- Etta ne t'aimera jamais comme elle a aimé Kennit. C'est une femme qui a été conquise par la froideur et le manque d'attention ; elle croyait que, si un homme ne la battait pas, c'était qu'il l'aimait.
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Fitz se voit-il en héros ?
Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...
mardi 19 novembre 2024
C'est Vivacia dans le Destin de l'assassin qui explique parfaitement le personnage d'Etta
samedi 11 novembre 2023
Qu'est devenu Hiémain ?
Quand on rencontre Hiémain dans les Aventuriers de la mer, on a tout de suite l’impression que c’est un jeune adolescent docile. Sa vie au monastère contribue à cette image. Quand il est retiré de force de cet endroit par son père autoritaire, il se trouve plongé dans une vie bouleversée : il est marqué comme un esclave, il rencontre le charismatique et manipulateur Kennit et il tombe sous le charme d’Etta. Surtout, il se trouve lié à la vivenef de la famille, la Vivacia. Il vit des aventures loin de ce qu’il pouvait imaginer. La fin des Aventuriers de la Mer le voit se déchirer avec sa tante Althéa et devenir l’homme le plus proche de la reine Etta, la femme du défunt Kennit. On sent qu’il est attiré par elle.
Dans les Cités des Anciens ou dans le Fou et l’assassin, l’intrigue ne tourne pas autour de Hiémain mais il apparait quand même à quelques reprises, ce qui nous permet de savoir ce qu’il est devenu.
Dans les Cités des Anciens, la situation de Hiémain est paradoxale. Il semble plongé dans les affaires de famille alors qu’une longue distance le sépare des autres membres. Sa situation de conseiller d’Etta le force à rester dans les îles Pirates. Malta résume la situation en situation en disant qu’il est « exilé depuis longtemps dans les îles Pirates » et qu’il ne « revenait quasiment plus jamais à Terrilville ». Tous les membres de la famille sont joignables, sauf Selden qui a disparu. Le jeune homme est prisonnier du duc de Chalcède, sauf que personne ne le sait. Ses proches sont inquiets et demandent à Hiémain de se renseigner. Il faut dire que sa position lui offre un large de point de vue et lui permet de collecter des renseignements (« il n’a pas entendu parler d’Anciens mais s’est inquiété d’une rumeur concernant un homme-dragon exhibé par une foire aux monstres itinérante qui passait sur son territoire »).
Alors qu’ils sont à la recherche d’Abeille, Fitz et ses compagnons de voyage rencontrent les personnages des Aventuriers de la Mer et des Cités des Anciens : Leftrin et Alise, Althéa et Brashen, Clef, Etta, Hiémain, Tintaglia…
Le Fou (ou Ambre) les connait déjà, en partie, et est donc la bonne personne pour expliquer certaines choses. Il apprend à Fitz l’histoire de la Vivacia et la place qu’occupe Hiémain : « d’étranges tours du destin et la cruauté de certains en ont arraché le commandement à Althéa ; c’est son neveu Hiémain qui en est le capitaine désormais ». Même si diriger une vivenef est un accomplissement, ce n’est pas le seul rôle de Hiémain. Il est resté proche d’Etta : il a conservé son amitié et est devenu un personnage important dans la gestion de ses affaires. Le petit Hiémain qui n’avait aucune voix sur la façon de mener sa vie a fait du chemin, il est passé de petit enfant docile à « premier ministre de la reine Etta des îles Pirates et grande amirale de sa flotte ».
Hiémain a privé Althéa du commandement de la Vivacia. C’est un autre de ses coups porté à sa tante, alors qu’il avait déjà nié la réalité de son viol. Pourtant, les deux ont des points communs, ne serait que physiquement : il « ressemblait tant à Althéa qu’ils eussent pu être frère et soeur plutôt que neveu et tante ».
Il semblerait que Hiémain ne soit pas parvenu à effacer l’impact de sa vie au monastère. Il y avait esprit le respect d’une certaine frugalité, d’une vie simple tournée vers la recherche. Des années plus tard, cela a l’air d’être encore un trait saillant de son caractère comme le remarque Gamin, le fils d’Althéa et Brashen : « cousin Hiémain est un excellent capitaine, mais sa table est maigre ». Fitz confirme cette impression lorsqu’il le rencontre ; ses préjugés ne sont pas confortés. Il pensait voir un capitaine exubérant et certain de lui, ce n’est pas le cas puisqu’ on lit que « je ne m’étais pas attendu à l’aura de calme qui l’entourait ni à sa tenue discrète ».
Hiémain semble toujours hanter par le souvenir de Kennit et la présence d’Etta. Il faut dire que le couple de pirates a eu un tel impact sur sa vie. Sans eux, il serait resté sous la domination de son père. Il est devenu un confident d’Etta, il sait ce qui peut déranger la reine des pirates. Il connait l’histoire tragique de cette famille, la façon dont Kennit est mort et les propriétés d’une vivenef. Il se doute, comme Etta, qu’il ne soit pas bien vu que le fils de Kennit et Etta foule le pont de la vivenef (« elle jugeait préférable que le prince ne soit pas seul et que quelqu’un surveille sa rencontre avec le bateau de son père »).
