Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

mercredi 7 octobre 2026

Mon rêve, je le tenais dans mes bras, et il était mort.


 

[Andrzej Sapkowski] La tour des fous / Quelques extraits que j'apprécie

  • La charrette bloquait quasiment toute la ruelle, et l’espace qu’elle n’encombrait pas était investi par un groupe d’enfants déguenillés occupés à dénicher dans le fumier une chose particulièrement intéressante.
  • On discutait donc, on dormait, on discutait de nouveau, on s’arrêtait, on discutait puis on dormait. On mangeait. On but aussi une flasque d’eau-de-vie que le prêtre sortit de son coffret personnel. On en but une seconde, sortie cette fois par le rabbin de sous son long manteau de fourrure.
  • Urban Horn à Reynevan : Et je peux comprendre qu’ils s’emportent en entendant que Dieu n’existe pas, qu’on peut se foutre du décalogue, et même qu’il convient de le faire, qu’on doit rendre gloire à Lucifer. Je comprends que, face à un tel dictum, ils hurlent à l’hérésie. Mais qu’en est-il en vérité ? Qu’est-ce qui les courrouce le plus ? Ce n’est ni l’apostasie ni l’impiété, ce n’est ni la négation des sacrements ni la révision ou la contestation des dogmes, ce n’est pas la démonolâtrie. Non, ce qui les insupporte au plus haut point, c’est l’appel à la pauvreté évangélique. À l’humilité. Au sacrifice. Au service de Dieu et du prochain. Ils deviennent fous lorsqu’on exige d’eux qu’ils renoncent à l’argent et au pouvoir.
  • Sont méprisés ceux qui rapportent gratuitement. Pour une cause. Par peur. Parce qu’ils sont guidés par la colère ou la haine. Je te l’ai déjà dit : Judas est méprisé non pas parce qu’il a trahi le Christ, mais parce qu’il l’a fait à bas prix.
  • Charley à Reynevan : Je ne voudrais pas que notre sympathique rencontre soit gâchée par des non-dits. Aussi t’avouerai-je franchement et sans ambages, Reinmar : ton plan est bon à farcir le cul d’un chien.
  • Charley : Peste ! Il ne manque plus au tableau que Balaam et son ânesse. Refrène un peu ton imagination, Justus. L’excès dans ce domaine est comme l’excès de sel dans une soupe. Et ce n’est pas bon pour les affaires.
  • Samson Miel à Gutenberg : La crasse sera élevée au rang de vertu, d’abominables extrémistes seront présentés comme des révolutionnaires progressistes, des formules minables passeront pour de sages devises, la pacotille deviendra une valeur. Chaque bêtise sera reconnue, chaque stupidité sera acclamée. Car tout sera imprimé. Tout ce qui est écrit noir sur blanc a un pouvoir, cela oblige. Il sera aisé de lancer ce phénomène, messire Gutenberg. Et de le développer. Mais pourra-t-on y mettre un terme ?
  • Samson Miel à Reynevan : Tu devrais jouer aux échecs. Tout y serait à ton goût. Les champs idéalement carrés y sont soit noirs soit blancs.
  • Charley à Reynevan : je m’étais promis qu’une fois arrivés en Hongrie, en sécurité à Buda, je t’emmènerais sur le pont du Danube et je te botterais les fesses au point de te faire tomber à l’eau. Heureux et ému, j’ai changé d’avis aujourd’hui.
  • Charley, à propos de l’Inquisition : Le problème (La voix de Charley était plus que sinistre.), ce n’est pas ce dont elle nous accusera. Mais ce que nous avouerons.
  • Charley : Mon conseil est tout autre, souffla-t-il. Quand ils s’en prendront à toi, parle. Avoue. Donne des noms. Collabore. Tu feras de toi un héros plus tard. Quand tu écriras tes mémoires.

