Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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samedi 30 décembre 2023

Burrich et les femmes

Burrich est souvent associé aux chiens, chevaux et autres animaux dont il s’occupe. Il passe tout son temps avec eux, à s’assurer de leur bien-être, à les soigner. Il est le maître des écuries. Il est aussi un homme qui participe aux chasses de la cour ou qui a pris sa part lors de combat, notamment aux côtés de Chevalerie. Quand l’histoire se met en place, Burrich est célibataire ; on ne lui connait pas de vie de couple. Physiquement, c’est un homme robuste et musclé, en bonne santé, si ce n’est sa blessure à la jambe.


Il ne fait pas de doute que Burrich a été un homme séduisant. Toute son activité physique a contribué à modeler son corps. Il est un homme de parole, un homme sur qui on peut compter. Mais, le sort a décidé d’infliger de mauvais tours à Burrich : il a été blessé physiquement et l’abdication de Chevalerie lui a porté un coup au moral. Dès lors, il n’est plus que l’ombre de lui-même : « le vieux Burrich n’était plus l’homme qu’il avait été. Il y avait eu un temps où les femmes de la forteresse ne pressaient pas le pas en le croisant ; attirer son regard, c’était susciter la jalousie de tout ce qui portait jupon ».  Autrement dit, Burrich était un bon parti, un des hommes les plus convoités de Castelcerf.

C’est Molly qui nous en apprendra un peu plus sur la façon dont les femmes voient Burrich. En étant servante, Molly participe aux rumeurs et confidences. Elle entend des choses qui ne sont pas secrètes mais qui ne sont pas non plus parvenues aux oreilles de Fitz. D’ailleurs, elle dit à ce dernier que « à la cour des lavandières, certains disaient que, depuis Burrich, tu étais ce que les écuries avaient connu de mieux ». On a donc là une autre preuve que Burrich a plu. 

Molly développe alors ce qui attire tant chez Burrich (« il est impressionnant avec sa mauvaise humeur, mais j’en connais plus d’une qui seraient prêtes à essayer de l’égayer »). Burrich pourrait donc être un défi à relever. Il est aussi un homme qui procure des fantasmes. Des histoires circulent à son sujet et attirent la curiosité. Molly résume la chose en répétant des propos d’une femme : « à vivre au milieu des étalons, il connait tous leurs trucs » et « j’ai gardé la marque de ses dents sur ses épaules pendant toute une semaine ». Il faut toutefois préciser que Burrich n’a pas une vie sexuelle développée, il ne recherche pas une compagne et ne fréquente pas les prostituées. Si il a couché avec cette lavandière, c’est parce que sa raison était obscurcie par une forte quantité d’alcool.


Burrich vit-il mal son célibat ? La question peut se poser. Au fur et à mesure que l’intrigue avance, on finit par comprendre que Burrich a aimé Patience. Elle aurait pu devenir sa femme, celle avec qui il partage sa vie. Cela n’a pas été le cas. 


Quand Fitz lui pose des questions sur comment se comporter avec Molly, on sent une certaine rancoeur dans ses propos. Il est amer : « tu t’adresses à moi, je suppose, parce que tu as remarqué le brillant succès que j’ai eu à me trouver une femme aimante et à lui faire de nombreux enfants ? ». Le ton est piquant, on perçoit presque de la douleur dans la voix du maître des écuries.


Burrich a donc aimé Patience.  Fille d’un noble, Patience aurait bien voulu faire sa vie avec Burrich mais il a refusé. Patience a fini par se mettre avec Chevalerie, l’homme que Burrich admire tant. C’est donc une relation complexe qui s’est dessinée. Et pour ne rien arranger, l’amour de la boisson et de la bagarre a contribué à forger une piètre image ; Patience a même en partie blâmé Burrich quant à la disgrâce de son mari. Il n’est donc pas étonnant de voir Patience dure et méchante avec Burrich quand elle revient à Castelcerf. Fitz entend des mots qui le choquent : « Cet homme est un ivrogne et un débauché et il a cultivé en vous de semblables traits. Il ravale toujours ceux qui l’entourent à son niveau ».


Comme souvent, Fitz ne comprend pas ce qui se passe. C’est une nouvelle fois Molly qui l’éclaire (« Patience a d’abord aimé Burrich (…) mais il ne voulait pas l’épouser »). L’attitude de Patience trouve donc son origine dans ce rejet. La mort de Chevalerie a sans doute ravivé sa rancœur. Heureusement, avec le temps et les événements ( la perfidie de Royal), elle parvient à dépasser cela. Lorsque Burrich revient blessé après avoir accompagné Vérité dans sa quête des Anciens, on voit qu’elle a tourné la page. Elle est prévenante et gentille, attentionnée : « avec une familiarité qui me laissa pantois, Patience passa sa main sur son front, puis lui palpa la gorge ». Burrich accepte ce geste attentionné alors qu’il n’aurait jamais laissé le guérisseur du château faire ça. Il conserve donc de l’affection pour Patience.

D’ailleurs, on peut penser, qu’à sa façon, il conserve encore des sentiments pour Patience. Burrich est un homme fidèle. Il l’a été au service de Chevalerie (en étant un ami, en lui donnant de l’énergie pour artiser), il l’a été en amour. C’est ce qu’il dit avec conviction à Fitz : « je ne suis pas un homme volage. Si je l’aimais, je l’aimerais encore (…) Patience refusait de comprendre que c’était impossible ; l’un de nous devait mettre fin à ses tourments ».


Bien entendu, Burrich regarde les femmes. Il repère très tôt les charmes physiques de Molly, notamment son fessier (« elle a une belle croupe bien large. Elle mettre bas sans problème »). C’est sans doute là que commence l’intérêt de Burrich pour Molly. Bien entendu, il n’entreprend rien tant que Molly et Fitz sont en couple. Il se contente d’être un ami présent, une personne qui écoute les peines et les douleurs de Molly. 

Une fois Fitz déclaré mort, il décide de tenter sa chance, d’autant plus que Fitz lui dit avoir tourné la page. Il ne va pas voir Molly pour lui déclarer son amour, il désire juste lui apporter son soutien. Il n’ose pas dire ouvertement à Fitz que c’est Molly qu’il rejoint, mais une femme qu’il peut aider (« j’ai une amie qui est seule. Un homme solide lui serait bien utile : son toit a besoin de réparations, et il faut planter, aussi. J’irai chez elle quelques temps »). Burrich a bien conscience de ses qualités, de ce qu’il peut apporter à une femme. Il est un homme fiable, efficace.  


A ce sujet, il semble mieux cerner les gens que Fitz. Fitz a appris que Burrich a rejoint Molly et qu’il l’aide. Il ne voit pas en cela un danger, il pense que c’est une simple relation amicale. C’est en tout cas qu’il dit à Astérie qui se moque de sa naïveté. En entendant la façon dont est décrit Burrich, Astérie se montre tout de suite intéressée : « il est ferme comme un roc, on peut compter sur lui et il est délicat ? Et il traite bien les femmes ? Vous savez à quel point de tels homme sont rares ? Dites moi qui c’est, je le veux pour moi ! ». 


Ce sont donc bien les attitudes et les actes de Burrich qui séduisent les femmes. On en a la confirmation lorsque Molly décide de confronter Burrich. Molly est claire dans ce qui lui plait : « vous ne m’entretenez jamais d’amour. Vous ne m’avez jamais effleurée, ni sous l’effet de la colère ni sous le coup du désir ; cependant, votre silence et votre regard me parlent davantage d’amour ».


mardi 8 août 2023

L'histoire de Brodette

Pendant que certains écrivent la grande histoire, sont impliqués dans des machinations politiques ou tentent de façonner le monde, d’autres se contentent de servir. Ils le font parce que c’est leur métier, ou par amitié. Brodette est un bon exemple, un personnage de l’ombre à l’apparence anodine mais qui permet à d’autres de briller. Brodette n’a pas uniquement servi Patience, elle a contribué à l’éducation de Fitz et elle fait partie de celles qui ont soutenu Kettricken ou Molly.