A vrai dire, Hiémain connait bien Etta. Il a sans doute passé de longs moments à l’observer car tout laisse croire qu’il est amoureux d’elle. En tout cas, il connait son caractère et il sait que le comportement de Kanaï peut agacer Etta. Kanaï est en effet assez rustre, pas de façon volontaire, mais simplement parce qu’il semble passer peu de temps avec les humains et qu’il semble influencer par la supériorité des dragons sur les hommes et les femmes. Kanaï prend donc Etta de haut et on sent que la situation est explosive. Hiémain agit : il « recula vivement sur sa chaise, il savait quand sa souveraine avait atteint les limites de sa tolérance ».
Après la destruction de Clerres, on comprend la réalité : Hiémain n’est pas seulement amoureux d’Etta, il est totalement sous son charme. Sans le savoir, il court après une femme qu’il ne pourra jamais avoir. Etta n’aime que Kennit, elle ne ressent rien pour Hiémain. Si elle lui envoie des signaux, c’est bien involontaire. Hiémain est encore prisonnier de tous ces moments où il enseignait la lecture à Etta, où il admirait sa grâce du temps de la vie de Kennit et de sa vie sur la Vivacia. Il n’est jamais parvenu à dépasser ça. Vivacia le sent et le sait. Elle l’exhorte à tourner la page : » elle ne t’aimera jamais comme elle a aimé Kennit (…) Rentre chez toi, Hiémain ; ramène-moi chez moi. Il est temps que nous soyons libres, toi et moi ».
dimanche 23 juillet 2023
Parangon : le changement, c'est maintenant ?
La saga de l’assassin royal regorge de destins tragiques, de personnages qui parviennent à s’émanciper ou qui chutent. Hommes, femmes, animaux évoluent dans un monde en plein changement et ont l’illusion d’avoir leur futur en main. Ce n’est pas le cas des vivenefs qui ne servent qu’à transporter des humains et des marchandises. Or, les vivenefs ne sont pas que des navires : on sait qu’il y a une pire de magie en elles. On apprend plus tard que les vivenefs sont en réalité des dragons qui n’ont pas pu aller au bout du processus. Les vivenefs sont donc des créatures vivantes prisonnières.
Les romans du Fou et de l’assassin ne concluent pas que l’aventure, elles permettent aussi aux vivenefs de devenir ce qu’elles sont réellement (des dragons) grâce à l’Argent. Le cas le plus emblématique est celui de Parangon.
Pour les gens des Six-Duchés, la vision de Parangon est un étonnement. C’est un bateau vivant, qui parle et qui semble avoir une forme d’intelligence. Il a aussi le visage de FitzChevalerie Loinvoyant. Fitz et ses compagnons de voyage (Persévérance, Cendre/Braise, Lant) apprennent une partie de l’histoire du bateau magique grâce au Fou. Ce dernier les prévient que Parangon est une vivenef atypique, qui sort du lot : « Parangon a été victime de mauvais traitements difficiles à comprendre pour quelqu’un qui n’est pas de Terrilville ».
Globalement, une vivenef sert fidèlement ses propriétaires ou sa Famille ; Parangon n’en fait qu’à sa tête et ne suit que ses envies. Quand il est dans un bon état d’esprit, il est plus que plaisant de naviguer à son bord. Dans le cas contraire, c’est bien plus périlleux comme le remarque Brashen (« cette fois, il nous a défiés et a franchi le passage plus vite que jamais »).
Pour ne rien arranger, la présence d’Ambre (le Fou) à bord ajoute à l’instabilité de Parangon. Ambre a toujours exprimé clairement ses idées et milité pour le retour des dragons. Ambre est celle qui nourrit les rêves de grandeur et d’affirmation de Parangon. Ce faisant, Ambre a un impact négatif sur le bateau selon Brashen. Il déplore que Parangon « ressemble à un adolescent, parfois rationnel, parfois impulsif, et, si nous tentons de nous interposer entre Ambre et lui, le résultat risque d’être… »
Parangon finit par exprimer clairement es envies. Il hurle que « je n’ai jamais été un bateau ! Nous sommes des dragons réduits en captivité ! En esclavage ! » On ressent bien là toute sa détresse, toute sa douleur. Il aspire à autre chose que transporter des choses, d’autant plus qu’il a vu et fréquenté Tintaglia et d’autres dragons. En disant que « celle qui est ma véritable amie m’a montré que je peux être libre », il réaffirme l’importance d’Ambre. Car, Ambre lui a donné un peu d’Argent. Ce liquide magique a des effets immédiats sur Parangon qui semble à la fois plus clairvoyant sur sa réelle identité mais aussi capable de mieux naviguer. Il en veut plus : « vous voyez l’effet qu’a sur moi une petite quantité d’Argent ? Si on m’en donne assez, je pense pouvoir me débarrasser de ces planches en bois que vous avez fixées sur moi et remplacer ces voiles en toile par des ailes ».
