Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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jeudi 10 septembre 2020

Les dernières lignes des romans de la tawny man trilogy


Tome 7, Le prophète blanc : “Nous atteignîmes les premiers le bac de Travers-de-Fanal

Le tome se conclut sur une scène plutôt rapide, une simple course à cheval pour attraper à temps un bateau. Tom Blaireau, Sire Doré et Laurier sont en effet à la recherche du Prince Devoir, disparu depuis peu. 
Mais, ce livre ne se déroule pas tout le temps sur ce rythme, au contraire. Une bonne partie installe Fitz comme Blaireau et dans sa nouvelle vie. On le voit, on le suit dans son quotidien, dans sa petite maison. Il nourrit ses fils, s’occupe de Heur son fils adoptif, de ses encres. Oeil-de-Nuit est là. On le voit recevoir des visites de temps : ce sont Astérie, Jinna, Umbre ou le Fou. C’est un héros éloigné volontairement des changements qu’il a créés. Il a une vie paisible, monotone, presque ennuyeuse comme certains le sous-entendent (Umbre) ou le disent clairement (Astérie).
Le “nous” fait référence à Fitz et une jument appelée Manoire. Il n’est pas lié avec elle par le Vif et de toute façon elle ne le voudrait pas. Mais, c’est la deuxième foi que Fitz monte sur un cheval de qualité dans ce tome (avant, il a chevauché Malta) et il est à chaque fois pleinement vivant, c’est un autre Fitz. On retrouve là la relation particulière qu’il a avec les animaux.

Tome 8, La secte maudite : “Le passé est tout près ; il commence à la dernière respiration qu’on a prise

Fitz a des occupations. Il n’a jamais tué par plaisir, il a certes chassé mais c’était plus dans un esprit de communion avec Oeil-de-Nuit. Fitz aime écrire, c’est une pratique peu courante et peu répandue dans les Six-Duchés où d’ailleurs très peu de gens maîtrisent la lecture. Il a noirci un tas de rouleaux de parchemins, relatant son histoire, l’histoire des Six-Duchés et d’autres choses encore. Tout cela, c’est son passé qui est porté. Il en a besoin afin d’extérioriser ses peines et ses douleurs. Certes, il a eu des amis, il a eu Oeil-de-Nuit, le Fou, Umbre, Molly mais ils ne sont pas toujours là. Sans compter que Fitz est un homme de secrets et qu’il ne peut pas ou ne veut pas toujours tout leur dire. Il se cache des choses à lui-même ! Et Oeil-de-Nuit reste un loup, il n’a pas la même conception des choses que les humains.
Peut-il tourner la page du passé ? Il subit une nouvelle perte dans ce tome : Oeil-de-Nuit meurt. Il est plus isolé que jamais, d’autant plus qu’il doit jouer le rôle d’un serviteur. Fitz perd une partie de lui et plus que ça. Lui et son loup formaient une unité.

Tome 9, Les secrets de Castelcerf : “Je levai ma bouteille avec un sourire sans joie et bus au goulot

La réaction de Fitz est compréhensible, il sent les ennuis arriver. En effet, Devoir, sous le coup de l’impulsion et d’une humiliation publique, vient d’accepter le défi de la narcheska Elliania. Il s’agit d’une tâche presque impossible à réaliser, à savoir apporter la tête d’un légendaire Dragon Glasfeu. Ce n’est pas que les gens des Six-Duchés ne croient pas aux dragons, ils ont vu ceux de pierre survoler les terres et Castelcerf, puis chasser les Pirates Rouges. Fitz a juste conscience de l’immensité de la tâche qui l’attend.
Pour ne rien arranger, Devoir vient de se rendre compte que Fitz lui a imposé un ordre d’Art, il remet en cause la nature de leur amitié. Quelques temps avant, Fitz était parvenu à tirer Devoir des griffes des Pie (une secte du Vif), mais le jeune homme, intoxiqué par les belles paroles d’une marguette, se défend et résiste. Fitz, bien involontairement, lui ordonne de ne pas résister. Notons aussi que tout est amplifié par la magie, forte et incontrôlée, du lieu où ils sont : l’île des Autres.
Fitz boit sans entrain (et c’est assez surprenant tant on l’a vu saoul ou apprécié un bon alcool d’abricot). Mais, Fitz n’est plus le même depuis la mort d’Oeil-de-Nuit. Il erre comme une âme en peine.