L’image qu’on a de Brodette nous vient de Fitz et des personnes que le jeune bâtard qu’elle fréquente. Puisque Fitz est le narrateur du récit, c’est grâce à ses allées et venues dans le château qu’on peut dresser un portrait de Brodette. Il apparait que Brodette est tout sauf une simple servante. La docilité ne semble pas être son point fort comme le remarque Mijote, la cuisinière : « Brodette, par contre, en voilà une qui a la tête sur les épaules ; mais elle n’est pas causante et elle n’écoute pas volontiers ce que les autres ont à dire ». Brodette semble donc avoir du caractère. C’est un trait important quand on passe du temps avec Patience qui est une femme qui a besoin de cadre pour organiser ses idées et ses actions. On en a un exemple avec Fitz : Patience décide de l’éduquer comme si c’était son fils et les activités partent dans différentes directions, sans fil conducteur. C’est Brodette qui mettra de l’ordre en se basant sur sa propre histoire (« j’ai eu des fils et je sais que les adolescents (…) on dirait qu’ils n’apprennent rien, qu’ils ne mûrissent pas, qu’ils n’ont pas de manière, mais il suffit de tourner le dos et les voilà qui grandissent »).

Il est clair que Fitz respecte Brodette. Il ne la respecte pas parce qu’il le doit mais pour ce qu’elle est. Brodette ne se contente pas de servir Patience, elle partage avec elle un bon nombre de passions et elle est aussi une femme capable. Quand Molly lui demande ce qui fait d’une femme une bonne épouse selon lui, il utilise Brodette comme référence : « regarde dame Patience et sa servante Brodette : elles sont constamment en train de bricoler à droite et à gauche (…) elle a les doigts aussi agiles que n’importe quelle fabricante de filets des quais ».


Servante, Brodette est invisible pour beaucoup de nobles. Ils ne lui accordent aucun crédit, elle ne compte pas. Brodette ne s’en offusque pas plus que ça car ça lui permet d’observer les gens et ce qui se passe. Fitz s’en rend compte quand elle lui dit que « dame Patience s’est prise d’une grande affection pour vous ». Jusque là, il était convaincu que Patience s’occupait de lui uniquement parce qu’il était le fils de Chevalerie et non par affection.

Quand les choses gâtent et que Royal resserre son emprise sur le château, Fitz, Burrich et les autres tentent de mettre à l’abri Kettricken en organisant une fausse évasion. Alors qu’ils viennent de lui faire simuler une fausse couche pour protéger l’enfant à naître, ils se réunissent et commencent à boire. Pour eux, c’est un simple réconfortant ; pour Brodette, c’est une faiblesse, un manquement : « nous jouons notre vie et notre réputation, et vous ne trouvez rien de mieux à faire que de vous soûler ! (…) Au bout de vingt ans, vous n’avez toujours pas appris que ça ne résolvait rien ? » Les mots sont durs mais justes tant la situation est précaire. Elle est celle qui les ramène à la réalité.


Brodette n’est donc pas une servante comme les autres. On apprend qu’elle est aussi la garde du corps de Patience. Là encore, elle profite du fait qu’on ne la considère pas. Les gens qui voudraient du mal à Patience ne verraient pas en elle un obstacle. Pourtant, Patience doit forcément avoir quelqu’un qui la protège puisque, si les choses avaient tourné différemment, elle aurait été la femme du roi. Même Fitz ne saisit pas entièrement qui est Brodette. C’est Patience qui lui dit que Brodette est « l’élève la plus douée qu’Hod ait jamais eue, bien qu’elle fût déjà adulte quand elle a commencé son apprentissage ». Fitz avait été averti d’avoir un autre regard sur Brodette. Umbre sait forcément qui est Brodette et quel est son rôle auprès de Patience. Fidèle à sa façon d’enseigner, il ne dit pas clairement à Fitz mais ce qu’il dit est suffisamment clair pour alerter Fitz (« dans le couloir, il me revint une réflexion d’Umbre : il m’avait dit que je sous-estimais Brodette »).

Ce côté protecteur est conservé toute sa vie par Brodette. Mêmes des décennies plus tard, alors qu’elle a pris de l’âge et que la fatigue la gagne, elle n’oublie pas son devoir envers Patience. Lorsque Fitz apprend aux deux femmes qu’il est bel et bien vivant, il prend un après-midi pour raconter son histoire. Les deux femmes finissent par s’assoupir, Fitz s’en va discrètement mais Brodette réagit (« comme je soulevais le loquet,  Brodette se dressa sur un coude ; elle entendait parfaitement, et sans doute, malgré ses doigts déformés, trouvait-on encore un poignard dissimulé dans sa manche »). Pour synthétiser, « Patience avait toujours Brodette à ses côtés, et nul ne s’étonnait que l’épouse du prince Chevalerie se déplaçât toujours avec sa servante ». Il est difficile de savoir si leur relation a démarré avec la nécessité de protéger Patience mais elles ont créé un lien fort.

Brodette est aussi la confidente de Patience. Cette dernière se repose beaucoup sur elle afin de faire des choix. Alors qu’elle est un peu dans une impasse dans l’éducation de Fitz, elle parle de la situation avec Brodette qui lui offre visiblement des conseils utiles (« en parlant avec Brodette, je me suis rendu compte que je t’avais déjà pardonné »). En réalité, les deux sont devenues des amies et on n’est plus dans une relation maîtresse / servante. D’ailleurs, en prenant de l’âge, Brodette perd en vitalité. Beaucoup de dame se seraient détournés de leur servante, ce n’est pas le cas de Patience (« l’âge venant, les rôles s‘étaient inversés, et Patience s’était occupée avec dévouement de sa domestique malade jusqu’à la fin »).


D’autres que Fitz ou Patience ont pu connaître Brodette. C’est le cas de Molly qui a trouvé en elle une réelle aide en arrivant au château (« dame Patience est gentille et Brodette est devenue une véritable amie »). Umbre, lui, garde un oeil professionnel : il perçoit Brodette comme un atout. Il l’observe et c’est un compliment de sa part. C’est lui qui a donc averti Fitz de voir en Brodette plus qu’une simple servante (« c’est quelqu’un de plus profond que tu ne l’imagines (…) je crois qu’en secret elle te considère comme une tête de linotte »).


Patience et Brodette ont donc participé à l’éducation de Fitz. Patience se voyait clairement comme la réelle mère du bâtard. Est-ce le cas de Brodette ? Devoir nous fournit une réponse après que Fitz ait frôlé la mort après l’affrontement contre Laudevin. Le jeune prince raconte ses souvenirs d’enfance à son cousin. Il lui apprend que les deux femmes tenaient énormément à Fitz et qu’elles n’ont jamais pu digérer sa mort (« on aurait cru qu’elles ne pouvaient s’empêcher de m’entretenir de vous, même si Patience finissait souvent en larmes »). En effet, pour Brodette, Fitz est mort dans les cellules de Castelcerf. Il a été battu, torturé à mort. Elle a vu son corps : « nul souffle de ses poumons n’embuait le miroir, nul battement n’agitait son coeur. Il était mort ». Les deux ont pris soin de son corps, ont soigné ses blessures alors que Fitz n’était qu’un cadavre. Elles lui ont rendu un dernier hommage et elles lui ont ainsi permis de pouvoir revenir à la vie. 