Il défie alors Althéa. Il n’a pas oublié que si elle a obtenu sa liberté, c’est en grande partie grâce à lui. Il lui demande si elle ne se sent pas redevable. C’est une interrogation légitime de sa part, surtout qu’Althéa connait la véritable nature des vivenefs. Elle ne pourrait donc pas tolérer son emprisonnement (« voudrais-tu que je reste ainsi, toujours soumis aux caprices d’autrui, en allant là où on me conduit, transportant des colis d’un port humain à l’autre, dépourvu de sexe, prisonnier d’une forme qui n’est pas la mienne ? ») Les mots choisis sont importants et ne peuvent qu’interpeller Althéa. Ils font écho au destin que réservait Kyle Havre à la femme Vestrit : une vie de femme mariée dans une maison quelconque, loin des mers et de sa passion pour la navigation. En réalité, comme Keffria, Malta ou Althéa, Parangon cherche à s’affranchir de la destinée qui lui est promis.
Ambre est bien la seule qui semble ravie des changements opérés par l’Argent sur Parangon. Elle n’a pas hésité à lui donner de cette « magie liquide qui abat les murailles entre humains et dragons », qui « peut guérir un dragon blessé » (comme on l’a vu avec Glasfeu dans les Cités des Anciens) et qui peut « allonger l’espérance de vie des Anciens et imprégner des objets de divers pouvoirs ». Althéa et Brashen sont bien moins convaincus par cette description, bien moins enthousiastes. Il faut dire que cela augure des changements importants dans leur vie. Que sont-ils sans vivenef ?
D’ailleurs, les effets sont immédiats. Parangon n’en fait qu’à sa tête et décide du cap sans demander l’avis de Brashen ou Althéa. Ce sont des cargaisons qui ne sont pas livrés, des engagements non tenus. Pour les deux personnes, c’est presque honteux de manquer à sa promesse, de ne pas Honor un contrat : « la mienne et celle d’Althéa ne vaudront plus rien, personne ne nous fera plus confiance, personne ne traitera plus jamais avec nous ». Si Parangon se transforme en dragon, ils perdent tout. Pas seulement leur navire mais aussi leur maison (« nous n’avons pas de toit à part ici, à bord de Parangon, pas vie ni d’emploi hormis le travail que nous effectuons sur le fleuve du désert des Pluies et à Terrilville »). On peut donc comprendre leur réticence, leur peur face à ces changements qui s’annoncent.
Si Parangon agit de cette façon, ce n’est pas sans raison. Il est méfiant, lui qui a passé tellement de temps échouer, lui qui a passé tellement de temps à attendre qu’on le remette à flots. Il est clair et menaçant en disant que « je refuse d’être attaché à un quai (…) je ne me laisserai pas endormir par vos belles paroles pour que vous puissiez me ligoter ».
Parangon est donc vindicatif. Il tente même de convaincre les vivenefs qu’il croise à l’image de sa rencontre avec Vivacia. Il veut « que tu te rappelles que tu es un dragon ; non un bateau, non la servante des humains qui voyagent à ton bord ». Vivacia est réceptive à ce message et blâme ceux veulent la réduire à son côté pratique : « croyais-tu que je n’entendrais pas la vérité de ce que Parangon a dit ? (…) nous savions tous que nous avions une autre nature (…) je veux redevenir un dragon, Hiémain ». Le ressentiment est palpable car les vivenefs veulent retrouver leur liberté et que les humains semblent les freiner et font preuve d’égoïsme. C’est comme si ils étaient prêts à les sacrifier pour conserver un outil bien pratique.
Quel genre de dragons sera Parangon ?
Le Fou a son hypothèse. Il pense qu’il « est composé de deux dragons » et que cela peut expliquer ses humeurs fluctuantes. Pour le Fou, sa folie est presque inévitable en voulant faire cohabiter deux personnalités si différentes, si opposées. En se transformant, il se peut qu’il donne naissance à deux dragons aux humeurs plus stables, en tout cas plus cohérentes.
A une vivenef perplexe, Parangon précise qu’il n’oubliera jamais ses années en tant que vivenef. Il est un dragon après tout et les dragons n’oublient rien. Il conservera donc toutes les expériences auprès des hommes (« je vais m’affranchir du corps de ce vaisseau et de cette enveloppe à ta ressemblance, mais je porterai toujours en moi de ce que les horreurs peuvent s’infliger les uns aux autres par amusement »). Les références à Igrot et Kennit sont claires.
Alors que Clerres est en train de sombrer, que le port est ravagé, Parangon devient un dragon. Abeille est témoin de la transformation de Parangon en deux créatures : « je regardais la verre si intensément que je n’avais pas remarqué le bleu qui sortait de l’épave ». Son premier fait marquant, mis à part sa participation au sac de Clerres, est de rendre un dernier hommage à Akennit (le fils d’Etta et de Kennit). Celui-ci vient de mourir et a l’honneur d’être dévoré par les dragons.
dimanche 19 février 2023
Qui est Ephron Vestrit ?
