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Fitz se voit-il en héros ?

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mardi 18 août 2020

L'histoire de Célérité

Si Fitz a aimé et désiré épouser Molly, c'est à une autre femme que le Roi Subtil le destine : Célérité.

Nous découvrons réellement Célérité quand Fitz est envoyé en mission dans le duché de Béarns pour régler le problème posé par Virilia, une puissante et vierge jeune femme qui crée des troubles et indispose le Duc. Fitz est donc envoyé là-bas et règle à sa façon la question (le poison) ; son calme face aux menaces de Virilia séduit Célérité. Subtil lui dit ainsi que « Célérité a demandé à son père l'autorisation de te courtiser le jour même où tu as repris le chemin de Castelcerf. » Le vieux Roi doit faire face à une contestation de son petit-fils : celui-ci lui dit qu'il aime une autre mais Subtil n'en démord pas, c'est Célérité que Fitz épousera et personne d'autre (« Célérité apportera de la terre, et votre union me fournit l'occasion de te faire le même cadeau. Je ne veux que ton bien. Est-ce si difficile à comprendre ? »)
Plus tard dans l'histoire, quand Fitz s'en ira chercher Vérité dans les Montagnes, nous apprenons que la nouvelle d'un mariage entre les deux jeunes gens a dépassé les frontières de Castelcerf. La ménestrelle Astérie s'étonne quand Fitz lui affirme avoir épousé Molly (« d'après la rumeur, vous étiez promis à Célérité, la fille du duc Brondy »).
La rumeur a circulé car il a bien fallu que Fitz se plie à certaines conventions sociales. En tant que membre de la famille royale, il est compliqué d'aller contre les désirs du Roi et ici de la Reine Kettricken qui cherchait à créer un tableau propice pour aider le duc Brondy victime d'une attaque des Pirates Rouges. Elle avait donc besoin d'un Fitz avenant : « Ma dame, répéta-t-elle doucement avant de rougir furieusement comme si je l'avais embrassée devant tout le monde. Je détournai le regard pour découvrir Félicité, les yeux écarquillés posés sur nous, la bouche arrondie en un O de ravissement scandalisé. »

Même si les sentiments n'étaient pas réciproques, Fitz a toujours respecté la jeune femme. Lors du fameux épisode de Virilia, il est « agréablement étonné de l'intelligence dont elle faisait preuve et de la discrétion avec laquelle elle la manifestait. »
Il se rend très vite compte que Célérité n'est pas qu'une simple jolie noble, c'est aussi une femme qui prend à cœur les soucis de son duché et est profondément meurtrie par les attaques des Pirates (« et quand ses yeux d'un bleu profond croisèrent les miens, ils m'évoquaient deux plaies vives »).
Il en a la confirmation au moment de la conspiration menée par Brondy pour renverser Royal (Subtil fatigué, Vérité déclaré mort, certains ducs cherchant un meilleur Roi-servant que Royal se tournent vers Fitz). Et malgré les temps troubles, les périls internes et les menaces externes, tous les malheurs vécus par Célérité, elle ne varie pas dans son amour pour Fitz ni la force des sentiments : « j'entr'aperçus la volonté de fer que dissimulaient ses apparences d'enfant timide, c'était déroutant ». C'est d'autant plus significatif d'apprendre ça par Fitz tant le bâtard royal est entouré d'individus à la forte personnalité. D'ailleurs, nous apprenons par la suite que Célérité est également une femme courageuse qui n'hésite pas à prendre les armes pour se battre contre les Pirates Rouges.

Molly, aussi, est frappée par Célérité. Ce n'est pas une femme comme les autres, ce n'est pas une noble comme les autres. Lorsque Célérité se trouve au château de Castelcerf, elle en profite pour l'approcher, désirant voir sa rivale. Plus tard, elle dira à Fitz que « j'ai vu Célérité. Elle est très belle (…) Elle m'a répondu d'un air timide mais courtoisement. Elle m'a même remercié de ma sollicitude , alors que bien peu ici remarquent seulement les serviteurs. »

Le grand tort de Célérité aura simplement été de ne pas être Molly. Dans l'assassin du roi, Fitz nous en donne la confirmation en disant que « les timides coquetteries de Célérité n'avaient fait que me rendre plus sensible à l'absence de Molly. » Dans le poison de la vengeance, alors qu'il a un rêve d'Art, c'est encore le même constat (« je vis Célérité s'éloigner, cette femme que je n'avais pas aimée mais pour laquelle j'éprouverai toujours de l'admiration »).

