Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

samedi 10 octobre 2026

[Joe Abercrombie] Valbeck

Le monde change, l’industrie progresse et crée de la richesse. Elle attire tout un tas d’investisseurs, surtout des gens proches du pouvoir à Adua et du roi Jezal. Chaque jour, de nouvelles usines ouvrent à Valbeck. Pour une femme d’affaires comme Savine, c’est une opportunité à ne pas manquer tant la promesse d’enrichissement est importante. 

Déjà propriétaire d’usines à Valbeck, elle rencontre le patron, celui qui gère les quotidiens. Il lui dresse un portrait flatteur de la situation. A l’écouter, tout va bien, il n’y a aucun problème à signale. Il affirme fièrement que « le troisième bâtiment est activé et en service. Nous produisons à pleine capacité. Les prix baissent les bénéfices augmentent ». Les chiffres dissimulent une sordide réalité : la richesse se fait en exploitant des travailleurs bien jeunes, des enfants. Le gérant a, en quelque sorte, théorisé et industrialisé l’exploitation de gosses. C’est un système bien rodé : « si on excepte la commission payée aux orphelinats où nous les achetons, et avec des frais de nourriture et d’habillement réduits au minimum, ces gosses ne nous coûtent rien. Aucun salaire ! ». Il a à sa disposition une main d’œuvre fournie, presque sans limites qui ne lui coûte rien et ne demande rien. A l’écouter, ils sont bien heureux d’avoir à manger et un toit au-dessus de la tête. On peut le trouver sans cœur, froid. Il assume (« chez un patron, les sentiments sont encore plus dangereux que chez un militaire »). 

Savine se heurte à la réalité. Elle sent bien que le discours de son collaborateur est trop beau, trop propre. Quand elle dine chez lui, elle ne peut pas nier que ce qu’elle voit (la belle maison bien décorée) ne représente pas fidèlement Valbeck. Elle interroge une servante May qui lui parle franchement de son quotidien. Et il est assez triste, bien loin de tout ce que Savine a pu entendre jusque là. May dénonce « les murs gluants d’humidité, les enfants qui jouent dans les caniveaux, les ruelles transformée en enclos à cochon, l’au imbuvable qu’on tire à la fontaine »… Bref, Valbeck est comme un dépotoir à ciel ouvert, un endroit où on ne voudrait pas vivre mais où on doit vivre, faute de mieux.

Il n’est donc pas si étonnant que la grogne monte. Des ouvriers se rassemblent, la contestation s’organise. Dans tous les discours, c’est un ras-le-bol qui s’exprime. Les gens de Valbeck en ont marre d’être considérés comme des êtres sans volonté, juste bons à satisfaire les désirs des autres. Malmer, lui, dénonce la prostitution subie par bien trop de femmes (« pour avoir attiré l’œil de certains propriétaires, des jeunes filles sont contraintes à travailler de nuit. Le genre de service qu’on leur impose, j’imagine que vous le connaissez »). Dès lors, les discours se radicalisent et des figures émergent comme la Juge ou Risinau. Ce dernier devient l’apôtre de la violence. Il n’y a pas d’alternative possible : « le temps des paroles est révolu, mes amis parce que personne ne nous écoute. Pour nous, l’heure est venue de refuser le joug et de nous dresser comme des femmes et des hommes libres. Si on ne nous donne pas notre dû, il faudra le prendre de force ». On comprend que les propriétaires n’ont pas écouté les demandes des travailleurs, pas plus qu’envisagé d’améliorer la vie des habitants de la ville. Dans leur volonté de faire plus de profits, ils ont négligé tout le reste. 

Dès lors, des émeutes éclatent. Les puissants sont chassés, traqués, battus, jugés, humiliés, tués. Les rues brûlent, des maisons sont saccagées. C’est une mêlée à l’échelle de la ville sans règles ni lois. Savine se trouve plongée en plein cœur de la révolution urbaine. Elle a bien conscience d’être une cible de premier plan car elle est riche et elle est la fille du Grand Inquisiteur ; d’une certaine façon, elle a une cible dessinée sur le front, sa tête est mise à prix. Elle n’a pas d’autre choix que de se cacher, de se dissimuler (« Savine n’avait qu’une envie : s’enfouir sous les immondices et s’y cacher »). Elle tente de changer d’apparence, échange sa belle tenue de femme riche contre celle d’une mendiante. Dans la panique, elle ne pense pas à changer son corset. Et un œil aguerri peut facilement la repérer. May (la servante) la reconnait. Les rôles se sont inversés même si les deux sont dans une situation précaire. May ne soutient pas tant que ça la révolte alors que Savine en est une cible prioritaire.