Fitz étant Fitz, il ne les a pas averties qu’il était bel et bien vivant. Le choc a donc été total quand elles sont tombées, par hasard, sur lui. Brodette a été saisie, choquée. Elle murmure à Patience que « c’est lui ou son fantôme. Il ressemble trait pour trait à son père au même âge ». Brodette avait entendu des rumeurs, elle n’osait pas y croire (« rappelez-vous ce ménestrel vifier qui nous a chanté cette ballade sur les dragons et le Bâtard au Vif qui avait ressuscité pour servir son roi »). Dès lors, comme à son habitude, Brodette est directe avec Fitz. Elle lui parle franchement et lui reproche, à juste titre, son silence. Elle le met au pied du mur en le pressant : « et voici que nous te retrouvons vivant ; mieux vaudrait que tu aies une explication convaincante à nous fournir, mon petit ».


Les années passant, Brodette vieillit. Brodette perd en vitalité et devient malade. Patience prend alors une décision forte qui montre toute l’estime qu’elle a ; elle « avait embauché deux femmes pour l’aider à s’occuper de sa vieille servante ». Malheureusement, Brodette meurt : « nous allâmes rendre visite à Patience (…) et disposer une fleur sur la tombe de Brodette ». 

Brodette a donc disparu et son souvenir perdure. C’est la preuve qu’elle a marqué des gens quand on lit Braise dire que « j’ai entendu parler de Brodette ». Or, Braise n’a jamais fréquenté Brodette, c’est donc qu’on lui a raconté de bonnes choses. Patience, elle, n’a pas oublié sa vieille amie. Dans le Fou et l’assassin, quand il faut chercher un nom au bébé de Molly et Fitz, elle propose Brodette (« cherchons un nom solide mais jolie. Brodette ? Ça te plait ? Brodette »). Encore une preuve que Patience a énormément compté sur Brodette, qu’elle l’a beaucoup appréciée.

dimanche 28 mai 2023

Quelques réactions suite à la mort de Fitz

Fitz est mort. Il a été battu, torturé à mort pas les sbires de Royal. Ce dernier voyait en lui un obstacle à son ascension au trône. Royal a fait croire que Fitz a tué Subtil et en a profité pour justifier sa mise à mort. Il aurait bien voulu prouver officiellement qu'il avait le Vif, l’infâme magie des bêtes, la souillure du sang des Loinvoyant. Mais, Fitz l'a déçu : Fitz a décidé de cesser de vivre et son esprit a quitté l'enveloppe corporelle. Grâce à sa pratique du Vif, Fitz a rejoint, temporairement, le corps d'Oeil-de-Nuit. Mort, Fitz n'offre plus aucune importance aux yeux de Royal : « en mourant trop tôt, je l'avais frustré du spectacle de ma pendaison et de ma crémation ; privé de sa vengeance complète, Royal s'était simplement désintéressé de mon sort ».

Si Royal chasse Fitz de ses idées et se plonge dans ses plaisirs et la recherche de son frère Vérité, ce n'est pas le cas de tous. Certains ont aimé Fitz et pleurent sa disparition. Patience est une de ses personnes. Sa relation avec Fitz avait mal démarré mais elle a toujours montré un réel attachement pour le bâtard de son mari. Elle le considérait même comme son réel fils. Il n'est donc pas étonnant de la voir touchée par la mort de Fitz. Elle a perdu un enfant, la seule personne pour qui elle était prête à plonger dans les intrigues de la cour. Elle rend donc hommage à Fitz en l'enterrant et en lui rendant une certaine dignité (« pour des raisons connues d'elle seule, la maladroite, l’excentrique dame Patience nettoya mes blessures et les banda aussi soigneusement que si j'eusse été vivant (…) elle me pleura quand tous les autres, par peur ou par dégoût de mon crime m'avaient abandonné »). Patience a eu le courage d'affirmer sa position publiquement. Elle n'avait pas peur des conséquences de ses actes, d'être ostracisée ou montrée du doigt. Dame Grâce a agi de la même façon.

Pour d'autres, parce qu'ils n'ont pas autant de pouvoir ou d'influence, il faut agir prudemment. C'est le cas de Molly. La jeune femme ne peut pas permettre qu'on se rende compte qu'elle pleure Fitz car elle ferait une proie trop facile. On comprend qu'elle s'est rendue discrètement sur la tombe de Fitz quand Burrich dit que « quelqu'un avait fait brûler une bougie sur ta tombe, on avait dégagé la neige, et il restait le moignon de cire quand je suis venu te déterrer ».

Le peuple des Six-Duchés est plus circonspect. Ceux qui l'ont côtoyé de près ou de loin semblent attachés à son souvenir. Quelques uns pensent qu'il a réellement tué le vieux roi Subtil alors que beaucoup plus craignent qu'il ait réellement eu le Vif. Pire, cela lui aurait permis de revenir à la vie afin de traquer le nouveau roi (Royal). Burrich prévient Fitz : il ne doit rien attendre de la population. Peu importe en réalité ce qu'ils pensent de lui, le voir vivant prouverait qu'il a usé d'une terrible et odieuse magie. Il signerait une nouvelle fois sa mise à mort : « on te pendrait au-dessus de l'eau et on brûlera ton cadavre, ou bien on le démembrera ; en tout cas, les gens veilleront à ce que tu sois mort pour de bon et que tu le restes, cette fois ».

Pognes est un bon exemple de cette peur. Quand Fitz le croise à Gué-de-Négoce, son ancien ami est choqué et craintif (« je m'attendais, je crois, à ce qu'il éclate de rire et me fasse signe de passer ; mais il continua de me dévisager, en blêmissant de plus en plus, au point que je pensais le voir défaillir »). Cette réaction est révélatrice du sentiment de peur puisque Pognes et Fitz ont été très proches. Ils ont partagé ensemble des moments compliqués (le deuil de Renarde, l'empoisonnement de Fitz dans les Montagnes) et, malgré tout, Pognes rejette Fitz. Il ne peut accepter sa survie. Fitz vit cela comme une énorme déception. Il est atteint car tous leurs liens sont effacés : « toutes nos années d'amitié, la longue routine du travail accompli ensemble à l'écurie, qu'il pleuve ou qu'il vente, tout cela balayé par un instant de terreur superstitieuse ». Fitz perd une partie de lui-même.

Loin, Molly est dans la peine. Elle n'a toujours pas accepté la mort de Fitz, d'autant plus qu'elle est enceinte. Leur séparation a été un moment pénible pour les deux. Il semblerait qu'elle ait voulu placer Fitz devant ses responsabilités ; elle espérait sans doute qu'il fasse le bon choix et place Molly avant ses devoirs royaux. Cela ne s'est pas déroulé comme ça, et Molly ne peut que pleurer : « Fitz, Fitz ! Pourquoi es-tu mort ? Pourquoi m'as tu abandonné ? Ce n'est pas ainsi que ça devait se passer ! Tu devais te mettre à ma recherche, tu devais me retrouver pour que je puisse te pardonner ».

Ce n'est pas vers Molly que Fitz s'est tourné mais vers Vérité. Il désire retrouver celui qu'il considère comme son roi et l'aider dans sa recherche des Anciens. Il fait escale à Jhaampe, gravement blessé. Là, il retrouve le Fou. Son ami ne le reconnaît pas. Cela est une preuve que les différentes épreuves traversées par Fitz (sa mort, le voyage) l'ont bien changé. Le Fou s'interroge et s'en veut presque : « ce qu'on m'a fait, Fitz ? Grands dieux, et toi, que t'a-ton fait pour te marquer ainsi ? Que m'est-il arrivé pour que je ne te reconnaisse même pas alors que je te portais dans mes bras ? » Apprendre la mort de Fitz a plongé le Fou dans une grande torpeur, une grande résignation. Il a cessé d'être le Prophète blanc de son époque pour devenir un simple fabricant de jouets.