Dans la seconde saga (Tawny Man Trilogy), Célérité n'intervient pas. Nous apprenons seulement qu'elle a survécu à ses combats contre les Pirates Rouges et qu'elle s'est mariée (« j'ai entendu dire que Célérité a fait un bon mariage, tant sur le plan amoureux que foncier »). Dans le dernier tome (Adieux et retrouvailles), c'est par l'intermédiaire d'Umbre que nous avons vent d'une bien curieuse rumeur qui laisse Fitz sceptique : Célérité aurait le Vif.

Finalement, la dernière rencontre entre Fitz et Célérité a lieu dans la Fitz and the Fool trilogy (ou dans le roman En quête de vengeance). Un soir, Elliania et Devoir décident de révéler la vérité sur Fitz. Après que Kettricken se soit exprimé et qu'Astérie ait chanté la vie de Fitz, le bâtard est bien obligé de se révéler au grand public. Il abandonne sa fausse identité et se présente à la cour. Et parmi les gens présents, on trouve Célérité qui est devenue duchesse et comme quelques autres a traversé les époques sombres des six-Duchés. Devant son mari, elle rend hommage au Prince FitzChevalerie Loinvoyant : « je n'ai jamais douté de vous ; vus n'auriez pas dû douter de moi » ; et elle ose sans doute enfin faire ce qu'elle avait tant espéré lors qu'elle était jeune (« elle avait effleuré mes lèvres d'un baiser avant de s'éloigner d'un pas vif »).


samedi 2 septembre 2017

Quelques personnages secondaires de la farseer trilogy

Commençons avec Dame Grâce. Cette jeune femme issue du peuple se trouve propulsée au plus haut rang, à savoir Duchesse. Mais, elle n'a pas le comportement qui va avec et son Duc passe son temps à la couvrir de bijoux ; cet argent gaspillé étant la cause d'une dispute qui demande l'intervention de Vérité. Ce dernier va donc régler le problème et ne se déplace pas seul. Il emmène, entre autres, Fitz dans ses bagages. Le bâtard va changer le destin de Grâce.
Un soir, il est affamé et va donc dans les cuisines se servir un bol quand il tombe sur une demoiselle qui porte un chien malade. Il le sauve (le chien pisse sur la dame) et finit par se rendre compte que la dame n'est autre que Dame Grâce ! Celle-ci, consciente qu'elle est supérieure à lui au niveau du protocole, pense que Fitz lui demandera des pièces d'argent ou une place. Non ! Il lui assène un discours un brin naïf mais qui a un fort impact sur la jeune femme (« car je serais fière de marcher sans ornement devant le roi et les gens du commun, sachant que les défenses qui protègent notre peuple sont les joyaux de notre terre »). Dès lors, c'est fini de la Grâce qui rougissait à chaque compliment. Nous la reverrons à deux autres occasions qui montreront à quel point elle est devenue une femme forte et importante. Quand Kettricken, Fitz, Burrich et les soldats s'en vont secourir Finebaie (attaquée par les Pirates Rouges), Fitz tombe sur Grâce et remarque que celle-ci est plus que digne de son rang (« on eût dit qu'elle portait ce titre depuis toujours »).
Enfin, il y a ce terrible moment où Subtil est tué. Fitz est emprisonné, suspecté et Royal cherche à le tuer par tous les moyens. Or, Grâce signale à tous que Fitz est de sang royal et lui offre un sursis. Il lui a fallu bien du courage dans cet atmosphère chaotique et enragé pour faire entendre sa voix.

