Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

samedi 7 novembre 2026

[Andrzej Sapkowski] Qui est Codringher ?

A Dorian, avant d’aller sur l’île de Thanedd, Geralt fait une rencontre qui marque le lecteur : Codringher. Cet avocat avait été chargé par des espions de récolter des informations sur Ciri, de savoir qui elle était réellement.


Codringher a une réputation qui le dépasse. Il apparait compétent, dur au mal, tenace. Quand il est payé pour un travail, il n’est pas du genre à ne pas trouver ce qui lui est demandé. La rumeur populaire est assez claire (« lorsqu’un individu avait des difficultés, des soucis, des problèmes, il venait voir Codringher et obtenait alors aussitôt des preuves de la malhonnêteté et de la malversation de son associé »). Il ne semble donc pas y avoir de doute : Codringher est fiable, en tout cas dans son activité professionnelle.


Tout laisse croire que Codringher connait bien Geralt et le métier du sorceleur, qu’il a pris le temps de l’examiner. Comme d’autres avant dans la saga, il remet en cause le travail du sorceleur. Il a une approche mathématique de la chose car plus les sorceleurs tueront des monstres, moins il en restera et moins les sorceleurs seront utiles. Ainsi, il affirme que « tu te retrouveras bientôt au chômage, tandis que moi j’irai en prospérant. Les stryges, les wyverns, les endriagues et les loups-garous disparaitront bientôt. Mais, les salopards, il y en aura toujours ». Il est difficile de donner tort à Codringher sur ce point.

Ceci dit, Codringher respecte Geralt. Certains trouvent la façon de faire du sorceleur stupide, sa manie de ne pas attacher tant de valeur à l’argent. Codringher, lui, trouve cela presque touchant : « mais, bizarrement, ce noble et naïf désintéressement te sied pas mal, sorceleur anachronique. C’est dans ton style, c’est merveilleusement et pathétiquement démodé… Être prêt à mourir pour rien ».


On ne peut pas parler de Codringher sans évoquer Fenn, son associé. Si son existence est débattue, il est bien réel. Geralt se rend compte que Fenn est handicapé, sans jambes et de petite taille.

Quand Codringher découvre quelque chose, il en parle systématiquement à Fenn. Par exemple, Codringher se rend compte que Ciri est une femme à part, une femme presque légendaire. Son existence est totalement inattendue et hors du temps (« est-ce que tu saisis maintenant qui est réellement Cirilla, la princesse de Cintra ? Les enfants de Sang ancien… La dernière pousse de ce putain d’arbre de la haine ? La dernière branche, et, sur cette dernière branche, la dernière pousse empoisonnée »). Il est clair que Codringher n’est pas un partisan du Sang ancien ou de Ciri. Mais, en bon homme d’affaires, il voit là un moyen de pression, un levier pour acquérir du pouvoir et de l’argent. Il sait que l’information apprise a de la valeur et que beaucoup se battront pour l’avoir (« tous les jeux sont dangereux. Certains en valent la Chanelle, d’autres pas. Fenn, mon frère, ne comprends-tu pas ce qui vient de nous tomber entre les mains ? »).


Codringher a visé trop gros. L’homme a voulu entrer dans le jeu politique en apprenant l’importance de Ciri. Il a l’idée d’envoyer une fausse Ciri à l’Empereur Emhyr var Emreis. Son ambition le mène à la mort car il est tué par un des hommes de Vilgefortz : Schirrú. Il est poignardé à de multiples reprises (« il sentait le tranchet du styler visser sur ses côtes et son sternum ») et sa maison est incendiée.

Quand il finit par se trouver face à face avec Geralt, il se vante d’avoir tué Codringher (« c’est moi qui ai achevé ton ami Codringher à Dorian. Je l’ai fait sur l’ordre de mon maître, M. Vilgefortz »).


Gravement blessé à Thanedd, Geralt se retrouve à Brokilone le temps de sa guérison. Incapable de bouger, ne sachant pas ce que sont devenus Ciri ou Yennefer, il est tenu au courant des événements du monde par Milva. C’est elle qui lui apprend la mort de Codringher (« c’est curieux que cet incendie et la disparition dudit Codringher aient eu lieu au cours de la première lune de juillet, exactement à la même époque que les éléments sur l’île de Thanedd »). Si la mort de Codringher choque le lecteur, elle ne semble pas perturber plus que ça les gens de Dorian. Codringher n’a eu que ce qu’iil mérite, lui qui » pratiquait la magie noire, préparait du venin et avait conclu un pacte avec le diable ».

