Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

Article épinglé

Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

vendredi 31 juillet 2026

[Joe Abercrombie] Qui est Shenkt ?

Dans une saga qui regorge de personnages plus impressionnants les uns que les autres, Shenkt, malgré un nombre d’apparences limitées, arrive à sortir du lot. Il n’est pas un Roi, il n’est pas un Mage, il ne commande pas une armée.


Lui qui est vu comme un simple assassin qu’on peut acheter est en réalité bien plus que ça. Shenkt a un passé chargé. Il a été un homme du manipulateur Bayaz, il a été un de ses Dévoreurs. Tant d’homme et de femmes ont été pris dans les filets de Bayaz sans jamais pouvoir s’en sortir. Le vieux Mage a usé d’eux pour arriver à ses fins et s’est totalement moqué de ce qu’ils pouvaient vouloir. Bayaz a fait et défait des rois, s’est Seri des banques pour accorder des prêts, etc. 

Shenkt, lui, a tourné le dos et se met même à le défier.

A la fin de Servir froid, la nouvelle patronne de la Styrie, Monza Murcatto, est menacée par un envoyé de Bayaz, Sulfur. Elle n’en mène pas large et semble à deux doigts de céder jusqu’à ce que Shenkt fasse son apparition. Les deux apprentis de Bayaz se font face : « le représentant de Valint et Bank se retourna, et recula, surpris, avant de s’immobiliser, glacé, comme s’il avait découvert la mort lui soufflant à l’oreille ». Voir Sulfur perdre de sa superbe est totalement inattendu. La chose est claire : Sulfur a peur de Shenkt. Si Sulfur craint tant Shenkt, c’est parce que Shenkt a accompli l’inimaginable : tourner le dos à Bayaz. Shenkt énonce calmement la chose. Quand Sulfur lui dit que Bayaz est leur Maître, Shenkt répond que « je n’en ai pas —plus—, vous cous souvenez ? Je lui ai dit que c’était fini ». Shenkt a donc vraisemblablement résisté à la pression de Bayaz et est resté fidèle à ses convictions.


Ayant renié Bayaz, Shenkt ne peut plus craindre grand-monde. Cela devient même un de ses crédos de vie (« jeune homme, il avait étudié avant de se prosterner devant son maître et de jurer de ne plus jamais se prosterner »).

C’est pour cela qu’il ne se prosterne pas devant le duc Orso de Talins qui lui demande de retrouver Monza (« je ne me prosterne pas »).


Si on est tant marqué par Shenkt à la lecture de Servir froid, c’est parce qu’il permet à la fantastique Monza Murcatto de s’élever. Sans Shenkt, pas de Monza. Il est celui qui la maintient en vie alors qu’elle a été trahie par son employeur, le duc Orso de Talins (« La tuer ? répéta-t-il (…) après l’avoir descendue de la montagne ? Après lui avoir réparé les os et l’avoir secourue »). On comprend que c’est Shenkt qui a sauvé Monza au début du roman. Sans lui, Monza aurait été morte. Shenkt n’hésite donc pas, à nouveau, à tenir tête au duc de Talins (Orso) qui l’a pourtant employé pour retrouver Monza et sa quête de vengeance.


Dans la seconde trilogie de Joe Abercrombie, les rumeurs se disputent au sujet de Shenkt.

C’est principalement Vick qui centralise le plus de rumeurs sur Shenkt. Avant de le voir, elle entend un tas de choses sur lui. Certains disent qu’ « il mange ses victimes ». On murmure que ses compétences sont supérieures « à celles du commun des mortels ». D’autres affirment que Shenkt est « un sorcier qui s’était damné en mangeant de la chair humaine ». Celle-là semble être vraie puisque Shenkt est bel et bien un Dévoreur. Shenkt a donc bel et bien violé la Deuxième Loi d’Euz.

