Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

Article épinglé

Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

mardi 3 novembre 2026

Le nez cassé de Fitz

Fitz a tué Subtil, c’est en tout cas ce que dit la rumeur populaire. Enfermé dans les cachots du château de Castelcerf, il est battu, affamé et torturé par les hommes de Royal. Lors d’une séance, on lui casse le nez. Alors qu’il est relativement apathique, la douleur prend Fitz à la gorge. Il a mal (« ce fut un bruit à lever le coeur suivi d’une douleur insoutenable, une souffrance si intense que j’eus soudain plus conscience d’aucune autre. Je perdis connaissance »). On peut penser que c’est une des pires douleurs de Fitz à ce stade du récit, elle rivalise avec la mort de ses compagnons de Vif ou le départ de Molly.


Mort puis déterré, Fitz offre un triste spectacle. Il n’est plus le même homme quand il sort de la tombe, il est dans les premiers temps un homme sauvage qui ne se rappelle pas de son passé. Physiquement, il a également changé. Ceux qui l’ont connu ne peuvent pas manquer son nez cassé. Ils le remarquent tout de suite. Pour un regard aiguisé comme celui d’Umbre, ce nez abîmé révèle immédiatement les coups. Umbre est touché par ce qu’il voit (« la compassion assombrit soudain son visage »). Fitz, lui, doit s’habituer à ce genre de réactions. Lorsque les proches le voient, entendent son histoire, ils sont attendris. Or, c’est une émotion qui met Fitz mal à l’aise. Il supporte mal que les gens s’apitoient sur son sort. Par exemple, on lit que « je détournai le regard, incapable d’endurer sa pitié ».

A Jhaampe, le Fou revoit Fitz des mois plus tard. Leur séparation à Castelcerf avait été brutale puisque le Fou pensait que Fitz avait tué Royal. Quand ils finissent par se revoir, le Fou ne reconnait pas le bâtard de Chevalerie. Il faut dire que l’homme a changé : il a été blessé plusieurs fois, il a souffert du froid, il est inconscient. Revoir Fitz redonne espoir au Fou. C’est un des premiers moments qui montre l’importance de Fitz pour le Fou, on se rend compte qu’il y a autre chose qu’une simple amitié. La dynamique Prophète / Catalyseur se met en place. Au-delà de ça, le Fou a des gestes tendres, presque amoureux envers Fitz (« hésitants, ses doigts frais caressèrent mon visage, suivirent la balafre et l’arête brisée du nez »). C’est comme s’il cherchait à se rappeler le physique apprécié de son ami.


Pour d’autres, le nez cassé facilite les choses. Quand Royal lance un avis de recherche contre son neveu, il parle tout le temps du nez. C’est un signe distinctif, quelque chose qui doit permettre de le reconnaître. Astérie, la ménestrelle, ne croit pas Fitz quand il dit que ce n’est pas lui dont on parle ; elle remarque qu’ « il s’agit peut-être d’un autre individu qui a lui aussi le nez cassé, une balafre sur le visage ». Fitz bricole une histoire bancale en réponse.

Le loup, Oeil-de-Nui, se moque totalement que le nez de Fitz soit cassé. Il ne lui servait à rien, il ne lui sert à rien maintenant (« autant que je suis sûr d’avoir un nez de loup et pas un paquet de chair inutile en dessous des yeux »). A de nombreuses reprises, Oeil-de-Nuit s’est moqué de l’inaptitude de Fitz à sentir les gens qui le suivaient.


L’épisode de la torture est un traumatisme pour Fitz. Il hante ses rêves et ses cauchemars. Comme si cela ne suffisait pas, des types comme Guillot s’en servent pour lui faire du mal. Guillot, l’artiseur, sait que Fitz est sensible à ce genre de pression. De plus, Guillot était présent quand Fitz s’est fait casser le nez. Ayant assisté à la scène, il ne se prive pas de la faire revivre à Fitz (« je sentis à nouveau le choc de mon nez cassé »). Cela plonge Fitz dans un sale état, il reste encore une victime de ce triste moment de sa vie.

Et sans la Fille-au-dragon sans ce moment où il lui transmet bon nombre de ses douleurs et souvenirs associés, il y aurait fort à croire que cela aurait accompagné encore plus longtemps. Il se vide : « prends mes jours et mes nuits dans les cachots de Royal (…) que je n’entende plus mon nez se briser ». Le nez cassé n’est pas seulement cassé, il porte aussi les heures les plus sombres.