mercredi 4 novembre 2026

[Samantha Shannon] Parmi les fleurs embrasées / Quelques extraits que j'apprécie

  • (Marosa) : À ses dix-neuf ans, elle avait demandé à son père si elle pouvait l’accompagner au conseil, ou à l’une de ses audiences, afin qu’elle pût y apprendre comment diriger. Une bien curieuse requête, avait répliqué froidement le roi Sigoso.  Lorgnerais-tu déjà le trône, Marosa ?
  • Marosa n’était pas sotte. Elle savait que deux rencontres ne pouvaient suffire à faire naître un amour durable, même si son absence la faisait autant souffrir qu’une côte cassée. Elle n’ignorait pas que les hommes pouvaient aussi cacher leur véritable personnalité ; il n’était pas impossible qu’Aubrecht portât un masque, tout comme le père de Marosa, dont les sourires étaient des fourreaux dissimulant chacun une lame.
  • (Melaugo) : Elle se laissa tomber contre le tronc et ramassa le pain. Encore chaud. L’eau à la bouche, elle en brisa la croûte à pleines dents. Il était ordinaire et grumeleux : elle n’avait jamais rien goûté d’aussi bon.
  • Sigoso Vetalda : Dites à tous - chaque cité et chaque terre - que ce royaume n’est plus enchaîné à l’héritage de Galian Berethnet, le faux et pernicieux Saint. Ceci est le royaume draconique de Yscalin, voué à vénérer le Sans-Nom.
  • Harlowe à Melaugo : J’vois qu’t’as accepté mon offre. Y a juste fallu la fin du monde pour ça.
  • (Marosa) : Le premier afflux de peur avait été tel de l’acier fondu : il avait noyé ses hurlements en se déversant sur elle, scellant ses lèvres et l’empêchant de respirer, avant de durcir en se refroidissant un peu plus chaque jour, jusqu’à ce qu’elle se retrouvât accablée et pesante.
  • Pynson à Marosa : La reine Sahar était une femme courageuse. Je suis navré qu’elle ne soit plus, mais pas surpris d’apprendre que son dernier acte a été commis pour vous protéger. La colombe est un oiseau de paix, mais elle défendra ses oisillons bec et ongles.
  • Ermuna à Aubrecht : Tu souffres, répondit Ermuna, mais c’est un luxe que les hommes peuvent s’autoriser, pas les monarques.

mardi 3 novembre 2026

Le nez cassé de Fitz

Fitz a tué Subtil, c’est en tout cas ce que dit la rumeur populaire. Enfermé dans les cachots du château de Castelcerf, il est battu, affamé et torturé par les hommes de Royal. Lors d’une séance, on lui casse le nez. Alors qu’il est relativement apathique, la douleur prend Fitz à la gorge. Il a mal (« ce fut un bruit à lever le coeur suivi d’une douleur insoutenable, une souffrance si intense que j’eus soudain plus conscience d’aucune autre. Je perdis connaissance »). On peut penser que c’est une des pires douleurs de Fitz à ce stade du récit, elle rivalise avec la mort de ses compagnons de Vif ou le départ de Molly.


Mort puis déterré, Fitz offre un triste spectacle. Il n’est plus le même homme quand il sort de la tombe, il est dans les premiers temps un homme sauvage qui ne se rappelle pas de son passé. Physiquement, il a également changé. Ceux qui l’ont connu ne peuvent pas manquer son nez cassé. Ils le remarquent tout de suite. Pour un regard aiguisé comme celui d’Umbre, ce nez abîmé révèle immédiatement les coups. Umbre est touché par ce qu’il voit (« la compassion assombrit soudain son visage »). Fitz, lui, doit s’habituer à ce genre de réactions. Lorsque les proches le voient, entendent son histoire, ils sont attendris. Or, c’est une émotion qui met Fitz mal à l’aise. Il supporte mal que les gens s’apitoient sur son sort. Par exemple, on lit que « je détournai le regard, incapable d’endurer sa pitié ».

A Jhaampe, le Fou revoit Fitz des mois plus tard. Leur séparation à Castelcerf avait été brutale puisque le Fou pensait que Fitz avait tué Royal. Quand ils finissent par se revoir, le Fou ne reconnait pas le bâtard de Chevalerie. Il faut dire que l’homme a changé : il a été blessé plusieurs fois, il a souffert du froid, il est inconscient. Revoir Fitz redonne espoir au Fou. C’est un des premiers moments qui montre l’importance de Fitz pour le Fou, on se rend compte qu’il y a autre chose qu’une simple amitié. La dynamique Prophète / Catalyseur se met en place. Au-delà de ça, le Fou a des gestes tendres, presque amoureux envers Fitz (« hésitants, ses doigts frais caressèrent mon visage, suivirent la balafre et l’arête brisée du nez »). C’est comme s’il cherchait à se rappeler le physique apprécié de son ami.