Shenkt est fort : il se débarrasse sans aucun souci des gros bras de l’Inquisition de l’Union (« Vick se souvint de ce que Shenkt avait fait aux deux Tourmenteurs sur le quai de Port Ouest. Des colosses propulsés dans les airs comme des poupées »). En réalité, ce qui impressionne le plus Vick n’est pas la force de Shenkt, mais son apparence. Il est si banal, si transparent, si quelconque (« gratifia Vick d’un sourire hésitant, presque comme s’il entendait s’excuser. Pour avoir plus ordinaire que lui, il fallait se lever tôt »)… Et pourtant, Shenkt reste « le tueur le plus célèbre de Styrie » et peut-être même de ce monde.

mercredi 29 juillet 2026

[Joe Abercrombie] Vick dan Teufel (1) : l'impact des camps

Envoyée dans le camp du pays des Angles par Glokta, Vick dan Teufel finit quand même par travailler pour l’Inquisition de l’Union. Elle est donc une agente zélée et compétente de ceux qui ont condamné sa famille et elle au pire. Pourquoi ?


C’est simple. Vivre dans les camps a été une réelle épreuve tragique et inhumaine pour la jeune femme. Elle y a frôlé la mort plusieurs fois, elle a été confrontée à son impuissance. En ayant pu quitter cet enfer, elle a réalisé qu’elle devait être du bon côté si elle voulait survivre. Ainsi, sa maxime est qu’ « il faut toujours être du côté des vainqueurs ». C’est ce qui lui permet d’avoir une certaine souplesse, de servir celui qui a ruiné la vie de sa famille.


En effet, Vick sert Glokta et l’inquisition même si elle sait que c’est la faute de Glokta si sa vie a mal tourné (« c’est vous qui avez envoyé ma famille dans les camps »). 


Elle s’est retrouvée là-bas alors qu’elle n’était qu’une gamine : trop petite pour s’opposer à la décision mais assez grande pour en souffrir. Tous ont été victimes de l’arbitraire de Glokta qui a accusé et condamné son père, Sepp dan Teufel, sans preuves.  


Quand elle parle de sa vie dans les camps, on ressent toute sa détresse vécue : « Vick avait effectivement huit ans, mais elle croupissait dans la cave puante d’un bateau, enchainée avec toute sa famille et un groupe d’autres prisonniers. Tous en route pour les camps du Pays des Angles, dont elle serait la seule à revenir ». Vick a donc vu ses parents, ses soeurs et son frère mourir.

Avant de les voir mourir, elle a eu le temps de se rendre compte que l’on pouvait tout perdre. Après tout, dans l’Union, la famille dan Teufel était influente et puissante. Dans les camps, elle n’est plus rien. Ses membres ne sont que des prisonniers comme les autres qui subissent des mauvais traitements et des humiliations. Elle se rappelle que « dans les camps, elle avait dormi à côté d’inconnus. Des corps serrés les uns contre les autre dans la paille puante, comme les porcelets d’une portée. C’était toujours mieux que de crever de froid » et « la crasse, la douleur, la faim, la mort, l’injustice et la trahison. Les ténèbres éternelles des mines, la chaleur brûlante des fours, la fureur et le désespoir permanents, les cadavres dans la neige ».


Tout laisse à croire que les camps n’offraient qu’un destin à Vick : la mort. Pourtant, elle a survécu, tirée de là par Glokta. Elle est devenue une personne différente, prête à tout pour rester en vie. Les camps ont endurci Vick. 

Elle, la fille de famille de noble, a perdu toute l’éducation reçue ; de toute façon, elle n’avait pas le choix. Les camps n’offraient aucune échappatoire, aucune chance (« quand on grandissait dans les camps, contrainte de dormir avec des inconnus, de partager la chaleur, la puanteur et les vermines, la pudeur était un luxe qu’on renonçait à s’offrir »).

C’était elle ou les autres, et elle a commis l’ultime méfait en dénonçant son frère qui préparait une révolte. Elle l’a vendu pour acheter sa liberté.