Tome 10, Serments et deuils : “Avoir le courage de trouver une voie nouvelle, c’est peut-être oser risquer des erreurs nouvelles

C’est assez ironique de lire ça venant de la plume de Fitz, lui qui a de nombreuses fois prié pour que le destin le laisse tranquille et qui a voulu vivre à l’abri des événements.
Certes, des choix lui ont été bien trop souvent imposés. Il ne peut pas partir avec Molly, enceinte sans qu’il le sache, car il doit protéger Subtil, Kettricken. Il ne peut vivre une vie paisible quand tout le monde le croit mort car il se sent obligé de tuer Royal. Il ne peut pas rejoindre Molly et le bébé qui vient de naître car Vérité lui impose de le rejoindre. Sans compter toutes les fois où il s’est laissé porter par d’autres (le Fou, Umbre principalement). Et à chaque fois, dans tous les cas, il a eu son lot de douleurs, de peines et de trahisons. A chaque fois, pourtant, il a continué à vivre. Fitz a déjà pensé au suicide, il a voulu sauter du haut de la falaise après une séance d’Art plus que pénible avec Galen, il s’est empoisonné pensant trahir Vérité face aux traîtres du clan d’Art. Il s’est même tué dans les cachots royaux, ne survivant que grâce à une vieille pratique du Vif. Pourtant, quand il vit, il persiste à se jeter la tête la première dans les ennuis, peu importe ce qu’il laisse en chemin derrière lui. Il a vu tant d’hommes et de femmes échouer, commettre des erreurs, et cela ne 
l’empêche pas d’espérer de faire mieux qu’eux.

Tome 11, Le Dragon des glaces : “Le Fou m’attendait

Le Fou brille par son absence dans une bonne partie de ce tome. Il échappe au pénible voyage en bateau et à l’accueil des Outrîliens.
Il a annoncé à Fitz qu’il allait mourir à Aslevjal, que c’était son destin. Bien entendu, Fitz fait tout ce qu’il peut pour éviter et se dit que si le Fou ne peut pas se rendre dans les Îles d’Outre Mer, il ne peut y mourir. Il fait donc tout pour que le Fou ne trouve pas de navire.
Comment le Fou a pu arriver là, c’est la grande question. Mais, on ne peut qu’admirer sa détermination à affronter sa mort et son sens de la mise en scène.
C’est un grand choc pour Fitz et ses compagnons. Mais, être séparé et se retrouver est une constante pour les deux. Après tout, ils ont été séparés durant de longues semaines après la mort de Subtil, avant de se retrouver dans les Montagnes. Ils l’ont été à nouveau après que Vérité se soit transformé en Dragon de Pierre. Et ils l’ont été quand Fitz a mis au pied du mur le Fou pour connaître la réelle nature de ses sentiments.
Cela reste un grand mystère de leur relation. Ils sont souvent éloignés l’un de l’autre. Quand ils sont ensemble, ils ont de belles disputes. Et pourtant leur lien est puissant, ils s’aiment l’un l’autre.

Tome 12, L’homme noir : “Il y a longtemps que je suis perdu, répondis-je ; puis je respirai profondément, me redressai et le suivis

Burrich vient de mourir. Fitz a perdu son mentor, son père de remplacement, un ami. L’ancien maître des écuries s’est sacrifié pour sauver Leste, son fils. Il n’a pas hésité à donner sa vie pour un fils qui pensait qu’il ne l’aimait pas. Il n’a pas hésité à donner sa vie alors qu’il savait que les choses allaient mal tourner. Quelques pages auparavant, dans une remarquable tirade, Burrich avait tenté de persuader Devoir de renoncer à cette folie, d’arrêter de vouloir contrarier des forces qui le dépassent. Comme Fitz, Burrich a vu tant d’hommes de qualité mourir. Il a perdu l’homme qu’il respectait le plus (Chevalerie) il y a des années et il n’a jamais réellement fait son deuil.
Fitz, de son côté, a vu le Fou être malmené, jeté dans les bras destructeurs de la Femme Pâle. Il sait que ses chances de survie sont minces. Mais il ne reste que lui, Oeil-de-Nuit est mort et le monde des Loinvoyant est infréquentable tant qu’il ne révèle pas sa vraie identité.
Sa relation avec Ortie (la fille eue avec Molly) semble mal engagée. Il a menti sur son identité, il l’a privée de celui qu’elle considère comme son père. Pire, en voulant la protéger et l’éloigner des complots et des intrigues, il s’est privé de nombreuses années où il aurait pu la connaître. Comment construire quelque chose de confiance à partir de ça ?
Enfin, il ne faut pas oublier le monde totalement inconnu dans lequel les personnages vont plonger : les Dragons sont bel et bien de retour.

