Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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mardi 19 novembre 2024

C'est Vivacia dans le Destin de l'assassin qui explique parfaitement le personnage d'Etta

  • Etta ne t'aimera jamais comme elle a aimé Kennit. C'est une femme qui a été conquise par la froideur et le manque d'attention ; elle croyait que, si un homme ne la battait pas, c'était qu'il l'aimait.

samedi 11 novembre 2023

Qu'est devenu Hiémain ?

Quand on rencontre Hiémain dans les Aventuriers de la mer, on a tout de suite l’impression que c’est un jeune adolescent docile. Sa vie au monastère contribue à cette image. Quand il est retiré de force de cet endroit par son père autoritaire, il se trouve plongé dans une vie bouleversée : il est marqué comme un esclave, il rencontre le charismatique et manipulateur Kennit et il tombe sous le charme d’Etta. Surtout, il se trouve lié à la vivenef de la famille, la Vivacia. Il vit des aventures loin de ce qu’il pouvait imaginer. La fin des Aventuriers de la Mer le voit se déchirer avec sa tante Althéa et devenir l’homme le plus proche de la reine Etta, la femme du défunt Kennit. On sent qu’il est attiré par elle.

Dans les Cités des Anciens ou dans le Fou et l’assassin, l’intrigue ne tourne pas autour de Hiémain mais il apparait quand même à quelques reprises, ce qui nous permet de savoir ce qu’il est devenu.


Dans les Cités des Anciens, la situation de Hiémain est paradoxale. Il semble plongé dans les affaires de famille alors qu’une longue distance le sépare des autres membres. Sa situation de conseiller d’Etta le force à rester dans les îles Pirates. Malta résume la situation en situation en disant qu’il est « exilé depuis longtemps dans les îles Pirates » et qu’il ne « revenait quasiment plus jamais à Terrilville ». Tous les membres de la famille sont joignables, sauf Selden qui a disparu. Le jeune homme est prisonnier du duc de Chalcède, sauf que personne ne le sait. Ses proches sont inquiets et demandent à Hiémain de se renseigner. Il faut dire que sa position lui offre un large de point de vue et lui permet de collecter des renseignements (« il n’a pas entendu parler d’Anciens mais s’est inquiété d’une rumeur concernant un homme-dragon exhibé par une foire aux monstres itinérante qui passait sur son territoire »).


Alors qu’ils sont à la recherche d’Abeille, Fitz et ses compagnons de voyage rencontrent les personnages des Aventuriers de la Mer et des Cités des Anciens : Leftrin et Alise, Althéa et Brashen, Clef, Etta, Hiémain, Tintaglia… 

Le Fou (ou Ambre) les connait déjà, en partie, et est donc la bonne personne pour expliquer certaines choses. Il apprend à Fitz l’histoire de la Vivacia et la place qu’occupe Hiémain : « d’étranges tours du destin et la cruauté de certains en ont arraché le commandement à Althéa ; c’est son neveu Hiémain qui en est le capitaine désormais ». Même si diriger une vivenef est un accomplissement, ce n’est pas le seul rôle de Hiémain. Il est resté proche d’Etta : il a conservé son amitié et est devenu un personnage important dans la gestion de ses affaires. Le petit Hiémain qui n’avait aucune voix sur la façon de mener sa vie a fait du chemin, il est passé de petit enfant docile à « premier ministre de la reine Etta des îles Pirates et grande amirale de sa flotte ».


Hiémain a privé Althéa du commandement de la Vivacia. C’est un autre de ses coups porté à sa tante, alors qu’il avait déjà nié la réalité de son viol. Pourtant, les deux ont des points communs, ne serait que physiquement : il « ressemblait tant à Althéa qu’ils eussent pu être frère et soeur plutôt que neveu et tante ».


Il semblerait que Hiémain ne soit pas parvenu à effacer l’impact de sa vie au monastère. Il y avait esprit le respect d’une certaine frugalité, d’une vie simple tournée vers la recherche. Des années plus tard, cela a l’air d’être encore un trait saillant de son caractère comme le remarque Gamin, le fils d’Althéa et Brashen : « cousin Hiémain est un excellent capitaine, mais sa table est maigre ». Fitz confirme cette impression lorsqu’il le rencontre ; ses préjugés ne sont pas confortés. Il pensait voir un capitaine exubérant et certain de lui, ce n’est pas le cas puisqu’ on lit que « je ne m’étais pas attendu à l’aura de calme qui l’entourait ni à sa tenue discrète ».


Hiémain semble toujours hanter par le souvenir de Kennit et la présence d’Etta. Il faut dire que le couple de pirates a eu un tel impact sur sa vie. Sans eux, il serait resté sous la domination de son père. Il est devenu un confident d’Etta, il sait ce qui peut déranger la reine des pirates. Il connait l’histoire tragique de cette famille, la façon dont Kennit est mort et les propriétés d’une vivenef. Il se doute, comme Etta, qu’il ne soit pas bien vu que le fils de Kennit et Etta foule le pont de la vivenef (« elle jugeait préférable que le prince ne soit pas seul et que quelqu’un surveille sa rencontre avec le bateau de son père »).