Umbre, lui, a su que Fitz avait survécu aux traitements de Royal mais le pensait mort puisque Burrich avait trouvé un cadavre dans la cabane où ils vivaient. Cela a grandement marqué le vieil espion : « quand Burrich m'a annoncé qu'ils avaient trouvé ton cadavre, j'ai cru que mon cœur allait se briser. Nos derniers mots avant notre séparation... »

Des années plus tard, Fitz a cédé la place à Tom Blaireau. Il vit sous une nouvelle identité au château de Castelcerf. FitzChevalerie Loinvoyant semble être un homme enterré, une figure du passé. Pourtant, il n'a pas été oublié et quelques uns le pleurent encore. Brodette et Patience le croisent par hasard et leurs réactions montrent qu'elles ne l'ont pas oublié. Brodette remarque que « c'est lui ou son fantôme. Il ressemble trait pour trait à son père au même âge ». Patience, elle, lui fait des reproches (« Seize ans. Tu peux me rendre seize années de ma vie ! (…) Seize ans, et pas une visite, pas un mot. Tom, Tom, mais qu'avais-tu donc dans la tête ? »). On voit là tout l'attachement de Patience pour Fitz. Derrière cette réaction outrée, on perçoit un amour sincère.

Des années plus tard, grâce à l'intervention d'Elliania et de Kettricken, Fitz est réhabilité. Il peut sortir de l'anonymat et révéler à tous qu'il est toujours vivant. Astérie participe à lui construire une vie de légende en disant qu'il était avec les Anciens. La foule est emballée par l'histoire et applaudit son retour. Les réactions à la survie de Fitz semblent unanimement positives. Quelques unes méritent d'être soulignées. Célérité montre que Fitz a toujours conservé une place particulière dans son cœur en disant que « je n'ai jamais douté du vous, vous n'auriez pas dû douter de moi ». Le petit-fils du soldat Lame est en colère. Il reproche à Fitz d'avoir caché le fait qu'il ait été vivant à un homme qui fut son compagnon d'armes et qui a dû vivre avec l'idée de l'avoir mené à la mort. En effet, c'est Lame qui a capturé Fitz le soir où il a été accusé d'avoir tué Subtil. Les mots sont durs : « Mon grand-père est mort convaincu de vous avoir envoyé à la mort ; jusqu'à la fin de ses jours, Lame a cru vous avoir trahi. A lui au moins, vous auriez pu faire confiance ».

La confiance... Fitz a eu bien du mal à l'offrir.

jeudi 16 mars 2023

Patience, une mère sans enfant ?

La saga de l'assassin royal s'ouvre sur l'abandon de Fitz. Son père, le prince Chevalerie, le rejette alors que son grand-père maternel décide de priver Fitz de sa mère, sans doute une femme des Montagnes. Fitz est donc un bâtard, un enfant de sang royal. Chevalerie est l'épouse de Patience ; Fitz a été conçu avant le mariage des deux. Mais, très vite, on comprend que l'arrivée de Fitz va bousculer les choses, notamment l'équilibre au sein du couple. Car, Patience ne parvient pas à mener ses grossesses à terme et cela la ronge de ne pas pouvoir donner un héritier à son époux. La rumeur publique laisse entendre que cela la travaille énormément, que cela a un impact sur sa santé mentale. Un soldat affirme même que « il porte si clairement sur son visage l'empreinte de Chevalerie que son orgueil ne s'en serait jamais relevé ». Il apparaît donc clair, à ce moment du récit, qu'il faut que Fitz et Patience ne se voient pas. Patience et Chevalerie se retirent. Les motifs de l'abdication de Chevalerie peuvent paraître flous : est-ce si grave d'avoir eu un enfant hors mariage ? On peut penser qu'il a fait ça pour protéger sa femme qu'il aime tant. Chevalerie sait très bien que Patience se sent coupable de ne pas pouvoir enfanter et que ce serait une preuve de plus de son incapacité (« Patience prit mon apparition comme le reproche suprême et sa santé, déjà vacillante à force de fausses couches, s'effondra en même temps que son âme »).

Des années plus tard, après la mort de Chevalerie, Patience affronte ses démons et ose revenir à Castelcerf. La rencontre avec son fils (car elle prétend que Fitz est son fils) est inévitable. Elle se passe bon gré mal gré, les deux tentant de trouver leurs marques. Ils sont mal à l'aise à cause de tous les non-dits qui les séparent, toutes les ombres qui pèsent sur leurs relations. Patience fait ce qu'elle peut pour apprivoiser Fitz, et ce n'est pas facile tant le jeune homme est déjà marqué par une forte propension à la solitude et à la méfiance. Parfois, Patience ne peut se contenir et explose : « Tu aurais dû être de moi ! Ce n'est pas juste ! Tu aurais dû être de moi ! »

Patience souffre donc. La question est alors de savoir pourquoi elle est revenue dans ce château royal qui ne lui apporte que souffrances et où elle n'a jamais été véritablement à sa place. La réponse est simple, elle l'a fait pour Fitz : « je m'étais toujours demandé ce qui avait poussé Patience à revenir à Castelcerf (…) Je le savais à présent. Elle était venue à cause de moi, pour moi. Pour veiller sur moi ». Cette intention touche Fitz et modifie son comportement vis-à-vis d'elle. Les deux trouvent un équilibre, certes fragile. Fitz finit par comprendre qu'il y a autre chose derrière la femme délurée, à l'apparence fragile. Il se rend compte que Patience est une femme capable et passionnée, qui sait prendre les choses en main.

Fitz se fait torturer à mort par Royal. Il est politiquement mal vu de soutenir Fitz, de parler en bien du bâtard au Vif. Pourtant, deux femmes issues de la haute société tiennent tête à Royal : Dame Grâce et Patience. Sans leur intervention, Fitz n'aurait pas pu revenir à la vie, la magie n'aurait été d'aucune utilité. On lit que « Patience avait supplié qu'on ne brûlât pas mon corps et qu'on l'enterrât intact ». Ce geste touchera Fitz lorsqu'il l'apprendra (« en compagnie de Brodette, sa chambrière, elle me pleura quand tous les autres, par peur ou par dégoût de mon crime m'avaient abandonné »).

Durant de longues années, Fitz et Patience ne se verront plus. Les deux joueront un rôle décisif dans la guerre contre les Pirates Rouges : Patience permettra à Castelcerf de résister alors que Fitz aidera Vérité à réveiller les dragons d'Art et de pierre.

Quand le Fou et Fitz se retrouveront, les deux amis analyseront le passé de Fitz, ce qu'il a fait et ce qu'il n'a pas fait depuis la fin de la guerre. Le cas de Patience est abordé et Fitz se rend compte à quel point il aime cette femme. Son ton et ses propos trahissent son état : « rien que l'avouer me nouait la gorge. Ce n'était pas seulement qu'elle me manquait : j'avais l'impression de l'avoir abandonnée. Ce soir, c'était une femme déclinante que j'avais vue, sans plus personne au monde hormis ses domestiques, fiables mais vieillissants ». Patience a tout quitté, a presque tout sacrifié pour venir aider Fitz ; Fitz, lui, n'en est pas capable. Il ne peut pas rendre à Patience tout ce qu'elle lui a apporté. Il est prisonnier de ses secrets, de ses serments et du rôle à jouer.

Devoir ajoutera au sentiment de culpabilité de Fitz. Le jeune homme a un regard neuf sur les Loinvoyant (il critiquera même la culture du secret et de la dissimulation d'Umbre). Il questionne Fitz assez durement malgré l'état pathétique de l'assassin royal qui vient de frôler la mort après une terrible bagarre à Castelcerf. Devoir est plus que perplexe (« elle vous croit mort et il ne se passe pas un jour sans qu'elle pleure votre disparition. Comment pouvez-vous la laisser dans cet état ? Votre propre mère »). Les choses sont claires : Patience a toujours considéré Fitz comme son fils, Patience vit dans le deuil de sa mort des décennies avant, elle n'a jamais réussi à passer cette phase.