Tome 13, Adieux et retrouvailles : “Je n’en demande pas davantage

Fitz a une belle fin, presque trop belle. Burrich mort, il parvient à reconquérir le coeur de Molly. Il la séduit petit à petit, et finit par l’épouser. Fitz a beaucoup souffert et on peut être content pour lui que ça se termine de cette façon. Rien à voir avec la fin de la Reine solitaire où il finissait dans une cabane à regarder le monde continuer sa route sans lui.
Oeil-de-Nuit mort, le Fou reparti pour son pays natal, il ne lui reste pas grand chose à quoi s’accrocher. Il n’a pas plus que ça envie de se mêler des affaires du trône. Il ne peut pas redevenir assassin et il n’a jamais réellement aimé ça de toute façon. Il ne peut pas retourner au château car trop de gens connaissent sa réelle identité et ça pourrait menacer Abeille.
Il retrouve donc Molly, une femme à qui il n’avait pas parlé depuis des décennies. Leur séparation avait été brutale. Ils se retrouvent doucement, prenant le temps de se connaître. L’amour s’est transformé en autre chose, plus qu’une simple passion d’adolescents.


samedi 2 septembre 2017

Les dernières lignes des romans de la farseer trilogy

Tome 1, L'apprenti assassin : « Les humains ne pleurent pas leurs morts avec l'intensité des chiens. Mais nous pleurons de longues années »

Bien qu'il soit relativement jeune à la fin du tome 1, Fitz a déjà connu de nombreuses pertes ou morts (son père par exemple). Pourtant, rares sont les moments où il les pleure, ainsi quand son père meurt (Chevalerie), il a plus de la colère (de ne pas l'avoir connu qu'autre chose). Par contre, quand Burrich lui retire son compagnon de Vif (Fouinot) ou quand Umbre lui interdit son antre secrète pour ne pas avoir relevé un défi, alors notre Fitz se plonge dans un mutisme, dans le silence. Il est profondément marqué par ces deux disparitions car ils étaient de rares amis.
Ici, nous sommes à la fin de sa mission des Montagnes où Fitz devait tuer le Prince des Montagnes pour permettre à Vérité et à sa future femme de monter d'un cran dans la ligne de succession. Mais, manipulé par Royal, Fitz va traverser de terribles épreuves et manquera de mourir plusieurs fois. Au final, il se retrouve sauvé de la noyade par Fouinot qu'il croyait disparu. Mais le vieux chien meurt. Fitz perd donc pour de bon un ami fidèle et entièrement dévoué.

Tome 2, L'assassin du Roi : « La hache est son arme. Vérité hocha la tête. Et mon arme c'est lui »

Tout le long du tome 2, Fitz est à la recherche de lui-même, de son identité. Au retour des Montagnes, il n'est pas seulement diminué physiquement ; non. Il en veut plus. Il se construit en nouant des liens avec d'autres (Oeil-de-Nuit, Molly, etc.) ou en opposition (Royal bien entendu mais aussi Burrich). On assiste donc à un long processus qui culmine au moment où Fitz ne parvient pas à sauver la petite gamine dans les bois. Là, il comprend qu'il doit user tous les moyens disponibles s'il veut faire ce que son devoir lui commande. Vérité et Burrich pensent que la hache lui conviendra (en passant, cette arme deviendra un moyen d'humour tout le long de la saga, et aussi dans les aventures de Tom Blaireau).
Il y a un côté symbolique dans les propos de Vérité. Fitz reste un outil forgé par Umbre, un outil à la disposition des Rois. Si c'est Fitz qui porte les coups, il ne doit pas oublier pour autant qu'il y a des gens au-dessus de lui qui prennent les décisions.