[Robert Jordan] L'oeil du monde / Quelques extraits que j'apprécie

  • La Roue du Temps tourne et les Âges naissent et meurent, laissant dans leur sillage des souvenirs destinés à devenir des légendes. Puis les légendes se métamorphosent en mythes qui sombrent eux-mêmes dans l’oubli longtemps avant la naissance de l’Âge qui leur donna le jour.
  • Tam : Bien des hommes sont morts parce qu’ils se sont aveuglément fiés à une estimation optimiste. De plus, la guerre jette toujours sur les routes des flots de réfugiés. La plupart cherchent à se mettre en sécurité, mais certains sont prêts à tout pour profiter du chaos et la confusion. Bien entendu, nous tendrons la main aux malheureux. En revanche, nous devons être préparés à botter les fesses aux malfaiteurs.
  • Savoir ce qu’on devait faire et agir en conséquence n’immunisait pas contre la peur, surtout quand on avait de l’imagination.
  • Moiraine :  Tu veux m’entendre dire que les femmes Aes Sedai sont bienveillantes et pures. En revanche, tu aimerais avoir la certitude que ce sont les hommes, ces êtres pervers, qui ont provoqué la Dislocation du Monde. Ils sont coupables, c’est vrai, mais pas plus pervers que quiconque d’autre. Ils étaient fous, pas maléfiques ! Les Aes Sedai que tu rencontreras à Tar Valon sont des êtres humains. Des femmes comme les autres, si on oublie le don qui les distingue de leurs soeurs « normales ». Parmi elles, tu trouveras le courage et la lâcheté, la force et la faiblesse, la bonté et la méchanceté, et bien entendu, la bienveillance et l’indifférence hautaine.
  • Ba’alzamon ( à propos de Lews Therin Fléau) à  Rand : Puisqu’un homme de son envergure n’a pas pu me résister, au bout du compte, quelle chance as-tu de le faire, toi, le crapaud issu d’un infâme marécage ? Tu me serviras, ou tu seras le pantin des Aes Sedai jusqu’à ton dernier souffle. Et là, tu m’appartiendras parce que les morts sont à moi.
  • Nynaeve à Moiraine : À deux-Rivières, nous avons un proverbe : « Que les ours vainquent les loups, ou que les loups vainquent les ours, ce sont toujours les lapins qui perdent. » Choisissez un autre champ de bataille et laissez en paix les braves gens de mon village.
  • Alors qu’il tournait le dos à la rivière, Perrin marmonna quelque chose au sujet des femmes et de la vie. Dans les histoires, les chefs n’avaient jamais à gérer des affaires de ce genre.
  • Nynaeve : Je serais donc une de ces jeunes femmes qui tu n’abandonnes pas ? Nous verrons ça, Aes Sedai ! Oui, que la Lumière te brûle ! nous verrons ça ! 
  • Rulan Allwine : Les temps sont difficiles… soupira-t-il. Presque tout manque et ce qui ne manque pas est hors de prix. Ce sera encore pire le mois prochain, je vous en fiche mon billet !
  • Lan à Perrin : Mais nous n’allons pas nous laisser abattre, pas vrai, forgeron ? Jusqu’à notre dernier souffle nous combattrons les Ténèbres, et si nous perdons, il faudra subir l’outrage de leurs crocs et de leurs griffes; Les gens de Deux-Rivières sont bien trop têtus pour se rendre. Ne t’inquiète pas de l’irruption du Ténébreux dans ta vie. Tu es avec des amis, désormais. Et n’oublie pas : la Roue tisse comme elle l’entend, et le Ténébreux lui-même ne peut rien y changer.
  • Lan à Perrin : La tête dure comme de la roche, décidément… Peut-être que ça te sauvera, au bout du compte…
  • Moiraine (à propos de Padan Fain) : J’ai dit qu’il était malfaisant au-delà de l’inimaginable, mais j’étais encore loin du compte. Je n’ai jamais rencontré un être si abject — un déchet d’humanité, vraiment ! Depuis que je l’ai touché, je me sens souillée, et je ne parle de la crasse dont il est recouvert. C’est à l’intérieur qu’il est sale…

[Philip Pullman] Au bon souvenir de Will

Les événements de la Communauté des esprits se déroulent sept années après ceux du Miroir d’ambre. Le roman se concluait sur la séparation de Will et Lyra, leur déclaration d’amour et la promesse d’avancer dans la vie quoi qu’il arrive : ils ne devaient pas rester focalisés sur ce qu’ils avaient vécu, cet amour impossible (puisqu’ils viennent de deux mondes différents).