Pour le lecteur, les premiers chapitres des Aventuriers de la Mer laissent un goût amer quant à Ephron Vestrit. On se rend compte que c'est un marin respecté, un capitaine de premier plan (il dirige la vivenef Vivacia) : on est plus dubitatif sur le choix fait (avec sa femme Ronica) de confier la vivenef de la famille à Kyle Havre.
Et puisqu'on suit l'aventure du point de vue de différents narrateurs, on est fortement influencé par ce qu'ils pensent et vivent. Toujours est-il que le fait que Ephron soit un bon marin et capitaine est clair. Ce n'est pas seulement grâce à ce que voit Althéa (« Ephron Vestrit n'aurait jamais laissé traîner de cartes, et n'aurait jamais toléré la présence d'une chemise sale négligemment jetée sur le dossier du fauteuil »). La pensée d'Althéa peut être mise en doute tant sa relation avec son père est forte : il lui passe tous ses caprices et lui laisse une grande latitude dans la conduite de sa vie. Mais, alors qu'Ephron est en train de mourir et que Kyle Havre a pris possession du navire, sa famille décide, conformément aux traditions, de l'emmener sur le pont du navire afin d'éveiller la Vivacia. Alors que certains marins rechignent à la tâche, il suffit à Althéa d'invoquer le souvenir d'Ephron pour qu'ils décident de s'activer : « et, quand le Capitaine Vestrit est à bord, il n'y a qu'un seul commandant. Il m'étonnerait que vous trouviez grand monde sur ce navire pour remettre cette évidence en question ».
Bon marin, Ephron est également un bon mari pour Ronica. Cette dernière parle toujours de lui avec tendresse et des mots valorisants. Ronica est triste de voir l'état de son mari, l'épave qu'il est en train de devenir alors que « quand ils s'étaient mariés, les deux mains de Ronica ne faisaient pas le tour du bras musclé de son jeune époux ; aujourd'hui, ce bras n'était plus qu'un bâton d'os recouvert de peau flasque ». La déchéance n'est pas qu'intellectuelle (il cède à sa femme le choix de savoir qui gouvernera la Vivacia), elle est aussi physique. En réalité, les deux se mêlent et sont d'autant plus durs à vivre pour ses proches qu'Ephron a été un précurseur. Il semble être celui qui a permis aux femmes de reconquérir du pouvoir (« quand Ephron Vestrit avait remis ouvertement la direction de toutes ses priorités à sa jeune épouse, Terrilville s'en était montrée presque scandalisée. Il n'était plus à la mode que les femmes prennent part à l'aspect financier des affaires, et revenir à de telles coutumes rappelait trop l'ancienne existence des pionniers »). Ronica doit donc beaucoup de son autorité et de son statut à son mari. Et elle lui a prouvé sa confiance et sa valeur en gérant les domaines, propriétés. Cependant, à la mort d'Ephron, les choses se précipitent : Kyle Have fait des choix douteux pour la Vivacia, Chalcède menace Terrilville, les intrigues politiques se développent. Face à ça, Ronica est parfois dépassé, se laisse parfois aller. Elle se sent seule d'autant plus que ses filles (Keffria et Althéa) et sa petite-fille (Malta) ne sont pas d'un grand soutien. Elle n'a personne sur qui se reposer. Elle se réfugie alors dans le souvenir de son mari pour tenter de regagner de la force (« elle inspira profondément. Ephron. Ce fut tout. Elle avait simplement prononcé son nom à voix haute. A la fois appel, excuse et adieu »).
Ephron et Ronica semblent avoir un avis différent quant à Althéa. Ronica pense qu'il faut la prendre en main et lui confier des responsabilités alors que Ephron opte pour lui laisser encore un peu de liberté (« elle devra bien assez tôt s'installer, devenir une dame, une épouse et une mère, et il m'étonnerait qu'elle trouve à son goût ce genre d'exercice monotone »). Cela n'a pas rendu service à Althéa. On pourrait presque penser que cela a convaincu Ronica que sa fille n'était pas assez sérieuse pour recevoir en héritage la vivenef de la famille. La déception est alors immense pour Althéa qui pensait avoir un lien spécial avec son père ; Ronica précise que c'est elle qui a décidé de donner la Vivacia à Keffria et qu'Ephron a fini par accepter l'idée (« j'ai persuadé ton père de signer le document. Je l'ai persuadé, Althéa, je ne l'ai pas trompé. Même ton père a fini par se convaincre de la sagesse de ce que nous avions décidé »). On peut penser que Ronica a profité de la faiblesse d'Ephron pour le convaincre et que ce dernier n'était pas en assez bon état pour résister.