May sauve Savine. Elle lui offre un toit alors que Savine était à bout de souffle, sans échappatoire, perdue. Si elle avait été attrapée par quelqu’un d’autre, elle n’aurait rien eu à dire pour se dédouaner (« Savine voulut improviser une histoire convaincante, (…) mais elle était vidée de tout »). Les horreurs vus et entendus l’ont donc mise à terre pire qu’une bastonnade. Elle qui maniait si bien les mots, qui jouait la riche intouchable se retrouve plus bas que terre.

De toute façon, elle a bien raison de se méfier de la colère de la foule. Certains de ses proches comme Lisbit (sa maquilleuse) n’ont pas sa chance ; la torture les attend (« portez-la dans la cour dit un homme, on découvrira vite ce qu’elle sait »).

Pour ne rien arranger, la Juge se délecte de la mort. Elle fait pendre bon nombre de gens qui étaient simplement du mauvais côté (« ces poutres étaient devenus des présentoirs à pendus. Une bonne centaine, au minimum, et sans doute plus. Des hommes, des femmes, des enfants et des vieillards, tout se balançant au rythme de la brise »). 

May est la fille de Gunnar Broad. Lui qui fut un soldat de légende se retrouve par la force des choses à Valbeck. On lui a volé sa maison lorsque les propriétaires terriens ont voulu s’agrandir. Il n’a pas eu d’autre choix que le départ forcé. A Valbeck, il gagne une misère et se trouve pris dans le violent soulèvement. Il tente d’expliquer la situation à sa femme : « Malmer fait de son mieux pour aider les gens, et moi  je le soutiens. Je monte la garde sur les barricades. Je distribue des vivres. N’étant plus un soldat ni un paysan, que devrais-je être ? ». On voit que Gunnar est un homme qui a été dépouillé de son statut par l’époque : ses talents de guerrier ne sont pas demandés, son travail lui a  été usurpé. Comme tant d’autres, il se retrouve pris dans l’engrenage.

May est bien plus réaliste. Elle a compris que « quand tout ce sera fini, les représailles feront très mal ». La révolte ne peut pas gagner selon elle. Le pouvoir en place ne tolérera pas un soulèvement dans la ville la plus symbolique de son tissu industriel. 

A Adua, les choses se mettent en place. Alors qu’il devait partir faire la guerre dans le Nord, le prince Orso est envoyé à Valbeck (« Votre Grandeur, il y a une révolnte en cours à Valbeck »). Orso y va avec l’envie de résoudre le problème, en étant ferme et juste. Il ne cherche pas nécessairement à faire un bain de sang. Mais, il n’est qu’un pion, tout prince qu’il est. 

Vick, une Inquisitrice, est infiltrée auprès des émeutiers. Elle arrive à gagner une place importante et à se retrouver dans l’équipe de négociations chargée de trouver un accord. Evidemment, elle trahit la cause qu’elle est censée défendre. Elle informe Orso qu’il a toutes les cartes en main et qu’il ne doit rien accorder (« Malmer est ce qu’il y a de plus proche d’un chef (…) Il a des revendications mais en réalité il est acculé. La famine menace et l’ordre se délite (…) si vous proposez une amnistie pour les Casseurs, ça devrait le convaincre de se rendre »). Les principaux leaders ont pris la fuite, il ne reste plus que des boucs-émissaires, des individus bons à être sacrifiés. Pourtant, Orso cherche à se montrer juste et négocie un accord avec les émeutiers. Il ne déchaine pas son armée. Enfin, c’est ce qu’il croit car des ordres viennent d’en haut. Quand il se réveille le lendemain, Orso assiste à un spectacle qui le foudroie sur place. Des exécutions de masse ont eu lie. Pike dit que « les deux cents traitres ont été exécutés ». Et cela ne va pas s’arrêter là. En effet, il faut faire une démonstration de force, montrer qu’on est impitoyable. Alors, leurs corps seront dressés sur des poteaux. Il faut « les exhiber afin qu’ils servent d’exemple ». Les émeutes de Valbeck ont donc un été un échec. En tout cas, c’est pour le moment.


mercredi 7 octobre 2026

Mon rêve, je le tenais dans mes bras, et il était mort.


