Eda et El sont étroitement liés. Dans la culture populaire des pays du nord, ils sont des figures divines, les créateurs du monde. Cela forme donc une religion comme le culte de Sâ à Terrilville ou celui des Prophètes Blancs à Clerres.
Eda et El représentent donc la terre et la mer. Si tout cela existe, c’est uniquement grâce à eux : « Eda et El s’accouplèrent dans les ténèbres, mais il ne se fit pas aimer d’elle. Elle donna le jour à la terre et le flot de ses eaux qui accompagna cette naissance devint la mer ». Il n’y aurait eu donc rien du tout avant l’intervention d’Eda et El. Ils seraient ceux qui ont créé le monde.
Mieux, leur histoire permet de définir les caractéristiques des peuples et ce qui les différencie.
On peut presque penser que les habitants Six-Duchés sont devenus des gens d’Eda, tant ils semblent peu tournés vers la mer et se sont tournés vers le développement des terres.
A l’opposé, les gens des îles d’Outre-mer semblent plus focalisés sur El : ils naviguent sur les eaux, pêchent et mènent des raids (on l’a bien vu, même si c’est à nuancer, lors de la guerre menée par les Pirates Rouges). Bien entendu, la culture outrîlienne laisse également une place à Eda : on le voit avec le rôle accordé aux femmes qui s’occupent des champs et de l’élevage, et de la gestion du clan.
La légende dit que « quand la mer était jeune, El, le premier Aîné avait foi dans le peuple des îles. Il lui fit don de la mer, de tout ce qui y nageait et de toutes les terres qu’elle bordait ». El a donc choisi et récompensé les hommes pour leur fidélité et leur courage. Pour autant, El n’est pas un dieu miséricordieux, il n’est pas une de ces figures divines qui encourage la compassion et la faiblesse. Pour lui, les hommes se forgent dans l’adversité et en traversant des moments compliqués : « les seuls bienfaits qu’il répand sur ses fidèles prennent le forme de tempêtes et d’épreuves destinées à les endurcir ». Or, au fil du temps, les hommes se sont détournés d’El. Ils en ont eu assez de cette vie dure et qui les mettait perpétuellement en danger. Très peu de gens ont continué à le chanter ou le vénérer. Un des derniers fut le Grêlé.
Si El est délaissée, une autre a gagné en importance : Eda. Beaucoup ont préféré Eda, une divinité qui semblait plus conciliante, moins difficile. Comme elle est celle qui donne la terre, elle est vue comme celle qui alimente et récompense à la mesure du travail fourni. Sur terre, il n’y a pas de risque de se noyer ou de faire face à des tempêtes dévastatrices. Eda devient donc vénérée (« leurs louanges et leurs serments n’étaient qu’au nom d’Eda, qui est l’Aînée de ceux qui labourent, plantent et s’occupent des bêtes »).
Dès lors, ceux qui admiraient El ont rencontré ceux qui admiraient Eda, et ils se sont mélangés, sans doute avec plus ou moins d’harmonie. On peut lire que « quand les hommes d’El arrivèrent sur la trre, ils trouvèrent les femmes d’Eda qui la foulaient déjà et administraient la croissance des grains et des fruits et la multiplication du bétail ».
Au final, si on se base sur l’exemple des îles d’Outre-mer, tout cela peut expliquer pourquoi les femmes occupent cette place. La coutume locale dit même que « jamais la terre, née d’Eda, n’appartiendra à vos fils ; elle ne reviendra qu’à nos filles ».
Bien entendu, il serait simpliste de dire que les femmes prient Eda et les hommes El. C’est faux puisque les hommes des îles respectent infiniment Eda.
En ce qui concerne les Six-Duchés, même si c’est devenu un peuple de terriens, ils n’ont pas tous renié El. Au contraire. El reste très présent. Ainsi, le cas Virilia est très intéressant : cette jeune femme vigoureuse reproche au trône des Loinvoyant sa mollesse et son indécision lors de la guerre contre les Pirates Rouges. La philosophie de Virilia est très claire : « elle prêchait la nécessité de revenir au culte et l’adoration d’El ; elle se faisait l’apôtre des anciennes traditions, d’un mode de vie rigoureux et simple qui glorifiait le mérite personnel ». On retrouve bien là des éléments importants liés à El.