Parlons ensuite de Célérité, la timide jeune fille. Si Fitz n'avait pas aimé Molly… C'est une fille discrète, effacée et dans l'ombre de son père, le duc Brondy. Elle tombe sans doute sous le charme de Fitz quand l'assassin royal vient au château de Brondy pour régler le problème Virilia (une guerrière qui se moquait de la prétendue faiblesse des Loinvoyant). Très vite, Brondy et Subtil arrangent un mariage entre Fitz et Célérité : « Célérité apportera un titre et de la terre, et votre union me fournit l'occasion de te faire le même cadeau. Je ne veux que ton bien ».
Tout le long des romans, on a l'impression que Fitz sous-estime Célérité, qu'il ne la considère pas. Certes, il aime Molly et la voit comme un obstacle. Il aura fallu des circonstances extraordinaires pour que le bâtard prenne enfin conscience de la force de la fille du duc : un coup d'état en préparation, des terres dévastées par les Pirates. Il voit « la volonté de fer que dissimulaient ses apparences d'enfant timide » et « c'était déroutant ».

Fouinot et Martel, deux chiens, ont été les deux premiers compagnons de Vif de Fitz. A l'époque, il connaissait très peu le fonctionnement de la magie. Les deux ont d'ailleurs comme point commun d'arriver dans sa vie dans des moments de solitude ou de grande difficulté. Il se lie à Fouinot au tout début de l'histoire quand son grand-père le remet à sa famille paternelle (celle de Chevalerie donc). Patience lui remet Martel au moment de l'apprentissage de l'Art.
Ce n'est pas évident d'avoir un compagnon de Vif quand Burrich est là. Le maître des écuries arrache Fouinot des mains du bâtard et l'envoie très loin dans les Montagnes. Quant à Martel, il est tué alors qu'il vient au secours de Burrich.
Fouinot nous offre un des plus beaux passages de la première partie de la Farseer Trilogy : « Fouinot était mort. Je crois qu'il avait donné sa vie librement, en se rappelant notre affection mutuelle lorsque nous étions chiots. Les hommes ne pleurent pas avec l'intensité des chiens. Mais nous pleurons de longues années. » Fitz cesse d'être un innocent jeune homme. Il ne sera plus jamais le même par la suite.


Fitz s'exprime

Robin Hobb nous propose de suivre Fitz de son adolescence. Celui-ci change, grandit physiquement, rencontre l'amour, se forge des amitiés et des ennemis. Il s'affirme également dans le discours. A la fin de la trilogie, il ne reste pas grand-chose du gamin qui répond timidement à Vérité quand le prince l'interroge sur son identité.
S'il n'est pas un modèle d'éloquence comme Royal, s'il ne jongle pas avec les mots comme le Fou, il sait quand même, si nécessaire, manier les mots.
A travers cinq exemples, nous allons voir Fitz dans différentes situations où il est amené à s'exprimer pour convaincre des individus.

« Car je serais fière de marcher sans ornement devant le roi et les gens du commun, sachant que les dépenses qui protègent notre peuple sont les joyaux de notre terre »

Fitz vient de commencer son apprentissage d'assassin quand le Roi Subtil lui confie une première mission : savoir la raison pour laquelle une tour de guet n'est pas correctement approvisionnée en fournitures et hommes. Il découvre rapidement que le noble dépense son argent pour contenter sa femme, et un soir il se retrouve seule avec Dame Grâce dans les cuisines du château. Alors qu'il vient de sauver le chien de celle qu'il prenait pour une simple servante, il se rend compte de qui elle est et la dame lui propose d'exaucer un vœu de son choix. Or, Burrich venait de lui raconter une anecdote sur Chevalerie (son père) et ses bijoux. Plus tard, on apprendra que Fitz a tout fait pour en apprendre sur son père ; il n'est donc pas étonnant qu'il ait été influencé par l'histoire racontée par le maître d'écuries. Il faut également prendre en compte la personnalité de Dame Grâce, sans aucun dote sensible aux propos de Fitz : elle est une jeune femme qui évolue dans un monde très différent du sien, sensible aux belles paroles, et qui vient d'endosser un costume de Dame. Elle cherche donc une façon de l'endosser pleinement. La référence aux gens du commun fait donc mouche.