A vrai dire, Hiémain connait bien Etta. Il a sans doute passé de longs moments à l’observer car tout laisse croire qu’il est amoureux d’elle. En tout cas, il connait son caractère et il sait que le comportement de Kanaï peut agacer Etta. Kanaï est en effet assez rustre, pas de façon volontaire, mais simplement parce qu’il semble passer peu de temps avec les humains et qu’il semble influencer par la supériorité des dragons sur les hommes et les femmes. Kanaï prend donc Etta de haut et on sent que la situation est explosive. Hiémain agit : il « recula vivement sur sa chaise, il savait quand sa souveraine avait atteint les limites de sa tolérance ».


Après la destruction de Clerres, on comprend la réalité : Hiémain n’est pas seulement amoureux d’Etta, il est totalement sous son charme. Sans le savoir, il court après une femme qu’il ne pourra jamais avoir. Etta n’aime que Kennit, elle ne ressent rien pour Hiémain. Si elle lui envoie des signaux, c’est bien involontaire. Hiémain est encore prisonnier de tous ces moments où il enseignait la lecture à Etta, où il admirait sa grâce du temps de la vie de Kennit et de sa vie sur la Vivacia. Il n’est jamais parvenu à dépasser ça. Vivacia le sent et le sait. Elle l’exhorte à tourner la page : » elle ne t’aimera jamais comme elle a aimé Kennit (…) Rentre chez toi, Hiémain ; ramène-moi chez moi. Il est temps que nous soyons libres, toi et moi ».

dimanche 9 avril 2023

Kennit, dans la légende ?

A la fin des Aventuriers de la Mer, Kennit a atteint son but : il est reconnu par tous comme le Roi des Pirates. C'était un objectif important pour lui puisqu'il lui permettait de lutter contre ses démons du passé, notamment les maltraitances d'Igrot. En devenant Roi des Pirates, Kennit a changé la donne dans un monde en plein changement. Il a redessiné la carte, a créé un nouvel État. Surtout, il a pesé dans le conflit entre Terrilville et Chalcède, et a permis aux vivenefs (Vivacia, Parangon) de se rapprocher de ce qu'elles sont vraiment (des dragons). Il a aussi contribué à la diminution de l'esclavage et a permis aux gens de Partage de regagner une fierté. Mais, il y a aussi des points négatifs. Kennit est un homme égoïste qui ne voit les relations humaines que comme une façon de gagner des choses. Il est un homme violent qui n'hésite pas à employer la force pour prendre ce qui lui est interdit. Il a également violé Althéa Vestrit et l'a laissée grandement traumatisée.

Dans la trilogie du Fou et de l'assassin, on a quelques indications qui évoquent la légende laissée par Kennit. Car, l'homme a clairement marqué son époque. Son parcours est vanté, glorifié. Pour ceux qui n'ont pas vécu les aventures de près (les gens des Six-Duchés), Kennit a eu une histoire épique. Ambre leur dit que « d'un seul navire, il est passé à deux, puis à une demi-douzaine, et enfin à toute une flotte, et lui-même est devenu chef puis souverain. Et un très bon souverain, finalement ». Les propos sont élogieux ; il faut dire qu'Ambre a vu ce qu'est devenu Partage, ce que sont devenus les îles Pirates.

Un des grands legs de Kennit, pour ceux qui l'ont intimement connu, est le fils qu'il a eu avec Etta. Étrangement nommé Akennit, ce dernier est friand de tout ce qui a lien avec son père. Grâce à la magie des vivenefs, il peut en avoir un aperçu en étant sur le pont du Parangon. Etta le souligne tout en disant qu'il faut faire attention : «  le sang de Kennit a imprégné les planches de ce pont, et, avec lui, ses souvenirs (…) mon fils (…) a été possédé d'une curiosité effrénée pour ce bateau (…) Kennit n'est qu'une partie de la vie incarnée de cette vivenef ». Hiémain ne dit pas autre chose (« n'importe quel jeune homme, qui n'aurait jamais connu Kennit, mais aurait grandi des exploits héroïques de son père, serait amoureux de ce navire »). On comprend que les actes de Kennit sont devenus des moments épiques, que son histoire est racontée et valorisée. Kennit est devenu une figure de légende dans cette univers, l'égal d'un Gouverneur ou des Anciens.

D'une certaine façon, Kennit est donc entré dans l'histoire. Son nom gagne encore plus en immortalité lors que Kanaï apprend ce que Kennit a fait sur l’île des Autres (il a combattu une Abomination). Faire ça équivaut à gagner le respect des dragons : « Quel geste héroïque ! Je vais partager cette histoire avec Gringalette et avec tous les dragons ». Or, les dragons partagent les souvenirs de portées en portées : le souvenir de Kennit traversera donc le temps.

Mais, tout le monde n'est pas un grand partisan de Kennit. C'est bien entendu le cas d'Althéa. Quand Ambre vante Kennit, elle rappelle aux autres qu'il est « un salaud de la pire espèce ». De façon assez légitime, elle lui en veut toujours pour ce qu'il lui a fait (« pas plus que je n'ai pardonné à Kennit de m'avoir violée (…) pour certaines choses, il n'y a ni pardon ni refus de pardon »). Althéa sera donc toujours une fervente critique de Kennit ; elle ne chantera jamais sa gloire.

