une cabane abandonnée avec Oeil-de-Nuit. Et un beau jour, la ménestrelle lui rendra visite et lui apportera un fils, Heur.

Scènes d'adieux

La première scène d’adieux qui me marque est celle entre Fouinot et Fitz. Une scène tronquée car Fouinot est mort. Ce n’est donc pas la séparation violente et traumatisante vécue par Fitz à cause de Burrich. Mais celle où Fouinot donne sa vie de son plein gré pour sauver le petit garçon avec qui il a parcouru les rues de Casterlcerf. La scène conclut d’ailleurs le premier tome de la saga et offre la possibilité à Robin Hobb de finir sur de superbes phrases : « Les hommes ne pleurent pas leurs morts avec l’intensité des chiens. Mais nous pleurons de longues années. »

Molly est la première fille que Fitz a aimé (il n’a pas de souvenirs de sa mère et il est vite séparé d’elle). On peut dire sans aucune contestation que ses approches envers elle ont été laborieuses, compliquées. Mais, il est parvenu à ses fins et leur amour aura été fort, puissant, intense et ô combien compliqué.Car, à part le soutien de Vérité, tout aura été contre eux : les conseils de Patience ou Umbre, la situation particulière de Fitz à la cour, sa condition de servante, etc. Molly a beau envoyé des signaux explicites à Fitz, celui-ci ne les comprend pas. Et ce qui devait arriver arriva. Lors d’une dernière discussion douloureuse, la vérité éclate. Fitz n’est plus la priorité de Molly et les adieux sont colériques : « Ne me touche pas, gronda-t-elle. Ne pose plus jamais la main sur moi ! »
Grand-père de Fitz, Subtil est le roi des Six-Duchés, un roi sans pouvoirs, un roi sans forces. Car plus notre lecture avance et plus cette impression se renforce. Son corps ne lui obéit plus, sa volonté faiblit et Fitz est désemparé quand il se présente face à son Roi. Mais quand Fitz va pour le soustraire des mains traitresses de Royal, le vieux Roi se redressera une dernière fois pour délivrer ses dernières paroles teintées de la force royale (« Mon jeune assassin, qu’ai je fait de toi ? Comment ai-je pu ainsi pervertir ma propre chair ? Tu ignores à quel point tu es jeune encore ; fils de Chevalerie, il n’est pas trop tard pour te redresser. Relève la tête, vois au-delà de tout cela. »)

Il n’est pas illusoire de dire que beaucoup de lecteurs des aventures de Fitz vouent un véritable culte au Fou. Il n’est pas non plus faux de dire que c’est avec ce personnage que Fitz aura vécu une de ces relations les fortes, les plus abouties. Pour autant, il ne faudrait pas oublier l’instant, cet instant où les deux ont cru qu’ils ne se reverraient jamais à la mort de Subtil. Et le moins que l’on puisse dire est que les mots du Fou ont été cruels, durs pour Fitz. Tels des uppercuts en pleine face, le bouffon du Roi assène au bâtard royal des « Tu l’as tué, tu l’as tué ! Tu as tué mon roi, traître immonde ! »

Burrich n’est pas qu’un mentor de Fitz, c’est celui qui remet toujours Fitz debout, celui qui est le plus exigent avec lui. Dur avec lui, intransigeant. Et ça Fitz le supportera jusqu’à sa résurrection où tout finira par éclater. Des années de rancœur, un retour à une vie qu’il ne voulait plus et des mots lâchés en pleine face qui auraient énervé plus d’un homme. Mais pas Burrich, non lui encaisse, se redresse et s’enfonce dans la nuit noire. Et le lendemain, quand il prend conscience que Fitz ne peut grandir, ne peut vivre sa vie en étant constamment sous l’ombre protectrice de quelqu’un, il lui dira des paroles pleines de tendresse : « Va te peigner. Tu as l’air d’un sauvageon. »

Et puis, il y a Vérité. Vérité et son destin étonnamment proche de celui du Fitz. Lui aussi se sacrifie pour son pays, lui aussi sacrifie son amour, lui aussi porte le fardeau de la solitude l’Art. Vérité aura été plus qu’intime avec Fitz. Quand Vérité le Dragon s’envole pour nettoyer les Six-Duchés de la traîtrise de son frère et des malveillances des Pirates, Fitz perd plus qu’un ami, un mentor ; il perd une partie de lui-même. Et Vérité, en digne fils de son père, prononcera là encore des paroles puissantes : « Et prends mieux soin de toi que je l’ai fait de moi-même. Je t’aimais, tu sais, ajouta-t-il à coup ;  malgré tout ce que je t’ai fait subir, je t’aimais. »