Dans la Communauté des esprits, on suit principalement Lyra qui fait face à de grands bouleversements dans sa vie quotidienne. Elle est amenée à voyager à travers l’Europe et l’Orient. Sur un plan plus personnel, elle a des relations intimes avec un jeune homme ; Pan, son daemon, et elle ont une violente dispute : Pan pense que Lyra a trop changé et a perdu une certaine forme d’innocence, de rêverie.


Will n’apparait pas du tout dans ce tome. Mais, il est malgré tout présent. On se rend compte qu’il a laissé une forte impression aux gens qu’il a croisés. Farden Coram, un gitan, sous-entend même qu’il est devenu une figure de légende parmi les sorcières (« il faut savoir paraître insignifiant, afin que les gens ne te remarquent pas, et que, même s’ils te voient, ils t’oublient aussitôt. C’est ce que faisait Will, et c’est pour cette raison que Serafina était si impressionnée »). Les sorcières ont en effet longtemps cherché à perfectionner leur technique pour être invisible, une pratique qui leur demande beaucoup d’énergie. Qu’un gamin comme Will réussisse à paraitre quelconque au point d’être invisible est une réelle prouesse ! 

Lyra a tendance à se retrouver au centre d’événements et elle aurait bien besoin de cette compétence. Elle aussi est admirative de ce que réalise Will. C’est aussi le cas de Pan qui pense que « Will Parry avait le pouvoir de devenir invisible », Pan poursuit en rapportant que cela « avait stupéfié les sorcières du Nord ».


Lyra aime encore Will. Elle ne l’a pas oublié. Elle n’a aucune honte à l’admettre, à elle-même et aux autres. Les choses sont claires quand elle dit que « je pense à lui chaque jour. Peut-être même à chaque heure. Il est toujours le centre de ma vie ». Elle en pense à un point qu’elle le voit ou croit le voir dans ses rêves. Peu importe si c’est réellement Will, c’est à chaque fois une tempête d’émotions qui surgit en elle (« elle était encore sous le choc, chancelante et abasourdie. Ce garçon ressemblait tellement à Will ! L’espace d’un instant, son coeur avait explosé de joie. Quelle amère déception ensuite »).

Absent, Will reste un pilier dans la vie de Lyra. Il est celui à qui elle se raccroche quand tout va mal. Lorsque Pan et elle se brouillent, « elle se surprenait à parler tout bas à un fantôme, à l’image qu’elle se faisait de Will là-bas dans son monde inaccessible ». Lyra ne peut pas oublier Will.


Adolescents, Will et Lyra ont traversé des épreuves compliquées comme se rendre au monde des morts, se séparer de leur daemons. Tout cela a contribué à construire et solidifier leur amour. C’était une passion, une nécessité, une évidence (« tout ce qu’on a fait, c’est nous embrasser. Encore et encore comme si on n’allait jamais s’arrêter. Comme si on ne serait jamais obligés de s’arrêter ») qu’ils auraient aimé pouvoir continuer. Malheureusement, la réalité physique les a rattrapés (il est impossible de vivre à long terme dans un monde qui n’est pas le sien).

Si Lyra a déjà fait l’amour, cela n’a « rien à voir avec l’intensité dévorante et omniprésente, avec la passion ardente qui les avaient unis, Will et elle ». On comprend là que Lyra ne s’est pas fermée sur elle-même, qu’elle s’est autorisée à avoir des aventures, à se laisser séduire. Elle est restée fidèle à leur dernier échange où ils s’étaient promis de ne pas se laisser dévorer par le passé partagé.