mardi 10 mai 2022

Les Aventuriers de la Mer : la prostitution

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Dans les Aventuriers de la mer, on suit des pirates ; ces derniers attaquent des navires, prennent leurs richesses et cherchent donc à les dépenser. Une des façons de faire est de prendre du bon temps, de profiter des faveurs d’une femme. La prostitution est donc quelque chose de bien établie dans cet univers géographique, qu’elle soit publique ou dissimulée sous de faux noms. En suivant Kennit, le capitaine d’un vaisseau pirate, on le suit dans son quotidien de chef : il organise la charge, il s’occupe de diriger son équipage, il dresse des plans pour le futur et se consacre à des activités plus humaines comme le sexe. Pour un pirate qui passe du temps sur un bateau, il semble compliquer de mener une vie de couple normale et paisible. Faute de mieux, Kennit se tourne vers des prostituées, et une en particulier (Etta). Il noue avec elle une relation qui peut presque être qualifiée d’exclusive, dans le sens où Kennit ne demande qu’elle. Si il peut faire ça, c’est non seulement parce que Kennit a des moyens mais aussi parce que l’établissement où il va est de qualité (« on n’était pas dans un lupanar à matelots ; on ne pouvait pas tripoter la marchandise à titre d’essai avant de l’acheter. Bettel dirigeait une maison convenable, discrète et digne »). Pour autant, il ne faut pas se tromper sur ce qui se passe dans cet établissement : les femmes échangent leurs corps contre de l’argent. Elles ne sont pas là pour être amoureuses et bien des hommes ne les considèrent que comme des passe-temps forts agréables. Kennit, lui, est tiraillé. On sent bien son attachement pour Etta et en même temps tout lui rappelle la profession de la femme (« embrasser une pute ! Bah, il en avait le droit s’il en avait envie : il payait pour tout ce qu’il avait envie de faire avec elle. Il ne put toutefois s’empêcher de se demander où avait été la bouche de la putain cette nuit-là »).

La relation entre Etta et Kennit est clairement atypique, elle sort de la norme. Etta finit même par s’échapper du bordel, Kennit la prend à bord et on peut la considérer, officieusement, comme sa femme. D’ailleurs, cela étonne même Bettel (la propriétaire d’Etta) qui s’étonne du choix de Kennit. Elle pense qu’elle a des produits de meilleure qualité à lui offrir, parfois même des adolescentes. Elle parle également d’Etta avec des mots crus et insultants, signe qu’elle est plus intéressée par ce que la femme rapporte que pour ce qu’elle est (« Ou, si vous aimez mieux l’innocence, j’ai d'adorables petites vierges qui viennent de la campagne. Vous pouvez vous offrir ce qu’il y a de mieux chez moi. Pourquoi préférez-vous cette pute de second choix ? ») Mais, Kennit choisit Etta (ou plutôt Etta sauve la vie de Kennit lors d’une embuscade alors qu’il se rend au bordel) et la tire de là. Toutes n’ont pas cette possibilité ou cette chance. La prostitution est pour beaucoup de femmes une malédiction. Ce sont des femmes qu’on force à faire ça, qu’on vend comme de la simple marchandise. Elles peuvent être en établissement, dans les rues ou être des serviteurs sous contrat. Hiémain, un jeune homme particulièrement naïf quant aux plaisirs charnels, en rencontre lorsque la vivenef Vivacia menée par son père Kyle Havre fait escale dans la ville de Cresson. Lui qui vivait jusque là dans le réconfortant cadre d’un monastère décide de parcourir cette ville inconnue à pied, et il y voit la laideur : saleté, pauvreté et prostitution. Son dégoût est palpable quand on lit que « jamais personne n’avait ainsi abordé Hiémain, et cette façon de faire le rebuta plus encore que les ulcères révélateurs d’une maladie de la peau autour de la bouche de la malheureuse ».

Terrilville illustre bien l'hypocrisie autour de la prostitution. C’est exactement la même que pour l’esclavage et c’est celle que pointe Kennit. Tout le monde se berce dans la douce et réconfortante illusion que les femmes sont de simples travailleuses qui recevront un salaire juste et seront dignement traitées. C’est faux. Kennit ne dénonce pas seulement l’hypocrisie des puissants, il pointe aussi du doigt la naïveté et l’aveuglement des femmes achetées (« un riche achète leurs talents pour sa propre gloire. Il les achète avec de l’argent ; et elles ne savent même pas qu’elles sont des putains. Pas une qui ait la fierté dire son propre nom »).

Être une prostituée est mal vue. Dans le langage courant, c’est une insulte. C’est un mot que l’on emploie pour rabaisser les femmes, moquer leur comportement. Kyle Havre en fait la démonstration avec Althéa Vestrit : Kyle essaie d’assurer son emprise sur la famille Vestrit (il est l’époux de Keffria Vestrit), de montrer sa domination, son leadership. Il tente de remettre Althéa à sa place. Mais, la femme ne se laisse pas faire ; Kyle pense alors qu’il doit la briser, l’humilier. Il emploie envers elle des mots insultants, presque dégradants (« pieds nus, avec l’air et l’haleine d’une catin ivre, accompagnée d’un ruffian qui vous suit à la trace comme une putain de bas étage »). Se faire comparer à une prostituée semble être une habitude dans la famille Vestrit : Malte en fera également les frais et cette fois-là de la part de sa grand-mère, Ronica. Contre l’avis de sa mère et de sa grand-mère, Malta décide de se rendre à un bal : elle achète discrètement une robe mais est vue par un ami de la famille qui s’empresse de la ramener chez elle. Keffria et Ronica sont outrées par sa tenue. Une discussion animée et passionnée a alors lieu ; Ronica remet alors Malta à sa place en lui disant que « tu n’es pas séduisante à la façon d’une femme convenable peut l’être (…) Nous ne sommes pas à Jamaillia et tu n’es pas une putain ». Autrement dit, pour les Vestrit, une prostituée n’est même plus une femme. Un autre exemple confirme cela. Des années auparavant, Althéa, alors adolescente, avait eu une relation sexuelle avec un matelot. Elle en avait alors parlé à sa sœur Keffria qui avait été scandalisée par ce qu’elle avait entendu. Au lieu de soutenir sa sœur qui craignait d’être enceinte et de lui apporter du réconfort, elle lui jette son opprobre. L’éducation de Keffria lui laisse penser que le sexe hors mariage est mal vu et que celles-ci qui se prêtent à ça sont des moins que rien : « elle s’est mise à pleurer, et elle m’a déclaré que je n’avais plus d’avenir, que j’étais une prostituée, une traînée, que j’avais jeté l’opprobre sur la famille ».