 

[Andrzej Sapkowski] La tour des fous / Quelques extraits que j'apprécie

  • La charrette bloquait quasiment toute la ruelle, et l’espace qu’elle n’encombrait pas était investi par un groupe d’enfants déguenillés occupés à dénicher dans le fumier une chose particulièrement intéressante.
  • On discutait donc, on dormait, on discutait de nouveau, on s’arrêtait, on discutait puis on dormait. On mangeait. On but aussi une flasque d’eau-de-vie que le prêtre sortit de son coffret personnel. On en but une seconde, sortie cette fois par le rabbin de sous son long manteau de fourrure.
  • Urban Horn à Reynevan : Et je peux comprendre qu’ils s’emportent en entendant que Dieu n’existe pas, qu’on peut se foutre du décalogue, et même qu’il convient de le faire, qu’on doit rendre gloire à Lucifer. Je comprends que, face à un tel dictum, ils hurlent à l’hérésie. Mais qu’en est-il en vérité ? Qu’est-ce qui les courrouce le plus ? Ce n’est ni l’apostasie ni l’impiété, ce n’est ni la négation des sacrements ni la révision ou la contestation des dogmes, ce n’est pas la démonolâtrie. Non, ce qui les insupporte au plus haut point, c’est l’appel à la pauvreté évangélique. À l’humilité. Au sacrifice. Au service de Dieu et du prochain. Ils deviennent fous lorsqu’on exige d’eux qu’ils renoncent à l’argent et au pouvoir.
  • Sont méprisés ceux qui rapportent gratuitement. Pour une cause. Par peur. Parce qu’ils sont guidés par la colère ou la haine. Je te l’ai déjà dit : Judas est méprisé non pas parce qu’il a trahi le Christ, mais parce qu’il l’a fait à bas prix.
  • Charley à Reynevan : Je ne voudrais pas que notre sympathique rencontre soit gâchée par des non-dits. Aussi t’avouerai-je franchement et sans ambages, Reinmar : ton plan est bon à farcir le cul d’un chien.
  • Charley : Peste ! Il ne manque plus au tableau que Balaam et son ânesse. Refrène un peu ton imagination, Justus. L’excès dans ce domaine est comme l’excès de sel dans une soupe. Et ce n’est pas bon pour les affaires.
  • Samson Miel à Gutenberg : La crasse sera élevée au rang de vertu, d’abominables extrémistes seront présentés comme des révolutionnaires progressistes, des formules minables passeront pour de sages devises, la pacotille deviendra une valeur. Chaque bêtise sera reconnue, chaque stupidité sera acclamée. Car tout sera imprimé. Tout ce qui est écrit noir sur blanc a un pouvoir, cela oblige. Il sera aisé de lancer ce phénomène, messire Gutenberg. Et de le développer. Mais pourra-t-on y mettre un terme ?
  • Samson Miel à Reynevan : Tu devrais jouer aux échecs. Tout y serait à ton goût. Les champs idéalement carrés y sont soit noirs soit blancs.
  • Charley à Reynevan : je m’étais promis qu’une fois arrivés en Hongrie, en sécurité à Buda, je t’emmènerais sur le pont du Danube et je te botterais les fesses au point de te faire tomber à l’eau. Heureux et ému, j’ai changé d’avis aujourd’hui.
  • Charley, à propos de l’Inquisition : Le problème (La voix de Charley était plus que sinistre.), ce n’est pas ce dont elle nous accusera. Mais ce que nous avouerons.
  • Charley : Mon conseil est tout autre, souffla-t-il. Quand ils s’en prendront à toi, parle. Avoue. Donne des noms. Collabore. Tu feras de toi un héros plus tard. Quand tu écriras tes mémoires.

