Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

Article épinglé

Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

mercredi 4 février 2026

Le Fou a dit

  • (Le prophète blanc) : Mourir est toujours moins pénible et plus facile que vivre ! Et pourtant, jour après jour, nous ne choissisons pas de mourir, parce que, tout bien considéré, la mort n'est pas le contraire de la vie, mais le contraire du libre arbitre. C'est à la mort qu'on parvient quand il n'y a plus de choix possible.
Death is always less painful and easier than life! You speak true. And yet we do not, day to day, choose death. Because ultimately, death is not the opposite of life, but the opposite of choice. Death is what you get when there are no choices left to make.

  • (La voie magique) : Ce qu'on m'a fait, Fitz ? Grands dieux, et toi, que t'a-t-on fait pour te marquer ainsi ? Que m'est il arrivé pour que je ne te reconnaisse même pas alors que je te portais dans mes bras ?
What have they done to me, Fitz? Gods, what have they done to you, to mark you so? What has become of me, that I did not even know you though I carried you in my arms?

dimanche 25 janvier 2026

[Julie Victoria Jones] Melliandra, pas facile d'être une femme ?

Fille de Maybor, Melliandra est promise à un brillant avenir. Elle doit épouser le fils du roi et de la reine; L’union ravirait toutes les dames du royaume, ce n’est pas son cas. Instinctivement, quelque chose la dérange ; le prince lui fait une bien mauvaise impression (« on avait beau lui prêter des connaissances sans rapport avec son âge et une grande adresse à l’épée, il lui faisait peur et Melli se méfiait de son charme vénéneux »). Melliandra n’est qu’une gamine, personne ne lui demande son avis. Elle subit les décisions et actes des adultes. On en a un exemple marquant quand Baralis (l’ennemi de son père) la surprend à espionner, involontairement, une conversation. Baralis a alors une attitude détestable qui montre toute l’emprise qu’il a sur la fille. On peut lire que « sa main descendit plus bas, le long de sa jambe, sous son jupon ; ses doigts froids se posèrent sur sa cuisse. Melli était vaguement effrayée mais ne pouvait rien faire »). Melli subit là une des premières des agressions sexuelles : dès son plus jeune âge, pas encore pubère, elle est déjà malmenée. Mais, qu’attendre de Baralis, cet homme infâme qui a violé la reine ?


Le temps a passé et Melliandra a grandi. La jeune fille est devenue une femme. Son corps s’est développé et ses pensées se sont affirmées. Malgré le fait que le mariage avec le prince soit maintenu, elle veut quand même prendre en main son destin. Elle ne se voit pas comme toutes les autres femmes de son entourage (« ses amis adoraient peut-être s’habiller et badiner, mais elle trouvait ce rôle de femelle stupide et indigne d’elle ; et elle ne donnerait jamais raison à un homme s’il avait tort »). Les intentions sont louables, elles s’heurtent vite à la réalité. On ne cesse de la renvoyer à son statut de femme et elle ne peut même pas décider qui elle peut aimer ou non. Ainsi, Melliandra semble un peu résignée. Elle a vite compris qu’ « une demoiselle de son rang se voyait soumise à d’innombrables restrictions ». L’idée de pouvoir faire ce qu’elle veut lui est impossible : « elle ne jouissait plus de la moindre liberté ; elle aurait tout aussi bien pu se cloîtrer dans sa chambre ». Son père a beau être riche et influent, elle n’a pas son mot à dire sur sa propre vie.


Pour tenter de reprendre les choses en main, elle ne voit qu’une solution : fuir. Fuir ce mariage arrangé, fuir son père, fuir le confort du château.


Melliandra n’est pas du tout préparée à la vie qui l’attend. Elle n’a aucune réelle connaissance du monde. Elle sait à peine marchander, elle sait à peine acheter ce qui lui serait nécessaire pour survivre.

Son périple l’amène à croiser le chemin de Jack (un jeune homme doué de magie, ancien apprenti de Baralis). A ses côtés, on voit vite qu’elle n’est pas prête aux sacrifices qu’impose une évasion. Jack est prêt à manger ce qui lui tombe sous la main ; elle non (« comment pouvez-vous manger cela, alors que des asticots ont grouillé dessus ? »).

On tente de l’escroquer, on profite de sa naïveté. 