Pour d’autres, le nez cassé facilite les choses. Quand Royal lance un avis de recherche contre son neveu, il parle tout le temps du nez. C’est un signe distinctif, quelque chose qui doit permettre de le reconnaître. Astérie, la ménestrelle, ne croit pas Fitz quand il dit que ce n’est pas lui dont on parle ; elle remarque qu’ « il s’agit peut-être d’un autre individu qui a lui aussi le nez cassé, une balafre sur le visage ». Fitz bricole une histoire bancale en réponse.

Le loup, Oeil-de-Nui, se moque totalement que le nez de Fitz soit cassé. Il ne lui servait à rien, il ne lui sert à rien maintenant (« autant que je suis sûr d’avoir un nez de loup et pas un paquet de chair inutile en dessous des yeux »). A de nombreuses reprises, Oeil-de-Nuit s’est moqué de l’inaptitude de Fitz à sentir les gens qui le suivaient.


L’épisode de la torture est un traumatisme pour Fitz. Il hante ses rêves et ses cauchemars. Comme si cela ne suffisait pas, des types comme Guillot s’en servent pour lui faire du mal. Guillot, l’artiseur, sait que Fitz est sensible à ce genre de pression. De plus, Guillot était présent quand Fitz s’est fait casser le nez. Ayant assisté à la scène, il ne se prive pas de la faire revivre à Fitz (« je sentis à nouveau le choc de mon nez cassé »). Cela plonge Fitz dans un sale état, il reste encore une victime de ce triste moment de sa vie.

Et sans la Fille-au-dragon sans ce moment où il lui transmet bon nombre de ses douleurs et souvenirs associés, il y aurait fort à croire que cela aurait accompagné encore plus longtemps. Il se vide : « prends mes jours et mes nuits dans les cachots de Royal (…) que je n’entende plus mon nez se briser ». Le nez cassé n’est pas seulement cassé, il porte aussi les heures les plus sombres.


Devoir est un cas intéressant. Le fils de Kettricken et Vérité n’a pas connu FitzChevalerie Loinvoyant. Quand il voit Fitz, il ne sait pas qu’il fait partie de sa famille ; il le connait sous l’identité de Tom Blaireau. Il observe Fitz, il l’analyse (« vous avez le type Loinvoyant (…) pas le nez, en revanche ; j’ignore d’où il vient mais il n’est pas de la famille »). Est-ce que cela voudrait dire que les Loinvoyant ont une forme de nez spécifique ? Sans doute. Après tout, Devoir a « le nez que j’avais adolescent, avant que Royal ne me le casse ».


Quand Ambre (le Fou) sculpte un visage à la vivenef Parangon, il le fait en servant de modèle comme Fitz. C’est une représentation extrêmement fidèle comme on le voit dans le tome Sur les rives de l’Art. Lant est choqué (« Douce Eda, Fitz, il a votre visage ! Jusqu’à votre nez cassé ! ». Le Fou se disait que Fitz ne tomberait jamais dessus. 

Bien entendu, le nez cassé fait partie des attributs du visage. Brashen trouve que c’est une bonne  idée puisque cela « lui donne un air très déterminé ».

Jek, elle, a vu Parangon et Fitz. Quand elle voit Fitz, elle est plus mesurée. Dans la saga, Jek est présentée comme une séductrice, une femme qui fait passer ses appétits sexuels en haut de priorité tout en étant une femme et une amie de confiance. Quand elle détaille Fitz de la tête aux pieds, son verdict est assez clair ; elle déplore son « fichu » caractère mais reconnait qu’il est « beau, malgré son nez cassé. 

dimanche 1 novembre 2026

[George R.R. Martin] Quelques références à Aegon le Conquérant

Dans l’histoire de Westeros unie, il n’existe pas de figure plus marquante qu’Aegon le Conquérant. Après tout, il est celui qui a entrepris l’unification des royaumes et leur a fourni un gouvernement central. Il n’a pas seulement été un Homme d’Etat, il a marqué son époque par ses talents de combattant et de stratège, certes bien aidé par ses femmes-sœurs et ses dragons. 