D'ailleurs, quand elle finit par revoir Fitz, sa réaction est équivoque : « mon Chevalerie n'a jamais eu un nez pareil : en revanche, ses yeux, en effet.... ils me rappellent... Oh ! Oh, mon fils, mon fils ! Non, ça ne se peut pas. Ça ne se peut pas ! » Patience ne croit donc pas que c'est réellement Fitz qui est devant elle. Pour elle, c'est impossible. Il n'est pas étonnant de la voir bafouiller et ensuite devoir s'allonger tant la découverte la secoue.

Dans le roman le Fou et l'assassin, un témoignage de Molly nous montre à quel point Patience tenait à tomber enceinte et avoir un bébé. On comprend aussi mieux pourquoi elle s'est tant attachée à Fitz, un fils d'une autre mère. Molly affirme que « quand Patience était encore vivant, elle m'avait montré ce berceau dans le grenier ; elle l'avait fait faire à l'époque où elle vivait ici avec Chevalerie et où elle rêvait encore de parvenir à concevoir ». Encore une fois, le fait de ne pas pouvoir donner de fils ou de fils à son époux a rongé Patience.

dimanche 20 novembre 2022

Grossesses et peines

La saga de l'assassin royal nous fait suivre Fitz, un enfant né hors mariage et qui remet en cause bon nombre de choses à la cour royale. Il est le symbole que le prince Chevalerie a eu, au moins, un fils avant son mariage et que si il ne parvient pas en avoir avec sa femme Patience, ce n'est pas de sa faute. La question d'un enfant (un fils ou une fille) est importante pour la royauté : elle permet de fixer la lignée dans le temps. Ce n'est pas une question privée ou personnelle, c'est un débat public. Quand Vérité épouse Kettricken, tout le peuple attend que la montagnarde tombe enceinte et rapidement. Elle est là pour ça. Plus le temps passe et plus sa non-grossesse inquiète : « certains, je le savais, se demandaient si Kettricken n'était pas stérile pour n'avoir pas encore conçu au bout d'un an de mariage, mais l'absence d'enfant de la reine-servante était une question d'ordre public ».

Kettricken finit par tomber enceinte. Sa grossesse devient une pièce, un pion dans la terrible lutte qui oppose Royal à Vérité. Royal voit en Kettricken enceinte un obstacle et il la traque. Il sait que l'enfant de Kettricken et Vérité peut devenir un point ralliement et une opposition à son règne. Kettricken est donc pourchassé alors qu'elle fuit Castelcerf. Elle vit dans des conditions pénibles, dangereuses physiquement et émotionnellement. La conséquence est terrible pour Kettricken : elle met au monde un enfant (appelé Oblat) mort-né. Cela a un un effet terrible sur Kettricken qui est convaincue d'avoir failli à son devoir et à son époux. Elle pense que si son fils est mort, c'est de sa faute. Elle ne parvient pas à dépasser sa culpabilité et elle est au fond du trou lorsqu'elle l'annonce à Vérité (« mon seigneur... fit-elle, puis sa voix se brisa. Vérité, j'ai perdu notre enfant. Notre fils est mort »). Kettricken a dû puiser profondément en elle pour accumuler assez de courage pour annoncer la nouvelle. Malheureusement pour elle, Vérité se montre insensible à la nouvelle (son dragon de pierre et d'Art épuise tous ses sentiments). L'attitude de Vérité ébranle Kettricken. Elle a l'impression que Vérité se moque que leur fils soit mort, se moque de ce qu'éprouve Kettricken. Fitz est témoin de la scène et se rend compte à quel point Kettricken se sent en échec (« je pris seulement alors la mesure du fardeau qu'elle portait tandis qu'elle cherchait son époux »). On note également que Fitz avait relégué la mort d'Oblat au second plan, que pour lui ce n'était pas si grave que ça....

Ne pas pouvoir faire un enfant a grandement marqué Patience. Elle aurait tant aimé pouvoir donné à Chevalerie un héritier. Elle n'a pas pu et depuis elle porte un poids. Elle vit tant bien que mal avec ça jusqu'à son retour à Castelcerf. Là, elle côtoie Fitz, le bâtard de son mari et a bien du mal à se contenir. Sa détresse la dépasse : « Tu aurais dû être de moi ! Ce n'est pas juste ! Tu aurais dû être de moi ! » Cela la hante. Patience ne parvient pas à passer outre son apparente incapacité à mener une grossesse à terme. C'est d'autant plus intéressant de le noter que dans les autres domaines Patience est une femme forte et volontaire. Elle n'est pas du genre, habituellement, à subir les événements ou baisser les bras. On en a une preuve manifeste quand elle apprend que Kettricken a fait une fausse couche (un stratagème pour échapper aux griffes de Royal). Elle est tétanisée ; on lit que « j'étais trop lâche pour aller me rendre compte moi-même de son état, si tu veux savoir la vérité ; je connais trop bien la douleur que cause la perte d'un enfant avant qu'on ait pu le tenir dans ses bras ».

Ne pas pouvoir tomber enceinte peut être un traumatisme. Astérie, une ménestrelle, menait une vie assez simple, allant et venant, chantant pour gagner sa vie. Elle couchait avec qui elle voulait. La guerre contre les Pirates Rouges a tout changé pour elle. Après avoir été violée, elle est tombée enceinte. Elle ne voulait pas garder et a donc avorté. Mais, cela a eu un impact sur son corps (« je me suis rendue chez une autre guérisseuse qui m'a remis une autre potion ; celle-ci m'a fait saigner. L'enfant a été éliminé ainsi, mais je n'ai pas cessé de saigner (…) Elles m'ont dit que les saignements s'arrêteraient d'eux-mêmes avec le temps ; mais la première m'a prévenue que je ne pourrais sans doute plus jamais concevoir »). Se croire stérile marquera fortement Astérie et aura un fort impact sur ses futures relations amoureux. Elle se convaincre de ne pas pouvoir offrir pleinement à un homme ce qu'il désire (un enfant).

Fitz et Molly ont des relations sexuelles. Molly peut tomber enceinte et elle le sait. Fitz ne semble pas en avoir conscience. Sa naïveté est manifeste et se révèle au grand jour quand Patience le met en garde : « c'est de la pointillé, une plante très amère. On dit qu'elle empêche les femmes de concevoir, mais ce n'est pas vrai ; du moins, pas de façon fiable. Mais si une femme en consomme trop longtemps, elle risque d'en tomber malade ». Fitz comprend alors la terrible réalité : Molly peut tomber enceinte et cela aurait d'énormes répercussions pour la famille royale et la propre sécurité de la chandelière ; Molly peut tomber malade à force de consommer ces plantes. Fitz réalise que Molly fait face à des choses dont il n'avait pas idée.

dimanche 9 août 2020

L'histoire de Chevalerie

Chevalerie est le grand absent de la première série de livres de l’Assassin Royal. Le prince joue un rôle important dans les événements : car sans lui et sans sa compagne (une Montagnarde), Fitz n’aurait jamais vu le jour. Bien avant d’épouser Patience, Chevalerie a donc eu un fils qui deviendra un bâtard quand il sera reconnu par le pouvoir royal. Fils de Constance et de Désir, Chevalerie restera connu pour être l’Abdicateur.

Sa non-présence aura grandement influencé les choix de Fitz qui recherchera tout le long des romans une présence paternelle (Umbre, Burrich, Vérité) ; il apparaît également que sa renonciation affaiblit le trône qui vit une époque trouble (les Pirates Rouges).