Pire, Melliandra est une belle femme naïve et à l’apparence fragile. Des hommes tentent d’abuser d’elle. On en a un exemple quand elle est rattrapée par des hommes de Baralis qui ont pour la mission de la ramener à leur patron. Ils voient là une occasion de la violer. Un viol collectif est ainsi promis à Melliandra. Et même s’ils ne parviennent pas à leurs fins, elle est agressée sexuellement (« le chef empoigna le corsage de Melli et le lui arracha d’un coup sec. Ses seins pâles apparurent à tous. Melli tenta désespérément de se couvrir mais le chef se coucha sur elle, écrasant ses lèvres contre les siennes et lui pétrissant la poitrine »).


Après quelques péripéties, Melliandra se retrouve seule sur la route. Elle arpente els chemins sans but, ne sachant où aller. Elle a froid, elle a faim. Quand elle cherche de l’aide, elle est repoussée et moquée. On la traite comme si elle était une vulgaire putain, une femme de mauvaise fréquentation (« Bon débarras. Nous ne voulons pas de ça chez nous. Va donc à Duvitt —c’est là bas qu’est ta place »).

Là, une main en apparence chaleureuse lui est tendue : celle de Madame Gralle. Elle lui offre à manger, des soins, un bain et des habits. Le lecteur comprend très vite les intentions de cette femme ; Melliandra montre toute sa crédulité. Elle ne comprend pas que Madame Gralle veut faire d’elle une prostituée dans son établissement miteux. Madame Gralle a très vite vu que Melliandra sortait du lot, qu’elle n’était pas une femme comme les autres avec sa fraîcheur et ses formes.

Madame Gralle profite de Melli : elle la fait boire pour troubler ses esprits, affaiblir ses défenses. Elle lui donne des habits censés la mettre en valeur (« le corsage, très bas, découvrait largement sa poitrine. La ficelle tirait si fort sur ses lacets que Melli pouvait à peine respirer ; quant à ses seins, ils remontaient vers son menton »).

Sans s’en rendre compte, sans le savoir, Melli est prostituée. Tout le monde dans l’établissement se rend compte qu’ils peuvent acheter ses services, sauf elle. Sa méfiance endormie par l’alcool, elle se retrouve dans des écuries où un homme abuse d’elle. Il l’embrasse de force et tente d’aller plus loin. Dans un sursaut, elle riposte : « sentant sa main remonter vers sa cuisse, elle décida de ne pas tolérer plus longtemps (…) de toute la force de son corps, elle releva le genou et l’enfonça violemment dans le bas-ventre ».

Les conséquences sont terribles : elle est accusée d’agression, d’avoir profité de la bonté de Madame Gralle, de vol. Elle ne peut pas se défendre, elle est condamnée à être fouettée. En attenant l’exécution de sa peine, elle est jetée dans une fosse, à la merci de n’importe quel passant. On l’insulte, on la traite de tous les noms, on lui demande de se déshabiller et on lui jette des ordures (« elle avait reçu une pluie de légumes et des morceaux de viande pourrie sur la tête. Des projectiles puants et mous, pour la plupart »). Le pire vient quand elle est fouettée car c’est la pire sensation jamais ressentie. Elle n’a aucune chance de se libérer, aucune chance d’obtenir la clémence. Les gens présents veulent assister à un spectacle, à son désarroi. Le bourreau ne fait preuve d’aucune pitié : « le fouet se releva et retomba avec une force force terrible sur le dos de Melli (…) L’homme plia le fouet, le releva très haut et l’abattit cruellement. Cette fois, la corde toucha la chair ». Et même si elle est tirée de là par des hommes de Baralis, les coups pris la marquent durement.


Fouettée et humiliée, Melli se retrouve prisonnière dans un endroit lugubre, à la merci de Baralis. Ce dernier continue d’avoir une attitude perverse à son encontre. Baralis joue le voyeur et espionne Melli dans sa cellule pendant qu’elle se déshabille (« loin de dégrader la beauté de la jeune fille, ces marques semblaient la magnifier peur leur hideur même. Baralis sentit un fourmillement dans son bas-ventre »). Clairement, il prend du plaisir en apprenant que Melli a été malmenée.


Fitz désire-t-il le Fou ?

Fitz est clair. Il ne ressent aucun désir physique pour le Fou, il n’a pas envie de coucher avec lui. La simple idée le dégoûte et lui fait perdre tous ses moyens. Quand quelqu’un ose suggérer que les deux amis sont amants, il perd tous ses moyens toute logique.