Une femme sort du monde de la prostitution : Etta. Elle devient la compagne de Kennit. Mais, c’est sa relation avec Hiémain qui est intéressante. Le jeune homme se sent attiré par elle, pas uniquement physiquement, mais par la vision des choses de la femme. Lui qui avait jusque là grandi via et dans les livres se rend compte que, même une femme anciennement prostituée, peut lui apprendre des choses. Etta a suffisamment avancé dans sa vie pour jeter un regard honnête sur son passé (« au bout d’un moment, les sentiments disparaissant (…) et c’est un soulagement. Tout devient beaucoup plus facile. Alors, ce n’est pas pire que n’importe quel sale boulot. A moins qu’on tombe sur un homme qui fasse mal »). On comprend bien que la prostitution n’est pas aisée, qu’elle pousse les femmes à se débarrasser d’une partie d’elle-même si elles espèrent survivre sans grand traumatisme. Il faut mettre de côté le romantisme, le désir amoureux. Les clients ne sont là que pour profiter de leurs corps, pas pour autre chose, et si elles cherchent plus, cela peut mal tourner pour elles. On peut penser que c’est à ça que fait référence lorsqu’Etta dit à Hiémain avoir été violée (Althéa, captive de Kennit, est violée par le pirate et personne ne semble la croire). Etta assume avoir été une prostituée (« elle s’était traitée elle-même de putain (…) c’était un mot d’homme, l’injure dégradante qu’on lance à une femme. Mais elle ne paraissait pas avoir honte »). Elle considère cela sans doute comme un costume qu’elle a dû endosser une partie de sa vie pour survivre mais que cela ne définit pas ce qu’elle. Les faits lui donneront raison : elle apprendra à lire, secondera Kennit puis deviendra mère. Avant de finir Reine des Pirates.


vendredi 23 avril 2021

Quelques rencontres entre Fitz et les personnages des Aventuriers de la Mer et des Cités des Anciens


Jek : Alors c’est un fichu crétin. Fichu mais beau, il faut le reconnaître, malgré son nez cassé. Je parie qu’il était encore plus séduisant avant.
 
Jek est un personnage secondaire dans le cycle des Aventuriers de la Mer. Elle navigue à bord du Parangon quand Brashen, Althéa et Ambre décident de partir à la recherche de la Vivacia. Originaire des Six-Duchés, Jek détonne sur le bateau. Elle assume ses envies, sa sexualité et sa féminité. Althéa se comparera souvent à elle et on a un certain nombre de situations où on la voit évoluer physiquement des hommes (matelots, capitaines et autres). Ambre (le Fou) et elle noueront des liens d’amitié et elle sera la représentante du Fou après que ce dernier retourne aux Six-Duchés. Jek sait que Ambre aime un homme, elle sait à quoi il ressemble puisqu’il a donné à la figure de proue du Parangon son visage. Mais, Jek est victime comme tant d’autres de la manie des secrets du Fou. Quand elle vient à Castelcerf lui rendre visite (dans le tome Serments et deuils), elle tombe nez à nez avec Fitz (qui vit sous l’identité de Tom Blaireau). Comme Fitz et le Fou partagent un logement, elle en conclut qu’ils vivent ensemble. C’est bien entendu faux. Mais c’est trop tard car elle a abordé Fitz sous cette optique. Fitz, paniqué, confronte le Fou et les choses dégénèrent. Ambre partage le point de vue du Fou sur la beauté de Fitz ; Dans le roman La voie magique, on peut lire ceci : «  Hésitants, ses doigts frais caressèrent mon visage, suivirent la balafre et l’arête brisée du nez. Il posa soudain son front contre le mien. « Quand je pense combien tu étais beau ! »


Selden : Aidez-nous à mettre un terme à la menace des chalcédiens.

Selden Vestrit rencontre Fitz dans le second cycle de l’assassin royal, c’est-à-dire juste avant les aventures des Cités des Anciens. Il vient chercher de l’aide contre Chalcède. Chalcède menace à la fois, les Six-Duchés et Tintaglia. Ce ne sont pas juste des querelles frontalières, c’est aussi la volonté du duc de Chalcède d’acquérir du sang de dragon pour prolonger sa vie. C’est l’intrigue qui plongera Selden dans un véritable enfer dans les Cités des Anciens : il sera capturé et son sang (celui d’un Ancien) sera bu par le duc de Chalcède. Pour le moment, il sent quelque chose de particulier en Fitz/Tom Blaireau. Il sent que cet homme n’est pas un simple serviteur, qu’il est bien plus influent que ça. Mais, Fitz reste dans son personnage et joue la carte de l’incompréhension. C’est intéressant de noter que Chalcède et les chalcédiens sont des ennemis de valeur, et pourtant de second plan. Dans le premier cycle de l’assassin royal, ils menacent les frontières. Dans le cycle des Aventuriers de la Mer, ils menacent Terrilville, le Gouverneur et les héros. Dans les Cités des Anciens, ils se lancent dans une chasse aux dragons. Et pourtant, ils sont souvent éclipsés (par les manigances de Royal, la cruauté de Kyle ou Kennit, la manipulation de Hest).