Au début de l’aventure, Chevalerie est donc le Roi-servant, c’est-à-dire qu’il est celui qui héritera du trône de Subtil. Il est marié à Patience et comme bien souvent avec les lignées monarchiques, il faut un descendant à la Couronne. Subtil a eu trois enfants (en plus de sa fille mort-née), Chevalerie et Patience tentent également de faire des bébés. Mais sans succès. Et en plus d’être une grande peine pour Patience, c’est un sujet récurrent dans le Royaume, des couches les plus basses aux plus élevées. Même le grand-père maternel de Fitz, qui selon toutes les évidences vient des Montages, a son avis sur la question. Quand il remet Fitz aux soldats de Vérité, il balance hargneusement que “Le Prince Chevalerie (...) il n’a qu’à s’occuper de lui, bien content d’avoir réussi à faire un même quelque part”. Comme d’autres, Jason, un soldat fait porter la faute sur Patience et l’apparition de Fitz semble lui donner raison. Cela montre que Chevalerie n’est pas stérile (“c’est pas la faute du prince de la Couronne si sa dame Patience porte pas sa semence à terme”).

Chevalerie abdique et se rend à Flétribois vivre ses derniers jours. C’est là qu’il meurt, officiellement dans un accident de cheval. De son côté, Fitz suspecte la main de la Reine Désir. Avec sa mort, les derniers espoirs de Fitz de voir son père s’en vont. Ils étaient déjà très faibles comme le lui avait dit Umbre. On ne peut pas abdiquer et ensuite revenir à Castelcerf, même pour une visite familiale, cela créerait trop de remous. Umbre est clair : “même si le peuple tout entier le voulait, je doute qu’il aille à l’encontre du destin qu’il s’est forgé ou des désirs du roi”.
Son décès rappelle à tous l’existence de Chevalerie et de son bâtard, elle jette sur eux une lumière dont Fitz se serait bien passé, tout comme ceux qui sont réellement attristés par son décès. Burrich, son plus fidèle ami, parvient à passer au-delà des critiques même si “ceux qui pleuraient sincèrement Chevalerie étaient regardés comme faisant preuve de mauvais goût.”
Plus tard, on apprendra que Chevalerie continuait d’échanger via l’Art avec son père et son frère, avec Subtil et Vérité. Subtil a donc pu être témoin de sa fin. Elle est brutale, elle le marque profondément et il n’a même pas le temps de lui faire des adieux : “Chevalerie a disparu comme ça, comme un murmure qui s’éteint. Père a-t-il dit, il me semble. Père”.

Subtil tenait énormément à son fils aîné. C’est peut-être pour ça qu’il n’a pas fait mettre Fitz à mort quand le gamin a été ramené à Vérité. La chose aurait pu se régler discrètement comme le voulait Royal (“C’est toujours Chevalerie qu’il préfère malgré tout. Malgré son mariage ridicule et son excentrique de femme, malgré ce gâchis avec ce gosse”). On notera d’ailleurs que Royal n’aime pas beaucoup son demi-frère, ce mépris est la conséquence de l’éducation de sa mère, elle n’a fait que lui répéter qu’il avait un meilleur sang que les deux autres,  que le trône lui revenait. Ce n’est pas donc étonnant d’entendre des mots piquants et blessants sortir de sa bouche quand il parle de Chevalerie. A ce moment-là du récit, Fitz est le seul Loinvoyant de naissance encore présent au Château et en bonne santé (Subtil est malade, Vérité est lancé dans sa quête des Anciens, Umbre est invisible). Quand Fitz ose se mêler des affaires, la répartie de Royal est cinglante, il lui rappelle qu’il est “le misérable bâtard d’un petit prince qui n’a même pas eu le courage de devenir roi-servant”.
C’est aussi cette jalousie envers Chevalerie et Vérité qui pousse Royal  à comploter et à vouloir tuer tous ceux qui se dressent sur sa route. On en a la confirmation lors de son délire final causé par la fumée dans la Reine Solitaire : “toujours à se croire supérieurs à lui alors qu’il était de plus haute lignée qu’eux et qu’il aurait dû hériter du trône en toute légitimité”.

Chevalerie a beau être absent, la personne qu’il était est bien restée dans les mémoires. Certes, pour certains, il a fauté. Mais, un trait de caractère revient dans toutes les bouches, parfois en bien. Mais aussi de façon négative. C’est par exemple la tisseuse royale qui nous dit que Chevalerie “était si rigoureusement aristocratique qu’en sa présence chacun se sentait mesquin et débraillé”. C’est ce soldat à Oeil-de-Lune qui se rappelle avoir connu le prince et en garde visiblement un mauvais souvenir et beaucoup de rancunes (“connaître le prince, ça ne voulait pas dire l’aimer (...) les règles et les cadres, c’était bon pour nous, pendant qu’il allait faire des bâtards à droite et à gauche”).

On ne peut pas parler de Chevalerie sans évoquer Burrich et Patience. Patience est devenue sa femme. Or il ne sait pas que Patience a aimé Burrich avant. Burrich a pris sur lui et est devenu ami et maître des chevaux et des animaux. Voilà un triangle amoureux presque aussi dérangeant que celui entre Fitz, Molly et Burrich (encore lui…).

Burrich : Je savais qu’elle avait cessé de m’aimer il y a des années, quand elle a donné son coeur à Chevalerie. Ça, je pouvais l’accepter : c’était un homme digne d’elle.

En ce qui concerne le mariage entre Chevalerie et Patience, c’est Umbre qui en parle le mieux. 
Ce qu’on comprend est que Chevalerie a tenu bon face à Subtil et qu’il a insisté pour épouser Patience. Les propos d’Umbre confirment cette hypothèse : “quand il l’a prise pour épouse, il a fermé la porte sur une bonne dizaine d’alliances qu’une autre femme aurait pu lui valoir. Il n’avait pas la moindre raison valable de se marier à ce moment-là.”
Il est suggéré à plusieurs reprises que l’union n’a pas du tout arrangé le trône et qu’elle a longtemps été combattue. Les Loinvoyant sont toujours dans le calcul (en tout cas Subtil et Umbre), ils voient avant tout les choses en fonction de l’influence politique et des intérêts de la Couronne, pas en fonction de vagues concepts comme l’attirance et l’amour. Subtil fera un parallèle intéressant en refusant à Fitz de courtiser Molly. Même drogué et affaibli, il a la force de lui rappeler que “tu parles comme Vérité. Ou comme ton père. Je crois qu’ils ont tété leur obstination avec le lait de leur mère”. 

Patience n’a pas eu une vie d’épouse simple. Rejetée dans le Château, elle a vu son mari aller et revenir de missions. Et il ne pouvait ou il ne voulait pas lui dire ce qu’il faisait, sans doute pour ne pas l’inquiéter et également à cause du secret royal. Elle a été humiliée en voyant le bâtard apparaître et a dû se réfugier à l’intérieur des terres. Une de ses remarques nous la montre pleine de regrets et vivant avec une culpabilité énorme sur les épaules. Au détour d’une confidence, elle dit à Fitz que “je n’aurais jamais dû le laisser abdiquer. Il serait sûrement encore en vie à l’heure qu’il est.”