Il prend bien soin de dire à tous que le Fou est un ami, simplement un ami. Et qu’il n’y a rien de plus entre eux. Le Fou est un homme et Fitz aime les femmes. Mais, Fitz ne peut pas contrôler ce que le Fou dit ou laisse entendre. D’autant plus que le Fou a l’habitude de parler de façon détournée, parfois peu claire. Il manie si bien les mots qu’on peut y trouver le sens qu’on veut. Ainsi, le Fou, sans doute avec un peu de méchanceté, taquine Astérie en disant que Fitz et lui ont une relation qui va au-delà de l’amitié. Jalouse, Astérie confronte Fitz : elle veut savoir ce qui se passe réellement entre les deux. 

La même chose se passe des années plus tard quand Jek, une amie du temps où le Fou était Ambre, se rend à Castelcerf. Jek se rend compte à quel point la vie d’ Ambre (ou Sire Doré ou le Fou) est un gâchis. La jeune femme n’ayant pas sa langue dans sa poche, elle s’en va trouver Fitz pour le mettre au pied du mur.

Et, bien entendu, le bâtard est offusqué. Il nie toute aventure avec le Fou et le confronte même : « tu as laissé Astérie et Jek imaginer que nous pouvions être amants (…) De ton point de vue, il n’est peut-être pas grave que Jek te prenne pour une femme amoureuse de moi, mais je suis incapable de traiter ce genre de suppositions pardessus la jambe ».

Fitz se sent presque insulté. Il a l’impression d’être trahi, d’être victime d’une bien mauvaise plaisanterie.


Ce qui est surprenant avec Fitz est son immense maladresse. L’Art ou le Vif ne lui ont pas permis d’acquérir du tact. Il lui arrive de dire des choses qui blessent, qui font réellement mal. On en avait vu un exemple quand il avait dit ses vérités à Burrich : il reprochait à son ancien mentor de vouloir diriger sa vie. Il fait la même chose avec le Fou (« Jamais je ne pourrais te désirer comme compagnon de lit. Jamais ! ») Fitz n’avait aucun besoin de prononcer ces mots-là puisque le Fou ne lui a jamais rien demandé. Mais, se sentant tellement menacé, il a voulu régler la question une fois pour toute.

Le Fou tente de le raisonner. Il lui dit que « je n’imposais aucune limite à mon amour pour toi, et c’est vrai, toutefois jamais je n’ai espéré que tu t’offres physiquement à moi ». Cette phrase mesurée et pesée n’a aucun impact sur Fitz tant il est pris par sa colère et sa rage.


Si Fitz est catégorique, d’autres doutent et pensent même que Fitz couche avec le Fou. L’enragée et passionnante Astérie crache son venin quand Fitz la rejette. Ses mots sont clairs : «  ton nouveau maître t’a-t-il inculqué ses moeurs jamailliennes ou bien avais-je tort, il y a tant d’années ? Peut-être que le fou était bel et bien un homme, finalement, et que tu es simplement revenu à tes penchants véritables ». Astérie est vindicative. Si elle est l’autant, c’est parce qu’elle est vexée que Fitz refuse de coucher avec elle. C’est d’autant plus incompréhensible qu’elle était la seule personne à avoir des relations sexuelles avec lui depuis le départ de Molly. Astérie pense donc avoir été remplacée par le Fou.


Devoir et Civil, eux, pensent que les deux ont des relations sexuelles. C’est surtout Civil qui a influencé l’avis de Devoir. En effet, Civil n’a jamais pardonné au Fou de l’avoir embrassé. Fitz doit donc préciser que « sire Doré et moi ne couchons pas ensemble, à dire vrai, je ne l’ai jamais vu coucher avec personne ». Cela laisse entendre que Fitz n’a jamais envisagé le Fou comme un partenaire potentiel.


Mais, à Aslevjal, la Femme Pâle apparait. Elle est le Fou au féminin. Tout dans son attitude, son comportement et sa façon d’être rappellent le Fou à Fitz. Et, Fitz ressent un fort désir pour la Femme Pâle. Quand celle-ci dit que « je vous charmerai mille fois plus que votre fou pitoyable, car nous représentons enfin le couple parfaitement complémentaire, non seulement Prophète et Catalyseur, mais aussi mâle et femelle (…) Je serai tout ce que secrètement il rêvait en vain d’être pour vous », Fitz est à deux doigts de succomber. La Femme Pâle offre à Fitz tout ce qu’il a toujours désiré : une relation totale et complète avec le Fou, un Fou femme. 

vendredi 23 janvier 2026

[George R.R. Martin] Daenerys, un mythe ?