[Robert Jordan] L'oeil du monde / Quelques extraits que j'apprécie

  • La Roue du Temps tourne et les Âges naissent et meurent, laissant dans leur sillage des souvenirs destinés à devenir des légendes. Puis les légendes se métamorphosent en mythes qui sombrent eux-mêmes dans l’oubli longtemps avant la naissance de l’Âge qui leur donna le jour.
  • Tam : Bien des hommes sont morts parce qu’ils se sont aveuglément fiés à une estimation optimiste. De plus, la guerre jette toujours sur les routes des flots de réfugiés. La plupart cherchent à se mettre en sécurité, mais certains sont prêts à tout pour profiter du chaos et la confusion. Bien entendu, nous tendrons la main aux malheureux. En revanche, nous devons être préparés à botter les fesses aux malfaiteurs.
  • Savoir ce qu’on devait faire et agir en conséquence n’immunisait pas contre la peur, surtout quand on avait de l’imagination.
  • Moiraine :  Tu veux m’entendre dire que les femmes Aes Sedai sont bienveillantes et pures. En revanche, tu aimerais avoir la certitude que ce sont les hommes, ces êtres pervers, qui ont provoqué la Dislocation du Monde. Ils sont coupables, c’est vrai, mais pas plus pervers que quiconque d’autre. Ils étaient fous, pas maléfiques ! Les Aes Sedai que tu rencontreras à Tar Valon sont des êtres humains. Des femmes comme les autres, si on oublie le don qui les distingue de leurs soeurs « normales ». Parmi elles, tu trouveras le courage et la lâcheté, la force et la faiblesse, la bonté et la méchanceté, et bien entendu, la bienveillance et l’indifférence hautaine.
  • Ba’alzamon ( à propos de Lews Therin Fléau) à  Rand : Puisqu’un homme de son envergure n’a pas pu me résister, au bout du compte, quelle chance as-tu de le faire, toi, le crapaud issu d’un infâme marécage ? Tu me serviras, ou tu seras le pantin des Aes Sedai jusqu’à ton dernier souffle. Et là, tu m’appartiendras parce que les morts sont à moi.
  • Nynaeve à Moiraine : À deux-Rivières, nous avons un proverbe : « Que les ours vainquent les loups, ou que les loups vainquent les ours, ce sont toujours les lapins qui perdent. » Choisissez un autre champ de bataille et laissez en paix les braves gens de mon village.
  • Alors qu’il tournait le dos à la rivière, Perrin marmonna quelque chose au sujet des femmes et de la vie. Dans les histoires, les chefs n’avaient jamais à gérer des affaires de ce genre.
  • Nynaeve : Je serais donc une de ces jeunes femmes qui tu n’abandonnes pas ? Nous verrons ça, Aes Sedai ! Oui, que la Lumière te brûle ! nous verrons ça ! 
  • Rulan Allwine : Les temps sont difficiles… soupira-t-il. Presque tout manque et ce qui ne manque pas est hors de prix. Ce sera encore pire le mois prochain, je vous en fiche mon billet !
  • Lan à Perrin : Mais nous n’allons pas nous laisser abattre, pas vrai, forgeron ? Jusqu’à notre dernier souffle nous combattrons les Ténèbres, et si nous perdons, il faudra subir l’outrage de leurs crocs et de leurs griffes; Les gens de Deux-Rivières sont bien trop têtus pour se rendre. Ne t’inquiète pas de l’irruption du Ténébreux dans ta vie. Tu es avec des amis, désormais. Et n’oublie pas : la Roue tisse comme elle l’entend, et le Ténébreux lui-même ne peut rien y changer.
  • Lan à Perrin : La tête dure comme de la roche, décidément… Peut-être que ça te sauvera, au bout du compte…
  • Moiraine (à propos de Padan Fain) : J’ai dit qu’il était malfaisant au-delà de l’inimaginable, mais j’étais encore loin du compte. Je n’ai jamais rencontré un être si abject — un déchet d’humanité, vraiment ! Depuis que je l’ai touché, je me sens souillée, et je ne parle de la crasse dont il est recouvert. C’est à l’intérieur qu’il est sale…