Burrich a énormément d’admiration pour Chevalerie, il faut préciser qu’il lui a permis d’échapper d’une vie qui semblait misérable et vouée à se terminer rapidement. Quand d’autres pointent du doigt son attitude rigide, lui préfère se dire que c’est ça qui le différenciait des autres et faisait de lui le meilleur homme qu’il ait connu. On peut aussi penser que c’est pour ça qu’il a été enclin à sacrifier des années de sa vie pour élever un fils qui n’était pas le sien. Il en parle donc en terme élogieux : “tu as entendu dire que Chevalerie était froid, guindé et poli à l’excès ; et bien c’est faux. Il se comportait comme il pensait que devait se comporter un homme ; mieux : comme il pensait qu’un homme devait avoir envie de se comporter.” Pour autant, Burrich est capable de reconnaître les erreurs de Chevalerie. Il ne rejette pas la faute de l’abdication de son maître sur Fitz, non il est clair (“Chevalerie s’est attiré tout seul sa disgrâce, même si ça m’arrache le coeur de le reconnaître”).

A l’admiration de Burrich peut être comparée la fidélité de Galen. Il est le Maître d’Art de la Couronne, le demi-frère caché de Royal. Il vénère Chevalerie mais ce n’est pas un respect gagné par le temps ou par des actions. Non. C’est un sentiment artificiel imposé par un jeune Chevalerie et il sera incapable d’effacer ça. Cela aura des conséquences bien plus tard quand Galen formera le fils de Chevalerie et le détestera de toutes ses forces. Il le poussera même à tenter de se suicider. Galen parle crument à Fitz. On sent dans ses propos du dépit, il ne comprend pas “qu’un homme comme ton père ait pu déchoir au point de coucher avec une créature et te donner naissance”.
Ces propos trouveront leur écho avec ceux de Virilia quelques années plus tard. Cette dernière est une jeune femme ambitieuse qui tient des propos séditieux en Béarns. Subtil envoie donc Fitz pour qu’il s’occupe d’elle. Virilia est plus réputée pour ses talents de combattante que verbaux, elle arrive quand même à employer des mots qui trahissent l’étendue de son dédain (“certains verraient un signe de la dégénérescence de la lignée des Loinvoyant  dans le fait que votre père s’est glissé impur dans le lit nuptial”).

Chevalerie a des qualités. Dans les livres, elles  sont surtout exploitées pour aborder les failles de Vérité. 
Subtil dit par exemple à Vérité qu’il n’a pas “le charme de Royal ni la prestance qui permettait à Chevalerie de convaincre tout le monde qu’il était capable”. 
Umbre en est presque à regretter que ce ne soit pas Chevalerie qui ait épousé Kettricken (“ah, si ton père était toujours en vie, mon garçon, et s’ils étaient mariés, nous aurions des souverains capables de tenir le monde dans le creux de leurs mains”). En effet, Chevalerie a prouvé à maintes reprises ses talents de diplomates (il a notamment oeuvré au rapprochement avec les Montagnes) tandis que Kettricken se révèle une reine de grande qualité.
Même Ronce, un simple artiseur, se permet d’avoir un avis. Peut-être ne répète-t-il que des mots entendus dans la bouche de Royal… Toujours est-il qu’il ose dire à Fitz que “tu as le même point faible que ton père et le Prétendant ; tu es persuadé que l’existence d’un seul de ces paysans vaut la tienne”.
Tout cela ne semble pas déranger Vérité plus que ça. Il faut dire que les deux ont un lien très fort, une relation développée lors de leurs jeunes années à parcourir les terres des Six-Duchés (“les deux princes oeuvraient main dans la main à fixer les frontières, les traités et les accords commerciaux”). Vérité aurait rêvé être le second de Chevalerie, il était destiné à ça, il l’aurait appuyé dans son règne. Il avait foi en son frère : “ sais -tu comme il est facile de suivre les ordres d’un homme en qui on a confiance, Fitz ?” 
Chevalerie apparaît alors comme un homme fiable, qui tenait fortement à ses gens. D’ailleurs, Vérité aurait bien aimé qu’il soit encore vivant lors de la quête des Anciens. Le Loinvoyant s’est lancé dans une quête chimérique qui le pousse à la limite de ses forces, il est proche d’abandonner plusieurs fois. Fitz l’aidera. Et il aurait aimé plus, il aurait aimé Chevalerie (“j’ai cru que Chevalerie était revenu pour me débarrasser de ce fardeau”).

Enfin, il faut évoquer Fitz. Il n’a pas connu son père, il ne l’a jamais vu. Quand Caudron, après un échange d’Art, lui parle de sa mère, elle ne lui parle pas de son père. Fitz dit même à Burrich qu’il est son père.
Dans la Reine Solitaire, Fitz, le Fou et les autres participants de la quête de Vérité tombent sur des dragons de pierre. L’un d’entre est la Fille-au-Dragon, une sculpture magique inachevée. Fitz voit en elle un bon réceptacle de ses peines, il s’y vide donc : “prends ma douleur de n’avoir jamais connu mon père, prends les heures écoulées à regarder son portrait quand la grand-salle était vide.” Que de la déception.


mercredi 24 juillet 2019

Patience

 
Patience est introduite dans les premiers chapitres de l'Apprenti assassin. Comme Fitz, le lecteur ne sait pas exactement qui elle est ni d'où elle vient et son histoire, plus complexe que ce qu'on peut croire, sera développée au fur et à mesure des romans.

Épouse du prince Chevalerie, elle n'a pas la vie facile à la cour (elle est moquée pour ses pratiques, sa façon d'être et ses passions), d'autant plus qu'elle doit voir quasiment chaque jour le visage d'un homme qu'elle a aimé et qui l'a rejetée : Burrich. Ce triangle amoureux assez bizarre aura résisté au temps, sans doute parce que deux des protagonistes ont fermé leur cœur à double tour et mis leurs peines de côté.
Quand Fitz nait, Patience et Chevalerie quittent la capitale et se retirent dans la paisible campagne des Six-Duchés. Mais, Patience ne parvient pas à éviter la mort (ou l'assassinat) de son mari et décide de revenir à Castelcerf pour protéger Fitz : c'est une preuve indéniable de son grand cœur puisqu'elle avait toutes les raisons de détester le bâtard royal. C'est un personnage de premier plan qui revient dans les intrigues politiques. Grâce à elle, Fitz est formé à l'Art. Grâce à elle, Fitz s'intéresse à un tas de choses, des plantes à l'histoire. Grâce à elle, Fitz retrouve Molly à son retour des Montagnes.

Patience assume ses extravagances, ses convictions et son comportement. Elle n'a pas peur et se moque de ce qu'on dit d'elle. Elle a déjà assez bien souffert des silences de Chevalerie de retour de mission et des non-dits de la famille royale. On en a la preuve à la fin de la Nef du crépuscule lorsqu'une vague d'obscurité s'abat sur les Six-Duchés et que Royal prend le pouvoir à la faveur d'un coup d'État. Alors que beaucoup refusent de s'opposer au nouveau Roi, elle (et Dame Grâce) rappellent à tous l'importance de Fitz et son sans royal, Patience empêche sa mise à mort immédiate. Quand Fitz décide de cesser de vivre dans son corps, elle prend soin de la dépouille du bâtard de son mari.
Précisons que depuis son retour au château, elle a tout fait pour traiter et considérer Fitz comme si il était son fils. Elle a fait en sorte qu'il ait un bon enseignement et droit à ce que son rang permet. Contrairement à d'autres, elle ne le tient pas pour responsable de la mort de Chevalerie et de son renoncement aux autres. Elle sait aussi être ferme, elle interdit à Fitz et Molly de se fréquenter alors que les deux adolescents brûlent de passion. Elle sait se cacher derrière une apparence légère et lunatique pour déjouer les plans de ses ennemis et parfois de ses amis : les imprudents la considèrent à tort comme quantité négligeable alors qu'elle est une redoutable adversaire.