Devoir est un cas intéressant. Le fils de Kettricken et Vérité n’a pas connu FitzChevalerie Loinvoyant. Quand il voit Fitz, il ne sait pas qu’il fait partie de sa famille ; il le connait sous l’identité de Tom Blaireau. Il observe Fitz, il l’analyse (« vous avez le type Loinvoyant (…) pas le nez, en revanche ; j’ignore d’où il vient mais il n’est pas de la famille »). Est-ce que cela voudrait dire que les Loinvoyant ont une forme de nez spécifique ? Sans doute. Après tout, Devoir a « le nez que j’avais adolescent, avant que Royal ne me le casse ».


Quand Ambre (le Fou) sculpte un visage à la vivenef Parangon, il le fait en servant de modèle comme Fitz. C’est une représentation extrêmement fidèle comme on le voit dans le tome Sur les rives de l’Art. Lant est choqué (« Douce Eda, Fitz, il a votre visage ! Jusqu’à votre nez cassé ! ». Le Fou se disait que Fitz ne tomberait jamais dessus. 

Bien entendu, le nez cassé fait partie des attributs du visage. Brashen trouve que c’est une bonne  idée puisque cela « lui donne un air très déterminé ».

Jek, elle, a vu Parangon et Fitz. Quand elle voit Fitz, elle est plus mesurée. Dans la saga, Jek est présentée comme une séductrice, une femme qui fait passer ses appétits sexuels en haut de priorité tout en étant une femme et une amie de confiance. Quand elle détaille Fitz de la tête aux pieds, son verdict est assez clair ; elle déplore son « fichu » caractère mais reconnait qu’il est « beau, malgré son nez cassé. 

dimanche 1 novembre 2026

[George R.R. Martin] Quelques références à Aegon le Conquérant

Dans l’histoire de Westeros unie, il n’existe pas de figure plus marquante qu’Aegon le Conquérant. Après tout, il est celui qui a entrepris l’unification des royaumes et leur a fourni un gouvernement central. Il n’a pas seulement été un Homme d’Etat, il a marqué son époque par ses talents de combattant et de stratège, certes bien aidé par ses femmes-sœurs et ses dragons. 

L’exilée Daenerys se réfère à lui quand elle se projette. Son ancêtre a marqué l’histoire de sa famille et, des décennies plus tard, il influe encore grandement la vie de Daenerys. Il conditionne les choix qu’elle peut faire. Elle n’a pas d’autre choix que de se marier à son frère Viserys : « depuis toujours, elle s’attendait le moment venu, à épouser son frère, car cela faisait des siècles, très précisément depuis qu’Aegon le Conquérant s’était donné pour femmes ses propres sœurs, que les Targaryens se mariaient ainsi ». Pour Daenerys, le choix est nécessairement limité car il ne lui reste que le manipulateur, et parfois violent, Viserys.

On pourrait penser que Daenerys se sent contrainte par l’héritage d’Aegon, ce n’est pas le cas, loin de là. C’est même une fierté, quelque chose qu’elle déclame quand elle se présente à bon nombre de gens, quelque chose dont elle se sert lorsqu’il s’agit d’asseoir son autorité et sa légitimité (« Je suis du sang du dragon. Je suis Daenerys du Typhon, princesse de Peyredragon, semence et sang d’Aegon le Conquérant »). Pour autant, cela peut devenir un fardeau lourd à porter. Après tout, Daenerys ne fait que, pour l’instant, conquérir des villes en Essos alors qu’ « Aegon mit les Sept Couronnes à feu et à sang » et « leur offrit ensuite paix, justice, et prospérité ». Aegon était donc aussi un bâtisseur, quelqu’un qui avait une vision et un projet. En comparaison, Daenerys admet faire pâle figure (« je n’ai quant à moi apporté que mort et que ruine à la baie des Serfs »). 

Beaucoup semblent louer Aegon. Même Stannis Baratheon lui trouve des qualités de leader. Il reconnait qu’Aegon a offert un regard neuf sur Westeros en disant que « tous ces blablas sur les Sept Couronnes sont ineptes. Aegon s’en aperçut voilà trois cents ans au premier coup d ‘œil qu’il jeta dessus ». il est possible que d’autres aient voulu unifier les couronnes avant lui mais seul Aegon avait la force pour réaliser ce rêve.

Mais Aegon n’était qu’un homme. Il n’aurait jamais pu conquérir ces vastes territoires sans des armées puissantes et surtout sans ses dragons. C’est en tout cas ce que pense Stannis (« penses-tu que nous l’appellerions aujourd’hui le « Conquérant », s’il n’avait pas disposé de dragons ? »). 

