Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

mardi 17 février 2026

[Fonda Lee] La Cité de jade

La Cité de jade (de Fonda Lee) est un roman particulièrement intéressant car il met en avant une magie (basée sur l’utilisation du jade) dans une époque moderne. La technologie est présente car on retrouve des voitures, des téléphones. Pour le reste, c’est une lutte à la mort entre des clans dans une époque qui change (« tout semblait se dérouler à une vitesse un peu trop dangereuse, comme si la ville était une nouvelle machine huileuse configurée pour une performance maximale, à la limite de la perte de contrôle et perturbant l’ordre naturel des choses »). 

Deux clans s’affrontent donc pour le contrôle d’une île.

Le Clan Sans Cime (dirigé par Lan, secondé par Hilo, son frère), sur lequel est basée la narration, ne doit seulement méfier du Clan de la Montagne (dirigé par une femme, Ayt Mada) ; il doit aussi se méfier d’alliés changeants, de francs-tireurs et de membres qui refusent d’assumer leurs responsabilités.


Le jade donne des pouvoirs aux individus. Il leur permet de mieux combattre, d’être plus fort, plus endurant, plus résistant. Il améliore leur capacités. Si tout le monde n’est pas réceptif au jade, ceux qui le sont ont donc un avantage certain.


Pendant quelques années, Shae (la soeur de Lan) a cru pouvoir suivre son destin et ne pas se mêler aux affaires du clan. Elle voulait suivre une autre voie, écrire son propre destin. Elle avait cru pouvoir le faire en suivant son amoureux et en suivant des études. 

Quand elle finit par retourner sur son île natale, elle est aveuglée par sa fierté et refuse de se replonger dans les affaires de la famille. Elle n’a pas digéré son départ, la façon dont tout cela s’est passé. Il faut dire que ses proches ont été particulièrement durs, comme son grand-père (l’ancien chef du clan). Avec des mots assez secs mais justes, il avait tenté de la prévenir : « même si tu retires ton jade, tu ne seras pas comme eux. Ils ne t’accepteront jamais, car ils sentiront que tu es différente, de même que les chiens savent qu’ils sont inférieurs aux loups. Le jade est notre héritage ; notre sang n’est pas fait pour se mélanger à celui des autres ». Autrement dit, il n’y a qu’aucun près des siens que Shae pourrait être elle-même, s’épanouir. La têtue jeune femme ne pouvait et ne voulait pas entendre ce sermon.

Il lui aura fallu de longs mois et la mort de son grand frère (Lan) pour comprendra la leçon. Avant cela, elle s’était entêtée dans sa décision, persuadée qu’elle était capable de mieux savoir que les autres. Avec le recul, Shae trouve son attitude puérile, presque pathétique. Elle dresse un jugement sévère sur la femme qu’elle a été en pensant qu’« elle s’était comportée comme une idiote, mais hélas, même les idiots avaient droit à leur fierté ».

Lan meurt et Shae se sent coupable. Elle a montré toute son inutilité à son clan en n’étant pas aux côtés des siens. Elle a montré qu’elle était un poids mort pour sa famille alors qu’auparavant elle en avait été un des éléments les plus brillants. Cela lui fait honte : « elle réalisa avec un léger désespoir qu’elle était devenue ce qu’elle s’était juré de ne jamais être : une femme telle que sa mère, assise à la maison à s’inquiéter pendant que les hommes sortaient pour se confronter aux dangers et infliger la violence ». Pour Shae, cette réalisation est un choc, elle qui était au moins aussi forte et prometteuse que ses frères. Sa bouderie et son comportement ont gaspillé des ressources. Pire, elle est devenue une chose à protéger, une cible. Elle a honte, d’autant plus qu’elle s’est privée volontairement du jade.

Lorsqu’elle finit par retrouver la raison et renouer avec le jade, c’est comme une délivrance pour elle, une renaissance : « elle se trouvait à l’intérieur d’une tempête ; elle était la tempête » et « « elle se sentait malade d’excitation, et puissante comme ne l’avait jamais ressenti depuis des années »


La Cité de jade est une lutte des clans pour conquérir le pouvoir. La Montagne veut éliminer le Sans Cime pour contrôler une ressource importante : le jade. Le roman met l’accent sur les émotions et les sentiments. C’est la fidélité et la trahison, le devoir. C’est aussi l’amour, les sentiments amoureux.


Lan offre un bon exemple. Lui qui dirige le clan a vu sa femme le quitter. Tout laissait croire qu’il aurait ordonné sa mort, qu’il aurait fait tuer son amant. Tout le monde l’aurait compris, tout le monde attendait qu’il agisse de cette façon. Cela n’a pas été le cas. Et pourquoi ? Il se justifie en pensant  que « si on aimait quelqu’un, qu’on l’aimait vraiment, alors son bonheur n’était-il pas plus important que l’honneur ? »

Son frère, Hilo, est aussi touché par une question liée à l’amour. Il aime une jeune femme dont la famille est touchée par l’infamie, et pourtant cela ne l’empêche pas de la courtiser. Il a besoin d’elle. D’une certaine façon, il est intoxiqué par elle (« son souhait de la rendre heureuse était comme une souffrance physique. L’idée que quiconque puisse lui faire du mal ou la lui enlever le remplissait d’une rage fiévreuse. Elle aurait pu lui demander n’importe quoi ; il l’aurait fait »).