Mais, avant sa déchéance mentale et physique, Ephron était un homme de convictions. Il avait des valeurs qu'il défendait auprès de ses proches et auprès de la société de Terrilville. Il avait osé confier les affaires de la famille à une femme, il ose se positionner contre l'esclavage alors que la pratique gangrène Terrilville et que les Marchands usent d'artifices pour la développer. C'est un choix d'autant plus courageux que cela leur permettrait d'accroître leur richesse. Mais, il ne cède pas alors que la pression est forte : « Ephron avait toujours désapprouvé l’esclavage ; Ronica, elle, pensait que la plupart des esclaves ne devaient leur sort qu'à eux-mêmes ». C'est une décision courageuse mais qui explique aussi le déclin de sa famille. Au début de l'intrigue, le déclin des Vestrit est manifeste : ils ont de moins en moins de fonds, de plus en plus de mal à accumuler de la richesse. Cela peut aussi s'expliquer par le côté têtu d'Ephron, un homme campé sur ses positions qui refuse de les remettre en question. On en a la preuve avec sa volonté de ne pas commercer avec les gens du désert des Pluies (« on ne touche pas à la magie sans en être souillé. Nos ancêtres ont jugé que le prix était trop élevé et ils ont quitté le désert des Pluies pour fonder Terrilville »). Cette décision les empêche donc de commercer des produits qui sont fortement demandés et pour lesquels des gens sont prêts à payer beaucoup. C'est aussi sans doute un peu hypocrite pour un homme qui navigue sur un bateau magique...
Ronica offre un autre point de vue : elle explique que la magie nécessite un prix à pater, un prix immense : l'asservissement de la famille, et en particulier des enfants. C'est ce qu'elle tente d'expliquer à Malta : « il y a bien longtemps, Ephron et moi avons décidé de ne pas en conclure de nouveaux, de ne plus nous engager auprès d'eux, parce que nous voulions que nos enfants et nos petits-enfants – oui, même toi – restent libres de leurs décisions. A cause de cela, nous avons vécu plus difficilement que nous y étions obligés ». D'une certaine façon, Ephron a donc sacrifié son présent pour l'avenir de ses enfants. Il ne pouvait pas savoir que ce choix allait être mis en doute par de profonds changements en cours.
Kyle Havre a un avis bien nuancé sur Ephron. Si il respecte l'homme et le capitaine, il remet grandement en doute certaines de ses décisions. Chalcédien d'origine, il est forcément marqué par sa culture natale où les femmes ne valent pas beaucoup. Il ose donc dire à Ronica que « les temps changent, et Ephron n'aurait jamais dû vous laisser vous débrouiller toute seule ». La question de la femme est une pierre d’achoppement importante : selon Kyle, elles ne peuvent pas faire ce que les hommes font et elles doivent être réduites à des rôles subalternes. Ephron valorisait Althéa ; Kyle n'a jamais accepté ça (« pendant des années, j'ai dû supporter de voir Ephron Vestrit traîner sa fille partout derrière lui et la traiter comme un garçon »).
Surtout, il ne comprend pas qu'Ephron refuse de commercer avec le désert des Pluies, il refuse de croire qu'Ephron a pu détruire les cartes légendaires. Ce serait un choix ridicule, pas digne de l'homme qu'il est (« Ephron n'était pas stupide, et seul un imbécile aurait détruit des cartes de cette valeur ! »)
De son côté, Kyle Havre est jugé en comparaison de ce qu'était Ephron ; Brashen affirme que si « Kyle Havre était un capitaine compétent », il n'est pas « Ephron Vestrit ». La décision de confier la vivenef à Vivacia à Kyle revient donc au premier plan, sachant les limites connues de Kyle. Pour certains, elle jette un voile sombre sur Ephron, sur sa capacité à prendre de bonnes résolutions. Un Marchand dit qu' « Ephron Vestrit a laissa son navire entre les mains de cet étranger. Il l'a perdu. C'est un problème qui concerne les Vestrit, pas Terrilville ». Autrement dit, personne ne doit aider les Vestrit et ils doivent s'en prendre au réel responsable quant à la déchéance de leur famille. En confiant le navire à un homme venu d'ailleurs, Ephron a bafoué une tradition et doit en payer le prix.
Enfin, il faut aborder la relation entre Ephron et Brashen. En lui confiant un poste important sur la Vivacia, Ephron a donné à Brashen un but et une nouvelle chance, lui qui avait été disgracié et rejeté par sa famille (les Trell). Brashen en est reconnaissant (« Ephron Vestrit lui avait donné un bon coup de mail, il lui avait offert l'occasion de prouver sa valeur alors que personne d'autre ne voulait rien entendre »). Ephron lui a même donné des responsabilités importantes et un code de conduite (« si le second a la situation en main, le capitaine ne doit pas s'en occuper »). On peut penser qu'Ephron a aidé Brashen comme une forme de compensation, de substitut : Brashen aurait remplacé le fils perdu lors de l'épidémie de Peste sanguine. C'est sans doute aussi pour ça qu'il a traité Althéa de cette façon. Mais, encore une fois, en faisant cela, il a pu se mettre à dos certaines personnes de Terrilville, notamment la famille Trell. Cerwin Trell justifie cette position auprès de Ronica : « Père a été mécontent qu'Ephron prenne Brashen sous son aile après que notre famille l'a déshérité (…) Père a cru que vous vouliez nous en remontrer, nous prouver que vous pouviez remettre dans le droit chemin le fils qu'il avait chassé ».