« C'est mon peuple (…) Il y a très longtemps un vieil homme m'a dit qu'un jour je comprendrais quelque chose. Il a dit que les gens des Six-Duchés étaient mon peuple, que c'était dans mon sang de les protéger, de ressentir leurs blessures comme les miennes »

Ces quelques mots de Fitz sont d'autant plus marquants qu'il vient de subir un grand choc. En effet, une gamine vient de mourir dans ses bras, chassée par des forgisés. Lui-même en a laissé des morceaux de peaux et quelques blessures. A cette époque, Fitz est encore un jeune cheval fougueux, un pion qu'on est prêt à sacrifier pour telle ou telle mission périlleuse. Ce n'est pas un hasard s'il est entouré de ces deux mentors à ce moment-là ! Burrich et Vérité. D'ailleurs, Burrich doute du bien-fondé d'envoyer Fitz accomplir de telles missions. Le vieil homme nous évoque Umbre et les propos qu'il avait tenus lors de leur escapade à Forge. On peut aussi mettre en avant une différence, une opposition avec le prince Royal qui se moque de son attachement pour le peuple. Un peu plus tard, Fitz prendra conscience que le seul rempart efficace entre son peuple et la barbarie des pirates est l'effort d'Art du prince Vérité.

« Je ne suis pas roi, je ne suis pas prince, je ne suis qu'un bâtard, mais un bâtard qui aime Cerf (…) Que Royal courre se terrer dans l'Intérieur ; quand les chiens qui lui reniflent les talons seront partis, je serai à votre service »

Trahison ou non ? En tout cas, Fitz vient de faire sa déclaration d'intention lors d'un face à face avec le vieux duc Brondy. La situation est catastrophique : Vérité est partie à la chasse aux Anciens, Kettricken est une étrangère, Subtil est trop vieux et les duc refusent de faire confiance à Royal. Certains, ceux des duchés côtiers, se tournent donc vers Fitz pour qu'il prenne le pouvoir. C'est un exercice de réponse délicat qui attend Fitz, car les mots qu'il emploie peuvent faire basculer le royaume dans une guerre civile. Il affirme son soutien à Kettricken et à son futur fils, il insiste sur son côté illégitime mais montre bien qu'il s'oppose à Royal.

« Vous ne comprenez pas : si Molly se trouvait devant moi avec notre fille, je devrais encore chercher mon roi ; quoi qu'on me fasse, quelque soit le tort qu'on m'inflige, je dois chercher Vérité »

Ces paroles sont très fortes. Car de Gué-de-Négoce (et sa tentative ratée de tuer Royal) à la capitale des Montagnes, Fitz n'a pensé qu'à Molly et sa petite fille. Il les aurait d'ailleurs déjà rejoints sans l'ordre d'Art de Vérité (« Rejoins-moi ! »). S'il a d'autres tentations (l'Art), il place malgré tout son devoir envers son envie. Le contexte est également important car il sort d'un trajet pénible (il a pris une flèche dans le dos) et n'a trouvé sur place que de l'hostilité et de la déception. Il doit rendre compte à Kettricken qui fait preuve de très peu de sympathie et lui fait revivre tout ce qu'il a vécu depuis sa torture par Royal dans les cachots. D'ailleurs, à ce stade de la séance, il coupe la parole à la princesse montagnarde et lui adresse la parole en omettant son titre.


« Je suis le Catalyseur et je suis là pour tout changer. Les prophètes deviennent guerrier, les dragons chassent comme les loups. Il en est ainsi qu'il doit être. Va »


Voilà le dernier dialogue entre le Fou et le Fitz. Les rôles s'inversent, le Fitz guide le Fou vers un futur inconnu. Lui qui doutait des paroles prophétiques ! Il le dit d'ailleurs dans le passage, il s'exprime d'une voix venue d'il ne sait où. Il avait déjà pris les devants plus tôt, quand chacun se cachait derrière ses secrets (Caudron, le Fou). Là, Fitz prend les décisions, il devient acteur. Ce n'est plus le gamin qui obéissait aux ordres, parfois en faisant la tête.