LES LOUPS N'ONT PAS DE ROI (Robin Hobb) et de la fantasimaginaire
Les articles spoilent tous les livres parus en France.
Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.
Article épinglé
Fitz se voit-il en héros ?
Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...
samedi 24 octobre 2026
mercredi 21 octobre 2026
[Julie Victoria Jones] La peinture de sang / Quelques extraits que j'apprécie
- Mersall prit son souffle comme un acteur et se lança. Il devait penser à lui avant toute chose ; par ailleurs, il appréciait énormément le son de sa voix.
- (Emith) : Il était assistant de scribe, et bien qu’il n’y ait aucun scribe à assister pour l’instant ni personne à instruire depuis le départ de Tessa, il devait poursuivre son travail. Cela faisait partie de lui.
- (à propos des lèvres de Violante d’Arazzo) : Certaines allaient jusqu’à se faire gifler par leur suivante avant les bals ou les banquets, rien que pour conférer à leurs lèvres cette même rondeur voluptueuse.
- Gerta à Angeline : Je connaissais mon devoir — et personne n’aime son pays davantage que moi. Personne. Mais vous et ce bon à rien de chien avez su gagner mon coeur. Je n’avais pas l’intention de vous aimer, mais voilà.
- (Tessa) : Ce fut l’odeur qui la tira du sommeil. Aussi perçante qu’un cri, aussi insistante que le tambourinement de la pluie et aussi brutale qu’une secousse du bras, elle s’insinua dans ses narines et l’obligea à se réveiller.
- (Avaccus à propos des éphémères, dont la Ronce d’or et la bague de Tessa) : Les éphémères ne restent jamais bien longtemps au même endroit. Leur passage n’est que temporaire : une étoile filante dans la nuit, un orage qui éclate et puis s’apaise. Elles peuvent demeurer cachées et inutilisées pendant des siècles. Enfouies dans les sombres régions entre les mondes, dans les coins et recoins du temps, elles rongent leur frein en attendant leur heure, avant de surgir lorsqu’on les appelle ou que l’on a besoin d’elles. Les éphémères peuvent encourager une cause, embraser un conflit, inspirer un bouleversement ou modeler une vie. Il y a un grand pouvoir en elles. Elles sont l’endroit où se rencontrent la lumière et les ténèbres, le point de convergence des mondes, où le temps devient moins substantiel que le lent tic-tac d’une horloge en train de s’arrêter.
- (Avaccus à propos des éphémères) : elles se frayent un chemin sanglant en pleine lumière, et modifiant le cours d’une vie, de l’histoire ou du monde même. Elles se plaisent à soigner leur entrée.
- Ederius à Izgard (à propos des harras) : Et pourtant, aussitôt qu’ils ont rempli leur rôle, je les abandonne à leur sort. Leur corps combat la sorcellerie, et la sorcellerie réplique. Ce sont peut-être des monstres, mais ce sont également mes enfants par l’encre. Je suis responsable d’eux. Et aujourd’hui, je les ai envoyés à la mort.
- Emith à Tessa, à propos de sa mère : Elle est morte, demoiselle. Je suis sorti acheter du homard et, à mon retour, elle était morte.
- En l’observant, Ravis réalisa que deux mois plus tôt il ne serait jamais venu à l’esprit de Camron de servir ses hôtes de sa propre main. Il aurait attendu que Tessa, étant femme, ou Emith, modeste assistant de scribe, fasse le service à sa place.Aujourd’hui, il s’y prêtait sans même y penser.
- Le temps passa. Les ténèbres enveloppèrent Tessa, ne lui laissant que ses pensées auxquelles se raccrocher. Sa résolution l’abandonna. La lumière n’était plus qu’un lointain souvenir, la chaleur, un rêve sans espoir. En proie aux premiers frissons de la panique, elle essaye de se rappeler la raison pour laquelle elle se trouvait là. Elle avait une tâche à accomplir… une entreprise à mener à bien contre quelque chose… Tessa se secoua et se débattit dans le noir. La seule chose qu’elle parvenait à se rappeler était son nom. Tessa McCamfrey.
- (Angeline à propos de son chien) : Angeline reposa son chien avec un sourire triste. Elle eut du mal à s’en détacher. Elle se remit debout, tenant son ventre à deux mains pour tâcher de remplir le vide laissé par Boule de Neige. Mais le vide ne partit pas. Il refusait de partir. Elle le porterait en elle à jamais.
- (Angeline, après avoir tué Izgard) : À travers les champs, la forêt de hêtres, les marais salants, sous le soleil qui se levait et dans l’air qui se réchauffait, elle marcha jusqu’à n’en plus pouvoir, jusqu’à ce que ses os brisés lui transpercent la peau, que sa mâchoire enfle à tel point qu’elle ne parvienne plus à ouvrir la bouche pour respirer, que le souvenir de serrer le corps sans vie de Boule de Neige entre ses bras s’estompe enfin. S’écroulant parmi les crabes fantômes, les papillons- tigres et les herbes folles, sur une bande de terre blanchie de sel, Angeline se roula en boule douloureuse pour se reposer. Elle ne pouvait plus faire un pas, ne parvenait plus à penser, n’aurait su dire si ce qu’elle avait fait était bien ou mal.
dimanche 18 octobre 2026
mercredi 14 octobre 2026
[Julie Victoria Jones] Les motifs de l'ombre / Quelques extraits que j'apprécie
- Les braves gens de Bay’Zell étaient célèbres à de nombreux titres, mais certainement pas pour leur capacité à tenir leur langue.