Fitz : J’avais l’impression de n’être qu’un rustaud d’étranger, et c’est ainsi sans doute que les habitants me voyaient, avec mes habits grossiers et un loup à mes côtés.

Le prophète blanc s’ouvre sur des retrouvailles. Fitz revoit Astérie, Umbre et le Fou. Ils lui demandent ce qu’il est devenu depuis que Vérité-le-Dragon a émergé de la pierre. Fitz a voyagé, il raconte au Fou qu’il a été à Terrilville et que la ville ne lui a pas tant plu que ça. Il y a vu de la laideur, des choses qui le mettaient mal à l’aise. Et il avait conscience de ne pas être à sa place. A la lecture des Aventuriers de la Mer, on se rend compte que les gens de Terrilville ont une bien piètre opinion des gens du Nord même si ils commercent avec : ce sont des barbares, des sauvages. Terrilville est une ville riche où l’apparence compte beaucoup, il n’est donc pas étonnant de les voir mépriser ce Fitz-là.


Tatou : Je m’appelle Tatou, Thymara et moi vous remercions de ce que vous avez fait pour notre fille.

Tatou et Thymara sont deux personnages principaux des Cités des Anciens. Ils sont des Gardiens, des gens chargés de s’occuper des dragons. De Cassaric à Kelsingra, la douzaine d’adolescents ont pris soin d’eux. Ils étaient des esclaves, des gens sans avenir et les voilà devenus des Anciens.
Kelsingra est une ville des Rivages Maudits et les gens qui y vivent se trouvent transformés physiquement. Tatou et Thymara ont eu un enfant et comme tant d’autres, elle a une malformation qui la dérange énormément et la fait souffrir.
C’est dans cette cité des Anciens que Fitz et son groupe (Le fou, Cendre, Persévérance, Vigilant) font étape. Après quelques péripéties, ils sont présentés aux Anciens présents. Mais, l’Art déborde et recouvre Fitz, il ne peut contrôler son pouvoir et se met bien involontairement à guérir les malades. Les gens de Kelsingra restent sans voix, ils étaient persuadés que leurs enfants allaient vivre pour toujours avec ces terribles désagréments. Ils sont encore plus admiratifs quand Fitz leur propose un arrangement, à savoir faire venir des artiseurs confirmés pour les aider. On retrouve avec plaisir Tatou et Thymara dans ces quelques chapitres de Sur les rives de l’Art.
Enfin, précisons aussi, que la question parent/enfant est au centre des deux derniers tomes de la saga : c’est donc Fitz qui guérit des enfants malade, c’est Fitz qui se lance à la recherche d’Abeille, c’est Althéa, Brashen et Etta qui voient leurs enfants embarquer vers l’inconnu.


Gringalette (via Kanaï) : elle souhaite que je vous aide par tous les moyens à ma disposition à détruire les Serviteurs et leur cité.

Gringalette est une dragonne et Kanaï son gardien. Gringalette ne parle pas, elle est assez timide. Kanaï est son opposé, il est arrogant et sûr de lui, il se considère comme le protecteur de la cité et fait tout pour que le savoir des Anciens reste aux Anciens. Dans les premiers temps, il apparaît hautain et menaçant pour Fitz. Il gardera d’ailleurs un côté insensible tout le long du récit. Mais, quand Fitz fait référence à Clerres, tout change. Cela réveille en la dragonne de vieux souvenirs et une envie de vengeance ; elle partage la cause du bâtard Loinvoyant.
Au fur et à mesure des pages, on comprend que tout cela dépasse la simple quête d’un père. Il s’agit d’une vieille lutte entre les Serviteurs et les Dragons.


La Vivenef Mataf : tu portes l’odeur d’un dragon que je connais pas.

On apprend dans les Aventuriers de la Mer que les vivenefs sont des navires qui aurait pu être des dragons. Le Mataf doit transporter Fitz et son groupe à sa prochaine étape, jusqu’au navire Parangon et ensuite jusqu’à Clerres. Quand Fitz pose un pied sur le navire, celui-ci perçoit tout de suite son côté inhabituel. Fitz n’est pas un homme comme un autre, son esprit a partagé celui de deux Dragons : Tintaglia et Glasfeu. Mais, ce n’est pas cette présence que Mataf sent, c’est celle de Vérité-le-Dragon. Ce dernier n’a beau être que pierre, il a quand même marqué Fitz. On ressent un certain plaisir à lire ça, cela montre que les liens d’amitié de Vérité et de Fitz étaient sincères, que le Roi des Six-Duchés aimait véritablement son neveu.