Le livre aborde aussi la question de la déchéance, de la chute.

C’est le cas du grand-père (Kaul Shen) de la famille qui a mené de nombreuses guerres et qui a fait du clan un acteur majeur de l’île. Son corps et sa mémoire le trahissent. Il s’enfonce de plus en plus dans le passé, il dit des phrases qui lui échappent et mettent à mal la famille. C’est d’autant plus dramatique qu’il est encore porteur de jade. Lan se rend compte que « de même que les voitures et les armes à feu, le jade n’était pas une chose qu’auraient dû posséder les personnages âgées atteintes de sénilité ». L’attitude de Kaul Shen complique d’autant plus les choses qu’il tente de forcer la main de Lan. Il veut l’empêcher de faire la guerre, de s’y préparer et le pousse à négocier la paix.

La déchéance porte aussi le costume de la trahison. Le clan requiert la fidélité et la sacrifice. Vivre sur le territoire des Sans Cime, c’est se plier à leurs règles : il faut respecter l’organisation, payer son tribut. En temps de paix, les petites incartades pouvaient être tolérées, pas en temps de paix. Maik Tar, un homme d’Hilo, traque Tem un traître. Quand il finit par le retrouver, et juste avant de le tuer, il le toise : «  pensais-tu vraiment que tu pouvais pisser à l’intérieur du territoire du clan Sans Cime sans que vous reniflions la puanteur qui s’en dégagerait ? » Cela illustre aussi bien un aspect important de ce qui se passe. C’est une lutte à mort entre deux groupes, un combat violent. On ne peut pas être neutre.





lundi 9 février 2026

Fitz désire-t-il le Fou ?

Fitz est clair. Il ne ressent aucun désir physique pour le Fou, il n’a pas envie de coucher avec lui. La simple idée le dégoûte et lui fait perdre tous ses moyens. Quand quelqu’un ose suggérer que les deux amis sont amants, il perd tous ses moyens toute logique.


Il prend bien soin de dire à tous que le Fou est un ami, simplement un ami. Et qu’il n’y a rien de plus entre eux. Le Fou est un homme et Fitz aime les femmes. Mais, Fitz ne peut pas contrôler ce que le Fou dit ou laisse entendre. D’autant plus que le Fou a l’habitude de parler de façon détournée, parfois peu claire. Il manie si bien les mots qu’on peut y trouver le sens qu’on veut. Ainsi, le Fou, sans doute avec un peu de méchanceté, taquine Astérie en disant que Fitz et lui ont une relation qui va au-delà de l’amitié. Jalouse, Astérie confronte Fitz : elle veut savoir ce qui se passe réellement entre les deux. 

La même chose se passe des années plus tard quand Jek, une amie du temps où le Fou était Ambre, se rend à Castelcerf. Jek se rend compte à quel point la vie d’ Ambre (ou Sire Doré ou le Fou) est un gâchis. La jeune femme n’ayant pas sa langue dans sa poche, elle s’en va trouver Fitz pour le mettre au pied du mur.

Et, bien entendu, le bâtard est offusqué. Il nie toute aventure avec le Fou et le confronte même : « tu as laissé Astérie et Jek imaginer que nous pouvions être amants (…) De ton point de vue, il n’est peut-être pas grave que Jek te prenne pour une femme amoureuse de moi, mais je suis incapable de traiter ce genre de suppositions pardessus la jambe ».

Fitz se sent presque insulté. Il a l’impression d’être trahi, d’être victime d’une bien mauvaise plaisanterie.


Ce qui est surprenant avec Fitz est son immense maladresse. L’Art ou le Vif ne lui ont pas permis d’acquérir du tact. Il lui arrive de dire des choses qui blessent, qui font réellement mal. On en avait vu un exemple quand il avait dit ses vérités à Burrich : il reprochait à son ancien mentor de vouloir diriger sa vie. Il fait la même chose avec le Fou (« Jamais je ne pourrais te désirer comme compagnon de lit. Jamais ! ») Fitz n’avait aucun besoin de prononcer ces mots-là puisque le Fou ne lui a jamais rien demandé. Mais, se sentant tellement menacé, il a voulu régler la question une fois pour toute.

Le Fou tente de le raisonner. Il lui dit que « je n’imposais aucune limite à mon amour pour toi, et c’est vrai, toutefois jamais je n’ai espéré que tu t’offres physiquement à moi ». Cette phrase mesurée et pesée n’a aucun impact sur Fitz tant il est pris par sa colère et sa rage.