jeudi 24 septembre 2020
Etta, la putain
Que raconte la saga des Aventuriers de la Mer ? C’est le retour des Dragons avec Tintaglia, c’est la découverte de nouvelles cultures et sociétés avec Terrilville, Jamailia et les Îles Pirates. On plonge dans une époque de bouleversement : un pirate (Kennit) ose s’attaquer aux transports d’esclaves, une famille Marchande (les Vestrit via Kyle Havre) se lance dans le commerce d’esclaves.
Mais, ce sont surtout des destins, des personnages qui grandissent et s’affirment au fur et à mesure des pages. L’agaçante Malta doit cesser de se comporter comme une gamine si elle ne veut pas mourir, ou pire, pourrir sur place. Althéa se lance dans une reconquête de la vivenef familiale (la Vivacia) injustement laissée à Keffria et Kyle Havre. Kennit veut devenir le Roi des Pirates, Davad Restart, perdu dans le chagrin suite au décès de sa famille, ne pense qu’au profit et à sa position sociale. Parangon, le navire fou, se lance dans un dernier voyage.
La force de ces romans est qu’ils nous font également suivre des personnages en bas de l’échelle sociale. Ici, il s’agit d’une prostituée, Etta. D’un bordel au palais du Gouverneur, du pont d’un bateau de pirate à celui d’une vivenef, Etta se révèle intéressante à découvrir. Si elle a beaucoup de mal à dépasser le statut de Kennit, on se rend vite compte qu’elle a beaucoup de possibilités.
Nous faisons connaissance avec Etta lorsque le pirate Kennit se rend dans son bordel habituel. Alors que la patronne lui propose de nouvelles femmes, il demande expressément Etta. Etta, la tenancière, les autres prostituées, toutes savent que le pirate veut cette femme (« sais-tu comment les autres m’appelaient ici ? La putain de Kennit. ») Pour Etta, c’est sans doute réconfortant et rassurant de savoir qu’un homme la veut malgré ce qu’elle est et son passé. Elle a l’impression d’être choisie, de compter. La vie de prostituée n’est pas facile et encore moins dans une ville comme Partage. Les pirates sont violents, sans foi ni loi, ils sont sales et souvent rustres. Et le métier en lui-même est compliqué : « les putains se font souvent battre par les clients ». Inévitablement, elle se raccroche à celui qui lui offre un tant soi peu de respect.
Pour autant, il serait naïf de croire que la relation entre Kennit et Etta est d’égal à égal. Kennit est un homme égoïste, imbu et au passé compliqué, lourd. Il a énormément de mal à accorder sa confiance et à se défaire de son costume d’autorité.
Kennit se place au-dessus d’Etta. Et même si ses conseils peuvent parfois être bons, il ne faut surtout pas lui montrer qu’il les écoute. On en a la preuve quand elle veut l’aider à capturer une vivenef (Kennit pense qu’avoir un bateau magique l’aidera à devenir le Roi des Pirates). Une fois qu’elle ait fini de lui parler, il lui répond que « ne te crois plus jamais le droit de me dire ce que je dois faire. Je n’ai pas besoin des conseils d’une femme. Je sais parfaitement comment obtenir ce qui me plaît ».
Etta accepte cette réponse. Elle est sincèrement éprise de lui et en plus son passé l’a conditionnée. Elle a été battue, méprisée, insultée ; elle se contente donc de la maigre affection qu’il lui offre (« elle avait vécu si longtemps en se contentant de si peu que les mots qu’il venait de lui adresser lui suffiraient pour toute une existence »). Le moindre signe public d’affection devient un réel événement. Elle les chérit et cela se voit dans le vocabulaire employé. On a ainsi le droit à un « il l’honorait ainsi, il manifestait ses sentiments aux yeux de tous en l’embrassant. Elle s’en sentit magnifiée. »
Ce n’est pas réellement un amour à sens unique, mais presque. Etta en a conscience et elle l’accepte, elle a fait son deuil de quelque chose de plus poussé : « elle savait qu’il l’aimait. Cela lui avait suffi ; elle n’avait pas besoin d’être aimée en retour. C’était Kennit, elle n’en demandait pas davantage ».
Putain à Partage, Etta a du apprendre à s’endurcir, à se battre si elle voulait rester en vie. Cela lui sera profitable à de nombreuses reprises tant la vie sur un bateau de pirates réserve des surprises. Bien entendu, ceux qui sont sous les ordres de Kennit n’ont jamais levé la main sur elle mais il y a d’autres dangers.