Althéa : J’ai hâte de faire la connaissance de l’homme qui partage les traits de mon navire

Althéa Vestrit a épousé Brashen Trell et les deux naviguent sur le Parangon, l’ancienne vivenef folle. Parangon a subi son lot d’épreuves : il a navigué dans des tempêtes, connu le feu, vu tant de gens mourir sur son pont et être torturé. La vivenef est aveugle, sa figure de proue abîmée. C’est Ambre qui lui en sculpte une neuve. Parangon lui demande un visage qu’elle pourrait aimer et bien entendu c’est celui de Fitz qu’elle choisit. Est-ce que Ambre a envisagé qu’un jour Fitz pourrait voir le Parangon ? Sans doute pas. Car quand Fitz voit le navire, c’est un véritable choc pour lui. Tous sont choqués : ses compagnons (Persévérance par exemple), les Vestrit. Seul Parangon ressent autre chose : il est jaloux.


Etta : Prince FitzChevalerie Loinvoyant, grâce à vous, Partage connaît une effervescence, des destructions et des interrogations qu’elle n’a pas connues depuis bien des années. 

Quand Fitz part à la recherche d’Abeille, il endosse le costume de prince des Loinvoyant. Ceux qu’ils croisent réagissent différemment : Alise est dans tous ses états de recevoir un membre d’une famille royale, le matelot Clef voit en lui une paire de mains solides, les dragons se moquent de son rang. Quant à Etta, elle réagit à la fois comme Reine et comme mère, car son fils veut se lancer dans cette périlleuse aventure. Mais là, c’est la Reine qui s’exprime car elle vient de se rendre compte qu’elle va perdre le contrôle de la vivenef Vivacia. Et, la dragonne Tintaglia vient d’arriver à Partage : elle discute, ou plutôt, impose ses plans : elle va détruire Clerres après un passage sur l’île des Autres (ou des Abominations). Ce n’est donc pas étonnant de voir Etta évoquer des choses rarement vues : quelle grande ville peut se targuer d’avoir eu la visite en même temps de vivenefs, de dragons, d’Anciens, d’un Prophète Blanc et d’un catalyseur ? 

jeudi 24 septembre 2020

Etta, la putain

 

Que raconte la saga des Aventuriers de la Mer ? C’est le retour des Dragons avec Tintaglia, c’est la découverte de nouvelles cultures et sociétés avec Terrilville, Jamailia et les Îles Pirates. On plonge dans une époque de bouleversement : un pirate (Kennit) ose s’attaquer aux transports d’esclaves, une famille Marchande (les Vestrit via Kyle Havre) se lance dans le commerce d’esclaves.

Mais, ce sont surtout des destins, des personnages qui grandissent et s’affirment au fur et à mesure des pages. L’agaçante Malta doit cesser de se comporter comme une gamine si elle ne veut pas mourir, ou pire, pourrir sur place. Althéa se lance dans une reconquête de la vivenef familiale (la Vivacia) injustement laissée à Keffria et Kyle Havre. Kennit veut devenir le Roi des Pirates, Davad Restart, perdu dans le chagrin suite au décès de sa famille, ne pense qu’au profit et à sa position sociale. Parangon, le navire fou, se lance dans un dernier voyage.

La force de ces romans est qu’ils nous font également suivre des personnages en bas de l’échelle sociale. Ici, il s’agit d’une prostituée, Etta. D’un bordel au palais du Gouverneur, du pont d’un bateau de pirate à celui d’une vivenef, Etta se révèle intéressante à découvrir. Si elle a beaucoup de mal à dépasser le statut de Kennit, on se rend vite compte qu’elle a beaucoup de possibilités.

Nous faisons connaissance avec Etta lorsque le pirate Kennit se rend dans son bordel habituel. Alors que la patronne lui propose de nouvelles femmes, il demande expressément Etta. Etta, la tenancière, les autres prostituées, toutes savent que le pirate veut cette femme (« sais-tu comment les autres m’appelaient ici ? La putain de Kennit. ») Pour Etta, c’est sans doute réconfortant et rassurant de savoir qu’un homme la veut malgré ce qu’elle est et son passé. Elle a l’impression d’être choisie, de compter. La vie de prostituée n’est pas facile et encore moins dans une ville comme Partage. Les pirates sont violents, sans foi ni loi, ils sont sales et souvent rustres. Et le métier en lui-même est compliqué : « les putains se font souvent battre par les clients ». Inévitablement, elle se raccroche à celui qui lui offre un tant soi peu de respect.

Pour autant, il serait naïf de croire que la relation entre Kennit et Etta est d’égal à égal. Kennit est un homme égoïste, imbu et au passé compliqué, lourd. Il a énormément de mal à accorder sa confiance et à se défaire de son costume d’autorité.

Kennit se place au-dessus d’Etta. Et même si ses conseils peuvent parfois être bons, il ne faut surtout pas lui montrer qu’il les écoute. On en a la preuve quand elle veut l’aider à capturer une vivenef (Kennit pense qu’avoir un bateau magique l’aidera à devenir le Roi des Pirates). Une fois qu’elle ait fini de lui parler, il lui répond que «  ne te crois plus jamais le droit de me dire ce que je dois faire. Je n’ai pas besoin des conseils d’une femme. Je sais parfaitement comment obtenir ce qui me plaît ».

