Fitz a tué Subtil, c’est en tout cas ce que dit la rumeur populaire. Enfermé dans les cachots du château de Castelcerf, il est battu, affamé et torturé par les hommes de Royal. Lors d’une séance, on lui casse le nez. Alors qu’il est relativement apathique, la douleur prend Fitz à la gorge. Il a mal (« ce fut un bruit à lever le coeur suivi d’une douleur insoutenable, une souffrance si intense que j’eus soudain plus conscience d’aucune autre. Je perdis connaissance »). On peut penser que c’est une des pires douleurs de Fitz à ce stade du récit, elle rivalise avec la mort de ses compagnons de Vif ou le départ de Molly.
Mort puis déterré, Fitz offre un triste spectacle. Il n’est plus le même homme quand il sort de la tombe, il est dans les premiers temps un homme sauvage qui ne se rappelle pas de son passé. Physiquement, il a également changé. Ceux qui l’ont connu ne peuvent pas manquer son nez cassé. Ils le remarquent tout de suite. Pour un regard aiguisé comme celui d’Umbre, ce nez abîmé révèle immédiatement les coups. Umbre est touché par ce qu’il voit (« la compassion assombrit soudain son visage »). Fitz, lui, doit s’habituer à ce genre de réactions. Lorsque les proches le voient, entendent son histoire, ils sont attendris. Or, c’est une émotion qui met Fitz mal à l’aise. Il supporte mal que les gens s’apitoient sur son sort. Par exemple, on lit que « je détournai le regard, incapable d’endurer sa pitié ».
A Jhaampe, le Fou revoit Fitz des mois plus tard. Leur séparation à Castelcerf avait été brutale puisque le Fou pensait que Fitz avait tué Royal. Quand ils finissent par se revoir, le Fou ne reconnait pas le bâtard de Chevalerie. Il faut dire que l’homme a changé : il a été blessé plusieurs fois, il a souffert du froid, il est inconscient. Revoir Fitz redonne espoir au Fou. C’est un des premiers moments qui montre l’importance de Fitz pour le Fou, on se rend compte qu’il y a autre chose qu’une simple amitié. La dynamique Prophète / Catalyseur se met en place. Au-delà de ça, le Fou a des gestes tendres, presque amoureux envers Fitz (« hésitants, ses doigts frais caressèrent mon visage, suivirent la balafre et l’arête brisée du nez »). C’est comme s’il cherchait à se rappeler le physique apprécié de son ami.
Pour d’autres, le nez cassé facilite les choses. Quand Royal lance un avis de recherche contre son neveu, il parle tout le temps du nez. C’est un signe distinctif, quelque chose qui doit permettre de le reconnaître. Astérie, la ménestrelle, ne croit pas Fitz quand il dit que ce n’est pas lui dont on parle ; elle remarque qu’ « il s’agit peut-être d’un autre individu qui a lui aussi le nez cassé, une balafre sur le visage ». Fitz bricole une histoire bancale en réponse.
Le loup, Oeil-de-Nui, se moque totalement que le nez de Fitz soit cassé. Il ne lui servait à rien, il ne lui sert à rien maintenant (« autant que je suis sûr d’avoir un nez de loup et pas un paquet de chair inutile en dessous des yeux »). A de nombreuses reprises, Oeil-de-Nuit s’est moqué de l’inaptitude de Fitz à sentir les gens qui le suivaient.
L’épisode de la torture est un traumatisme pour Fitz. Il hante ses rêves et ses cauchemars. Comme si cela ne suffisait pas, des types comme Guillot s’en servent pour lui faire du mal. Guillot, l’artiseur, sait que Fitz est sensible à ce genre de pression. De plus, Guillot était présent quand Fitz s’est fait casser le nez. Ayant assisté à la scène, il ne se prive pas de la faire revivre à Fitz (« je sentis à nouveau le choc de mon nez cassé »). Cela plonge Fitz dans un sale état, il reste encore une victime de ce triste moment de sa vie.
Et sans la Fille-au-dragon sans ce moment où il lui transmet bon nombre de ses douleurs et souvenirs associés, il y aurait fort à croire que cela aurait accompagné encore plus longtemps. Il se vide : « prends mes jours et mes nuits dans les cachots de Royal (…) que je n’entende plus mon nez se briser ». Le nez cassé n’est pas seulement cassé, il porte aussi les heures les plus sombres.
Devoir est un cas intéressant. Le fils de Kettricken et Vérité n’a pas connu FitzChevalerie Loinvoyant. Quand il voit Fitz, il ne sait pas qu’il fait partie de sa famille ; il le connait sous l’identité de Tom Blaireau. Il observe Fitz, il l’analyse (« vous avez le type Loinvoyant (…) pas le nez, en revanche ; j’ignore d’où il vient mais il n’est pas de la famille »). Est-ce que cela voudrait dire que les Loinvoyant ont une forme de nez spécifique ? Sans doute. Après tout, Devoir a « le nez que j’avais adolescent, avant que Royal ne me le casse ».
Quand Ambre (le Fou) sculpte un visage à la vivenef Parangon, il le fait en servant de modèle comme Fitz. C’est une représentation extrêmement fidèle comme on le voit dans le tome Sur les rives de l’Art. Lant est choqué (« Douce Eda, Fitz, il a votre visage ! Jusqu’à votre nez cassé ! ». Le Fou se disait que Fitz ne tomberait jamais dessus.
Bien entendu, le nez cassé fait partie des attributs du visage. Brashen trouve que c’est une bonne idée puisque cela « lui donne un air très déterminé ».
Jek, elle, a vu Parangon et Fitz. Quand elle voit Fitz, elle est plus mesurée. Dans la saga, Jek est présentée comme une séductrice, une femme qui fait passer ses appétits sexuels en haut de priorité tout en étant une femme et une amie de confiance. Quand elle détaille Fitz de la tête aux pieds, son verdict est assez clair ; elle déplore son « fichu » caractère mais reconnait qu’il est « beau, malgré son nez cassé.