Des décennies après sa mort, le royaume se trouve dans un piètre état après le règne de Robert Baratheon. Ce dernier n’a pas réussi à offrir à ses héritiers la légitimé nécessaire et la guerre éclate. Les ambitieux se dévoilent et le peuple gronde.

A Port-Réal, quand des émeutes éclatent, Janos Slynt se sert de l’image d’Aegon pour dire que la situation est intenable ; il déplore qu’ « Aegon en personne ne parviendrait pas à maintenir la paix, lord Renly ».

D’autres invoquent le souvenir d’Aegon pour motiver, inspirer. Mélisandre tente de faire comprendre à Stannis qu’il doit se montrer impitoyable et déterminé. Stannis ne peut pas se permettre de tergiverser, d'hésiter. Après tout, Stannis n’est-il pas à Peyredragon ? Mélisandre y voit là un signe. Comme Aegon, elle pense que son roi doit s’envoler de « ce roc désolé, et comme lui, jadis, à tout balayer sur votre passage ». Mélisandre a bien compris qu’Aegon représentait une figure mythique, un héros légendaire dont elle peut se servir pour arriver à ses fins. 

Aegon a laissé un bon nombre de symboles après sa mort. Le plus marquant (et le plus disputé) est sans aucun doute le Trône de Fer, ce siège « immense, hérissé de pointes et de lames acérées, tordues, déchiquetées comme à plaisir ». Rien de bien engageant à première vue donc, mais il suffit à éveiller bon nombre d’ambitions, de combats et de trahisons. Le Trône de Fer était une idée d’Aegon (« le mot d’Aegon commandait à ses armuriers de lui forger ce trône monumental avec les épées de la reddition ») pour montrer à ses ennemis vaincus qu’il les dominait à tout point de vue. 

Quand un Aegon émerge en disant vouloir conquérir le Trône, il est accueilli avec des doutes par Tyrion. Après avoir écouté les revendications de l’homme, le nain de la famille Lannister lui souligne qu’il devra faire avec une rivale : Daenerys. Quand il parle d’elle, c’est en des termes élogieux : « c’est la veuve d’un khal dothraki, la mère de dragons et une pilleuse de villes, Aegon le Conquérant avec des nichons ». Ainsi, tel Aegon, Daenerys est entrée dans la légende.


samedi 31 octobre 2026

Petit billet # 7 : Molly, Fitz et Burrich, un triangle amoureux ?

Fitz et Molly se sont mis en couple après le retour de Fitz des Montagnes. Il leur a fallu du temps pour avouer leur amour, en tout cas du temps pour que Fitz trouve le courage de le dire. 

Ils ont donc été en couple au château de Castelcerf. Molly, ancienne fabricante de bougies, s’est reconvertie en servante.

Quand les ennuis de Fitz ont déteint sur Molly, quand elle a été menacée par Royal, quand elle s’est sentie un peu seule au château, elle a trouvé en Burrich une oreille attentive, un ami. Fitz refusait de parler de ses propres soucis et il cherchait à protéger Molly sans réellement écouter ce qu’elle pouvait pire. Rien ne laisse entendre que Burrich soit tombé amoureux d’elle.

Fitz et Molly se sont séparés à l’initiative de Molly. Celle-ci, enceinte, a fini par se rendre compte que la relation avec Fitz n’avait pas d’avenir : Fitz se plongeant la tête la première dans son rôle d’espion, d’assassin, de protecteur de Kettricken. Fitz a cru que Molly avait trouvé un autre amoureux, il avait tort puisque l’autre (celui qui comptait plus que tout) dont parlait Molly était son enfant à naître.

Puis, Fitz est mort et Molly a pleuré sa mort.


Enceinte, elle a vécu comme elle a pu. Burrich a fini par la rejoindre. C’est presque un choix par défaut. Que pouvait-il faire d’autre ? Il n’avait plus chiens ni chevaux, et il avait failli à garder Fitz en vie. Il est aussi possible qu’il ait simplement voulu prendre soin de l’enfant à naître de Fitz et Molly. Peut-être se sentait-il encore attaché à la promesse faite à Chevalerie des années avant.


Fitz est mort à nouveau (au début du tome 4, le Poison de la vengeance). En tout cas, c’est ce que laissaient croire les apparences. Burrich a trouvé un cadavre et a pensé que Fitz était mort. On en arrive donc au stade où Burrich et Molly pensent Fitz mort. Il n’y a donc pas de triangle amoureux quand Burrich avoue son amour, quand Molly fait la même chose.


Les années passent. Fitz, bien vivant, sait que Molly et Burrich sont ensemble. Il ne tente pas de la reconquérir. Il ne le tente pas plus quand il contacte sa fille, Ortie, par l’Art. Il l’aime encore mais il ne veut pas lui voler son bonheur.