Kennit veut devenir Roi des Pirates et cela suscite de la méfiance, de la jalousie et des réactions d’animosité. Quand il rentre à Partage après avoir commencé à libérer des esclaves, il tombe dans une embuscade. Il est sauvé, entre autres, par Etta dans un passage qui met à la fois en avant sa beauté et sa férocité (« Etta, nue, comme la main, accroupie au-dessus de sa victime, avait l’air d’un chat sauvage avec ses dents inconsciemment dénudées »).
On en a la confirmation un peu plus tard quand elle fait face à Sa’Adar. Ce dernier était un esclave à bord de la Vivacia, la vivenef que Kennit est parvenue à capturer. Resté à bord du bateau magique, il mène depuis quelques temps une sorte de coup d’État silencieux, profitant de la blessure de Kennit. Quand Hiémain tente de soigner Kennit, il a besoin du coffre à pharmacie mais Sa’Adar l’a dissimulé. Etta confronte donc le pirate, elle le taillade nonchalamment et montre une certaine maîtrise du couteau. Il n’y a pas que la lame qui blesse mais aussi ses mots : « on a bien compris, je crois : c’est moi qui te commande. »
Il serait injuste de limiter Etta à une femme prompte à la violence et partenaire de sexe de Kennit. Elle est avide d’apprendre. Hiémain sera son professeur. Si les leçons seront compliquées pour le jeune homme, elle parviendra à la maîtrise des lettres. Etta est une femme souvent impulsive, qui montre ce qu’elle ressent. Ne pas aller si vite dans ses cours la frustre, l’énerve (« la hargne d’Etta n’était pas dirigée contre lui, mais contre sa propre ignorance crasse. Elle avait honte de ne pas savoir. Elle se sentait humiliée d’avoir à lui demander son aide ».
D’ailleurs, la relation avec Hiémain est intéressante. Hiémain est le fils de Keffria Vestrit et de Kyle Havre. Frère de Malta et Selden, il est retiré de son enseignement à la prêtrise pour embarquer à bord de la vivenef (un membre des Vestrit doit absolument être à bord). Il subira la méchanceté de son père et, quand la Vivacia sera prise par les pirates de Kennit, il restera sur la vivenef, nouant des liens avec Kennit et Etta.
Dès qu’il la voit, le jeune homme sent tout de suite qu’Etta est une femme dangereuse (« le regard noir et froid de la femme qu’il sentait dans son dos lui glaçait les entrailles »). Kennit lui confirme qu’il doit se méfier de la putain devenue pirate, il lui dit que « tu as peur de cette femme, n’est-ce pas ? Tu as raison. »
Très vite, Hiémain développe des sentiments pour elle. Est-ce de la fascination ou de l’amour ? Dans tous les cas, il parle d’elle avec en train et avec des mots qui la valorisent. N’ayant connu que ses sœurs ou sa mère comme femmes, il est forcément envoûté par Etta. Le pauvre ne peut pas tenir le coup (« elle ne ressemble à aucune femme que j’ai connue et je ne peux résister à l’envie de percer son mystère »). On peut penser qu’il est jaloux de Kennit, après tout le pirate partage son intimité avec Etta et profite de ses charmes. Lui doit se contenter d’en rêver : « elle le fascinait (…) elle s’emparait de tous ses sens (…) il avait conscience d’elle et, parfois, elle troublait son sommeil. »
Mais, ce n’est pas réciproque. Pour Etta, Hiémain est un professeur, un compagnon de voyage et rien de plus. Ce n’est pas un homme, encore un enfant (« c’est un gamin déchiré entre sa nature douce et son besoin de te suivre ») ; il faut dire qu’Etta a très peu, pour ne pas dire jamais, rencontré ce genre de personne.
Sorcor est le second de Kennit. C’est lui convaincra Kennit dans un flamboyant plaidoyer de s’en prendre aux esclavagistes. Il est intéressant de noter qu’il considère au début des aventures Etta comme une faible femme sans défense et facilement impressionnable (« il vaudrait peut-être mieux que la dame se retire dans sa cabine en attendant que tout soit fini »). Le temps passe, il verra ce dont Etta est capable. Il sait maintenant que c’est une femme capable. Dans le roman Sur les rives de l’Art, il prévient Fitz et les autres (qui font escale sur les Îles Pirates avant de se rendre sur Clerres) que « la Reine Etta ne rechigne pas à prendre les choses en main en cas de problème. » Il parle d’elle comme une Reine car elle est la compagne de Kennit (le Roi des Pirates) mais aussi parce qu’elle porte, dans les Aventuriers de la Mer, l’héritier. Etta tombe enceinte et la nouvelle ravit Sorcor (« Sorcor se leva d’un bond puis se jeta sur Etta pour l’embrasser à l’étouffer »).