Glokta voit en elle un potentiel (« dans les camps, les tiens sont morts et tu as survécu (…) ces gens sont morts parce qu’ils n’étaient pas assez forts. Contrairement à toi »). Glokta a alors façonné Vick, ce qui n’est pas une mince prouesse. La femme aurait très bien pu vouloir se venger de lui. Cela a été le contraire : elle a espionné pour lui, l’a servi et est devenue Inquisitrice. Par exemple, elle a infiltré les rebelles de Valbeck, a fait semblant de prendre part à leur cause pour mieux les trahir. Elle a fait cela sans trop de regrets ou de remords. Tout simplement parce qu’elle veut vivre du côté de ceux qui dominent, et là, c’est le camp de l’Union.


dimanche 19 juillet 2026

Prologues et épilogues : le temps

Le temps est un élément important dans la saga de l’assassin royal. Ce n’est pas uniquement la question du temps qui passe ou de l’âge, c’est aussi la possibilité de se libérer du temps et de son implacable effet. Quelques personnages tentent de défier le temps : Umbre se drogue pour lutter contre la vieillesse, le Fou veut briser la chaîne d’événements créée par les Quatre de Clerres.


Fitz est aussi concerné comme on le voit dans le prologue de l’assassin du roi. Alors qu’il vient d’être empoisonné par Royal, Fitz perd le contrôle de son corps et se convainc qu’il n’est plus bon à rien. Il se voit diminué et affaibli, il se définit comme un vieil homme usé et inutile. Pour lui, c’est une infamie d’être privé de la vigueur de sa jeunesse (« ça ne me dérangerait pas d’avoir un corps de vieillard si je l’avais acquis au cours des ans ; mais je ne peux pas continuer ainsi »). Fitz pense être devenu une chose dispensable, un poids mort. Son état physique fait qu’il ne sert plus à rien, plus à personne. Il se compare à une personne âgée incapable de contrôler les tremblements de son corps ou de retrouver sa vigueur physique. Les plaintes de Fitz ne se font pas dans le vide. Jonqui, une femme des Montagnes, est une de ses interlocutrices. Elle ne comprend pas pourquoi Fitz se plaint tant, elle ne comprend pas pourquoi il est si pressé d’aller tout de suite bien. Elle lui explique que « guérir peut être long et fastidieux parfois ». Autrement dit, Fitz doit se laisser le temps d’aller mieux. Le bâtard ne comprend pas ça. Il est même en attente d’une solution miracle, d’un acte qui le remettrait immédiatement sur le bon chemin.


Plus tard, Fitz est mort. Il est donc hors du temps. Torturé par Royal, il choisit d’arrêter de vivre plutôt que d’être torturé puis pendu. Il se réfugie dans le corps du loup. Ce n’est pas seulement une nouvelle vie qui s’offre à lui mais aussi une autre façon de concevoir les choses. On savait déjà qu’Oeil-de-Nuit ne voyait pas le temps comme ces humains qui découpent tout en heures et minutes. Le loup, lui, vit dans le présent (il a faim alors il chasse). Le loup est le propre maître de son temps et de sa vie : « il est un lieu où tout temps est maintenant ; où les choix sont simples et ne sont jamais ceux d’un autre ». Le loup ne se sent pas concerné par ces humains qui veulent tout contrôler, qui veulent se projeter dans le futur. Lui n’a qu’une vie, il la vit, et le reste lui importe peu.

Cela marquera Fitz. Quand il finit par revenir à la vie, Fitz réalise qu’il a perdu beaucoup. Bien entendu, il ne peut plus espérer être FitzChevalerie Loinvoyant. Mais, il a perdu bien plus : des souvenirs et des moments partagés, des liens futurs, des amitiés à entretenir. On sent le regret dans ses pensées. La peine est présente quand on lit que « disparus, les rythmes des vies qui se mêlaient à la mienne ; des amis moururent, d’autres se marièrent, des enfants naquirent, ils devinrent des hommes, et de tout cela je ne vis rien ». Il se sent presque comme étranger de son époque.


Ecrire est important pour Fitz. Les mots lui servent d’exutoire à ses peines et ses douleurs même si il écrit dans un but bien différent : écrire une histoire des Six-Duchés. Sa plume dévie donc et trace sa vie, ses souvenirs, son passé. Alors qu’il est devenu Tom Blaireau, Fitz décide de rentrer chez lui pour effacer son ancienne vie ; il ne veut pas qu’on tombe sur des anciens parchemins qui mentionnent des secrets.