Ensuite, on entre là dans la période la plus problématique. A Aslevjal, Burrich est gravement blessé (il finira par mourir d’ailleurs). Mais, avant de mourir, il dit à Fitz d’aller retrouver Molly, de se mettre avec elle comme si Molly n’avait pas le droit  à la parole, comme si elle était un objet dont on pouvait disposer. Heureusement, Molly ressentait encore des choses pour le bâtard et la cour maladroite et enfiévrée de Fitz les a réunis.


Au final, Molly n’a jamais aimé les deux hommes en même temps. Dans le pire  (ou meilleur) des cas, elle a aimé Burrich tout en chérissant le souvenir de Fitz.


D’ailleurs, les paroles de Molly, dans les dernières pages d’Adieux et retrouvailles, ne laissent de place au doute : « tu nous as fait croire que tu étais mort, et j’ai sombré dans le désespoir : il ne me.restait rien, rien qu’une enfant entièrement dépendante de moi ; (…) je l’ai choisi parce que je l’aimais, parce qu’il me traitait bien et qu’il traitait bien Ortie. »

[Shannon Lee] [Fonda Lee] Le souffle du dragon / Quelques extraits que j'apprécie

  • Li Hon : On m’a déjà promis l’honneur pour ma famille, quand j’étais dans l’Est, et ça ne s’est pas bien terminé. Un enfant qui fait l’honneur de sa famille et de son pays, c’est juste une autre façon de dire qu’il ne reviendra pas à la maison.
  • Jun : Être le Gardien, c’est ce qu’il y a de mieux après être l’empereur, argumenta-t-il. Non, c’est même mieux, en fait, car les empereurs ne doivent leur titre qu’à leur naissance, tandis que les Gardiens remportent leur place.
  • Chang : Notre assistant est à la fois un benêt impulsif et un grand rêveur. Ça me plait !
  • Ren : Je suis une actrice. Les coups de bluff, c’est mon gagne-pain. Il faut projeter de l’assurance. Afficher ta force quand tous les yeux sont posés sur toi.
  • Jun n’avait jamais pensé qu’il lui faudrait un surnom accrocher pour impressionner le public et effrayer ses opposants. Il essaya d’en trouver un au pied levé, et les idées se bousculèrent dans sa tête. Létal Li. Jun le Jeune. Le Meilleur de l’Ouest. Il grimaça. Grand Dragon, il était nul pour ce genre de chose.
  • Chang : L’idée, c’est que n’importe qui peut être Masque Blanc; C’est pour ça que ses histoires sont aussi populaires. La personne derrière le masque n’est pas aussi importante que ce que le masque représente.
  • Dès qu’il entra dans la pièce, Jn reconnut l’odeur de la maladie. Elle était caractéristique, si rance et écoeurante. La transpiration, le sang et le vomi, les herbes médicinales, l’encens et le renfermé. Il avala sa salive, l’appréhension lui nouant l’estomac tandis que ses yeux s’habituaient à la pénombre.
  • Jun (sur sa chance de gagner avant un combat) : Malgré tout, Jun eut la hardiesse de se sentir insulté. Deux contre un. Après tout le spectacle du « Petit Dragon » ? Par les tétines de l’Épouse Bénie, les spectateurs étaient d’une inconstance sans pitié.
  • L’Empereur était le Fils divin de Dragon. Désobéir publiquement à son ordre direct serait synonyme de trahison. Frémissant de colère contenue, le général Cobu baissa la tête.
  • Le général Cobu : Certains hommes se battent pour l’honneur de leur famille ou la réputation de leur maître. Certains souhaitent faire découvrir leur art martial et le diffuser. Certains se battent pour la richesse, l’admiration des femmes ou le prestige d’être le Gardien. Et certains, comme Léopard, se battent parce qu’ils ne connaissent rien d’autre.
  • Une mendiante : Bonne chance, jeune homme ! Ricana-t-elle quand il lui tourna le dos. La guerre approche, hein ? C’est un vent violent qui balaye et renverse tout sur son chemin. Les puissants pourraient bien tomber, et les faibles se hisser au sommet, n’est-ce-pas ? Tu as raison de partir maintenant. Prends une longueur d’avance sur les autres, ils vont courir, oui.
  • Yin à Jun : Tu es trop égocentrique pour avoir été un agent politique durant que tout ce temps, que je te connais. Si le Rouleau t’a été volé, c’est que tu as été manipulé et trompé, exactement comme tout le monde.