Etta accepte cette réponse. Elle est sincèrement éprise de lui et en plus son passé l’a conditionnée. Elle a été battue, méprisée, insultée ; elle se contente donc de la maigre affection qu’il lui offre (« elle avait vécu si longtemps en se contentant de si peu que les mots qu’il venait de lui adresser lui suffiraient pour toute une existence »). Le moindre signe public d’affection devient un réel événement. Elle les chérit et cela se voit dans le vocabulaire employé. On a ainsi le droit à un « il l’honorait ainsi, il manifestait ses sentiments aux yeux de tous en l’embrassant. Elle s’en sentit magnifiée. »

Ce n’est pas réellement un amour à sens unique, mais presque. Etta en a conscience et elle l’accepte, elle a fait son deuil de quelque chose de plus poussé : « elle savait qu’il l’aimait. Cela lui avait suffi ; elle n’avait pas besoin d’être aimée en retour. C’était Kennit, elle n’en demandait pas davantage ».

Putain à Partage, Etta a du apprendre à s’endurcir, à se battre si elle voulait rester en vie. Cela lui sera profitable à de nombreuses reprises tant la vie sur un bateau de pirates réserve des surprises. Bien entendu, ceux qui sont sous les ordres de Kennit n’ont jamais levé la main sur elle mais il y a d’autres dangers.

Kennit veut devenir Roi des Pirates et cela suscite de la méfiance, de la jalousie et des réactions d’animosité. Quand il rentre à Partage après avoir commencé à libérer des esclaves, il tombe dans une embuscade. Il est sauvé, entre autres, par Etta dans un passage qui met à la fois en avant sa beauté et sa férocité (« Etta, nue, comme la main, accroupie au-dessus de sa victime, avait l’air d’un chat sauvage avec ses dents inconsciemment dénudées »).

On en a la confirmation un peu plus tard quand elle fait face à Sa’Adar. Ce dernier était un esclave à bord de la Vivacia, la vivenef que Kennit est parvenue à capturer. Resté à bord du bateau magique, il mène depuis quelques temps une sorte de coup d’État silencieux, profitant de la blessure de Kennit. Quand Hiémain tente de soigner Kennit, il a besoin du coffre à pharmacie mais Sa’Adar l’a dissimulé. Etta confronte donc le pirate, elle le taillade nonchalamment et montre une certaine maîtrise du couteau. Il n’y a pas que la lame qui blesse mais aussi ses mots : « on a bien compris, je crois : c’est moi qui te commande. »

Il serait injuste de limiter Etta à une femme prompte à la violence et partenaire de sexe de Kennit. Elle est avide d’apprendre. Hiémain sera son professeur. Si les leçons seront compliquées pour le jeune homme, elle parviendra à la maîtrise des lettres. Etta est une femme souvent impulsive, qui montre ce qu’elle ressent. Ne pas aller si vite dans ses cours la frustre, l’énerve (« la hargne d’Etta n’était pas dirigée contre lui, mais contre sa propre ignorance crasse. Elle avait honte de ne pas savoir. Elle se sentait humiliée d’avoir à lui demander son aide ».

D’ailleurs, la relation avec Hiémain est intéressante. Hiémain est le fils de Keffria Vestrit et de Kyle Havre. Frère de Malta et Selden, il est retiré de son enseignement à la prêtrise pour embarquer à bord de la vivenef (un membre des Vestrit doit absolument être à bord). Il subira la méchanceté de son père et, quand la Vivacia sera prise par les pirates de Kennit, il restera sur la vivenef, nouant des liens avec Kennit et Etta.

Dès qu’il la voit, le jeune homme sent tout de suite qu’Etta est une femme dangereuse (« le regard noir et froid de la femme qu’il sentait dans son dos lui glaçait les entrailles »). Kennit lui confirme qu’il doit se méfier de la putain devenue pirate, il lui dit que « tu as peur de cette femme, n’est-ce pas ? Tu as raison. »

Très vite, Hiémain développe des sentiments pour elle. Est-ce de la fascination ou de l’amour ? Dans tous les cas, il parle d’elle avec en train et avec des mots qui la valorisent. N’ayant connu que ses sœurs ou sa mère comme femmes, il est forcément envoûté par Etta. Le pauvre ne peut pas tenir le coup (« elle ne ressemble à aucune femme que j’ai connue et je ne peux résister à l’envie de percer son mystère »). On peut penser qu’il est jaloux de Kennit, après tout le pirate partage son intimité avec Etta et profite de ses charmes. Lui doit se contenter d’en rêver : « elle le fascinait (…) elle s’emparait de tous ses sens (…) il avait conscience d’elle et, parfois, elle troublait son sommeil. »

Mais, ce n’est pas réciproque. Pour Etta, Hiémain est un professeur, un compagnon de voyage et rien de plus. Ce n’est pas un homme, encore un enfant (« c’est un gamin déchiré entre sa nature douce et son besoin de te suivre ») ; il faut dire qu’Etta a très peu, pour ne pas dire jamais, rencontré ce genre de personne.

Sorcor est le second de Kennit. C’est lui convaincra Kennit dans un flamboyant plaidoyer de s’en prendre aux esclavagistes. Il est intéressant de noter qu’il considère au début des aventures Etta comme une faible femme sans défense et facilement impressionnable (« il vaudrait peut-être mieux que la dame se retire dans sa cabine en attendant que tout soit fini »). Le temps passe, il verra ce dont Etta est capable. Il sait maintenant que c’est une femme capable. Dans le roman Sur les rives de l’Art, il prévient Fitz et les autres (qui font escale sur les Îles Pirates avant de se rendre sur Clerres) que « la Reine Etta ne rechigne pas à prendre les choses en main en cas de problème. » Il parle d’elle comme une Reine car elle est la compagne de Kennit (le Roi des Pirates) mais aussi parce qu’elle porte, dans les Aventuriers de la Mer, l’héritier. Etta tombe enceinte et la nouvelle ravit Sorcor (« Sorcor se leva d’un bond puis se jeta sur Etta pour l’embrasser à l’étouffer »).