Si Fitz est catégorique, d’autres doutent et pensent même que Fitz couche avec le Fou. L’enragée et passionnante Astérie crache son venin quand Fitz la rejette. Ses mots sont clairs : «  ton nouveau maître t’a-t-il inculqué ses moeurs jamailliennes ou bien avais-je tort, il y a tant d’années ? Peut-être que le fou était bel et bien un homme, finalement, et que tu es simplement revenu à tes penchants véritables ». Astérie est vindicative. Si elle est l’autant, c’est parce qu’elle est vexée que Fitz refuse de coucher avec elle. C’est d’autant plus incompréhensible qu’elle était la seule personne à avoir des relations sexuelles avec lui depuis le départ de Molly. Astérie pense donc avoir été remplacée par le Fou.


Devoir et Civil, eux, pensent que les deux ont des relations sexuelles. C’est surtout Civil qui a influencé l’avis de Devoir. En effet, Civil n’a jamais pardonné au Fou de l’avoir embrassé. Fitz doit donc préciser que « sire Doré et moi ne couchons pas ensemble, à dire vrai, je ne l’ai jamais vu coucher avec personne ». Cela laisse entendre que Fitz n’a jamais envisagé le Fou comme un partenaire potentiel.


Mais, à Aslevjal, la Femme Pâle apparait. Elle est le Fou au féminin. Tout dans son attitude, son comportement et sa façon d’être rappellent le Fou à Fitz. Et, Fitz ressent un fort désir pour la Femme Pâle. Quand celle-ci dit que « je vous charmerai mille fois plus que votre fou pitoyable, car nous représentons enfin le couple parfaitement complémentaire, non seulement Prophète et Catalyseur, mais aussi mâle et femelle (…) Je serai tout ce que secrètement il rêvait en vain d’être pour vous », Fitz est à deux doigts de succomber. La Femme Pâle offre à Fitz tout ce qu’il a toujours désiré : une relation totale et complète avec le Fou, un Fou femme. 

samedi 7 février 2026

[George R.R. Martin] La princesse et la Reine / Quelques extraits que j'apprécie

  • Le prince Aegon : Suis-je le roi, ou ne le suis-je pas ? demandait-il régulièrement sa mère. Si je le suis, alors couronnez-moi.
  • Rhaenyra : Elle était ma fille unique, et ils l’ont tuée. Ils ont usurpé ma couronne et assassiné mon enfant, et ils répondront de leurs actes.
  • Les dragons s’affrontèrent violemment mille pieds au-dessus du champ de bataille, et les boules de feu aveuglantes se multiplièrent tant que les combattants jureraient plus tard que le ciel était plein de soleils.
  • Lord Bar Emmon alla jusqu’à suggérer que le temps était peut-être venu de ployer le genou devant Aegon II. La reine s’y opposa formellement. Seuls les dieux connaissent véritablement le coeur des hommes, et celui des femmes est particulièrement étrange.
  • Les plus jeunes n’avaient jamais été montés et la dragonnière de Songefeu, la reine Helaena, était une femme brisée. La ville aurait aussi bien pu ne compter d’autre créature ailée que les corbeaux et la volaille.
  • La fille qu’ils avaient autrefois acclamée comme étant la Joie du Royaume était devenue une femme avide et vindicative, une reine au moins aussi cruelle que les rois l’ayant précédée. Un esprit railleur l’avait surnommée « le roi Maegor avec des loches », et pendant le siècle qui s’ensuivit, « les Loches de Maegor » devint l’une des imprécations favorites des opposants à la couronne.
  • Les manteaux d’or encore envie s’étaient retranchés dans leurs baraquement, tandis que les chevaliers de caniveau, les rois fantoches et les prophètes fous dirigeaient la rue. Tels les cancrelats auxquels ils ressemblaient, les pires de cette engeance fuyaient la lumière, se terraient dans leur planque ou leur cave pour cuver leur vin, partager leur butin et laver le sang qu’ils avaient sur les mains.
  • Champignon : Des ivrognes sans doute, mas un ivrogne ne connait pas la peur. Des imbéciles sûrement, mais un imbécile est capable de tuer un roi. Des rats également, mais un millier de rats peut avoir raison d’un ours.
  • Hugh le Dur : les petits garçons devraient mieux se tenir quand les hommes discutent. Je dirais que votre père ne vous pas a battu assez. Prenez garde à ce que je ne le remplace pas.

mercredi 4 février 2026

Le Fou a dit

  • (Le prophète blanc) : Mourir est toujours moins pénible et plus facile que vivre ! Et pourtant, jour après jour, nous ne choissisons pas de mourir, parce que, tout bien considéré, la mort n'est pas le contraire de la vie, mais le contraire du libre arbitre. C'est à la mort qu'on parvient quand il n'y a plus de choix possible.
Death is always less painful and easier than life! You speak true. And yet we do not, day to day, choose death. Because ultimately, death is not the opposite of life, but the opposite of choice. Death is what you get when there are no choices left to make.

  • (La voie magique) : Ce qu'on m'a fait, Fitz ? Grands dieux, et toi, que t'a-t-on fait pour te marquer ainsi ? Que m'est il arrivé pour que je ne te reconnaisse même pas alors que je te portais dans mes bras ?
What have they done to me, Fitz? Gods, what have they done to you, to mark you so? What has become of me, that I did not even know you though I carried you in my arms?