Etta se contente de ce que lui donne Kennit. La dame n’est pas au bout de ses peines quand le pirate parvient à s’emparer de la Vivacia. Il tombe amoureux du bateau magique, il la charme, il lui murmure des mots doux, il est bienveillant, il est tout ce qu’il n’est pas avec Etta. Etta en souffre, elle l’avoue à Hiémain. Elle lui dit que « il veut être seul avec elle », elle se sent donc exclue. Quelques lignes après, on peut lire que « Etta énonça le fait avec une franchise brutale. La jalousie flamboyait dans ses yeux. » Vivacia (devenue Foudre) et Etta se confrontent. Etta lui dit affirme que « je ne désire pas t’écarter ni te prendre Kennit ».
Les deux concluent en quelque sorte un arrangement d’autant plus que la vivenef lui ouvre une nouvelle voie, à savoir devenir mère et cela même sans en avertir Kennit. Selon elle, les hommes sont faibles alors que les femmes se doivent d’être fortes (« nous savons, nous, dans nos entrailles que le but de tous nos mouvements, c’est la perpétuation de l’espèce »).
En outre, il faut noter qu’Etta n’est pas dans une admiration béate de Kennit. Elle sait que le pirate a de mauvais côtés. On savait déjà ce qu’elle reprochait à Hiémain (son côté suiveur), on remarque que c’est une femme observatrice : « Kennit et toi, vous couvez parfois toute l’étendue de la bêtise masculine. Lui avec sa raideur, sa froideur et sa répugnance à reconnaître le moindre besoin, et toi avec tes grands yeux de chiot mendiant un instant d’attention ».
Le viol d’Althéa par Kennit est un des moments les plus durs des livres. Kennit nie, Hiémain refuse de croire sa tante. Etta s’emporte et on finit par comprendre qu’elle est en colère contre elle-même. Son passé de putain l’a habituée aux abus et souillures. Elle sait ce que ça fait. Elle prend donc Hiémain à part pour remettre les choses en place : « ta tante n’est pas folle, Hiémain. Du moins pas plus folle que n’importe quelle femme après un viol (…) Cette révolte, chez une femme, rien d’autre ne peut la provoquer (…) Je l’ai ressentie moi-même. »
Kennit emmène Etta sur l’Île des Autres, un endroit qui attire des marins superstitieux et cherchant des signes du destin. Etta y rapporte un objet qui la conforte dans son désir d’enfant (« au creux de ses paumes, pas plus gros qu’un œuf de caille, se nichait un bébé »). C’est à Hiémain à qui elle annonce le premier la nouvelle de sa grossesse (« je suis enceinte, je porte l’enfant de Kennit »), les deux ont fini par avoir un lien fort. Toute à son bonheur, elle ne se rend pas compte à quel point cela affecte le jeune homme (« les paroles fermèrent la porte au nez de Hiémain, l’exclurent de la vie d’Etta et de la lumière »). Hiémain fait preuve ici d’une attitude très mélodramatique, sa réaction est tout de suite exagérée. De toute façon, à la mort de Kennit, Etta se tourne vers Hiémain et lui supplie de l’aider (« je ne veux pas élever cette enfant toute seule »). Il n’est pas question de relation sentimentale ou amoureuse, Etta honore trop la mémoire de Kennit pour ça. Il est donc là quand elle a besoin de lui, que ce soit pour administrer les affaires ou lui tenir compagnie au bal du Gouverneur.
Avant de mourir, Kennit a une dernière demande, celle de nommer le futur bébé. Il demande qu’il ait un prénom étroitement lié à son histoire, Parangon (« Mon amour. Prends l’amulette en bois-sorcier à mon poignet. Porte-la toujours jusqu’au jour où tu la transmettras à notre fils. A Parangon. Tu l’appelleras Parangon ? »)
Kennit est mort sans vraiment l’être. Parangon a en lui les souvenirs du pirate, c’est la tradition. Etta lui pose une dernière question et il lui répond que Kennit « t’aimait aussi profondément qu’il en était capable. » C’est une réponse évasive mais Etta s’en satisfait. Elle connaît l’homme et ses complexités. Ce n’est pas réellement un mensonge ou une réponse franche, juste ce qu’elle a besoin d’entendre.
« Sur les rives de l’Art » permet à Fitz de rencontrer les héros des Aventuriers de la Mer et des Cités des Anciens (il a déjà vu Selden ou Jek). Il verra Malta et Reyn, Alise et Leftrin, Kanaï et Gringalette, Brashen et Althéa. Il rencontrera également Etta et elle lui fera forte impression : « une femme extraordinaire s’encadra dans la porte ».
Les deux auront quelques interactions et comme d’autres avant elle (Astérie, le Fou, Umbre, la Femme Pâle), la Reine des Pirates sent que Fitz apporte le changement : « FitzChevalerie Loinvoyant, grâce à vous, Partage connaît une effervescence, des destructions et des interrogations qu’elle n’a pas connues depuis bien des années ». C’est une affirmation compréhensible quand au même endroit sont réunis des Loinvoyant, des Vestrit, des Anciens, des vivenefs et des Dragons.