Etta se contente de ce que lui donne Kennit. La dame n’est pas au bout de ses peines quand le pirate parvient à s’emparer de la Vivacia. Il tombe amoureux du bateau magique, il la charme, il lui murmure des mots doux, il est bienveillant, il est tout ce qu’il n’est pas avec Etta. Etta en souffre, elle l’avoue à Hiémain. Elle lui dit que « il veut être seul avec elle », elle se sent donc exclue. Quelques lignes après, on peut lire que « Etta énonça le fait avec une franchise brutale. La jalousie flamboyait dans ses yeux. » Vivacia (devenue Foudre) et Etta se confrontent. Etta lui dit affirme que « je ne désire pas t’écarter ni te prendre Kennit ».

Les deux concluent en quelque sorte un arrangement d’autant plus que la vivenef lui ouvre une nouvelle voie, à savoir devenir mère et cela même sans en avertir Kennit. Selon elle, les hommes sont faibles alors que les femmes se doivent d’être fortes («  nous savons, nous, dans nos entrailles que le but de tous nos mouvements, c’est la perpétuation de l’espèce »).

En outre, il faut noter qu’Etta n’est pas dans une admiration béate de Kennit. Elle sait que le pirate a de mauvais côtés. On savait déjà ce qu’elle reprochait à Hiémain (son côté suiveur), on remarque que c’est une femme observatrice : « Kennit et toi, vous couvez parfois toute l’étendue de la bêtise masculine. Lui avec sa raideur, sa froideur et sa répugnance à reconnaître le moindre besoin, et toi avec tes grands yeux de chiot mendiant un instant d’attention ».

Le viol d’Althéa par Kennit est un des moments les plus durs des livres. Kennit nie, Hiémain refuse de croire sa tante. Etta s’emporte et on finit par comprendre qu’elle est en colère contre elle-même. Son passé de putain l’a habituée aux abus et souillures. Elle sait ce que ça fait. Elle prend donc Hiémain à part pour remettre les choses en place : « ta tante n’est pas folle, Hiémain. Du moins pas plus folle que n’importe quelle femme après un viol (…) Cette révolte, chez une femme, rien d’autre ne peut la provoquer (…) Je l’ai ressentie moi-même. »

Kennit emmène Etta sur l’Île des Autres, un endroit qui attire des marins superstitieux et cherchant des signes du destin. Etta y rapporte un objet qui la conforte dans son désir d’enfant (« au creux de ses paumes, pas plus gros qu’un œuf de caille, se nichait un bébé »). C’est à Hiémain à qui elle annonce le premier la nouvelle de sa grossesse (« je suis enceinte, je porte l’enfant de Kennit »), les deux ont fini par avoir un lien fort. Toute à son bonheur, elle ne se rend pas compte à quel point cela affecte le jeune homme (« les paroles fermèrent la porte au nez de Hiémain, l’exclurent de la vie d’Etta et de la lumière »). Hiémain fait preuve ici d’une attitude très mélodramatique, sa réaction est tout de suite exagérée. De toute façon, à la mort de Kennit, Etta se tourne vers Hiémain et lui supplie de l’aider («  je ne veux pas élever cette enfant toute seule »). Il n’est pas question de relation sentimentale ou amoureuse, Etta honore trop la mémoire de Kennit pour ça. Il est donc là quand elle a besoin de lui, que ce soit pour administrer les affaires ou lui tenir compagnie au bal du Gouverneur.

Avant de mourir, Kennit a une dernière demande, celle de nommer le futur bébé. Il demande qu’il ait un prénom étroitement lié à son histoire, Parangon (« Mon amour. Prends l’amulette en bois-sorcier à mon poignet. Porte-la toujours jusqu’au jour où tu la transmettras à notre fils. A Parangon. Tu l’appelleras Parangon ? »)

Kennit est mort sans vraiment l’être. Parangon a en lui les souvenirs du pirate, c’est la tradition. Etta lui pose une dernière question et il lui répond que Kennit « t’aimait aussi profondément qu’il en était capable. » C’est une réponse évasive mais Etta s’en satisfait. Elle connaît l’homme et ses complexités. Ce n’est pas réellement un mensonge ou une réponse franche, juste ce qu’elle a besoin d’entendre.

« Sur les rives de l’Art » permet à Fitz de rencontrer les héros des Aventuriers de la Mer et des Cités des Anciens (il a déjà vu Selden ou Jek). Il verra Malta et Reyn, Alise et Leftrin, Kanaï et Gringalette, Brashen et Althéa. Il rencontrera également Etta et elle lui fera forte impression : « une femme extraordinaire s’encadra dans la porte ».

Les deux auront quelques interactions et comme d’autres avant elle (Astérie, le Fou, Umbre, la Femme Pâle), la Reine des Pirates sent que Fitz apporte le changement : « FitzChevalerie Loinvoyant, grâce à vous, Partage connaît une effervescence, des destructions et des interrogations qu’elle n’a pas connues depuis bien des années ». C’est une affirmation compréhensible quand au même endroit sont réunis des Loinvoyant, des Vestrit, des Anciens, des vivenefs et des Dragons.