Tome 3, La nef du crépuscule : « Il est un lieu où tout temps est maintenant, où les choix sont simples et ne sont jamais ceux d'un autre. Les loups n'ont pas de roi »

Durant le tome 3, nous faisons face à un Fitz tiraillé entre son amour pour Molly et son devoir pour les Loinvoyant. Rares sont les moments où il peut faire ce qu'il veut. Il ne peut même pas profiter pleinement de la compagnie d'Oeil-de-Nuit. Il doit toujours se cacher, faire attention aux apparences et à ses gestes, lui le bâtard royal. Pire, il doit même donner sa vie pour des rois et eux en retour ne lui donnent que peine et souffrance.
A la fin du tome 3, Fitz est emprisonné, accusé d'avoir tué son Roi, le Roi Subtil. Enfermé dans les cachots, il est torturé, puis se suicide. Fitz meurt donc. Pas entièrement car il se réfugie temporairement dans le corps du loup ; plus tard Burrich le ramène à la vie. Pourtant à la lecture, on se rend compte que Fitz vit sans doute-là une des plus belles périodes de sa vie, en tout cas une des plus paisibles. Pas de corps meurtri, de tortures, de coups d'épées, etc. ; non, il est dans un corps en pleine possession de ses moyens qui vit au jour le jour.

Tome 4, Le poison de la vengeance : « pourtant c'est d'un pas curieusement ragaillardi que je quittai les cadavres et m'enfonçai dans la nuit qui s'épaississait »

Le tome 4 peut être vu comme de transition. Fini d'arpenter les couloirs de Castelcerf, finies ses anciennes relations (Pognes, Molly, etc.), fini d'être officiellement Fitz. Notre héros se lance dans une nouvelle quête (retrouver son Roi, son ami, son mentor, le prince Vérité). Le tome 4 tranche radicalement avec les tomes précédents. Nous pénétrons dans d'autres mondes en nous rendant à Gué-de-Négoce ou lors du voyage avec Fifre et les autres. On pourrait même croire que Fitz a changé mais non, son désir de tuer est toujours là. Après avoir tenté d'éliminer le Roi Royal, il se lance donc à la recherche de Vérité mais ce n'est pas de tout repos, car il doit se rendre dans les Montagnes. Son périple a d'ailleurs bien failli échouer ; il est reconnu par des soldats et capturé mais parvient à s'échapper en les tuant tous. On retrouve donc dans la phrase de fin du livre deux éléments dans lesquels Fitz semble adorer : les cadavres (il en a une longue liste derrière lui) et la nuit (ses leçons avec Burrich, ses rêves endiablés sur Molly, etc.)

Tome 5, La voie magique, « Elle me souhaita la bienvenue »

Comme le titre du roman l'indique, Fitz va devoir face à de nouveaux défis. Des défis qui trouvent racine il y a bien des années. Fitz et ses compagnons sont à la recherche de Vérité, dans des endroits isolés et peu fréquentés des Montagnes. Ils empruntent alors une route particulière qui après diverses péripéties les emmène à un poteau que seul Fitz peut déchiffrer, comprendre et utiliser. Fitz succombe donc à la tentation et s'enfonce dans l'inconnu. Ce passage dans le roman doit être appréhendé en prenant en compte tous les éléments que Robin Hobb nous offre sur les Anciens lors de ses différentes sagas, il fait partie d'un tout.

Tome 6, la Reine solitaire, « Nous rêvons de sculpter notre propre dragon »

Que se passe-t-il dans ce tome ? Vérité donne vie à son Dragon, la reine Kettricken récupère le trône, Molly épouse Burrich, le Fou s'en va vers une destination inconnue, etc. Fitz se retrouve donc seul, en partie par sa faute. Les années passent et s'il a de temps en temps des contacts avec le monde extérieur grâce à la ménestrelle Astérie, sa vie se résume à sa chaumière, Oeil-de-Nuit qui vieillit et Heur un orphelin qu'il a recueilli. Maigre récompense pour un homme qui a donné sa vie et un peu plus pour sauver les Six-Duchés, n'est ce pas ? Pire, il n'a plus personne à qui parler via la magie de l'Art (il a tué tous les utilisateurs connus). Fitz n'a pas oublié non plus la fin de Vérité, et combinés, ces deux éléments (sa soif d'Art et le sacrifice de son vieil ami) lui donnent envie de créer son dragon. Pour y abandonner toutes ses souffrances, ses peines et expériences.