A Dorian, avant d’aller sur l’île de Thanedd, Geralt fait une rencontre qui marque le lecteur : Codringher. Cet avocat avait été chargé par des espions de récolter des informations sur Ciri, de savoir qui elle était réellement.
Codringher a une réputation qui le dépasse. Il apparait compétent, dur au mal, tenace. Quand il est payé pour un travail, il n’est pas du genre à ne pas trouver ce qui lui est demandé. La rumeur populaire est assez claire (« lorsqu’un individu avait des difficultés, des soucis, des problèmes, il venait voir Codringher et obtenait alors aussitôt des preuves de la malhonnêteté et de la malversation de son associé »). Il ne semble donc pas y avoir de doute : Codringher est fiable, en tout cas dans son activité professionnelle.
Tout laisse croire que Codringher connait bien Geralt et le métier du sorceleur, qu’il a pris le temps de l’examiner. Comme d’autres avant dans la saga, il remet en cause le travail du sorceleur. Il a une approche mathématique de la chose car plus les sorceleurs tueront des monstres, moins il en restera et moins les sorceleurs seront utiles. Ainsi, il affirme que « tu te retrouveras bientôt au chômage, tandis que moi j’irai en prospérant. Les stryges, les wyverns, les endriagues et les loups-garous disparaitront bientôt. Mais, les salopards, il y en aura toujours ». Il est difficile de donner tort à Codringher sur ce point.
Ceci dit, Codringher respecte Geralt. Certains trouvent la façon de faire du sorceleur stupide, sa manie de ne pas attacher tant de valeur à l’argent. Codringher, lui, trouve cela presque touchant : « mais, bizarrement, ce noble et naïf désintéressement te sied pas mal, sorceleur anachronique. C’est dans ton style, c’est merveilleusement et pathétiquement démodé… Être prêt à mourir pour rien ».
On ne peut pas parler de Codringher sans évoquer Fenn, son associé. Si son existence est débattue, il est bien réel. Geralt se rend compte que Fenn est handicapé, sans jambes et de petite taille.
Quand Codringher découvre quelque chose, il en parle systématiquement à Fenn. Par exemple, Codringher se rend compte que Ciri est une femme à part, une femme presque légendaire. Son existence est totalement inattendue et hors du temps (« est-ce que tu saisis maintenant qui est réellement Cirilla, la princesse de Cintra ? Les enfants de Sang ancien… La dernière pousse de ce putain d’arbre de la haine ? La dernière branche, et, sur cette dernière branche, la dernière pousse empoisonnée »). Il est clair que Codringher n’est pas un partisan du Sang ancien ou de Ciri. Mais, en bon homme d’affaires, il voit là un moyen de pression, un levier pour acquérir du pouvoir et de l’argent. Il sait que l’information apprise a de la valeur et que beaucoup se battront pour l’avoir (« tous les jeux sont dangereux. Certains en valent la Chanelle, d’autres pas. Fenn, mon frère, ne comprends-tu pas ce qui vient de nous tomber entre les mains ? »).
Codringher a visé trop gros. L’homme a voulu entrer dans le jeu politique en apprenant l’importance de Ciri. Il a l’idée d’envoyer une fausse Ciri à l’Empereur Emhyr var Emreis. Son ambition le mène à la mort car il est tué par un des hommes de Vilgefortz : Schirrú. Il est poignardé à de multiples reprises (« il sentait le tranchet du styler visser sur ses côtes et son sternum ») et sa maison est incendiée.
Quand il finit par se trouver face à face avec Geralt, il se vante d’avoir tué Codringher (« c’est moi qui ai achevé ton ami Codringher à Dorian. Je l’ai fait sur l’ordre de mon maître, M. Vilgefortz »).
Gravement blessé à Thanedd, Geralt se retrouve à Brokilone le temps de sa guérison. Incapable de bouger, ne sachant pas ce que sont devenus Ciri ou Yennefer, il est tenu au courant des événements du monde par Milva. C’est elle qui lui apprend la mort de Codringher (« c’est curieux que cet incendie et la disparition dudit Codringher aient eu lieu au cours de la première lune de juillet, exactement à la même époque que les éléments sur l’île de Thanedd »). Si la mort de Codringher choque le lecteur, elle ne semble pas perturber plus que ça les gens de Dorian. Codringher n’a eu que ce qu’iil mérite, lui qui » pratiquait la magie noire, préparait du venin et avait conclu un pacte avec le diable ».