Les Pirates Rouges sèment la peur sur les mers et dans les terres. Aucune autorité ne semble en mesure de les arrêter, Royal est perdu dans ses drogues et ses peurs injustifiées vis-à-vis de Fitz et Vérité, les nobles et ducs doivent fuir à l'image de Félicité et Célérité qui résistent cachées dans des grottes.
Une figure de ralliement émerge alors : elle prend la place du responsable fantoche de Castelcerf et organise les troupes, le ravitaillement et les soins. Elle ne se contente pas de puiser dans les fonds du royaume, elle donne de son propre argent et plus encore de son énergie et d'elle-même. Elle est à la pointe du combat et il n'est donc pas étonnant de la retrouver quand Vérité-le-Dragon vient enfin sauver son peuple.

Patience aura donc survécu à la cour de la Reine Désir, aux machinations de Royal, aux bêtises de son époux et secrets des Loinvoyant, aux Pirates Rouges et à la maladresse de Fitz. Elle fait partie de ces personnages qui semblent faibles mais qui révèlent une force de caractère étonnante (comme Célérité, d'ailleurs celle-ci aurait très bien pu devenir une future Patience si elle s'était retrouvée au centre de l'intrigue, ce qu'on sait d'elle nous montre en tout cas qu'elle a continué d'évoluer sur un droit chemin en faisant d'elle quelqu'un de respectable).
Les moments forts de Patience sont sa première rencontre avec Fitz, ce qu'Umbre rapporte de sa conversation avec Subtil, un bon nombre de ses rencontres avec Fitz (notamment celle où on apprend qu'elle est revenue au château royal pour prendre soin de lui malgré les dangers) et tout ce qu'elle a entrepris pour aider les Six-Duchés durant la guerre des Pirates Rouges.

Patience aura essayé d'écarter Fitz de Molly ou inversement, sans doute parce qu'elle pense que cette relation ne peut apporter que de la souffrance aux deux. L'époque est troublée et tous les deux sont mal acceptés au château : un parce que c'est un bâtard et l'autre parce que c'est une servante. Le Roi ne tolèrerait jamais un tel mariage. Malheureusement pour elle, les deux jeunes gens n'en feront qu'à leur tête. Sans doute aussi se rappelle-t-elle ce qu'est de voir un amour brisé : après tout, Burrich ne lui a guère laissé le choix en décidant de stopper leur histoire.
Enfin, on ne peut pas parler Patience sans évoquer Brodette, sa fidèle amie, une autre femme bien plus talentueuse que ce que laissent croire les impressions. Elle est de bon conseil, quasiment l'égal de sa maîtresse et elle lui sert de protectrice (on en a un aperçu à quelques reprises).

samedi 2 septembre 2017

Burrich, le mentor


Dans le premier cycle des aventures de Fitz, il existe un homme qui brille par ses valeurs et son comportement. Droit, dur comme un roc, inflexible, courageux, il s'appelle Burrich.
Burrich est un personnage important dans cette saga, ne serait-ce que par la place qu'il occupe auprès des princes et des rois. En charge des écuries du Roi Subtil, il fut l'homme de main du Prince Chevalerie et devient celui qui doit élever le Fitz.

Nous apprendrons plus tard dans le récit que Burrich a eu une aventure avec Patience (la femme de Chevalerie). S'il a sacrifié son amour, il n' a pas pour autant abandonné de trouver une femme. Quand Fitz commence à faire ses bêtises (et il en fera beaucoup), il lui fait cette mise en garde : « si jamais je tombe sur la femme qu'il me faut, je tiendrai à ce qu'elle sache que je n'en regarderai jamais une autre. Et je voudrai avoir l'assurance que tous mes enfants sont de moi ». Bien entendu, la suite nous montrera qu'il a trouvé la femme (Molly) et qu'il considérera Ortie comme sa propre enfant.

L'éducation du bâtard royal n'aura pas été un long fleuve tranquille. Loin de là. Car Fitz n'en fait qu'à sa tête, n'écoute pas les conseils de ses différents mentors et se retrouve , parfois contre son gré, dans des situations invraisemblables.
Un jour, Patience décide de revenir au château royal pour prendre soin du fils de Chevalerie (Fitz donc). Naïf, l'apprenti assassin la rencontre plusieurs fois sans savoir qui elle est et quand vient le moment de rendre compte à Burrich, il se trouve ridicule et Burrich avec son franc-parler légendaire lui fait remarquer que « quand tu retranches des bouts à la vérité pour éviter d'avoir l'air ridicule, tu finis par passer pour un crétin. »
Pour autant, le maître des écuries veut faire de Fitz un homme, digne et fier, qui assume ses actes et décisions. Il est exigent, même dur avec lui et n'hésite pas à le malmener et à le secouer, même verbalement (« et son fils n'est pas un imbécile pleurnichard qui se traîne par terre en gémissant qu'il mérite de se faire rouer de coups »).
En ce qui concerne le Vif, bien que doué, il voit cela comme une tare sans nom et cela est dû à son histoire personnelle. Il est clair avec Fitz : il lui retire son amitié après l'échec de Fitz à l'épreuve de Galen, tolère à peine la présence d'Oeil-de-Nuit. Il affirme même qu'il serait prêt à tolérer tout sauf le Vif (« j'aimerais mieux te voir les mains tout le temps dans la culotte que t'entendre constamment faire ça en ma présence »).

Il a des idées et des valeurs très nettes, des conseils que Fitz aurait sans doute dû suivre. Il aura aussi été question de supporter les plaintes de Fitz, comme lors de ce passage où ce dernier est empoisonné et roué de coups par Royal et décide de se retirer du jeu politique. Il ne cesse de pleurer sur son infirmité, sur son inutilité quand Burrich lui rappelle qu'il est vivant et encore capable de certaines choses : « cesse de te définir par ce que tu ne peux pas faire. Vois plutôt ce que tu n'as pas perdu. »
Burrich est là, avec son épaule sure et forte ; c'est lui qui ramasse Fitz dans un fossé quand le bâtard s'enivre pour chasser le goût de la guerre de sa bouche (la bataille de l'île de l'Andouiller). Il lui dit que « ce n'est pas le travail qui fait qu'on est fier ou pas, c'est la façon de le faire ».

Burrich est un homme de sacrifices. Il a sacrifié son amour pour suivre Chevalerie, ses belles années pour élever Fitz, sa jambe pour sauver un prince. Et il continue comme lorsque Kettricken tombe enceinte et que le futur bébé se trouve déjà menacé par les manigances de Royal. Qui vient les protéger ? Burrich ! Il en profite d'ailleurs pour faire la leçon au Fitz (« un jour, je t'ai dit que le combat n'était fini que quand on l'avait gagné. Je ne baisserai pas les bras à cause de ça (…) j'ai déjà bien assez honte que mon prince ait continué son chemin sans moi »).

Fitz et Burrich ont une passion commune : l'alcool. Même si Fitz semble boire tout et n'importe quoi. Brodette, la servante de Patience, fait les gros yeux au Fou, au Fitz et à Burrich quand elle les trouve en train de boire alors qu'ils viennent de jouer un vilain tour au prince Royal. Et elle adresse des reproches au plus expérimenté des trois, à savoir le maître d'écuries. Et il lui répond tranquillement qu' « il y a des choses qui ne se résolvent pas. L'alcool les rend beaucoup plus supportables. »

Et puis vient la grande et grosse colère de Fitz. Burrich le ramène à la vie grâce à la magie du Vif, mais il faut du temps pour que le bâtard redevienne un homme. Il le lui apprend et quand les souvenirs reviennent, Fitz se demande quoi faire dorénavant. Burrich lui rappelle qu'il a des devoirs ; cependant Fitz en a assez. Il veut partir loin, à l'étranger en mettant à profit ses quelques talents de scribe et de garçon d'écurie. Amicalement, Burrich lui signale que cela risque de ne pas être suffisant (« mais gagner sa vie, ce n'est pas vivre »). Et Fitz s'énerve.