- Tout avait changé. Des mouettes criaient au-dessus de sa tête. Des chiens aboyaient, des porcs couinaient, des oies caquetaient. La puanteur des lieux était omniprésente, une odeur doucereuse de végétation en décomposition à laquelle se mêlait le parfum salé de la mer. Le soleil frappait son visage et le vent la cinglait, plaquant son chemisier contre sa poitrine. Des rats détalaient et des mouches bourdonnaient. Tessa se sentit prise de vertige, emportée par ce flot de sensations nouvelles.
- (Ravis) : Il savait que la trahison du banquier n’aurait pas dû le surprendre — la trahison l’avait poursuivi toute sa vie —, mais aujourd’hui encore, depuis quatorze ans qu’il ne comptait que sur lui-même, la traîtrise d’un ami continuaient à l’écoeurer.
- En écoutant Ravis, Tessa avait de plus en plus froid. Elle se sentait toute petite, insignifiante, perdue. Ce monde dans lequel elle se retrouvait était beaucoup plus féroce que celui qu’elle avait quitté. Les événements s’y enchaînaient à une vitesse inquiétante, les gens s’y montraient plus impétueux, plus dangereux, plus réels. Comme si la vie avait été bouillie, distillée, pour en extraire une forme concentrée.
- (Tessa) : Comme dans la cave de Mersall, elle eut la sensation que, si elle pouvait seulement faire un pas en arrière et contempler les événements avec un peu de recul, elle parviendrait à distinguer un motif dans cet enchevêtrement de lignes aléatoires.
- (Izgard) : Les cuisiniers, ces imbéciles, avaient pris l’initiative de lui servir les meilleurs morceaux de gibier, dans l’espoir de lui donner de la force. Or, la viande était le pire des mets lorsqu’on était privé de goût. Coriace, fibreuse, grillée, il fallait la mastiquer inlassablement avant de l’avaler ; et pour qui ne pouvait en apprécier la saveur, le jeu n’en valait pas la chandelle.
- (Angeline) : Angeline n’aimait pas beaucoup sa voix. Avant son mariage avec Izgard, les autres femmes la tournaient en dérision, affirmant qu’elle était trop aigüe et enfantine. Maintenant qu’Angeline était l’épouse du roi, personne n’osait plus tenir de tels propos. Curieusement, le silence des femmes ne lui avait pas procuré la satisfaction attendue ; au contraire, il l’attristait plutôt.
- (La mère Emith à propos de son fils) : Et s’il y a une chose que les hommes de Maribane apprécient davantage que la pluie contre leur visage en pleine tempête, c’est bien de pleurer sur leur sort dans le noir. C’est une île si froide, si humide ; faite pour ruminer, oui-da. Je crois bien que si mon cher vieux mari ne m’avait pas épousée, il se serait noyé dans ses larmes.
- (Tessa) : Elle s’était habituée au pot de chambre et à l’écope de paille qui l’accompagnait, à tirer l’eau d’une cruche et non d’un robinet, à l’éclairage qu’il fallait emporter avec soi, aux rober qu’il fallait lacer, au feu qui réclamait autant d’attentions qu’un parent riche et malade de la générosité duquel dépendrait chaque membre de la maisonnée
- Tessa absorbait tous ces détails avec avidité. Elle s’en nourrissait comme une enfant affamée, raflant tout ce qu’elle pouvait pour se remplir le ventre. Des années durant elle avait eu faim de détails, de connaissances, d’implication. Arriver ici dans ce monde, dans cette maison revenait à s’asseoir à la table d’un banquet et de se voir encouragée à dévorer jusqu’à satiété. Elle n’avait plus qu’à renvoyer les plats.
- (Ederius) : Les gens avaient raison d’avoir peur. Il y avait un pouvoir là-dessous. Non pas dans l’encre ou le parchemin ni dans le dessin, mais dans l’acte de création lui-même. Lorsque l’encre brûlait le vélin en une courbe habile, quand la vision du scribe prenait forme sur la page et que mille ans de tradition donnaient naissance à quelque chose de nouveau, une demande fusait vers l’au-delà. Un pouvoir était invoqué. Et les scribes doués de la faculté de le percevoir et de l’accepter étaient en mesure de s’en constituer une arme, un bouclier, une tour d’ivoire. Ils parvenaient à influer sur des vies qui n’étaient pas la leur.
- (Tessa) : La mère Emith. Debout ! Le choc d’assister à un spectacle aussi extraordinaire agit profondément sur le cerveau de Tessa. Tout se remit en place aussitôt : les noms des différentes parties de son corps, le souvenir de l’endroit où elle était, la dernière chose qu’elle avait accomplie et pourquoi. Elle retrouva même sa voix.
- (Ravis à Camron) : Parce que ne parviens pas à prévoir les mouvements d’Izgard aussi bien que je l’aurais cru. Il a recours à des forces dont j’ignore tout et que je n’ai jamais affrontées. Je ne connais plus les règles du jeu. Et cela me rend nerveux.
- (Izgard) : Il voulait connaître la griserie de la victoire, du pouvoir conquis de haute lutte et des acclamations de ses barons et seigneurs. Il en voulait la face sombre également : les carcasses en décomposition les plaies suppurantes, la boue, la poussière et les mouches.
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