C’est un moment où Fitz prend conscience des choses. Certains pourraient croire qu’il s’apitoie encore quand il dit que « j’ai compris que le passé avait échappé à mes efforts pour le défier et le comprendre, et qu’il en serait toujours ainsi ». Cela laisse croire ou entendre que Fitz baisse les bras, qu’il ne sert à rien de regarder hier pour comprendre demain. La chose est toute autre car les paroles suivantes le montrent enclin à prendre les choses en main (« l’histoire n’est pas plus figée ni morte que l’avenir. Le passé est tout près ; il commence à la dernière respiration qu’on a prise »). Cela sous-entend un Fitz prêt à agir, prêt à contrarier le destin comme le dirait le Fou.

Mais, Fitz reste un homme et comme tous les hommes, il est plein de contradictions. On peut penser que sa résolution faiblit quand on lit ces lignes dans le tome suivant : « je continue à me promettre : « La prochaine fois, je ferai mieux », dans ma certitude orgueilleuse et typiquement humaine qu’il me sera offert une prochaine fois ». Cela peut aussi supposer que l’avenir ne garantit rien, que rien ne peut laisser un espoir d’amélioration. Rien ne dit que la prochaine fois existera. Et, dans cette optique, l’idée de vivre dans le présent du Loup Oeil-de-Nuit semble la bienvenue.


Mais, plus les années passent et plus Fitz prend du recul. L’âge le fait murir et considérer les choses avec un autre regard. Il revisite son passé, le passé des gens qu’il a connus et comprend différemment certaines décisions. Il réalise que « le temps est un professeur cruel qui donne des leçons que nous apprenons bien trop tard pour en avoir l’utilité ». Au final, ce sont des « leçons apprises trop tard, des situations comprises avec des dizaines d’années de retard. Et tant de choses perdues à cause de cela ». Quelle tristesse.  


mercredi 15 juillet 2026

La mort des méchants (1)

Dans la série de l’assassin royal, les animaux sont particulièrement mis en valeur. Grâce à la magie du Vif, on est amené à mieux les cerner. Fitz ayant de nombreux liens (de Vif ou non) avec des animaux, ils aident au développement de l’intrigue et ont parfois des rôles importants. Ils aident Fitz à atteindre ses objectifs et ont parfois des morts tragiques. Ainsi, on retiendra les sacrifices de Fouinot ou Martel. Mais, il arrive aussi que ce soient eux qui apportent la mort.


Le roman La Reine solitaire est un roman de mort et de conclusion. Alors que Vérité le dragon vient de s’envoler pour libérer les Six-Duchés, Fitz est aux prises avec les artiseurs et les soldats de Royal qui veulent s’emparer de la caverne. C’est un combat déséquilibré car le bâtard fait face à des attaques physiques et contre son esprit. Lui n’est accompagné que par le loup. Mais, Oeil-de-Nuit se révèle un formidable combattant. Le chasseur est celui qui tue Ronce. Ronce est un artiseur qui a pris grand plaisir à torturer Astérie. C’est quelque chose qui ne peut pas être pardonné. La mort de Ronce est brutale : « Oeil-de-Nuit venait de trancher la grosse veine du cou, et la vie de Ronce s’écoulait en geysers écarlates (…) Le sang gicla comme une fontaine tandis que Ronce ne débattait sans savoir qu’il était mort ». La mort de Ronce n’est pas inutile car elle fournit une réponse à une énigme : comment réveiller les dragons de pierre ? Par le sang et le Vif.