Daenerys est bien loin de Westeros. Réfugiée dans l’est, elle tente d’étendre son emprise alors que dans son royaume légitime, des prétendus rois se font la guerre et tentent de conquérir son Trône de Fer. Si son existence est connue de tous, si on sait que Aerys et Rhaella ont une fille qui a survécu, on sait bien peu de choses d’elle à Westeros. Et ce qu’on apprend sur elle se mélange à la rumeur. Il est donc difficile pour les gens du démêler le vrai du faux.


Armen, un mestre porté sur la boisson, discute des dragons. Dans sa longue énumération (« des dragons à Asshaï, des dragons à Quarth, des drageons à Meereen, des dragons Dothraki, des dragons libérant des esclaves… Chacune de ces versions diffère de la précédente »), on comprend qu’il est difficile de concevoir et de comprendre ce qui se passe à l’est. Les dragons étant des créatures sauvages, pas vues depuis des décennies à Westeros, il est difficile pour eux d’appréhender la chose. Mais, Armen, comme tant d’autres, ne fait pas que refuser l’existence de dragons ; il lui est impossible d’assimiler le dragon à une personne, et ici à Daenerys Targaryen.


Le pouvoir royal, lui, se moque totalement de ce qui se passe à l’Est. La régente Cersei, celle qui fait en réalité fonction de Reine, est obnubilée par Westeros et la consolidation de son pouvoir. Elle veut garder son emprise sur Tommen, éloigner la menace Margaery. Cela la conduit donc à négliger son devoir et à ne pas prendre en compte les informations données. Elle se moque totalement d’Aurane Waters quand il dit qu’une « étrange rumeur circule dans les docks depuis peu. Elle émane des mers de l’est. Ils partent de dragons… » Elle ne prête pas plus d’attention à ce que Qyburn (« d’Astapor, la révolte des esclaves a gagné Meereen, à ce qu’il paraîtrait. Des matelots débarqués d’une douzaine de navires parlent de dragons ».


Euron, lui, décide d’y croire. Il voit en Daenerys une façon d’affermir son pouvoir, pas seulement sur les îles de Fer ou le Nord mais tout le continent. Quand il évoque Daenerys, c’est presque en terme prophétique ; elle est celle qui doit lui permettre d’accomplir son destin (« lorsque la seiche épousera le dragon (…) le monde entier aura tout intérêt à faire gaffe »). Euron a entendu les rumeurs (« on dit qu’elle est la plus belle femme de l’univers. Elle a des cheveux d’argent doré, et ses yeux sont des améthystes ») et cela lui plaît.


Un autre personnage a un intérêt fort et sincère pour Daenerys : Aemon Targaryen. Le Mestre envoyé au mur et qui est en train de mourir n’est pas intéressé par Daenerys parce qu’elle est de sa famille. C’est un détail pour lui. S’il est obsédé par Daenerys, c’est parce qu’il est convaincu qu’elle est le prince qui est promis, la personne qui doit défaire la grande menace. Il a cette certitude quand il entend des dragons. Il affirme ainsi à Samwell que « les dragons ne sont ni mâles ni femelles (…) Daenerys est l’élue véritable, elle qui est née parmi le sel et la fumée. Les dragons le prouvent ».

Se sachant mourant, Aemon se lamente de ne pas pouvoir aider Daenerys qui doit « être conseillée, instruite, protégée ». Il ajoute que « les dragons doivent avoir trois têtes » et « je suis trop vieux et fragile pour être du nombre. Je devrais être avec elle afin de lui montrer la voie, mais mon corps m’a trahi ».

Aemon conseille alors à Samwell de se rendre à la Citadelle pour parler de Daenerys. Sa demande est simple : « Daenerys est notre espoir. Dis-le-leur, à la Citadelle. Fais toi écouter d’eux. Ils doivent lui envoyer un mestre ». Aemon montre donc toute sa foi en Daenerys qui doit mener le combat contre la nuit et l’hiver qui viennent.

Mais, à la Citadelle de Villevieille, Samwell est bien mal reçu. Sa demande est ignorée, on lui fait comprendre que les mestres n’ont aucun intérêt au retour des dragons. Marwyn, un mestre, le met en garde : « le monde que la Citadelle est en train de construire n’a pas plus de place pour la sorcellerie que pour la prophétie ou que pour les chandelles de verre, ni, à plus forte raison, pour les dragons ». Certains à Villevieille voient donc Daenerys comme une menace. Et il se peut que Marwyn fasse partie de ce groupe…