L’exilée Daenerys se réfère à lui quand elle se projette. Son ancêtre a marqué l’histoire de sa famille et, des décennies plus tard, il influe encore grandement la vie de Daenerys. Il conditionne les choix qu’elle peut faire. Elle n’a pas d’autre choix que de se marier à son frère Viserys : « depuis toujours, elle s’attendait le moment venu, à épouser son frère, car cela faisait des siècles, très précisément depuis qu’Aegon le Conquérant s’était donné pour femmes ses propres sœurs, que les Targaryens se mariaient ainsi ». Pour Daenerys, le choix est nécessairement limité car il ne lui reste que le manipulateur, et parfois violent, Viserys.

On pourrait penser que Daenerys se sent contrainte par l’héritage d’Aegon, ce n’est pas le cas, loin de là. C’est même une fierté, quelque chose qu’elle déclame quand elle se présente à bon nombre de gens, quelque chose dont elle se sert lorsqu’il s’agit d’asseoir son autorité et sa légitimité (« Je suis du sang du dragon. Je suis Daenerys du Typhon, princesse de Peyredragon, semence et sang d’Aegon le Conquérant »). Pour autant, cela peut devenir un fardeau lourd à porter. Après tout, Daenerys ne fait que, pour l’instant, conquérir des villes en Essos alors qu’ « Aegon mit les Sept Couronnes à feu et à sang » et « leur offrit ensuite paix, justice, et prospérité ». Aegon était donc aussi un bâtisseur, quelqu’un qui avait une vision et un projet. En comparaison, Daenerys admet faire pâle figure (« je n’ai quant à moi apporté que mort et que ruine à la baie des Serfs »). 

Beaucoup semblent louer Aegon. Même Stannis Baratheon lui trouve des qualités de leader. Il reconnait qu’Aegon a offert un regard neuf sur Westeros en disant que « tous ces blablas sur les Sept Couronnes sont ineptes. Aegon s’en aperçut voilà trois cents ans au premier coup d ‘œil qu’il jeta dessus ». il est possible que d’autres aient voulu unifier les couronnes avant lui mais seul Aegon avait la force pour réaliser ce rêve.

Mais Aegon n’était qu’un homme. Il n’aurait jamais pu conquérir ces vastes territoires sans des armées puissantes et surtout sans ses dragons. C’est en tout cas ce que pense Stannis (« penses-tu que nous l’appellerions aujourd’hui le « Conquérant », s’il n’avait pas disposé de dragons ? »). 

Des décennies après sa mort, le royaume se trouve dans un piètre état après le règne de Robert Baratheon. Ce dernier n’a pas réussi à offrir à ses héritiers la légitimé nécessaire et la guerre éclate. Les ambitieux se dévoilent et le peuple gronde.

A Port-Réal, quand des émeutes éclatent, Janos Slynt se sert de l’image d’Aegon pour dire que la situation est intenable ; il déplore qu’ « Aegon en personne ne parviendrait pas à maintenir la paix, lord Renly ».

D’autres invoquent le souvenir d’Aegon pour motiver, inspirer. Mélisandre tente de faire comprendre à Stannis qu’il doit se montrer impitoyable et déterminé. Stannis ne peut pas se permettre de tergiverser, d'hésiter. Après tout, Stannis n’est-il pas à Peyredragon ? Mélisandre y voit là un signe. Comme Aegon, elle pense que son roi doit s’envoler de « ce roc désolé, et comme lui, jadis, à tout balayer sur votre passage ». Mélisandre a bien compris qu’Aegon représentait une figure mythique, un héros légendaire dont elle peut se servir pour arriver à ses fins. 

Aegon a laissé un bon nombre de symboles après sa mort. Le plus marquant (et le plus disputé) est sans aucun doute le Trône de Fer, ce siège « immense, hérissé de pointes et de lames acérées, tordues, déchiquetées comme à plaisir ». Rien de bien engageant à première vue donc, mais il suffit à éveiller bon nombre d’ambitions, de combats et de trahisons. Le Trône de Fer était une idée d’Aegon (« le mot d’Aegon commandait à ses armuriers de lui forger ce trône monumental avec les épées de la reddition ») pour montrer à ses ennemis vaincus qu’il les dominait à tout point de vue. 

Quand un Aegon émerge en disant vouloir conquérir le Trône, il est accueilli avec des doutes par Tyrion. Après avoir écouté les revendications de l’homme, le nain de la famille Lannister lui souligne qu’il devra faire avec une rivale : Daenerys. Quand il parle d’elle, c’est en des termes élogieux : « c’est la veuve d’un khal dothraki, la mère de dragons et une pilleuse de villes, Aegon le Conquérant avec des nichons ». Ainsi, tel Aegon, Daenerys est entrée dans la légende.