Quelques temps plus tard, une autre mort marquante et attendue survient : celle de Royal. On souhaitait le pire à ce Loinvoyant depuis un long moment. Il y avait même de l’attente que ce soit Fitz qui le tue, en réponse à tout ce qui lui a été infligé. Mais, les choses ont été différentes : il a été tué par un furet. Ce n’est pas si surprenant car Royal paie les conséquences de ses actes : il a mis à mort, persécuté un bon nombre d’utilisateurs du Vif, il en a fait un moyen d’amusement en les faisant se battre contre des forgisés. La mort de Royal a été tout sauf paisible ; elle a été violente, tout à fait inattendue pour lui. Il a été pris dans un moment de faiblesse, où sa garde était baissée (« la sauvage créature qui le déchiqueta dans son lit une nuit laissa des traces sanglantes non seulement sur les draps mais dans toute la chambre, comme si son acte l’avait rendue folle d’exultation »). Le nom de cet animal mérite d’être retenu : il s’agit de Petit-Furet. D’ailleurs, Fitz l’avait rencontrée alors qu’il tentait de tuer Royal. Le furet avait réussi à lui montrer que c’était un piège et à le convaincre de le laisser faire. Fitz avait acquiescé et lui avait offert réconfort, chaleur et bonne chance.


Si durant la guerre contre les Pirates rouges, Fitz a donné la mort à beaucoup de forgisés, il a aussi tué quelques Pirates rouges (« ma hache lui enfonça son casque dans le crâne »). A chaque fois, à chaque mort donnée, ce n’est pas seulement Fitz qui tue, c’est toute la population duchéenne marquée par les exactions des Pirates. C’est un moment où Fitz ne devient que le bras armé d’un peuple qui recherche la vengeance. Lui-même n’en tire aucune gloire même si on peut le remercier pour ce qu’il fait.


Fitz cherche aussi la vengeance. Il n’a pas oublié qu’il a été torturé dans les cachots par l’équipe de Royal. Le peut-il d’ailleurs ? En tout cas, pendant de longues semaines, il en fait des cauchemars. Il se souvient des coups portés, de la douleur et qu’il est mort dans les cachots. Il porte aussi les cicatrices physiques et émotionnelles. Alors, quand il a la chance de se venger d’un de ses tortionnaires, il ne rate pas l’occasion. Pêne meurt dans d’atroces souffrances, empoisonné. Pêne meurt en sachant qu’il va mourir et qu’il n’y a rien à faire contre. Fitz semble en tirer une grande joie : « l’absence soudaine de ma perception de son existence était comme un rayon de soleil sur mon visage ».


Les Pie sont une menace. Ils ont réussi à enlever Devoir, l’héritier de la Couronne. La mission de récupération a poussé Fitz au-delà de ses limites et a même occasionné la mort d’Oeil-de-Nuit. Bien que battus, les Pie ont continué à vouloir saborder le trône. Ils ont espionné les Loinvoyant, menacé des gens comme Laurier ou Civil. On comprend assez vite que Laudevin est un homme dangereux, très dangereux. Le Pie ne vit que pour la confrontation. Pire, il est un homme marqué par ce que Royal a infligé à sa famille. Il a vu la cruauté et il est prêt à imposer la cruauté en réponse. Alors, quand Fitz et lui sont face à face, c’est nécessairement un combat à mort qui les attend, un affrontement violent. Fitz a le dessus (« je pris mon épée à deux mains mains et la plongeai dans sa poitrine »). Ce n’est pas seulement Laudevin que Fitz tue, c’est aussi le lien entre Laudevin et son cheval de Vif (« j’entendis le hennissement de rage d’un cheval de combat y faire écho »). Fitz tue aussi le cheval de Laudevin. La population percevra cela comme un meurtre. Fitz est emprisonné, condamné à une mort certaine. D’une certaine façon, il n’aspire qu’à mourir : la façon dont il s’est lancé dans ce combat tend à le montrer.


Fitz ne tue pas la Femme Pâle, il la laisse vivre. Il pourrait et il devrait pourtant la tuer. La Femme Pâle a fait tant de mal au Fou, son ami le plus important. Elle l’a torturé, elle l’a brisé. Et pourtant, quand l’occasion se présente, quand la Femme Pâle appelle la mort, il la laisse vivre. Ceci dit, à ce stade, elle est une femme pathétique et affaiblie, sans mains et presque folle, perdue dans ses illusions de grandeur. Elle est seule et sans ressources. Fitz l’abandonne dans son triste état. Plus tard, on la trouvera morte (« la Femme Pâle gisait sur la glace (…) Les moignons desséchés et noircis de ses bras me firent songer à des pattes d’insectes »).